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mère qu'il n^ayait pas eu la satisfaction de connaître influa tellement sur sa destinée, qu'on peut dire, sans hésiter, que toute la gloire dont cet écrivain s'est couvert par ses ouvrages est due aux effets de cette tendresse si naturelle et si louable. En effet, si Florian sest attaché toute sa vie à mÊte passer dans notre langue les beautés répandues dans les ouvrages des auteurs e^agnols que nous ne connaissions pas ; s'il a puisé dans ces auteurs le genre même qu'il a cultivé avec tant de succès , celui de la pastorale en prose , mêlée de romances ; s'il a traduit et perfectionné la Galatée de Cervantes ;' si le poète Yriarte lui à fourni ses plus ingénieux apologues; s'il a fait une traduction nouvelle du Don Quichotte , et s'il se proposait à la fin de ses jours de donner au public l'histoire d'Espagne, qui nous manque, histoire qu'il était en état de faire, à en juger par l'excellent morceau qui précède Gonzalve , et qui est intitulé : Précis historique sur les Mau-
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res; c'est que, dès son enfance, il avait conçu pour les Espagnols une grande estime ; et cela parce que sa mère tirait son origine d'Espagne. 11 lui était doux de parler une langue que sa mère avait parlée. Ainsi la prédilection qu il eut toujours pour la littérature espagnole , celte prédilection, qui fait l'éloge de son cœur, lui ouvrit, sans qu'il s'en doutât, une carrière nouvelle , et devint la base de sa réputation.
'Le jeune Florian, après la mort de «on aïeul, fut envoyé dans une pension à Saint-Hippolyte. Il y apprit peu de choses; mais son esprit naturel, ses saillie»^ le firent bientôt remarquer; et les rapports avantageux que ses parens reçurent de ses heureuses dispositions les engagèrent à lui faire donner une éducation capable de les seconder.
Le frère aîné de son père avait épousé la nièce de Voltaire. On parla à ce dernier du jeune Florian, et des talens qu'il annonçait. Voltaire fut curieux de
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le voir : Florian fat envoyé auprès de lui 9 et sa première apparition dans le monde fat à Ferney.
Voltaire s'amusa singulièrement de sa gaieté, de sa gentillesse^ de ses vives réparties^ et conçut pour lui beaucoup d*amitié. On en peut juger par ses lettres à Florianet : c'était le nojA d amitié qu'il lui avait donné. On a dit, on a imprimé qu'il était son parent; mais il n'avait d'autre alliance avec lui que d'être le neveu d'un homme qui avait épousé sa nièce.
De Ferney, Florian vint à Paris, où on lui donna des maîtres pour cultiver ses talens naissans. Il y passa quelques années,* et, durant cette époque, il fit plusieurs voyages à Homo y ^ maison de campagne de sa tante, située en Picardie. Destiné dès ce temps - là au service militaire, il crut de son devoir d'en prendre Fespi'it : tous ses jeux n'étaient que des combats. La lecture de quelques romans de chevalerie échaufia
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sa tête, et les prouesses chevaleresques devinrent si fort de son goût, qu'ayant lu alors, pour la première fois, le Don Quichotte, qu'il a traduit; ensuite, loin de trouver cet ouvrage plaisant, il en fut presque révolté : il traitait Michel Cervantes d'impertinent, pour avoir osé attaquer, avec'les armes du ridicule, des héros qui étaient les objets de son ladmiration.
Comme sa famille n'était pas riche, il entra en 1768 chez le duc de Penthièvre, en qualité de page. On espéra qu'il pourrait par ce moyen achever son éducation, et obtenir par la suite un emploi honorable : mais l'éducation des pages n'était pas excellente; et, sans les ressources qu'il trouva en lui-même, cette éducation ne Feùt jamais fait connaître.
Le prince, qui surveillait sa maison, et avait un jugement assez sain , ne tarda pas à le distinguer de ses camarades. Sa franchise, ses plaisanteries toujours décentes, ses propos vifs ^t joyeux égayaient
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a lavare entasse ; elle est dans les plal- « sirs que le voluptueux croit goûter. La ce mort est la base et la fin de tout. Sui- « yez-moi dans le monde : contemplez €( ayec moi tout ce que le monde adore , c( et voyez partout la mort.
ce Ce grand de la terre qui , fier de sa (( haute naissance , de ses dignités , se « croit pétri d'un limon plus noble que €< le mien; ce grand à qui nous payons « le prix de ce qu'ont fait ses aïeux, et « qui ose regarder nos hommages comme « un tribut qu'il nous imposa le jour de (( sa naissance; ce grand doit tout à la « mort : il est son ouvrage, il tient d'elle c( seule tout ce qui fait sa fausse gloire.
« Qu'il ose produire les titres qui Félè- (( vent au-dessus de ses égaux! Chacun (( de ces titres est un bienÊiit de la mort.
« Sa noblesse ? elle est appuyée sur un c( monceau de cadavres : plus le mon- (c ceau grossit, plus elle devient illustre : c( un tas de poussière est le trône de cette « noblesse dont il est si fier, et bientôt
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« lui-même va devenir un degré de ce (( trÂne funéraire. Ses dignités? à qui les <c doit -il? à la mort, qui a enlevé ceux «cqui les avaient méritées. La mort a « moissonné ITiomme : le titre est resté , • «c et cet ambitieux le tient de la mort. »
c( Cet avare qui a cassé sa vie à dimi- « nuer ses besoins , qui a oublié que « Dieu ne l'avait fcit riche que pour souc< lager le pauvre ; cet avare est enfin parce venu k étoufifer la nature. Kaffireuse ce habitude de repousser loin de lui les ce malheureux l'a rendu sowéà à leurs « plaintes. Il n entend pas les cris de cet ce infortuné (jui lui demande du pain ce pour vivre encore une journée; il ne ce voit pas ces enfans affamés qui s^arrace chent le peu d^alimens arrosés de la ce sueur de leur père; £1 repousse cette ce jeune fille qui, poursuivie pai la m(isère ce et par le crime , vient lui demander un
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(c secours qui soutiendra son innocence.
«Bien ne llémeut, rien né le touche; « «on cœur féroce n'est plus capabled'ôtre « attendri. Il porte k son trésor l'argent • « qu'on voulait lui arracher, et Yy déc( pose, en s applaudissant de sa baiiha- « rie : il n'éprouve pas même un remords.
« L'humanité souffrante ne crie pas pour « lui; mais la mort seule n'a pas perdu « ses droits ; elle va l'attendre jusque « dans le lieu secret où il cache ses ri- « chesses. Le barbare est ému en €omp- (c tant son or : la seule idée qu'il faudra (c le laisser un jour malgré lui à d'avides « héritiers vient empoisonner le plaisir (c qu'il a de Fentasser. Il regarde en soucc pirant le yîl métal qiii fait le destin de « sa vie. Pour la première fois quelques (( larmes roulent dans ses yeux. La mort « seule pouvant faire ce miracle, la mort ce seule pouvant se faine entendre à lui; c( elle s'est placée au milieude ses trésors, « et lui a âné de là : £ouvien&<toi que m « es poussière I »
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Lorsque Florian eut rempli les fonctioûs^le page , pendant le temps prescrit, (on cei^sait de pouvoir les remplir à un certain âge ) il fat long-temps incertain sur le choix d'un état , et ses parens partageaient à cet égard son incertitude. Les uns lui conseillaient de 'solliciter une place de gentilhomme auprès du prince, prétendant que cette place ôf&ait un sort tranquille et sûr. Les autres, et son père était de ce nombre, désiraient qu'il prit le parti du service militaire. Comme il n'avait pas perdu lui-même ses idées ohevaleresques , il penchait fort pour ce parti. L'éclat de la carrière des armes lui paraissait bien plus séduisant que tous les avantages du poste sédentaire qu'on voulait lui faire occuper ;'et il disait assez plaisamment , au sujet de cette place de gentilhomme qu'on avait sollicitée pour lui, et qui lui était ofierte : «Il y a trop te long -temps que je suis laquais pour « devenir valet de chambre. »
Il choisit donc lie service; et fl efitra
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contribua pas peu à détruire en lui cette dureté de caractère et cette férocité de mœurs dont il était bien difficile de se garantir entièrement à l'école de Bapaumc.
Sa famille, dont il n'avait rien à atlendrc,résQlut alors de l'attacher à un hom me puissant, en lui procurant, presque malgré lui , cette place de gentilhomme qu'il avait d'abord refusée. Mais Florian voulait servir , et le prince ne voulait point auprès de lui de gens attachés au service.
Jaloux cependant de fixer les irrésolutions d'un homme dont il aimait la société, il se prêta de lui-même à aplanir les difficultés qui auraient pu contrarier les goûts de Florian. Il fut convenu que ce dernier aurait une réforme ; que, sans qu'il fût obligé de rejoindre, son service compterait toujours; ce qui lui laisserait lentière liberté de rester à sou nouveau poste.
Il se fixa donc à Paris, et cette vie sédentaire qu'il avait tant redoutée ne
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contribua pas peu à le lancer dans la carrière des lettres.
Cejfut alors en effet que, pour tromper Fennui qui le saisissait quelquefois , et dont il disait lui -même qu'il était fort susceptible, il e^aya d'écrire. Le goût qu'il avdt toujours eu pour la langue espagnole se réveilla : il se mit à rapprendre, et forma dès-lors le projet de traduire en français quelque ouvrage espagnol qui pût plaire à notre nation. Après avoir hésité entre quelques auteurs, il choisit Cervantes ; et , trouvant sa Galatéc intéressante , malgré toutes ses imperfections , il résolut d^en tirer parti. Les changemens heureux qu'il fit à ce poëmc, les scènes entières qu'il y ajouta , comme le troc des houlettes , morceau charmant du premier livre; la fête champêtre et lliistoire des tourterelles dans le second; les adieux au chien d'Elicio, dans le troisième, le dernier chant tout entier qu'il imagina pour finir le poëme que Cervantes n'avait point achevé ; les stan-
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ces naïves et délicates qu'il répandit sur tout Fouvrage, et qu'il eut Fart d^amener toujours dune manière heureuse , tout concourut au succès de Galatée; et le succès de Galatée décida Florian à se livrer à ce genre de composition, c'està-dire à rajeunir le roman pastoral j tombé depuis long -temps dans un discrédit absolu.
Il publia Estelle j et obtint un succès nouveau, dont il eut seul toute la gloire.
Estelle en effet est entièrement de son invention, et plaît autant que Galatée; il en est même qui la préfèrent à celleci*, d'autres, au contraire, se souvenant qu'ils ont connu Galatée la première, conservent pour elle une tendre inclination , et ne mettent pas sa rivale au-dessus d^elle : mais le plus grand nombre regardent Estelle et Galatée comme deux sœurs également aimables, et entre lesquelles il est difficile de faire un choix.
On ne peut cependant se le dissima« 1er, Flortan a travaillé Estelle avec plus
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de soin que son premier poëme ; il en a mieux conçu l'ensemble , il en â disposé toutes les parties avec plus d'art : les stances pastorales let les romances y font encore un meilleur effet; il n'est aucuuB de ces romances qui n^ait été mise en musique, et qui n'ait eu la plus grande vogue.
Il était naturel que le succès de Galatée et d'Estelle portât Florian à réfléchir sur le genre pastoral. Il fit un Essai sur la pastorale , pour prouver que tous les ouvrages dont les héros sont des bergers inspirent l'ennui et donnent envie de dormir, quand ils sont resserrés dans un cadre aussi étroit que celui d'une églogue ou d'une idylle. Sans intérêt, dit-il,aucun .ouvrage d'agrément ne peut avoir un succès durable : or est- il facile de mettre de l'intérêt dans une scène en- , tre deux ou trois interlocuteurs qui parlent tous de la même chofie^ dont les idées roulent sur le même fonds, qui viennent et s'en vont sans motif? l'églo-
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gue n est que cela. Un recueil d'églogues est à-peu-près comme un recueil de prcr mières scènes de comédie. Florian concluait de là qu'il valait mieux fondre l'églogue dans uu drame pastoral, à la manière de Guarini^ auteur du Pastqr fido, et mieux encore dans un roman, à la manière de Sannazar, auteur de VArcadie, et de d'Urfé^ auteur de YAstrée.
Il y aurait bien des choses à dire sur cette manière d'envisager la pastorale; mais une dissertation serait ici déplacée :
il suffira d'observer que si , à l'époque où Floriaw a écrit, il lui a feUu mettre le^ glogue en roman pour la faire supporter, c'est qu'il a écrit à une époque oii la manie des romans s'est accrue 4 un point extrême; à une époque où, pour se faire lire, les moralistes, les publicistes, les métaphysiciens, et (qui l'eût cru?) les historiens ont été forcés de faire eux-mêmes des romans.
Ce serait une -histoire aussi curieuse que piquante, s'il était possible de la
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faire, que celle des petits événemens qui ont porté les auteurs à écrire leurs différens ouvrages. On y verrait bien évidemment que lesprit n'agit jamais seul, et qu'il faut toujours que ce soit ou une passion ou le besoin qui le mette en jeu, et, tire de lui forcément ces étincelles qui font sa gloire. Ceux qui ont été liés avec Florian n'ignorent pas ce qui décida cet auteur à travailler pour le théâtre italien de préférence à tous les autres. II voulait plaire , et il fit les Deux Billets.
Aussi donna-t-il au rôle d'Arlequin une sensibilité exquise , qui fit le succès de l'ouvrage ; sensibilité qu'il lui fut facile ensuite de transporter dans ses autres pièces, où le même personnage agissant devait naturellement conserver ses premières mœurs. Ce rôle d^Ârlequin étant le plus original de la pièce des Deux Billets, on sent que Florian dut s'y intéresser. Arlequin fiit pendant long-temps son héros. II Ta représenté dans tous les états de la vie, garçon , marié, père et
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fils; mais, en lui conservant un peu de la baloufdise propre à ce rôle^il Fa rendu beaucoup plus aimable ^u'il ne Tétait auparavant, en le rendant et plus sensible et plus moraL
Non-seulement il faisait des arlecpins aimables, mais il les jouait lui-même en société , avec un talent qu'on eût applaudi au théâtre. C'était son grand amusement.
Tous ceux qui l'ont vu jouer chez M. d^Argental n ont pu oublier avecquelle grâce, quelle finesse , quelle sensibilité il remplissait ses rôles : mais il ne pouvait jouer que sous le masque. Il était acteur médiocre à visage découvert.
Le genre du théâtre plaisait beaucoup à FLORiAN-jil l'eût cultivé davantage, s'il ne se fût aperçu que cela déplaisait à son protecteur, n le suivit à la campagne, et profita de la solitude où il se trouvait pour composer ses six Noui^elles.
Il voulut entreprendre ensuite un ouvrage plus important, et choisit Numa.
Il était si content d avoir trouvé ce sujet,
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qu'il s^étonnait que personne ne s^en fdt emparé : quelle que soit la manière dont il l'a traité, on ne lui a pas rendu assez de justice en France. L'étranger Ta accueilli beaucoup plus favorablement. Il a été traduit dans presque toutes les langues de TEurope. Le personnage de Zoroastrcjqu'il y a introduit, a paru un peu déplacé. Un de ses amis, à qui il confiait non-seulement tout ce quHl faisait, mais encore tout ce qu'il voulait faire, lui avait conseillé de choisir de préférence Pythagore, qui, malgré Panachronisme , contrasterait moins avec Numa, puisqu'ils habitaient le même pays. Florian convint qu'il avait raison ; mais il dit qu'il ne connaissait pas assez Pythagore pour l'introduire dans son ouvrage, et qu'il préférait un philosophe dans la peinture duquel son imagination pût faire tous les frais, H s'en repentit dans la suite.
Il est inutile de parler de ses autres ouvrages^ ils sont entre les mains de tout