‹ Œuvres La jeunesse de FlorianChapitre 2 sur 63 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

Celui qui, appelé à la vie, comblé do toutes les faveurs que la nature peut prodiguer aux êtres qu'elle affectionne le plus , ne regarde le séjour où il est placé que d'un œil d'indifférence ou de mépris; celui qui, plus coupable encore, souille la terre par ses vices, au lieu de l'embellir par ses vertus, semblent également indignes de jouir Ion g- temps du bienfait de l'existence. Si la mort vient les frapper, elle n'exerc€ qu'un acte de justice, et les pleurs de l'amour et de ramîtié coulent rarement sur leur tombe solitaire : mais l'homme dont le cœur est comme l'asile de la sensibilité, dont les yeux se mouillent de larmes recon-

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naissantes à la vue des beautés de la nature, l'homme dont les douces vertus retracent celles de Tâge d'or, et dont les chants, aussi purs que Tair du matin, ne firent jamais rougir l'innocence, un tel homme ne devrait point mourir. C'est pour lui surtout que la terre est féconde ; c'est pour lui qu elle s'embellit. S il subit la loi commune, si une mort précoce l'enlève à un séjour dont il faisait Tornement, tous les cœurs sensibles éprouvent une douleur profonde. L'amour et Famitié viennent embrasser son tombeau, l'environner de cyprès, le couvrir de myrtes; et, long-temps après qu'il n'est plus, sa renommée vit encore avec honneur parmi les hommes.

J'ui peint Florian sans lavoir nommé encore, et déjà vous l'avez reconnu. Ce poëte aimable, dont les ouvrages respirent la plus touchante sensibilité, dont le cœur a toujours dirigé l'esprit, qui consacria ses chants à célébrer la nature champêtre, les mœurs simples de l'âge

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d'or et les amours des naïves bergères ^ Florian n'avait pas atteint son huitième lustre quand il fut enlevé presque subitement aux lettres et à Vamitié.

Mon dessein est de recueillir ici quelques traits sur la personne et sur les diffé-' rens ouvrages de cet aimable auteur, qui lui ont acquis, dès son vivant, une réputation dont les années ne feront quaug* menter Féclat : mais qu'A me soit permis d'abord de m arrêter un moment sur une époque de sa vie qui a puissamment influé sur le genre même de ses écrits, je veux parler de sod enfance. On a trop dédaigné jusqu'à ce jour , en écrivant la vie des hommes célèbres, de remonter à leur premier âge. II eût été facile, en les observant à cette intéressante époque, de calculer l'influence des objets extérieurs sur la tournure de leur génie, et de deviner par-là leur destinée. Je suis si convaincu de cette influence du premier %e de l'homme sur tout le reste de sa vie; je suis si persuadé que les pro-

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ductions d'un écrivain ne sont que le développement des germes d'idées que déposèrent dans son esprit les premiers objets dont furent frappés ses regards , qu'il ne miserait peut-être pas impossible, après la lecture des divers ouvrages d'un auteur, d'écrire d'imagination l'histoire entière de sa vie , et surtout celle de sa jeunesse. Je pourrais citer des exemples, mais cela m'écarterait trop de mon sujet jj et je reviens aux premières années de l'auteur dont j'écris la vie.

Jean-Pierre Claris de Florian naquit en i755, au château deFlorian, dans les basses Cévennes, à quelque distance d'Anduze et de Saint-Hippolyte.

Quand ces détails ne nous seraient pas connus, il eût été facile d'y suppléer.

Nous lisons en effet , à la tête de la pastorale d'Estelle : « Je veux célébrer « ma patrie ; je veux peindre ces beaux « climats où la verte olive , la mûre «vermeille, la grappe dorée croissent

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ensemble sous un ciel toujours d^azur, où, sur de riantes collines semées de violettes et d'asphodèles , bondissent de nombreux troupeaux; où enfin un peuple spirituel et sensible , laborieux et enjoué, échappe aux besoins par le travail, et aux vices par la gaieté. » Et quelles lignes plus bas : « Sur les bords du Gardon, au pied des hautes montagnes des Cévennes, entre la ville d^Anduze et le village de Massane^ est un vallon où la nature semble avoir rassemblé tous ses trésors. Là, dans de longues prairies où serpentent les eaux du fleuve, on se promène sous des berceaux de figuiers et d'acacias. L'iris, le genêt fleuri, le narcisse, émaillent la terre : le grenadier, l'aubépine exhalent dans Fair des pajrfums : un cercle (c de collines parsemées d^arbres touffiis « ferme de tous côtés ia vallée; et des a rochers couverts de neige bornent au <( loin l'horizon. »

Le château pu naquit Florian avait

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été bâti par son grand-père, conseiller à la chambre des comptes dé Montpellier, qui s était ruiné à bâtir une superbe habitation dans une très petite terre , et qui laissa en mouranJt deux fils et dés dettes.

.C'est du second que Florian reçut le jour, n parait que son aïeul avait pris son petit-fils en aflection, et qu'il se faisait un plaisir de le voir croître sous ses yeux. Sensible à sa tendresse, et pénétré pour lui d'amour et de respect, le jeune Florian l'accompagnait avec joie dans SCS promenades champêtres , et procura it au vieillard une jouissance dont il était très flatté , celle d'admirer ses plantation s. De là le respect que Florian témoigna toujours à la vieillesse, et cette douce mélancolie dont il contracta l'habitude , quoiqu'il fût naturellement gai. Un cnfent qui se promène avec son aïeul est singulièrement fi:appé de ses entretiens.

Si cet aïeul est bon, généreux, s'il sait gagner par ses bons procédés la confiance de son petit-fils, ce dernier ne prd pas

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nn mot de ses leçons, de ses conseils; et sa morale mélancolique et patriarcale reste empreinte dans son cœur tout le reste de sa vie.

Florian se rappela toujours en effet les douces promenades qu'il faisait, tout jeune encore , avec son aïeul ; et voici de quelle maniète il a voulu lui-même en perpétuer le souvenir : « Beaux vallons , « fortunés rivages, où, jeune encore, j'al- « lais"" cueillir des fleurs! Beaux arbres «que mon aïeul planta, et dont la tête « touchait les nues, lorsque, courbé sur « son bâton, il me les faisait admirer!

« Ruisseaux limpides qui arrosez lesprai- « ries de Florian, et que je franchissais « dans mon enfance avec tant de peine « et tant de plaisir, je ne vous verrai (c plus ! Je vieillirai tristement , éloigné (( du lieu de ma naissance, du lieu où re> « posent mes pères; et, si je parviens à « un âge avancé , le beau soleil de mon « pays ne ranimera pas ma feiblesse. Ah !

« que He puis-je au moins espérer que

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