DE MONSIEUR DE BUFFON
Ce 2 5 décembre é
La douce, raîmable, l'intéressante Estelle à suspendu mes maux : l'intérêt qu'elle m'inspirait me faisait désirer d'arriver à la fin de chaque livre , et cependant je regrettais d'avoir un plaisir de moins à espérer. Mille grâces soient rendues à monsieur de Florian , de m'avoir procuré de si doux momens au milieu de mes souffrances. Quand ma santé sera meilleure , je le prierai avec instance de venir recevoir mes remercîmens et l'assurance des scn« timcns qu'il m'inspire.
ii44 l:ettre a m. gessner,
LETTRE
A MONSIEUR GESSNER; Eh lui envoyajnt des pièces de théâtre.
Paris y ce 3.o jain 178$/ JMoNSIEUR,
Pardonnez-moi si je vous importune souJ vent ; cçla vous fait peut-être un peu de peine, mais cela me fait grand plaisir; et comme vous êtes sûrement le meilleur des hommes , je risque de vous ennujer tant soit peu pour m'amuser l)eaucoup. J'éprouve une très-douce joie à voua parler de ma vénération pour vous, de mon amour pour vos charmans ouvrages, de Tétude presque continuelle que j'en fais pour former mon cœur et mon stjle. J'aimerai^ tant à passer pour votre écolier! mais je suis loin de cette bonne place , et ma pauvre Galatée , toute riche qu'elle est sur les bords du Tage, n'est pas digne de posséder un petit troupeau dans les montagnes de Suisse. Elle ne serait plus jolie auprès de vos bergères, et lorsqu'elle voudrait chanter le printemps d'Espagne , Daphnis
LETTRE A M. GESSNER. i45
se ferait mieux écouter en chantant une belle matinée de janvier.
Quoi qu'il en soit , monsieur , j'ose vous envoyer un nouvel ouvrage ; ce sont des pièces de théâtre ; puissent-elles vous amuser un instant! Arlequin a un ton de naïveté qui doit vous plaire y et je lui ai bien recommandé de prendre une voix douce et tendre , et de vous adresser à vous , de ma part , tout ce qu'il dit de tendre à sa maîtresse.
Monsieur et madame de la B. . . . /qui vous remettront ce paquet; , se font ^ne fête d'avoir rhonneur.de vous voir. Leur cœur en est digne , ilsi chérissent vos ouvrages comme vous chérissez la belle nature. Parlez-leur beaucoup , je vous en prie , car ils n'oublieront aucune de vos paroles , et ils m'ont promis de me les rapporter toutes. J'attendrai leur retour avec bien de l'impatience, pour leur demander mille détails sur \ous , et pour être siir que vous recevez avec un peu de bonté les assurances du respect si tendre avec lequel j'ai l'honneur d'être , etc.
Permettez-moi de me rappeler au souvenir de votre ami monsieur de W. . . . , et de lui répéter ici combien j'ai trouvé trop court le scj[our qu'il fît à Pari».