‹ ŒuvresChapitre 55 sur 59 · SUR MICHEL DE L HOSPITAL · texte numérisé non relu

SUR MICHEL DE L HOSPITAL

par les vices d'Athènes, l'imperfection de ses lois* A la mort de François II , le chancelier s'efforça de donner au gouvernement une impulsion plus sage. Préparant par degrés les esprits, il avait prononcé des paroles de paix aux états-généraux d'Orléans et de Pontoise, lorsque enfin il demanda la liberté de conscience à rassemblée de Saint-Germain; et fit entendre, à-peu-près eu ces termes, des vérités qui, pour être énoncées , exigeaient alors autant de lumières que de courage et de vertu : « Il ne s'agit point de dé* « cider sur la foi; il s'agit de régler FEtat. On « peut être citoyen , sans être catholique. Malce heur à ceux qui conseilleraient au roi de se « mettre à la tète d'une moitié de ses sujets , « pour égorger Tautre....! Que les évêques dé- « ploient contre les hérétiques les seules armes « qu'employèrent jadis les Hilaire et les Am- « broise : la sainteté de leur vie et l'exemple de « leurs vertus. Quant à nous, ce qui nous im- « porte, c'est que tous les citoyens, catholiques « ou protestans , vivent en paix et respectent les

« lois. »

L'édit de janvier, résultat de .l'assemblée de Saint-Germain, pouvait donner le repos à la France ; mais l'ambition et les haines des partis voulurent égaler en activité la sagesse de LHospital. On eût dit que la promulgation d'une loi de tolérance «tait, pour les catholiques, une défaite dont ils devaient réparer la honte; pour les pro test ans, une victoire dont ils pouvaient user avec insolence;. et les Guise, attisant la discorde, excitaient les deux partis à ressaisir leurs armes. Le chancelier continua de s'opposer aux résolutions violentes. Ce n est pas 9 lui dit le connétable de Montmorency, ce n est pas aux gens de robe longue qu'il appartient d opiner sur la guerre. S'ils ne savent manier les armes, répondit LHospital , ils savent quand on doit les prendre. Son pacifique et noble courage le fit éloigner du conseil; et bientôt toutes les voix impartiales répétèrent ces mots du manifeste de Condé : Comment voudraient-ils le bien? ils ont exclu VHospitalde leur conseil !

Une guerre civile ensanglanta de nouveau l'Etat. Pour qu'elle eût tous les caractères de

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l'iniquité, elle i^mmeiKa pur le massacre de Vassi., et timt par l'assassinat «lu duc de Guise. L'Hospitai, constamment au peinte de l'honneur, avait tout lait pour prévenir la pierre, et rédigea les ;irticie!t de paix.

La tolérance fut proclamée. Celui «pu Pavait roti|ours désirée chercha les movensde lu rendre durable. Pour occuper l'ardeur guerrière des partis, d se hâta de tourner leurs armes contre les Vii4*]ai&, alors maîtres du Havre. Pour affermir l'autorité, d fit déclarer majeur Charles IX, âgé île î.'f ans; et le décida à visiter tes provinces. Dans ce voyage, le chancelier voulait attirer a -itinroi les creurs des français, e! lui donner d'utile* instructions. Tantôt dans les parltMnens.cn présence du jeune monarque, il rappelait aux magistrats leurs devoir;, avec la fermeté d'un homme qui n'a jamais rrahi les siens. L'an tôt d montrait i son ru val eleve les villes incendiées. 1rs termes détruites, les champs ravages; el l'etfrayante éloquence den ruines rendait plus vive l'impression de su voix paternelle, (le vovage qui taisait naître tant d'espérances, n eut c.epen-

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dant qu'un résultat sinistre. Catherine de Médicis vit à Bayonne le duc d'Albe. Cruel par instinct et par système, politique inhabile à se passer de crimes , le duc versa dans lame étrangère et faible de la reine, le poison de ses doctrines perverses. Médicis le quitta convaincue qu'on doit écarter du trône les idées de justice, et qu'on ne peut gouverner que par la perfidie et par la violence.

Il fallait éloigner L'Hospital, puisque le crime devait régner. De quel soutien la reine voulait priver l'Etat et son fils ! Je ne puis qu'indiquer rapidement une partie des services rendus par ce grand homme à la France. Le chancelier s'occupait surtout de donner à l'autorité royale la force dont elle a besoin, et les limites qui lui sont né* cessaires. Ainsi, il obligea les parlemens à ne point gêner l'action légitime de cette autorité; en même temps il leur fit défendre d'exécuter les ordres , signés même du roi, par lesquels on tenterait de violer la liberté de leurs fonctions judiciaires. Ainsi, il attaqua les privilèges des seigneurs féodaux, il affaiblit la puissance des

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gouverneurs; en même temps il voulait des états-généraux où la vérité se fit entendre au prince.

Tandis que les discordes civiles semblaient bannir les travaux de la paix, L'Hospital, entouré de jurisconsultes habiles, composait ces belles ordonnances dont Pasqmer disait, dans son vieux langage , qu'elles passèrent d'un long entre/et tout ce qu'on avait vu précédemment en ce genre; et dont le chancelier d'Aguesseau a fait cet éloge , qu'elles ont été la source de toutes les améliorations obtenues dans la législation française.

Défenseur éclairé des droits de l'église de France , le chancelier de L'Hospital rétablit la pragmatique sanction ; mais son ouvrage fut bientôt détruit. Son dernier succès fut celui qu'il obtint contre le cardinal de Lorraine, ëp faisant rejeter les décrets du concile de Trente relatifs à la discipline.

Ce grand homme , qui planait sur les factions, les vit toutes conspirer sa perte ; il avait beaucoup d'ennemis , parce que la patrie avait peu

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d'amis. Chaque jour les maximes du duc d'Ail* H •* l'emportaient sur les siennes ; et depuis plus ■ i de deux ans , il ne lui restait qu'une ombre d'autorité , lorsque jugeant que ses efforts seraient inutiles , que sa présence à la cour ne ferait que le rendre complice des attentats qu'il ne pourrait prévenir , il se retira dans sa terre de Vignay , où le roi lui fit redemander les sceaux.

Recouvrant sa liberté et jouissant de luimême, entouré de sa famille, occupé de travaux champêtres, de la lecture des bons livres, et de sa chère poésie, il eut connu le bonheur parfait, si l'avenir de sa patrie n'eut cou triste son cœur. Toutes les passions haineuses s'agitaient à la cour; et la perfidie seule en voilait , pour un instant, l'atrocité. La Saint-Barthélémy sonna, et ses horreurs portèrent la désolation clans l'âme de L'IIospital. On eut à craindre de le voir luimême au nombre des victimes; ses domestiques effrayés accoururent en demandant ses ordres, des meurtriers s'approchaient : qu'on leur ouvre toutes les portes, s'écria-t-il avec l'accent d'un

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d'amis. Chaque jour les maximes du duc d'Àlbe l'emportaient sur les siennes; et depuis plus de deux ans , il ne lui restait qu'une ombre d'autorité , lorsque jugeant que ses efforts seraient inutiles , que sa présence à la cour ne ferait que le rendre complice des attentats qu'il ne pourrait prévenir, il se retira dans sa terre de Vignay , où le roi lui fit redemander les sceaux.

Recouvrant sa liberté et jouissant de luimême, entouré de sa famille, occupé de travaux champêtres, de la lecture des bons livres, et de sa chère poésie, il eût connu le bonheur parfait , si l'avenir de sa patrie n'eût contristé son cœur. Toutes les passions haineuses s'agitaient à la cour ; et la perfidie seule en voilait , pour un instant, l'atrocité. La Saint-Barthélémy sonna, et ses horreurs portèrent la désolation dans l'âme de L'Hospital. On eut à craindre de le voir luimême au nombre des victimes; ses domestiques effrayés accoururent en demandant ses ordres, des meurtriers s'approchaient : qu'on leur ouvre toutes les portes, s'écria-t-il avec l'accent d'un

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homme qui ne tient plus à la vie , et qu'accable la honte de son pays !

Gardons-nous de vouloir grossir la liste des

forfaits de cette exécrable époque. L'Hospital, dans son testament , nous apprend que la reinemère , sachant qu'il était menacé , envoya des gardes pour veiller sur sa vie. En l'honneur de l'humanité, conservons ce fait : il prouve combien étaient imposantes les vertus duchancelier; il prouve aussi que la perversité ne peut être absolue.

La fille unique de L'Hospital suivait la religion protesta&te : elle était loin de son père, elle était à Paris durant le massacre, et fut sauvée par Anne d'Est. L'Hospital écrivit ces mots touchans à sa libératrice : « Anne, le seul enfant qui mé « restait de trois que j'ai eus , ma fille vit encore; « elle vit par l'effet de votre bienfaisance , qui l'a « sauvée quand tout espoir semblait perdu pour « elle ! Je ne la vois jamais assise près de moi , sou - « lageant avec sa mère ma vieillesse , sans être « ému par la reconnaissance , et sans remercier « vous et les vôtres. Vous avez sauvé plusieurs

5d6 Honci sua xighkl m i/hospital.

« têtes en une seule; nous ne vivons tons que « par vos bienfaits, »

Le vaste crime dont la France gémit encore, avait porté le coup mortel à I/HospitaL Sa pensée retombait toujours sur les malheurs de sa patrie; «tt peu de mois après la Saint-Barthélémy, il mourut, nous laissant le modèle de •Ja vertu la plus pure dans les temps les plus pervers*

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