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DU DESIR DE SE CONFORMER A UNE IDÉE ABSTRAITE

Nous avons examiné les trois principes cFao - tions naturels , et nous arrivons à celui que j'ai nommé scientifique. Ce principe fait obéir l'âme à une idée abstraite qui , dans diverses écoles , s'appelle vérité, convenance, loi du devoir, absolu, etc. Les hommes qui connaissent l'influence des idées abstraites doivent pressentir que nous allons porter nos regards sur une doctrine élevée et sévère.

Des philosophes, je l'ai dit dans le chapitre précédent , croient que si l'on espère fonder la morale sur l'utilité universelle , on ne s'abuse pas moins que si l'on essaie de l'établir sur l'uti-

lité individuelle. Selon eux , le but de la morale n'est point le bonheur, c'est la justice ; en conséquence , il ne s'agit pas d'examiner si la vertu est utile ou nuisible : les lois morales existent; c'est assez , obéissons.

Dieu ne se livre pas à des volontés arbitraires : il se conforme à des idées éternelles de sagesse, de justice et de bonté ; il est parfait, parce qu'il les voit toujours et ne s'en écarte jamais. Notre faible intelligence , émanation obscure de la lumière infinie, s'élève aussi à des idées universelles, immuables; et par ce fait seul que nous les connaissons, elles sont pour nous des lois souveraines, auxquelles est due la plus entière adhésion. Je choisis dans l'ordre physique un exemple très simple. Je sais que le tout est plus grand que chacune de ses parties ; il m'est impossible de refuser mon assentiment à cette vérité : la contrainte peut forcer ma bouche à la nier, mon esprit ne la niera jamais. Cette vérité existait avant moi, elle existera quand je ne serai plus, elle existerait alors même que le genre humain disparaîtrait du globe. Qu'il y ait aussi des lois

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morale*, que la mère doive protéger son enfant, que celui-ci doive être reconnaissant envers elle , etc. , ce sont là , malgré de vains sophisme» et de frivoles arguties , ce sont là des vérités qui portent les mêmes caractères d'universalité et d'immutabilité que les vérités géométriques. Je ne puis leur refuser mon adhésion ; elle est un résultat nécessaire de leur existence et de la mienne.

Cette doctrine , disent ses partisans , nous montre sous leur véritable jour les lois morale* et l'être pensant qui les reçoit. Dans cette doctrine, les règles morales sont obligatoires par leur propre nature; et la raison n'obéit qu'à ces règles reconnues par elle-même. Ainsi , nul mélange? d'autorité ou d'intérêt ne vient ternir la pureté des lois et du devoir. I>es actions humaines acquièrent toute leur dignité ; elles expriment les hommages qu'une raison saine rend à des vérités éternelles. Employer, pour nous déterminer à l'obéissance , d'autres considérations que celle qui naît de l'existence même de la loi, ce serait altérer le mobile de nos actions.

L'ami de la vertu passe ses jours en efforts continuels, dont l'unique but est de s'exercer à l'accomplissement du devoir.

Bien que j'aie dégagé cette théorie de l'appareil métaphysique dont ses auteurs l'enveloppent , on juge sans donte qu'il serait impossible de la mettre à la portée de tous les esprits, .l'ai quelque répugnance, je l'avoue, à voir transformer la morale en une science que le sentiment et le bon sens ne suffisent pas pour comprendre. Un jeune professeur * m'a charmé lorsqu'il a dit, avec tant de justesse : La philosophie

n'est guère que le développement des croyances du bon sens* Ou je m'abuse , ou les plus habiles instituteurs sont ceux dont les leçons , pour être entendues , n'exigent qu'un esprit juste , un cœur droit. Les hommes que la Grèce honora les premiers du nom de sages, bornaient leur enseignement moral à quelques maximes qui se gravaient facilement dans la mémoire. Ce sont eux qui placèrent sur le temple de Delphes ces

* M. Th. Jouffroy.

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deux inscriptions, Connais-toi, — Bien de trop, donnant ainsi le commencement et la fin dn meilleur traité de philosophie. Lorsque, aprèé un long exil du sens commun , l'Italie vit enfin paraître un moraliste , l'appareil scientifique fut dédaigné par lui. C'était Pétrarque, ce poète brillant qui n'est guère aujourd'hui connu que par ses mélancoliques amours, mais qui mérite an rang élevé parmi les sages, pour avoir, dans son siècle, méprisé les subtilités de l'école et rappelé la sagesse à l'utilité pratique. «Dans nos temps mo dernes, les deux hommes qui peut -être ont exercé sur les mœurs la plus heureuse influence, sont Fénélon et Franklin; l'un, par cette épopée que les littérateurs hésitent à caractériser, mais que l'univers nomme un ouvrage divin; l'autre, par ce petit écrit tout populaire, où la raison est à-la-fois si spirituelle et si naïve.

La morale peut se comparer à l'éloquence qui , pour être vraie , doit frapper tous les esprits et parler à tous les cœurs. Le sentiment et le bon sens, dons vulgaires et précieux , révèlent à l'homme les préceptes de la philosophie pra-

tique. Quand ces préceptes sont connus, au lieu de vouloir en démontrer la justesse par de profondes recherches et de nombreux argumens, ne serait-il pas plus utile d'en inspirer l'amour par de sages institutions et d'ingénieux écrits?

Lorsqu'on emploie pour nous guider un système difficile à saisir,, on peut ,en nous fatiguant par son aridité, nous éloigner de la sagesse ; on peut aussi , en nous inspirant le goût des discussions oiseuses, nous faire oublier le but de la vie dans les disputes de l'école. Oh ! que la nature se fut montrée peu prévoyante si , pour nous éclairer sur nos devoirs , les doctrines scientifiques eussent été nécessaires ! Autant aurait valu que nous ne pussions respirer, sans nous être exercés à faire usage de quelque moyen mécanique.

Pourquoi la morale pratique n'est-elle pas la seule qu'on ait cultivée ? Sa prépondérance est universellement reconnue. Le maître de Lcibnitz , Thomasius , qui se plut à mêler de savantes rêveries à la morale , dit néanmoins que le voyageur affamé a raison de dévorer les mets, sans

s'inquiéter d'éclaùvir si le goût est dans le palais ou dans les alimens. Écouter les conseils de la sagesse naturelle, les suivre et les répandre, c'était assez pour occuper la vie.

Cependant, les recherches théoriques sont pour l'homme civilisé un impérieux besoin de son intelligence; vouloir les lui interdire, ce serait méconnaître ses facultés et prétendre en arrêter l'essor. De telles recherches, dirigées avec sagesse, donnent à ses idées de la rectitude, de l'ensemble et de la fixité. Si les écrivains qui font peu d'estime de la morale populaire , qui regardent comme incertains et faibles les mobiles d'actions naturels , sont évidemment des rêveurs qu'aveugle l'amour-propre, c'est tomber dans un autre excès que de s'exagérer l'obscurité de certains principes philosophiques , et de les attaquer avec violence ou de les vouer au ridicule. Pour sentir qu'on doit être plus réservé, ne suffit-il pas de voir que ces principes inspirent le respect et l'enthousiasme à des écrivains pleins de lumières et de vertus?

La doctrine dont j'ai tracé une rapide es-

quiàse , est peu propre à diriger la plupart des hommes. C'est une grande imperfection sans doute ; mais examinons l'influence que cette théorie peut exercer sur des esprits méditatifs.

L'habitude d'attacher constamment ses regards sur une idée abstraite, invariable, donne de la force au caractère et de l'inflexibilité aux déterminations. Quand un homme est parvenu à se pénétrer de la sainteté des lois morales , au point d'agir dans l'unique dessein d'obéir à ces lois, il peut enfanter tous les prodiges du plus héroïque dévoùment. Ces obstacles qui nous effraient, ces revers qui nous désolent, sont vus par lui d'un autre œil : ils peuvent causer quelques dérangemens dans les objets extérieurs, ils ne sauraient avoir d'influence sur le seul point qui le touche, l'accomplissement du devoir. Austère et noble doctrine, capable de former des hommes devant lesquels doit s'humilier notre faiblesse !

Des esprits superficiels croient que les idées abstraites manquent de force pour nous guider. Les faits démontrent au contraire avec quelle

puissance une idée abstraite agit sur nos facultés : ce qu'elle a d'invariable semble se communiquer à nos jugemens ; ce qu'elle a de vague et de mystérieux excite, enchante notre imagination. Quelques systèmes philosophiques, nés en Alleinagne, ont sur leurs disciples un ascendant pareil à celui qu'exercent des religions positives. Ces systèmes abstraits exaltent l'âme , s'identifient avec sa manière d'être , de sentir et de concevoir. Un Français s'étonne f en lisant Wolde- ?nar*, de trouver des personnages qui, dans des situations douloureuses , parlent en métaphysiciens; il s'écrie que cela n'est point naturel. Mais un être pieux n'écoutera-t-il pas dans ses douleurs la voix amie ou révérée qui lui citera les paroles d'un apôtre ; et souvent n'aura-t-il pas la force d'en discuter le sens pour excuser sa faiblesse ou pour relever son courage ? Des idées

* Roman philosophique de Jacobi , presque inconnu en France; mais si célèbre en Allemagne , que madame de Staël a cru devoir lui consacrer un chapitre dans un ouvrage où elle avait à parler de toute la philosophie allemande.

métaphysiques très répandues parmi les Allemands , ont à peu près le même empire.

Il serait difficile de ne pas croire que les élémens avec lesquels nous formons nos idées sont apportés à l'esprit par les sens , car elles conservent pour ainsi dire une empreinte matérielle. Les abstractions prennent de la réalité dans notre entendement , et celui qui fonde la morale sur une idée abstraite donne souvent un corps à cette idée. Pour mieux obéir à la vertu, à la vérité , pour mieux les adorer, une âme ardente arrive sans réflexion à les personnifier. On peut mourir pour l'absolu, et croire qu'on se dévoue pour un être réel. Une espèce d'anthropomorphisme s'unit aux doctrines abstraites , et les rend plus puissantes.

On a prétendu que les systèmes qui maintenant dominent en Allemagne ont une tendance irréligieuse; je suis loin de partager une telle opinion. Il semble à quelques personnes que par cette loi du devoir, par ces idées archétypes auxquelles Dieu même se conforme, on élève un pouvoir au-dessus du pouvoir divin, et que 1 ab-

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solu remplace Dieu dans l'esprit des adeptes. Je ne m'étonnerai point s'il en est ainsi pour quelques écoliers dont le jugement est faux; mais je démontrerai jusqu'à l'évidence qu'il est impossible d'allier avec l'athéisme la doctrine de l'absolu. Dans cette doctrine on nous dit : Les lois morales subsisteraient alors même que le genre humain disparaîtrait de l'univers. Cette proposition est juste; mais il n'est qu'un seul moyen de la concevoir et de l'expliquer. Si les hommes étaient anéantis, certes il n'y aurait plus d'amour paternel , ni de piété filiale : comment l'idée de cea vertus, c'est-à-dire des rapports qui les constituent, pourrait-elle encore exister? Une idée s'évanouit , elle n'est rien sans un esprit qui la conserve. Ainsi , pour que l'idée des lois morales survive à la destruction du genre humain, il faut admettre qu'elle subsisterait en Dieu. Après que l'imagination a détruit le monde , si elle anéantissait la divinité , où se placeraient les notions de rapports et de lois ? Le théisme est donc nécessaire à la doctrine dont je parle. Ses sectateurs comptent parmi ses plus grands

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avantages celui de nourrir l'âme de pensées élevées et religieuses, sans mélange de superstitions , de mysticité et de fanatisme. Gela est vrai à bien des égards ; cependant les méditations qu'exige ce genre de philosophie, les régions dans lesquelles il nous transporte, le vague mystérieux dont il s'environne , disposent ses élèves à beaucoup de rêveries ; en sorte que les doc* trines qu'il produit peuvent avoir aussi leurs superstitions, leur mysticité et leur fanatisme. Les disciples fidèles de la théorie que j'esquisse dans ce chapitre , ne se laisseront jamais entraîner à l'intolérance. En effet, d'après cette théorie , les lois morales nous sont intimées par la raison , qui seule nous soumet à leur empire. Un homme ne peut donc agir sur un autre homme qu'avec sa raison , c'est-à-dire en essayant de lui donner les lumières qui doivent le diriger ; tout acte violent serait une usurpation faite dans le domaine de la liberté. Les philosophes que dominent ces pensées, sont nécessairement doux, paisibles , et des argumens sont leurs uniques armes. Néanmoins plusieurs causes

inhérentes au principe d'actions scientifique, peuvent rendre les partisans de ce principe ardents à la dispute. L'habitude d'obéir à une idée abstraite donne, ainsi que nous l'avons vu, de l'inflexibilité au jugement et de la roideur au caractère. La fidélité qu'on doit à cette idée souveraine interdit les conciliations que demande notre faiblesse; il ne s'agit point de consoler nos semblables , de les servir ; il s'agit de respecter la justice;. Cette roideur, cette inflexibilité, ce mépris des conciliations, n'amèneront-ils jamais d'intolérance dans les débats philosophiques ? On ne peut embrasser une idée abstraite et la prendre pour guide , sans avoir de l'eialtation ; c'est ce qui supplée à la force que trouvent dans notre cœur les mobiles naturels dont j'ai précédemment parlé. Or l'exaltation de l'esprit est rarement compagne de la modération du caractère. Ajoutons que ceux dont le système moral naît d'une abstraction , emploient pour le démontrer une métaphysique obscure qui , par elle - même , est une source d'argumentations pointilleuses et de disputes interminables. Enfin ,

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les jeunes gens qui se livrent avec enthousiasme à la philosophie dont je parle , voyant qu'elle est inintelligible pour beaucoup d'hommes , et la concevant ou croyant la concevoir parfaitement , prennent souvent un amour-propre , un orgueil peu favorable aux discussions paisibles. Si cependant ces philosophes examinaient avec impartialité les opinions de leurs maîtres , ils verraient quelquefois que des paroles mystérieuses déguisent des idées très connues. J'en citerai un exemple assez remarquable. Un homme distingué par ses recherches sur la métaphysique , a voylu trancher la question de savoir si la souveraineté appartient aux rois ou aux peuples, en disant : Ni. aux uns ni aux autres; le souverain, c'est l'absolu. On est surpris d'abord; cette opinion paraît neuve et singulière; mais bientôt on reconnaît que l'expression seule a de la nouveauté et de la singularité. N'a-t-on pas entendu dire mille fois : Il existe un pouvoir au-dessus des pouvoirs de la terre; il est des lois éternelles que doivent révérer tous les législateurs , soit qu'ils siègent sur des trônes , soit '

qu'ils s'assemblent au forum ? Si l'on excepte les plus lâches flatteurs des rois et les plus effrontés courtisans des peuples, nul n'a pu proférer des maximes contraires à des vérités si simples.

On se fait illusion, on s'imagine créer les idées qu'on déguise sous des formes nouvelles ; mais souvent on ne fait ainsi qu'obscurcir la vérité. Les mots inaccoutumés trompent facilement l'imagination. Quand vous parlerez des idées générale» , il sera difficile de penser qu'elles puissent avoir une existence réelle, on les verra comme de simples abstractions de l'esprit; mais si nous les nommons idées archétypes , il y aura des hommes qui en feront des êtres existans; bientôt des élèves disputeront pour savoir si les idées archétypes sont en Dieu ou hors de Dieu, il y aura des nominaux et des réalistes : c'est ainsi que trop souvent un appareil de science vient nuire au sens commun.

Le partisan de la morale fondée sur la loi du devoir accomplie pour elle-même, peut se laisser entraîner à des erreurs graves, effrayantes, s'il suit les rigoureuses conséquences de sa doc-

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tri ne. Tout nous rappelle combien l'homme est faible ; il fuit des dangers, il en rencontre d'autres. Quand, la morale a des intérêts pour base, on craint que ses leçons ne soient pas assez pures , on craint que ses disciples ne soient égarés par des considérations vulgaires;, et l'on nous (dit de chercher dans l'idée absolue du bien un moyen plus sur de guider notre esprit avec sagesse. En suivant cette route nouvelle, on se garantit des écarts que produisent les préjugés de l'intérêt propre, et les notions fausses sur l'intérêt général ; mais en accoutumant l'homme à prendre une idée abstraite pour règle invariable de ses actions, à ne voir qu'elle seule , à réaliser avec une inflexible sévérité tout ce qu'elle prescrit , on peut le faire arriver aux plus étranges résultats. C'est ainsi que le philosophe de Rœnigsberg , dans son fanatique respect pour la vérité , pense que si un assassin nous demande où nous avons vu se réfugier le malheureux qu'il poursuit, nous sommes obligés de ne point le tromper, dût notre franchise lui livrer sa victime. Observons que cette effroyable erreur n'est iî. 9

point celle d'un homme qui interprète faussement une sage doctrine : c'est l'erreur d'un philosophe qui suit rigoureusement son principe abstrait. Les aberrations de ce genre , condamnées par le simple bon sens de chaque individu et par la conscience de tous , ramèneçt l'esprit Ters ces théories moins imposantes qui , nous faisant considérer les résultats de nos actions, nous donnent des moyens pour en apprécier l'équité , et pour prévenir ou rectifier les écarts de notre raison.

Je sais rendre hommage à tont ce que pro- •duii de noble , d'austère et d'héroïque , le mobile d'actions que j'examine. Si le principe le plus désintéressé est le principe générateur de la morale, c'est celui-ci qu'il faut choisir pour premier véhicule des saines doctrines. Refuse-t-on de reconnaître en lui cette prééminence? on ne saurait du moins lui contester la gloire de plaire à des âmes fortes, de leur inspirer l'enthousiasme de la vertu, et de les porter à -un degré d'élévation où les coups du sort ne peuvent les atteindre. Je demanderai cependant, si comman-

der aux faibles humains d'obéir à la loi morale uniquement pour lui obéir, sans considérer lé bien qui doit en résulter, sans qu'aucun retour satisfaisant sur eux-mêmes leur soit jamais permis, je demanderai, dis-je, si tracer une pareille théorie, ce n'est point composer un roman sur l'homme et sur la vertu?

Assurément une idée abstraite peut être choisie pour premier véhicule de la morale ; mais il est nécessaire que les autres principes d actions viennent seconder, éclairer celui-ci. Des philo* sophes s'écrieront que j'altère ainsi le véritable système , puisque sa pureté résulte de ce qu'il nous apprend à obéir dans le seul dessein d'accomplir le devoir. Sans doute, répondrai-je , je fais un grand changement dans votre doctrine; mais je la rends plus utile, plus vraie, mieux appropriée à la nature humaine, moins sujette à s'égarer ; et tous ces avantages m'obligent à croire que vos idées sur la morale ne sont pas exactes.

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