CHAPITRE PREMIER
Nouvelle position. Départ pour Durango, AneC" dote de dona Pràdella. Arrivée à Durango.
Concours et départ pour le. château de don Crinitto,
J 'eittiie dans une nouvelle carrière , je quitte Tenfance et l'esclavage ; j'ai seize ans , un uniforme et ma liberté. Je vais décrire mes erreurs jet mes folies ; trop heureux si , au moment où je les écris , il ne m'en reste plus à faire !
Avant de commencer le récit de ce qui m'arri va , il est à propos de vous peindre quelle était ma Situation phj-sique et morale. Mon père , toujours dans le rojaume de Grenade et jouissant d'une médiocre fortune , m*avait totalement abandonné à mon onèle, qui se char-
jgeait de mon entretien. Je vous ai dit que cet oncle avait douze ou quinze mille livres de rente ; il avait fait "un testament avant de partir de Madrid , par lequel il me déclarait son seul héritier ; j'avais à moi les six cents livres de rente que ma tante m'avait laissées , et une petite pension que me faisait mon oncle : cet oncle, en partant de Madrid, avaitpajé toutes mes dettes de page et tout l'argent qui était dû à mon^ maître de mathématiques. Enchanté de mon nouvel état , je regrettais peu tout ce que je quittais ; j'étais fort vif, fort pétulant , fort avide de tout ce que je ne connaissais pas , et désirant avec fureur de me singulariser dans quelque genre que ce fût.
Voilà dans quelles dispositions je partis de Madrid^ avec mon très cher oncle. Nous allâmes coucher tout près de Siguença, chez une dona Pradella , parente de mon ancienne tante : elle nous reçut fort bien , et j'aurais passé sous silence cette visite , si la vue du lit où dona Pradella allait se coucher ne m'avait tellement échauffé la tête, que je n'en dormis pas de la nuit. J'avais seize ans , j'avais mon innocence.. Je mourais d'envie de partager ce lit; si j'avais osé , je l'aurais proposé à dona Pradella. On m'a dit depuis qu'elle était dans l'usage d'accepter ces sortes de propositions»
Deux jours après nous arrivâmes à Darango.
Je trouyai là plus de cent aspirans , qui concouraient tous ^quarante places d'élèyes. L'on n'entendait dans cette yille que la langue dei^ mathématiques , et quoique , tous tant que nous étions , nous eussions Tesprit fort peu géométrique, nous ne laissions pas d'en raisonner, savamment. Je concourus comme les. autres^ et l'usage était d'attendre le résultat de tout l'examen pour apprendre ensuite à chacun quel était son sort.
Mon oncle, dont le projet était d'aller passer quelque temps chez ce don Crinitto , père des trois demoiselles dont je vous ai parlé, me fit quitter Durango , pour aller , disait-il , attendre mon sort chez don Crinitto. Je partis donc , après avoir pris congé du commandant de l'école , nommé don Garcias ; je le remerciai des bontés qu'il m'avait marquées pendant mon petit séjour à Durango, et j'arrivai en peu de temps au chuteau qu'haLitaient don Crinitto et ses trois filles.