‹ Œuvres La jeunesse de FlorianChapitre 17 sur 63 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Arrivée à Madrid; début dans la maison de don Juan. Von m'essaie comme un cheval de cabriolet,

iiis arrivant dans cette capitale nous trouvâmes établie dans la maison de mon oncle doua Nisa que j'avais vue à Fernixo ; dona Podilla, cette petite-fiUe du grand Caldéron , et son mari don Podillo , dont je crois vous avoir parlé, y étaient aussi. Lope de Véga avait pris la résolution de ne plus voir personne, et, par une suite devénemens trop longs à vous détailler , il avait prié sa nièce

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dona Nisa d'aller habiter Madrid. Don Podillo et sa femme l'avaient suiyie, et, en attendant une maison , ils occupaient celle de *mon oncle : ce fut là que je renouvelai connaissance avec dona Nisa , qui me marqua beaucoup d'amitié et d'intérêt.

Le lendemain de mon arrivée nous allâmes voir le premier écujer de l'infant don Juan ; c'était lui qili me faisait entrer page, et il nous conseilla d'aller à l'Escurial voir le gouverneur, appelé don Cortillos.

Cette visite sera toujours gravée dans mon esprit. Je vis un grand homme brun , qui avait l'air dur et sot. A peine m'eut- il regardé , qu'il dit en haussant les épaules , fronçant le sourcil , et tournant vers mon oncle un œil bête et hagard : Ça est trop petit , monsieur , ça ne peut pas monter à cheval , et depuis que le prince prend des brenaillons pour pages, j'ai été obligé d'acheter des bidaillons pour monter ces merdaillons. Mon oncle , un peu" piqué du début , lui dit qu'il attendrait l'avis de l'infant don Juan avant de me ramener chez lui , et le remercia de l'intérêt tendre qu'il prenait à moi. Don Cortillos s'offrit pour me présenter lui-même à l'infant. Mon oncle refusa cet insigne bon»

neur , et me reconduisit à Madrid.

D'UN JEUNE ESPAGNOL. 4i

Tous ceux à qui nous racontâmes notre visite rirent beaucoup de la courtoisie de don Cortillos , mais nous conseillèrent S'aller voir rinfant lui-même. Ce prince était alors à Loucienno , au cheyct de son fils expirant ; quoique ce fût une bien triste circonstance pour lui être présenté , cependant mon oncle me fit monter à cheyal , et nous arrivâmes- à Loucienno : l'infant avait déjà été prévenu par l'obligeant Cortillos; il me trouva bien faible et bien petit pour faire le service; j'avais beau me hausser sur la pointe des pieds , dans les grandes bottes fortes que j'avais, je ne gagnais pas assez de pouces pour paraître . digne de l'état pagique ; cependant le prince me sut gré de ma bonne volonté, et pour me prouver la sienne ( ce furent ses termes ) , il consentit à me prendre à l'essai. On convint de me faire aller à Grisco , l'une de ses terres , à dix-huit lieues de Madrid , et de m'en faire revenir le lendemain en poste ; si je soutenais le voyage, je devais être reçu page : on me mit donc sur un bidet de poste ; j'arrivai à Crisco , après avoir roulé lamoitié du chemin; j'en revins de même ; je mis fort peu de temps ' à ma course , malgré mes chutes , et je ^s reçu page en dépit de don Cortillos. Mon oncle me donna de l'argent et des conseils , et me lai^ssa

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a I^scuriâl , où. était le chef-lieu ^e lëducation pagique ; il chargea dpna Sachéra d ayoirsoin de mes finances , de me* fournir ce qui me serait nécessaire , et , après m*ayoir embrassé , il re» tourna à Ayilas.

Il £iut que je yous peigne cette éducation pagique. Nous ayions d*abord pour gouyerneur ce don Cortillos qui m'ayait si bien accueilli ; c'était un homme fort dur ^ et qui , à force de yiyre ayeç des cheyaux de carrosse , était deyenu le plus brutal cheyal de lëcuri» de rinfant don Juan ; il suiyait toujours ce prince, et yeillait plus particulièrement sur les quatre anciens qui faisaient les yojages de l'infant , et le seryaient dans ses différentes maisons. Les quatre autres pages, car nous ulétions que huit , restaient à TEscurial sous la férule d un certain abbé Rosiro : cet abbé était petit , laid , méchant , ignorant , sot et tartufe; c'était là notre digne mentor. Nous ayions deux domestiques chargés de yciller sur nos actions et de rapporter fidèlement tout ce que nous disions et faisions. De plus , nous ayions des maitres de dessin, d'écriture, *'de mathématiques. , d'exercice , d'armes , de danse et de yoltige; inais la plupart de ces messieurs, trop grands seigneurs pour nous , donner leçpn eiii$.-méjnes , ay aient des preyôts.,

lesquels prévôts en sous-pajaient d autres , pour ne pas venir donner la leçon ; tel était surtout don Blondino , notre maître d^ mathématiques I qui donnait quelque arguent à labbé Rosiro pour nous enseigner l'arithmétique qu*il ne savait pas. Cet abbé Rosiro nous menait tous les jours k la messe ; il avait souvent de rhumeur , ejt alors il nous mettait en prison pour se divertir. Je me souviens Ibrt bien d y avoir été mis pour avoir rêvé que je couchais avec une femme , et avoir raconté mon rêve ; mais aussi Ion ne m y mettait pas toutes les fois que j'allais voler du plomb sur les gouttières pour faire un bassin dans le jardin du signor abbé. Tel était notre équitable précepteur , et telle était l'école où j'ai passé les années les plus intéressantes de ma vie.

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