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semblables. Ils blessent l'amour-propre , il* frm* sent des intérêt» ; les intérêt» et l'amour-propre *? vengent Si des vérités mathématiques ont vain des persécutions à ceux qui les avaient découverte» f le danger e*t plus imminent lorsqu'il s'agit de vérité» qui par leur nature sont moim évidentes , et qui touchent à des intérêt» phi» étendus et plus graves. Aussi , beaucoup cfobservateurs paisibles, craignant f animosité des part», n'osent hasarder leurs idées , abandonnent h plume aux mains vénales ou factieuses ; et Von est privé d' ouvrages qui seraient précieux , m ils seraient écrit» (Je bonne foi. Toutes ces cause» réunit* expliquent suffisamment pourquoi lf» progrès des sciences morale» et politiques sont les moins rapides. Cependant, pour ces science» ainsi que pour les autres, il est évident que le» générations successives peuvent profiter des lumières et m&me des erreurs de celles qui les ont précédées , qu'elles peuvent par conséquent s'éclairer toujours davantage, et multiplier le» résultat» pratiques des découvertes utile», Ia; raisonnement prouve donc que l'espèce
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humaine est susceptible d'être améliorée ; mais remarquons-nous en elle des progrès véritables? L'expérience vient -elle confirmer une théorie féconde en espérances? Pour juger cette question , on ne doit pas considérer des détails auxquels il est toujours facile d'en opposer d'autres ; on ne doit pas s'arrêter à des actes isolés, quelque grande que paraisse leur importance : c'est un vaste ensemble de faits qu'il est nécessaire d'embrasser. Je remonte vers les temps anciens; je considère l'Europe à l'époque la plus brillante de la Grèce et de Rome ; je traverse les siècles de barbarie, et redescends jusqu'à nos jours* Je vois sans cesse des crimes affliger le monde et déshonorer les hommes. Le sang et les larmes ont coulé dans tous les âges et sur tous les points de la terre. Nos temps modernes , ainsi que les anciens , ont produit d'exécrables atrocités ; et cependant l'observateur impartial , en comparant les diverses épo-
qiies , doit reconnaître qu'il y a des améliorations dans le sort des Européens. Jamais l'aisance ne fut aussi répandue , jamais l'Europe n'offrit
autant d'hommes passablement vêtus , logés et nourris, exerçant librement leurs facultés, et recueillant les fruitsde leur industrie ; jamais les mœurs ne furent aussi généralement douces et I bienveillantes; jamais l'opinion n'éleva moins de barrières entre les peuples. Les faits qu'on peut m'opposer seraient très probans, si je soutenais l'existence d'un bien absolu; ils ne sauraient détruire ce que je dis sur la réalité d'un bien comparatif. L'Attique si fameuse, FAttique avec ses orateurs, ses poètes, ses artistes et ses nombreux esclaves qui servaient une poignée de citoyens , offrait à la totalité de ses habitans moins de bonheur que n'en présente aux siens la province de l'Europe la plus ignorante et la plus mal gouvernée , mais où le christianisme a détruit l'esclavage.
Assurément nos mœurs , nos usages , nos lois peuvent être l'objet de censures très judicieuses Que dois-je en conclure? L'Europe est vieille, dit-on. Cette idée est, selon moi, une des plus fausses que puisse énoncer un esprit superficiel. L'Europe est à peine échappée à la barbarie ;
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ses malheurs, ses préjugés et sa turbulence n'ont encore annoncé que l'enfance et la jeunesse de ses peuples.
Les progrès de l'espèce humaine vers une meilleure situation morale seront nécessairement très lents : s'il faut des années pour l'éducation d'un homme dont la vie est courte et sur lequel on a tant de moyens d'agir , quel espace de temps doit exiger l'éducation des peuples? Toutefois, l'activité de l'esprit humain atteste qu'il produira tout ce qu'il est capable de produire. L'époque où il prendra ses plus nobles développemens ne saurait être prédite ; mais ces développemens se manifesteront, parce qu'ils sont conformes à la nature des choses.
Quand, occupé du sort des hommes, onmontre dans un avenir lointain des jours plus heureux, il est des gens qui s'écrient avec découragement : Mais nous ny serons plus l Eh! qu'importe que nous n'y soyons plus? Étranges philosophes, vous ne rendez donc un service que pour en toucher matériellement le salaire ! Combien de vieillards regardent avec intérêt de jeunes ar-
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bres qui ne leur prêteront jamais d'ombrage, mais sous lesquels ils voient en imagination se f reposer leurs enfaiis ! Vous , que le sort du monde semblait occuper, vous dédaignez les améliorations dont vous ne pourrez recueillir les fruits! Triste résultat d'une fausse philosophie. Quelque système de morale que vous adoptiez , élevezvous aux plus hautes pensées; songez qu'une intelligence infinie, en vous plaçant sur la terre, vous chargea de contribuer au bonheur de vos semblables, et que vous devez bientôt aller rendre compte de cette mission» Celui qui ne sait point que telle est sa destination , ignore la science de la vie ; il cherche péniblement sa route, il ne voit pas son but, il se heurte contre les obstacles ; cet homme est un aveugle dans le monde moral.
Sans doute à quelque degré d'amélioration que parvienne l'espèce humaine , sa faiblesse lui sera toujours rappelée par des vices et des malheurs ; la félicité pure n'appartient qu'à la patrie céleste. Je crois au perfectionnement, non à la perfection future des sciences; jamais elles n'at-
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teindront la vérité, mais sur la route elles feront des découvertes. La métaphysique , par exemple , cette science génératrice des autres sciences, la métaphysique me paraît fort incertaine dans l'analyse de nos facultés. Les écrits si nombreux et si divers publiés sur cette analyse, me persuadent qu'on ne formera jamais un système d'idéologie qui présente à tous les esprits justes les caractères de l'évidence. Quand je lis des métaphysiciens célèbres, chacun d'eux, tour à tour, me fait dire : Il est possible que les choses se passent comme il le prétend ; mais je ne saurais en conclure qu'elles ont lieu réellement ainsi. C'est ce que l'impartialité dira dans tous les temps aux plus ingénieux idéologues. Il n'en est pas moins vrai que leur science a fait et doit faire encore d'admirables découvertes : elle donne de grands moyens pour avancer les sciences et pour diriger les hommes ; elle rend d'immenses services , elle crée les méthodes. Demander pourquoi, sous certains rapports, elle a tant d'obscurité, pourquoi, sous d'autres rapports, elle jette de si vives lumières , c'est demander
pourquoi l'homme réunit tant de faiblesse et de génie.
La première condition , pour avancer k civilisation sur la terre, c'est que la morale soit plus répandue et plus fidèlement pratiquée. Des écrivains mécontens de leur siècle, ont prétendu que nos sciences et nos arts sont funestes aux mœurs. Si, d'un coté, je vois que l'industrie multiplie les besoins , complique les intérêts et fournit de nouveaux alimens aux passions ambitieuses , d'un autre côté, je suis frappé de voir que les peuples sans arts, sans besoins, ont des mœurs farouches, et qu'ils préfèrent la rapine au travail : ce qui caractérise les sauvages, c'est la paresse et la férocité. Mais on dira peut-être qu'il ne faut chercher l'état le plus convenable à l'homme ni dans les forêts , ni dans les capitales ; et pour modèles , on citera des peuplades innocentes, heureuses, telles qu'en offrent aux regards du voyageur quelques vallées de la Suisse. Je sais goûter le charme des récits qui me font habiter un moment ces humbles vallées, et je bénis la Providence d'avoir rendu le bonheur si
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facile. Toutefois ce n'est pas avec une imagination romanesque qu'il faut discuter les intérêts de l'humanité- Les peuples ne peuvent rester éternellement chasseurs ou pasteurs; l'industrie se développe et leur donne une nouvelle existence. Pour les améliorer, il fout étudier les ressources que présente leur situation, et non se livrer à des regrets , à des rêves, vains sujets d'idylles et d'amplifications. Pour donner aux peuples industrieux autant de bonheur que le comporte leur nature, il faut employer deux moyens qui ont entre eux des rapports intimes ; il faut rendre l'aisance aussi générale qu'il est possible, et répandre les lumières.
Expliquons ces derniers mots : beaucoup de personnes en ont abusé; ils inspirent des pré* ventions à beaucoup d'autres. Qn s'abuse étrangement si l'on croit que, pour répandre les lumières on doive chercher à faire de tous les hommes des beaux-esprits et des sa vans. L'instruction serait portée au plus haut degré dans le pays où chaque individu saurait tout ce qu'il a besoin d'avoir appris pour remplir en ce monde
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sa destination particulière. Ainsi, dans les états industrieux , riches , où les intérêts sont compliqués , où l'intelligence déploie une activité prodigieuse, pour, juger ces intérêts, pour diriger cette activité , il est essentiel que ceux qui prennent part au gouvernement aient des lumières très étendues, qu'ils joignent à la supériorité de fait, cette autre supériorité que donnent de vastes connaissances et des vues élevées. Il faut que les lumières soient répandues à différons degrés dans les différentes classes de la société. Si les hommes destinés aux travaux manuels sont engourdis par une épaisse ignorance, vous n'aurez que des agriculteurs routiniers et des ouvriers inhabiles. La plupart de ces gens-là ne seront pas aussi bons chefs de famille qu'ils devraient l'être ; on pourra les rendre superstitieux, fanatiques, on n'en formera pas des chrétiens. Un grand nombre de faits incontestables parlent en faveur de l'instruction populaire. Voyez quels
changemens heureux elle a produits dans l'Ecosse ( i o) ; voyez en Allemagne , quelle supériorité d'industrie et de mœurs ont les provinces
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protestantes. Pourquoi n'imiteriéns-nous pas de nos rivaux tout ce qu'ils font de bien? Pourquoi leur laisser sur nous des avantages que nous pouvons leur ôter sabà leur nuire ? On me persuadera difficilement que notre religion exige qu'on distingue, à la mauvaise culture des terres, un village catholique d'un village protestant.
Je lai déjà dit, il existe dans l'univers une lutte entre la force physique et la force morale. Un des plus redoutables agens de la force aveugle, est la multitude ignorante. Sans cesse elle propage les vices, les crimes; et dans de grandes circonstances, elle est lancée contre les gens de bien, tantôt par les despotes, tantôt par les factieux. C'est l'affaiblir, c'est la diminuer en nombre , que d'instruire les hommes. À mesure qu'on répand de sages lumières , on accroît ici-bas l'influence de la force morale, et Ton restreint celle de la force physique.
Certes, l'instruction imprudemment dirigée peut devenir funeste ; on doit considérer l'enseignement, non comme un but, mais comme un moyen ; le but est la propagation de la mo-
raie. On seconde mes vœux lorsqu'on introduit h dans un état les meilleures méthodes pour en- |il seigner à lire. Mais si les hommes qui les introduisent ne songent pas à choisir, et au besoin à composer les livres qui seront nécessaires à la génération sortie de leurs écoles , je juge qu'ils ont un zèle peu éclairé , et que dans leurs idées confuses ils prennent un moyen pour un but. Si le mal est plus grand, si, tandis que les uns se bornent à l'enseignement de la lecture , d'autres impriment avec profusion et vendent à vil prix des contes bizarres, absurdes, ou des pamphlets impies, obscènes, je frémis des ravages que peuvent entraîner d'aussi coupables folies. Je préférerais une ignorance totale à ces fausses lumières ; comme j'aimerais mieux chercher au hasard quelques alimens dans les bois que d'accepter des mets empoisonnés. Mais si les amis de l'humanité qui fondent des écoles , distribuent 1 Evangile, s'ils répandent des livres qui contiennent des notions sur les devoirs sociaux ou sur les arts utiles, je dis : L'instruction prépare à ce peuple des destinées meilleures, et
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de tels efforts seront bénis par la Providence. Ah ! sans attendre le perfectionnement futur des sciences , si nous profitions des découvertes qui existent , combien d'améliorations on verrait s'opérer ! Autrefois , et jusque dans le siècle dernier, une sévérité révoltante présidait à l'éducation. Les principes de Plutarque et de Montaigne , sur l'instruction du jeune âge , étaient goûtés seulement par quelques bons esprits; Jean-Jacques vint les seconder, et son éloquence changea le cours des idées. Alors on rougit d'avoir si long-temps désolé l'enfance et tourmenté la jeunesse; mais, comme si nous ne pouvions vivre que dans les extrêmes , et fuir un danger qu'en nous précipitant dans un autre, la mollesse remplaça la sévérité; on eut recours à des jeux qui ne pouvaient donner ni l'habitude ni le goût du travail; on déguisa si bien l'étude qu'elle finit par disparaître. Tandis qu'on s'égarait par une route nouvelle, quelques hommes, dignes de la reconnaissance publique , ont employé leurs veilles à chercher les meilleurs moyens de transmettre des idées à la jeunesse ,
et leurs méthodes qui, sans exciter l'ennui, sollicitent puissamment l'attention , m trouvent exemptes des deux vices contre lesquels je viem de m'élever.
Nulle part je ne vois un système complet d'instruction; mais nous possédons plusieurs parties d'un bon système, et l'on pourrait dire que les découvertes les plus difficiles sont faites. S'agit-il des connaissances élémentaires ? Il y a d'excellentes méthodes pour enseigner la lecture , l'écriture et le calcul. Le premier enseignement se trouve complété pat* l'invention du dessin linéaire qui, répandu chez un peuple, exercerait sur son industrie la plus heureuse influence. *
Si nos regards se dirigent vers des connaissances plus élevées , nous admirerons la méthode donnée par M. Ordinaire pour l'enseignement des langues. L'étude du latin peut être abrégée de plusieurs années , au grand avantage de l'étude
* Pesta lozzi parait avoir eu la première idée du deicîn linéaire ', M. Francœur en a fait réellement un arf.
des sciences que, dans notre état de civilisation, il n'est plus permis de négliger. Je le dis avec assurance : la nouvelle méthode , fondée sur la découverte de Tordre logique dans lequel il faut présenter les idées aux élèves , opérera tôt ou tard, en Europe, la réforme que tous les esprits éclairés désirent dans l'instruction publique.
Les bonnes méthodes ne sont point encore appréciées : pour les connaître, il faut chercher les écoles où elles sont en usage ; et bientôt on s'étonne du peu d'intérêt qu'elles obtiennent. Vous pouvez voir les exercices du corps gradués avec soin , et réduits en art. De sages observateurs vous diront que cette gymnastique n'est pas moins utile aux mœurs qu'à la santé; et peut-être, sans vous livrer à des idées exagérées, penserez-vous que les pères sont coupables de la négliger dans l'éducation qu'ils donnent à leurs enfans.
Pourquoi dédaignerais-je de faire mention d'un art agréable, pour, lequel plusieurs méthodes ont été récemment imaginées? Je pourrais mon-
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trer combien il serait facile aujourd'hui de dre général le goût du chant, et quelle en l'influence. Je me borne à dire que dans kf écoles où la méthode de M. Wilhem est introduite, je n'ai jamais entendu sans attendrissement ces chants mêlés au travail, ces paroles morales mises sous des airs simples , et ces voix si pures qui chantent en chœur des prières.
Nous possédons quelques élémens d'une sage éducation ; mettons-les en œuvre, et bientôt nous en découvrirons d'autres. Oh ! si la philanthropie éclairait nos instituteurs et dirigeait nos écoles , quelles améliorations offriraient les gé~ nérations successives ! On ne sait pas combien l'homme peut avoir d'idées justes et de sentimens élevés, car on a pris jusqu'à présent bien peu de soin pour le former.
Que jamais le découragement ne s'empare des cœurs droits qui désirent le bien général. Le raisonnement et les faits prouvent que le genre humain ne tourne point dans un cercle éternel, et que par conséquent il peut s'améliorer : il n'avance pas constamment en ligue droite; quel-
il recule* $ounrn! il décrit des lignes ; mai» U Eut quelque» progrès* et quoic lenteur, U avance vers de meilleure»
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