DES SYSTÈMES INCOMPLETS
Réunissez les cinq mobiles d'actions; isolez ensuite chacun d'eux ; enfin , épuisez les combinaisons pour employer quelques-uns de ces mobiles à l'exclusion des autres; vous verrez successivement les bases de tous les systèmes imaginables sur la science de la vie. Toujours vous pourrez reconnaître que les systèmes incomplets sont dangereux , qu'ils nous entraînent dans de fausses routes, ou qu'ils manquent de force pour nous guider dans celle de la sagesse.
Conservons l'amour de soi en dédaignant les antres mobiles, nous reproduirons la doctrine des sophistes , dont l'effet est d'abrutir l'homme dans de grossiers plaisirs, sans que nul senti-
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ment humain ou pieux ne réveille son âme engourdie.
Isolons le désir de plaire à l'Être éternel, nous aurons la prétendue morale de ces fakirs de l'Inde qui , se vouant à djhorribles tortures , croient sanctifier leur inutile existence.
Sans doute le désir d'être utile à ses semblables , alors même qu'il ne serait éclairé par aucun autre , produirait encore quelque bien. On peut se représenter un homme en qui de longues adversités ont éteint l'idée de la Divinité, celle des lois morales, l'espoir du bonheur, et qui néanmoins , cédant à des mouvemens naturels , adoucit les peines de ceux qu'il voit souffrir. Cet étrange philosophe , digne objet de pitié, transmettrait difficilement son affligeante doctrine. S'il essayait de former des disciples, les uns se lasseraient bientôt de semer leur stérile bienveillance sur une terre où l'on ne recueillerait que la douleur et la mort; ils fuiraient dans les bras des sophistes : bientôt les autres verraient la nature reprendre ses droits, et goûtant le prix de leurs bonnes actions,
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tourneraient avec reconnaissance leurs regards vers le ciel.
< Nous avons précédemment reconnu que la prétention de n'obéir qu'aux lois morales , considérées d'une manière abstraite, peut entraîner à des absurdités révoltantes. Quant au désir' de se perfectionner , il ne saurait exister seul ; on ne peut concevoir un perfectionnement sans motif et sans but.
Au lieu de n'employer . qu'un principe isolé, essayons d'en choisir deux pour former un système. Unissons à l'amour de soi un mobile très pur, le désir de plaire à la Divinité; nous verrons naître ces doctrines chéries par des égoïstes dévots qui, très occupés de Dieu et d'eux-mêmes, s'arrangent pour passer leurs* jours dans une douce quiétude , sans jamais se laisser troubler par l'aspect ou la pensée des peines de ceux qui les entourent.
Employons l'amour de soi et le désir d'être utile aux hommes, nous aurons un système aimable en apparence, mais au fond très défectueux. Celui qui prodigue ses services aussitôt
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qu'on les réclame , et qui ne s'élève point à considérer les lois morales en elles-mêmes, peut obliger quelques personnes et nuire à beaucoup d'autres ; il n'a point la véritable bienveillance , puisque souvent il blesse la justice.
Je laisse au lecteur le soin de multiplier les combinaisons de ce genre ; je ne m'arrêterai que sur un petit nombre de systèmes incomplets qui occupent une place importante dans l'histoire de la philosophie morale.
Les doctrines austères qui commandent le désintéressement absolu, ont des partisans très dignes de respect; cependant, pour juger qu'elles sont défectueuses , il suffit de voir qu'elles sont incomplètes. Certes, on se prive de puissans avantages pour nous diriger , lorsqu'efifray é de toute pensée qui se rapporte à l'amour de soi, on refuse de nous montrer quelles touchantes relations existent entre le bien qu'on fait et le bien-être qu'on obtient. Certes, on méconnaît notre nature lorsque, préoccupé d'une perfection imaginaire , on nous interdit de goûter cette satisfaction qui suit l'accomplissement des de-
voirs; douce récompense qui porte un caractère divin , puisque les hommes ne sauraient ni la donner ni l'ôter. Dire que l'amour de soi ne mérite qu'un rang secondaire parmi les mobiles destinés à nous guider , c'est énoncer une opinion très plausible , généralement soutenue par les moralistes , sinon en France, du moins dans toutes les autres contrées. Mais vouloir anéantir cet amour que la nature prit tant de soin de rendre indestructible, c'est vouloir surpasser en sagesse l'Auteur des choses. Craignons que nos disciples, au lieu dei ressembler à ces hommes qui , par de salutaires fatigues , accroissent leurs forces, physiques et rendent leur tempérament plus robuste , ne ressemblent à ces gens qui s'exercent à des jeux inutiles et périlleux, pour obtenir sur un théâtre les applaudissemens de la multitude. Les moralistes n'ont point à créer les lois morales , ils ne peuvent que les observer et les proclamer. Leair mission sera d'autant mieux remplie , qu'ils auront été de plus fidèles organes de ces lois. S'ils les modifient , ils nous égarent , soit en débitant
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de lâches préceptes , soit en publiant des maximes exagérées.
Les doctrines austères dont je parle ont sons doute enfanté des prodiges dans quelques âmes fortes; mais elles ne sauraient convenir à la pin* part des hommes. Je dirai plus, ceux qui les suivent n'accomplissent pas tous leurs devoirs. L'homme est un être confié à lui-même par la Divinité; il est obligé de développer ses facultés et de goûter les jouissances auxquelles l'invite une sage nature. De même qu il ne lui est pas permis de se mutiler, il ne doit pas se rendre insensible aux émotions agréables et pures; ce serait , dans ses tristes erreurs, dégrader l'être qui lui est confié.
Toutes ces considérations , peut-être , sont superflues : les systèmes qui rejettent entièrement l'amour de soi, veulent nous enlever un principe d'actions nécessaire; c'est assez pour qu'on ne puisse les placer parmi les systèmes de morale complets.
Les doctrines dont les auteurs se flattent d'enseigner la sagesse sans recourir aux idées religieuses, manquent d'un véhicule dont notre âme
*oha>lb. ro*>
t besoin. L'athéisme répugne à ma raison* il j*est»e mon sentiment le plus intitne . il Relevé contre aies espérances les plus chères» ; j'en par» enti cependant avec la modération et la bonne :oi sans lesquelles ou cesse d'être digue de soutenir la vérité.
Desùmes pieuses et tendres ont peine i se per- Htader que l'athéisme puisse exister. SU suffit de reconnaître dans l'univers une force active et -ectiude • sons doute on ne trouvera point d'athée: mais» s il faut penser que cette force est celle <Fun :*tre uuiiii en puissance, eu sagesse « eu bouté, e spectacle de la nature n'a pas trappe tous les '.•eux de manière a leur révéler son auteur.
Il est deux sortes d'athées* Les uns» victimes Tune dépravation abjecte, sont parvenus à ro» pousser l'idée d'un juge inévitable. Ce n'est point L'opinion de pareils êtres qu'il sagtt d'examiner* et l'an peut dire qu elle est etraugere au sujet jui nous occupe. D'autres hommes* sincères dans :eurs recherches scientifiques* ont ete conduits *iar eUes à un résultat diti'éreut de celui qu'on devait en attendre. Leurs laborieuses études.
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leurs admirables découvertes, leur étonnante habileté à expliquer par des causes purement mécaniques les phénomènes de la matière et ceux de la pensée , les ont amenés à ne plus voir dans l'univers la nécessité d'un moteur intelligent.
Ces deux classes d'hommes si différentes , ont souvent été frappées d'un égal anathème; les mots athée, vicieux, semblaient être synonymes. 11 est cependant incontestable , d'après les faits et d'après le raisonnement, que l'athée peut connaître des lois morales et sentir le besoin d'y conformer sa vie.
Des philosophes disent que ces lois sont les volontés de Dieu ; d'autres , qu'elles sont les rapports nécessaires que notre organisation nous donne avec les êtres qui nous entourent. De vives discussions s'établissent : on dirait que les hommes civilisés aiment les disputes comme les sauvages aiment les combats ; c'est peut-être que, dans nos hommes civilisés, il y a beaucoup encore du sauvage. Quand deux définitions paraissent différentes, la raison veut qu'on examine d'abord s'il n'est pas possible de les concilier; et
quelquefois on découvre que , loin d'être obligé de faire triompher Tune aux dépens de l'autre, on doit les réunir pour avoir des notions complètes sur le sujet que leurs auteurs prétendent expliquer (4)- Les deux définitions que je viens de citer, se lient naturellement ensemble. Je pense que les lois morales résultent de notre nature et de nos rapports avec les êtres qui nous environnent ; mais , notre nature et nos rapports , Dieu nous les a donnés; par conséquent, les lois que j'en vois dériver sont l'œuvre de son éternelle sagesse; et pour promulguer sa volonté, pouvait-il employer un moyen qui réunît mieux tous les. caractères de l'évidence, de l'universalité et de l'immutabilité, que de rendre ces lois inhérentes à notre nature? Le philosophe qui nous dit que les lois morales sont les volontés de Dieu, dit un fait vrai, et l'énonce d'une manière vague. Celui qui donne l'autre définition a une idée juste, très incomplète cependant si les lois morales n'annoncent pas à sa raison une intelligence éternelle. Prétendu philosophe, il s'arrête trop tôt dans la route de la vérité;
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mais, au point où il est parvenu, certainement il connaît les lois de la tempérance et de la bienveillance.
Oh! quelle preuve touchante de la bonté de Dieu ! Il a voulu que celui-là même qui serait assez aveugle pour le méconnaître, pût avoir encore une idée des devoirs sociaux. Demander pourquoi l'athée les suivrait, est une étrange question : l'athée sans doute est privé d'un grand motif d'agir avec sagesse ; il lui manque un moyen puissant pour épurer ses facultés et pour s'élever à de nobles idées d'ordre ; mais il connaît des lois morales , mais il a besoin de chercher à vivre en paix avec ses semblables, avec lui-même.
Xénophon, Marc-Aurèle, ces hommes dont les pensées et les actions étaient si religieuses, ces êtres dont chaque instant fut un hommage à la Divinité, après avoir développé leurs espérances d'une autre vie, ajoutent que si le néant nous attend à la mort, nous devons encore embrasser et suivre la vertu. Un sage, immortalisé par sa démonstration de l'existence de Dieu, Clarke, en exposant les lois morales, déclare
qu'elles subsisteraient et qu'il faudrait leur obéir, alors même que notre faible raison cesserait d'entrevoir leur auteur. Soutenir l'opinion contraire y c'est oublier quel charme on goûte à pratiquer les vertus sociales, c'est méconnaître une partie des bienfaits de l'Éternel. Je m'étonne et m'afflige de cette phrase: Si la Divinité n est pas, ilnjr a que le méchant qui raisonne; le bon n'est qu'un insensé. O Jean-Jacques ! pourquoi ce blasphème est-il sorti de ta bouche ?
Deux erreurs en philosophie consistent : Tune, à regarder le sentiment religieux comme l'unique source de la morale *; l'autre, à ne pas voir combien ce sentiment a de puissance pour nous guider avec sagesse. Bien que l'athée puisse discerner et suivre des lois morales, les systèmes qu'il essaie de propager ont toujours d'immenses désavantages, et souvent d'affreux résultats.
* Hobbes dît que les lois naturelles acquièrent force de loi , uniquement parce que Dieu les a publiées dans l'Ecriture Sainte ( De Cive, c. 3, §. ult. ). On frémit quand on songe que celui qui parlait ainsi ne croyait pas en Dieu. II. ii
En nous privant du mobile religieux , On peut corrompre tous les autres. Quand je médite sur la science de la vie , si vous m'enlevez la croyanc e en Dieu, quel système complet pourrai-je former ? J'aspire au bonheur , et vous me montrez le néant! Je veux être utile à mes semblables, et vous m'arrachez l'appui qui me consolerait de leur ingratitude ! Je m'incline devant la loi morale , et vous m'apprenez qu'elle n'est point l'oeuvre de l'intelligence ! J'essaie de me perfectionner, et vous anéantissez le modèle de la perfection Insensés 1 vous prétendez me donner des lumières, et vous m'enveloppez de ténèbres !
Je reste convaincu que, dans toutes les hypothèses, il est de notre intérêt de remplir nos devoirs : quel esprit juste oserait en conclure qu'on peut répandre l'athéisme, sans ébranler, sans bouleverser l'ordre social ? Cette doctrine désolante n'a point d'action sur les mœurs de quelques êtres nés avec un bon naturel et servis par des circonstances heureuses; mais elle jetterait, dans la plupart des hommes, les semences d'une dépravation profonde. J'ignore où s'arrêteraient
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les ravages de l'athéisme, s'il était généralement propagé. Dans un sens , je crois très exact de dire qu il n y a point aujourd'hui de véritable athée. On citera le caractère noble, les mœurs sévères de tel individu qui rejette l'idée de la Divinité; mais si nous observons avec justesse, nous verrons que ses qualités estimables, il les doit en partie à la religion. En effet, elle approcha de son berceau; elle lui fit ressentir, dans sa jeunesse , des émotions douces et des affections tendres; il avait pris de sages habitudes, lorsque sa raison s'égara. Ajoutons qu il vit dans un pays où les mœurs, les usages se sont formés sous une influence chrétienne. La plupart des personnes qui Tentourent ont des idées religieuses ; il abandonne leurs principes, mais il imite en* core leurs actions ; et Ton peut dire que , dans noire état social , les qualités de l'incrédule même subsistent sous la sauve-garde de la religion. On commet donc une grande erreur, si Ton suppose quun peuple dépourvu de toute croyance religieuse, serait composé d athées semblables à ceux
quoo trouve épars dans nos sociétés de l'Europe.
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Ijes observations précédentes annoncent assez quelle prodigieuse différence existerait entre les uns et les autres. On ne verra jamais de peuple athée ; mais s'il y en avait un , et qu'il vécût eh repos , ce serait sous des lois de fer.
Quelques prétendus philosophes ont voulu détruire l'idée d'une autre vie ; et dans les mêmes ouvrages, ils ont formé des vœux pour que les institutions fussent douces et les gouvernemens libres. Absurde contradiction ! Hobbes du moins se montre conséquent : il croit que l'homme est méchant; il le fait naître du hasard , et le voue à l'esclavage. Il y a dans les idées de ce sophiste une effroyable harmonie.
Une des pensées qui dominent dans mon esprit, c'est qu'il existe sur la terre une grande lutte entre la force physique et la force morale: on trouve les preuves de cette vérité en soimême et dans l'histoire du monde. Les méditations, les paroles et les travaux des gens de bien, tendent sans cesse à l'accroissement de la force morale. Si l'éternel principe de tout ce qui existe est un être intelligent, infini, je conçois que la force
matérielle soit un jour soumise à la puissance morale; je cesse de le concevoir, si la cause première est aveugle et nous pousse vers le néant.
Le moment est arrivé de compléter les notions que j'ai données de la vertu. L'homme n'est point jeté sur la terre par le hasard ; il doit donc tourner ses regards vers l'Auteur des choses, et lui payer un tribut de reconnaissance et d'amour. L'athée peut être tempérant et bienveillant ; mais puisqu'il méconnaît un devoir, il ne s'élève point k la vertu complète. En vain mon imagination réunira-t-elle en lui toutes les qualités sociales ; je ne pourrai pas plus le donner pour modèle de la perfection jnorale,. qu'on ne pourrait offrir pour modèle de la perfection physique, un homme dont les formes seraient belles, les traits réguliers, mais qui serait privé de la vue. La vertu est une constante habitude de s'exercer à remplir tous ses devoirs ; en d'autres termes , c'est une constante habitude de tempérance et de bienveillance , dont l'âme pure qui te possède fait un humble hommage à son auteur.
Si quelques personnes, dans l'innocence de leur cœur, refusent de penser que l'athéisme
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existe, d'autres, altières et froides, se plaisent à prodiguer le nom d'athée. Souvent, par leurs imputations vagues, elles ont nui à des hommes intègres, elles ont mis obstacle à des recherches utiles. On attaque bien mal une découverte, si Ton se borne à dire qu'elle favorise l'athéisme* D'abord , ce n'est point détruire un fait que de prétendre qu'il peut amener telle conséquence ; c'est changer la question, c'est annoncer la crainte et presque l'impuissance de la discuter. Ensuite, quel motif raisonnable empêcherait d'examiner un fait en lui-même , et de l'admettre quand il est constaté? Dos vérités ne nuisent jamais à d'autres vérités ; ce sont des parties d'un même tout, destinées par conséquent à s'unir; et s'il en est qui s'excluent en apparence, c'est que nous sommes encore privés des lumières qui viendront les concilier un jour.
N'opposons point d'obstacle à la noble activité dont l'esprit humain est doué par son auteur. 11 faut que les hommes se répandent sur une multitude de routes pour recueillir chacun quelques parcelles de la vérité. La diversité de
leurs travaux apporte dans leurs manières de considérer les objets , des différences dont il ne faut point s'étonner. Par exemple, il appartient à la médecine de seconder la morale dans le grand oeuvre de l'amélioration du sort des hommes. Le savant qui cultive l'art de guérir, occupé surtout de notre constitution physique , du jeu, de la conservation et du perfectionnement de nos organes, pourra donner une importance trop exclusive à des recherches matérielles, sans qu'on ait le droit de nier l'utilité de ses travaux. J'aimerais à voir tous les médecins pénétrés de l'esprit de Galien qui r après avoir fait à ses élèves une démonstration d'anatomie, s'écria dans son enthousiasme : Je viens de chanter un hymne à la gloire de V Éternel! Mais s'ils ne manifestent pas tous de pareils sentimcns avec le même éclat, gardons -nous de croire aussitôt qu'ils en aient d'opposés. Cabanis fut accusé d'être athée, et son opinion était que l'esprit de l'homme se refuse invinciblement à l'athéisme (5).
J'ai vu soupçonner d'impiété des médecins
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éclairés qui attribuaient de grands crimes à des maladies rares, dont les causes et les effets sont encore mal connus. On sait que les accès de la fièvre, que les fureurs de l'aliénation mentale entraînent quelquefois à des actes déplorables un être qui, peu de momens auparavant, était doux, sensible, généreux. Pourquoi des maladies, dont les symptômes sont moins évidens, ne pourraient -elles aussi conduire à de fatales aberrations d'esprit? Serait -il si déshonorant pour l'humanité de prouver que des égaremens, dont on accuse la perversité de l'âme, sont les tristes résultats de maladies du corps? Quel homme aurait à s'affliger, si jamais les hôpitaux réclamaient une partie des malheureux que les prisons dévorent ?
La religion doit ennoblir les facultés humaines, et c'est la profaner que de vouloir la faire servir à comprimer la pensée. Des esprits étroits décident avec trop de précipitation que telle ou telle manière de voir est inconciliable avec les vérités religieuses, tandis qu'il serait facile au contraire de prouver que presque toutes les opinions mé-
taphysiques sont susceptibles de s'allier à ces -vérités, *
Fichte excita du scandale lorsque, après avoir développé son opinion sur la manière dont se forment les idées, il dit : Maintenant , je vais créer Dieu. Ces paroles ont une choquante étrangeté ; je les improuve , quoique dans le langage d'une école subtile , elles perdent le sens qu'elles offrent naturellement. Blâmons l'auteur, mais ne nous hâtons point de l'accuser d'impiété. Ce même Fichte, dans son ouvrage sûr la Destination de V homme y adresse à Dieu une prière, ou plutôt il fait un acte de contemplation, dont la beauté.me frappe tellement que je ne puis résister au désir de citer ce morceau presque en entier.
* Je ne prétends point tirer avantage des contradictions que peuvent renfermer les cerveaux humains , et qui prouvent seulement combien notre raison est vacillante. Priestley offre le plus singulier phénomène. Ce savant écrit en faveur du matérialisme et du déterminisme; dans le même ouvrage , il proclame notre immortalité , il annonce les peines et les récompenses futures : il est allé plus loin , il a porté de Fintolérance dans son christianisme»
t I70 DE LA. PHILOSOPHIE
« O volonté sublime et vivante, qu'aucun nom a ne peut désigner, qu'aucune notion ne saurait « embrasser! il est pourtant vrai que mon âme « est autorisée à s'élever jusqu'à toi ! Oui, toi et « moi ne sommes pas séparés ; ta voix retentit « dans le fond de mon cœur, et la mienne réce sonne dans ton immensité profonde.
« L'âme simple qui s'abandonne à toi avec une « confiance filiale , est encore celle qui te conte naît le mieux. Tu es pour elle celui qui lit dans «les consciences, qui en pénètre les replis les «plus cachés; tu es le témoin partout présent, « toujours fidèle , de ses sentimens les plus in- « times , celui qui seul connaît la droiture de ses «intentions, et qui lui rendrait justice quand « l'univers la méconnaîtrait ; tu es pour elle un « père tendre qui ne voulut jamais que son bien, « et qui saura tout faire tourner à son avantage ; « aussi se livre-t-elle à tes desseins avec un en- « tier abandon. Fais de moi ce que tu veux , ditce elle; je sais que cela me sera bon, puisque je « sais que c'est toi qui le veux.
« L'esprit orgueilleusement scrutateur qui a
« bien entendu parler de toi , mais qui ne t'a «jamais vu, prétend nons enseigner à connaître « ton essence ; et voilà qu'il nous montre comme « ton image, un je ne sais quoi plein de contra- <c dictions et de difformités, ridicule pour l'homme «de sens, odieux, effroyable pour Fhomme de « bien.
« Je voile ma face devant toi, et je pose un a doigt sur ma bouche. Ce que tu es en toi, et « de quelle manière tu t'apparais à toi - même , « voilà ce dont je ne pourrai jamais acquérir la « moindre notion. Je ne tenterai pas ce que m'in- « terdit ma qualité d'être fini, et ce qui d'ailleurs « ne saurait m'être utile. 3e renonce à savoir ce « que tu es ; mais, tes rapports avec moi et avec « tout ce qui est fini comme moi.... ah ! grâces t'en « soient rendues , ils sont assez manifestes ! Que «je devienne seulement ce que je dois être; «aussitôt nos relations s'établissent, et m'envi- « ronnent d'une clarté plus vive que le sentiment « de ma propre existence. »
Quelques opinions semblent participer à-lafois du théisme et de l'athéisme. Plusieurs philo-
sophes, en reconnaissant une intelligence suprême, n'ont pas cru à notre immortalité. Je place dans la même classe les partisans du panthéisme : ceux-ci nous montrent l'univers comme un grand être , mû par une âme intelligente, dont nos âmes sont des émanations qui retourneront à leur source quand la mort aura dissous nos organes.
Une telle doctrine a certainement de grands avantages sur l'athéisme ; non-seulement le penseur qui l'adopte peut se considérer comme un agent du moteur universel de l'ordre , mais encore il sent qu'une étincelle divine existe en lui. 11 doit veiller sur cette noble partie de son être, et lui consacrer des soins assidus, afin de la rendre pure à la source- immortelle d'où elle est émanée. L'observateur impartial reconnaîtra quelle influence cette théorie peut exercer sur des esprits méditatifs. De même que j'ai donné des éloges aux qualités morales du mystique Plotin , il me serait facile de louer le caractère du panthéiste Spinosa, qui se livrant paisiblement à ses longues méditations, et suivant de
bonne foi le cours de ses scientifiques erreurs , vécut modeste , affable et désintéressé. (6)
La religion scientifique du panthéiste peut nourrir d'idées grandes, élevées, quelques esprits spéculatifs ; elle se met très bien en harmonie avec l'austère doctrine qui nous dit d'obéir aux lois morales uniquement pour elles-mêmes , et nous commande le désintéressement absolu ; mais c'est en vain que la plupart des panthéistes essaient de prouver que leur système a les avantages de ceux qui garantissent notre immortalité. Si l'âme, après la mort, va se confondre dans une source immense, il est, sous un rapport, très vrai de dire qu'elle n'est pas anéantie; mais sous un autre rapport, et c'est le plus important, elle est réellement détruite, la persistance du moi étant une condition nécessaire de l'immortalité. L'homme cesse d'exister, soit que son âme se perde dans l'âme universelle, soit que tout son être, formé d'organes grossiers, retourne à la matière. Dans la seconde ainsi que dans la première hypothèse , il n'y a pas d'anéantissement absolu ; dans l'une et l'autre , il .
n'y a plus de souvenir, le moi s'évanouit. Le panthéisme nous refuse donc un des secours que la religion nous assure; et les systèmes de morale auxquels on l'unit, doivent être rejetés parmi les systèmes incomplets.
Je ne puis omettre de parler du scepticisme sur les questions religieuses. Souvent on a voulu le voir où il n'existait point. N'a-t-on pas quelquefois nommé sceptiques des écrivains dont les opinions étaient parfaitement arrêtées , mais qui jugeaient avec une sage tolérance les sentimens peu conformes aux leurs ? La classe où l'on voulait placer de tels écrivains, et Celle dont ils faisaient réellement partie, sont cependant bien distinctes. La raison peut avoir de justes motifs pour combattre l'esprit de doute, tandis qu'elle doit toujours propager l'esprit de tolérance. Le méchant qui s'efforce de repousser l'idée d'une justice inévitable, athée par ses désirs, déiste par ses craintes, n'est pas non plus un véritable sceptique. J'en dis autant de l'être frivole qui s'étourdit ou végète sans élever jamais son es* prit à des méditations sérieuses; il n'est pas plus
un sceptique qu'un dogmatiste , il n'est rien. Le philosophe réellement sceptique sur les vérités religieuses est celui qui, après avoir comparé les preuves données de ces vérités et les objections formées contre elles , trouvant de part et d'autre des probabilités égales, s'abstient de prononcer, soit qu'il décide que de tels sujets sont hors de la portée de notre intelligence , soit que, dans un état de doute encore plus complet, il n'ose affirmer que de nouvelles lumières ne viendront pas un jour l'éclairer.
Le scepticisme sur ces hautes questions parait propre à répandre deux qualités précieuses, la modestie et l'indulgence. Il plaît à des hommes que frappent d'une part les bornes étroites de notre esprit, et de l'autre les sanglantes querelles trop souvent excitées par des idées spéculatives : ces hommes pensent qu'il est sage de s'attacher aux idées pratiques, et de rester pour les autres dans un état de doute et d'indifférence. Sous ce rapport, le scepticisme est favorable à la paix ; celui qui l'embrasse , ayant contre lui les dogmatistes de toutes les opinions, peut
être cruellement troublé dans sa retraite, mais du moins il ne trouble personne. Ce n'est pas que plus d'une fois on n'ait vu de hargneux pyrrhontens prescrire de douter, avec la même arrogance que leurs antagonistes mettaient à commander de croire. L'influence du caractère peut modifier ou même détruire celle des opinions. Ainsi, dans les orages politiques, on voit des gens livrés à un parti violent garder encore la douceur qui leur est naturelle, et s'empresser d'atténuer l'effet des lois rigoureuses qu'ils ont euxmêmes provoquées; tandis que d'autres, liés à un parti plus calme, s'emportent pour soutenir la modération, et parfois la prêchent en énergumènes. 11 est des athées bicnfaisans et des dévots égoïstes; il est des dogmatisas au ton modeste , et des sceptiques au ton tranchant. Nos inconséquences fussent -elles encore plus multipliées , il n'en serait pas moins vrai que l'esprit de doute dispose naturellement aux vertus conciliantes. Nous le sentons si bien, que l'intolérance dont nous sommes le plus choqués est celle qui s'unit au septicisme. Cette alliance
révolte, parce qu'on ne s'attend pas à la rencontrer, et qu'elle offre un monstrueux contraste. Je puis donc avancer que la manière de voir qui nous occupe en cet instant dispose les esprits à la paix. C'est beaucoup sans doute; mais c'est, je crois, son unique avantage; et comme il peut résulter également d'une autre doctrine plus propre à élever l'âme, à la soutenir dans les situations difficiles, à lui donner constamment une impulsion heureuse , la sagesse prononce en faveur de celle-ci.
Je ne discuterai pas d'autres opinions qu'il serait plus curieux qu'utile d'examiner. Si le lecteur veut se rappeler mes diverses observations sur les systèmes ^incomplets , il jugera que les uns nous conduisent à la perversité, que les autres ne peuvent nous diriger d'une manière sûre, et ne donneront jamais qu'une vertu incomplète. En considérant ces systèmes uniquement dans leurs rapports avec la tempérance et la bienveillance, on voit qu'ils manquent d'un ou de plusieurs véhicules pour nous faire contracter de nobles habitudes. Quelques êtres heu- 11. 1 *
IjS DE LÀ PHILOSOPHIE
reuscment nés peuvent offrir beaucoup d'exemples de sagesse , malgré les imperfections ou les vices de leurs théories morales. Que dois-je en conclure ? Les exceptions changent-elles la nature des choses ? Les systèmes incomplets ressemblent à ces instrumens dont une main adroite et vigoureuse tire parfois un assez grand parti ? mais qui, peu propres à l'usage qu'on en veut faire, empêchent de réussir la plupart de ceux
qui les emploient.
On peut maintenant apprécier la distinction
que j'ai faite entre les systèmes. Les doctrines incomplètes doivent être rejetées, car elles sont plus ou moins dangereuses. Les doctrines complètes sont toutes utiles, toutes conformes à notre nature : nous verrons qu'il est impossible d'anéantir aucune d'elles ; et que si l'on pouvait y réussir, ce serait en privant les hommes d'une partie des appuis que Dieu ménage à leur faiblesse.
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aUPITRK XVI.
ÏW5 C.lkVSES DE IX V.UUKTE DES SYSTEMES
COXPUrfS.
Ljl morale est nue. puisqu il existe pour toute espèce humaine des lois qui ne sauraient être jupunément violées, te but que doivent se proposer les moralistes est donc toujours le même; >n ue pourra le déplacer aussi lou*-temps qu'il estera quelque chose d'invariable daus notre uture. Mais pour atteindre ce but, diverses xmtes sont ouvertes et le serout à jamais puis* [u à jamais saus doute l'organisation et les rapv>rts des hommes ne seront pas exactement les «èines : ces modifications ont fait créer et main* finiront différens systèmes.
La partie intelligente de Thoimne se compose e raison „ de sentiment et d*tuu$iuattoiK Selon
l8o 1)K LA PHILOSOPHIE
que telle ou telle de ces facultés domine en nous, telle ou telle route pour arriver au but que prescrit la morale nous paraît être la meilleure. En général, celui qui possède surtout de l'aptitude pour le raisonnement, soumet à des calculs la science de la vie; les doctrines intéressées lui paraissent être les plus sages. L'homme en qui le sentiment domine est prompt à s'attendrir sur nos peines, à s'irriter contre nos vices ; il prend pour guide le principe d'actions qui nous porte à servir nos semblables. L'être doué d'une imagination vive est le mieux disposé à saisir les systèmes éminemment religieux; le vague l'enchante, le merveilleux excite son enthousiasme. J'indique les trois doctrines entre lesquelles les modifications de notre nature disposent la plupart des esprits à se diviser. Os doctrines subsisteront toujours , comme elles ont toujours existé. Ainsi , dans la Grèce, les disciples de Socrate se partagent entre elles; on voit s'ouvrir les écoles d'Aristîppe , d'Antisthéne et de Platon. Wespérez anéantir aucun genre de philosophie conforme h notre
MORLLE.
nature ; vous nous soumettriez à un seul principe d'actions, qu'une tendance innée vers différens systèmes se manifesterait encore. Parmi les catholiques, si jaloux d'établir l'unité absolue , n'avons-nous pas des molinistes , des jansénistes et des quiétistes ? Ces nuances, dira-t^on peut-être, ont disparu. Sans doute felles sont devenues moins sensibles , à mesure que les questions théologiques nous ont moins occupés ; cependant il est facile de les reconnaître encore ; on ne saurait les effacer complètement, parce qu'elles sont inséparables de la faiblesse et de la variété des esprits.
Je viens de rappeler au lecteur les trois principes d'actions naturels. Les deux autres ont aussi une influence durable : les systèmes : auxquels ils donnent lieu sont des résultats. de la civilisation. Un mélange de raison et d'imagination, l'aptitude à suivre des idées abstraites et le besoin de goûter des jouissances intellectuelles, excitent un certain nombre d'hommes à se plonger dans les systèmes scientifiques. Un heureux accord des trois facultés qui constituent
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la partie intelligente de nous-mêmes, outre Time au principe que j'ai nommé philosophique, au désir de se perfectionner.
Les différens caractères produisent des nuances dans les théories morales. Le même système, développé par plusieurs écrivains, peut se tronver singulièrement modifié. Une doctrine en offre pour ainsi dire deux, lorsqu'elle est exposée, tantôt par un esprit ardent et sévère, tantôt par un esprit calme et doux. La religion, toujours la même dans sa source éternelle, prend des nuances très distinctes, selon qu'elle inspire des âmes sereines, mélancoliques, indulgentes, austères, etc. C'est ainsi que, dans des vases transparens et diversement colorés , une eau limpide et pure semble recevoir des couleurs différentes.
Défions-nous des lumières d'un instituteur qui veut qu'on lui ressemble entièrement , comme s'il était le type immuable de la sagesse. Le chapitre suivant prouvera que la variété des systèmes est entrée dans les vu<\s de la Providence; ceux qui méconnaissent cette vérité, au lieu de nous perfectionner, nous tyrannisent.
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Parmi les causes qui modifient les théories morales, celles dont j'ai parlé se trouvent en nous-mêmes.; d'autres existent hors de nous. On aurait grand tort assurément de prétendre que les circonstances dans lesquelles écrivent les philosophes, ont un pouvoir irrésistible sur leur manière de voir et de juger; on serait à chaque instant démenti par l'observation. La victoire avait apporté dans Athènes les richesses et l'ambition, quand les sophistes répandirent leurs doctrines empoisonnées ; mais la même époque vit naître leur redoutable antagoniste et ses nobles disciples. Il y a dans l'homme une force active capable de repousser Finfluence que voudraient lui faire subir des forces - extérieures ; aussi les circonstances dans lesquelles un ouvrage coupable fut écrit , peuvent bien expliquer comment Fauteur s'est égaré, mais non justifier ses erreurs. En lisant Hobbes, on voit qu'il a vécu dans dés temp$ malheureux , que souvent la nature humaine s'offrit à lui dégradée : vaine excuse ! un opprobre éternel flétrira le nom et les sophismes de Hobbes.
Si l'on accordait trop à l'empire des circonstances , on finirait par regarder tous les systèmes comme des fruits du hasard, sur lesquels il faut porter un œil indifférent ; mais cet empire , qu'il serait dangereux d'exagérer, ne peut être méconnu par un observateur. La situation particulière ou se trouve un écrivain influe snr le cours que prennent ses idées. Épictète est esclave ; il ne peut chercher de ressources qu'en lui-même, son âme seule lui appartient ; il s'instruit à voir, tantôt avec un ferme courage , tantôt avec une humble résignation , tout ce qui n'est pas en son pouvoir. Helvétius vit au sein des richesses , tout ce qui l'environne s'empresse de lui plaire : épris du charme d'un tel sort, ii devient bon pour ajouter à ses plaisirs. Les circonstances dans lesquelles se trouvèrent ces deux philosophes eurent une influence évidente sur leurs opinions : supporter est la première idée que fait naître la situation de l'un ; jovir est le premier sentiment qu'inspire la situation de l'autre.
Il est une influence qu'exercent les circonstances publiques : par exemple , le degré de civi-
lisation , l'état misérable ou prospère r agité ou paisible , des hommes au milieu desquels le moraliste se livre à ses méditations. Cette influence générale peut même résulter de causes difficiles à bien observer, tant elles sont nombreuses et compliquées. Les diverses théories morales ont trouvé des approbateurs chez tous les peuples civilisés, parce qu'elles sont conformes aux modifications de la nature humaine ; il est à remarquer cependant que chaque pays a une philosophie dominante. La plupart des moralistes français ont incliné vers les doctrines du plaisir, vers les systèmes intéressés. Voyez - les depuis Montaigne et Gassendi, jusqu'à Helvétius et Saint- Lambert. Les doctrines scientifiques ont de Fattrait pour l'Allemagne : considérez ses philosophes depuis Leibnitz jusqu'à Ficbte. Sans doute ce pays a produit beaucoup d'ouvrages de morale pratique; mais je ne parle que de la couleur dominante de la philosophie dans chaque contrée. Les moralistes anglais respirent l'amour de l'humanité ; l'impulsion donnée par Cumberland fut généralement suivie par ses successeurs.
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Les Grecs , si variés dans leurs systèmes , se consacrent tous à la recherche du souverain bien; un besoin du perfectionnement de l'homme les anime : la sainteté de leur philosophie n'est pas sans rapport avec la beauté de leur sculpture et la pureté de leur poésie. Les doctrines enthousiastes, rêveuses et mystiques viennent de l'Orient.
Les opinions préconisées par une foule de voix r les idées universellement répandues nous environnent et pénètrent en nous comme l'air que nous respirons. On veut se garantir de celles qu'on juge fausses ; mais la plus sévère attention ne suffit pas pour être certain qu'on leur échappe à tous les instans.
Indépendamment de l'influence que nous pouvons recevoir à notre insu, il en est une à la* quelle nous nous soumettons par notre libre volonté. La doctrine morale qu'on se forme ou qu'on adopte est la collection des moyens qu'on juge les plus propres à vaincre les obstacles qui s'opposent à la vertu, au bonheur. Les circonstances d'où naissent en partie ces obstacles doivent donc être considérées, lorsqu'on veut se
déterminer sagement dans le choix de la doctrine qu'on essaiera de propager. L'austérité du stoïcisme qui forma de si grandes âmes sous les empereurs , et qui convenait éminemment à cette époque de tyrannie , d'opprobre et de crimes , l'austérité du stoïcisme ne peut guère réussir dans une société paisible où les richesses de l'industrie et les prestiges des beaux-arts multiplient les occupations, les plaisirs, et dispensent d'efforts sur soi - même pour se trouver dans une situation heureuse ou supportable.
L'influence de nos facultés , de nos caractères et des circonstances , est remarquable dans toute l'histoire de la philosophie. Les idées simples et nécessaires furent révélées par la nature ellemême ; la corruption fit naître des précepteurs d'intempérance et d'égoïsmè. Dans ce nouvel état de la société, il devait paraître, il parut plusieurs espèces de philosophes. Quelques-uns en appelèrent à notre propre intérêt , ils célébrèrent la modération et le plaisir : d'autres , invoquant le respect que nous devons aux lois morales , voulurent exalter l'amour de la vertu dans les cœurs.
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Les premier» se divisèrent : il a;en trouva qui ne s'éloignaient des sophistes que par un égoïsrae moins grossier; il s'en trouva qui ne différaient des philosophes sévères que par les expressions qu'ils employaient. Les apôtres de l'austérité se divisèrent aussi : les uns , confians dans leur» forces, montrèrent la raison domptant les passions , et maintenant le calme de l'âme au milieu des tourmens du corps; d'autres, effrayés de la faiblesse de l'homme, enflammèrent son cœur et son imagination pour le faire exister dans un nouvel univers. Tontes ces opinions, dont je pourrais grossir la liste, sont venues naturellement s'offrir à l'esprit humain ; et de leur discussion paisible; seraient nées des améliorations sans nombre: mais au lieu de ne combattre que le mal, souvent le bien a combattu le bien, et se dégradant ainsi lui-même, a paru ne laisser que le mal sur la terre. Il arrivera des jours meilleurs ou l'on examinera ce qu'il y de commun à toutes les doctrines raisonnables, ce que toutes ont d'utile; où l'indulgence, que dis-je? où la justice;, faisant la part de ce qu'on doit accorder
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rérwites organisations, aux diverses eirices, n'exclura que les leçons funestes» et ridera le respect pour tous les moyens orer l'espèce humaine.
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