‹ ŒuvresChapitre 48 sur 59 · DE NOTRE AVENIR · texte numérisé non relu

DE NOTRE AVENIR

La raison fait le bien , les passions font le mal : les hommes ayant peu de raison .et beaucoup de passions , celui qui prédit le mal a le plus de chances en sa faveur. Cependant, un esprit plus ingénieux dans ses épigrammes que profond dans ses raiscmnemens , peut seul régler toutes ses conjectures sur cette observation générale»

Il faut se garder, en politique, de vouloir prédire d'une manière absolue* Les données du problême sont trop compliquées; il y a trop de circonstances éventuelles qui peuvent déranger tous les calculs de la sagesse* Les grands effets produits par les petites causes sont nombreux ; et comment prévoir ces causes , qui souvent restent inaperçues après avoir produit leurs

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effets? Pour prédire avec moins d'incertitude, il faut établir différentes hypothèses. Alors , on n'affirme point que les hommes suivront telle route , on indique les diverses routes dans lesquelles ils pourront s'engager, et Von dit à quel genre de succès ils arriveront selon la direction qu'ils auront prise. Pour prédire d'une manière absolue , il faudrait deviner les volontés humaines et les chances du hasard ; pour prédire en partant de diverses hypothèses, il suffit d'être un observateur impartial des faits et de leurs conséquences.

En jetant les yeux sur la société, on peut y distinguer la classe noble , la classe intermédiaire et la classe ouvrière. Des troubles éclatent, lorsqu'elles se disputent le pouvoir.

La classe ouvrière ne peut exercer ni même désirer la puissance que dans ces jours calamiteux , où les convulsions politiques bouleversent Tordre social. C'est une terrible aristocratie que celle des hommes accoutumés à vivre de leurs bras! La seule compensation à leur sanglante tyrannie , c'est qu'elle est passagère. Indépen-

damment des excès qui la ruinent, elle ne peut se maintenir, parce qu'il est trop contraire à la

nature des choses que la classe qui travaille, commande à celles qui font travailler.

Lorsque Louis XVIII rendu au trône de ses pères ) donna des lois à ses peuples, la classe ouvrière ne prenait plus de part aux débats politiques; mais les deux autres classes se trouvèrent en présence. On les vit bientôt, aspirant toutes deux aux avantages de la domination , ne se montrer nullement disposées à s'entendre ; l'une voulant recouvrer l'autorité qu'elle avait autrefois , l'autre voulant garder lé pouvoir que trente ans de combats avaient mis dans ses mains.

La première loi d'élections décida la question en faveur de la classe intermédiaire. La grande influence , sous le gouvernement représentatif, appartient à la classe qui forme la majorité dans les élections, puisque ses députés déterminent le choix des ministres, et que les ministres disposent des emplois : or, les partisans de la

classe intermédiaire étaient plus nombreux que

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ceux de la noblesse dans les collèges électoraux. Il parut alors que la France allait avoir une aristocratie toute nouvelle, je veux dire d'une espèce inconnue jusqu'à nos jours. Ce mot aristocratie est juste, bien qu'on ait soutenu le contraire. Dans un pays de vingt-huit millions d'habitans, où les droits politiques appartiennent exclusivement à cent vingt mille personnes tout au plus , il n'y a pas de démocratie. Cette aristocratie nouvelle, toute fondée sur la richesse ou l'aisance , pouvait se maintenir. Elle .privait des droits politiques un nombre immense de Français, mais elle ne décourageait personne; tout homme intelligent, laborieux, économe, pouvait espérer d'y prendre part un jour. On devait s'étonner que les talens éminens , que les places dans les corps littéraires et scientifiques , ne donnassent aucun droit de cité; mais les poètes et les savans ne sont ni assez nombreux , ni assez ambitieux pour causer beaucoup de bruit en politique. La noblesse voyait à regret une aristocratie active qui rendait ses titres purement honorifiques , mais elle n'avait point

par elle-même les moyens de changer cet ordre de choses. La nouvelle aristocratie n'étant pas fondée sur la naissance, était en harmonie avec cette idée, si répandue en France, qu'un homme peut en valoir un autre. Nombreuse et riche, elle semblait également propre à garantir l'État de l'oppression et de la démagogie : enfin,. elle était favorable à cette impulsion qui dirige les esprits vers les travaux utiles et les progrès des arts. Mes observations très impartiales , car elles sont très désintéressées , m'autorisent à dire que cette aristocratie plaisait à la grande majorité des Français.

Comment la classe intermédiaire a-t-elle perdu la prépondérance qui lui était acquise? Ses revers sont nécessairement le résultat de ses fautes. Une vérité que démontre l'expérience, c'est qu'un parti arrivé à l'autorité, la perd biea plus par ses fautes que par les efforts du parti contraire. A cette vérité, j'en ajoute une seconde : la faute la plus commune est de ne songer qu'à donner de l'intensité à son pouvoir, lorsqu'il faudrait s'occuper de le rendre utile à tous.

La classe intermédiaire est , en très grande partie, composée de gens paisibles, instruite, éloignés des extrêmes par leur caractère ainsi que par leur intérêt. Mais, dans notre état de civilisation, quelques intrigans suffisent pour donner aux esprits une direction dont ils se fussent naturellement éloignés. Les dupes et les faibles entourent bientôt ces intrigans d'un nombreux cortège. Pendant la révolution, j'ai vu des villes horriblement bouleversées : tous les désastres étaient causés par une poignée d'agitateurs ; ceux-ci succombaient , on était près de respirer; une poignée d'autres agitateurs amenait de nouveaux désastres. Le mal se fait toujours en France par un très petit nombre d'hommes.

Lorsque la classe intermédiaire eut acquis une grande influence par les lois qui suivirent la restauration, il était naturel qu'elle environnât de sa reconnaissance le prince qui lui assurait les biens pour lesquels elle avait si long-temps combattu , sans jamais en jouir. Quelques imperfections, quelques abus dans le gouvernement

devaient la frapper bien moins que les immenses avantages qu'elle possédait. Lorsque le monarque eut renvoyé les armées étrangères , à une époque où il n'avait pu créer encore autour de lui une force militaire, n'appelait - il pas la sagesse par sa confiance, et la confiance par sa sagesse? Je m'en rapporte aux plus ardens zélateurs de la liberté publique , pourvu qu'ils aient des lumières et de la bonne-foi; pouvait-on désirer une situation plus favorable pour se livrer sans contrainte aux discussions politiques, et pour obtenir tous les résultats que demanderait le vœu général? Loin d'être irrité du mécontentement d'une partie de la noblesse et de lui faire sentir qu'elle était vaincue , il fallait lui montrer quel rang honorable l'attendait au milieu de l'aristocratie faible et nouvelle que formait la loi des élections. Les nobles, en effet, n'étaient pas exclus des avantages que donnent les richesses et les lumières; et de plus, ils avaient, pour obtenir les suffrages, cette influence ;qui naît des vieux souvenirs et des malheurs récens. Si la classe intermédiaire eût pris une direction con-

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forme aux idées que j'énonce , elle n'eût jamais 1 i perdu sa prépondérance.

Quelques intrigans changèrent ses destinées. On vit des hommes qui n'avaient pas encore usé la livrée de Bonaparte, se donner pour les plus ardens promoteurs de la liberté publique ; ils eussent bouleversé l'État, pour recouvrer leurs honneurs et leurs appointemens. Ces comédiens politiques, ne pouvant plus jouer les courtisans, jouèrent les tribuns. Ils trompèrent quelques têtes exaltées, quelques rêveurs ; et l'on vit se former une de ces monstrueuses alliances telles qu'il en apparaît souvent dans les temps agités : de vieux magistrats de la république serrèrent la main de jeunes chambellans de l'empire. Sous l'influence de pareils chefs, un certain nombre de départemens firent des choix hostiles. A l'instant, les hommes accoutumés à réfléchir jugèrent que la classe intermédiaire se perdait elle-même.

Le bon sens que les passions méprisent, comme l'intérêt particulier haït l'intérêt général, le bon sens dit que, pour une négociation, il faut choisir des envoyés qui ne puissent in-

spirer de l'éloignement à ceux qui les reçoivent; il dit encore que , si Ton est obligé de transmettre des vérités sévères, on doit les faire passer par une bouche qui sache les adoucir. Pour que le choix d'un émissaire soit hostile, il n'est pas besoin que cet émissaire soit un artisan de complots; c'est assez que sa présence doive blesser ceux qui l'entendront, qu'on le sache, et qu'on se détermine par ce motif. Il faut être livré à de bien petites passions pour sacrifier le repes de l'État au plaisir de faire une nomination qui déplaise à tel ou tel parti. Mais les intrigans pensent toujours que le trouble leur est utile , et leurs ressources sont grandes pour l'exciter : ils font aisément prendre aux hommes la modération pour la faiblesse, et la prudence pour la perfidie. Avec quelle hauteur ils traitent les gens de bon sens ! les amis du bien ! Ils réussissent sans beaucoup d'efforts à les éloigner; ils triomphent: hélas ! pour une oreille exercée, leurs chants de victoire ont un accent funèbre.

L'opposition n'est pas. seulement tolérable, eUe est nécessaire comme la discussion; elle peut

se manifester dans les discours, dans les écrits; mais une condition nécessaire à son existence , c'est qu'elle concoure au maintien du gouvernement par lequel et pour lequel elle existe. Les opposans doivent rivaliser, avec ceux qu'ils combattent, de zèle et de fidélité peur le prince dans l'intérêt duquel ils discutent. Alors, on agit au sein d'un ordre de choses régulier; les projets contraires au bien général et les ministres inhabiles , peuvent être attaqués avec succès. Parmi nous, des opposans distingués par leurs talens, comme s'ils eussent craint de perdre leur influence, évitaient avec soin de prononcer aucune phrase qui contînt l'expression de leur fidélité. On ouvrait leurs écrits, on y trouvait le désir de nuire, non celui d'éclairer. L'agitation croissait; des symptômes de révolution, se manifestaient sur plusieurs points du royaume; beaucoup d'hommes, qui d'abord avaient voulu que la grande influence appartînt à la classe intermédiaire, quittant les drapeaux sous lesquels ils avaient combattu, se réfugièrent près de l'autorité royale, en lui demandant de prendre

des garanties contre un bouleversement nouveau.

Le gouvernement a jugé nécessaire de chercher un appui dans une aristocratie plus forte. Les changemens faits à la loi des élections , l'esprit dans lequel les ministres ont choisi tous les fonctionnaires publics, les moyens qu'ils ont employés pour faire prévaloir leurs choix dans les élections , et d'autres causes encore , annoncent que la classe noble exercera sur nos lois une grande influence.

Ce changement excite l'espérance et la joie d'une partie des Français; la crainte et la déso? lation d'une autre. Après tant de révolutions * je ne sais plus ni me réjouir , ni m'effrayer promptement : j'ai besoin de juger; et pour juger, d'attendre et de voir.

Dans différentes contrées, quelquefois dans la même, on peut observer deux espèces d'aristocratie nobiliaire. L'une égoïste, inepte* in» fatuée d'elle-même, et surchargeant le pays qu'elle croit honorer ; l'autre , éclairée, avide de considération, la méritant par des services réels*

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également capable de défendre la couronne des atteintes des factieux , et les libertés publiques des empiètemens d'un ministre. Les élémens de ces deux espèces d'aristocratie existent parmi nous.

En France , il y a des difficultés qui n'existaient point en Angleterre, pour avoir une aristocratie forte , et cependant chère à l'État. Dans les longues tourmentes de l'Angleterre; la noblesse et les communes furent constamment unies pour mettre des bornes à l'autorité royale. On voit chez nous, au contraire , dès les temps reculés, l'autorité royale protéger la classe industrieuse contre les seigneurs féodaux, et s'en faire contre eux un appui. Cette combinaison des élémens de la société est bien moins favorable que la première à l'établissement d'une utile aristocratie.

J'ai entendu parler vaguement de projets conçus dans le dessein de répandre l'esprit aristocratique en France. Les projets de ce genre doivent être médités long-temps, avec un amour très éclairé du bien public, ou ils produisent des

effets contraires à ceux qu'on en attend. Le sage législateur 'peut appeler la considération sur l'aristocratie; le législateur imprudent peut exciter la haine contre elle.

Il est un principe fécond en importantes conséquences. Lorsqu'on accroît les libertés publiques, il faut s'assurer que l'autorité a des garanties suffisantes ; lorsqu'on accroît l'autorité, il faut donner des garanties aux libertés publiques. L'aristocratie peut être fortement constituée dans un État , sans qu'aucune classe de la société se plaigne; mais, pour atteindre ce difficile résultat, il est nécessaire que l'ensemble de la législation oblige l'aristocratie à se rendre populaire. Si, par exemple, les lois sont telles que peu de personnes puissent par leurs richesses et leur influence aspirer aux fonctions de député, il faut que les lois fassent concourir beaucoup d'hommes à l'élection ; parce qu'alors l'éligible est obligé de faire le bien, et d'exercer un utile patronage , pour obtenir la confiance. L'Angleterre a merveilleusement entendu l'art de lier l'aristocratie à l'intérêt public. Je n'ignore point qu'il est parmi nous

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des personnes qui repoussent les exemples empruntés à l'Angleterre , avec une indignation égale à celle que leur inspireraient des exemples puisés dans la révolution. Lorsque, il y a trente ans , on disait que les Anglais ne sont pas libres, je souriais douloureusement; je souris de même aujourd'hui, lorsque j'entends dire que les Anglais n'ont pas su consolider le pouvoir.

La véritable aristocratie est protectrice ; elle sait encourager tout ce qui est utile , beau , généreux , elle aspire à la reconnaissance publique. On ne peut rien faire de la fausse, de la niaise aristocratie. J'eus occasion de remarquer, il y a peu de temps, dans une ville de province que les ènfans de la classe intermédiaire étaient élevés avec soin , tandis que les enfans de la classe noble recevaient, presque tous, l'éducation la plus mauvaise ou la plus nulle qui se puisse imaginer. En observant ce contraste , je me demandais comment, dans la génération nouvelle, les gens ignorons pourraient commander aux Jgens instruits , et quel serait le résultat de ce bouleversement de l'ordre naturel. Sans doute cette

petite ville, très obscure, ne sert pas de modèle à beaucoup d'autres. Je connais l'éducation qu'à Paris plusieurs fomilles distinguées donnent à leurs enfans. Ces familles pensent* qu'il faut maintenant, plus que jamais, soutenir ses prérogatives par son mérite personnel. Leurs fils seront un jour dans un rang élevé, sans que nul s'en étonne, parce qu'ils sauront l'occuper. Plus ta véritable aristocratie veut s'affermir, plus elle exige que chacun de ses membres acquière des connaissances , des talens et des vertus. L'ignorante et basse aristocratie de gentilhommière et d'antichambre est odieuse, quand elle commande; plaisante , quand elle est fustigée par les poètes satiriques ; déplorable quand elle se trouve aux prises avec les factieux.

La classe noble ferait un très faux calcul si elle aspirait à exercer seule l'autorité. Je répéterai textuellement ce que j'ai dit en parlant des erreurs de la classe intermédiaire : la faute la plus commune et la plus funeste, est de ne songer qu'à donner de l'intensité à son pouvoir , tandis qu'il faudrait s'occuper de le rendre utile

à tous. Je ne sais s'il se trouve encore quelques gentillâtres assez ignorans pour ne pas juger quelle différence existe entre l'état actuel de la société, et celui où l'industrie naissait à peine, où le seigneur féodal avait dans ses domaines quelques ouvriers malhabiles, et voyait, de loin en loin , de pauvres marchands ambulans apparaître dans ses domaines. Entre les temps où nous vivons et ces temps reculés , la différence est la même qu'entre un chêne et le gland d'où il est sorti. Les arts , le commerce sont liés désormais à tous les besoins sociaux. Avec Findusr trie, on voit se répandre les mœurs laborieuses, l'aisance, les établissemens utiles ; sans elle , l'oisiveté , la misère , la barbarie. De grands changemens dans nos moyens d'existence ont dû nécessairement amener pour nous des changemens dans l'ordre politique. Supposer qu'on peut faire aujourd'hui prospérer l'État, en éloignant de ses conseils ceux qui lui ouvrent les sources de l'industrie, ce serait faire une supposition absurde. Une chambre de députés toute noble serait souverainement ridicule. Une partie de la petite

noblesse peut bien croire qu'un moyen de se grandir aux yeux des commerçans, est de les mépriser ; mais la vraie noblesse se fait respecter, en honorant tout ce qui est honorable.

Si toujours un esprit patriotique a dû l'animer, combien cet esprit ne lui devient-il pas plus essentiel dans un siècle tel que le nôtre? Une ère nouvelle est commencée, c'est l'ère de l'utilité 'et de la véritable gloire. Les diverses branches des connaissances humaines sont cultivées avec une ardeur peut-être sans exemple. Jamais autant d'hommes ne se sont répandus sur le globe pour explorer les sciences naturelles : les uns reviennent chargés de richesses qui nous étaient inconnues; les autres, martyrs de leur zèle, périssent sur des bords lointains, sans décourager leurs jeunes émules. D'intrépides voyageurs sont parvenus jusqu'à la mer qui baigne le centre de l'Afrique. Les distances se rapprochent par la rapidité des communications : les bateaux à vapeurs peuvent franchir la Méditerranée, la Mer Rouge, et transporter, en vingt jours, des passagers de Douvres à Surate. Nos

savans ont rendu facile l'étude des langues de l'Orient. Ces écritures si compliquées ont été simplifiées par de judicieuses analyses : les hiéroglyphes même révèlent enfin leurs mystères, lies hautes sciences fécondent les arts usuels, et le génie des découvertes multiplie ses prodiges. A. peine ouvrons-nous des canaux, et déjà les routes en fer présentent au commerce des avantages plus précieux encore. La pompe à feu donnée aiix habitans d'un Etat , ajoutait à leurs forces des forces égales à celles de plusieurs millions d'hommes; et déjà la machine à gaz carbonique va déployer, presque sans combustible , des forces plus puissantes. Toutes les méthodes et toutes les fabrications , toutes les analyses et tous les arts occupent les esprits, s'entr aident et se perfectionnent. Puisse la noble activité que j'admire, n'être jamais interrompue dans son cours ! Puisse - 1 - on , en la dirigeant constamment vers Iqs arts utiles , s'en servir pour achever d'éteindre l'activité turbulente qui produit les révolutions! Puisse la morale exerçant sur nos travaux sa douce influence, en Cure

sortir la paix et l'aisance pour tous les peuples! Une aristocratie digne de concourir à réaliser ces vœux Sera chère à la France.

Il est évident que le clergé exercera du pouvoir sur nos destinées. Un bienfait de l'Évangile est d'avoir chargé des milliers d'hommes de consacrer leur vie à propager la vérité , à répandre sur la terre les lumières de la morale. Antérieurement au christianisme, rien ne donnait l'idée d'un concours si vaste et si puissant pour épurer les âmes et les diriger vers le bien. .

Les ecclésiastiques étant des hommes, à plus d'une époque de l'histoire ils se sont montrés exaltés, fanatiques, ou plus coupables encore , ils ont oublié dans, un égoïsme dominateur, les humbles devoirs de leur mission céleste. Celui qui nierait ces faits et celui qui voudrait qu'on en perdît le souvenir , manqueraient de bonnefoi ou de bon sens. Beaucoup de personnes attendent avec anxiété quel esprit régnera dans le clergé français.

Il importe que les ecclésiastiques reçoivent une instruction étendue : formons des vœux

pour que l'esprit du vénérable Emery plane sur nos séminaires. L'instruction, pour les ministres des autels , a le double avantage de les éloigner de la superstition , du fanatisme , et de leur donner, sur les hommes éclairés, une heureuse influence.

Parmi les jeunes gens que les besoins d'un grand nombre d'églises ont fait admettre dans les ordres, il en est de fort ignorans, qui semblent avoir en violence de caractère ce qui leur manque en justesse d'esprit. C'est un mal déplorable. J'énonce l'opinion des vieux ecclésiastiques et des pères de familles les plus éclairés.

Ces jeunes gens peuvent causer un grand tort à la religion catholique; d'autant plus qu'en France, par un fâcheux abus, bien des personnes identifient le ministre des autels avec la religion. Nous la rendons responsable des erreurs de celui qui la prêche. Cela vient surtout de ce qu'on a voulu les unir, les confondre dans l'esprit des hommes , afin que la multitude portât le même

respect au ministre qu'à la religion. Le ministre peut souvent y gagner, mais la religion doit souvent y perdre.

Oh ! combien il est à désirer , dans ce siècle , que les hommes élevés au saint ministère aient des lumières ! Je souffre, lorsque j'entends quelques-uns d'eux s'exprimer en fauteurs du despotisme. Si l'impulsion qu'ils voudraient donner était suivie , quels malheurs elle entraînerait dans l'avenir! Je ne leur ferai point de prédiction à ce sujet; peut-être les irriterais-je, et je voudrais au contraire calmer leurs esprits.

Nos ecclésiastiques sont d'accord sur les principes de la foi ; mais ils n'ont les mêmes idées ni sur les moyens de la propager, ni sur l'autorité qui leur est nécessaire pour remplir leur mission. Les idées divergentes et les prétentions exagérées sont nombreuses lorsque la société fut long-temps agitée , lorsqu'elle n'a pas des lois bien affermies , encore moins des mœurs et des usages , fruits précieux du temps , garanties plus sûres que les lois. Les divisions qui existent dans le clergé sont cependant aujourd'hui peu sensibles. La raison en est simple : aussi long-temps que les hommes sont faibles, ils sont unis ou veulent le paraître. À mesure que ïautorité du

clergé s'affermira, on verra les divisions se manifester dans son sein. Les différentes opinions de ses chefs pourront donner lieu à de vifs et tristes débats. Puisse la grande influence rester à ces dignes prêtres qui s'étudient à inspirer la religion , et qui savent qu'on ne commande que l'hypocrisie, qui respectent dans les magistrats l'autorité temporelle, et verraient de l'impiété à franchir les bornes du pouvoir spirituel, qui, pour l'exercer, réveillent les âmes du sommeil de l'indifférence , et les éloignent de la mysticité dont les rêves font oublier que pour plaire à Dieu il faut être utile aux hommes !

Mes principes me disposent bien moins à

demander à quel degré s'élève l'autorité, qu'à examiner l'usage qu'on en fait. Je réduirais à une seule les différences d'opinions qu'il est possible d'apercevoir parmi les membres du clergé. Les uns veulent anéantir l'instruction pour le peuple et la restreindre pour les classes élevées; ils veulent comprimer l'exercice de la raison ; ils dédaignent les sciences , et s'inquiètent peu de nuire à l'industrie. Les autres

pensent que le christianisme est venu ajouter des moyens de prospérité à ceux qui existaient, et n'en interdit aucun ; ils croient que l'instruction est utile au bien de la religion , ainsi qu'au bien de l'humanité ; ils sollicitent le libre exercice de la raison sur tous les sujets qui sont à sa portée; ils secondent les progrès des sciences et bénissent les travaux qui répandent l'aisance. Les uns ont des rapports avec la basse aristocratie ; les autres avec l'aristocratie honorable. Les uns sont de redoutables fauteurs de la doctrine de l'oppression ; les autres sont les plus fermes appuis de la doctrine des devoirs.

Avec un clergé éclairé , avec une noblesse amie du bien public , la France peut s'élever aux plus belles destinées. Si la partie ignorante, égoïste , de la noblesse et du clergé obtenait l'avantage, sans doute un sombre avenir s'ouvrirait devant nous. La plupart des hommes qui redoutent cet avenir, ne voient que deux hypothèses qui puissent se réaliser , toutes deux également fatales : les voici. En supposant qu'une aristocratie oppressive parvînt à s'établir , on

verrait d'année en année l'industrie languir, et l'ignorance, la misère, les Vices étendre leurs ravages : jamais les Français ne tomberaient dans l'abrutissement espagnol, mais ils descendraient à la dépravation italienne. En supposant, au contraire , que cette aristocratie finît par exciter une indignation violente , nous serions livrés à des bouleversemens nouveaux. Il ne faudrait compter , pour les prévenir, ni sur Feffroi que doivent causer les souvenirs de la révolution, les souvenirs s'effacent; ni sur les forces de la Sainte-Alliance , les alliances ne sont pas éternelles; ni sur de sages maximes, elles ne prévalent pas contre cette loi de la nature qui rend si redoutable le désespoir d'un peuple. La France serait donc replongée dans les calamités qu'enfantent les révolutions.

Après les tourmentes politiques , les imaginations fortement ébranlées aiment à se repaître d'idées sinistres. 11 est une hypothèse plus consolante et plus probable que les deux autres dont je viens de parler. Si une aristocratie ignorante, égoïste, exerçait une honteuse influence,

royale voyant sa gloire s'éclipser et le

bonheur s'enfuir de la France, opposerait une

digue à ce débordement funeste. Pourquoi rêver

toujours des tempêtes? Un nouveau choix de

ministres, un appel de nouveaux députés, sont

des changement paisibles qui suffiraient pour

rendre à l'État des jours prospères. Français ! si

jamais vous deviez vous trouver dans une telle

situation, que tous vos vœux soient modéré?!

que votre reconnaissance pour le monarque soit

profonde! ayez horreur des révolutions qui sont

fertiles en désastres, et qui peut-être finiraient

par vous foire trouver le repos sous le glaive des

soldais du Nord.

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