‹ Œuvres La jeunesse de FlorianChapitre 22 sur 63 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Soupirs^ et bouquets pour Henriette. Pari perdu. Agréable nouvelle. Séjour à Aviltu, et départ pour Durango»

JNous ftlmes reçus par don Grinitto, non comme de vieilles .connaissances , mais comme de vieux bons amis. Don Ayilas , le fils de ma tante , exilé alors , pour les affaires du conseil de Gastillie , dans sa terre d 'Ayilas , vint nous voir chez don Crinitto. Il m'invita à aller passer quelque temps avec lui , et je ne me pressai pas de profiter de ses offires: j'avais oublié mon ancienne inimitié pour bw demoiselles ; je rendais même des soins k la seconde, nommée dona Henriette. Je me levais tous les jours à six heures du matin, parceque j'étais sûr de -trouver Henriette seule dans le salon , occupée à faire de la dentelle ; je la 'regardais travailler; j'osais quelquefois lui baiser la main; je courais au jardin lui cueillir des roses : j'avais soin de les prendre toujours en boutons, pour les voir épanouir sur son sein : mon imagination me servait bien , je croyais être véritablement témoin des progrès que la chaleur de ce beau sein faisait faire à mes roses. Quelquefois

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Henriette me rendait mon bouquet après ravoir porté : c'était alors que mon grand plaisir était de manger mes roses feuille à feuille, après les ayoir bien fanées par mes baisers.. Henriette n'était pas de celles qui comprennent le plaisir de manger uu bouquet ; d'ailleurs elle était bien plus Âgée que moi, et tournait mon amour en plaisanterie ; mais elle avait assez d'amou]>-propre pour être flattée des hommages même d'un enfant , et l'empire qu'elle avait sur cet enfant l'amusait au moins, s'il ne l'intéressait pas. £lle voulut s'en servir un jour d'une manière assez plaisante. J'avais la mauvaise habitude de dire à tout propos un certain mot espagnol , qui répond en français à celui de pardieu. Henriette^ qui prenait plaisir quelquefois à me corriger de mes dé&uts^ me promit de m'embrasser si j'étais* douze heures sans le dire. Le marché commençait à six heures du matin. Je me fis vfolence toute la journée ; le prix qu'on avait mis à mon attention m'enflammait au point, que j'aimais mieux ne pas parler que de m'exposer à le perdre. Je 'fus assez heureux pour arriver sain et sauf jusqu'à six heures moins une minute du soir : alors , ma montre à la main , je vins à elle avec l'air du bonheur, et je m'écriai : Pardieu , je vais donc avoir gagné ! Vous avea

perâuyXne dit Henriette , et , malgré toutes mes instances , elle fut inflexible. Cette petite aventure me fit une telle peine , que depuis ce temps je n'ai jamais prononcé le mot qui me coûta ce baiser.

Je passai prés de six semaines) dans cette société , mon oncle pleurant toujours , et moi m'occupant sans cesse d'Henriette et de mes bouquets. Mon oncle prépara bientôt son départ f et me fit alors confidence de ma réception à l'école de Durango : il me l'avait cachée , parce que don Garcias , le commandant , la lui avait dite sous le secret ; et mon oncle me donna 'l'agréable surprise de ne m'apprendre mes succès que par des boutons numérotés que l'on attacha à mon habit tandis que je dormais. Ces boutons étaient la distinction des élèves admis. Ma joie fut vive , je commençais à sentir très vivement. J'embrassai mille fois mon oncle, et bientôt je lui dis adieu. Il prit la route de Madrid , tandis que moi , fier de mes boutons y et me croyant déjà un être nécessaire à l'Etat Je regardai l'amour comme une occupation indigne d'un héros ; et , quittant ces belles demoiselles et leurs jardins , que j'avais dépouillés de roses , je m'en allai chez don Avilas , qui fut fort aise de m'ayoir %h9i lui , et me combla dç caresses.

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Je pe^ettai peu Henriette; en lui rendant des soins , ce n était pas elle que j'avais aimée , c'était le plaisir d'aimer une femme que j avais cherché : dès que mon âme fat remplie par un autre objet, je cessai de penser k l'amour^; il viendra un temps , mon cher lecteur , où vous me verrez tout quitter pour ne penser qu'à lui j mais n'anticipons point sur les éyénemens. Je fus peu de temps à Âvilas , et J'y fus toujours entouré de monde ; la famille de doua Avilas s'y était rassemblée, et cette société rendait le château vivant et gai. Don Angelo, frère de dona Avilas , avait aussi été membre du conseil de Castille , et une lettre de cachet l'avait relégué auprès de son beau -frère. Ce jeune homme, né avec de l'esprit et un fort bon cœur , avait fait dans sa jeunesse beaucoup d'étourderies ; et , quoique âgé de près de trente ans , il paraissait ne pas avoir renoncé à en faire de nouvelles. Ces raisons m'attachèrent à lu; ^ et nous nous liâmes d'une amitié assez étroite. Bientôt je ^s forcé de quittet Avilas ; une lettre de don Garcias me confirma ma réception , et m'enjoignit d'être à Durango pour le quatorze d'août. Enchanté d'être assez important pour recevoir, des ordres f je ma hâtai d'obéir ; mon paquet fut bientôt fait : don Avilas me donna de V^^rgent , do|i Angel%.

te MÉMOIRES

m*en prêta", et je partis pour Dnrango , avec le projet de m'y faire une excellente réputa< tion. Je réfléchis pendant tonte la route aux mojens que je devais prendre pour réussir, et , après m*étre bien rappelé tous les conseijs que l'on m'avait donnés , vous allez voir comment je les suivis.

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