SUR MICHEL DE L'HOSPITAL
avait introduit dans la magistrature beaucoup d'hommes indignes d'y paraître; L'Hospital fut, au milieu d'eux , un modèle d'exactitude , d'intégrité et de lumières. Sa place cependant était loin de lui plaire : l'uniformité de ses occupa» tions s'alliait mal avec l'activité de son esprit; et souvent il appliquait à regret des lois qu'il se sentait capable de réformer.
Une femme sut deviner son génie : c'était Marguerite de Valois, digne fille de François Ier, chargée par ce roi protecteur des lettres de veiller, après lui, sur les hommes qui les cultivaient. Marguerite choisit pour son chancelier Michel de L'Hospital ; et dans un moment où la cour , effrayée du désordre toujours croissant des finances, cherchait un homme capable de mettre un terme aux abus, cette princesse appela les regards sur son protégé : il fut nommé surintendant des finances à la cour des comptes.
Le quart ou le tiers , tout au plus , des impôts parvenait au trésor , et les courtisans se disputaient les débris de la fortune publique échappés aux traitans. L'Hospital assura le recouvrement
des impôts , rejeta toute dépense qui n'avait pas le service de l'Etat pour objet, et poursuivit les hommes gorgés de coupables richesses. Ses ennemis étaient nombreux : pendant six ans , il les confondit par son inflexible justice et par son désintéressement absolu. Pour oser l'attaquer, pour parvenir à l'éloigner, il fallut chercher des prétextes dans quelques débats étrangers à son administration.
Michel de L'Hospital , en quittant la place de surintendant des finances , n'avait pas de dot à donner à sa fille. La cour desirait peu sa présence : il accompagna en Savoie Marguerite de Valois , et se trouvait près d'elle , dans une espèce d'honorable exil , quand tout-à-coup il fut appelé aux fonctions de chancelier de France.
La reine-mère et le cardinal de Lorraine, malgré les intérêts et la haine qui les divisaient, s'entendirent pour lui confier ce poste éminent On est d'abord saisi de surprise; on se demande par quel prodige des êtres nourris dans le plus profond égoïsme, élevèrent si haut un magistrat qui ne pouvait servir, aimer, connaître que l'in-
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térêt public. Chaque parti , entouré de périls , sentait le besoin d'un appui. Ce L'Hospital, si renommé pour ses talens et ses lumières, si chéri pour son intégrité et pour son dévoûment au bien de son pays, quels avantages ne devaiton pas se promettre de l'employer, si, touché par la reconnaissance , ébloui par la fortune , il ' consentait à devenir un instrument docile dans la main qui l'aurait élevé ? Cette pensée frappa la reine^mère et le cardinal; ,et leur perversité servit la France, en les empêchant de croire à des vertus incorruptibles.
Jamais circonstances ne furent plus difficiles pour opérer le bien. Puissans par leur naissance, par leurs talens et leur audace , les Guise gouvernaient l'état. Plus amis de l'intérêt public, mais non sans passion, aigris par l'injustice de leurs adversaires et par leurs propres fautes, les chefs des protestans ne sommeillaient qu'entourés de leurs armes. Avide de pouvoir , Catherine de Médicis abhorrait les protestans et les Guise; et dévorait ses affronts, en aspirant slu jour de la vengeance. Le personnage le moins influent à