‹ Œuvres La jeunesse de FlorianChapitre 28 sur 63 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Fin dt ta captivité. Nouvelle inconstance impardonnable. Nouvelles querelles j nouvelle prison. Départ de Durango.

/\n bout 3'un mois, don Garcias nous crut asses punis et nous envoya chercher. J'écoutai avec distraction la morale qu'il me débita; je grillais de sortir de chez kd pour yoler chez Glaire. Jugez de mes transports en la reyojant ! Je ne fus pas couteau de la joie qu'elle fit paraître, je ne la trouvai pas

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assez yivef il me semblait qu'un amant qui sortait de prison devait faire tourner la tête de ramante qui le revotait. Je dissimulai cependant mon mécontentement; mais mon amour en fut refroidi , et une -vanité mal entendue lui porta le coup mortel. Un de mes amis vint me confier qu'il ayait entendu parler de moi à une demoiselle , de celles que Ton appelle dans les garnisons demoiselles comme il faut , et qui sont presque toujours comme il ne faut point. Cette demoiselle avait amèrement déploré l'aveuglement qui m'attachait à Glaire ; elle avait dit que j'étais fait pour prétendre k mieux , et mon ami me le répéta d'un air à 'me donner beaucoup d'amour-propre. Je voulus voir cette demoiselle, je la trouvai assez bien : je lui parlai; elle me répondit d'une manière peu équivoque; mon €unour tenait pourtant encore.

Malheureusement Glaire eut une petite fluxion sur les yeux , et la fluxion acheva de me détacher d'elle. Vous vous indignez contre moi, mon cher lecteur , vous avez raison ; hélas ! je rougis en vous racontant mon inconstance : ce quitte fâche le plus, c'est que j'aurai à rougir filas d'une fois.

Ckilpe fit quelques démarches pour regagner un cceur que je ne lui ôtais qu'avec des

remorcïs , mais layanité TemportiTsiir ces remords ; Claire avait beau m'écrire , Claire n'avait plus ses beaux yeux , et je ne répondais point à ses lettres : je me croyais disculpé en disant k Ësteyan que la Providence était juste, puisqu'elle faisait faire autan» de pas à mon amante abandonnée que ] ent avais fait dans le temps où j étais méprisé.

C'est pour que tout soit égal , m*écriais-je ; et j'évitais de rencontrer Claire.

Cette même Providence, dont j'admirais l'équité , ne me laissa pas jouir long-temps de ma perfidie : à peine j avait-il huit jours que je suivais ma demoiselle comme il faut , lorsque Ton persuada à ce Carlos , que j'avais provoqué en vain , de se laver des soupçons que son silence avait fait concevoir ; et Carlos , craignant le déshonneur, vint me rappeler mes vivacités et m'en demander raison.

J'allai au rendez-vous avec cet air d'assurance d'un homme coutnmîer du fait; je comptais réparer l'honneur de Carlos par une blessure légère ; mais à peine je fus en garde , que Carlos tomba sur moi comme un lion : en yain je crus l'arrêter en tirant à sa figure , qu'il avait fort jolie; rien n'intimida mon bra^e lad^iner' . saire , qui me fit une blessure en moins de deux minutes de combat. Cet échec me Jb>t d'aatant

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plus douloureux , que c'était en présence d'Es • tevan et de plusieurs témoins. Esteyan youlait prendre ma place et me venger : on contint son courage et son amitié , et Ton me reconduisit chez moi. De là je fiis transporté à rhôpital des élèves, et de l'hôpital en prison^ où don Garcias me tint six semaines : c'est quelquefois la demeure des héros, ainsi je m'en consolai ; mais don Garcias avait pris la chose au grave ; il me regardait comme un ta- {lageur , et il obtint un congé pour me faire aller chez mes parens mûrir msk tête. Je restai en prison jusqu'à l'arrivée du congé , et , quand je sortis de captivité , don Garcias me donna un cheval , me prêta deux piastres , ce qui revient à peu près à douze livres de notre monnaie , et m'ordonna de partir. J'embrassai mon cher Esteyan , je montai à cheval , et pris la route d'Avilas , dont je n'étais éloigné que de vingt lieues. ^

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