‹ Œuvres La jeunesse de FlorianChapitre 27 sur 63 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Querelles; batailles; prison.

Je ne songeais qu'au bonheur d'aimer ma Glaire et d'en être aimé : le temps que je passais sans la voir était employé à penser à elle ; je vivais peu avec mes camarades; le seul Estevan était dépositaire de mes secrets amoureux , et je le menais avec moi chez mon amante le l^lus souvent que je pouvais. Un soir qu'il y était venu , Claire se plaignit de ce que des élèves, en la voyant passer, avaient ricané et l'avaient appelée par mon nom. La fureur s 'cm-

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para de moi , et Esteyan me promit de m*aider dans ma yengeance. Nous courons donc trouver les deux ricaneurs : celui qu' Esteyan attaqua s'appelait Enrique , et ne se fit point tirer, l'oreille ; il alla se battre ayec Esteyan , qui luf donna trois coups dëpée. Je fus moins heu« reux; celui que je provoquai s'appelait Carlos, et soutint des propos assez yiù san* s'en offenser. Comme je les redoublais , je fus entendu d'un de ses amis , qui , piqué du sang-froid de Carlos f vint prendre sa place et accepta le cartel avec joie. C'était la première fois que je me servais de mon épée ; mon ennemi avait l'avantage de l'expérience et de la taille; il profita de la précipitation avec laquelle je m'élançai sur lui , et , en me présentant seulement sa pointe , il me perça le bras , ou plutôt je m'enferrai moi-même. Je fiis médiocrement fâché d'être blessé ; j'aurais mieux aimé être le vainqueur; mais, sans aucun doute, j'aimais mieux ma blessure que de ne point avoir eu d'affaire à mon âge. Quel bonheur! je me croyais un personnage : avant dix-sept ans j'étais assez heureux pour posséder une maîtresse, un coup d'épée et un ami. J'allai me faire panser chez la belle Claire , et j'attendis à peine que je fusse guéri pour me faire une seconde affaire. J'étais jaloux de ce qu 'Esteyan avait partagé

D'UN JEUNE ESPAGNOL. 8i

ma vengeance ; les blessures qu'il ayait faites à Enrique me paraissaient an toI fait à mon courage. Je fis confidence de cette idée à Enrique , qui m'offirit de me satisfaire , et nous nous portâmes sur le pré : nous étions animés Tun contre Tautre depuis Ion g- temps ; cette Joséphine que j'avais aimée pendant huit jours avait été adorée de lui. Enrique fut aussi enchanté que moi de l'occasion qui se présentait : nous nous battîmes donc avec colère , et je lui portai un coup d'épée avec si peu de ménagement , que ma lame , rencontrant sa coquille , se brisa en mille morceaux. Comme j'allais chercher une autre épée , on vint nous séparer. Nous nous promîmes , par un serrement de main réciproque , de nous rejoindre , et je courus chez Claire lui conter tous mes combats.

Claire descendait vraisemblablement de quelque illustre Amazone , car mes duels lui faisaient toujours plaisir; et elle me parut si guerrière , que je crus ne pouvoir lui faire uu don plus cher que celui de cette épée que j'avais brisée en combattant pour elle. Claire en reçut les morceaux avec une reconnaissance qui m'enflamma encore davantage ; mais, hélas I on ne me laissa pas le temps de lui répéter combien son héroïsme me plaisait. Don Gardas , le commandant de l'école , avait appris

noa querelles et non» fit condoire , le brave Efttevan et moi , dans une prison où noua n V yions qu'une planche pour dormir , et de la soupe et du pain pour dîner. Ah ! il Êdlait entendre Esteyan se lamenter de ce que nous ayions négligé nos marchandes de poisson ! Si nous eussions été constans , disait-il , nous ne serions pas ici , ou si nous y étions , le saumon frais j viendrait ; au lieu que ta Claire te nourrit ayeo des lettres , et moi je crève de faim et d'ennui. — Je consolais Estevan , et je désirais autant que lui que le jour de notre délivrance arrivât.

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