‹ ŒuvresChapitre 41 sur 59 · SUITE DU PRÉCÉDENT · texte numérisé non relu

SUITE DU PRÉCÉDENT

La doctrine des devoirs inspire la crainte des révolutions et le désir des améliorations successives. Pour que cette doctrine se propage , il importe que les chefs des états la mettent en

pratique. La crainte des révolutions leur est naturelle ; le désir des améliorations successives ne leur est pas moins nécessaire.

Les chefs des états ont besoin de lumières et de fermeté. De lumières , pour suivre la révolution du temps ; de fermeté , pour s'opposer aux révolutions des hommes.

Souvent on discute la question de savoir par quels moyens il eût été possible de prévenir la révolution française. La plupart des opinions que j'ai entendu énoncer sur ce sujet me sem-

blent fort douteuses, et quelques-unes me paraissent absurdes.

Louis XVI eut une époque très favorable pour nous garantir des bouleversemens politiques, et pour nous assurer des destinées prospères. Jamais roi ne fut plus digne de voir son peuple heureux , car jamais roi ne fit des vœux plus sincères pour le bonheur public. Sa douceur, sa bienveillance forment un déchirant contraste avec les horreurs de son sort. L'inflexible histoire dira que son caractère était dépourvu de fermeté, et que ses vues manquaient d'étendue. Bon jusqu'à la faiblesse , modeste jusqu'à l'extrême défiance de soi , il eut trop les défauts de ses qualités; mais que son cœur était pur! Lorsqu'il m'arrive de voir des hommes pleins de bonté, faisant le charme de leur famille, inspirant l'amour et le respect à tout ce qui les approche, je fais sur Louis XVI un douloureux retour. Ces hommes si bons, si heureux, placezles sur un trône , au milieu d'une révolution*... Je tressaille! et je n'ose achever.

J'ai dit qu'il y eut une époque très favorable

pour assurer à la France d'heureuses destinées. Je parle de l'époque où Louis XVI appela près du trône un homme plein de lumières, d'intét grité et de courage : c'était Turgot. Ce ministre avait jugé les besoins de la société qu'il devait diriger. Il voulait établir des assemblées provinciales, et nous donner ainsi dans le gouvernement , la part que demandait le degré de civilisation où nous étions parvenus ; il voulait débarrasser l'industrie des entraves dont elle était si onéreusement , et l'on peut ajouter si ridiculement surchargée. Tels étaient les deux principaux moyens sur lesquels il comptait pour accroître la prospérité publique. S'il eût établi la forme de gouvernement que sa sagesse avait conçue, peut-être les Français auraient- ils aujourd'hui moins de liberté politique, peut-être n'auraient-ils pas une charte , une tribune où se discutent les intérêts de l'État; mais ils auraient des institutions en harmonie parfaite avec leurs mœurs. Des améliorations se fussent opérées, celles-ci en eussent amené d'autres; nous aurions suivi constamment une route paisible, animés

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