DU DESIR DE SE PERFECTIONNER
'■ Y ki peu d'observations à soumettre au lecteur $ur ce dernier mobile. S'il faut que , dans ce monde, la grande occupation de l'homme soit le perfectionnement de son être , s'il est évident que les moralistes doivent avoir pour but de l'aider dans cette noble entreprise , le désir de se perfectionner est le mobile générateur de la morale.
J'ai nommé philosophique ce principe d'actions , parce qu'il embrasse l'homme tout entier. Ce principe élève , fortifie notre âme , de manière à la rendre plus digne d'obéir à tous les autres mobiles qui peuvent nous guider vers la sagesse. Il semble donc qu'en choisissant parmi ceux-ci le premier véhicule des doctrines
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morales , on s'arrête à des détails , à des moyens secondaires. plus on moins utiles, mais que pour, saisir l'ensemble de la science de la vie , pour s'attacher au vrai moyen de la npettre en pratique , on doive écouter et suivre le désir d'améliorer son être.
' J'ai fait voir quels secours et quels dangers le désir du bonheur présente aux moralistes. Le désir de se perfectionner n'a-frii pas à peu près les mêmes avantages, sans exposer aux mêmes périls ; et s'écarterait- on de la vérité en> disant . que celui-ci est pour un sage , ce que le premier est pour le vulgaire?
Le besoin d'être heureux me paraît bien plus naturel à notre âme que celui de se perfectionner ; mais est- il aussi certain qu'on le croit au premier coup-d'ceil , que le bonheur soit le but de la vie, la fin de toutes nos actions? Peu d'hommes voudraient acheter le bonheur en lui sacrifiant leur raison. Si cependant la félicité est tout, pourquoi ne voudrais-je, ni pour moi, iji pour les miens, d'une démence qui nous ferait passer nos jours dans des rêveries délicieuses?
Serait-ce préjugé, firiblesse de ma part? Non, car j'obéirais à un noble instinct qui parle en moi , et j'aurais l'approbation de tous les sages. Il y a donc pour l'homme quelque chose d'indéfinissable peut-être, qui le touche plus intimement encore que son bonheur; dcs-lors, la réflexion doit l'amener à reconnaître que le vrai mobile de sa vie morale est le désir de se perfectionner*
Un mobile si pur produit évidemment de bons résultats. Toutefois, je ne soutiendrais pas qu'on . doive le préférer aux autres. Il a moins d'attrait que le désir du bonheur, moins de puissance que le désir de plaire à la Divinité , et même que celui qui nous inspire l'amour des théories scientifiques , enfin , il est plus sujet à s'égarer que le désir d'être utile à nos semblables. Ce dernier donne constamment une activité toute pratique, tandis que l'ardeur de se perfectionner peut arrêter l'esprit dans la région des idées spéculatives.
Le perfectionnement de l'homme doit s'étendre à ses diverses facultés. Si nous voulons seulement améliorer la plus noble partie de nousmêmçs, si pour lui donner un plus haut degré
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de pureté r bous voulons nous dégager de nos liens terrestres , cherchant alors une perfection imaginaire , nous nous abandonnons à toutes les folies mystiques..
Enfin. nous entrons dans une fausse route, si, trompés par quelques succès obtenus en suivant le mobile dont je parle , nous laissons l'amourpropre s'emparer de notre âme. Quand on gravit une montagne , bien qu'on se rapproche du soleil , la distance à laquelle on se trouve de cet astre est toujours immense ; de même, quelques efforts qu'oa fasse vers la perfection , on n'eu est pas moins très éloigné du but. Le plus sage des, humains peut seulement mériter,dans ce monde, que l'auteur de tout bien daigne le perfectionner dans un autre univers* Si le noble désir d'améliorer son être r inspire de la fierté à ceux qui l'ont choisi pour guide, s'ils perdent de vue que , la défiance de soi est le commencement de toute < sagesse , il n'y a plus pour eux qu'erreurs , fautes et misère. Abusé par l'orgueil , l'homme est d'autant plus ignorant qu'il croit être, instruit, d'autant plus faible qu'il oublie sa faiblesse.
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