‹ ŒuvresChapitre 35 sur 59 · SUR CABANIS · texte numérisé non relu

SUR CABANIS

Dans le dernier cahier du Spectateur, M. Pariset reproche à M. de Bonald de juger légèrement Cabanis, et de se tromper sur les opinions métaphysiques et religieuses de cet homme célèbre. Je n'ai pas encore lu le nouvel ouvrage de M. de Ronald ; mais j'ai été souvent affligé de l'erreur des personnes

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qui voient dans Cabanis un antagoniste des principes religieux : il est utile de dissiper enfin cette erreur, et les amis de la vérité m'écouteront peutêtre avec quelque intérêt.

Je n'ai pas connu d'homme dont l'âme fût plus élevée que celle de Cabanis. Son imagination était brillante) son caractère avait quelque chose d'antique et d'idéal. Toujours il rendait meilleurs ceux avec lesquels il conversait , parce qu'il les supposait bons comme lui, parce qu'il avait une entière persuasion que la vérité se répandra sur la terre , et parce que nul soin pour la cause de l'humanité ne pouvait lui paraître pénible. Ses paroles, doucement animées , coulaient avec une élégante facilité. Lorsque , dans son jardin d'Âuteuil , je l'écoutais avec délices, il rendait vivant pour moi un de ces philosophes de la Grèce qui, sous de verts ombrages, instruisaient des disciples avides de les entendre. Des souffrances aiguës éprouvaient souvent son courage : quand les fatigues de l'insomnie altéraient ses traits, la bienveillance était encore empreinte sur sa physionomie. L'unique désir de son âme, celui de &ire le bien, se manifestait dans ses travaux, dans ses soins pour une famille digne de Iui> dans son affection pour ses amis, dans son empressement à servir quiconque réclamait ou ses conseils ou ses secours. Tel fut ce sage enlevé au milieu de sa carrière, lorsqu'il rassemblait les matériaux d'un ou-

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doivent être l'objet de recherches spéciales. Au lieu de se porter contre lui à des imputations injustes, il fallait donc simplement examiner les avantages et les inconvéniens de sa méthode. Sans la discuter, je dis avec franchise qu'une méthode différente me paraît plus utile, plus propre à guider notre esprit avec justesse. Je viens éclaircir des faits, non soutenir toutes les opinions d'un homme dont je révère le caractère, les intentions et les talens.

Parce qu'un auteur croit nécessaire de diviser des idées en deux classes , il ne s'ensuit pas qu'il juge absurde une de ces classes d'idées. Cabanis pensant qu'il est des questions métaphysiques qu'on doit traiter à part, composa, comme l'annonce M. Pariset, un écrit où se trouve le résultat de ses longues méditations sur des sujets qu'on ' l'accuse d'avoir négligés.

Je suis heureux de ce qu'il m'est possible d'offrir deux courts fragmens de cet ouvrage inédit. Près de les transcrire, je sens une émotion religieuse; il me semble que, dans cet instant, .leur auteur m'approuve de dissiper les erreurs dont il se voit encore l'objet. %

Rappelons-nous qu'en essayant d'expliquer les phénomènes de l'univers, on est toujours obligé d'admettre une cause première; que la question se réduit à savoir si cette cause est aveugle, inhérente à la matière , ou si elle est intelligente , douée de

volonté , antérieure au monde visible. Quelle opinion choisissait Cabanis? Écoutons-le.

a L'homme est exposé à l'action d'une foule de

« causes qui lui sont inconnues Habitué à recon-

« naître que les mouvemens qu'il exécute avec des- « sein sont le résultat de ses jugemens et de ses de- « sirs , il suppose naturellement dans les objets qui « se meuvent autour de lui , ou dans la force ravice sible dont ils reçoivent l'impulsion , cette même « faculté de juger et de vouloir. L'éclair qui fend la « nue, le vent qui gémit dans la forêt, le fleuve qui « court à travers les vallons, la pluie, la grêle, la a neige qui tombe sur la terre, sont pour lui des « êtres animés , agissans à sa manière , ou poussés a par une main secrète dont la volonté leur imprime « le mouvement

« L'homme apprend bientôt sans doute que tous « les mouvemens et tous les bruits n'annoncent pas « de l'intelligence et de la volonté dans leur cause, « au moins dans leur cause immédiate; mais ce qu'il u ne peut concevoir sans l'une ou l'autre de ces deux « qualités ou propriétés , c'est la production d ou- « vrages savans , coordonnés dans toutes leurs parce tics, et surtout coordonnés avec d'autres ouvrages « du même ou de clifférens genres, qui, sans leur « être unis par des rapports mécaniques, sont arrange gés de manière à produire concurremment avec

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a eux de nouveaux effets empreints des mêmes ca- « ractères de combinaison. Il lui suffit de jeter le oc coup-d'œil le plus superficiel sur l'organisation « des végétaux et des animaux, sur la manière dont a ils se reproduisent, se développent et remplissent, « suivant l'esprit de cette organisation même , le « rôle qui leur est assigné dans la série des êtres. « L'esprit de l'homme n'est pas fait pour comprendre a que tout cela s'opère sans prévoyance et sans but, a sans intelligence et sans volonté. Aucune analogie, « aucune vraisemblance ne peut le conduire à un a semblable résultat; toutes, au contraire, le por- « tent à regarder les ouvrages de la nature comme « produits par des opérations comparables à celles « de son esprit dans la création des ouvrages les « plus savamment combinés , et qui n'en diffèrent « que par un degré de perfection mille fois plus « grand; d'où résulte pour lui l'idée d'une sagesse « qui les a conçus et d'une volonté qui les a mis à « exécution; mais de la plus haute sagesse, et de la « volonté la plus attentive à tous les détails, exer- « çant le pouvoir le plus étendu avec la plus minute tieuse précision. »

Cet admirable morceau n'a pas besoin de commentaire. J'ai remarqué avec un vif intérêt , dans le même ouvrage , les opinions de Cabanis sur l'immortalité, sur la persistance du moi après' la mort, sur la possibilité d'indiquer comment l'être pensant

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conserve l'existence et même le souvenir après U destruction des organes qui tombent sous nos sens. Cette partie de l'ouvrage est entièrement neuve; on y trouve , en faveur de l'immortalité de l'âme, des preuves non connues que l'auteur devait à ses méditations sur l'anatomie et la physiologie.

J'ai goûté une satisfaction pure en rendant hommage à la mémoire de Cabanis. 11 m'est doux d'acquitter ainsi une faible partie de ma dette : on n'approchait pas de cet homme de bien sans contracter des obligations envers lui ; toujours on lui devait quelques idées élevées, quelques sentimens généreux.

A une époque fatale où , sous un chef ivre de despotisme, on voyait la civilisation près de rétrograder, le séjour habité par Cabanis, Auteuil, était un des asiles ou se réfugiait l'amour de la liberté, le désir d'améliorer le sort des hommes ; noble désir, avec lequel il faut vivre et mourir.

Je n'ai qu'un moyen pour indiquer le sentiment profond que mon cœur garde à Cabanis. La France vient de perdre le Nestor de sa littérature. Ducis, mort trop tôt quoique chargé d'un long âge, Ducis m'honora de son amitié. Ceux même qui n'ont pas eu le bonheur de le connaître savent quelle vénération méritaient ses mœurs patriarcales, son désintéressement, sa piété, son courage. Eh bien! j'aime à réunir dans ma mémoire Cabanis avec lui ; je confonds dans mes souvenirs et dans mes regrets ces

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deux hommes qu'illustrèrent tant de vertus et de talens.

(6) Quelques personnes ont accordé à Spinosa une très grande force de tête; je ne puis partager leur manière de voir. La force de tête imprime aux conceptions d'un écrivain la vérité et la clarté ;~ le système de Spinosa manque essentiellement de ces deux qualités.

Ce qu'il ne faut point contester à cet auteur, c'est la bonne foi. Ses erreurs étranges excitent une surprise mêlée de regrets, quand on voit quel désir de s'éclairer il montre dans plusieurs parties de ses écrits. Je citerai, en l'abrégeant, un morceau où il parle des motifs qui le déterminèrent à cultiver la philosophie. Il y a loin de la route où nous allons le voir entrer, au dédale dans lequel il a fini par s'égarer.

« Après m'être convaincu par l'expérience que la « plupart des choses qui nous inspirent des craintes, « ne sont en elles-mêmes ni bonnes ni mauvaises, et « ne deviennent fâcheuses que par la manière dont « elles affectent notre âme, je pris enfin le parti de « chercher s'il n'existe pas un bien réel , dont la dé- « couverte puisse nous assurer un bonheur vif et « constant. Je dis à dessein que je pris enfin ce parti , « car j'avais craint d'abord qu'il ne fût insensé de « renoncer à des avantages certains, pour aspirer à ce d'autres encore incertains. Je voyais les plaisirs

ce que donnent les honneurs, les richesses; et je sen- « tais qu'il me faudrait y renoncer pour atteindre « le but nouveau qu'entrevoyait ma pensée. J'aurai « tort, me disais-je, si le souverain bonheur résulte « des biens que poursuivent la plupart des hommes; « j'agirai sagement si la félicité suprême naît d'une « source différente. J'examinai tout ce qui flatte les a désirs du grand nombre. Aux plaisirs sensuels succe cèdent le dégoût et le repentir. La possession des « honneurs et des richesses, loin de nous satisfaire, a nous contraint à vouloir encore des honneurs et « des richesses. La douleur de les perdre serait « amère; et pour les obtenir, il faut abandonner sa « liberté, il faut se rendre esclave d'autres hommes, « éviter ce qu'ils fuient, et rechercher ce qu'ils am- « bitionnent. Mes réflexions m'amenèrent à penser « qu'en adoptant un nouveau genre de vie , je re- « noncerais à des biens qui sont incertains en eux- « mêmes , pour me diriger vers un autre qui est « certain par sa nature , et qui n'offre d'incerti- « tude que dans les moyens d'y parvenir » {Opéra posthuma, pag. 357 ; Tractatus de intellectûs emendatione ).

L'intelligence humaine est pleine d'obscurité et de contradictions. Il y avait pour ainsi dire deux hommes dans Spinosa : l'un, doux, presque timide', fidèle à la voix du bon sens , écrivit des observations justes et simples; l'autre, hardi , à -la- fois

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savant et rêveur, imagina un système' absurde qui blesse la raison et répugne au sentiment.

(7) Il n'est pas toujours aussi facile que le croient les esprits superficiels, de juger si les moralistes ont entre eux de simples disputes de mots, ou si leurs discussions naissent de sujets plus réels et plus graves. Selon les stoïciens, par exemple, la vertu est l'unique bien; la santé est seulement préférable aux maladies, l'aisance à la misère, la beauté à la laideur, etc. Selon les péripatéticiens, la santé, l'aisance, la beauté, sont des biens; mais la vertu est le premier de tous. 11 est évident que dans l'une et l'autre tbéorie, le premier rang est donné à la vertu; et que, dans aucune, la santé, les maladies, etc., ne sont. jugées indifférentes, et regardées du même œil. La question se réduit donc à savoir si la santé, l'aisance, doivent être nommées des biens , ou s'il faut se borner à dire qu'elles sont préférables à leurs contraires. N'est-ce pas une vaine dispute de mots, tout-à-fait indigne d'occuper les sages, dont l'intérêt de l!humanité réclame les méditations et les soins? Cependant les mots étant des signes représentatifs , on ne les change pas sans modifier les idées qu'on réveille. Il ne peut être indifférent d'employer des expressions justes ou fausses, disent à-la-fois les disciples des deux écoles. Mon langage est le seul raisonnable, ajoute le péripatéticien ; l'exagération ne pourrait

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qu'éloigner de la sagesse, en faisant supposer qu'elle excède les forces humaines : la vertu est le bien auquel on doit être prêt à tout sacrifier; mais il est des biens d'un ordre secondaire, ainsi le disent la nature et le bon sens. Mon langage seul est exact, réplique le stoïcien; la vertu n'est pas seulement un bien , elle est le bien de l'homme. Vous en avez une idée vague et fausse, ou vous devez juger que le nom qui la caractérise ne saurait désigner qu'ellemême. Fidèles à la vérité et pleins de bonne foi, nos maîtres énoncèrent des faits, sans nulle subtilité , lorsqu'ils avouèrent que la santé est préférable aux maladies , l'aisance à la pauvreté ; mais ils auraient rougi de profaner par de fausses applications, le nom révéré qui n'appartient qu'à la vertu. Votre manière de parler la dégrade, jette la confusion dans les idées; et notre école dédaigne le langage vulgaire pour s'élever à celui que dicte la raison. Ce débat n'offre-t-il qu'une dispute de mots; et s'il est plus sérieux que nous ne l'avions supposé, doit-on traiter le stoïcien de rêveur, ou son langage serait-il en effet le seul digne de la vertu?

Dans leurs discussions, souvent les hommes contestent tout ce que les passions peuvent contester; tandis qu'ils devraient abandonner, au contraire , tout ce que peut céder une raison indulgente. Pour diminuer le nombre des causes qui nous divisent , j'incline volontiers à penser que des discussions im-

portantes en apparence, sont en réalité des disputes de mots. Toutefois, pour être vrai, j'ajoute que beaucoup de discussions philosophiques me semblent interminables. Souvent , en effet, la différence qu'on \

aperçoit entre les opinions des moralistes, est. trop légère pour qu'on ne puisse soutenir qu'elle est uniquement dans les expressions; et néanmoins, elle est assez sensible pour qu'on puisse prétendre qu'elle est inhérente au fond des idées. Ainsi , sur beaucoup de questions agitées par les philosophes, il existe et il existera éternellement plusieurs opinions : deux sont opposées entre elles; une troisième fait juger vaine et ridicule là division qu'établissent les deux premières. J'en découvre une autre encore; sps partisans observent avec indulgence toutes les opinions précédentes, apprécient leur utilité pratique, et refusent de prononcer sur leur justesse théorique. Assez élevés au-dessus du vulgaire pour ne point embrasser ses querelles, jugeons les opinions surtout par leurs résultats ; et lorsqu'elles peuvent concourir au bien de l'humanité, bornons -nous à dire que leurs partisans doivent s'estimer, en continuant l'examen des questions qui leur plaisent, et surtout en s'occupant de pratiquer leurs préceptes. Cette manière d'observer les débats philosophiques .et de se refuser à porter des jugemens absolus, peut paraître singulière après qu'on a vu tant de fois des exemples d'intolérance ; mais elle est la seule

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qui soit digne d'un ami de la paix et de la vérité.

(8) La théologie d'Épicure dégradait les dieux, et sa physique semblait être un jeu de l'imagination ; mais sa morale austère, tempérée par des rapports toujours directs avec l'intérêt propre, pouvait exercer sur les âmes une heureuse influence. Long-temps ses disciples offrirent le modèle dune parfaite union. Tandis que les platoniciens, divisés sur les dogmes de leur maître , se livraient entre eux à de continuels débats , tandis que la plupart des écoles étaient agitées par des questions de pure théorie, la société des épicuriens présentait t image dune république animée dun même esprit , dun même sentiment (Prcep. evangel. Euseb., lib. i4, c. 5, p. 7*7}. On doit surtout attribuer l'union, le calme dont jouissaient ces philosophes , à la tendance toute pratique de leur morale, tendance qui, sous des rapports essentiels , corrigeait les vices du système très incomplet d'Épicure.

(9) Les travaux de quelques hommes pour traduire et répandre les livres sacrés, sont vraiment prodigieux : je n'en citerai qu'un exemple.

Les missionnaires baptistes établis à Sérampore ont publié les traductions suivantes : la Bible, en chinois, en bengali et en orissa; le Nouveau Testament, le Pentateuque et les livrés historiques, en

sanskrit; le Nouveau Testament, les livres historiques, les Hagiagraphes et les Prophètes, en hindou; le Nouveau Testament , le Pentateuque et les livres historiques, en mahratte; le Nouveau Testament , en talinga et en bredje-bhâchâ ; trois Évangiles, enpouchtou ou affghane> baloulchiet assami; l'Évangile de saint Matthieu, en canarin, konhêni, moultaniy sindhi, cachemir, nepal, bouhanir, oudéjrpour, maravar, djéypour, khassay, et dans les langues des B armas.

Ces renseignemens sont puisés dans les Archives du Christianisme de 1820; par conséquent, ils sont fort incomplets aujourd'hui.

(10) Yoici des faits authentiques déjà cités par M. Cli. Renouard, dans ses intéressans Élémens de morale (page 27):

« Il y avait en Ecosse, à la fin du dix -septième « siècle , deux cent mille individus allant mendier « de porte en porte; et dans ce nombre, cent mille « au moins vivaient en troupes, sans lois, sans reli- « gion, sans morale. Hommes et femmes, toujours «ivres, blasphémaient, juraient, se battaient, et « s'étaient fait une habitude des vols et des-meur- « très. Le mal était profond. Punir les mal veillans , « ou même donner de l'emploi aux pauvres , était « un trop faible remède contre tant de corruption. « Que fit alors le gouvernement ? Il attaqua le mal /

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ce dans sa racine r en s'attachant à réformer l'éducacc tion ; et par un acte du parlement d'Ecosse, de « l'année 1698, il fut établi des écoles dans chaque « paroisse, et des fonds furent affectés au paiement a des maîtres. Ces sages mesures furent observées «avec persévérance; et l'Ecosse est aujourd'hui le « pays de l'Europe où il se commet le moins de « crimes en raison de la population; si, par exemple, « on compare ce pays avec les autres parties de la « Grande-Bretagne, on verra que la proportion des « hommes arrêtés comme prévenus de crime, est en « Ecosse d'un sur vingt mille, tandis qu'elle est en « Irlande d'un sur quinze cents, et dans le comté de a M iddlesex , d'un sur neuf cents. »

(11) De véritables écoles de philosophie pourraient avoir les plus importans résultats; elles pourraient donner à la société ce qui lui manque essentiellement aujourd'hui, je veux dire des hommes qui s'occupent de la morale et qui sachent la pratiquer.

Mais quelles institutions humaines sont exemptes d'abus? Les écoles de philosophie dégénèrent lorsqu'on cesse d'y inspirer le respect pour toutes les doctrines qui peuvent concourir au bien de l'humanité, lorsque les maîtres, oubliant qu'il s'agit de former des esprits justes et de nobles caractères, n'instruisent plus leurs élèves que dans l'art fatal de

l'argumentation. L'inscription placée sur la porte de l'école annonce encore des leçons de sagesse ; on entre, et l'on voit les prétendus sages, livrés à de puériles discussions, amuser le vulgaire par de scandaleux débats.

Quand les esprits à force de subtilités ont tout obscurci, pour les faire descendre des hauteurs de la philosophie spéculative et les ramener à la bonne philosophie pratique, pour leur rendre la lumière, il faut qu'un Lucien vienne dissiper les nuages. La gaîté satirique est un antidote puissant contre les préjugés austères et les passions fougueuses. Le remède, je l'avoue, n'est pas sans danger : quelquefois, en voulant attaquer les abus de la philosophie, ' on frappe la philosophie elle-même; on la décrie, quand il faudrait ne décrier que ceux qui la profanent. Pauvres humains ! c'est ainsi que souvent les remèdes achèvent de détruire les forces du malade.

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