CHAPITRE XIIL
RfcFLEXlOWS SUR LES DANGERS QUE PRÉSEBTEffT LE» DIVERSES THÉORIES HORALE&f
Nous venons de porter nos regards sur différentes routes que nous indiquent les philosophes, quand nous cherchons la sagesse. Eh quoi! il n'est pas de sentier où nous puissions pénétrer avec la certitude d'atteindre notre but ï Chacun des nobles mobiles d'actions qui pnv mettent d'inspirer la tempérance et la bienveillance peut environner l'homme d'illusions funestes, et le jeter dans de honteux excès. Quel triste résultat de nos recherches ! en le considérant, on ne peut se défendre d'un itiouvement d'effroi , et l'âme est près de céder au découragement.
Mais, un rayon de lumière céleste brille à nos
yeux. Faibles humains ! rappelons-nous que les vérités pratiques de la morale sont marquées du sceau de l'évidence , qu'elles sont universelles , immuables ; et cessons d'accuser la sagesse infinie. Puisque Dieu, refuse aux théories philosophiques le caractère d'évidence dont il empreint les vérités pratiques, sentons mieux la nécessité de nous attacher à celles-ci; apprenons à juger nos semblables sur la conformité de leurs actions avec ces vérités , non sur le choix qu'ils ont fait entre des systèmes qui, participant tous à la, faiblesse de leurs auteurs, offrent nécessairement un mélange d'inconvéniens et d'avantages*
Oh! combien ils sont coupables les insensés, dont les sophismes jettent de l'incertitude dans les esprits sur l'existence des vérités pratiques, de la morale ! Quelles horribles ténèbres nous environneraient, si jamais nous perdions la conscience de ces vérités! Que les sophistes triomphent, à quelle orageuse navigation sommesnous condamnés ! le fanal est éteint , on a brisé le gouvernail, on a coupé le cable qui retenait
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le navire et l'empêchait d'être emporté par les vagues F
. Cependant, nous disent les sophistes, il faut bien reconnaître que les notions morales, variables dans chaque individu , sont des effets de l'éducation , à moins qu'on n'essaie de réhabiliter la chimère des idées innées. S'ils veulent dire simplement que , le jour de sa naissance , un enfant ne distingue pas le juste de l'injuste , on peut les dispenser de longs raisonnement pour démontrer ce fait incontestable. Mais voici d'autres faits dont l'évidence est lamême. En arrivant au monde,, nous apportons des facultés qui nécessairement se dé veloppen t, et nécessairement aussi produisent certains résultats. L'entant, à sa naissance, ne parle pas; mais il est doué d'une faculté qui, en se développant, lui donnera les moyens de communiquer ses idées. De même, une faculté inhérente à sa nature lui fera sentir un jour le respect du juste, le mépris de l'injuste, en dépit de tous les exemples dont on voudra l'environner. Dès long-temps les sophistes se font une étyide de recueillir des faits bizarres, pour prouver
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qu'il existe une extrême diversité d'opinions sur les points les plus important de la morale. Souvent on a démontré que la plupart de ces faits sont controuvés, et que d'autres ont reçu de fausses interprétations ; j'accorde un instant qu'ils sont vrais et bien interprétés. Comment les violations de la loi prouveraient - elles, que la loi n'existe pas ? Si de telles preuves suffisent , il est inutile de les chercher dans des contrées lointaines; nous en trouverons assez autour de nous. Mais qu'importe que les sophistes nous fassent voir des gens qui manquent de tempérance et de bienveillance, si nous voyons en même temps que l'égoïste et l'intempérant portent la peine de leurs fautes , et prouvent par leurè vices , aussi bien que d'autres par leurs vertus , la nécessité de suivre l'éternelle loi qui nous prescrit la tempérance et la bienveillance ? Parvenez à me convaincre que dans un pays où Tes femmes seront esclaves , les enfans abandonnés , les vieillards massacrés , on jouira d'un sort aussi doux , d'un bonheur aussi pur que dans un état où régneront l'amour conjugal, la tendresse paternelle
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et le respect filial ; alors je croirai que les lois naturelles n'ont d'existence que dans l'imagination des rêveurs.
Laissons ceux qui soutiennent que la loi morale est une fable; appeler en témoignage des hommes choisis au loin dans des contrées barbares , ou près de nous dans les repaires du vice , et tenter d'opposer ces voix confuses à la voix de tous les sages. Pour moi, j'ai remarqué souvent avec surprise à quel point les hommes s'accordent sur les vérités pratiques , malgré l'étrange diversité de leurs usages. La condition des femmes est bien différente en Asie de ce qu'elle est en Europe. Je trouve dans l'ouvrage d'un moraliste chinois, qui écrivait au commencement du siècle dernier, des idées singulières sans doute sur la répudiation, sur les concubines, sur la retraite dans laquelle doivent vivre les femmes ; cependant il m'offre sur le mariage les idées suivantes, qui sont toutes semblables à celles des philosophes européens. *
* La traduction est du père d*Entrccolles , elle n'a jamais
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« Quand on traite de mariage, ce qu'il importe « de considérer , c'est que l'époux et l'épouse a soient faits l'un pour l'autre. Mais à quoi les « parens regardent-ils? à de petites convenances , « au rang et aux emplois....
a II faudrait songer qu'une femme bien née « est une source de bonheur; c'est la vertu qu'il « faut chercher avec soin dans une compagne , « sans se déterminer par des vues d'intérêt , sans « penser à s'allier à gens d'une condition au- « dessus de la sienne. C'est une grande acquisi- « tion que celle d'une femme vigilante , appliquée, chaste et sage; el\e saura s'accommoder « de l'état de la maison , et , dans un revers de « fortune , souffrir patiemment la pauvreté , sans « se démentir en rien , toujours obéissante et ré- « pandant la paix autour d'elle....
« Nos livres classiques disent que le bon ordre % particulier des mariages est la source du bon « ordre général. »
été imprimée ; le manuscrit appartient à M. Campenon r de l'Académie Française.
i4* 0* &4 rmumwu*
Le même ouvrage offre «ouvert le» msb»
de la morale la plu» épurée. Par exemple zrffar * tez le bienfaiteur eu bien&iteur f et l'émanai e» «ennemi; parole» d'un homme «an» religion, 0 « n'y a point de gen» de bien au monde; parafe» «d'un homme »an» vertu, »
La certitude qu'ont à me» yeux le» vérité» pratique* vient adoucir, efiaeer le sentiment pénible dont fêtai» aanat en voyant que féléve de» mora* li»te» peut s'égarer, quelque principe «faction* qu'il cboi»i»»ef quelque route quf il essaie é* parcourir. Je dirai plu» maintenant i appnmon» a révérer la piiiesance infinie qui régie no» datt»* née»; «e» erreur» prétendue» , »e* injustice* ap~ parente» cachent peut-être à notre iaible vue k* plu» haute» preuve» de »a bonté.
S'il était un principe d'action» qui conduisît ne* cftwairement au bien , »e» avantage auraient une telle évidence que non» eerion* contraint» d* l'adapter f et que *oumis à »a pui*«auce urtém^ tible, nou» »uivrion» la route où il nou» entraînerait, comme on »uit mm pente *ur laquelle on ne peut s'arrêter, F>* mal moral cesserait
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ter sur la terre; la liberté, le mérite et la vertu en disparaîtraient avec lui.
Automate parfait, l'homme ressemblerait alors à l'instrument qui rend des sons harmonieux sans avoir l'idée de l'harmonie. Nous demandons à Dieu pourquoi il n'a pas rendu heureux et bons tous les êtres sortis de ses mains; et c'est en d'autres termes lui dire : Pourquoi ne m'as-tu pas privé de la raison pour me réduire k l'instinct? pourquoi m'est-il donné de connaître la satisfaction d'avoir fait le bien y d'éviter des fautes ou de céder au repentir, et de m'éle ver à la vertu ? Tout serait mieux au premier aspect ; mais une apparence trompeuse cacherait une dégradation réelle. Portez vos regards sur l'Apollon du Belvédère : il est plus beau , sans doute , qu'aucun être vivant ; mais si vous ne vous bornez pas à considérer une- enveloppe matérielle, vous jugerez que l'homme le plus difforme surpasse en véritable beauté le chef-d'œuvre de l'art; cet homme vit , délibère , agit , et la statue n'est qu'un marbre inerte. Il est possible que , dans la création des mondes , l'Éternel ait épuisé les
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combinaisons , et qu'un des globes qui roulent sur nos têtes soit habité par des êtres que leur nature fait vivre exempts de vices et de malheurs. Combien leur sort est inférieur au notre ! Ce sont, si l'on veut, les animaux les plus parfaits que l'imagination puisse concevoir; mais
déppurvus de. liberté , ayant la bonté sans choix et le bonheur sans mérite , de tels êtres ne sont pas des hommes.
11 était donc nécessaire qu'aucun principe d'actions ne fût un guide infaillible. Considérons enfin que chacun des principes dont nous avons fait l'examen peut , lorsqu'il est éclairé , nous diriger avec succès; et nous achèverons de comprendre quelle reconnaissance et quel amour nous devons à l'Auteur des choses.