CHAPITRE VII
Mes précepteurs.
Jte H DANT l'hiver que nous passsâmes à Madrid f je menai une vie douce et agréable ; ma tante donnait à souper deux fois par semaine , et familiarisait mon enfance avec le monde :
elle s'était chargée de mes lectures, et avait l'art de me faire lire avec fruit. Son grand désir était de me rendre l'esprit juste , et tous les matins je lui portais l'extrait de ce que
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BOUS avions lu la veille ; ces extraits , en me rappelant les faits , m'apprenaient à écrire et à narrer ; ma tante corrigeait mes extraits ; et , lorsqu'elle était conteste de mon travail , ma récompense était d'aller k la comédie française : je jouissais souvent de ce plaisir. Elle avait la moitié d'une loge , et elle regardait le spectacle comme une partie de l'éducation..
Nous allions donc toujours ensemble à la comédie; mon oncle nous j menait, et nous laissait ensuite pour aller voir ses connaissances particulières. J'écoutais la pièce avec attention , parce que je savais que ma tante m'en demanderait compte : cette manière de m'amuser m'instruisait à sentir et à rendre ce que je sentais. Mon précepteur avait asscx d'exactitude pour m'être utile , et pas assez pour me gêner. Don Avilas et l'abbé Marianno prenaient de l'amitié pour moi , et se plaisaient à me faire de ces petits présens qui rendent si heureux les enfans : je m'instruisais, je m'a-* musais , j'étais content , lorsque Bovino , mon préceptefur, nous quitta. Bovino ne voulut point venir à la campagne, et nous donna h sa place un certain Hecco, qu'il assura nous convenir parfaitement ; on le prit sans examen,, parce qu'on était à la veille d'un flépart : la belle saison rappelait mes parens à une terre
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dont ma tante avait l'usufruit. Cette terre ' était dans les Asturies; mon oncle Taimait beaucoup , de sorte qu'à peine les beaux jours commencèrent , que , prenant congé de l'abbé Marianno et de don Ayilas , nous nous mimes en chemin pour les Asturies. La terre où nous allions s'appelait Ayilas, et n'est pas à une grande distance de Madrid. C'est un endroit peu agréable ; la maison , mal bâtie , a plutôt l'air d'une ferme que d'un château; peu de promenades, point d'eau , un pajs plat et sans yue : yoilà la position d'Ayilas ; mais le voisinage dédommageait de la situation. La marquise de Caréva avait une terre auprès , et y vint passer l'été. Dona Sachéra, nourrice de Sophia , fille du roi , vint aussi chex son fils l'abbé de Santo-Pedro , dont l'abbaye était à un quart de lieue d'Ayilas. Cette doua Sachéra avait une nombreuse famille, et tout ce monde répandait beaucoup de gaieté dans la maison de mon oncle , qui était leur rendezvous commun. J'étais pendant ce temps sous la férule de mon précepteur Hecco. Peu de jours suffirent pour nous apercevoir de son incapacité; il ne savait pas un mot de latin ; on le congédia , après s'être assuré d'un autre k Madrid., Le malheureux Hecco s'en alla , et , n*ajant plus de ressource, il se passa son
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épée an travers du corps ; il ne se tua pas , et don Ayilas le servit en empêchant la poursuite de cette malheureuse affaire. L'abbé Marianno , qui s'était chargé du soin de me trouver un précepteur, nous envoya un certaitn abbé Bertillo , dont la science était assurément la seule qualité : cet homme vint me joindre à Avilas , et je fus mis sous sa discipline. Jamais il n'y en Wt de plus dure : il me battait , toutes les fois qu'il n'avait rien à faire , avec tine certaine règle qui ne le quittait pas, et presque toujours il était oisif. Enfin j'eus le courage de m'en plaindre à ma tante , et l'abbé Bertillo fut renvoyé. Le vicaire d'Avilas Se chargea de corriger mes versions en attendant un quatrième précepteur , qui ne tarda pas à arriver ; il s'appelait l'abbé Bonino , et ne savait que médiocrement son latin. Comme nous étions près de notre départ pour Madrid , nous l'emme.nâmes avec nous.
L'hiver que je passai à Madrid fut exactement le même que le précédent. Mes études , un maître à danser, les spectacles et les soupers de ma tante partageaient mon temps.
L'abbé Bonino m'en laissait perdre beaucoup, et courait fréquemment les rues de Madrid.
Je me souviens qu'il me menait souveiit chez une demoiselle qui demeurait rue des Prêtres ,'
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à un cinquième étage. Cette personne peignait des éventails, mais clic quittait la peinture pour recevoir mon précepteur. Je remarquais qu elle avait toujours quelque chose à lui dire en particulier , ce qui les obligfeait de pas!*cr dans la chambre d'à côté ; je restais dans la première .pièce , où je me souviens qu'on me laissait toujours un gros chat pour me divertir. Peu de mois passés à Madrid firent ouvrir les jeux à ma tante sur Tabbé Bonino : le malbeureux penchant qu'il avait à l'ivrognerie la détermina à le renvoyer; et co^nme j'avais été jusqu'alors très malheureux on précepteurs , elle résolut de me mettre en pension chez un certain abbé Ghocardo , qui demeurait k la barrière Saint- Dominique : tout Ait arrangé pour que ]j fiuse placé; j'allai même j faire ma première visite , et je devais j entrer huit jours après , loTsqa une tragédie dérangea tout ces projets.