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D'après des calculs qui paraissent exacts , il n'en coûte-

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L'exemple du respect pour les propriétés doit être donné par les gouvernement. Le droit de consentir l'impôt n'émane point de la liberté politique, il dérive simplement du droit de propriété. Si l'intérêt public exige qu'un particulier cède sa maison ou son champ, il importe nonseulement que cet intérêt soit constaté, et que l'indemnité soit préalable, mais encore qu elle soit forte, parce qu'il est juste de payer le prix d'affection que le propriétaire peut mettre à ce bien dont on le prive.

Les propriétés territoriales et mobiliaires ne sont pas les seules; l'industrie aussi est une propriété, soit qu'on la considère dans l'intelligence de celui qui la produit ou la dirige, soit qu'on la considère dans les bras de celui qui l'exerce. Les découvertes, les perfectionnemens, en un mot les œuvres de l'intelligence forment, si je

rait que 2,5oo,ooo fr. par an, pendant dix années, pour exécuter dans toutes les prisons de France , les constructions et les changemens qu'exige un régime favorable à l'amélioration morale des détenus.

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4lO APPLICATIONS

L'exemple du respect pour les propriétés doit être donné par les gouvernemens. Le droit de consentir l'impôt n'émane point de la liberté politique, il dérive simplement du droit de propriété. Si l'intérêt public exige qu'un particulier cède sa maison ou son champ, il importe nonseulement que cet intérêt soit constaté, et que l'indemnité soit préalable, mais encore qu'elle soit forte, parce qu'il est juste de payer le prix d'affection que le propriétaire peut mettre à ce bien dont on le prive.

Lies propriétés territoriales et mobiliaires ne sont pas les seules; l'industrie aussi est une propriété 9 soit qu'on fc considère dans l'intelligence de celui qui la produit ou la dirige , soit qu'on la considère dans les bras de celui qui l'exerce. Les découvertes, les perfectionnemens , en un mot les œuvres de l'intelligence forment, si je

mit que 3,500,000 fr. par an, pendant dix années, pour exécuter dans toutes les prisons de France, les constructioiks et les changemens qu'exige un régime favorable à l'amélioration morale des détenus.

DE LA MORALE A LA POLITIQUE. 4 ' l

puis dire ainsi, une propriété plus intime que les autres. Les champs que j'ai reçus de mes pères existeraient alors même que je ne fusse pas né ; mais si j'invente une nouvelle industrie, c'est une propriété que je crée. Dois-je cependant la posséder toujours? Il est juste que je recueille le fruit de mes travaux; mais le domaine de l'intelligence appartient à tous , et je ne puis le fermer à personne. L'autorité doit donc balancer deux intérêts; et ne dépouiller ni

l'inventeur, ni ceux qui peuvent inventer.

Les bras de l'ouvrier sont son unique propriété ; il n'y en a pas qui porte un caractère plus sacré, puisque sa vie en dépend. Toutes les restrictions mises au libre exercice de l'industrie, quand elles ne sont pas commandées par la sûreté publique , sont de véritables attentats contre un genre de propriété qu'on ne peut trop respecter, si l'on tient compte de la justice , de l'intérêt des particuliers , et de l'intérêt de la société. Les maîtrises , les corporations , les communautés doivent , sous ces divers points de vue, être repoussées par quiconque a des

notions d'économie politique. Ces inventions de la fiscalité * profitent à quelques individus , gênent presque tous ceux qui produisent , et rançonnent tous ceux qui consomment. Tai entendu dire long-temps que les maîtrises et leur dispendieux attirail, sont nécessaires pour former d'habiles ouvriers : les progrès de l'industrie française, depuis trente ans , ont, je pense, réfuté cette assertion. Pour former des ouvriers, ce qu'il faut , ce sont d'abord des écoles de lecture , d'écriture , de dessin; ensuite, la liberté de tirer de son industrie autant de parti qu'il est possible ; enfin, la paix et la sécurité qui disposent les gens riches à dépenser leur argent. £11 établissant des corporations , on fait un peu de bien et beaucoup de mal : pour un individu qu'on empêche de se ruiner, il y en a dix qu'on empêche de gagner leur vie; pour quelques fraudes qu'on prévient, on autorise ce vol universel qui est inhérent au défaut de concurrence. Les at-

* Un édit de Henri III porte ces mots effroyables : Le droit de travailler est un droit domanial et royal.

DE LA MORALE A LA POLITIQUE. [{l'i

teintes portées à la liberté de l'industrie soiirt peut-être ce qu'il y a de plus fatal au bonheur des familles et à la prospérité des états ; chacune de ces atteintes ouvre un source de misère et de dépravation.

Partout où les intérêts de la conscience , de la personne et de la propriété sont respectés > l'homme est libre , quelques imperfections qu'on puisse trouver dans la forme du gouvernement. Si ces intérêts , au contraire , sont méprisés et froissés, il y a dans l'Etat, tyrannie , esclavage , de quelques noms populaires que se masque l'autorité.

La religion , l'instruction et la liberté , telles que je viens de les considérer, offrent les véritables moyens d'améliorer le sort des hommes. C'est par ces bienfaits du ciel qu'on peut répandre la morale et développer l'industrie , en un mot * avancer la civilisation.

Un des plus tristes effets du mal est d'empècher souvent qu'on ne puisse sans danger le faire cesser en un instant. Une des plus déplorables preuves de notre faiblesse, c'est que le bien

opéré brusquement se change presque toujours en un mal. Si les différentes espèces de liberté sur lesquelles nous venons de porter nos regards , n'existent point dans un Etat , de lentes précautions peuvent être nécessaires pour arriver à les établir sans secousse; mais c'est un devoir r pouf quiconque exerce de l'influence, que de hâter par tous les sages moyens qui dépendent de lui, l'époque où les habitans de l'Etat jouiront de ces avantages.

On s'est trompé sur les bases de la civilisation, lorsqu'on les a cherchées dans des théories a priori, et qu'on a négligé les moyens que je viens d'exposer pour améliorer le sort des hommes. Les questions sur les formes de gouvernement sont des questions secondaires; et j'ai montré précédemment quelle est, pour les esprits justes, la seute manière d'arriver à les discuter.

Après avoir vu que les hommes peuvent être heureux quelle que soit la forme du gouvernemtent, puisque l'autorité peut toujours accomplir ses devoirs , il faut cependant reconnaître que les habitans d'un empire , lorsqu'ils ne doivent

leur bien-être qu'à la sagesse du monarque, sont dans une situation très différente de celle où ils se trouveraient, si leur bonheur était le résultat d'un fcystème de lois permanent. Dans ce dernier cas , il y aurait sécurité pour l'avenir ; dans le jprcniier , il n'existe, si je puis parler ainsi , que des avantages viagers qui reposent sur la tête du prince.

Tous les rois justes qui donnent à leurs peuples des jours prospères, méritent sans doute une reconnaissance éternelle; mais ceux qui, par de sages lois, obligent leurs successeurs à suivre leurs traces, ceux-là seuls s'élèvent au plus haut rang parmi les grands hommes. Les peuples ont besoin d'institutions pour que leur félicité soit durable. Il faut moins compter sur les bons rois que sur les bonnes lois. Mais, quelles institutions sont les plus utiles? quelle forme de gouvernement est la meilleure? 11 est absurde de chercher une idée absolue où il ne peut y avoir que des idées relatives.

Les esprits superficiels et les agitateurs qui méconnaissent ou feignent de méconnaître une

vérité si simple , détruisent bientôt la liberté en voulant lui donner pour garanties les formes de gouvernement les plus libres. Imposée trop tôt à un peuple , la liberté politique , ainsi que je l'ai déjà dit, est féconde en désastres; parce qu'alors, exaltant les passions, loin d'obliger les hommes à remplir leurs devoirs , elle met à leur disposition tous les moyens de s'en affranchir.

Sans vouloir prononcer d'une manière absolue, je croirais que, dans les temps où Ton commence à sentir le besoin , la possibilité d'assurer des garanties aux libertés publiques, les administrations municipales et les assemblées provinciales peuvent offrir de grands secours. Le prince qui, jaloux de ses devoirs, veille à la prospérité de l'Etat, peut trouver dans ces institutions les moyens d'échapper à deux dangers : celui de promulguer des lois dont on abuserait, et celui de livrer au hasard la durée de ses bienfaits.

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