CHAPITRE XH
Premier instant de liberté. Ma sortie des pages,
irziïDAHT l'hiver de cette annëe était arrivé le fameux exil du conseil de Gastille. Don Àvilas avait subi cet exil comme les autres , et même mieux que les autres , parce qu'il s'était montré plus entier dans ses sentimens ; le roi d'Espagne l'avait envoyé dans le fond de la Sierra Moréna : la mort de ma tante, sa mère , ét^it arrivée pendant le séjour qu'il fit h la Sierra , et il n'obtint d'être exilé à A vilas qu'à la sollicitation de son oncle l'abbé Marianne , qui , pensant d'une manière opposée à la sienne, était entré dans le nouveau conseil de Castiile. Don A vilas repassa donc à Madrid pour aller dans son nouvel exil : je le vis à son passage , et il me dit avoir hérité de toute l'amitié que ma tante avait pour moi.
Nous étions au mois d'avril. Je devais quitter les paçes au mois de juin. L'infant don Ji'''»n lil'a i.âre un voyage dans ses terres; et coiîime il était trjs iin^)ortaut que j'étudiasse dans ces derniers momêns, je lui demandai
DTJN JEUNE ESPAGNOI;. 53
la pennission de me mettre dans une pension, pour j profiter de mon maître de mathématiques ; il y consentit , et me laissa à Madrid.
Voici le premier instant d'où je puis dater ma liberté ; et, chose étonnante , je n'en fis pas mauvais usage. Je prenais jusqu'à trois leçons par jour, et j'allais les chercher d'une extre*^ mité de Madrid à l'autre. Tous les soirs j'allais au spectacle , et je passais ma nuit à étudier ;' ma santé ne s'altérait point de cette manière de vivre.
Le temps s'écoulait; les leçons fréquentes de mon maître et l'ardeur avec laquelle j'étudiais m'avaient mis en état de subir un examen. Avant de m'y exposer , j'obtins de don Juan qu'il prierait l'examinateur de l'artillerie de m'examiner à Madrid avant d'aller à Durango , lieu où se faisait le concours. Je fus donc examiné et jugé digne de me présentée à D'urango. Je fus alors un peu plus tranquille , et je repris mes fonctions de page auprès de don Juan. Ce fut 1 instant où se maria le frère aîné du prince des Asturies. J'assistai à ce mariage et aux fêtes qui le suivirent; tout de suite après je quittai l'habit de page pour prendre l'uniforme. Je ne peux pas vous rendre le plaisir que me fit mon habit bleu : je me re-
g^ardais dans, tous les miroirs; j'étais occupé de savoir si j'ayaûs bien l'air d*an officier. Ma cocarde et ma dragonne faisaient le bonheur de ma yie. J'allai passer quelques jours chez mon oncle; de là j'allai prendre congé du prince ; et comme mon oncle youlut me conduire lui-même à Durango , nous partîmes ensemble de Madrid le 2 juillet.
FIN D£ LA pnEMIERE PARTIE.
pu».