‹ Œuvres. Le notaire de Chantilly. Le médecin du Pecq. Le dragon rougeChapitre 12 sur 21 · NOD · texte numérisé non relu

NOD

«Ni moi non plus. Posons que nous n'ayons rien dit. Passe-moi ce rôti.

Robinson fut tout à coup un autre homme ; il attacha sa vue perçante sur Maariœ ; il ne Tavait que resardé jusque-là ; il fut entraîné à Tétudîer. Le saint-esprit des affaires descendait en lui.

— Mais sais-tu qu'il n'engraisse pas a?ec cela ? S'il gagnait autant que tu le dis...

RolHDSOn avait parlé un peu trop haut ; il fut entendu du conviye de face.

-«Faut croire, ajouta co convire silencieux jusque alors, qu avec cet argent, — dont m'est avis que vous avez nettement désigne le nid, — M. Maurice fait des marchés qui ne sont pas toujours heureux. Tout le monde n'est pas aussi honnête que nous.

— Ceci est clair ; et j'en conclus , reprit un hdte exilé au bas bout de la table, que le patron doit é()rouver de fameux coups de vent , quand, le lend^ain d'une perte, oa vient chez lui reprendre ses fonds.

Le dialogue était vaste : il y avait place pour chacun.

Un autre intervint judicieusement pour dire :

-^Re|>rendre ses fonds! Pardienne! tout iusfe comme aujourdliui: |MS bfôoin d'aller si loin. Nous sommes tombés au mauvais moment ; nos fonds voyagent.

Comme liés par une traînée de poudre, les intervalles se comblaient. Les deux moitiés de la table mordaient à la conversation : on buvait ; on comprenait mieux; i'instant lumineux rayonnait sur le uront dos cliens. Od buvait encore on parlait davantage.

De moins subtils d'ouïe, mais d'aussi curieux, et qui ne prétendaient perdre ni un morceau, ni un verre de vin, ni une parole, se bourraient, se penchaient, la joue pleine, rebondie et luisante , contre la nappe, et demandaient horizontalement :

— Decnioi?

Et on les éclairait.

— Ah! c'est comme ça? Mais alors nous sommes do la saint Jean avec nosfondsT

— On ne dit pas ça, messieurs !

—SI fait, on dit ça!

— Ce sont de simples conjectures^

— Il est bien blême pour des conjectures.

— Voilà que je tremmo, moi!

— le ne Iremlilepas, mais j'aimerais autant être parti ce matin, affaire iidte.

— Cest aussi mon opinion; mais cela n'aurait pas arrangé tout le motide.

On sait la pénétration que donne la peur. Chaque parole entrait par sa pointe acérée dans roreiflo de Maurice; parfois un éblouissement le frappait, et alors ces visages enluminés de vin et d'allusions bourdonnaient comme une fronde autour de sa tête; et parfois, lorsqu'il prolongeait sa mev les deux tables semblaient se soulever avec les convives , les flambeaux et les plats , et vouloir rouler sur lui. S*il ramenait son regard eflbayé,-il tombait sur la figure glacée de Jules Lefort, blafard oonmie «ne omëre. Le reflet vert et dentelé des feuilles diaprait la scène. Étoile» le ciel semblait de la fête ; Maurice croyait n'être déjà plus vivant; il se

Krdait dans un rêve infernal d*où il n'était tiré que pour le bruit d'un QchoD frappant les feuilles ; que par le grincement du cristal joyeuse-

1^2 LE mCAIHE DE CHARTUXY.

ment heurte ; que par le murmure de quelques nouveaiix pcopos qu'il redoutait et qu*il n'évitait pas d'cnteudre.

Il posa un pistolet sur ses genoux , et le recouvrit de sa serviette.

—Du vin 1 toujours du vinl crie-t-il aux domestiques qui ne se lassent point d'abreuver a la ronde.

— Du vin de Médoc, mesdames. Du sauteme , mes amis. Qu'on boive doncl

— Tu les étouffes maintenant, Maurice, tous les Terres dâx)rdent.

— Crois-tu, Jules?

— Ils Uniront par supposer que tu cherches \k leur faire perdre la raison.

— Je bois , à votre santé , messieurs 1

Sa main émue répand le contenu du verre sur la nappe.

— Comme il est renversé et comme il tremble , obscrve-t-on, *- Oui, a votre santé , monsieur Maurice I

— - Il est presque aussi jauno que M. Lefort.

-* Vous ne savez pas , vous autres, ce qui est arrivé à M. Jules LefoBi de Compiègne?

Celui qui parle ainsi croit no pas ôtro entendu, comptant sur le nragissement ^i domine. Il est une erreur d'acousti<(ue commune aux convives animés : parce qu'ils n'entendent plus , iis supposent les aotraB sourds.

Au prononcé de son nom^ Lefort porte son regard sur le groupe^ fl va être question de lui.

— Sa femme est morte.

Maurice fait semblant de parler h un domestique et il s'appuie Bur «OB épaule.

— Ah I et morte de quoi?

<^De folie. Elle était allée au bal do Scnlis, où on l'iBSiiila. JSnne»» trant chez elle, elle avait perdu la raison.

— Et qui avait osé Tinsulter?

— Une femme.

— On dit que c'était une. Mftv^ chutt

— Une quoi?

— Eh bien ! une vaut-rien-du-tout ! un rebut de femme, qui avait paru au bal avec un soldat ivre.

— Voyez-vous ça ! C'est une histoire , dame I

— Et, pour cette raison , le mari est iristc comme nous le voyons Uu

— Le mari do qui ? de cette femme ?

— Eh I non , le mari de la femme devenue folle , M. Lefort de Compiègne.

— Et il n'a pas mangé le foie de colui qui accompagnait cotte femme?

— C'est ce que nous ne savons pas.

— Ce que vous dites là est très bien pour expliquer la tristesse de M. Lefort , mais cela ne peut point si prolondément affliger M. Maurice* Sa femme n'a pas été insultée.

— 11 prend part aux peines de son ami , probablement.

— Oh 1 mon Dieu , oui ! sa femme est trop...

— Troj) quoi ? je n'ai pas entendu.

— Je n'ai encore rien dit.

— Qu'est-elle? car je no l'ai jamais vue*

— Ni moi.

*-Ni nous.

— Allons , vous verrez quo personne ne la connaît.

— Ma foi I

— Si elle ne s'est jamais plus montrée que ce soir.

— Est-ce qu'elle ne viendra pas ce soir?

— £ntends^lu leurs propos, Jules? dit Maurice en quittant répaul

LE NOTiiaS DE CHANTILLY. 183

do domestique pour montrer à son ami sa figure crispée de honte et do douleur.

— Essaie tes yeux , Maurice ; afLronte tout.

) Et le dialogue interrompu reprend et se poursuit. ; — Tu crois encore h l'arrivée de sa femme? j'en ai Cait mon deuil.

— A-t-il une femme, sérieusement?

I — Jules , ces gens m'insultent. Ce dîner sera donc étemel !

* — Qu*est-C6 que cela te fait , qu'il ait ou non une femme.

* — Gage que oui!

— Gage due non I

— Ces iniAmes engagent dos paris sur la réalité do mon mariage : et Victor qui ne vient pas I La nuit marche 1 plus rien I plus de nouvelles de Paris. Dans cinq minutes, je me brûle la cervelle si cette porte ne s'ouTre pas.

S*adressant à ses convives :

—Messieurs, vorte avis sur ce limoux?

t)n ne lui répond rien.

— Le pari est tenu, ça val

— Jules , je vais chasser ces honunes s'ils ne se taisent pas ; mon sang boofllonne , je le sens dans mes yeux. Tiens-moi les mains , je ne me connais plus, je suis fou 1 — Messieurs, et ce limoux?

-—Parfait, monsieur Maurice.

Le mot chasser, vaguement saisi , frappe quelques oreilles ; on se le communique. Des ricanemens se posent en face de Maurice ; les uns croient avoir entendu, les autres ment ; et ces murmures s'ensuivent :

— Nous sommes les maîtres où il y a notre argent; c'est à nous de diasser ici ; on ne nous chasse pas 1

Jules Lefort se lève.

— Mes amis , M. Maurice vous prie de pardonner k l'absence si malheureusement prolongée de sa femme...

Tous avec ironie :

•» Ah I oui, sa femme...

— Que des affaires retiennent à Paiis dans un moment où il n'est pas facile d'en sortir à son gré. 11 n'ose plus concevoir l'espérance de la voir arriver aujourd'hui ; soyez assez indfulgens, messieurs, pour excuser lo vide ou'elle laisse au milieu de nous.

— Voilà qui est dit : madame Maurice ne viendra pas.

— J'ai donc gagné mon pari.

— Ope ne disait-il tout de suite que son mariage n'était que sur l'enâeigneT

— Oui I messieurs les notaires ont des maîtresses qu'ils pomponnent à nos dépens : ensuite ces belles dames sont trop fières pour s asseoir k table avec des paysans.

Hon de lui , Maurice cherche à élever son pistolet à la hauteur de son eœor; Jules comprime ce mouvement de tonte rénergie de son bras. — Ils ont des hôtels ; ils ont des campagnes.

— Ils ont des calèches.

—Comme je Tai bien dénichée sa calèche. C'est qu'il allait partir, oui. Les chevaux étaient attelés. Fouette , cocher I adieu notre argent. — Mais à d*autres!

— Convenons pourtant que les dîners que donnent les notaires oc sont pas mauvais.

— Oq'^s vendent, dîtes donc , s'il vous plaît, puisque nous les payons.

— Ma foi I nous aurions tort de faire petite bouche.

— C'est nous qui Tinvitons et non pas lui qui nous invite. —Buvons pour notre argent I

—'El pour l'intérêt do notre argent.

—De ce vin, àmoil

184 LE HOTAIRE DE CnAIfTJLLT.

— Do celui-ci, à toi!

— Qui veut de mon bordeaux?

Ces gorgées d*injures, ces railleries ayin^, ces sarcasmes qui commencent par un cri et unissent par une bouffée équivoque, ne retentissent pas comme un son intelligent. Ils se répandent comme les tâches de rin sur la nappe ; ils se glissent comme les os de volailles sous la table ; ils se croiseni en Tair comme la mousse du Champagne et les bouchons. Celui qui exhale le plus de grossièretés croit être le plus réservé. Il y a confusion dans Torgie, qui brouille les verres et les cerveaux. La pensée de l'un prend l'organe de l'autre qui n'a plus la conscience de son être. Il coule des paroles ; il ne s'en dit pas. Ce ne sont plus des intelligences, mais des robinets. Même désordre à peu près partout. La grosse voix s'est métamorphosée dans l'ivresse ; la petite s'est renforcée et surprend même la poitrine dont elle sort. Derrière ce nuage ardent qui s'embraserait s'il no se dissipait à chaque instant, des dents pétillent de blancheur^ des oreilles fument comme aes soupiraux par où s échappent tous les gaz des vins qu'on a bus. Ces tonneaux vivans craquent et fuient. Inutilement tenterait-on de remonter à la source des menaces et des épigrammes brutales qui sortent de ces futailles mal cerclées. La source est inconnue* Seulement il y a débordement.

— Laisse-moi, Jules, ma vie m'appartient, j'en disposerai,

— Je ne le veux pas.

— Tu m'aimes' donc mieux déshonoré que vivant?

— Et toi, tu veux me couvrir de sang, Maurice !

Ces deux hommes effrayés font sous la nappe des mouvemens im^ceptibles. Dessus l'ivresse ; dessous le suicide.

De nouveau on entendit glapir ce refrain qui a revêtu un air, tant il a couru, répété de bouche en bouche, depuis le milieu du dîner*

— Madame Maurice ne viendra pas.

— Vous vous trompez : elle viendra.

Léonide, accompagnée do Victor, s'assied à côlc do Maurice, au milieu de l'ébahisseraent universel.

Maurice n'osa se tourner ni vers sa femme ni surtout vers Victor ; il va lire dans leurs yeux sa sentence do vie ou de mort.

Léonide se hâte de dire à Maurice: — Quittez ce visage qui m'a découvert votre épouvante ; soyez insolent, s*il vous plaît, avec ces noanans. Vous êtes plus richo que vous ne l'avez jamais été.

En se jetant à son cou, elle ajoute : — Victor a gagné h Tortoni dixsept cent mille francs cet après-midi : après une Lai:>sc sans exemple, le| fonds ont monté de six francs.

Les hôies de Maurice n'ont pas entendu les paroles de Léonide, mais déjà revenus avec confusion de leurs doutes sur l'existence de la femme de Maurice, ils sont cordialement touchés do l'embrassade conjugale*

— Messieurs, dit Victor anx invités, ce qui a été promis se réalisera. Vos ppiers ont été examinés; ils sont en règle • on va vous payer au flamteau. J'ajoute que vous pouvez maintenant rentrer chez vous sans danger. La république a été écrasée sous les pavés qu'elle avait arrachés; la France a triomphé do la rébellion. — Vive le roi!

— Vive lo roi ! répète-l-on en chœur.

Et ces mots circulent :

— Nous nous étions trompés : ils sont gens de parole.

— Eh bien! tant mieux pour eux: j'étais lâché de leur retirer ma conûance.

— Moi, je la leur laisse.

— Ma foi, je la leur laisse aussi avec mon argent ; et puisque tout est fini, prenons nos bâtons, buvons à la santé de la belle maîtresse revenue, et en roule !

— Oui! en route I

LE NOTAIAB DE CIIANTILLT. 18j

/«- En route I en rente I

— A la santé de madame Blaurice! 9*écria Victor. «» Oui» à la santé de madame Maurice !

Flère comme une reine revenue dans son palais, Léonide trônait avec majesté h cMé de Maurice qui, ému de mille manières, avait tout juste asseï defoioe pour ne pas s'évanouir.

Qu'on songe ^ sa position entre Jules Lefort et Léonide !

Quand il entendit Victor proposer le toast à Léonide, il se flgura tout de suite l'embarras de Jules, et, pour la première fois depuis que son sort avait si vite, si miraculeusement change, il se tourna vers lui.

Jules Lefort n'était plus là.

Maurice reste immobile, le re^rd arrêté sur fa place vide de Jules qui, sans être remarqué, était sorti à la faveur de la bruyante entrée de Léonide el de son frère.

Sa sorprise fut si étourdissante, qu'il fut persuadé de n'avoir jamais ▼n Jules ; que c'était par une illusion de son cerveau agité qu'il avait cru l'apercevoir, assis, tnste et silencieux k ses côtés. Il avait eu une apparition.

Maurice se lève cependant et tend son verre pour boire a la santé de sa femme.

C'est le coup d'adieu.

Les paysans quittent la table pour partir.

—En bien I passe-t-on à la caisse? s'informe superbement Victor en s'emparant d'un flambeau.

— Pourquoi donc à la caisse? répondent les cliens de Maurice d'un ion étonné qui semble dire: Est-ce au'il a été jamais question de retirer nos fonds? Pourquoi donc passer à la caisse?

—Non? je croyais, reprit Victor.

— Puisqu'il n'y a plus rien à Paris, nous ne courons plus aucun danger. Laissons nos écus ici, et allons rassurer nos femmes ; il est grand temps.

Les paysans rallièrent leurs chapeaux et leurs bâtons, et coururent toucher la main à Maurice. Hs partirent. On entendit bientôt leurs chants dans la forêt. Us quittaient Cbaotilly beaucoup plus joyeux qu'ils n'y étaient venus.

Une fins seuls avec Maurice, Victor et Léonide eurent sur lui la supériorité da bonheur qu'ils lui avaient tous deux apporté. Il fut étourdi du contentement de se savoir riche, de la joie d'avoir traversé en quelques heures sans mourir une banqueroute et une révolution ; et d'apprendre ces doix foudroyantes victoires dans un lieu encore retentissant des outrages dont il avait été sillonné de la tête aux pieds, dans un espace ému encore des vins débouchés, des lumières ardentes et de ces haleines qui avaient répandu des feux et des flammes ; la sueur inondait ses membres. Pourtant il tremblait.

«-Todt est donc fini à Paris?

—Fini, beau-frère. La mitraille a balayé les républicains ; mais la crise a été affreuse. A une heure, 2i la Bourse, on croyait que le gouvernement ne tiendrait pas. -» Déroute générale. Le crédit public mort : on ▼endait, on vendait. J'achetais des deux mains tant que je pouvais. Le canon tonnait, et le sang coulait : l'achetais. La Morgue était trop peiiie pour les cadavres : on assurait que les Tuileries étaient assiégées .-j'achotais sans relâche. A trois heures, je n'achetais plus. La monarchie avait triomphé; je vendais sur le penon de Tortoni. Mon audace a été prophétique ; la ruine de tous a été mon salut. Tai cru à l'étoile de la France; moi et le gouvernement nous avons été sauvés.

— Ceci n'est donc point un rêve t Mais alors, dit Maurice, à qui la réflexion venaiti oà sont tons nos amis, ceux qui, ce matin, m'ont vu dans

186 LE KOTAIEE DE CHAIIT1I.LT.

leuTS rangs, animé de leur espoir, anné pour leur cause.?... Mml», sans doute I morts I Quel douloureux bonheur oue le mien 1

— Je te conseille de faire le difficile ; s*il8 Tivaient, où aeniMuî D*ailleurs, il est encore possible que tes amis n'aient pas été tués. Par exemple, il en est un4ont le compte est en règle à cette lieoie : j'ai la wn nom parmi la liste ^es morts. Attends... ta me Tas cité avant moa départ pour Paris, quand je t'ai quitté. Attends... Edouard de CalTaÎBcmirt. C'est cela. On a trouve "stfr Im totrt un plan de campagne pour anaer la Vendée : rien qoe ça.

Léonide et Maurice n'osaient se regarder.

—Madame, s'écria, la von pleine de larmes, après une iNuise pénible, le triste Maurice, madame I Hortense Lefort est morte aussi. Nos crimes domestioues à tous «deux se sont éteints dans le san^.

—Ou est-ce que tant cela signifie? semble expnmcr le yisàgb ékâki de Victor.

— Nous ne restereos point dans ce pays, reprend Maurice ; nous le quitterons avant un mois.

«— Cela n'est pas impossible, beau-frènne, d'autant mieux qne ta làisate ton étude dans une merveilleuse situation. 11 y aura avantage à rendre. Mais nous causerons do cela demain fflus longuement ; il est tard, nous sommes un peu fatigués. Si nous prenions quelque repos?

Victor saisit un flambleau et s'achemine vers la porte. — Que je vous éclaire, si vous le permettez.

Léonide et Maurice se prirent sous le bras et suivirent Victor. Hien de funèbre comme cette réconciliation conjugale commandée par le monde.

Maurice tint parole. Au itout d*un mms, il vendit son étude à un prix inespéré.

Il est encore notaire à...

LÉON G0ILAN

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