SECTION IV
Z?e^> Je $e conformer à une idée abstraite de
morale.
WollastoN rend plausible une opinion singulière. J'énoncerais ainsi son précepte fondamental : Sois vrai dans toutes tes actions. Si l'on en croit ce philosophe, une action exprime toujours une proposition ; et la vérité ou la fausseté de cette proposition fait seule la justice ou l'injustice de l'action. Deux exemples vont éclaircir sa théorie. Le brigand souillé du meurtre d'un homme est coupable, parce que son attentat suppose qu'il a dit : J'ai le droit de disposer de la vie de cet homme. Le mensonge est tellement ce qui constitue son crime que, si l'on pouvait rendre la déclaration vraie , l'action serait légitime; comme il arrive lorsque, dans le cas d'une juste défense, on fait succomber l'assassin par qui Ton est attaqué. On est innocent alors , parce que l'action qu'on a faite exprime cette proposition vraie : J'ai le droit de défendre ma vie , même aux dé-
pens des jours de celui qui veut me l'ôter. Agir en se conformant à la vérité , tel est donc le prin- * cipe de l'ingénieux et subtil Wollaston.
Gudworth fonda la morale sur les idées ar- • chétypes de Platon. Pensant que les lois morales ne peuvent être nées de nos législations contradictoires et variables, ni de l'expérience qui constate et ne crée pas , ni même de la volonté divine, puisqu'elle n'est point arbitraire, et que par conséquent elle est soumise à ces lois, il ' cherche leur origine dans les idées nécessaires et éternelles du bien. C'est en nous efforçant de conformer nos actions à ces idées , que nous pouvons pénétrer dans le sentier de la sagesse.
' Rant est un des philosophes les plus sévères qui jamais aient enseigné la morale. Dans son système , nous ne pouvons nous élever à la vertu qu'en obéissant à la loi du devoir, sans être ex- . cités par aucune autre considération que celle d'accomplir cette loi. Ni les besoins de la société humaine , ni la satisfaction qu'éprouve un homme de bien , ni les récompenses éternelles que Dieu lui a promises, n'offrent aux yeux du
philosophe de Kœnigsberg des considérations assez pures , assez désintéressées pour imprimer un caractère vertueux à nos déterminations: c'est uniquement par respect pour le devoir qu'il faut obéir aux lois morales. Rant attribue à la raison le pouvoir de reconnaître ces lois. La raison est , selon lui , l'autorité législative qui , régnant sur le domaine de la liberté, nous intime les lois morales et leur soumet nos volontés. Sa doctrine austère, inflexible, élevée, le conduit à cette maxime : Obéis à la raison, de manière que la pensée qui te détermine dans un cas particulier , mérite d'être érigée en loi universelle pour tous les cas semblables.
Dugald Stewart donne ce précepte analogue au précédent : Parmi les divers motifs qui peuvent déterminer vos actions , choisissez toujours celui qui nait du devoir dégagé de toute autre considération. Après avoir établi ce principe, le philosophe écossais , suivant une route populaire , trace d'une manière simple et complète nos différera devoirs.
Le métaphysicien Fichtc est le premier qui ait
employé le mot absolu, dans le sens que des philosophes lui donnent aujourd'hui. C'est assez d'expliquer ce mot pour indiquer comment il peut servir à fonder un système de morale. Il y a des pensées vraies, des faits vrais; ces pensées, ces faits ne contiennent pas toute la vérité ; ils en reçoivent une émanation qui leur donne la qualité par laquelle nous les distinguons des pensées fausses et des faits inexacts. Puisque la vérité peut se diviser et se répandre ainsi, elle existe quelque~part ; il y a une idée archétype du vrai. Le juste , le beau et les autres notions de ce genre 9 donneraient lieu à des observations semblables. La réunion de toutes les idées archétypes morales, ou une idée archétype qui les embrasse toutes prend le nom d'absolu. La raison nous la fait connaître. De son existence et de la connaissance que nous en avons , résulte le devoir de mettre nos actions en rapport avec cette idée souveraine. Le précepte général pour les partisans de cette doctrine sera donc : Conformetoi à V absolu.