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dédaigne d'employer les arguties, les chicanes, dès qu'on aspire à s'exprimer avec éloquence. Tels étaient les moyens de succès qu'il unissait au plus puissant de tous : l'intégrité,qui fait ajouter foi aux paroles de l'orateur.

Une cause remarquable , plaidée au parlement de Nancy, commença la réputation de M. Lacretelle. Deux individus obscurs la lui avaient confiée; cependant elle intéressait une multitude d'hommes répandus sur le globe. Il est un peu* pie qui n'a point de patrie, et qu'on retrouve dans tous les pays : ce peuple dispersé conserve ses usages, ses mœurs, sa physionomie, comme s'il était renfermé dans les murs d'une seule cité. Les livres saints expliquent cette merveilleuse existence ; mais nous avons trop souvent oublié la loi qui prescrit de compatir à toutes les misères; infidèles à cette loi divine, nous avons trop souvent ajouté, pour les Israélites, le poids des outrages à celui du malheur. Deux d'entre eux réclamaient les dispositions d'un édit de Louis XVI, relatif au commerce; on refusait de les laisser participer à ces dispositions bienfai-

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santés qui , loin d'exclure personne , devaient s'appliquer non-seulement à tous les Français, mais encore à tous les étrangers. Saisissant la cause avec justesse, M. Lacretelle prononça d'une voix émue ces paroles : La véritable question est de savoir si les Juifs sont des hommes. Toute la cause, en effet, n'est-elle pas dans ces mots simples et touchais?

Les talens du jeune orateur, l'estime qui s'attachait à son caractère, ses triomphes précoces l'appelèrent au barreau de Paris. Il sut y mériter un rang distingué , et mit le sceau à sa réputation lorsqu'il écrivit dans une de ces affaires déplorables et romanesques , qui s'emparent si puissamment de la curiosité publique. Plusieurs d'entre vous, Messieurs, se souviennent de la sensation prodigieuse qu'excitèrent les mémoires qu'il publia pour un homme respectable, détenu pendant neuf mois dans un hospice d'aliénés, en vertu d'une lettre de cachet surprise par sa femme et par son gendre, sans que sa fille eût réclamé. Jamais M. Lacretelle n'avait employé des raisonnemens plus pressâns , des forntes

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aussi dramatiques; jamais il n'avait eu autant de véhémence. Il se montra digne de soutenir deux causes sacrées : celle des pères outragés , et celle des hommes victimes d'ordres arbitraires.

Au sein de la capitale , entouré de modèles et d'émulés , il vit de nouvelles carrières s'ouvrir à ses talens; il y recueillit de nouveaux succès. ' L'Académie française proposa pour sujet de prix X Eloge de Montausier. M. Lacretelle dut être frappé de ce sujet ; il avait beaucoup vécu avec les grands hommes de l'antiquité, et l'austère Montausier semble être de leur, famille. Le style du discours composé par l'écrivain que nous regrettons, est simple, noble; il a de la chaleur et de l'originalité. A l'énergique justesse de quel* ques réflexions, on les croirait dictées par Mon* tausier lui-même. Get ouvrage honore son auteur : c'est l'éloge de la vertu fait par un honnête homme.

M* Lacretelle publiait des écrits sur divers sujets de législation. On y trouvait souvent des vues neuves et sages, toujours un zèle bienveillant^ une bonne foi évidente. L'Académie de

3fetx couronna son Dùawrs sur &* pnaef ùq£manTœ; et le même discours reçut de l'Académie française le prix fonde par >L deMontron,pour Fourrage le plus utile aux: mature. Je Tiens* Messieurs* de prononcer via nom révéré. La neconnaissance qull urînspùre reste au fond de œon oceur ; je n'ose essayer de l'exprimer. Vous area appelé les poètes à chanter ce sage* qui,, pour créer de nouveaux moyens d'être utile à l'humanité* distribua sa fortune dans les asiles du malheur* dans le sanctuaire des sciences et dans celui des lettres. M. de Montron eut le génie de la bienfaisance : il honore sa patrie* et le célébrer dignement ce serait acquitter une dette de la France.

Une des productions de M. l.AcnfteUe donna lieu à un incident assex remarquable. Il axait soutenu les principes de réconomie politique, dans un mémoire dirigé contre une nouvelle compagnie des Indes que venait d'établir M. de Galonné. Les membres de la compagnie murmureront* les partisans du ministre crierait an des bruits alarmans parvinrent à la fie*

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mille de M. Lacre telle; on attendait avec on desirait, on craignait de savoir à quel parti s'arrêterait le contrôleur-général. M. de Calonne prit là plume; et dans un écrit plein d'idées spécieuses, quelquefois animées par des formes piquantes, il discuta le mémoire qu'il pouvait faire supprimer, et rendit justice aux intentions de Fauteur qull pouvait proscrire. Tout Paris lu prodigua des applaudissement : il avait montré de l'esprit et de la délicatesse; quels puissans moyens pour un ministre de charmer les Français !

M. de Calonne avait témoigné des égards à M. Lacretelle; un ministre, digne à jamais de la vénération publique , l'admit dans son intimité. C'était ce magistrat dont ie nom est, pour ainsi dire, devenu synonyme des mots vertu et dévoûment. M. de Malesherbes jugea que ses vues pour réformer diverses parties de notre législation , pouvaient être utilement secondées par M. Lacretelle : sa confiance est un titre de gloire !... Au nom de Malesherbes, les souvenirs se pressent en foule dans mon esprit ! Mes re-

farcis cherchent l'académicien qui dut présider ma réception % et qu'une perte cruelle éloine de nous en cet instant. Quel rapprochement se présente ! Quand mon prédécesseur fut accueilli par un ministre intègre, la France jouissait d'un calme profond; Malesherbes, ami de la retraite au sein d'une cour brillante , étudiait les moyens de répandre des bienfaits sur le peuple, et laissait parler son cœur pour enseigner au jeune roi les devoirs qu'impose la couronne. Quand M. de Seze accourut près de ce même Malesherbes, les tempêtes bouleversaient notre patrie : la postérité verra Malesherbes septuagénaire s avançant appuyé sur lui , dans une affreuse arène, et mêlant les derniers sons d'une voix déchirante aux mâles accens de sa voix jeune encore. Stériles efforts! impuissant dévouaient ! Ah ! détournons nos regards de ces horribles scènes.... Ressentons , Messieurs , une juste fierté en voyant tous ces noms illustres inscrits dans les fastes de l'Académie française;

* M. de Sèze.

mo wscours ps mxxmom

ils rappelleront sans cesse aux hommes qui cultivent les lettres, quel éclat la vertu jette sur les talens.

Les temps de révolution n'étaient pas ceux ou devait vivre M Lacretelle. Son esprit consciencieux , si je puis dire ainsi , avait besoin de lestes méditations. Quand la France fut en proie aux orages y il se trouva comme transporté sur une terre inconnue. Député à l'assemblée législative, il n'eut que des intentions droites; il forma des voeux inutiles pour arracher son pays aux factions, et bientôt il alla s'ensevelir dans une obscurité profonde*

Plus tard, il crut voir, on sait qu'il était un peu rêveur, il crut voir un Washington dans le chef militaire qui parvint au pouvoir : son erreur fut courte. Voué à la philanthropie , il ne pouvait être ébloui par de sanglans triomphes; et les victoires d'un conquérant ne furent à ses yeux que des défaites pour l'humanité.

Las du spectacle qui l'environnait, il demanda des distractions à la littérature. Une production singulière occupa long-temps ses loisirs.

▲ l'académie française. 5a i

C'est une pièce de théâtre, ou plutôt c'est une espèce de roman divisé en plusieurs parties, en plusieurs drames, en plusieurs actes. Cet ouvrage a des beautés réelles; mais sa forme étrange les affaiblit, elle étonne, elle blesse la plupart des lecteurs. Peut-être ne serait-il pas difficile de poser les bases d'une sage théorie des innovations dans l'art dramatique. Je développerai peu mes idées ; je craindrais de vous rappeler, d'une manière trop désavantageuse pour moi , avec quel talent l'académicien qui vous préside * expose et discute les théories littéraires : lorsqu'il trace les préceptes du goût, il sait par son élocu^on facile et pure, en offrir le modèle, J'indiqkierai quelques idées principales. Si des théoriciens ont prétendu que les ouvrages modernes doivent être calqués sur des ouvrages antiques, cette doctrine absurde ne peut tromper que des esprits bien simples, bien soumis, et tels qu'il en existe peu de nos jours. Tout homme de génie

* M. Auger.

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reçoit du ciel an caractère qui n'appartient qu a lui seul , et qu'il imprime à ses œuvres. La réflexion l'excite encore à suivre l'impulsion qui lui est naturelle : il voit que nous demandons des éraptions aux beaux-arts, il sait que les émotions répétées s'affaiblissent, il veut donc en produire de nouvelles. Mais, si l'on suppose que tous les moyens de paraître neuf et de causer des sensations peuvent être indistinctement employés, bientôt on s'imagine que les plus violens et les plus singuliers sont ceux qu'il faut choisir; on avilit la scène, on dégrade les arts, on propage une doctrine non moins absurde que la première, et plus dangereuse, parce qu'elle est plus séduissrate. La véritable théorie nous dit : produisez des émotions nouvelles; produisez-les par des moyens qui satisfassent la raison et charment le goût. Cette théorie prévaudra sur les deux autres. J'en appelle au talent de ces jeunes poètes, dont l'essaim brillant promet de rajeunir la gloire de notre scène.

Dans l'éloge de M. Lacretelle, pourrais-je oublier, Messieurs, un de ses principaux titres à

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votre estime, à votre affection ? Ses conseils et ses soins contribuèrent à former cet écrivain dont le style élégant, animé, donne aux récits historiques un vif intérêt; et dont la voix s'e*t élevée naguère , avec éloquence , en faveur de ce peuple intrépide qui combat, qui triomphe, sans autres alliés que ses souvenirs héroïques! Dans le cours d'une longue carrière , mon pré* décesseur a joui des succès de son frère; il l'a vu prendre place à ses côtés dans cette enceinte ; il en a reçu constamment les preuves d'une reconnaissance presque filiale. Pourquoi voudrais-je dissimuler que leurs esprits furent quelquefois divisés? il est si doux de pouvoir ajouter que leurs cœurs .ne cessèrent jamais d'être unis! L'académicien auquel je succède peut m'éclairer encore de son expérience : près de terminer ce discours , je lui adresserai une question importante pour la morale, pour la science de la vie. Il a traversé d'horribles tempêtes; et cependant il a goûté ce calme qui ressemble au bonheur : la sérénité de son âme annonçait une douce existence. Il a vécu dans des temps où,

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