‹ ŒuvresChapitre 56 sur 59 · A L'ACADEMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

A L'ACADEMIE FRANÇAISE

Messieurs,

Je dois l'honneur de siéger dans cette enceinte à l'intérêt que vous inspirent les sciences morales, dont j'ai fait mon unique étude, et vers lesquelles il importede diriger l'esprit des jeunes littérateurs. Vous avez compté pour des succès mes efforts dans une carrière utile. Quelquefois vous couronnez le génie; souvent vous récompensez les talens distingués; dans cet instant, vous encouragez les intentions pures. Heureux de vos suffrages, je ne me laisse point éblouir par les illusions de l'amour-propre , et le seul sentiment auquel je m'abandonne est celui de la reconnaissance.

Il cultivait aussi les sciences morales, lacadé-

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micien dont j'occupe en ce moment la place, et dont la perte excite dos regrets. Rendre justice à sa mémoire est une tâche facile; on peut louer sans art M. Lacretelle. Plein de candeur, étranger à tous les soins de la fortune, incapable de déguiser aucune de ses pensées, dominé par deux sentimens , l'amour de son indépendance et le désir de rendre ses semblables meilleurs; cœur droit, esprit original, espèce de La Fontaine , qui souvent méditait avec Montesquieu , et quelquefois rêvait avec Platon ; né pour vivre dans la retraite en s'occupant de réformes paisibles, M. Lacretelle eut un des caractères les plus nobles et les plus intéressans dont l'histoire de notre littérature ait k garder le souvenir. Parfois, on contestait la justesse de ses théories, ou philosophiques ou littéraires , mais , toujours une voix unanime sortait du fond des cœurs pour répondre à celui qui disait : C'est un homme de bien.

Vers le milieu du siècle dernier, la France présentait aux regards de l'observateur un spectacle touchant. Le désir de s'instruire et l'amour

a l'académie française. 5ir

du bien caractérisent cette époque. Un esprit d'investigation interrogeait les sciences, pénétrait dans tous les arts, essayait d'améliorer les diverses parties de l'administration. S'il y avait de téméraires novateurs et des amis intéressés des abus, la plupart des hommes capables d'exercer de l'influence étaient guidés par les intentions les plus droites. Deux qualités trop rares étaient alors communes : le désintéressement et la franchise. On s'occupait du bonheur public; ^t comme on le voulait avec sincérité , on le ^voulait par des moyens paisibles. Jours d'espérance! jours heureux, dont nos pères ont connu les charmes , et que nous avons vus disparaître du moment où les passions haineuses ont banni les affections douces et bienveillantes, qui ne sont pas moins nécessaires au repos, à la prospérité des Etats, qu'à la paix, au bonheur des foyers domestiques !

Né à l'époque dont je viens de rappeler le souvenir, M. Lacretelle réfléchit de bonne heure sur les moyens d'être utile; et pour accomplir ses devoirs, il résolut d'imprimer une direction ma*

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