‹ Œuvres La jeunesse de FlorianChapitre 25 sur 63 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Grand souper. Bal, et choix de Joséphine.

Goût pour le saumon frais,

tf E craiignais trop l'ennui pour ne pas chercher avec soin tout ce qui pourrait m'en préserver. L'étude des mathématiques m'occupa quelque temps ; mais je m'aperçus bientôt que le» problèmes et les icorollaires ne remplis-

•aient point mon cœur, et qu'il lui fallait que^Pie chose de plus. Je crains fort , mon cher lecteur, que le détail de ma vie ne produise sur vous le même effet que les théorèmes pro> duisaient sur moi ; ils m'endormaient un peu, parcequ'ils se ressemblaient beaucoup : tous mes récits se ressemblent autant; vous me voyez toujours amoureux : c'est bien monotone. Mon cher lecteur, je vous en demande pardon ; mais je me suis fait une loi de dire la vérité , et je ne veux oublier aucune aventure., J'abandonnai donc mes problèmes pour m'occuper plus gaiement; et comme je pouvais choisir parmi plusieurs beautés qui embellissaient notre ville , je résolus , avec Estevan , de leur donner une fête où je pourrais jeter le mouchoir à celle qui me plairait le plus. Estevan était le premier homme du monde pour les fêtes de cette espèce., 11 alla chez une marchande de poisson de ses amies , et sa première négociation fiât pour obtenir que l'on nous fît crédit. Une fois cet important arti" cle passé , il com&ianda un beau souper , ub bal , «et fit distribuer les billets d'invitatiaoN Nottfl nous mimes à table à cinq heures du sotT, pour pouvMr souper ifans.nous presser.

E»tevan avait rassemSilé uHe demi-douzaine die bcUef \ nous étrons à peu près ai«lii)t d'é-

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lèves, et comme j'étais TAmphitr jon , Esteyan avait soin de me faire rendre ie^^on'< neurs. Après le souper, le bal commença, et dura toute la nuit; car, malgré une visite qu'un de nos pommandans faisait tous les soirs dans nos chambres pour voir si nous étions couchés , nous avions trouvé le mojen de lui faire croire que nous dormions. De gros portemanteaux mis entre nos draps , affublés d'un bonnet de coton et d'un beau ruban autour , tenaient notre place dans nos lits; et, pour compléter l'illusion et donner en même temps une plus grande opinion de notre goût pour l'étude , nous avions grRud soin de placer auprès du lit une petite table ,' avec une chandelle allumée , et le cours de mathématiques ouvert à une proposition difficile. Le commandant , édifié , faisait éteindre la lumière, fermait le rideau, et disait, en voyant dormir le studieux portemanteau , que ce n'était pas la peine de l'éveiller..

Tandis que notre chef vigilant nous crojait assoupis par la vapeur des calculs algébriques , nous dansions de tout notre cœur avec no»

charmantes convives. Une d'elles , nommée Joséphine , me phit par sa vi^racité , et accepta avec joie toutes les offres que je lui fis : ces BOuvellet amours durèrent près de huit jours j^

D'UN JEUNE ESPAGNOL. yS

au bout de ce temps Joséphine m'ennuja , et je l'abandonnai. J'avais fort peu d'argent; c'était un obstacle à tous mes projets d'amusemens. Le souper que j'avais donné m'avait inspiré beaucoup de goût pour tenir maison ; toutes les fois que j'allais manger à l'auberge , je me lamentais avec Estevan du malheur de n'avoir pas une table à nous où nous pussions inviter nos amis et nos amies : manger toujours entre hommes nous paraissait trop ennuyeux \ mais il fallait de l'argent pour manger avec des femmes , et nous n'en avions point. Nous conclûmes qu'il fallait faire comme si nous en avions, et voici le parti que nous prîmes : la marchande de poisson qui nous avait donné à souper était jeune et jolie; son mari courait le pays et n'était point avec elle; une sœur, fille encore, et assez bien de figure, demeurait dans sa maison et l'aidait à faire son commerce.

Estevan et moi nous nous attachâmes , lui à la sœur , moi à la maîtresse ; nous fûmes aimés en peu de temps..... Alors tput le poisson nous appartint, et au lieu de le faire vendre , nous aimions bien mieux le manger avec nos amis. Tous les soirs nous commandions un souper de cinq ou six couverts , et lorsque nous rencontrions de nos camarades ,

nous leur offrions du saumon frais ayee cet air d'aisance de grands seigneurs dont la table est toujours ouverte. Nos belles , aussi généreuses que tendres , ne trouvaient jamais qu'il j eût trop de convives ; le plaisir et l'amour présidaient à nos soupers : on y chantait , on j riait , et Estevan et moi nous faisions les honneurs du saumon frais avec toutes les grâces possibles. Cette agréable vie dura près d'un mois ; mais , au bout de ce temps , le maudit mari revint de ses courses , et resta quelque temps à Durango; dès ce moment , adieu le plaisir ; il fallut retourner à l'auberge, et nos tendres amantes furent aussi fâchées que nouï du triste séjour que faisait le mari auprès d'elles.

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