‹ ŒuvresChapitre 57 sur 59 · a DISCOURS DE RECEPTION · texte numérisé non relu

a DISCOURS DE RECEPTION

raie à tous ses travaux. Cette résolution est la première que doit former un écrivain. La littérature n'est point un art futile , uniquement occupé de plaire, de flatter l'oreille et l'esprit par des mots cadencés en élégantes périodes, son but est de répandre des idées justes et des sentimens généreux. 11 faut écrire avec sa conscience , en présence de Dieu , dans l'intérêt de l'humanité. C'est ainsi que Descartes écrivit le Discours sur la méthode, et Fénélon le Télé' maque, et Montesquieu Y Esprit des Lois. Les poètes , aimables favoris des muses , peuvent s'immortaliser par les jeux d'une imagination riante; mais combien leur gloire s'agrandit et s'épure, si, dans leurs vers heureux, la pompe de l'har* monie et le coloris des images viennent donner à de sages leçons un charme inattendu ! Les arts ne s'élèvent à toute leur dignité que lorsqu'ils nous révèlent l'union intime du bon et du beau. Le bon demande à s'embellir de formes séduisantes; et le beau, pour briller du plus vif éclat, veut s'allier à des sujets dignes d'ennoblir les âmes. C'est aux prosateurs qu'un but intéressant

a l'académie FRANÇAISE. 5l3

par son utilité est surtout nécessaire; la prose

n'a point , pour nous enchanter , les richesses

et les prestiges de la poésie ; elle n'entretient pas

commerce avec des dieux imaginaires , elle reçoit

ses inspirations de la vertu et de la vérité : mais,

tous les beaux-arts doivent aussi produire des a 1

impressions morales, tous sont appelés à nous

rendre meilleurs. Dès que le ciel accorde un

talent, il impose le devoir de le consacrer au

bonheur des hommes; et les poètes, les artistes

ne me désavoueront point si je leur dis , ainsi

qu'aux prosateurs : les bons ouvrages sont ceux

qui ressemblent à de bonnes actions.

La jeunesse de M. Lacretelle fut nourrie de pensées analogues à celle que j'énonce. Destiné par sa famille à suivre en province la carrière du barreau, il y porta le désir de tenter des innovations heureuses. D'Aguesseau et Servan parurent l'inspirer. Il remontait à des idées morales pour éclairer la cause qu'il défendait, et souvent pour tirer d'un fait particulier des vérités utiles à la société entière; puis, il attachait au mérite du style une grande importance, persuadé qu'on

Page 1