‹ Œuvres La jeunesse de FlorianChapitre 18 sur 63 · TT · texte numérisé non relu

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XIeuheusemevt pour moi, je ne passai que six mois à l'Escurial sous la férule du digne abbé Rosiro. Ces six mois furent employés à me promener dans le parc de l'Escurial, k donner et recevoir des coups de poing , ear les pages ne portent point d'épée; et, pour

entretenir la valeur naturelle à tout Espagnol, ils passent leur vie à s'arracher réciproquement les cheveux. Quoique je n'eusse alors que treize ans et quelques mois, j'avais du plaisir à aller sotivent admirer les tableaux qui ornaient les appartemens du roi d'Espagne : j'aimais la peinture , et le peu d'argent que j'avais était employé à acheter les estampes des tableaux qui m'avaient frappé ; j'étais devenu assez connaisseur en gravures ; cependant il faut avouer que je n'y employais paà tout mon argent ; le café , les liqueurs en absorbaient une partie , et le plaisir que j'avais à régaler mes camarades pensa me devenir funeste. J'eus une maladie assez sérieuse, causée par la trop grande quantité de liqueurs que j'avais bue; je fus prés de six semaines malade; mais cette leçon me corrigea pour toujours de l'intempérance , et depuis ce temps j'ai été sobre et i)ien portant. Enfin le temps de quitter l'Escurial arriva; l'infant don Juan alla faire un voyage dans l'un de ses duchés , et laissa à Madrid la princesse Adélaïde, sa fille, et la princesse Thérésia, sa belle-fille , veuve de son malheureux fils. Il fallut deux pages pour aller servir ces princessea. Je i^ donc envoyé à Madrid , et l'on m'attacha à la jeune princesse Adélaïde ,, qui

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^tait au couvent de Monte-^Marto (Montmartre) : je passai ce temps agréablement; j étais toute la journée dans le couvent de Monte- Marto, et j'y vivais de biscuits et de sirops. La princesse me comblait de bontés,, et je la servais avec beaucoup de zèle ; je n'avais pas l^rand mérite à cela , elle était alors ce qu'elle a été depuis et ce qu'elle sera toujours, douce, polie , aimable pour tout le monde , ne se souvenant jamais de sa dignité que pour faire du bien : elle était adorée par son dernier valet de pied comme par sa première dame d'honneur , et l'on pouvait prévoir dès-lors qu'elle deviendrait chère à toute l'Espagne (i).

Un jour que je venais de la reconduire à son couvent, un homme se trouva vis- à^ vis de moi , au tournant d'une rue : je ne pus arrêter mon cheval , et je lui marchai sur le corps : il y eut des plaintes portées, on m'envoya à l'Escurial en prison ; mais la jeune princesse 'Adélaïde demanda ma grâce , et je revins continuer mon service auprès d'elle. Ce fut alors que je connus l'infant don Juan ; il était de retour de son voyage , et , pendant le peu de temps qu'il séjourna à Madrid, j'eus le bon-

(i) Voyez, sur les personnes désignées dans ce chapitre, l'avertissement de Téditeur.

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heur de lui plaire; il s amusait à me faire causer , et dès ce moment il décida que je le suivrais partout. Je quittai donc la princesse Adélaïde pour passer au service de son père , dont les bontés pour moi allèrent toujours en. augmentant. Il me donna le surnom de PoUichinello , que j'ai toujours porté depuis. Pollichinello ne quittait guère son maître , et devint un de ses favoris. Don Gortillos , dont l'âme basse et jalouse redoutait le crédit naissant de PoUichinelio , ne perdait pas une occasion de me nuire dans Tesprit de l'infant; mais , malgré lui, ma faveur se soutenait ; j'amusais le pri&ce , chose qui n'était jamais ar> rivée à don Gortillos : j'avais quatorze ans , j'étais plus instruit qu'on ne l'est ordinairement à cet âge : l'infant était bon et avait de l'esprit ; ces deux qualités m'assuraient son indulgence et la continuation de ses bontés..

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