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DES DIVERSES ACCEPTIONS DU MOT PHILOSOPHIE

Dieu seul est sage , a dit Descartes , parce que lui seul a V entière connaissance des choses : leur ensemble nous échappe , et le résultat de toutes nos recherches est doublement incomplet. Nous n'apercevons qu'un petit nombre de points épars j et toujours ils sont privés de la lumière que répandraient sur eux ces milliers d'autres points inaccessibles à notre faible vue. Nos conceptions les plus vastes sont étroites, et nous n. i

restons à la superficie des sujets que nous croyons approfondir.

La philosophie, selon les anciens , est la science des choses divines et humaines. Dans ce sens, aucun homme, quel que soit son génie, ne la possédera jamais. Les diverses parties de la science universelle dont le but est la vérité , doivent se diviser entre des esprits différens. Ainsi les voyageurs qui traversent les mers pour enrichir le domaine de nos connaissances, ne sont pas attirés tous vers le même genre d'observations. Si je me hasardais sur leurs traces, ce ne serait point pour hâter les progrès de la géographie, ou de la botanique , ou de l'archéologie ; j'observerais les habitans des contrées que je visiterais, j'essayerais d'apprécier leurs mœurs et leurs usages, je voudrais connaître leurs peines et leurs plaisirs. De même, voyageur à travers les âges et parmi les êtres bienfaisans auxquels nous devons des lumières, dans le nombre des sciences qu'ils offrent à nos méditations , j'ai choisi celle qui règle les mœurs et nous instruit à vivre.

Cette science étant la plus utile , et pouvant même suppléer aux autres , souvent on lui donne le nom de philosophie : la plus noble partie est prise alors pour le tout. Dans le langage usuel, presque toujours remarquable par sa justesse , on appelle philosophes les hommes qui se plaisent à cultiver la morale. Le langage vulgaire se concilie facilement sur ce point avec la langue scientifique. Les esprits éclairés, qui d'abord définissent la philosophie d'une manière si générale et si fastueuse, la considèrent ensuite sous des rapports plus convenables à notre faiblesse , ainsi qu'à nos besoins : Cicéron dit qu'elle est Vart de vivre 9 et Sénèque voit en elle là règle de la vie.

Chez les modernes, la métaphysique reçoit fréquemment le nom de philosophie. La métaphysique nous enseigne les moyens de diriger les facultés de notre intelligence dans toutes nos recherches, et nous ouvre la route de 1$ vérité. !1 paraît donc naturel de transporter à cette science le nom que les anciens donnaient au

vaste ensemble de connaissances que nous n'embrasserons jamais.

Je consacre cet écrit à la philosophie usuelle ,

noble science de la vie , que dédaigne la frivo-

Jité, mais que chérit la sagesse, et qui fut souvent l'objet des méditations du génie.

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