‹ ŒuvresChapitre 20 sur 59 · DE L'AMOUR DE SOI · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR DE SOI

Il y a sur l'amour de soi plusieurs opinions bien distinctes parmi les moralistes.

Quelques-uns condamnent ce sentiment d'une manière absolue , et veulent l'anéajHir. A les en croire, il corrompt toute détermination sur laquelle il exerce une influence même légère. A les en croire , le mérite des actions les plus utiles est détruit si l'on ose goûter le plaisir de les avoir faites. J'examinerai plus tard si ces moralistes sont réellement les seuls qui s'élèvent à de hautes pensées, ou s'ils se livrent à de dangereuses chimères.

D'autres philosophes croient que, pour diriger les hommes, il est prudent de s'adresser d'abord à l'amour de soi ; mais qu'ensuite il faut

substituer un mobile plus noble et plus pur à ce premier mobile, qui s'égare aisément. Les rigides moralistes dont je parlais il n'y a qu'un instant, réprouvent cette manière de nous instruire. Ceux qui l'emploient, disent-ils, commencent par flatter une disposition funeste ; la vertu n'admet point une telle condescendance. Il est cependant difficile, si l'on consulte l'expérience, de ne pas trouver leurs reproches exagérés. J'ai lu, dans la relation d'un voyage, que les ministres de la religion anglicane obtiennent en Afrique bien moins de conversions que les frères moraves. Les missionnaires anglicans se hâtent de faire construire grossièrement une espèce de temple; ils croient ne pouvoir trop tôt y rassembler les sauvages pour les prêcher et les instruire. Les missionnaires moraves font d'abord bâtir un magasin ; ils arrachent à une vie misérable les pauvres gens au milieu desquels ils arrivent; ils les rendent plus heureux, par cela même plus doux et plus sociables. Alors ils leur apprennent quel noble motif a déterminé des hommes qui ne les connaissaient point à braver

les fatigues, les dangers, pour venir améliorer leur sort ; et ils trouvent des âmes disposées par la reconnaissance à s'ouvrir aux lumières de l'Evangile , dont elles ont déjà goûté les bienfaits» Enfin , des moralistes que nous verrons se diviser bientôt, s'accordent à nous donner constamment pour guide le sentiment naturel, impérieux , qui nous feit désirer le bonheur.

Si la morale peut naître de l'amour de soi , ce mobile a de grands avantages sur les autres. C'est celui qui pénètre le plus facilement dans nos âmes. Les philosophes qui nous invitent à le suivre n'ont pour ainsi dire besoin ni d'exhortations, ni de preuves. En disant, tu cherches le bonheur 9 je vais t'en indiquer la route , on part d'un fait, on prend l'homme tel qu'il est, pour l'éclairer et le conduire au bien. Si l'on commence par une autre pensée son instruction morale, on est obligé de former d'abord son esprit pour lui faire goûter ensuite le principe par lequel on veut le diriger. Ce principe n'est donc pas le premier d'où sortent naturellement leà règles de la vie. On se trouve dans la nécessité il. 5

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de démontrer son importance par des argumens qui ne soumettent pas tous les esprits , ou de le faire adopter de confiance , ce qui ne prouve point en sa faveur, ou d'annoncer que pour notre propre félicité nous avons intérêt à le suivre, ce qui est une manière indirecte de l'abandonner, et de reconnaître que le premier principe, le principe générateur est réellement l'amour de soi. *

S'il en est de la morale comme de toutes les autres sciences, si pour nous l'enseigner on doit

* Oit peut observer que activent le» moralistes qni choisissent d'autre» mobile» , reviennent indirectement a cehû dont non» somme» occupé». Malebrancfce dit dan» son Traité de morale : V amour-propre ou le désir invincible d'être heur rtux f est le motif qui doit nous faire aimer Dieu, nous unir h lui, nous soumettre à sa loi. Tertnllien , cité par Pascal , dit : On ne quitte les plaisirs que pour des plaisirs plut grands. Mai» le» ami» de la vérité doivent rarement tirer de graves conséquence» d'une phrase isolée. 11 faut embrasser l'ensemble d'un ouvrage pour connaître et pour apprécier la théorie de l'auteur. Autrement, les livre» ressemblent à des arsenaux, où chaque parti peut aller prendre de» armes.

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isaer autre esprit du connu à Uiitcunjitt> iturel de rappeler d'abord que l'homme sibie au plaisir et à la douleur; puis de iiquer les moyens d'obtenir Tua et «Tévi* re. Aiors* disent les partisans de cette : de procéder^ lu momie est appropriée èritables besoins ;. alors elle est exempte limitions et de subtilités* mi système de morale qui repose sur te i bonheur* peut-41 être rigoureusement amour de soi est- il donc notre unique

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l'amour de soi, sentiment nécessaire k notre existence, innocent en lui-même, également capable de nous conduire au bien quand il est éclairé, et de nous entraîner au mal quand il est aveugle, que l'amour de soi, dis-je, est le mobile de toutes nos actions; qu'il produit a notre insu nos résolutions les plus désintéressées en apparence ; et que, déguisé sous mille formes diverses, il est toujours reconnu par un habile observateur.

On a beaucoup et souvent mal argumenté contre ces philosophes. On leur demande ce que c'est qu'aller à la mort par amour de soi, et comment l'intérêt se retrouve dans l'héroïsme des martyrs. L'exemple est mal choisi : un martyr étant certain que des souffrances de peu d'instans auront pour prix une éternelle félicité, le

plus simple calcul doit le déterminer à braver ces douleurs passagères. Mais quand il s'agirait d'un stoïcien qui, sans espoir d'une autre vie %

* Le* stoïcien* aliteraient entre eux d'opinion sur notre destinée future. \jt% tint croyaient à l'immortalité* de Vkmff

faire passer notre esprit du connu à l'inconnu , il est naturel de rappeler d'abord que l'homme naît sensible au plaisir et à la douleur; puis de nous indiquer les moyens d'obtenir l'un et d'évi* ter l'autre. Alors, disent les partisans de cette

manière de procéder, la morale est appropriée à nos véritables besoins ; alors elle est exempte de déclamations et de subtilités.

Mais un système de morale qui repose sur le désir du bonheur, peut-il être rigoureusement vrai? L'amour de soi est-il donc notre unique mobile ?

De vicieux contempteurs de l'espèce humaine prétendent que nos sentimens les plus purs en apparence , couvrent l'égoïsme et l'hypocrisie , que sous des dehors de franchise, de générosité , d'amitié , nous essayons de tromper ceux qui nous entourent. De pareilles accusations dirigées contre quelques individus sont justes; mais , si Ton veut en flétrir le genre humain , elles ne dés* honorent que leurs auteurs. Laissons les sophistes; ce n'est pas leur opinion qu'il s'agit

d'examiner. Des métaphysiciens pensent que

ment de sa nature bienveillante, un instinct de pitié ne l'a-t-il pas seul entraîné? Un métaphysicien peut espérer de retrouver encore l'amour de soi dans cette inspiration rapide ; il la verra naître d'idées précédemment acquises, de raison nemens antérieurs , dont l'intérêt sera la source première. Un homme, pour éviter la chute d'un corps prêt à l'écraser, se détourne avec une rapidité qu\ semble exclure toute réflexion ; son mouvement cependant est le résultat de l'expérience et de l'habitude , qui rendent les calculs pour fuir le péril si prompts qu'ils sont inaperçus. Notre âme, dira le métaphysicien, se forme de même à la pitié , au dévoûment ; son intérêt éclairé lui donne des leçons généreuses dont ensuite, au moment du danger, les effets se manifestent par des inspirations vives et subites.

Un raisonneur subtil peut expliquer par l'amour de soi tous les mouvemens de notre âme ; mais la peine qu'il est obligé de prendre pour y parvenir annonce qu'il soutient une opinion peu naturelle. En dépit de ses ingénieuses recherches , la plupart des hommes croiront tou-

£*est dévoué pour son pays à la mort, sa résolution pourrait s'expliquer encore par son intérêt propre. Il y a des circonstances où l'homme, sous le poids d'une inflexible nécessité , ne peut choisir qu'entre deux maux : il suit alors son intérêt si , comme on n'en saurait douter, il accepte de ces deux maux celui qu'il juge le moins horrible. Lorsqu'un stoïcien avait le choix de mourir avec gloire en sauvant sa patrie, ou de lui refuser son secours et de traîner des jours déshonorés, au moins à ses propres yeux, pouvait-il , en consultant son intérêt , ne pas fuir la honte d'une telle existence?

Cette manière d'expliquer le dévoûment est plausible ; mais n'est-il pas de vives inspirations qui n'ont aucun rapport avec les calculs de l'amour de soi? Un homme en aperçoit un autre que les vagues emportent ; il s'élance , il est dans les flots avant d'avoir pu réfléchir ; un mouve-

d'autres, à une prolongation limitée de la vie au-delà du tombeau ; d'autres pensaient que notre existence finit sur la terre.

sentimens comme des transformations de l'amour de soi, ne me paraissent donc pas reposer sur une idée juste.

Mais , pour que le désir du bonheur produise un système de morale , il n'est point nécessaire que ce désir soit Tunique mobile des actions humaines; c'est assez qu'il ait sur l'âme une grande influence , qu'il se mêle à nos diverses affections, et qu'en le consultant, un philosophe puisse aisément tracer les règles de la vie. En général , le principe sur lequel se fonde un système n'est pas le seul principe d'actions que reconnaisse l'auteur; c'est celui qu'il juge le plus propre à nous guider dans le sentier que nous avons à parcourir. Pour tirer du besoin d'être heureux une doctrine morale , il n'est pas plus nécessaire que l'amour de nous-mêmes soit notre seul mobile, qu'il n'est indispensable aux doctrines fondées sur d'autres principes que cet

amour soit banni de nos âmes. Le philosophe dont le système repose sur le désir du bien-être , recommande nécessairement à ses disciples d'aimer leurs semblables. O précepte et ses consé-

quences seront les mêmes, soit que l'affection pour les autres hommes naisse de l'amourpropre , soit qu'elle existe comme un sentiment tout-à-fait distinct de celui-ci. Je vois que souvent on fait grand brait pour des opinions qui, en dernier résultat , n'ont pas d'influence dans la pratique.

Sans prétendre que le désir du bonheur enfante les seules doctrines raisonnables sur la science de la vie , ne doit-on pas le préférer aux autres mobiles, puisqu'il s'offre naturellement, qu'il exerce un empire irrésistible et doux , et qu'il conduit à de sages résultats? Faire un choix différent , c'est , selon des esprits éclairés , vouloir perfectionner les lois du Créateur; c'est vouloir entendre nos intérêts mieux que la Providence elle-même.

Entre la philosophie du bonheur et celles qu'on lui oppose, la plus grande différence peutêtre c'est que la sagesse , à sa voix , quitte un masque sévère , et vient s'offrir aimable , enjouée, telle que le ciel l'a formée , et qu'elle eût toujours paru , si des pédans n'eussent pris peine

à la déguiser. Sans doute la plupart des théories produites par d'autres principes ne sont pas nécessairement austères ; elles ne deviennent tristes, sombres, que par de fausses interprétations ; mais la philosophie qui nous occupe est certainement, sous ce rapport, la plus difficile à corrompre.

Ses charmes cependant sont pour des esprits chagrins un sujet de censure. Mêlant le vrai avec le faux , ses antagonistes nous disent : La vertu exige de la force; elle vit dans les combats, surmonte des obstacles et s'impose des sacrifices ; une facile théorie du bonheur, substituée à l'austère morale , bouleverserait ces idées éternelles. Plût au ciel, répondrai -je, qu'une main amie aplanît tellement le sentier du bien , qu'il fût possible aux êtres les plus faibles de le parcourir sans effort ! Mais , si ce changement vous paraît offrir des dangers , soyez sans crainte ; il n'existera jamais de vertu sans force. Le moraliste guidé par le désir du bonheur rejette sans doute un appareil sévère ; il se garde d'exiger d'inutiles sacrifices , et de créer de chimériques

obstacles; mais, ne changeant pas la nature des choses, il est hors de son pouvoir de nous dispenser de courage. Pour résister à ces voix des passions qui conspirent contre nous en nousmêmes, pour résister à cette autre ennemie, l'opinion, qui nous pousse vers des routes trompeuses , pour goûter le plan de vie que dicte le désir éclairé d'être heureux, et pour le suivre parmi tant d'exemples contraires, il faut une vigueur de caractère dont peu d'hommes présentent le modèle. Si celui qui parle de cette philosophie la préconise en supposant qu'elle dispense de courage , son esprit est superficiel; s'il la critique en s'imaginant qu'elle dégrade la sagesse , parce qu'elle en aplanit la route , son esprit est faux.

On a voulu mettre en opposition les doctrines qu'enfante le désir du bonheur, avec celles qui naissent du désir d'obéir à la divinité. En effet , Epicure , Helvétius ont étrangement circonscrit le domaine de l'homme. Aristote, avec des idées plus justes sur la félicité, a laissé néanmoins incertaine la question de savoir s'il pensait que

l'existence se prolonge au-delà du tombeau (3). Un sage, dont la piété profonde ne saurait être mise en doute , Locke , a posé des principes de métaphysique qui , selon plusieurs philosophes, détruisent l'espoir d'une autre vie, si Ton en suit les rigoureuses conséquences \ Mais, ainsi que j'ai pris soin de le dire , pour apprécier un mobile d'actions, je ne l'examine pas modifié dans telle ou telle doctrine ; je le considère en lui-même. L'homme que sa philosophie guide vers le bonheur , si son esprit n'est pas troublé par des sophismes, saisit avec transport l'idée qu'il existe un pouvoir éternel et rémunérateur. U ne se perdra point en vaines subtilités pour découvrir si l'on peut adresser quelque misérable objection à celui qui nous annonce l'existence d'un Dieu ; et pour croire à l'immortalité , il lui suffît de sentir combien d'obstacles à la fé-

* Je suis loin de partager l'opinion de ces philosophes qui prétendent connaître la métaphysique de Locke mieux qu'il ne la connaissait lui-même.

On a trop confondu , surtout dans ces derniers temps , l'école de Locke avec celle de Hobbes.

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licite disparaissent en présence d'une vérité si féconde en nobles espérances. Oui , la philosophie du bonheur appelle les sentimens religieux : unie à l'athéisme, elle en reçoit une sécheresse qui contraste avec son but; elle est trop souvent obligée de laisser notre faiblesse seule aux prises avec la douleur; elle est contrainte de répondre à de terribles argumens, qui s'évanouissent alors que notre esprit s'éclaire par la pensée d'une autre vie.

Parmi les reproches adressés k la morale qui repose sur le désir d'être heureux , il en est qu'un examen attentif détruit entièrement; il en est d'autres qui seront l'objet de controverses éternelles. Sans doute ce désir, quand il est éclairé, inspire de hautes pensées. Le moi ne borne pas son activité aux soins du corps ; il en conçoit de plus nobles, de plus intéressans pour lui ; sa prévoyance ne s'arrête pas à cette courte carrière. Mais, dans le plus sage système né du besoin d'être heureux, on revient souvent à nous entretenir du moi. Il est des âmes tendres et des imaginations brillantes qu'importune ce

retour sur soi-même; elles craindraient d'en recevoir une apparence d'égoïsme qui suffirait à leurs yeux pour ternir l'éclat de la vertu. Ces âmes pures, à-la-fois timides et fortes, ces imaginations fécondes en idées nobles et ravissantes, jugeront toujours peu conformes à la dignité de notre nature les systèmes qui naissent d'un principe intéressé, où par conséquent les mots dèvoûmenty sacrifice, oubli de soi-même ne sont que des espèces de métaphores. En s'occupant d'arithmétique morale, elles croiraient dépouiller de leur grandeur les vertus héroïques , et priver de leurs charmes les vertus aimables.

Le disciple de la philosophie du bonheur répondra toujours qu'il ne peut créer ni l'homme ni la vertu ; que sans abaisser et sans exagérer leur dignité, il observe, découvre et suit la vérité. Je seconde , ajoute-t-il , les soins de la nature qui , voulant nous guider au bien par notre propre intérêt , sème de fleurs la route de la sagesse : pourquoi les arracher ? Les mots détournent , sacrifice , ont dans mon langage leur véritable sens ; c'est vous qui les transfor-

mez en effrayantes métaphores , et rendez ainsi difficile ce qui doit être aisé. La morale de l'intérêt éclairé est la seule qui laisse à notre nature toute sa dignité, à la sagesse tous ses charmes; puisqu'elle démontre que l'homme a besoin de fuir le vice pour contenter son premier désir, et que la sagesse enfante les plus douce3 voluptés.

Toujours où pourra reprocher aux moralistes partisans du mobile que j'examine , de ne donner à la vertu qu'un rang secondaire : ils l'estiment , ils la recherchent et la cultivent ; mais ce n'est pas pour elle - même , c'est parce qu'ils voient en elle un moyen de bonheur. Or, n'enseigne-t-il pas une doctrine plus élevée celui qui, regardant le bien-être comme une simple conséquence de la pratique de ses préceptes, donne la vertu pour but à nos efforts , la place au premier rang, et la fait ainsi briller de tout son éclat ? Une telle doctrine est la plus imposante, et ceux qui voient dans l'enthousiasme l'unique source de tout ce qu'il y a de grand et de beau sous le ciel , jugent funeste ou regar-

dent en pitié une philosophie qui s'attache à montrer ce que notre intérêt nous prescrit. Mais les apologistes de cette philosophie diront toujours : H faut craindre de se laisser abuser par des mots ; en cherchant la morale la plus élevée, on peut s'abandonner à de hautes extravagances ; n'employons pas des expressions vagues, et cherchons une morale vraie. C'est surtout dans la poésie , dans les arts , que l'enthousiasme est nécessaire ; c'est surtout de raison qu'on a be* soin pour se conduire dans la vie. Vous aimez les idées qui produisent de vives impressions; nous préférons celles qui produisent facilement des impressions justes et durables. Vous trouvez quelque grandeur à soutenir que le bonheur est une simple conséquence de nos travaux, non leur but; plus puissante que vous, la nature veut qu'il soit l'objet direct de nos efforts; et le moraliste ne saurait fermer les yeux sur cette première vérité, sans se jeter en aveugle dans une route trompeuse.

Je crois interminables de telles controverses. Les adversaires de la philosophie du bonheur

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pourront toujours soutenir que ses partisans, au lieu d'élever l'homme à la vertu , la dégradent

en la faisant descendre vers lui; et toujours les amis de cette philosophie pourront prétendre que leurs antagonistes nous font perdre de vue la sagesse placée près de nous par la bonne nature, et nous montrent son fantôme sur des monts escarpés. Aucune de ces deux opinions ne sera jamais portée à un degré d'évidence capable de soumettre tous les esprits. J'entends les deux partis s'écrier à-la-fois que je m'abuse ; mais le prouveront-ils par cette vague assertion? Il faudrait, pour me confondre, qu'ils en vinssent à s'accorder entre eux ; et c'est ce qui n'est pas à craindre pour moi.

Enfin, la morale puisée dans le désir du bonheur est sujette à des objections très justes. Le mobile d'actions qui la produit dégénère aisément : il semble tout à-la-fois être le meilleur, parce qu'il ne trouve en nous aucune résistance, et le moins sûr, parce qu'il est très facile à corrompre. Je me suis servi fréquemment de ces mots désir du bonheur; j'ai dû montrer le prin-

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