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parence de Funisson ; ou , si quelquefois elle les sépare dans le chant modulé de rhomme et dans le ramage de quelques oiseaux , c est successivement , et fun après lautre; elle inspire des chants et non des accords , elle dicte de la mélodie et non de Tharmonie. Les couleurs sont la parure des êtres inanimés ; toute matière est colorée : mais les sons annoncent le mouvement ; la voix annonce un être sensible; il ny a que des corps animés qui chantent. Ce nest pas le Auteur automate qui joue de la flûte, cest le mécanicien y qui mesura le vent et fit mouvoir les doigts.
Ainsi chaque sens a son champ qui lui est propre. Le champ de la musique est le temps , celui de la peinture est Fespace. Multiplier les sons entendus à-la-fois , ou développer les couleurs Fune après l'autre , c est changer leur économie , c'est mettre Fœil à la place de Foreille , et Foreille à la place de Fœil.
Vous dites : Gomme chaque couleur est déterminée par Fangle de réfraction du rayon qui la donne , de même chaque son est déterminé par le nombre des vibrations du corps sonore , en un temps donné. Or, les rapports de ces angles et de ces nombres étant les mêmes , l'analogie est évidente. Soit; mais cette analogie est de raison, non de sensation, et ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Premièrement Fangle de réfraction est. sensible et mesurable , et non pas le nombre des vibrations. Les corps sonores , soumis à lac-
SUR l'origine dès langues. titl'J
tion de lair , changent incèssamme^t de dimcù^ sioûs et de sons. Les couleurs sont durables ^ les sons s évanouissent , et Ton n a jamais de certitude que ceux qui renaissent soient les tnêmcs que ceux qui sont éteints. De plus, chaque couleur est absolue , îndépeiidànte ; au lieu que chaque son n'est pour nous que relatif, et ne se distingue que par cottiparaison. Un son n a par lui-même aucun caractère absolu qui le fasse reconnoître : il est grave ou aigu , fort où doux , par rapport à un autre ; en lui-même il n est rien de tout cela. Dans le système harmonique , un son quelconque n'est rien non plus naturellement; il n'est ni tonique, ni dominant , ni harmonique , ni fondamental , pàrceque toutes ces propriétés ne sont que des rapports , et que le système entier pouvant varier du grave à l'aigu , chaque son change d'ordi^e et de place dans le système , selon que le système change de degré. Mais les propriétés des couleurs ne consistent point en des rapports. Le jaune est jaune, in-* dépendant du rouge et du bleu ; par-tout il est sensible et reeonnoissable ; et sitôt qu'on aura fixé l'angle de réfraction qui le donne , on sera sûr d'avoir le même jaune dans tous les temps.
Les couleurs ne sont pas dans les corps colorés , mais dans la lumière ; pour qu'on voie un objet , il faut qu'il soit éclairé. Les sons ont aussi besoin d'un mobile , et pour qu'ils existent il faut que le corps sonore soit ébranlé. C'est un autre avantage en faveur de la vue , car la per-
pétuelle émanation des astres est Imstrument naturel qui agit sur elle : au lieu que la nature seule engendre peu de sons ; et à moins qu on n admette rharmonie des sphères célestes, il faut des êtres vivants pour la produire.
On voit par-là que la peinture est plus près de la nature , et que la musique tient plus à Tart humain. On sent aussi que lune intéresse plus que Fautre , précisément parcequ elle rapproche plus rhomme de Thomme et nous donne toujours quelque idée de nos semblables. La peinture est souvent morte et inanimée ; elle vous peut transporter au fond d'un désert : mais sitôt que des signes vocaux frappent votre oreille, ils jvous annoncent un être semblable à vou.s; ils sont , pour ainsi dire , les organes de lame ; et , s'ils vous peignent aussi la solitude , ils vous disent que vous ny êtes pas seuls. Les oiseaux
sifiQent, Thomme seul chante; et Ion ne peut entendre ni chant , ni symphonie , sans se dire à Vinstant : Un autre être sensible est ici.
C est un des plus grands avantages du musicien , de pouvoir peindre les choses qu'on ne sauroit entendre 9 tandis qu'il est impossible au peintre de représenter celles qu'on ne sauroit voir; et le plus grand prodige d'un art qui n'agit que par le mouvement est d'en pouvoir former jusqua l'imagedurepos. Le sommeil, le calmedelanuit, la solitude , et le silence même , entrent dans les tableaux de la musique. On sait que le bruit peut produire l'effet du silence, et le silence Yé
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fet du bruit , comme quand on s endort à une lecture égale et monotone, et [qu'on s'éveille à Finstant qu elle cesse. Mais la musique agit plus intimement sur nous, en excitant par un sens des affections semblables à celtes qu'on peut exciter par un autre ; et , comnie le rapport ne peut être sensible que l'impression ne soit forte , la peinture , dénuée de cette force , ne peut rendre à la musique les imitations que celle-ci tire d'elle. Que toute la nature soit endormie , celui qui la contemple ne dort pas , et l'art du musicien consiste à substituer à l'image insensible de l'objet celle des mouvements que sa présence excite dans le cœur du contemplateur. Non seulement il agitera la mer, animera les flammes d'un incendie, fera couler les ruisseaux , tomber la pluie, et grossir les torf ents ; mais il peindra l'horreur d'un désert affreux , rembrunira les murs d une prison souterraine, calmera la tempête, rendra l'air tranquille et serein, et répandra de l'orchestre une fraîcheur nouvelle sur les bocages. Il ne représentera pas directement ces choses , mais il excitera dans l'ame les mêmes sentiments qu'on éprouve en les voyant.
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iCHAPITRE XVII. -
Erreur des musiciens nuisible à leur art.
Voyez comment tout nous ramène sans cesse ^ux effets morau^^ dont j ai parlé, et combien les musiciens qui ne considèrent la puissance des sons que p^r Faction de lair et Tébranlementdes fibres sont loin de connoitre ep quoi réside la force de cet art. Plus ils le rapprochent des im-^ pressions purement physiques , plus ils Téloignent de son origiue, et plus ils lui ôtent aussi de sa primitive énergie. En quittaqt laccent oral et s'attachant aux seules institutions harmoniques , la musique devient plus bruyante à loreille, et moins douce au cœur. Elle a déjà cessé de parler, bientôt elle ne chantera plus; et alors avec tous ses accords et toute son harmopie elle pe fera plus aucun effet sur nous.