‹ Œuvres. Le notaire de Chantilly. Le médecin du Pecq. Le dragon rougeChapitre 11 sur 21 · e courbant, ondoyant , se rclovanl, SLiubiaienl do · texte numérisé non relu

e courbant, ondoyant , se rclovanl, SLiubiaienl do

1 > tout h coup changées en lubpicrs ; Vichnou les amt

■ j>§ planlf^, toutes ce» fleurs respiraient dans Talrnosphèro oui ! * - ' qui b'ur taisait une patrie commune au milieu de laquelle

( sa beauté ptirticuliere» Cétaienl des infl^^uons de liges

t;. -.. ]c<^ir (L s. j.r.nions vapon^uï et voilés comme la pu d»'ur,

- ei chercbant unt* main j*our b-s pn-ndre; lês en sonnettes ^ agitant leurs ^^nt hères

des bjuqu' eVlaient d comme do pc^iiis morieaui d*or ; d'autres corolles, iurlinées sur leurs

](^'< . vives, sveltes, ailées* ligiiraienl des colibris pri^^ls h sVnvoler; re, pourprées ou paies, mélancolique^ ou caquettes^ ayant M* et une voii»

lie chaque elimaf cdatait auleur de Caroline par des for-

V es que î a langue d'un payi^, qi»r inlr<H.'S sïi IIS ombre, le latanier i iidis que, plus loin* les arbf teui's feuiUëïi r me; le zamia i^ -lin -.11 jp.- luijvn sarré- Oit'un Il îamia* ot réqmpaj,ïe vr^i i l -.

e^t iteuf" 1»-' '1'^ ii.iitv.i , . , . . ' mis p*:*!!!

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i!?s soupirs, pour ces fleurs

Ni Utk'. lii nuii, ^i qui 1 tipptjbient do leurs parfums quand fioiir lire,

1^ pour les respirer doucement; eUe va, de ces

j huiaiTo de relle'^ du rk], qui sont peut-^lre

^ ^'^gouiléessur des

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qui lui refir®, les fe*

On eût pu la voir ensuite aller de place en place s'asseoir un instant sous chaque ombrage, et essayer do toutes les suaves exhalaisons de la serre afin do dilater sa poitrine, où se posait sa main. Sa tête, rt^veuse et triste, balancée sur ses charmantes épaules, penchait ainsi qu une floor à qui i*oau a manqué tout un jour dëte. Enfin elle se repo a sous un bel orançcr de Naples, re«?ardant iixemcnt devant elle, suivant le fil d*inie pensée qui parlait du fond de ses yeux et allait jusqu'au ciel. Sur ce chemin idéal, son flme montait et descendait; mais, a chaque voyage, éO» abrégeait le retour. Le ciel l'attirait davantage.

Après avoir inutilement cherché une attitude de renos, ses bras, sans force, fléchirent et fiendirent le long de sa robe blanc-he, nouée par one eeinture noire, sif;no do deuil qu'elle n'avait pas cm devoir refuser à la mémoire do M. ('tavier. Ainsi brisée, elle parut plus immobile que h» plantes à travers lesquelles elle se dessinait.

Caroline demeura une h«ire entière dans ce repos ; sa figure d'albâCrs 8*anima ensuite doucement ; elle sourit comme étonnée do l'heureuse kléa qui lai naissait spontanément. Etait-KX) un espoir? ctail-ce une voix qu'elto avait entendue? Caroline se lova et se dirigea vers les panneaux vitrés de la serre qu'elle abaissa l'un après Tautn», sans en oublier un seul.

Caroline se trouva enfermée avec les fleurs.

Ayant repris sa place sous l'oranger, elle s'aperçut sans frémir qu^elle avait sur sa tf'to un groupe de manoenilliers, arbustes funestes que M. Gavier avait été plusieurs fois (enté d'arracher.

Bientôt uno chaleur pénétrante, pareille à celle d'un bain do vapenr» remplit la serre déjà échauffée par le soleil de la matinée. Le lan, dont le parquet était couvert h une profondeur de deux pieds, s'ai tiédit et fuma» Aux carreaux s'attachèrent des vapeurs blanches; et bientôt s'opéra une dilatation puissante dans le tissu, dans les feuilles et les fleurs de» ar^ bustes exposés a l'action d'une température élevée. Des camélias s'épanouis-aient; des pétales d'orangers tournoyaient et voltigeaient dans I espace; des ff^uilles se distondaienl et cliquaient. Le symptôme le plus évident de l'absorption de l'air atmosphéri'ino par les porcs des plantes so révélait par la suralwndanco d'odeurs répandues dans la serre, qui s'alourdissait de paKums.

A la faiblesse morale qu'avait éprouvée Caroline avant la clôture de» panneaux, so joignit chez elle, dès que cctto imprudente résolution eût été accomplie, un anéantissement physique qu'elle no tenta pas de secouer.

Caroline s'fissoupit peu h peu; ses paupières descendirent sur ses joues envahies par la pudeur du sommeil; on rôt dit qu'elle renmail les lèvres, et un peu les doigts, k mesure que ses yeux ne s'ouvraient plus qu'avec peine.

D'instant en instant cependant la serre se parait do mille fleurs écloses à cette chaleur fécondante; plus lustrées, plus vertes, plus humides, les feailles se (i'TOuIaient. Caroline n'eut bientôt plus assez de force pourapr puyer sa ti te contre l'oranger ; elle glissa, manqua d'aj^pui ; son épaula seule rempf'clia d'être renversée sur la caisse. Et son assoupissement aug* mentait; sommeil doux et vénrnrux qu'il était déjà peut-t^lre déjà trop tard pour rompre. Ses yeux, sa bouche, ses liras n'avaic nt plus aucun iBOUvemvnt; mais, commo si un oisi'au invi<ihle l'eut ofllcuréo de son aile, une ombre, un gaz courait sur son visage (|ui n'était pas encore mort, nwis qui n'était plus vivant. Adieu I pille et belle cotntossede Mei- Ihan, descendante do princes, au noble sang, de noble race; tuée dans tes parens, domestique ensuite, et puis aimée. — L'amour, co qu'il y a de plus jo}'eux dans ia richesse, ce qu'il v a de plus consolant dans la pauvreté I — El cet amour, ton amoiir, C^iroline, souillé, df'^couvert, maudit^ déchiré par une inf;:me et un ré^iicidel Adieu I... pauvre mfant qui a vécu un jour. Ainsi s'éteignent donc les races, mon Dieu, qui les voulez d'abord puisbanies, dominatrices, mallro-ses du monde, qui les laisses se

LB SOTAIAB ]>E GHAUTILlilb 175

dire iaûniesy étcrnellos comme vous ; qui cassez ensuite sur leurs châ* teaux et les pulvérisez ; sur leurs noms, et la mémoire la plus invineible ne les sait plus jamais; et enfin qui, après Tavoir porté triomphant de race en race, reléguez ce germe dams Tame aimante, débile, passionnée d*une enfant, et d une enfant que Thaleine des fkurs va tuer.

Pas un crif un effort, un regret, pas un retour h la vie I Sa robe trace de longs plis de ses genoux à ses pieds; ses bras plongent droit vers la terre, et ses beaux doigts effilés n'ont plus de sang. Son âme est au milieu de ces parfums qui Font aspirée. Caroline est morte, asphyxiée par les fleurs; mort douce, douce comme sa vie ; la jeune, la blonde enfant » âTait retenu, pour le tourner contre elle, le précepte de M. Clavier : — Nous ne pouvons pas vivre avec les fleurs, mon oniont; il faut que nous les tuions ou qu'elles nous tœnt.

Et les fleurs Font tuée.

En partant de Chantilly, Victor avait laissé des ordres précis et dé^ taillés aux domestic^ucs , comptant peu , avec raison, sur la liberté d'esprit de son beau-frcre pour veiller aux préparatifs du dîner auquel il avait invité les paysans.

Aussi ce fut ï Tinsu de Maurire que deux tables de quarante couverts furent dressées dans une allée du jardin , et ^u*elles se parèrent , sans oraindre riacortitudo du temps, d^ine sérénité rare depuis le malin, de tout ce que Téléganco du linge et de Targcnterie a de ciMisi.

Les habitans no savaient que penser de ces apprôts , très difficiles à cacher dans un bourg qui n*a qu'une rue, et de plus en plus inconvenans à mesure que les événemens de Paris se rembrunissaient.

Gomnao un pâtissier en bonnet de coton ne sort pas sans commentaires d*une maison encltvéc dans une localité au desr^us do deux mille âmes^ trois pâtissiers allant et venant . pour le compte de la maisi>n Maurice, avaient ouvert les écluses aux interprétations. Les propos débordaient.

— Tue-t-on le baiif gras, ou le veau, chez lui?

— Voisine, on peut tout supposer : j'ai vu deux pâtissiers.

— Vous vous trompez : il y en avait trois bien comptés; tout œ que Ghanlitty peesède en pâtissiers.

— Je ne dirai pas non. C*est comme des melons : il en est entré un chargement* Pourtant» i*en ai marchandé un hier; pas moins de trois francs» Ib aont au feu.

-^ Et mon mari qui sort du café , où il a entendu qu*on commandait quatre-vingts demi-iasscs de café avec ou sans crime.

— iCle»-vous bien sAre de ça, voisine? C'est que quatre-vingts dénotasses de café, cela entraîne autant do petits verres.

— Si j'en suis sûre I Vous n*avcz qu'a rester à votre croisée ; vous vous ooovainefez par vous-m( me si je mens ou si je dis vrai.

—> Il 7 a, Il Idut le croire, quelque baptcme sous roche.

— liais baptême de qui, de quoi, voismc? il u y a point de nouveau*né dan» la maison.

—«C'est donc un mariage?

— Pias davantage. Il n*y a qu*un ménage , et la noco est faite depuis long-temps.

—Bien sûr ce n'est pas un enterrement.

**Ceat 11 ieter aotrs langue aux chiens, voisine.

— Oue voulez^vousl on ne sait plus rien dans ce pauvre monde.

«* ttélas 1 vous parleae comme TÊvangile, voisine ; il n*y a plus rien à

brouter pour la langue d*un chiéfien. D faut que le monde soit Uen mé» cbant pour tant se cacher.

Dieu eût pardonné k la médisance si, euToyé par lui à ChantlUj, son tnge eût découvert seulement huit maisons dont les croisées eusseni élé fermées en ce moment; seulement trois, seulement une.

n n*en était point oh ne parût un visage curieux ; et, parmi ces risagos, il n'en était pomt dont le rayon visuel fût dirigé ailleurs que sur la maison de Maunce.

Maurice était étranger à ce qui se passait chez lui. H jetait à oui les voulait les clés des armoires et du caveau , trop heureux de se laisoer voler, au prix du ropos dont sa pauvro tôte avait besoin. Souvent il se surprenait , écoutant le cliquetis de Targenterie et le grincement des aasiettes, no s'cxpliquant qu*après longue réflexion la cause de ces préparatifs gastronomioues.

Reprenant le ûl de ses idées, il murmurait en marchant :

— Déjà une heure que Victor est parti ! roviendra-t-il? Ohl noo ! je ne le crois pas. Et quand il reviendrait I ne m apporterait-il pas quelque exécrable faux-fuyant pour éterniser mon désespoir? Mais cette fois fl s'abuse ; mes juges sont ici ; de Tor pour eux ou le suicide pour moi. Et qu'il ne me trompe pas d'une heuro, car j'ai des armes sûres et qui n'attendent pas!

Le chef de cuisine entra.

— Monsieur !

— Quoi? que me veut-on T

— Divisera-t-on le repas en trois services ou en deux?

— Que dites-vous, et qui ôtes-vous?

— Je suis le chef, monsieur, et je vous demande s'il y aura deux on trois services à votre dîner ?

— Mille! s'il le faut.

— Et combien d'entrées ?

— Tant qu'il vous plaira.

— Comme j'ai deux belles carpes, je crois que nous pourrons nous pas^ ser de turbot ?

— Passez-vous de turbot.

— Mettra-t-on huit ou douze poulets à la broche?

— Mettez-les tous !

— Do quel vin boira- t-on?

— De tous I Laissez-moi I

Proûtant de la munificence de Victor, les cliens avaient envahi les principaux hôtels de Chantilly. Amateurs des beaux points de vue, plusieurs d'entre eux , installés dans Taffréable hôtel de Bourbon-Condé , s'étaient placés surie balcon de fer qui s avance, poudreux et rouillé, sur la grande route, et domine les premières avenues de la forêt. De son cabinet, Maurice les apercevait, adoucissant les ennuis de l'attente par des petits verres de liqueur et des cigares. Ils semblaient occuper le bourg par suite d'une invasion, et le tenir en gage jusqu'à l'acquittement de sa rançon.

Les premières heures leur furent douces.

Ils s\mparèrent des billards qu'ils trouvèrent vacans, des tables de jeu, et enûn de tous les instrumens de distraction que fournit le pays le plus lainéant de la chrétienté.

Les enfans et les femmes allèrent se promener h âne dans la forêt et dans des chars-à-bancs do louage, Victor n'ayant interdit aucune sorte de plaisir.

Maurice dévorait son cœur sans relâche en comptant les minutes qui le séparaient de la nuit. Ces paysans marchant autour de son habitation lui produisaient l'effet d'un peuple impatient d'assister k son exécution remise au coucher du soleil, ils avaient acheté le droit de le voir mourir pour son crime. S'il s'éloignait du ^wctacle désolant qu'offrait cette mul-

LE ISOTÂIBE DE CHiNTlLLT,

litude do diens dont j

gination inouille, ïrs luairis

n n'était perdu pour son regarda de qiiel4|ue cOt<-^ qu'il le diriçeAl sur retendue plane de k pelouse, il n*évit^it p^s la faiiUsi|U€ siilefiuii^ï du repas. 11 no pardonnait pas à la fi^tueyse raillorio des Û^mlwaus , drs porcelafnes, des Haçoiis , des cîistauï dont se Cliar* goiirnt dfui t fi blés démesurées î dérision pour son caur attristé,

f] r tKiur la vingtième fois au fond de sa retraite , maudl^^nt

rirnj : HrinbiUlé du temps» eiéerant un soJeU toiuours k la mt^nie

place, rjUAiiu un liL^mme, vCtu de deuil des pieds à la telei entra h pa^ Ï€BU dans lonibru de son cabinet, s'avança vers lui, et Tappela d'un ton faîMe 1

— Maurice, ne me reconnais-tu pas?

— Mes Lefori ! mon omi 1 Cette pâleur, ces habits!.. . Jules, tu pleures 1 naaia lu pburt-s î Diâ ! — Ini aussi K., — Qui t'a-t-an tué T

— Ml fi'innn^l llorlenseost rtiorie; morte foïie dans mes brasî me dejn&ml I . pardon I sans pouvoir être dissuadée qn*elle n*avait commis ai utc, A genoux près de son Iit> mes lèvres suppliantes sur fkon intni , lui tennnl son corps des^kié et convukif sur ma poitrine , je lui ni raiîït^înf^rH protesté, par mes pleurs, par mes paroles, qu'elle était

- remords m'outrageaient ^ me faisaient mourir ; eJlo .. :■ r souffle, maigri* langui, souffert en murmurant :

' sous l'horrible poids d'une accusation que son ima* is oreilles; et son cadavre, Uaurice, est resté âgej* un les, pour rétemité»

— Malhcurf^Uï Julr-s I Et Dieu t'a laissé seul sur la terre, comme moi, La o^Rinie t\i lait veuf , et moi , la honte ; ma femme a assassiné la tienne; deux amis étaient frères dès renfance, et ruii est presque k liourreau de Tautie î iMaudis-moi 1 maudis-moi 1

— Jiî n'en ai pas la force , Maurice, Vois ce front que quelques nuits mil blanchi ; ce corps que le mal a brisé ; à peine aurait -il la puissance éB se btbser pour ramasser une épée» dés aeuT que la vengeance jette* ntt I tnm pieds.

— ^ A cjwoi bon une épée maintenant , Jutes? L'homme dont reiistenco ptoiégnait les haines lti mine lies de ma femme a été frîippé mortellement es malin d'une baïje. Je crotrars h une justice t elle aurait pu être plus amsplète cependant. As-tu reçu ma lettre? Qu'en as-tu fait, Jules?

— Je Tai brillée,

— ' ^ff^e , comme j'abandonne la France» One tombe et un mîêsxt .^.^.. i le laissés. La tombe restom en Europe; reniant ira en Ainédftie : je l'y enimène avec moi. Un vaisseau m'attend au Havrsi où jt vus m'embarquer*

<— Jute«, je t*y suisï le vouï*tu? Fais-moi une petite place dans le corn de lots vaisst.'au; que dans trois jours je puisst; monter sur le pont et ioîr la France comm*.* un flocon d'écume à Hiorizon I Sais^u que je souffre liniT sais-tu qu'au moment où je te parïe, je monte en idée les mardiot do réchafaud où Ton boucle au cou les banqueroutiers ? Soutiensai09« ittlûs î on me regarde , on me déchirf^ I Oh î cm mène-moi 1 sauvemoi 1 Que je ne voie plus le hideut fanttVme de ropinion passant et rsfitsntit m\m ma femme et moi f Plus de Victor non plus î La uïlt, la gnnio mer! ses tempêtes, moins terribles que celles des hommes I

— Comme Je le retrouve, Mauricoî Pauvre amîl Viens donc, viens I RKriî Entras eosemble dans le monde, nous en sortirons le m^fne jour, 1at»4nl deux cidiva's derrière nou5 : une femme aasoâiîoé^^ une femmel «** Nooi étioiis lions pourtant; qu'avons-nous fait pour mériter cslà? Enfartaouji ta passa : oui I mettons; des mers entre notre dii^tinée d*iiii an «( notre e£&stenee nouvel le« Partons ; ne regardons pas mt^me Paris dont Viltreiis TOJsini^ cûmmunique tant de pas&ioRi , tant de sordides pre-

HT.'*! il

178 Lfr IfOT^nE DE CnAIITILLT.

jets, Paris qui brûle à celle heure, et que nous verrons éclater peut-^lio en passant.

— Oh ! je te reniercîo, Jules, de m'occepter pour ton compagnon d*exil. Nous ne nous séparerons donc plus I Ta tille aura deux pères pour l'élever, pour lui faire aimer sa more , en lui disant, toi , sa bonté, sa ten-> dresse, moi, ses malheurs. Nous nous attacherons h. cette enfant qui nous rappellera tout ce que nos mariages ont eu de serein et d amer.

Les deux amis se pressaient aii'eclueusement, plus forts contre la manK* vaiso destinée depuis qu'ils étaient réunis ; plus courageux désormais pour tenter une existenar nouvelle.

— En quelques minutes je suis prêt ; à l'instant m^me si tn le veax , JuIcb; car je n'emporte rien. Vienne la justice, elle reconnaîtra (jae je ne lui ai dérobé que mon corps, lui abandonnant tout : mes propriétés, mes meubles, la table sur laquelle ma sobriété n*a jamais éié blessée d*im luxe coupable, le lit où mon mariage n*a été qu'une longue insomnie.

— Monsieur, demanda tout a coup un domestique importun, ] t-on le café dnns le jardin ou dans le salon ?

Un regard de Jules trahit son étonnement ; il semblait dire : H y a doue fête ici?

— Où vous voudrez ! mais , au nom du ciel, ne me persécutez ^us d» votre repas I

— Un repas I Maurice ?

— Oui, un repas I une superbe Wte ! les invités attendent. — hdee !• une superbe fête , te dis-je , comme le pays n'en a jamais vu depuis les princes de Condé. Quatre-vingts couverts. Pour peu que tu en dentés j viens I regarde I Table mise , Champagne au frais, melons h l'ombre. Onprendra le café sous la tonnelle. Ou je raille ou je suis fou» pensee-tu?^ Mais, tu le vois, je ne raille pas : — Je suis donc (ou !

— Je le croirai, Maurice, si tu no m'éclaires sur-le-champ.

Ayant fait asseoir Jules près de lui, Maurice déroula , dans on épanchemcnt qui le soulagea autant qu*il surprit son ami, les douze oa treize mois de sa résidence à (Chantilly, n'omeliaiU aucune circonstance, relative à SCS tribulations domestiques et à ses anxiétés do notaire , bénien sont au contraire une occasion si rare pour lui d allégée sa conscience oppressée.

Quand Maurice eut achevé, Jules Lofort lui dit :

— Tu ne peux plus partir, Maurice. Ces gons-lh, d'après ce que tu viens de m*apprendre sur ton entrevue avec eux, ce malin, no sont plus tes convives, mais tes ennemis, tes espions, tes gardes.

Je les connais mieux que toi, mieux que ton beau-fr(^ro surtout, fine trempe d'esprit à qui je permets do duper des banquiers et des propriétaires; mais des paysans, jamais 1 des iermicrs, impossible!

Ils te gardent, te dis-io I Echelonnés sur la grande route et postt^ aq-tour de ta maison, ils t'épient; il font bonne sentinelle derrière ces arbi0S. Sors I tu es arrêté.

— Y songes-tu? tu m'épouvantes! Sais-tu que la nuit approcha et qu'A' n^ a plus de délai h espérer, passé huit heures? que mon beau-frère n'arrive pas ? Pourquoi no pas fuir, Jules ?

— Renonce ^ ce projet, Siaurice ; mais puisque tu n'es pas convainca do l'espionnage oà tu es resserré, place-toi h celte croisée et commande k ton domestique d'atteler ta calèche. Examine ensuite ce qui se passera. Maurice dit au cocher d'atteler.

Quand les ordres de Maurice eurent été ponctuellement exécutés, la pelouse, déserte un instant auparavant, fut foulée par h peu près tous les cliens do Maurice. Ils s'élançaient , comme des nirondelles , des nombreuses avenues de la forêt; et, avec une indifférence affectée, ils se dirigeaient vers la calèche de Maurice. Ils formèrent bientôt im rassemblement à la porte du jardin.

LB'ROTAIBB DK CB&lfTILLT^ 179

*- Ta avais Taison, Jules : ces gens m*épiaient ; je leur suis suspect : ils m'enveloppent de leur surveillance ; ils ont perdu toute conflanoe on iBOî. Je ania en prison avant jugement. Hélas! non, je ne partirai pas, Jules; mais toi?

— Je resterai , Maurice; j*assisterai h ce dîner c^ je prévois que ton lieau-frère ne sera pas ; je suis connu de quelques uns de tes cliens ; peutêtre ma présence attirera sur toi quelque considération. C'est nn rude passage h franchir; mais il ne sera pas dit que je t*aurai abandonné à rtoire du péril. Te voilà déjà sans vie; do minute en minute je remarque que tu blanchis comme un cadavre. Ânime-toi. Pour la foule, Maurice, la* pâleur, c'est le crime ; c'est plus que le crime : c'est la lAchelé.

Ehfln la nuit vint; il fallut que Maurice descendît au jardin, et se montrât à ces gens chez lesquels l'irritation de Fat lente avait réveillé les susceptibilités chagrines do la matinée. Loin des pièges oratoires de Victor, livrés à leur lourd bon sens, avocat et notaire outils no consultent jaaiais en vain, les cliens avaient cherché la cause véritable des incidens entre lesquels ils étaient ballottés; slls ne l'avaient pas découverte, ils s'en étaient singulièrement approchés, et, à vrai dire, la léte dont ils étaient les héros ne se présentait plus aussi naturelle à letir esprit. Leur inquiétude no cessa pas quand ils remarquèrent que I/onide n*était pas là pour présider un repas commandé pour honorer sa f@te. Son absence ks piéoccupa fikheusement pour Maurice, qui dissimulait avec peine son malaise sous les luxuetix habits dont il s*était revêtu.

On se met à table.

Jules Lefort s'assied près de Maurice. Sa O^rc grave se détache comme un beau marbre au milieu do ces types de visages rustiques.

Deux tables do quarante couverts furent envahies par lea convives ; hommes et femmes se rniHèrent sans égard aui noms placés sur 1^ as- SkÊHm, Getle littérature de table fut perdue. Pendant quelques minutes rendooliaaementdu potage protégea la contrainte de Maurice qui oubliait de oéplier sa aerviette.

-«> ilaiirice, loi dit Jules, mange doiM?; no sois pas si distrait

Maurice se versa à boire au lieu de se servir du potage.

Son geste fut considéré comnio un appel par les cliens qui remplirent littt venea et le saluèrent.

Agissant à contre-sens, Maurice prenait deux cuillorées de potago tan- 4ie qpk'oB le saluait.

iaaaiiéa était admirable de calme; Tair était sans fraîcheur, et son soirfBe n'agitait même pas la flamme des bougies.

■Mriee ne Uiase pas écouler une minute sans se toumor vers la porte pour voir si son beau-frère n'arrive pas; et, lorsqu'il se surprend dans cette diatcaotion trop marquée, il verse aussitôt à boire à profusion» à lleie» venet : il répare ^uchement une gaucherie.

^» iÈor'û Mi bon kU dit une voix.

— vous avez raison, répond une autre voix : une Journée d'août.

— Bon pour nous, reprend-on plus loin ; maia pour ceux-q^i eont à Bna, h îauinée n'est pas ausâ belle.

L'observation rend les visages soucieux ; labeêleîUaQossaàrinataiill de sortir de son centre de repos.

Mâsunant la penle péciileiise des propos entamés». llaiirieee|>àre une dîeerni pRHnple.

— Allons, BManeui», do ce melonl enoore une tranche là-bas; ils flOBi dfntt goût exquis cette année. Mais buvez donc; on boit aveo le

Sonf lenenvelle le medèrel dames n'ont pas de madère, je crois.

— Pardon, monsieur; nous no nous oublions pas»

ISO LS HOTAIBE DB CBillTlLLT«

— Le madère est le lait des jeunes villageoises, proclame tout haut im marchand de porcs.

— Et TOUS avez raison; versez-m'en, ajoute un voisin, quoi^e je a» sois pas une jeune villageoise.

— J'aurai cet honneur.

— Ah! monsieur Maurice, tant de complaisance.

— Bien ! Maurice, ferme ! lui dit Jules.

Mais, pendant qu'il verse du madère, Maurice entend la cloche da château de Chantilly qui sonne la demie de huit heures : un trembla» ment nerveux le saisit ; il lui est impossible de remplir le verre qu'on Un tend.

—C'est du vin de ton père, Maurice ; on s'en aperçoit è ton agitation.

— Un vertueux père, afûrme-t-on de toutes parts sur l'observatîott da Jules Lefbrt.

Sans s'arrêter à l'émotion do l'hôte, chaque convive avoue tacîtemeot qu'il est difficile de ne pas avoir eu un vertueux père quand on a leça da lui en héritage d'aussi bon vin.

— Ahl monsieur Maurice, cette truite est vraiment exquise.

— Tant mieux : revenez-y, monsieur Lambert.

— Il est fâcheux, dit M. Lambert en se bourrant de truite, que madame Maurice ne soit pas ici pour y goûter : c'est un manger de femme.

— Je vous remercie pour elle, mes amis; mais je vois des verres à sec Ih-has.

— Est-ce qu'cUe ne viendra pas?

— No la verrons-nous point?

^ Sa place restera-t-elle videt Vingt autres font même question.

Avec un sourire de reconnaissance, mais des plus forcés, Maurice b^ gaie, en ayant l'air d'être absorbé par le service : — Mais elle ne peol tarder, elle m'avait promis pour huit heures t — Huit et deniîe, il n y a rien de perdu encore , et surtout si les communications ne sont pas libres; vous comprenez. Vous servirai-je de ces pieds truffés, mattie Leloup?

Avec pbisir, monsieur Maurice.

— Toi, là-bas, du coin, en veux- tu? M. Maurice t*ofIre des pieds truffés.

— Avec ça que c'est un bon métier que celui de notaire I remarque, en savourant les jouissances matérielles qu'il en fait évidemment dé* pendre, un convive séduit par l'abondance des entrées, l'inépuisable suecession des entremets, et la riche collection des bouteilles de vins difllé* rens.

— Tu voudrais bien entrer en apprentissage dans ce métier-Ut?

— Est-ce que c'est donc bien difficile? s*informe k tête basse , è ^roix. basse, l'oreille pourpro, Tœil diamanté, le premier interlocuteur du se* cond.

— Ma cabodie me dit que non. Un exemple. Tu as de l'argent; tu es Deurdes loups chez toi; vite tu le portes ici. On te donne pour çioeol francs par an; estrce vrai?

—Sans doute.

<-* Eh bien, moi qui n'ai pas peur, mon vieux Robinson, que les fouines me rognent mon or, je viens à ta suite, et je demande au notaire, — comme qui dirait M. Maurice ,— quinze cents francs, deux mille fraaos» n'in^KMTte, ou plutôt la somme mie tu as portée toi-même. Sous gmrantie, il me la prête, et je lui banle deux cents francs : c'est cent frênes qu'il a récoltés dans la journée. Ton argent vient dans ma main : voilà tout.

-*Bon I c*est Qi le métier?

— > Parle plus bas, Robinson. Oui, c'est là tout.

— C'est âicile ; mais comment se passer de DOtaire I » Nigaud! Faut être riche ; l'es-tu?

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