DU PECQ
WàM
LÉON GOZLAN
La elodi@ do la maison sonna te (finer, Â peine les ?îtrâtions s'éfaleot* dlii éHiilles danâ leiir prolongement , que 1^ habitués parurent proçetiiCiBidtollieiit au sâlon , et prirent place autour de la tabli^^ En un k»^ tÊtà 1d Ions paraUélogranuoe m trouva encadré par des ligures oli se liiill à edia du désir a peu près unirersel d^aooi^mplir raete de tikm *" retnpteînle heureuse ou trtste des érénemens do U jouraée. Is I ée ratiente et ta teinte dorée d'une après-midi d'autooiiie ibii- E liannoniettsement les expressions difenea do estte galerio, eonH i di teiiiemtp de personnes âgées et de fwrtpiii aiilros déni U Tétait déœlofée par les langneuis de la eonrtkseeiice. GtiTopi^ „t mMUQStve par cararactère, !a maîiresâo de la mataon semblait m m» resptit des diverses catégories de pensionnaires qu'elÎQ rit de son siëge plus éleré et du bout de son sceptre. Son sceptro I «De cuillère d'arfent d'un manche sïileiidideiiiie terminait une mata ÛB nonne t main ciselée dans m etnbonpoint charmant. S'il i quelques lignes à sa taille pour rmésenter la ro/auté dôme»* Tdana toaie la mfijesté convenable , elfe rachetait ee léger défaol fla oigailé par beaucoup de ffrice dans ses proportions. Cett& griot ^ il M ml ^ n'était pas œUe de la statuaire , celle du contour perdu et rimits , mais pttttdt la grâce du monde t pteine de rondeui, metiani to
s LE MBDBCII |D PSOQ.
désir sons k main encore plus que dans Tail . Sob front « ses joues Impts jàiepertw « Mi^ cou » «^ épauler éimni mm oodukuse p^d^ splénqpBB ad^iiiptblotaenl t)nd«s Tt» doM r^ipie. » artistes^t nu Is coNittU' «tu burii dm^ J3 ro^rÉ#uc«> t copcentilni^, dont b naitir^^ctffr^' qt^'l^efoml^ fiiadèje, bioiorè^^ ^s sfMk'-s dt k-^auies si la fuissjMcc 4u 1^ sard neiSs re^e )m ; madame Dnhonne ne smii^ait jms c^^ttç paimat ae fonnes par un ra;^on de feu , mais ses yeux bien de mer^ sous des sourcils noirs, prêtaient à sa iièyBionomie un jeu saisissant, attnctîf » remarquable dans son élmifmw SiflRii meplgii^vn peu abbatial accuaait im âge plus ayancé qm mn 4gi vMl, fettQrffa indéfinissable de tau legaiti, en heureux fHnromî nTcn son fëiiitf' morne, la nueunissait alors comme il la rajeunirait toujours : à ?ingi-sept ans, son âge à l'époque où ces lignes sont écrites, elle ne paraissait guère avoir que Tingt ans, grâce à la contradiction établi0. sur son Tisage. Gomme toutes les iemmes de moyenne grandeur, elte était mieux dans la position assise , et même un peu renversée , que dans toute autre attitude. Au fond d*iia fauteuil , quand ses mains blanches et oisives s*appuyaient à ses genoux, etlors<iuesa tête se délM^JKfcfaMltf'uHt é^WÎ cfaroarrée, ^e appe* laissait dans son jour le phis ilBrrorable ; ^ pMsait ainsi , die éiait l)dle ; le repos était sa plus haute coquetterie.
Madame Dalzonne découronna le potage de son couvercle, et la Tapeur nourrissante monta en bouffées nuageuses vers les an^ du plafond , qui semblèrent travailler de leurs joues rdwndies à la dissiper.
— Le bouilli sera excellent l je gagerais sur ma tète.
— Monsieur Cabassol, un bouilli, quel qu'il soit, n*est jamais e^ collent. Vous sauriez cela coniuft "WV", xomme moi , vous aviez la Brillât-Savarin, qui fut mon ami, ^e dont je m'honore.
— Et moi, je répondrai à monsieur de Foumeuf que lorsque j'étais dans les fournitures, à l'armée de Sambre-et-Meuse...
— Madame Pingray, interrompit madame Dalzonne, veuillez faire passer cette assiette de potage à votre voisin , M. Abel.
» Afirès vous , madame Pingray : je l'aurai moins chaud ; gardez , je vous prie.
— Vous l'auriez trop froid : laisse^ , je le veux.
La volonté de madame Pingray n^admettait pas de discussion.
— Quand j'étais à l'armée de Sambre-et-Meuse, reprit M. Cabassol, le miûor nous invitait parfois à dîner à sa table.
-«âtaluDes, iféom IL da^FoHMileftmfissâittiâlfli M^ ^"^if«alL€idMnd8edMrm^priwpflliiHpi»n
^M^ptël Mt é» polifiqpie «Miaim hiitoi^
ipaiil — Oi>iMte, MQoniMiiçaiil. GaUaasolaiIre dsw
^MH un M iMwne, «» Mnme sapwb»', parfuKten
fMtes, llKilbea», nie^Md (te Mon , Varâiist in iO>lMl..« -*»ft(co«MMnate M«m8c-«eus osl esMeait pai«f ifiatei^
"MmH mitawifeette de leaiifiéaiu
! -««CMan» ftMttorldqMÎisdîii
tB iiâf>îrciN HT? PBCQ, s
^ VoS tptè mon fêre s'eTpîimie h merrêilî© !
«•Cammetiteeia . mademotâelle ije Bcaupréauf çue ?oul€ï>»ttms dir»
«^ dst cela 1 ititemrît le baron do Fnumâûf d*un Ion de Goni'iclioti r k colonel Oron , la ktii«i§Q eqiiâplraticfnde BelfntlL.. Uùù^
y<^u5 n^impoeas pas tm tim assez ri^ourmis k vos op^ [ { fDire politique ^ mAlo à toQi ^ elhs iist ^mbiasaiOê... Tant It
1^116 pense pa^ erornine voos*
^ Monsieur eî6 Fotsmeiif, ee CuotHlH n*est pas le CaroadcHil Toa$
irlst t t^pofidH fècti^moiit 1i» Cabassttt*
«B Ccst ?aii3 , &^il VQUS plall ^ qui en parler.
^^em nmn rrgnlercî de ce rêve, maaemin>>fnc de Bêanpiitnt
w IMmikrs , niiidamo Musqyctie * on se soulago en lûS Foconiâjit*
^» T •4-i# irn jpttî d*amour ? au moins*
— Beftficûup îf amour, mais ap:o0ipagnd de choseB si Lernbl^, «edo C^cst cruellement raciir té , tiU«x I
— CeC»ron, poitr ne pm perdre h fï! de mon histoire , Rpireod M* OtesR}! t m*tnvire ^ dtner , ton. i rhonncur de tous la diiç.
^ n ftms si^umet emnite avec n:\ ci pliii de consporalioiu
^ n me soumet sans m]rstèro sùu dtti&r , voilà loat»., î^ tne faillis tA dire ^ ouonsieur de Pmimeuf . ce qui n e^l pas.
— Ne pdfisBex pas ainsi , monsieur Lt^jeune, Vous n'avei , m Téfiiâ « fcarm mpem de cmirage civil. m*^me en conversaiioii- -i- Vous savex » monsieur Cliaoïpeaux , répoud arec unû potltçsse
M, I^jeune^ antre petisiofinair&^ que r^Umo smt^remout quand tis ne tendent pas au renATrsËtnôut do fonire. <--' Voire ordre « e^est te désoidie ocganisé f ri^pUqua Cliûs^pefitix avec mie 1^ véliémeDoe que ]A fourtheOe Mdàïi daaa Igg do%ts do
^ Jhf ne dïi pas, Monsieur CTmmpeaux.^^ Vûcs aies sans doulâ ralsoiu ^ le voyais dans mon rare , cootinua mademoiséUi de fietupr^au ,
hmamn a» itdte blancs , épors et ftoctant sur la IIIq d'un cspîiaîoo do
Il pmoMniièe I mte sonrco d^ine eau vive murninraît h ses pieds, ^— ' Ui TOtles blancs c*cst sinistre , aSËnaa viadaaie MnSf uelle tûut
eo fotsani ^ bpire à son vobîu do gauche « M. tejetinet doui la amio-
nmn urtljinjfLQJg pnratt TafTIigi^r be^inroup* ^^^Oli «rt fe t^remif^r service , dit M. Cabassol : du saumoD , des C^fr-
loUaa à la |ar«litii^re , un pdté aux champignons* ^ Fkm it^ M. Uaurdon , Mea qu'un pon lounL
^^ H nV ^ ; . ■; do lourd : il n'y a que de mauvais estomacs, réf^lpA
le Imm ée f oftcneiil- Vooft 9ii éin J
lor. IKoiOeais , tes indigestions do 1
AMiemfiftfJia»-
— la AGngtie « monaituf de Fonrnasl»
— J» dfciliafiicu «ao» A^^ iniinaiiiMi le kroi, Ptnd&uttaa tem kTurâi j^ ta tavité a déj^iliier tkm It «ooita JUtawi^L* éHH vieux , sa ibmme était très belle r If iMénagipajertl fsurHiit tai Ivt iHii» RiiftiMlfn Tft^i Mae mHiBeÉBmMseto ~^ iiiBs • airan^ do ^mtcs sortes de nranlim imî idli
te; nx^iit cotnme hts, éftmm^wm «^forleiMil kss {htît»^ ra jCfXTïv^ r ^ Dï>ciL'Lir iloocdon , je me sens naol » i'4be«0ét aiflanrl m mr ., l^iÉiâporaikm du jri&ri, tiouto {
iHw J0 Siii^ rouJrji^ f't cxjuna le locet : Ui taaileii
•feil dsi âpuaki oo vierge , niou cbur uêxmt , et de viittO tm lei noeoiMilla.^ i« coupe enooie du tacct : ooi^pi ^mp J^ ta ItvBini cicL*. Je «oupe e£i«ofe»f«
4 u MÉoBcci DO nco-
~ Monsieur Hourdon , tous nous traitez arec trop d'avantage : tqos ouhlioz qu*ick nous ne sommes pas tous de votre sexe.
~Jo vous remercie de Tolservation, madame Dahonne; mais fa lions à convaincre M. de Founieuf que les indiaiestions sont quelgoeCns dangereuses.*. Bref , je coupe une tiuatiième fois du lacet , et je TOit un porirail : oui « mesdames, un portrait : ce n*était pas odolda maif. Sii moi» après , la comtesse Allamare s'éteignit de langueur eo Sicile» Sans ce d^ner , sans lindigeslion de champignons qui s'en floMt» iamais le comie Altamare n'aurait empcnsonne sa lamme.
— > Le comte est sans doute mort aussi, puisfae vousen pariai ai pea à couvert,
^ Non, madame Musquett^ fl n*est jm mort : fl est k Fuis, attMM, j»^ crvÀs» è quelque Wgatk» étrangère... Muk iDis pardon, monsieur (^^ d«» vous avoir inlerromptt« mais mou épisode se rattachait à votis hh»* toire... Si vouséiieiasseï koa pour k oontimierM.
M^CahassolrcHMit:
— Le nutwCan» nous distribua k chacun une copieuse part deœi mêla délicieux que j*)u éaumérê»... Bref, à la fin du troisiàme service.—
— Je devin» : il vous fait part de son fàinsle pramt, n'est-ce pas? YotUy peul-Mre, monsieur Cahassoi, vous étiei diargé de tirer sur la trmvu l
— Mais labse»-moi achever* monsieur de FoumeuL
«- Vous now dnim» je cro», itemandw madame Mnacmatle, que en capitaine avait une source dHeun à tes pieds: en bnvaii-iiT Ma question est i4u» ffuve que vous ne pensée
•^t)uU il tuvait beuucoup d^u, répond mademoiseDe de Baanptd^
— Ah ! le waierOoen buvaii beanoonp dTeau! s'écria M. de FonnenC.' Le cas eat assea raie chea un miliiaire.
— Oui a piélendu ceiaî demande M. CahaasoL •» (>wl nuMiemoisrile de Baunréau,qui Fa ben
— C'est (iiux« je le soutiens : M mùor buvait sec et « viona quehjue choeo k rsarmée de Sambre^et-Mense I
— Owendant dans KnlérSt de la vérité, condliei, i votre c^nion avec celle non moins reqieclabte de i préau.
— Ciaat un rOve, ce dont Q est question.
— Otmiment un révet Paiconnu, moi Cabassol, lemi\jQrdGnt Je parin» iVù avei-vous pris, mademoiselle de Beaupiéau, que lo major buvait de TeauT
— Continues , monsieur Cabassol , reuend lo baron de Foumeuf, sachant qu'il était plus diffldto que Jamais a Cabassol de sortir de ce lal^rlnthe.
« Détestable mangeur s'il buvait de Peau I ajouta le docteur Honrdoii pour compléter le désordre des idées.
~ Voyons , intervint doucement madame Dahonne, padficatrioe orilnaire des débats qui s'élevaient chaque jour è sa table : le major de monaieur Cabassol est, je présume, un être réel qui n'àriende comnmn aveo le capitaine vu en rôve par mademoiseUe de Beaupréau. Les propos ao sont croisés: en les séparant, chaque <^ jet de la discussion devient dimel. Comprenei-vous mieux maintenantt
—> Ah I c'est différent, madame Dahonne : si c'est ainsi, tout est dair. el dalr grâce k vous, qui parlez d'or.
— Je suis charmée de l'assentiment de monsieur de Foumeuf» k qui, ea leeonnaiasance, j'offrirai de ce boeuf riM, excellemment cuit.
—Voua n'v toucherez pas, dit madame Pingray en posant en croix la fourohette et h couteau sur l'assiette du jeune homme qui était k son eOtés entendea-vous, monsienr Abel? vous attendrez les ^naids.
rr ^ T**^ tnrnriiT ih m bnt i^"*j **jffn4il jJM , k joino diitralt
dB Imsk en tom dû sa eaiicentraiiort sdneuse par h feu eroisé des prapos •ilî«[ue1s il étûil exposé.
Comme enfermé dans un cloître ténébroui , sa pensée ne prenait da jour que par ses ycui ; et cetïe pensée étail san^ng^ î le rogard d'Abel étjiit long et effraye ; le remords ou une épûuTântable lerreur Vnvml ainsi Janc une première fois hors de sâ tèto ; U n*avatt plus pu y ronlî-er tout — •-— Ses clieveu^i noirs t mais aussi faibb^s que t* ils faussent élé bloads, , fejetés en arrière el montraient a découvert sou fronts blcuKUro à i d'éûe blanc ; la souffrance Tavaii poli sans pouvuir ie plissor; Pi voire avait r^tstë au mordant, L'itnmobilite de ses traits, la pression de ses lèvr«i»,leflonnemCEitde 5.03 narines uidiquaîent un orage intérieur toujoum près d'édater ^ toujours réprima par une volonté haletanto» forte , mais OCCUpéB de sa force, doutant d'ùïle-mômo tout en s^eierçant sans relilche* Quand latutle cessatti rabattement tombait sur ce corps en guerre avec le C4>rpii ; une sueur glacée découlait de la pointode chaque cheveu et suivait la pento des joues ; des pleurs s'y mêlaient^ ci do la poitrine moins Cppffïssée il' Ahel sortai^^nt des soupirs qui étaient comme la respiraiioa tfiKQe rîe nouvelle. Depms qu'il éiait è table il avait passé par une de ce^ ttvsêÈ. affreuses; mais deux secoui^ puissans ravaiont cojitenu dans ce CeiiLfe d'agîtitioQ : le regard de madamo Delzonuo et la main do madame Hngray,
— Ainsi, reprit le baron de Fourneuf, le major en fut pour ses frais de saumon, do lièvres et de champignons t vous n'entrâtes pas, et j^ vous €0 applaiididt dans la fameuse conspiration do Bolfort,
^ La moquerie doit cesser ou je quitte la table, dit Cabassol ett s'ott Tâppr^icbant el en tendant son assiette au kiiuf nUi.
— Comme les conspirations vous blêmissent, moasiour Lejeunol soufOâ i rDreiUe da €0 dernier lo républicain Cham|:K?aux* Un simple propos ; réroluLionno ainsi I... Ëhl si yous éiiei surpris, comme \e Va\ old,
faisant des cartouches avec les étudians, fondant du plomb dans des moules à balks^ écrivant des proclama lions...
— Cela m'arriverait dillîcilement, dit M. Lejcune, à qui madame Mus- <|uetîé et mademoisolle de Beau préau envoyaient de^s regards qui s^in- Aaientdire: Courage, monsieur Lejeunel noas vous soiili»nofisde loute notre afïectîon personnelle : ne redouiez pas les partis dont les organes lonneat à vos oreilles.
Eùm avaient loir do deux journaux pacifloLteurt cherchant h neutra- Uier dans Tcsprit public les écarts d'une fi^uille incendiaire.
Champcaut étui i peu l'^'tre encore phts rt['d<^N fable pour M. Lejeunéquo la CûiiversaUon du barun de Pourneul el de t^^bassol : il avait le sourcil épais , la Ûgure boiâée d'une barbe aussi noire que ses soumlà ^ dea moustaches gommées , le teint pâte ^ et personne n'i^orait qu«3 sa présence résultait d'une condomnaiion politique adoucie en unc^ réclusion 4àa^ Ta maison de santë do madame Dalîonne. Prb de lui M< Lejeuno était fort mal à Taise.
— Puisaue cela vous fiche tant , revint I0 baron de Fourncuf en s*aàmsamt d un ton presque amic^il à Cabassol, n*€n parlons plus. Los opi-* oitms sincères sont des croyances : je les respecte toutes.
— ^ Infâme carliste! murmura eutre ses dents le républicain Chamf>eauxi Lèf^uno aurait donné tout au monde pour que le dîner fut fini.
— ÙÉpÊiKiant, dit lo dociiur Hourdon , je tiens maintenant k savoif Mrioencnt qui survint à œ mémorable dîner du major de Sambro-ot- Meuse. Nafût<e que comme médecin, la curiosité m*est permise.
— Et un peu comme gastronome, voyuns.
^ Oui, madame Dalzonne, oui, charnianle hdtaiso, m --" -^viima pitronome. En f tes^vous fâchée î Chez vous on apprctid à vre,
fii*oo déstre toujours s^enquérir du talent des autres à trailL, .... ^-iià.
-> Madame Tingray^ dit madame Dabonno, qui était toute à tous, T0U3
6 !•■ aéniGCc on vbcq.
n'avez pas assez de générosité jpoar Totre malade : cette afle de ne saurait lui faire du mal. 11 n ose pas vous la demander.
— Mais nen autre après, répliqua madame Pingray en ptagutr^âfl de Totaîlle dans Tasaielie d* Abel.
«— Rien autre, ma voisine.
— * Voire rêve s'interprète sans peine : vous savez comme mei,dft vm- 4une Musqueite à mademoiaeUe de Banpréan* que le oamtaineconfeitja voiles siftniûe nn mariage d'amoor mampié^ acddem de mort; |i nource d eau pure indioue retour de meilleuie fortune.
— - Dieu vous entenctel répondit discrètemeiit mademoiseOe de Bnm» ^réau à madame Musquette tout en jetant un œil timide, dnatooli mir M. Lejeune, qui en ce moment n'avait pas plus Toreille à k ( nation des ièmines qu'à celle des liommes.
— Puisque vous souhaitez , monsieur Hoordon, savoir la fladet histoire, r^irit CabassoUintéfieurement oonnouoé contre de RmnMoffylî voici. C'était en 1795...
— Tout juste Tannée ob je tombai malade de ma gastrite, coupa à t tour M. Lejeune, se mêlant a la conversation pour la rendre le pms | ble médicale et le moins possible politique.
— Très iHmi, ajouta le vienx docteur flourdon en regardait li la fek Cabassol et Lejeune.
—Le dlnw s'achève; on goûte an dessert, on passe le café, la fiqoeat . xBm versée •••
— J'avais toujours cru que votre maladie avait été causée par i . de cheval, dit avec beaucoufi d'intérOt madame Mosquette.
— Et moi par un bain pris trop froid , ajouta mademoisdie de ] préau.
— Quand la lîquaur est servie voilà qu'un sous-lieutenant vint din deux mots à l'oreille du major de notre armée de Sami«e^-Meu9e, œlai chez lequel nous avions dîné...
— Les docteurs do Montpellier ont {prétendu quo c'était une gastrite » poursuit Lejeune, ceux de Paris un refroidissement subit, et ceux deTou-
. louso que mon affection était le résultat d'une vieille chute de cheval.
— Et cependant il vous importait de savoir qudle était Torigino de votre mal.
— Si cela m'importait, madame Musqucttc!... Eh! celamlmporte envcore autant que jamais!
— Quand le sous-lieutenant eut parlé au major, oelui-d se mit à zîce comme un fou...
Ici madame Dalzonne agita la sonnette d'argent placée pr6s d'elle, et na domestique parut aussitôt La narration de M. Cabassol fut coupée pour k vingtième lois.
— Â-t-on apporté cf /a? demanda intentionnellement madame Dalzomi au domestique.
— Pas encore, madame.
— Je l'avais pourtant commandé pour quatre heures : il en est dn( moins un quart ; je ne comprends pas ce retard. Quand la pctiio personoo .viendra, vous lui direz de monter: je veux lui parier.
— Le major, poursuivit M. Cabassol, continua à rire aux éclats pendant plusieurs minutes...
— Qu'aitendez-vous donc de si pressant? sinforma en avançant sa fijl^ure de renard, le baron de Fourneuf... J'oserais presque le deviner« ajouta-t-il en penchant la tête, en passant les doigts sur ses lèvres «^ et en humant l'air comme s'il eût été parfumé de l'odeur d'un plat savonveas.^ Ne peut-on le savoir I
— Vous êtes trop curieux, monsieur de Fourneuf.
— Si vous parlez toujours, fit obser^-er le vieux docteur HourdoUt ] n'apprendrons jamais la fin de rhistoûrede M. Cabassol
m mÊÊmiXH wo psm. 7
^ BIΫ' V /' ; ' Ti^bamn.D^âiîleiifi;, ^ti^rmiâ tm port t), puisse et nV Mi5»ïtiVU<^tt él6<t>fTiinenoée?
•^Iifr lîr -w CHbfts^(^l , rép il qoii de Fviiirn*nif ■ f ftniiMica
IK0 mfpri ' ifitiit^teur Ittmrdon^ éi^ la t^art de notre ^Aiir*
^^î»t-cs* dofit ? g'mftmna te dfïcîffltr, i^w^ Ifi bon un n^utM^fle i%iîQ «mcluut (oui çnttic à Cabos^di , furieux en Itti-m^iiie de Cilid
Cbanipeâui. c — Vow« m
tft* %
Mms ctmime mfÀ, Lea sut^positkms t»? sont fnà diUmiil^- ^ pnt peèt^i flftt c^nfiiiH!»^, dK mtdemmââHe de tMî-
nSos t mail rêvfi cl< i ^ur seraH (encore eipli(î«é.
— Om liit« «ni ' ' réfiéti llcmfdorfi en prnmeninl la Ufm te
m «ODtliv mr ftt>ii ^ M tmet ée mon goAu lladA^tie Dnkonnetst
cmil» tf>m«^ âédîc&i^ gÉteMém.
— GtoHn, iit-n êvt'C k eertilnle désesnè*i»nl(! dNin homme ^ tu p«iter #tre éemiii ' - îr* siijor d^ SamW-ft^Mcttse,.,
iiEiecefei^iihcmFeiii major» né<^m hifé^M^e^fin
"* *'f**î- nnits fefHlei te CJtàne d^k le ^iip?
1 t^Tï esf ainsi, répondit Caibsinol tnitré
la pie*
in -mfl^f^ h \n me quo hoqs dlom mnn^rf
me Dal^nae I fii je ii*^ab pas a^ Ma
bcétstif murnmm Cabissoï d^ itiaii4ùre à n'ève voiï<in^ r hypocondriaque Lejeune.
iT^ir, c\»5t aôr, paisa ce dernier en mmg^^Tti avec OÎÎtùï i:^è qii aiialL tane^ peut^tre à la téta de Caba^îpi TlnfemaK bCH iimeuf* r iirnotif enl Faîrde n'avoir pttâ entendu.
tiitude d'indigaatioïi silencieuse, il émU atsé ée décofUt^r itptit de CAbassol rert^*' '*■ '^ des passons psrlictiltèi^* et JIM' h <^i nbreuse* ^ qw eM«é «if sa v ie nii f^pi^
A lîli^ fîttnnc^ d^ îf ' r V Hii T^ ,
:n sriilis<;n L to ff Afn* r! : ri iflt JUS-
tie la naiilte
ii> de rin>nï«Mt^ it* gîi^TT^ di«ip«-
prenait la ulacf*. !^ Ti*iti[ atfflçlit
n«c^Àw qy«» li i'is|ihi, plttâ ûé iucidilé ^m de té- -*m ^rds
>é h U t»ci iu ^ , évaaé I Tfan boiichur« , a mtonr < , i é b a bî-
< ymâft en taliie à profas^ia, d^aut peu €' > ix mtlitaifts
I ^ ^î pinit mi feiîf^ • ■' ■ ':■•.■.!>,
• jjbisiâd t] u-
ri^tUHH-^TIKl
i#nC
fmtr l^ur puimbUufi ; vkhs nkïmimi 9e mtidtkfef è un
8 LB UÈMCm DU VUQ.
menton sans énerve. Même remaïqne àfaire entie U fierté de soncoa et rhumilité de ses épanles qu^entre la première et la seconde nwitié de son visage : du menton aux épaules Gabassol était militaire; on sentait ( — cette lacune avait dû être cachée par le hausse-col et la cravate boK mais les épaules démentaient cette attitude digne et élevée.: elle se i liaient pour attester la soumission de toute fonction civile à la hiôn militaire. Insolent jusqu'au général inclusivement, le fournisseur CabaamA 8*afiaissait à nartir du général, et exclusivement. Quant au reste de son corps, tout àfait en dehors des influences de la pensée, ilaocoaait m idushaut deg^ la succulente vie des fournisseurs généraux sous l'empùe et dans les kùsîrs de garnison : son huste de mandarin était porté par des jambes maigres et goutteuses, oequilui donnait, vu sa taille aases liante, l'air d'un oiseau de quelque nosse espèce frappé d'hydropisie. D faut croire qu'il expiait par cette défectueuse conformation ses extrais» gantes folies de beau mangeur et d'âpre dépensier. Mademoiselle de Beiapréau et madame Musquette prétendaient que son estomac avait miné sa tartune et que sa fortune avait ruiné son estomac Aux yeuxde ces dames, il n'avait mus pour vivre qu'une faible penâon que luifaisait son nevea; et cela expliquait la préférence qu'elles oonnaient à M. Lejeune sur Csbassol dans leurs momeries galûites, coquetteries si tran^Mrentes qu'os vojraitparlaitement nager au fond le crocodile du mariage.
—Oui, messieurs, reprit madame Dalzonne, c'est un fromage à la fûe. Je l'avais commandé pour quatre heures parce que j'ai voulu vous fain dfaer de meilleure heure aujourd'hui; mais cette néghgente Bergeronnettscinq^eures m'aoubliée... Ma filleule, vous serex grondée bien forti
Depuis que Cabassol en colère avait promis de ne pas donner ûfim ds l'histoire du major de Sambre-et-Meuse, la curiosité s'était accrue considérablement du côté des dames , qui inâstèrent par la voix de m«Aim^ Dalzonne, la conciliatrice éloquente, pour que M. Cabassol fût rdevé ds êonvonideâlence.
— Monsieur Cabassol est trop galant, dit-elle, pour ne pasobijger œs dames et moi, qui le prions instamment d'achever.
De Foumeuf se renferma dans son sourire malin, et il s'appnva ensiûle sur sa bosse , content d'avoir gagné son procès contre Cabassol jusqu'au damier degré de juridiction.
Le nulheur d'être bossu n'était pas le seul dont le baron de Foumest fQt frappé; il en comptait deux autres qui ne sont pas communs à ceux de son espèce dégradée : il avait le tort d'être aussi nand qu'un bel liomme et dVivoir une imposante figure. Cette ricancrie de la nature élaîl vraiment affligeante : deux avantagés et une difformité, c'était trop et tiop peu; car en fractionnant le baron, en soumettant son corps à une ans- Ijfse malheureusement hypothétimie, on découvrait en lui de quoi <
tituer deux corps irréprochables ; de m(^me qu'en isolant sa bossé, on avait par abstraction l'éléinent premier d'un bossu partait. La réunion ds ces types antipathiques composait un tout odieux, en révolte permanente noor le reganf : comment admettre l'Apollon avec une bosse de maont comment tolérer sans répugnance la vued'un dromadaire ayant pour tête céDe d'Adoms? Lalaideur asa régularité, sa symétrie intellignenle : onk comprend, sion ne Faime pas. Ëope ne repousse personne : sa grosss léte allumée de deux beaux yeux noirs« ses âaulescEiarnues, oreillers ds sa grosse tête, ses jambes trapues, ses bca^fTenfant entrent dans les n^ cessités d'une nature diétive de corps, puissante de pensée ; l'antiihèss est vigoureuse, bien établie; mais qu'est-ce que la figure d'Alcibiads sv le corps d'Êscgpe? Cest absolument le spectade de deux ailes d'aigle «IIih> cUes aux rems velus d'un ours. De Foumeuf était tout cela : Apolkv avec une bosse de bison, un dromadaire chargé de la tête d'AdousTiis ours avec des ailes, Aldbiade plus Esope. Ainsiiliattt croire que, sans quelques négligences fatales survenues «i
LB Mil^BClN DU ^ËCO*
nourrice, de Foumeuf eût été un hofnme remargnâble t H nVtAÎt tmté qu'un bêsm affreux parce qii*en se défomiant il avait consenré un beau Tis^tge. SoU que son esprit fût namreilemBnt mordant , soit que Tespèco htitname lui lùt en aversion parce qu*il s*y lroo?ait inférieur, déplaît * ▼aincui il n'avoit montré jusqu'à cette époque do sa We aucun [H^nchanl ftETectueui ; sâ k>sse était un inépuisabk' carquois de flèches ironiquiets. Od ne lui connaissait aucun ami ; il ne parlait jamais de se» parent; rieii ne Je touchait , ni un livre bien fait ni un bon tableau. Comin^ Il n*aitiiidl^iue Ini» il avait un soin religieux do sa personne; la propreté chez Jnl éiatt portée jusqu'au fanatisme : rien de plus rose que ses ongles, do plut hUm que» i^n linge, de plus lis^ que ^cs cheveux ; $on corps était rantdctoson cuîta. A voir la blancheur plisseode «ves chemises , de ses jalK>4t^ de sa cravate^ en aurait pensé qu il ne parait ainsi ^ poitrine qua pour ee (aire illusion sur son dos. Styn caractère devant s'expliquer nainjeUomant par ses actions , les événemens qui Tont suivre le peindront mÔÊM que nous no le tentenons ici par une anticipation fastidieuse.
*— Puisque V0U9 Texigez, mesdamesi je vous dirai donc, renouvela CatessAlf^ue le major de Sambre-et-Meuse, après avoir écouté le sous-lieuteaanli m tourna vers nouâ tous et nous dit : » Messieurs^ on vient m'iiiflOll^er mi*& dîner on a oublié de nous servir,..
M. Cabassol allait prononcer le dernier mot de sa dernière phrase quand ]ê ^rte du salon s'ouvrit pour laisser passer une jeune fjlle dont Tarrivée fui saluée par une acclamatton générale: c'était la jeune laitière Ber^ xiNiiieilâH^iiiq-heures qui apportait, tout essoufOée, le fhmiaj^ à la pie.
Soit que la Titesse de sa marche h. traders la îéiéi do Saint-Germain eût agr Mts, soif que la crainte d'être grondée por madame Dal-
tonne l a monter au visa ge ses couleurs les plus vives, elle était,
quand eUe parut, d'une fraîcheur idéale ; les fruits cueillïs le matin avecïa fosée, quand le ciel est encore d'un vtolet tendre, ne sont ni si doux h llQBfl ni si séduisons. EUe n'osait ni pleurer, de peur de Devenir de sa latltet ni so«rirr\ de peur de trop la déguiser ; ses lèvres étaient presquô aOQfiaoteaei ix presquehumîdes;on voyait briller une larme et ses
Attia» M^ il u : son haleine était courte, son sein battait fort sous
ton OOCiQt de urup noir; brillans de sueur, ses cheveux étaient attachés à iSa lâai|ies;une mèche folle descendait même au milieu de sa joue. élW s'était approchée de madame Dabonne en lui tendant la ca^ ' où était le fromage h la pie, elle dominai t^ quoique petite encore, da m dKumanlé et n>nde télft prise dans un bonnet de Tcburs veet^ la brune et forlo tête de rhdtesâe. Madame Dakonne n'avait plus le coulÊ^ da la gronder en la voyant si pénétrée de sa faute : le faible moure* naol fu'elb tlt do la main pour touciier, moitié sévère, moitié riante, la |ôii6 tfo renfdnt, commença comme une menace et finit comme une caressa* BcTgctunnette prit cette belle main et la baisa : son pardnn fut signé : tout le mundelê ratuia, eicepté de Fourneuf. S'il consentait à ne pas sepronon- Car Mp aigrenieut sur ce retord, c'est parce que la présanoe de Bergeion- B^ta^tnq-heures «vâit été une vingtième ou une trentième barre de fer joÂéa II travers Li narratiim de Caba^l : œ bienfait exigeait un généreux «ikoca. D*ailleiirs sa p43uétration de basilic se dirigea tout à coup vers un ai|tet de réflexions qui ne fut pas senti au premier abord par les autres con- TiTéà: qœ signifiait cet ordre donné presque à demi-voix par madamo IMiOfiri r -- ronnetto-cinq-heuresT Demain —lundi, luiavait-elle dit, h cinq ^ n heure d'habitude, tu apporteras, outre la quantilé or^
dinam ^e nous prenons, trois mesures de crème &ins mélange;
d lo c< ainsi tous les jours. Pour le baron de Fourneuf, il y avait
âana tk. ^.:v.^.ics paroles tout un roman et sa préface; et Wm va voir qu*ll nù ae trompait pas beaucoup dans ces déductions si hasardées eu an-» pareaea. —'Oui, marraine, avait répondu, toute joyeuse de son panfon, la cfcirnitiiit Bergcronnottc-cinq-henres, ainsi nommée de son tumom paito
10 u màBBom wa kcq.
m depuis quatn ans elle était chaque joor^ Uver on éié, dès dot tases «matin, avec sa botte au tattykUgiâie de Unaisoii de eiBlé de aa-> dame Dalzonne.
Taadis qfie cette scène, dontCabasml avait dédaîgaé de pariltos «Mfé, m terminait sous la regard iDterprélateardalMnm de Fourneaf, madasie I)aliomie saupoudrak légèrement de sel et de poivre le magnififM iMMige i la pie, délayé fax cUe avec une gidce leule parlioulière dans nneiaiHo 4e poiœlaiae.
— A»-tu bien entends, fierperonnette?répétA-t^HeèlalajtièM«Hand «eUe-cieut repris sa cage d*osier pour partir : demain, cimi heonii liiis joesures de plus ; et de même tous les jours suif «u jusqu'à nonviBl iidie.
— D est délicieux 1 proclama madame Pingmy, bonne femme fut était fourmande autant qu'elle était bonne. Noua n'avons certes rîen psrfa pour attendre: on en mangerait toujoucs» on en mangemit ^ éanmiL xTestpcepas, madame MusquetteT
— Cela doit être :il est apprêté par madame Dalzonne, répondit madame Musçpietie, flatteuse comme le sont d'ordinaire toutes Isn damas pensionnaires.
— Encore un de mes rêves qui s'explique I
— Vous avez donc, mademoiselle de Beau^réan, des rêves pour tsat et sur tout ? murmnra Cabassol, la bouche pleine do dépit et de frosaage.
— M'en voudriez-vous pour cela 7 répondit mademoiselle de Beanpraaa en roulant au plafond dos yeux de colombe : ne suis-je pas la plnspuie d[*avoir constamment un sommeil si agité ? Vous ne me rendez jamais j»tice, monsieur Gabassol, jamais I moi oui ai écouté votre intéremanle faistoire du major avec tant d'attention depuis le commencement juagnlL hfin!
^ MademoiseLie de Beanpréau, répartit de Fourncuf, votre éloge est on ne peut pas plus blessant pour monsieur Gabassol : pourquoi dites-vous que son hisioiro et finie? Vous n'auriez ras commis celte inoonveDanœ si, comme moi, vous Taviez suivie sans distraction.
La pitié do Foumeuf, qui avait commis la même erreur que mademoîselle de Beaupréau, équivalait à un coup de poignard : Cabassol le reçBt en pleine poitrine ; il ne s'en plaignit quo par un gémissement sotm, 4ont M. Lejeune fut épouvanté ; son fromage tourna dans son assiette.
— Nous voyageons oontinueHemcnt a travers un pays de surprises c tette maison; c est un petit paradis terrestre: avant-hier c'étaient des pommes à la Gondé, hier des croquettes de riz ; aujourd'hui c'est ui fion- Mage à la pie ; demain qu'aurons-nous?
^ De la reconnaissance pour la belle hôtesse qui nous vaut tanid^Miéinens, répliqua k madame llusquette madame Pingray au cceur de Tnpt, h l'estomac de Lucnllus.
«- Et nous aurons, outre la recomiaissaBce, poursuivit de F^mMuf» Ooelque nouvelle friandise, c'est mon avis, c'est mon espoir. PwbHfitte» charmante mademoiselle de Beauprcau, aurons-nous un plat foétiq«e« lâttoresque et tonique comme vous les aimez, une crênie an chocolat s en « commandé à Itergeronnette-cinq^ieHres Iixhb mesures de crêmo aijetlM k bien de douces interprétations.
— Voilk comme vous êtes toujours I dit en souriant madame DrixooM : cvee vous, on ne peut garder un secret.
— Il T a donc un secret? dit en élevant ses petits bras nerveux au dessus do sa bosse le baron de Foumeuf : j'en étais sûr ! Un secret^ madame Musauetto I un secret, mademoiselle de Boaupréau I mon vieil ami monsieur Cabassol, un secret ! Quo ceci vous réconcilie avec moi. Mas n'y en a-t-il qa'vai î ajouta do Foumeuf, qui ne voulut plus même fua le premier fût mis en discussion.
--Attfondt cen'est pos un socret,zipEit madame Dalzonne ; je puis vais
tW WàtmOH BU P£C<K
It
mm*
Ib eimilm k présent i i'Mim^ à m beiireâ et dôiaie, œ soir, Tclk pensionnaire.
-«Utie nouvelle pcnsiimnau^ I s'écrièreiil en chcirtir loua ka convivos.
^ l^fèft 1001» vHiêdaEne&tusqueUe.
— Jottef
— Pdrt jotte, madeiïioïseîle de Beaupréau.
Ces éna djuii«â itigardèreni M. Lej^iuitt 4*00 oir ftii Ût losme Pour»nsuf éù fiiitié.
— MAciéa?
— Je Idpéittftifi, monskur LejeQoe«
— Wl dwgereggmept makidet
I moDsieur UounkKi, ce que vout amz^ à dédâer afec Totre conifère mocmieQf CalTejrac, qyt €st aJM là diattlier à Pins, où eUe« dd «nÎTiT hkr de Touiocu
— Et ïon n'iîn ^m pusétivmînge^ demanda mademoiselle éf Bpnnpréîni, mr te CâfiR^lô d ^M-s^inne qiii court tes gr^iu lui
rksai AÎnâsaiiK c]iii lombé cimime une b' J^
lî Nous 8»Tîànj*:^ fMîr^Liaii»iâ que mndame DolKonno n*' ri*É;oit p4> 4 la ~l lie» peîisionnwres cltést elle ; mnis je gtigemi» pciurlifil quo teiiQ égifée MUt^-ôtrè à U «^uite âe quelquo b6ttii Méëar, n «rrivo M lanfofofipà d^oe vapeur tuy^u^Tieuâû dmilll aeraii par tro( ; I noQi de f^fOfr 1« Ivndre obàcurité* ^Eb bionl jo suis t^ntirretneitt de votfo ofmuoBt madei&Qiiolle dt
Bnnfrétt^ el 10 m'en féLjcite.
'^STeilp^e pas,
** Vos êtes d'une perspkidté étonnimto, ?oiisâM«* nrnàjmmkÊSet WÊm mm§4milo il y « du ntiag^ux auimir de ottto i«iim étiingèm^ dûnl k aiMto inéiao t^l un tiiyslèret puisque nudilBi MitMifio « n francbo m99a nooi* n'a pts nu b préciser. Ëti bonne oâMdâOûe , arrire-i««a 4^ ùmâ du midi de la Frdace pour le pbiâk de sê elollter d^im une maisoii AiMMé piuplé^ delbiis et de ?ieiilea feus? Vous ives mille fio» mum^ mÊÊmÊmmllÊ de Bmu préau.
CV»! toul au pln^ SI le suffrage du baron de Foiinieiif avait antièç^ Mil lallé madêmoîîit Ik é» Bd«i|«éaii , qui aurait ééabré avoir un peu mtÈmmss- -- v ; ; misû an rang des vieilles gm§^ Mais^ ontte qa» h ban» ^ ' ' Ta vis des autres, il ne dei^œndaH iamla à iw
Do >Mà» i»ii>-;^^i , J^âdanK^iaiilla do Beatiprénu eiii fscpeAteil rhé» » da iQOBioir te fioufi en aîlaoeâ ; eUo oouiiuua à broder ia ^ne m^
danasda-t-^Uot madame Musqm^iie^ cUo qui a la préfi^
rëpondH nnadaiiia lluaquttte ^ qu^uoa aYontunt'rt' n^ aa ^ d'ilôa laoQii plûa ééf agéo : travofaer iouti» souk la Fraâea 1 iHi» In^jourB en di^|«aea adta ama avec di9 lioiniMi t^^ AMJWMafeiii; ciwar lea mmkm àm Ritilt entièiaa aiac 4aa caibaie» ▼afiWaMiiaaulii:r»io9|ttli fiin|pGttiiian< ^^it Tafouere aai»ètra
MfMdap iiDfi^r^mÊAi isiiisilét mtoui . . u câi eoeotv d*un àg» m avoir at^^ uis surveiller. En vL«rUe , moi qui mê mm plua
«■M iom^ t^s été aussi joUa qoo oelta deinaiselle, fs aau*
ma paaoNnpr^ 1 itentdni onnme aUa na fépiilatioii. Caat ai im»
Ue foQiiaii t i|tt9 1. ci3L >4 |icécieux! atouts mademoisûile de Beaiiptdait an da lomaa aea forças à rnad^iujo *\ftjsqiu-tti' ) .iitantioit da M, l^ î^ kaau^up plus iranmiillt^ vi plus cauabb d^dcuular depula ^im li •ariiaCItfaipQaia m ravau«ku plua 4e leaçasamiêaiBa paUtlquoa
IB LB MtoECIN DD KCQw
àbrûleixmrpoint, etqaeCabassolavaltieiKnioéiiacheTer dânsoemoadd son histoire du major de Sambre^t-Mcuse.
—Donc votre avis à tous, c*e8t conrenu, surfint de Foamenf » eit que cette jeune, belle et intéressante voyageuse est une aventurière ooamie H y en a tant. Eh bien ! va pour une aventurière! le mal D*est pas mai : nous nous en accommoderons, puisqu'elle a tant de Jeunesse el de Manié en partage. A tout prendre , qui oserait en être fâché ici? Ce n*ert pat Tousy patriarche Hourdon, dont la jeunesse fut si orageuse en amour m TOUS avez laissé vos dents en Âménque , vos cheveux au fond de llaoa, dans la main des bavadères, et votre coeur partout. Ce n'est pai voMp monsieur Lejeune, faux ermite dont latendrene, bientôt sexagéaaînv fleurit dans la neige comme les pervenches et le rhododendron dei Alpes, et qui échangeriez volontiers, chacun en est convaincu, votre immeHS fortune, vos gras pâturages de la Beauce, vos vignobles du DaiqiUiié et 'VOS dix-sept moalms de la Belgique pour avoir encore ces légers cheveux blonds dont vous me pariiez un jour on confidence, et cette fine jambeni a fait passer de si terribles nuits aux maris de Bordeaux , me da Oin peau-Rouge...
— Oint I chut ! murmura M. Lejeune, dont les petites saillîes oaeoowi 8e roomrent conrnie deux pommes d'api; laisscms le passé. MeadamBiy M. <k» Fourneuf exagère mes mérites; je ne fus jamais si important
Tandis que de Fourneuf vidait un verre de vieux beaune, madame Meignette et mademoiselle de Beaupréau répondaient â la prise à partie dl M. Lejeune par un sourire flatteur d'incrédulité et par un froncement de lèvres qui signiflait : -* Petit ingrat f vous méritenez bien, si cela ëfait, d'être puni pour tant de folies.
— Et ce n^est pas non plus mondeur Cabassol, poursuivit de Foomeiil^
Sui aura jamais peur d'une charmante pensionnaire qui lui dira souvent 'une voix douce et amicale : -* Papa Cabassol , cher grand-papa Cabasfiol , offrez-moi donc votre bras pour monter â mon appartement... mon vieil ami monsieur Cabassol, aUons faire un tour de promenade sur la terrasse de Saint^ermain ; venez : votre mine vénérabK maintiendra dans le respect ces jeunes gens dont je suis assaillie.
-•Monsieur, je ne suis pas vénérable, riposta Cabassol. •• Et, en tout cas, il vaut mieux être grand-papa que difforme, ajouta-t-ii d'une voii enrouée par la colère.
Jusqu'ici madame Dalzonne n'avait pas dérangé d'une lisnc la disenssion établie sur le compte de la pensionnaire attendue; elle avait laisrf courir les propos en toute indépendance , respectant par position et par flexibilité oe caractère les plus étranges opinions do ses hôtes. Habitoéa à vivre dans la compagnie des fous, des vieilles gens, dont la médiaaneo est le dernier esprit et le seul bonheur, et des convalescens, êtres inqirielat jaloux de tout, de la beauté, de la jeunesse et de la force qu'ils n'ont pins, elle supportait sans impatience les plus outrageuses aberrations. Gepe»dant elle ne crut pas devoir, cette fois, encourager par son silence les piésomptions soulevées avec tant d*unanimité et dirigées avec tant d'aoort contre la réputation de sa pensionnaire : elle ne voulait pas que eens avec qui cette jeune personne allait se trouver se fussent trojp compronif à son égard, et rendissent leur position et la sienne tout h fait hostdaseth jamais irréconciliables; la paix future do la maison exigeait une prompte intervention.
— Je suis forcée, dit madame Dalzonne en souriant, de donner un démenti éclatant à vos prévisions ; mais plus tard vous m'en voudriez beaucoup si je ne me hâtais de vous présenter, dès à présent, sous des couleon
S lus favorables , plus vraies surtout , la personne que vous serez sans oulo forcés d'estimer dans quelques jours, si les renseignemens que j'ai reçus ne sont pas inexacts.
L'attention la pliS grande accueillit ces premiers mots de madame Dal-
la H<tKi€t!f &tr rac^
zmiTiê. t^ fonrnmî seul eut Fair de ne pas sa sonder beaucoup de la réhabiUutian de la pensionnaire. Le quart d'hetire avait eu sa malice : que Im imporiail le resîe T
— Si ces reoseîgnemens sont exacts, et j*ai lieu de le croire, reprît mftdarne lialzonne ^ notre jeune pensionnaire n'est pas aussi détachée dd tous les liens de laiolUa que ?ouâ Taveî ûnaginé : eUe a des cotisa ea Aniériqiie.
— Et un ofide ius^t dit tout bas de Foumeur.
— £tle m^esi recommandée par un riche négociant de Lyon, chez le-
Sud elle est restée pendant quelques jours. Je puis aussi rassurer cm âmes sur les dangers qxi'elle n^'a pas courus en roule : sa chaise de posta Ta Gonduîte de Toulon h Paris; &a demoiselle de compagnie était aveo eUe« une jeune Italienne qu'elle ramène de Floreuce. Bevonue dltalio expr^ pour rétablir sa s^nté , nui a besoin de t*air moins ardent de la Fmncd, son iotentlon n*est nullement de se répandre dans le monde. Voilà pou? te passé et le présent : quant à Favenir, je craindrais beautemf pour cetii qui se prodigueraient en frais de coquet lerie auptïs â*ellt; CÊt elle a , m'assure^t^^n , un esprit distingué , une conrersation ebin&aolt 01 des talens très remarquables : elle peinte elle cbaute avec uno nopértorUé d*artîste. Mademoiselle de Touraibe o'est pas, comme vous la Toyei, une aventurière,
^Toitratbê î murmura de FourDeuf ; c^est un nom singulier f il a uuo ùÔavt de roman ou de romance... Tour du nord, iour du mifttère^ lotir ■Miiîili.*, Tour atbe, tour blanche^ alha turrii^. Drôle de nom !
^ MadL'nioisetle de Touraibe, reprit madame Dakouue ^ sera id dans une heur^ au ptud tard t je vous connais trop, mesdames, pouf douter on iastaiit de Veiçellent accueil que vous lut ferez. Ma maison est 1a Y^M, fom I© saveî ; la bonté qui y rfegne est votre ouvrage autant qua le mi" ■ > animes toutes un peu sœurs par la pitié.
MaU ' > ^rjy prit la main de madame Daljx)nne et la serra sous bi lli|ipe; Àbâl eut un épanouissement de bonheur sur te visage.
Repentantes d*avoir donné un trop libre cours à leur langue , made* mblsûlte de fieaupréau et madatno Musquelte baissèrent les yeux en rou^ liiit silendefnement leurs senisites comme deui petites élèves grondéets*
— Eion ! bien î conlinuait h demi-voix de Foumeuf : de la sonsibililé «ndossen au lieu de kintch, c'est cela I,*/U est joli, le couvent : des fous sti troisièroe éUge, des malades au second, et dos convalesoens au platn* jjtedi.. et ûm otmnes de quarante^inq ans1.«. A votre santé, moosietir
Caittssol iM» daigna pas même se i^tonmer vers de Foumeuf. 11 fui ioaiilOl levé ({ue la maîtresse de la maison , et il avait gagné ta porto mnni d^ant^nord Finviiation qui fut faite par madame Daltonno h tous laa pfiiiiotinaires : elle pria ces damtis et cm messieurs de venir prendm wi tM dtos la soiréo et tenir compagnie a mademoiselle de Toonlbtw QÎmaA SI» ta tutmi retirés t madame ûaUonne prit le bras d'AM «I dto loi dll loui bas I ^ Anjoonf bui, mon ami, je ne suis pas contente de vous, 1ff*lH*f fla allèrent enseuible attendre à la griîle de la terrasse dit thJiani la piâsage de bi chaise de poste qui amenait à S^tMjurmaiJi Id docteur CalreyriC et madeuioiseUa oe louralbe.
Le Pecq n'est ni une Tille , ni mi vînage, ni on booig : c*eil démesurée dans sa maigreor ; ob ooîrai f eîr répiméomletf lai dté dont les mille antennes brisées anraint dinazu à U çielone catadysme. Elle pend deSaint-Gennaiii-eMjnre à hk une ligne d'une dédivité elfrayante à eonsidénr» et ptasea oore à parcourir. On serait parfois tenté de sufpwar anni» an ressort des inductions, que le Peoq étaft jad& une me da main , tout à eoup détackée par un «agn et restée en iQute ver de rouler iuMiu*! la rinere : la denièn maison amUsi qnd 8^ adosse; toutes ont Tair de se senîr mutuellement d*i .. „ on mesure fftan odl eouraoBux son imsmÎMhle perspectif»,, em tee menacé de la dinte oes rares baintana iiui apparaîaseï' éloignés : Ib tombent sur tous dans le paicoura idéal d'une lOBsale. Ou prétend que œrtaineBTiltas de la &eti|ne ont fnal sembbaoe aTec le Pecq.
Dès qfi*9a a quiué labei^e de la Seine, on a le plat sur In marcbe de cette autre cbausée des géana qu'on nomm» la pèlerinage du piAon cammenoe. U est rude, queîqHte '
abords perdes éduppéesde campagne en tonne dnruellias» afc EWI ahngui se repoee un moment ayant d'ai&onter d'antres hoalM» ▲ droite et à gau^ s'étère un rideau de maisons d'une griaanmbipili| car eltes niont ni le caractàre proneocé des constructiBBa boa^gnaiaaBb J& la physîottomie agreste des chaumières. En général, eDeft n'oal fnnd étages , troués ûb croisées chassieuses dont ralîmement isal etai ferme cTétaiges parallèles arec la diagonale delà rue; dsa «mt ] trées d'un pignon soutent crerassé par le poids des neiges de TIÙTat, fort dur à eel enMt; et fl est rare m la frise de lapoctene aoit paa ombragée d^ln rsmsan de pm 9 sjmbob du principal oommecc» du fôl»
On bmt benioonp an Feaj; mais chacim doit boire diez soi ou dmib voisin y à en juger par Vtomqne destinatiott qu'affecte cfanqoa iwffitiffli4 grande eu petite» m l'Intérieur de ces maisons entre deux Tfan est ofr cupé par une fMOpidation miite de mariniers et de gens delà < la ne est aeqvae aux ariens et 9bbcè poineSf seul? êtres assez 1 braver le soleil des journées d*été sur un pavé de laves. Que lent ] chiens T Voilà un McUèuie de popnlatîQn encore phis diffldle h lin qu'en Turquie , <m leur multipliGilé stapliqne par un'eqpcit teli^BnK£ & Pscq ne rend pas faisan de ses dûens. H est vrai que le fM ai pantt pas s^ioccnper beaucoup deleurdînientation iJtesemNnllBMtfc MmuMil, Couchée au trayers de la rue, ils^sont aussi indiIRrens «ueto indîgènea aux piétanu qui passent près d'eux en haletant ; si ce nVst'Cn rêve , ils n'aboient jamais. Aussi le silence du Pecq n'est-il troiAlé dmu sa monotone étendue que par tes échos de quelques forges cachCes flv le petit bruit sec dn anclsau du tonnelîBr.
A nwMHirè ^ OR s^élève ans la mes ou aperçoit ^ et A de9 exftdnnb fleuries de jardins* des brassées de Hères jetées sur te dos dee nrair, franges des propriétés bourgeoises bAties entre Saint-Germain et la moins ingrate partie du Peoq. Un phare devrait indiquer au voyageur qu'il est parvenu aux deux tiers environ de sa courageuse ascension. La phare est une église , la métropole pnbablement. il faut plaindre les fyaroissiens sexagénaires qui sont en aval ou en amont de Cette fortification religieuse : l'acte seul de s'y rendre mériterait de nombreuses in» diligences. Et quel sérieux no faut-il pas au curé de la paroisse pour Are
ViiUeqwtoPiCf 1
dnttii 9Sitmcm ^ Bam tiiit tmSàéê 4ê i^rwÈÊt^, OuëUo
De redite au œur^nnement dd I^ mont/tgne le cîiemiii ^t encore jplui ^' , 61 c%i |K»Sï>tbliî ; on éprouverait us dÉcamipaml fntaul de tlMUÉt &i on Qâ dîâtuiguiïi au «éwlli 11 pthm wmaum 4it é» £ëril^Gemiâiti« Le poct dô sâlut o^t là-àtut. A Vêsgêci éi iéoottBiim« h pamk d^hoiuieiir t'^ mêle et cm kit bea ooutaft pnur Aîicuodre à h mmà\M^ fttPhwad» , m vous tnènecU. bÎMi^ «• rMl #• lâidjfli découierli jus^ k la oeioture ; on »'ttiticlke en idée à i9tl0 lam» V tu dem» do lafîilto h iqgAf d Utigiid s'é^ab mit ûm Am d» vordute pou à peu 4Mr«ts« cl l*«m Mm ^110 tœ pMl ll fim eïAoiifMMtiit au lerraln.
k4 lia aif §km ?]f 4mt induré au ^éi^m k gradotî^ di sti
FiCf ; iii0ii6tbteiaant If v^ni a €msm dans si^^ cli^raifi at haifié ggn vliipi sa«isi«ii{iit Taîf t««t(Mir» atec )a luMïtfQ asMi» das haflr»
da sa ' '
Là «àllft oiaiiDtt ia aaqlé dô çûimne il vtmt d^fitre expliqué , de la terrasse dé S«înl*6mAîiib
JM al madame DnUo'nne liaettt bmntùi ait «iIIm dsa aiaiCi da tent igo et de tuuie condition que tetle dëiiaîiwiea fiaootfiiiidô attira b #* sanalia* Hii^(iiu)it-rorfianid9D& la Ml» sai^^ii, «*asb4rdm fet& b fin de lauioait* ir éâ manquer la paâ«a«« do k voUiiae oè d^
Taienl être Iv alveyrac et madenioiseUe d^ Tûttratl^v tla if
s^iliMigiièrcni (].i^ dc^ l;iiûi«ft eiUAdmires du «tiàteaii : ils s^asstfiaoiiiir no ûtÈ bancs 1*^ pltB voisins 4« Fluskinaue pavillon m nmmU Lmm XIV. Sûva^littia msaafto a*éi«iidaii l*adEiifabte pe^ptcUva da k lasnaaa, une dai lyfinMa M^oriBiiia» de la FEai3€«k
A dm» iMiiii da rnnr^ : - Tn r-- r de la cdiaH»éai midiiaa PjÉwii iMiiwAbih»dit«ai#<l it um^s^a ^msJm wm wmmm
«ar Aiel, distrait €oniiii<j .^uj^^i.^, Jencieux conune il s*â^ auiii&ii «udl^ier.
«*Ji»9i[dsfioiilêalapûiifirgiiS| imâUiaadaiBeIMi2oatîÔY de raniFéo Ê$ Madranrrioiitkî 40 Touialbai»
mm Puur mm ! FX ÊOmUMlll Cili T
«- ua«t Abel. Notre laaiaatt il iitU aa coa vanité a^
pas fj ,. ^ laagjB Qoureait est une cbanoi ftûoc cxoimà lua» di^
-«•ia a» a» aak jamais flaiat , audaioa , d0 vatm aiaiaQa
ilioaia liiii liai fila iHNift ; aarac*
Ciapitalu aottateiit iiaa k mm dealm^ saafliaaaan tf AheJ» iBBlIi
I élail aèliaufs fa^à la cûa? ecsalioiw <-* Ja v0ti» romcrcic 1 Abel 1 mm k loira Iga » ai avtoai El lappHwroà Toii» toa, rwnirj^ pvur au» aeala p k pa pow accupttc k |aaaia« Awjatjpi i^a
Haani laa lieancûup auprè^^ de vous quand nom chetchûiiaè waaaaaak^ur par la p»'rsuMiû«i di) [dieta|443.
■^fbaa aavez que jo n'oi pas une croyance très^fbrie daaa Wl abaoÉBiork terre. On veut iâ qna J4ï vimî : ^Ââ^ja vmai>» Makpaur^ ^aoi tau da soin ankmr du moi t Ja serai keatoi vieiut;^ tl y a lâsg^ laapa^pia^ia aa mis ptua jauiaî ^ k doukor* l*ai viiijgi4iiiÉl aii& ; à yanwii aiMii jfi iatat fUm ofls&à (^ t<»aa los pgitsiiawtea*.* Et rtleaaj a|OaU amèn nient Abel , qui sait «i je n*aurai paa kus phikuwplwa, §^ êLw euoaiaaiui^ ja au piiawria pas maa ymmm^ k mamt avac dilkea » el à ftidiiârttin de tnutea ch&Bm » as "v^ypft* du vbm t
^-^ Vntf^ méditez le , Abel , un rkiit avaait l
h iDiiuis citirdc'i^iie au<|u6l je piiiaaa m'urf kr quaad U ltt*at^ ^iu4i r dttvoiit uiaL ^
1C u vtncm w fUQ.
— Tai une foi plus eonsolanteen œ qoi toiis tooelie : d^Mm-tobb fH déjà un peu mieux que lor9q[ue vous vîntes à Stint-Germain fl y a ris moisT
— Puisque 6*011 votre avis...
— Ne dites pas comme moi , par eomi^aisanoe. Mon o^nkm eal ola du docteur CalvcTrac ; c'est aussi celle de tout le monde. Pour qos vota tétaUisaement soit pcompt, soit complet, U ne manque que vota v^ hmlé de guérir, et nous vous ferons bien vouloir.
— Exoulente amie I Que je récompense mal tant de soins aifcebieiiit le ne me |Mndonnerais pas mon indinérance, si affligeante et si pan f dée aux jreuz des autres , si je n'éprouvais en moi une recoar*'" sincère pour vous et pour le docteur Calveyrac. AHe onUiét TOUS, votre sollicitude à tons deux , votre palienceà eondeaoo Msarreries du malade le plus exigeant qu'on ait vuT Sans vous, qm ■erais-je devenu? Je n'ai qu'une consolation lorsque je songe k nâposslbîlité de jamais payer tant de sacrifices : c'est de peuer que ve«
m'aimes y lui un peu» vous beaucoup. Vota ^[énérosué vous me joie, pai besom de le supposer, qui vous lait suppoctcf — rente inmtitnde.
Un édaîr desatisbction colora la fimireattendve < qd, posant sa main sur le bras d'Abel, lui dit:
«^ Puisque vous êtes reconnaissant, Abel, éoontei-moi: je ( vous soyei aimable pour mademoîsdle de Touralbe, totaimaUe,< des-vous T Je l'exige.
Dans la tristesse d'Abel il j eut de l'étonnement.
— J'essaierai ; c'est tout ce que je promets.
— Vous réussirex, je n'en oonte pas, Abel. Elle diante xi la musique avec elle : die aime sans doute la promenade : vow k»»*«i» cavalier tontes les fois qu'elle désirera que vous l'acoompagnieb.. Ras encore d'ol>}ections, je vous prie... Si elle monte à cheval, vonsflBonleraik cheval aussi.
— Vous viendrez avec nous, je présume?
— T songez-vous, Abel?Est-ce uneépigiamme, monami?Gen*eatpas Inen. Est-ce que je puis quitter mon fauteuil, que je préfère dn lerte an plus beau cheval du monde 7 II ferait beau voir latoute petite ronde mère nbbesse du couvent gafoper à travers la forêt comme une ^Mtofaiw du inoyeD-ége! Vous vous passerez de moi sll vous|datt.
La surprise d'Abel n'avait pas échappé k madame Dalaonne : elle qni l'avait provoquée la comprit si men, que derrière la légèreté facHœ deson débit courut inaperçu un frisson glacé ;un petit tiraillemeot fit palpitor le coin de ses lèvres et trembler les ailes de sonnez. Poor dompter cstia peme, dont les marques eussent compromis le résultat de sa propoailhai» elle reprit avec une vivacité plus modérée :
— Mademois^e de Tourame peint avec goAt: vous lui déstgosniks points de vue remarquables des environs, MareO, Mari j, Heriilaj. le na ropose sur vous.
^ — C'est beaucoup tout cela, répondit Abel, qui entrait i dans le sujet.
—Oh t vous n'êtes pas galant : vous refiisez. — Ce n'est pasà vous que je refuse.
iquejei
— Cest uniquement à moi, car tout ce que vous déploierazde comptai* sance pour mademoiselle Laure de Touralbe vous sera un tita de r — naissance acquis sur moi.
-* Reste à savoir si mademoiselle de Touralbe acceptera met i aussi facilement qu'ils lui seront offerts.
— Vous voulez descomplimens, Abel.
* Le roulement d'une voiture [wddique s*étant fait entendre, nadams Bslzonne se leva et fit quelques pas vers la griOe; mail oc n'élail
ts vcDecnf du fsco*
pê§ encore celle tm-on attendait, D'mlleurs, mademoiselle deTouralbe arfitail en cbaise de |x»ste.
H avaii mîû de cette miemipttoii potir qu'Abel retombAt dans ia rêreri^* Le soir ^m tenait répandait uti brouillard jaune sur la campagne : un#
Kttit du diileaii, par la singulariié de stk construction , était Tiolet(e et iQire partie en^smméeises anglH de briques, dnn§ cet air orH!lat«nsemeutdoré, s'émoussaient et passaient en s'a maigrissant Si Tel ai ind^^îs tf^one nlhouetle ; le balcon de fer filait i^nnme un rtiban noir autour de la gmê$ tuasse rougeâtre, et chaque croisée s'cfTa^nit derrière t'épajssour 3es ttun cemme pour dormir; lo» adjûss^mens dé ta (ordt è la marge do Il tefflSie cottserraient senh encore quelque forme arrêtée, et lise mi mit
li mmtsiaâe de bandes Ta|h>reuretises~ entre lesqtielles blanchissaient Jes teSet dei daaiesde Saint^ennaln, qui traversaient ainsi alterna lîvemefit de$ eapioes obicuis et des espaces éclairés* Ces fantaisies do h lumière uni leônbetittéi tristes; le regard les aîmo si l'âme en soulïre.
La ▼lïleoVDpi^nii qui part du pi^d do la terrasse de Saint-Gtrmain et mpràkmi^ tou» un tiorixon lUimile, sans obstacle de nulle p«rt« était lufiéé par le milieu au tranchant des coups do faui du soleil. H illaminait de m ttypA ^ feu te d^âteau de Maisons dont il tairait bleuir lo toit d^tiofae» foo» le de!» Le Uosnil, Vaui, Carnères-sous-Bois, Le Belloit Lt FHQlf le fUiMo et la ritle de Saint-Germain, le Port-Marly, étroite 0Om A e*eat dtssoute la perle ta plus pure do la fortune monarchique éi Corii nVr ^ ié ruina pour faire monter une goutte d*eau dans des iJMl mili «aprota :1a pompe à feu, Faqueduc, are do triomphe élevé à |i Mé déaetWaie m VerMulles, cnnstruit pour désaltérer les lions de i kiMWttfQ du grand rot ; rno-dê-4a*Log«, PrunaitLouvei^fiiieSp ' ût petits bols, de sable doré et d'eau étamée; Celle, Bougîval, Toiaîp le ttdfl^ La Oiausêée, La Jonchère> Toie lactée de maisons poéti* qiiff $ Roeil, <^ passa tljchelieu , où passa Napléon^ où restera toujours le parfum dm pêches ; Nanterre.*. saluez L- où naquit ta blonde gdaieGenef lever Mat maison*.. pleuieE !..^ oà mourut Joséphine, Timpéralrice adorée ; lo mont Valérien, souptr de Jérusalem qui monte au ôel entre ces deui grands noms de femmes» toutes deux si bonnes et si
Qnqiia beore du jotir présente sous un a^ect nouteau ee beau déve^ lapieillHiit lia lefTtin, plus peuplé d*élé|antes habitations que la vallée do TJusi. Qmnd 11 soufflo avec quelque violence, le vent y produit dm fré« mîiiCtntii» et des odula tiens comme sur la mer : la foret fléchit, creuse^ ie l^hfe ie vaiun en vague et moutonne k la cime. Dans les premièree fff^'Mf il^aillomne, on croirait voir les polders de la HoUande t h travers Il MCefcu» trau^renoe de la fumée végétale, les objets se déplacent, frtlWt lnir pib}^ionomiOf et affectent la confusion incolore d'un rêve, jusqtk*êXM memeiitoù le soleil, torsmi'il se montre, vient à teindre d'une nuanœ tettgele 0euve, les baguettes dépouQlées,lofouillide feuilles encore re«- Iteam Irfanrhes. Alors le pajsage entier semble, en sortant du broutUanl, «*llfe Iraiaformé en madrépores pourprés, eu coraiL
Alt delà du fleuve, qui coupe cet incommeusurablo pacage que Vm\ n'a fto«0exd1ialetiie pour parcourir, c'est Herbla}[, Montign^, Lt Frettff, CDcmL SartrouvillOt lîouillo, Hontesson^ les bois du Vésinet, ùh Tott ■iPiJiul sonner autrefois dès le point du jour le clairon des gardes rova^ hi î e'eil Croissy, Chaiou, Argenteuil, merveilles sur lesquelles Louis XTV Im» ta croisée de son chilteau de Saint-^ormain en s'écriant :«- Lh^bts, Ià4ia§8tilti-0eiiî»t le tombeau oui m*attend ï
■éSs le soleil a pâli, la terre disparaît ; elle se noie enfin sons une imiMOioil d*o@ib[re;et il ne reste d'apparent que dos touffes d'arbres ^téea ^ el ftt ^tie des groupes f1ott<ms de vitUgcs. Cette tache plus éloignée» ^ÉSt la dentelure de Paris, cette bande bianq|ïe rarcderÊtoile, i^tetnûe *'e, à gauche, la flèche de Saint-Denis. L'obecurité et le Éleace se
tS LB MiDBCISC DO FECQ»
font snr toutes ces choses déformées et feyantes; des oiseain j dans le ciel ; il va être nuit. La lueurd'one premiàBO éUîle eh «lie les Duéas de lentiers quis'éuieot abatluasurle ^zon ds h \ ils leiUreat dans la Yineappajés* les mis sur leuxs joocsi lés r~
le bras de I^bs (mines, qui ont passé autour de leurs Imb .
éviter k fraîcheur da serein leuB ■u)uib)îrs da coolenif 0t daosroBliÉ qui enreloppa oetle population centenaire oneutoidhmuades vtâiôfbf sées, des. pas traînaos, des toux opittiâlres*
Un des eniaus qui quittaient h regret la beDe prrwnmiaib tbf 11 tout pràs d*Àbel, et niesque tomber dans ses bras en poussant f ~
cerceau. Abel rarreta un instant pour cootempler In cberébm 1 dpuse sur son cou et prtagée & son bont, tout IdUanl des ' journée. Doux et riant, beuieux de gagner une mnmtesnr Je \ maison, l'enfant se laisBs facilement retenir, Abel Fassit snr ses ,pflOM( prit ses petites mains, peea labouchesnrsesionesaBdentn^etrMhMit
râancement de ce regardlet qye d'éionnement aussi!
<— 8i c'était là le vrai bonbeuTy Punique paix de rime, fl AbeU. Quisait?.,. Va, mon ami, dit-il & reniant en le laissant ses jMrens;et il raccompagna d'un adieu mélancolique jusçil 1 où u disparut dans le brouillard avee ses cheveux flottana» son s» petite voix, et son agflîté d'oisean sur le gazon,
— C'est le docteitf qui arrive 1 s'écrie madame Dalzonnee»
Jtbel vers la grille du château. Des ooura de fouet avaient cbiné dam "air, «se voiuue avait passé au^op. C'était en effet la chaise on psM ie nademoiaeUe de Touralba Ello était arrêtée à la porte da llti ''" de santé.q^andÂbd et madame ûeizonne anûrèreut.
Quand lo docteur Calvcyrac entra au salon, la soirée était 4 depuis deox heures; il en était dix. Â son arrivée, l'assemblée se Igm spontanément, et resta debout jusqu'à oc qu*il eût traversé rappertemeot pour aller saluer madame Dokonue et mademoisello do TouraJbe , q/d causaient |ffès de la cheminée avec iFembarras d'une première enlren». Maleré ses instances, on ne s'assit que lorsqu'il eut pris place dans le fnH teuu vert pâlo à fleurs d'or destine à lui seul. Sa présence brisa les cath versations engagées; on attendit le souriro bienveilbnt et scrutateur à h ids qu'il payait d'babitudo à chaque visage do la maison, n n*étaîl ns jusqu'à de Foumeuf, que le sang tourmentait quelquefois, qui ne crftrlâ son devoir de so soumettre à cette inspection amie, faite idutAt avec Tafl du père qu'avec le re£prd du juge. On s'en portait mieux ensuîta :nBSgination, cette créancière impitoyfil)Ie, avait son compte; et enfin la tIs semblait être assurée contre toutes les chances possibles ponr foMfr Ift durée de la nuit.
— Je vous apporte une bonne nouvelle, dit le docteur Calvejrme anSs avoir pris la mam de mademoiselle de Touralbe, moitié en ami d^jads longue date, moitié en médecin : l'abbé Vincent viendra ce soir; 0 me Eli
Sromis, et vous savez , mesdames, que sa parole est aussi sûre %ne asile 'un archevêque. Dieu veuille qu'il lo soit un jour?
— Âhl il le méhterail celui-là I
— Oui, madame Dalzonoe, il le mériterait; et je suis fâchéo que ro^ dame Piugray ne soit pas ici pour vous entendre: c't'sl elle qui l'aime t
— Pas plus que nous, sll vous plolt, madame filusqueltc.
LE MtoSCIN DU PECO» ... id
-*• 0& est donc madame Pingray?
mm Doclev» elle est auyrès do M. Abel, lépondU madame Dalitene.
«» Esl-oe qu'H serait malade ce soir? ;
^ IHPtT^ seulement : l'air était un pou Irais sur la terrasse. '. ««i lia eu toridTy aller au jouid'buL Aies recommandaûoDsoe sont ^ CDajoirt «mes k la lettre.
«- Ciiùi pour vous atl8iMlre« ëecteuc» que nous y sommes restés, S» iSd eC mm» jus({a*a sest heures.
^ Jb TOUS vemerae de la oom|Aaisaiice» mais ie ne Ten gronderai paf ÉMinii V<Ms nous avci peotrdtre attendus une teure ou deux suc i^
' ^*Af0B|irèe» .
Qui eaidmriné la cause de subite afilictton ^ éteignît tout è coup la |larob sur les lènes du docteur après cette réponse faite à ses proprep «MStMWà tontes d ^giene en apparônce^ Contes a'irffectioa nour ud jeune tomme abandonné h ses soînsT Les personnes réunies au salon ne remaf» qièmt pas cette légcco pause : elles a?aieat d^ venoué le fil interlompn de leurs propos et de leurs ieiïx.
mttstant k néccssitéde connâUre par lui-même, comme il étdt de êm dBvoir, Pélat dans lequel se trouYSit Abel, CalYeyzac quitta un instant la oûtipagnîe.
BKinmr Dabcmne l*àccompegnB jusqu'à la porte dn salon d*un regard dit il y avait une sollicitude plus profonde que celle qn'eUs avait oseoKr friiner de vive vois sur son malade. Mais, promptement ramenée par la félexîon à la conversation qn'ello s*efl6rçait d'établir entre les personnes dé la maîsoa et mademoiselle de Touralbe, elle dit h oollenù :
— Le pays n*est pas aussi riche que rltalie en monumens historiques | noos avons peurtam quelques curiosités locales à vous oûiir ^
■ ranrira awirsat dea Loges, se hAtaéa dire madenoîselle de Bea«*
•^ i'aBaîB le eUer & mademoiselle.
^* SI 1« ehAteM de Saint-<iermain« ajouta madame H osquette.
^ Jfo nmtt eontîm» madame Dolzomie, que monsieur Abel, des 90*1! sera rétabli, le visite avec vous; ce sera bientôt, je l'espère. Il a étudié le «UBenadh SaiBMyerauin avec la patieaos d'un antiquaire et le discernement d'un artiste. Vous jagereK, mademolseUe, s^il est possible do mieux rtaÉrtliii rnacnnie destination de chaque appartement de cette demeure,
»a besm, il est vrai, de ces etforte dto aMnoire ^r qu'on croie à st
-^ Vûm na nourries me promettra une partie phis agréable, répondit BanfcvMMselle de Touralbo : je suis passionnée pour les ruines. Leur as* fad léoQMlB tam do pensées 1 Que de fois, dans mon toynge dltalie, j'ai iHi anéler Ma voiture ponr aller admirer de près les désris de montH* mens dent la voie roniaino est semée! Mbn piaisfv sera double st votre •mî H. Abel consent , comme voué nous le laisen espérer, à être notre iatiadaciuai h cette eonr de souverains morts depuis des sièdes. Vous veaside m^inléresser à pluff d'un titre an rétablissement de sa santé. , '—Ça asit l'afiaire de quelques jours de repos , répondit Galveyrac eil lÉpsÉsat sa filace eniie misdemoiiselle de Touralbo et madame Dalzonne. ffdav rmnrer votre eoncaienee, je tous Anà^ madame, ajouia-t-il aussi 1 qaa ca n'eut pas la sihlionaur la terrasse qui Ta incommodé : attcune cause fÉVaqae »'a influé sa^ sa santé.
-^'Ga aa pouvait étvela froid , répondit madame Dalionno : Tair était iMiBt fliMs éMHi comme aa pf intempsr
--Wtais étonnée moi-^âme, on tenant aiijoordlmi de Paris à Saint*
«naain, ^ la beauté do votre ciel ; je l'ai fait ronrarqner h M. Calveyrae^
^ ÈSmi , matemui&ello , reprit madame Daizonne, vous avez fait uA
fin ^ LB MiDBCIN DU KOQ.
vojage ann agréable de Paris à Saint-Germain. Ten snii channée i ?008 ye craignais 911e la pooKièEe ne Toot inoommodâU
— UnToyagedéliciewil réplMioamademoMledeToiiralbe: jecnVrii Bire encore dans la molle Italie* sons les penplîen de rAmo, à rasMl des TiDagea CMpeis que noos avons tiafersés en Tenant Quel beaiiMl I foel IMysage limpide 1 Tétais prempie ttchée, madame, de ne faa: contrer d'édio b mon enthousiasme dans mon coni|>agDon de vof ''
— 8oom, mademoiaeUe» répondit le dodenr, que l'habîtnde i en nous rimpressîon des taUeauz les plus saisissans. le fois r--^ in au moins les acddens pittoresques dont vous avet été fii|
franlèrefois:ne suis-je pas excusable de n'avoir pas mis tàati
leur que tous dans mes admiratlonsT exaltation que je Tounemigal Biodérert ajouta-t-il en diangeant de ton, dans l'intMt de Totn wmÊk
— Qooil TOUS m^inleidiries la joie de sentir et d'exprimer cveoloril9 les forces de mon âme!..» Ce qui est beau élère tant le cœur!
— Mais cek le fût battre aussi, et les palpitations surviennent On snai en vivant trop.
* Entendea-vous , monsieur Lejeune t on 8*use en vivant tnp , rompît de Foumeuf, qui grossit sa voix.
* Est-ce que j'aurais trop mangé à dîner? sinforma L^éune eni dant madame Musqnette, sa plus prodie voisine. lime semble qos Je eiil jooge en effet : n'ai-je pas les joues en feuT... Si j'allais me conctar-
•*- Vous êtes lirais comme un beau liSt répondit mademoiseDe de leaB» |iéau, à qui précisément M. Lejeune ne parlait pas.
•* Quant à vous, monsieur Cabassoi, continua de Foumeuf en alaltsiil nés cartes devant Cnampeaux, et sans que Cabasaol pût même ronienim» irons n'aves plus & cnôndre de vous user : c'est acquis depàs kn«temps.
Madame Dshonne ne comprenait pas trop au fond le cAté vrai de Fel» nervation du docteur , de nôême qu'elle n'avait pas l'âme aaseï artiste pour s'exhausser jusqu'à la hauteur lyrique de maifemoiselle de Touralbe»
— > Four la même raison, continua Calveyrac, si j'eusse été votre doe» leur avoué, le gardien en titre de votre santé, la scène de Nanterre n^ûl pas en lieu.Cest comme je vous le dis, mademotseUe, appujn-Ul tm accent qui avait sa bienveillance et sa fermeté.
— Ohl racontez-nous cela, je vous prie, docteur! s'écria madame Dsleonne : que vous est-il donc arrivé à Nanterre?
A l'odeur seule d'une histoire, les sièges se rapprochèrent du cerdada madame Dalzonne : Lejeune oublia de poursuivre la recherche de sa ma» ladie; mademoiselle de Beaupréau laissa flotter sa broderie, étemel chafr dlteuvre que les plus vieux pensionnaires n'avaient pas vu commeooeri nasdaroe ilusquette cessa de tricoter l'interminable bas k jour qaVta étendait à chaque minute sur elle pour qu'on ne doutât pas de l'eabon» point gracieux de sa jambe; Cabassoi, le dur Cabassoi lui-même lekvn la iMe; quant à Foumeuf, il dit à Chan^eaux :
«-Rien, je crois, ne nous presse. D'ailleurs j'ai le Qfraiiy nomqoale répiiblicain Champeaux infligeait aux rois, même en jouant aux cartes: il ne me faut donc plus qu'un point pour gagner ; vous êtes en meenve d'attendre, k moins touteicMs que vous ne sovez pressé de mourir.
im La chaleur de la routei dit le docteur Calvevrac, ayant irrité kpo^
BmademcHseUe de Touralbe', j*ai ordonne au cocher d'errMr à e, devant le café^restaurant connu de vous tous; nous aonuMn us là. il y avait dans la salle de repos beaucoup de voyagenit qui dévoraient des gâteaux et buvaient de h bière en attendant qaVm eût changé les chevaux de leurs diligences; plus méthodiques, des An* Ifaîg s'étaient attablés pour avaler des œufs frais. Tandis que ces coUa*- Bons précipitées s'adievaient sous la menace du fouet du ^tillon , Tn* Tsugle de Nuiterre, celui que vous avex tous vu mille fois, entre dang'
LE mtv>tcm ne wcq.
b sitle ftTte son Tioton Tt^lé, sa fllte en guenilles et son fieoi eaniclie« Aprè;^ avoir jpué un air^ il fMsso la sébile de bois a sa ilUe , el U tlUâ çè^ le chien d« l'areugle s'approchent de chaque foyageur pour rooeroîf rîiMlemnité due au malheur., Personne no donne*.*
— Eicq)té voa«%, monsieur, interrompit mademniseUe de Touralbo dool le rwtd 5*aziimait depuis que le docteur avait pris la parolo.
«^U'enfanl de rareugle et le chien, poursuit le dt:»cteur, se rttîraiaiilt'*] h iWlo h peu près vide, quand le vieil Ho mèra de Nanterre s*éciie d'uod
^ Itosieuis, Tair que je tous ai joué est pourtant do îïelîa Maria , qui ^ ramnfeft eipéès pour mot, il y a long-temps de cela, un jour quHl paa^' mi par ici , un fameux hiver, pour aller à Marly composer, selon soft Iwhîttide^ dans une cabane de nauvTes paysans^ ses opéras qui ont fait tant de bruit, îl était pauvre^ ) étais aveugle : il me ut l'aumOoQ do C^ gir- Je 1 AÏS encore tous lo jouer si vous le permettez... ^^ En roule I en route 1 criait le postillon ; montez, messieurs I Pâ9ûfinô n'avait fait attention h la remarque du pauvre artiste» ^Ti ne le joueras cas cet air, s'écrie mademoiseUe de TouraUei dEmM-fOOÎ ton violon I c est moi mit le jouerai. '
Lepoittlloit, debout sur le seuij de la porte , so met h riro commo uji toi; it$ Anglais laisseni tomber de stupéfactLon leurs coquilles d'ceufi * mr la nappe en Toyant mademoiselle s'emparer du Tioloa de l'aveu^lea FiecenleT en deui mouTomens, le poset flereoiefit à soa cou, et en tir^r " des tons admîmbles.
^Cest bien, ceîa, très bien I s*écrie Tabbé Vincent qui en Irait dans la Salk« 16 vous en remerde , mademoii^ello , au nom de la charité chié<« Hemie, lo gage qu^ la sébile de Vaveuglc s'est aussitôt trouvée pleine.
^Cest œjpie peut vous dire M. Calveyrac, répond à Tabbé Vio-" Cem ffiaileâiOBelle de Touratbe, car c'est lui qui, ayant pria la iébilo» * 1% flrJSQBlét h chaque vovageur. '
UMé Ymc^fit tendit la main au docteur.
^^Lo tjnin et trois atouts! cria de Foumeuf h Champeaux* Qb^'Ofi juge si cette histoire Ta v ait beauoiup intéressé. ^Vciitt, reprit en souriant et d*unô voix i^réablement traînanto ma-* dvooîseUé de louralbe, tqiIï do ces actioiis que M, Calveyrac me dékur df^l tùm prétexte qu'elles donnent des palpitations. ^<-> Peiit'^tre le docteur a raison , dit lo jeune abbé Vincent « mais en tm il conviendrait qu'il prèchAt d*eiemple : celle qui joue du violoa ' h paitfT^ ne doit rien b celui qui mendie pour Taveugle ; vous èt^ { im deux ootipables de la même bonne action. — ' Monsieur Tabbé vous absout du haut de son tribunal parce qu*il * êfaii DiSitoiinénient la musique^ dit madame Dalzonne, toQ<^& dû Vim* Uêm io fiTfiigle de Nanterrc.
^la Taime çn amateur, répondil Fabbé.
-~Ed amateur éclairé^ affirma le docteur. Si vous désirez, mademol* ' Klla» mfmàm de belles voii» allez le dimanche à Téglise dont monsieuiï r«bM VineeDt est vicaire.
—^Vopia possédez un orgue, sans doute!
^y^ ergue I Mon Dieu 1 mtm ne sommes pas si heureux , ooud om ^ npas si fîdies, mademoiselle : mon église n*est qu'une pauvre cha* ! "^ » il ne m'en coûte pas beaucoup pour avoir des vois frafje choisis les meilleures et je los rassemble. Cest parfois , mais voilà tout; le docteur est trop indulgente B Musquetie et mademoisello de tk^^upréau ne s'étaient pas tîiiiqii*ici au dialogue; elles avaient rogardo, admiré et étudié sup* iO|Bl la iOfiiatioo que rétrangôre produirait sur M* f^bassol, et parlicu- *'^ IMIU aur Lofèune, Cependant, comme elles auniient rougi do laisser » à loaéeaioiielle de Touralbe qu'elles étaient tout à kit priv^ iêi
poiirl tooal
idwintfflje k conTeraatiim« mademoiaille de BaBi|B|ig^n l StfDiMi à fértiaper à Fentreli^.
JMfflitSirite de Beanpn^u araii dû ètf toi belto. mtool m |PK lîiioey où la fratcheur est oomplée pour beaucoop, et m VexSfètm ■to»': lariïé Am iiails n'ait ^pie raédiocrameiit prisée. EUe avait allni»! g» pûsioiis nomtveuies par ralKmdaiioe4ie ses ridies avintaf^ de Mfa#tL; d'e^ffit, et exaspéré par Ifiut excès roèwc le cœur de ses ranipalrîolifc .
Tout sîmpleouînt un beau brin de fiUe à Paris, eUa )aw avail tfmm.^ comme une Diane , comme une Vénus de Milos : ses chereui VaitvtÊt jusqu'aux talons^ sa blancheur villageoise , ses yeu> d'un btenniMl» sti wvns lustrées comme le duvet dlane prune, son «Uitude tsiïlée JMf le maibre, ses épaules, son bns et son buste qui en avuenft égalé h »• raté, ses Bwni grosses comme ceUss d'un enfuit, avaient IraoUé 11 y ataût fueloue vingt ans Je sommeil d'une génération de dewcs<d»|>iiiiii|Pj 61 dravoui» dans le département de BUine^etpLoire.
Mademeisello de Beaupiéau pouvait mettre sur le coopte 4# fnvUe diarmes trois ou guotro de ces suicides caracténsttqMeB parficMlipn tp, liéseyoïr des Drovindndaux : te fils d'un receveur s^éiaii jeté dans B four a chaux et s'était calciné pour elle; un neveu de l'anciei du paj)it auquel mademoiselle de Beaupréau anût permis dei i sons condition de mario^« s*étaijt tiré un eomp de iusil, n*afi dder son onde à otmsentir k une alUanœ avee te^ Beaupréau, i tdss trop mal plantés en noblesse.
Pour expliquer rimmense fascination de mademoiselle de ]
la jeunesse du temps, il but ajouter qu'elle daosait la gavotte
cœur même des vieillards, et qû*eUe chantait les i
Tempire : Àufimd dTwM tour UvUbrêUê^^—' Pariant jnmrUSifHet^ nue eapression ^'elle relevait encore par son rare talent à s^ — gner sur la guitare. Malgré tant de trésiNrs elle ne s'était pas i les uns expliquaient ce phénomène par un voeu romanesque lait k vi homme aimé en silence; les autxes, moins poétiques, par oaUe iwon toute naturelle qu'elle avait trop attendu la bonne occasion. Aladanoisello de Beaupréau ne se prononçait jamais entre les deux opinions.
V^ Avait emporté les plus beaux joyaux de son écrin sans i
8'^ fiit aperçue, bien qu'elle ne pût se dissimuler qu'elle avait set ^ ^
ses cheveux si beaux par d'autres onoore plus beaux , et ses ceukon «d éclatantes par de plus vermiUonnées, par suite de la maladroite Méleb»
Lliiasank
tidn que nous avons tous, non seulement de nous enlaidir en vieilli mais de paraître, étant vieux, plus ieunes, plus roses et plus %' '
nue nous ne l'avons jamais été aansia jeunesse ; fausseté dans la l
Ajrant conservé toutes ses dents, qui étalent lûen plantées et 4*^ bal émail, elle embarrassait singulièrement tout calcul sur son âge fiarnii mélange de beautés évanouies, de beautés restées, de cheveux ism:, 4» couleurs factices , et de jeunesse réelle dans le regard et dans la bond»* Un laurier rose sur des ruines eût été son emblème ; et elle était apsas f randie pour l'accepter, certains jours de molancoUe où eUe faisak ban marché de sa splendeur éteinte. Comme chez toutes les femmes towm^ nesques, ces jours étaient suivis chez elle d'autres jours qui n'étaient pan marqués par la même modestie : alors on adoptait les couleurs tendras» lan ec^fitures adidescentes ; on se nuançait le teint a la vierge, on parlait du bo«i d^ lèvres, on roucoulait des œillades d'une tendresse de pigeon ranûer, cm se serrait le corsage à ne pas respirer ; on mangeait peu, on ne buvait p^m^ que pas, on touchait aux fruits de l'extrémité des doigts ; on était oiar — petite fleur, charmante enfanta Les mauvais jours s'annonçaient par le I de^ descendu jusqu'au niveau des sourcils, et par une robe immense i „ laquelle disparaissait toute la cité en ruines; ordinairement c'était knir quW avait rêvé des choses atroces, inouïes, épouvantables. Vidame Dalzonne avait pressenti un de ces acddensorageust an pm»
IC SÉPSCCf «T fUQu S
ate €ODf dMI ^eHe avait jeté au dtner wr la Imletlo de nodemoîselb de Beaiipr6aa..Le vieil Hourdon qui savait tout, qui rctcMt tout, qui avait Aé to Biéieâa de toutes les jolies femmes de son temps, Bon sealemont ft IMi^ ■nisdaaslesfn'iiicipales villes de Franco, car il ^ait rendu è diverses époques dans chaque chcf-iieu comme inspoclcwr des Mpiiauz et il V avait été consulté comme un praticien habile, llourdon se disait parfois : J'ai vu cette fiemme^k quelque part... réflerion Mbeose qui portait presque toujours en elle la menace d*uno indiscrétion.
^ "teles les belles voix, monsieur Tabbé Yinoont, ne sont pis dans TOtie famine, avait dit mademoiselle de Baupréau.
«- fc iM fK)ini tant de vanité, mademoiselle... Est-œ que j*ai pu euro supposer oda 7
'— ^pttop ne faudrnt^il pas aller loin pour en trouver une, montfew 1 VM, digne de servir de modèle.
— 1^1 cemptenei-vous pas que c'est m détour aimable dont se seit ■MdiHmHnB'de Beauoréau, poursuivit madame Daizonne, pour prier mademoiselle de Touralbo do nous chanter quoique morceau T
— Je jiiBS,«n ce cas, mes prièresàeelles de CCS dames, s'écria ralAé... Et vous, docteur?
. «-Mm, flnaîsle également avec vous.
'—Vous aussi, docteur! Mais les palpitations, y songos-vonsT
•* Je vous aooorde, mais seulement pour ce soir, la permission de AmilBr,-il cependant vousn*étes pas trop fatiguée.
^ Oui, à cette condition, ajouta la charmante directrice de la maison Amlé, qjd dnscette circonstance devait partager l'aotorilé du docteur.
— Bli mmI soit, je chanterai.
La complaisance fut saluée d*un lemereiement unanime : aprte 8*étre monlnfe génénase, mademoiselle de Tonralbe couronnait sa réputation par » aela de bonté inappréciable pour les gens de la maison, peu halntués à un td éclat do distraction.
\ «instrument, demanda-t-eUe... sur quel instrument m'aooom- Je? La guitare c!'est ingrat; je la déteste, n n'y a pas de piano ^lan'en vdspas.
— Honsinor Cnampeoux, vous qui jouez de la flûto comme Orphée, d wnsaeeompagniez, mademoiselle...
— MoBûenr le baron, je joue de la flAte pour moi et non pour les au» tak- Vous nioumez bieu souvent le tvran I
— flaa penr les autres I Cola vous plaît à diro : chaque matin je suis éfvilllpar i«s canards.
^-^Iwnf êtes trop heureux, ma foi ! do m'entcndre.
«» Me soutenez donc pas alors quo vous no jouez que pour vous.
«-^ IMie piano est dans une autre pièce, dit madame Daizonne, oii nous MM lénaiasons Tété... Mais, j'y pense maintenant, si vous jouiez de la fcaq^ nous peurrions nous en procurer une.
^-CéBs de la fDlle, reprit maladrottomcnt mademoiselle de Baupréan.
^Jeannette] appela anssitdt madame Daizonne, allez cherdier la harpe Alpatvflhm. Prenez vos précautions; faites-vous aider par Pierre.
^Ome htfpe, disiez-vous, est celle d'une folle?
— •Caa pauvrojeune fQle, fut obligée de répondre madame Daizonne à "' -- j ^ Touralbe, qui avait été placée ici par suite d'une mono-
-Bt die est morte sans doute?
'Mon, mademoiselle : le docteur l'a guérie, elle est amourd'hui dans HBiDe; et eUe a oublié à la fois l'homme pour lequel elle était devte fDUe et la harpe qui apaisait sa mélancolie.
* Monsienr Champeaux, n'oubliez ps votre flftie en quittant U maison*
• Monsieur de Fonmeuf, je ne suis pas foui enteiide»'VOusY
SA LB uiOÊcm M fioQ.
—Je crns, dit l'abbé Vineoit, que momieur le benm eet en ^ causticité ce aeîr.
— Monsieur l'abbé, lépondit de Foumeof en plaquant sor VmM 4i m yeux le roi de carreau, ce qui lui laisait partiot et comme pour aa^per Champeanx, monsieur Tabbé,
Les prfiires ne sont pas œ qu'on ?ain psa^ pense,
— Jesttlsde Totrearis, ré|diqva l'abbé Vincent, car le peaib an se douterait pas qu'aujourd'hui j'ai fait mes confitures de groseule.
— ÀTez-TOUs mis au moins lifre de sooe pour Une de grateiHet de> manda mademoiadle de Beaupréau.
«-Non, mademoiselle : je sais que c'est l'usage» mais les confllnenflB sont trop douces; Je n'emploieque les deux tiers pour lifre. Farce mofea j'efXaoe dans une cuisson lente raddité du Irait et je n'en perds paa k ai» Teur. J'ai obtenu deux cents livres on autitat de pots; j'ai été sur le fatal d'en manquer.
— Vous mangez deux cents pots de confitures, monsieur rabkél CW monstrueux I
— Je ne goûte à mes confitures que le soir de Noël et aux 1 monsieur & Fourneuf.
L'abbé n'eut pas besoin d'indinuer chez qui se consommait le i docteur savait oh s'adressaient les pauvres de la paroisse ] convalescence.
Jeannette et Pierre apportèrent la harpe et la posèrent devint i selle de Touralbe. Une préparation silencieuse s'établit pendant le { assez lonff qu'elle employa a l'accorder.
La soirée s'avançait dans la nuit : la darté des lampes était moins vivo; et, h leur lueur anaiblie, la tête du docteur paraissait plus soucîeiise que de coutume.
Le docteur Calveyrac est un homme d'flge neutre : la jeunesse et la maturité s'équilibrent sur son visage ; dles se balancent comme k maladie et la santé chez un convalescent. Si le savoir hyffiénique ne lui a pas plus accordé qu'à d'autres le secret de ne point viemir, il lui a lût connaître de bonne heure les répits qu'on obtient de l'â^par l'économie det émotions fortes, par l'usage réglé des plaisirs, combina avec lespiécantions secondaires d'une exquise propreté ; les neintres flamands ne ooniMnl pas aux fraises brodées de leurs portraits de chevaliers du tinge plus
pur que celui que porte le docteur Calveyrac, et c'est sans
Sue ses joues, ou l'acier anglais a laissé son poli, effleurent une cnvata e claire mousseline.
On oserait l'accuser d'un peu de coquetterie à montrer ses dents ; mais comment oublier qu'il ne les laisse voir que pour parier conaolatîoliSt espérances et santé à ses maladesT Quoique sourians et bons, ses yens ont pourtant une pénétration qui alarme : on y découvre toute la nirse de Texpérienoe, et l'expénence du corps, la plus certaine de tontes.
Les femmes prétendent qu'il a le regard dangereux, et les Jeunes flUas roueissent comme devant leur confesseur ou leurs premiers amans lov»» qu'il appuie le pouce sur leur artère jpour écouter la maladie qui frappe aux portes du cœur ; mais le docteur Calveyrac sait épargner aux unes et aux autres un embarras dont il n'a besoin de tirer aucun orgueil : lots* qu'il interroge un malade, il ferme è demi la paupière, cherche dans la âarté intérieure de la seconde vue l'ennemi qn^il a è combattre, et, quand Ù le tient pressé entre le double bouclier de la cause et de la ffuérison, il TOUS dit en riant comme le ferait une mère qui vous aime : iulons donc! cela ne sera rien, ce n'est rien.
Si vous creusez davantage vous trouverez deux individualités bien dis-^ tinctes dans le docteur, le jeune homme qui est votre ami, votre joyeux
ÎM KÉBICOt tlD Picg. S3
conTiTâ aus chevÊui noirs, aux beaux yeux, aux mains sofeuscs, mi
n'épilogiiô jamais dons un dîner sur les fins qui échauffent ou sur les mais oui pèsent h restomac, qui vôuâ tknt lête au dessert, soit que ?ous #muexftltérmiure ou morale, soit que tous agitiez les intérêts plus gri^ Teaée b politique^ et etifizi L'homme qui fera votre bouilloite ou pfésidôft U banque du TLogNn-uii avec raisaoœia plus noble**— Ce jeune liomino a trttute ans.
L'autre indi? idualitâ dans le docteur ç*est l'homme qu*on appelle m noBhent du danger, au miUeu de la nuit, toujeurs votre ami, mais votra mittref k VœïI méditai if, à la paupière plisaée^ ou front labouré de rides* Approdïei : vous apercarrez a la lueur de la lampe beaucoup de cheveut blancs auprès des noirs ; vous découvrirez des places que le peigne du malin ii*a pas eu le temps de cacher. Dans sa précipitation à vous sacoalift tlKMnme a emporlé la décrépitude précoce du d^Kteur. Sa parole est lifèfe, dk commande ; c*est avec la bruiaïité d'unjugo d'instruction qu'il forcti dine le mot propre du mal, le mot de ta rue^ le mot décisif. 11 promène tme main glacée sur le plus beau corp^ comme sur un squelette ; il imamige la vie en geôlier, et, si la mort répond, il tire sa montre avec lentettr, se penche a roreille de la garde-malade et lui dit : Dans uii9 hmm fous lui jetterez le drap sur le visago. -*Çet homme^Ià a quarante* doqans.
La harpe était accordée : les cordes ^Fîncel&rent sous les doigts de mû* dcmoîçielle de Touralbo; elle en fit jailïir des nappes de sons largos et |)iainti& coupés de notes soudainement gaies qui se taisaient aussitôt. La IfillOflMl du motif était pénéEranle, la vivacité accidentelle en était tébrile; HQ proBMiirtait le caractère des paroles mi'elle allait chanter. Elle les imptt>¥isa : elle prit pour sujet rhisti^Mre de la jeune folle qui avait oublié sa tiarpe de mémo qu'elle avait été oubliée par celui qtii lui avait fait perdtd
llfttMCL
CmH à la langue italienno qu^elle emprunta des paroles, tantôt passion* oéeSi tanldl amères, pour flétrir l'homme qui est sans pitié pour la femme ntr^MB atméo , et çiiur aC(3bler la femme sans souvenir rect:ïïinaissant pour l'instpiment hurnjonieux d'oè elle a tiré sa consola tion«.. Malheur k l'amant I le délire une foLs passé, la passion sera éteinte ; malheur à Fin* Cttte I quand sa raison sera revenue, llnspiration se sera évanouie.,, J'ai^ Uiirrâ mieux être folle et enlevée au ciel par renthousiasme , s'écria tlmprOftoatrice, dent la chevelure blonde s'était défaite et pleurait sur la Inrpei que froidement sensée el n'avoir plus de caurî.». Elle mit uno mmÊÊkm si vraie dans ce cri , jeté à la fin de chaque vers, que fatten* AvÉmant gagna tous ceux qui r<.^utaient , excepté de FoumeuL II so ptmàm «ur Oki mpeaux, ruiné par lui jusqu'à la demièn Ûdbèf et il lui dit i
» > Il s les goôts de cette demoiselle d'être folles elle ne poii-^
riit 04. ui u iil>er. Ëllo a d'ailleurs^ je crois, d^exœUentes dispositions.
Foumeuf n'avait pas achevé sa réflexion que mademoiselle de Ton* îiUhj, iuJfoguée pr l'émotion, glissa le long ue la harpe, toute retentis* ' da frôlement de sa chute t et tomba sur le tapis avec ses ehev^ix > et sa robe de mou?=iseUne. Les dames s'empressèrent de la relever, ne Datzonne sonna , le docteur Dosa la belle évanouie dans un fauteidl^llii lit sentir do Téther; mais il s écoula un temps assez long avant qnlÀe respirât Ut^rement, Bianca, la demoiselle de compagnie de niademqiielb do Tàuralbe , étant accourue , elle dit en prenant le bras de sa wéiitÊÊà pour la conduire k son appariemenl :
— Mon tÂmt vous avez fait chanter mademoiselle de Touralba , fm ioiisfttQÎ
* Quelle magnifique créature! ne put s'empJkher de crier Foumeuf ai vojaot Bknca, fiTiasatite Florentine soveusement cambrée, in|uée parUNit, arquée du JÙfont, ûm msidht des ^ules , des batiches, rayon-'
Mnft h foreot PtuuMiy la Jmiflm psT ton tes pom ôb bêlvoDo fcn towiMi.— Oud HWfcotu d6 tiproMp pwnsiflor Cïnttipdnxl
ayee «or Bianca et le dortcor Olreyrac^ scmteirae gona^ h taBte pr le nuBome ^ acconyayioP de imoeiiioiadle de Beat^praaii ^ de S0^ I Muiinetle« et aivee oeaiweiip d^Btévn par 1 abbé ViDoeDi, 1 fivé au oonloir de sortie, s'en aRa k aeii presiijlètey r ^ de Touralbe fut conduite à sa chambre.
» et Cabaasol » tafdèreal pas à ee mfirer.
"^ VoMjw^avez wrépondta, mensiear Cbaoïpena : e^-cefae
deoMiedle de eompagnîe de mademoiseBe dD >9 ne serait pas de ▼oCrs goût? To» séries asKz difilcilB. Avec on ^raod éComemeiit GnunpeeBX lépndit: •- Je n'ai resBarqné ni la dane m la denmeile de compagnie. *«> Bb ce cas, alms nous coocher, nensîeur Ghampeaax. «*> Non : mai je fsste.
•i* Toat seolt ■— ToatseaL •» A votoe aise.
Madame Pingnqr était asûa aopris dv lit d'Abel, atteirtîfeki les progrès de son retour à mi état plus calme. Elle arait la main a^^ voisive da malade dons sa main; le cœur d*ime mère n*anrait pas éL
5 lus inquiet que le sien. Snr ses traite , naturellement graves , la sërénll# e la vieillesM se nuançait en ce moment arec nue foule de sentinené affectueux , dominés par une expression de pitié touchante. Son regazs nedéviait du visage du malade que jpoor se pwter sur de nombreœed cafetières rangées devant le feu, et quiê lesoudles chauflaient ces boias sons innocentes en si grande vénération diez les personnes âgées, la camomille, le tilleul et Les solennolles quatre-fieurs. Écoutant la respiratio* graduellement plus libre d'AbeU cXie attendait le moment, si lent pour sas soUicitude, ou il lui adresserait quelques paroles. L'orage intérieur avna cessé, mais un affaissement général s'était étendu sur ses membres; îft avait les yeux d'une immobilité perçante, la peau baignée d'une froidB aueur ; comme sils eussent été exposés à l'action du brouillard , ses dwt veux s'étaient |toqués k ses tempes et ruisselaient en lignes lumineuses* U se tourna enfin vers madame Pingray , dégagea sa main droite qu'eila^ retenait, et en la portant au liront il lui dît :
*^ Vous êtes làT c'est vons, madame Piagray?
•^ Oui, mon amL £tes-vou8 mieux?
— * Plus tranquille; ma tête me semble moins brûlante.
-* Laissez^moi vous essuyer la figure... Savcz-vous quo vous n*étei pas un fort joli garçon, coiffe de cette manière?... Relevons mointeBant cette tête, posezrla sur Toreiller... Â la bonne heure.
** Exoeliente madame Pingrayl que vos enfans doivent vous aimer I
•»- Jusqu'ici je n'ai pas en trop à m'en plaindre , car ib sont encore à
— Je vous croyais mère?
— Non, mon ami ; mais si j'étais la vôtre je vous réprimanderais fort-, Buvez d'abord cette tasse de quatre^-fleurs.
— Que vous ai-je donc failT
-» Beaucoup de mal» parce que vous vous en faites par votre singulière foçon d'agir.
» Comment se conduire plus régulièrement? Je suis le plus rangé do la maison.
<v le ôo l« contestv pts.
^ Co maUde?
— Vo«s ii'éic« pas mam mabde i|iie to«s fo«sl1nBflciec : roSk votrt premier tort.
^i l*«j tort d& soeSiirl
^ Ibm âiitt« voua n'êtes pas TflicmMibkic têtre tnM «si îéf^r, il ser^il licfle de le eombaitre it«c doi «nui ardiniire» ; et Mms vums {ilust^i | l'iiPMW anis relâche, bads pUié pour vou$» «otoi pitié {K^ur ks atim^ ptrm Mm ^e je ne OMnprênét pw.
— Moa Mal est légen di« 1 Voiit wâl œrame les mitres. Dam
It «ri : àlM» J
on ïio crott paË. iir cpî ne résulte pss d'iuie fcaetun
^ ou è li iwmbf* f ■ lo «âitf « lâufihér u pLiJte » eotitndra
. Jji fKiriii' lia» i^«ai@«t, on 8d iOoJèfei on aC'»
pOEle dits lu 4^-^i^;;. L i ^4 â besdes. A petiies fisirtts, cnaèdei [itt^dà M fl^j a pÉn lien* il pmâ péciféaieiit ta mini opitilon. mon flftii : ie soSs qiill jwi ml éMBpwt è k péoétra e . tla!in et è b p«tiâfH*
Ift ^n4^4ttiMb» ïIb dû aisni (]fii4^ iibrçnx ; mais orouei
ïfliÉwlli tt» aonl pas lealeaiiut difikili^ ^ ^^iitiiltfiaet par o^it^oqucaii i^Élf pam fiie la ÉCnom «tt mcGrUune^ mais qu'ils to sont aussi beau» «f pitG» 4M» la fàipart de çhii qui s'm plaignant %'m eotnfusefit nm migÊm çii m MBOit ; Ha oaciietit, mtt par titzairerie, sort pajr jïuf^niv biai% Jim «uMilea doukurs, €»t pctifois tmiquemeni pour le plaisir ^g so
^^ Or = ^^t dnnc 5 se créer des malheurs imaginaires lofSfEl'il m gH Uni * L'asseriinn est neuve pour moi*
^ hàw vTii >iait% moi} aitii^ J'ai couou è Lfon, dans ma jemtemis ima teMtteebanaanlf'^ niais portée à se iingulariser. Blasée sur im itum^stlo lAttqu^*'"'^''^' ..Millier.' É-He trouva original d^avoir ûoê maux de ner(s,
fMSIila ÛK II ^quoz auft, fcnimâ d*tni rklieticj2:ncixui h n ^4 ii*
Eitit 4Uû habitfttt un liô-tel niagnUlqu^ stir la place Mlecotir ^
a^ml|Wi tm désir qull ne fût aiïâsilAt satiafait. Le nnil ki ; "^ "" "^ — ^^ . g^ij p jjj^ irrêlé, il fut su iri : elle respi rait des s< i i
Ubait rti faiblesse au spectacle quand m\f* ^thnt ér ii
' pûtnesActiiasaiidodknir
'lia pfiU . uj tompa apr^ elle eiM ■ ,f}
ip^ gniFc; la p' î njctcut son joli
y CaMiitoét fvecèsr rimgtsw bien,
an pTûItt de m coquPtieno, i m s.' J■l'îSll^^tKî <ju euo ne jMjuvaU piui i?ntaaifiaaaiiafr^ir le aon d'un indrumeiU, kmurwura d«^ l>au tombant daaamMMft, le moindre briîil «iUfin tropi-bîr, trop métaUiipia ; plus lard ItfWUllDtta, la luuiièro du jour fut fiH en horrtmr.«. La erointit-roiisT ail0t ^ iofm dû piarâiiU'r daiiâ s^ inanio» éprouva dâ réelles crï9Çi aa;alle kiUH en àiovrirt . Qui vaus dfi, ïotEflionptt ÉkheU qu'dtc n*était pas téritakkmeqt ma* » IM iMTli loraqu'cUi ^imiKo^ à a*<» ^Uiodm *- llsîfiif io vous ai nconié mon luafiHiia. ^— Ja ne nie pà^ répliqua Abel, qull asiifia dit imagifialimis tommt étaii la ti^tMitmak cïïQyez-mùu tmm inirmlté m*mi pas du nombrfr de otlaa fri^ aaiiaent sans cauaettife tleat de bi près à une amm épouvaotafeteinSnafté*.. ot jo a oaala «oninaf «^b-la^ tant eHa m'allraie... ^uo ladiitificikiii uW praaqve qu*nn itio4*«« Tai la peur d'uu mal qui no tuan^ qwB i^mmiA de tmnt oalta peur.
^Moa aiiiaiiif toas na mtoMmiaCiic lamais «toc d» énlgntesp «> Faiit^il ikifie qua je vous décottrrfi ta WfHise pkie dont je suis rongi }ûgir al miit« à touto beuret quand |e veilbf quand jo dors^ loi^u^on ma
lâ*ii
j98 U IliMGDI DU ncQ.
croit disirait ou oonteot, loragoe je me mêle k h vie aetife dn monde et que je suis aTec tous» au milieu tfe tous» près de tous t.». TeMaE, en Toui pariant, je me débats sons le poids de cette olMCssion, elle m*écme : f étottifo, je suis mal... Ne sentes-rous pas palpiter ma main dans la vmt
— > Qu*a cela d*éUmnant? quand on s'anime, tout le corps ffisaent vs part deTeialtation. Paries plus doucement, mon ami : je tous ^«^■■'iiffi Bdeuz, sinon arec pLm de plaisir ; car ce que tous dites m*int<naBe toujours. Tous êtes mon entant gftté, toute la maison le sait :en raoooBaiH ■anœ, suirez un peu aussi mes conseils... Yoyons, désallérei-Yoas amn cette tasse de tilleul, et causons ensuite comme deux rienx amia.- Uisaei*moi encore rdefor Totre oreiller... Pttleik présent: jevoiis domlja.
— Je TOUS ravouerai encore, madame Pinjgray, monmalasapodwx jeroogis ducroire tout en tremlilant de le nienil m'est àla fois on ] ' cnle et un fantôme : quand je suis seul c*est te iuitOme ; quand Je
hardis à confesser k quelque personne aimante le tronUe oe mon -, ,
b terreur dont je suisplem, lelantAme fuitet qneUedudoigtteridmIs; «t aussitôt J'ai honte, je me tais. L'heure de la riTélation est-eUe passée: le fantAme lerient, et il ne s'en Taplus,..Ne riei-TOns pas d^enTOW» mime de ces paroles qui TOUS dénotent la perturbation de mon flmet et qri sont les échos précurseurs d'autres paroles que iliésite encore k pronoDcer, que j'ai tues même k madame Dalionne, elle si générensOy il bOBM pour moi, si docile au plus ennuyeux de ses pensionnaires T..» Aujourd'hui j'ai été sur le point de parier, TaTOU est monté jusqu'au bofddemee IkTres tandis que nous attendions sur la terrasse de saint-Gecmaial'an^ Tée du docteur.
^ Et pourquoi n'aTez-TOus pas obéi k cemouTementtn y a enliemidame Dalzonne et tous le lien de la jeunesse, si propice auxoommmkations. Elle qui a tan t de patience k écouter le baTaruage des Tiellks geoSi et je ne m'excepte pas, comment eût-eUe manqué d'attention kla oonfi* dence non pas au plus iSastidieux, mais du |4us intéressant de ses pensionnaires T Je n'approuTo pas du tout Totre retenue.
^ Eh bien ! c'est sa jeunesse môme qui m'a fait renoncer k Ut résdation do m'ouTrir k elle : j'ai craint de lui parler une langue presque Inintd-
pénible d'ÂToir intéressé d'avance sa pitié k ce qui n'eût été qu\u mensonge pour elle ! Je me suis représenté son visage surpris, on, cequi est pire encore, son Tisase pli^ d'un rire d'incrédulité, aprèi ma confession ; et je n'ai pas pané, de peur d'avoir k la haïr pour une ingratitais justifiée.
— Mais moi, mon ami, qui ne suis plus jeune, qui me prétends Ténélable k tous les titres, par mes cheveux gris, pu mes rides, par mes cinquante ans... je ne vous en cache que cinq... je tous inspire sans douta une confiance plus grande :hAtez- vous de me prouver que je la mérilSy sans quoi, je ne rirai pas, mais je serai convaincue que mon intéUigenos n'est pas a la hauteur de votre peine. Ce serait fort pou obligeant.
«> Moi douter do votre inteUigence I Ce n'est que de la mienne que ie me méflo. Mes idées sont si exceptionnelles qu'elles ne trouveraient de funestes analogies, il me semble , que dans la tôte malsaine dTim de ces prisonniers d'Amérique qui vivent dix ans au fond d'un cachot solitaira sans parler k personne, et qui, k force de mâcher la môme pensée, de ronger le même mot, finissent, d'aberration en aberration, par croire gu'ils sont k chaque instant sur le point de devenir fous. Depuis trois ans je m'observe avec une attention incessante : si je fais un p^ je m'arrête
Pur voir si mon mouvement est naturel comme chez tout le monde: A tends le bras pour saisir un objet, je me consulte après avoir exécutées geste afin do me convaincre qu'il est le résultat de ma volonté ; si je dJs im mot, je le répète long-temps en md pour m'assurer que c'est bien lui
u Mivtoii DÎT nm* 9
i mon Idée ; $i j'enteiiâs parler, je mô fourmpfitc pour me perso** \ i*ai coinpriâ de la mêiofl manière que ceui qui écoutent «vec moL (je creîs a?oir senti itmipre dans ma t^le le fil circubîre du raison* nenieiil humain ^ e( jo m'épuise à acquérir la cerfitude contra tre par dei oloili ouihématiques sans On. Quand je me cm^ pénétré de ToE^re da IMi nuées» une autre fatale idée me rien^; Qui m assure que re que ja mm pour une preuve de mon bon sens est réeUemenl une pniuva T.«. 2Î0fS je tremble i je me contiens ; mais à quel prïi 1 m^n ccEur bai, s*eîalle^
Brlères palpitent, et j'ai besoin du grand adr. Autre torture : je redouta Bdre bientôt, mon mal venant à augmenter, des voji humaines dans I, d'apetcevotr des visage II où Te^Mce est ni% et d'entrer en re* avec des ôtres que Dieu n'a paa crées. Enûn je me figure que cha- ^|Q0 niâtin doit me Toir emprisonné dans une camisole de force, étendu fOf II paille, et riant derrièro une grille... Ëmbrassez^mot..* l'ai peur de tfflftiiir foa, SI je ne le suis déjà... Voilà mon horrible maladie 1
liiivnières nomlesou plutôt les derniers cris d'Abel se perdifent dans ï abondantes qu'il répandit sur les épaules de maoame IHngrajg
WSttB pleurait aussi i ses bras ernus serraient contre sa poitrine celui doul cPa Ttttil d'entendre les funestes lamentations ; leurs sanglots se mélè* M^ Rompant une étreinte douloureuse et secouant la première le maii- Uméàtù rdve de plomb, cite relera doucement la tète d'Abd et la posa ir «Hé*
— Iloa fils, lui dit-elle, vos maux m'ont fouchéo, mais leur eausey et
> fuis Henreusc de vous rassurer sur le salut de mon Âme, est une et-
eur, un mensonge : votre intelligenoe est êtissi saine que votre ciBUr est
Dn. Voire mère ne mériterait pas plus de conllance, que moit mon ami,
I îe vous assure.» et vous me croyex, n'est-ce pas^ Abel f... que
^ s, foa paroles, vos actions respirent Tordre et la générosité* Do-
ris sti mois que TOUS habitez la maison, vous vous êtes fait aimer de tout monde, ce qui n'est pas commun ici ; moi-même je n*y ai ps que des » Cepmtani avouei que vous n*avez cas tenté de grands eÛdrts pour ier eettu popularité : vous ne répondex pas a eeni'Ci, voua bondes :*^là;pas ta moindre galanterie pour ces dam^.,» Est^^e vrai t.. Con» S, mon ami , mon Ûls, que si quelqu*un a à se plaindre panni aiiaires, ce n'est pas vous*.. Fedej-vous le malade pour être en t d^Hfâ mieui traité que les autresT
ces paroles de madame Pin^ay n'arrivaient pas jusqu^à Abêt itee la ctrictère d'onction qu'eltei avaient Les première furent perdues ; AM ne le« entendit pas ; les dernières seulement séchèrent la trace des Isoea mt ses joues. Il Ûia son regard sur celle qui^ en lui disaiit des moff si fDOOurageans, lui souriait comme une sœur aimée, et il s'écrîa : ^^^ Bôttrqnoîne vous ai-ie pas plus tôt ouvert mon cceurT Vous Tavet apaiâé, YOttS fave^ inondé de calme.** Touchez : il bat moins fort ; mon ÉRNil q'M plus brûlant, mon esprit se déffap«*. Vous u'Hm pas uao I peut-étr^ : aucune, m^mo parmi oelTes qui m'aiment le plt^ m lé autant que vous* ^^ ( suis qu'une pauvre et vieille femme, mon ami* pleine de Caîblesn^tfa défauts; le bten que vous éprouvez no vient pas de moi, it rient ivov» Ifoi vous êtes humilié et ave^ dévoilé votre plaie. Combien <Hiuf- TOnuiie TOUS, combien meurent, et qui auraient abrégé leurs aouflat f ivraîenl encore s'ils eussent approché leur ca?ur de ooliii d'un ifJanfisiuis pas dévote mon fils; mais |e crois que k confessûHif mémo I ifl pitif , est souvent un bon recours contre le désespoir* ^ Abf Mte minute de bonheur, fût-elle isolée tu miKoti de ma vie ^ » m fiiifaii pas adielée trop cher par Tarçu que voas avez entendu*.» ^*- — *- n'^ivis fut de bien I
rfuoi ne oontinaeries>roa3 pas à jouir de cette pai^ descendue I foitti ^OttUBM madami Pingtajr, maintenant qua voua avcï &u Tcta-
B IB MÉMCI9I DV ROQjL
Ur par FeflBrt ë*an sacrifiée q«e fou n'comi ph» bèfota de leif teterf Votre santé, qui B'eet goe fnUeasHt altérée, se nttnrnmm
- '<to^y^*»»q«w^PW««*ttoMyetil¥eiiasstaÉ^^ SBciéer, ImnileMBle* •?
^ tt le n'est Ms pemis* fipftfia Absl es sonpifanty de cméW mm ne tnquillité ^hsoto dns cette vie. VOLmÈo» setail trap kmB: elfe mfcBtretiendraîIdrespénBees déeav«Bt»aoiqiielles»'oMseeaapaBB jBritMroiiaMMiit trop réel, elqMriaii^â pâle tettMftiiriaHil2
— - Ne nn» ahnaea^on ps, non ani, et jm«rie»-?eaa et wÊÊm eelte ÉTOietkn dMit ms M fliravea eaeon fie» *tfl^
tteilffeslaiiBsi vraie qMvoiane le laissa» ncsssmir, mimb4b«bb£ fÉre»*fe«apaB te gnvitéT C'est au pasB^qB'el^ao lattadMi^ Mm inasl 9Mie passer Dtfme senUepas kmgqnaMjene lappeMeqMflMBimi ^ — de dMi Togs éepmtf trois aas, et gae teaa ifsweâjm i
Tin^huit ana. ¥o«a m'afier pennis, saott asai ,,de doeiar
" ^ VM infaiMtes depiDB folre pveaBèra> eoHlIdënoei
,>>todëBornaâspowrn'asBsciBg»SDMféfleils«ad»n»fa^ fcim pBMsniniis pefseBnoMes^ f
ItedMDe Pï^my se disait besoeonp plM inerédbte qiféfo ind. A peine Abei s'écat^l laissé amdMr le ssevet dr een mal , iirtU Irwiitdefiaé ne la oatse qu'il W attrikmait n'était pas rmtaMrPM^ dente, armée de sages réserves , comprenant les ménagcmons msl i^M ftilMlt iTeBiDÉiér poar ne fos dmùànt la plaie en là soiidwc,. ellb araîl Mst d'ôM sottsannend mstnite qoandelle avsâi krcewietii»daiB Itoa enoocii $pfk moitié.
•«-Ce passéy reprit Abel, n'est pas, j» ton» la répète^ eue asmkk teagînalra, s*ift n'est pas nonr^tns, comme tous favei supposé à-Sost, «sr M qm déooals ds la volontaire iaupalsio» de mon etisteaser Ja Ai fente comme une kCBd» eross depuis diSr ans , depais qtw kl lalMii nras Ttnss anrse FAge.
«« Non avons» mon ami f la prétention de eroîTe, qaand BOaasbflBiianb Jeunes, et on Fest loag-temps pour ces sortes d'orgueil, que nous swnniefc pvédeslinés à des douleurs privilégiées; il n'est pas on homme peot4CM ^1 n*ait em avoir éprouvé en amour des tortures inconnues avant M..
^ Comme tout autre, répliqua ÂM avec un sourire triste, j'ai coama des conlrariélcs dans mes amours do jeune lu)mme , mais je ne Isa tf fanais placées si haut. J'ai besoin , je le vois , de vous protester, «rec
me sinôérité dont je rougirais de manquer avec vous, que je n*ài l
leproehe k m'adrcsser quand je reviens sur ces liaisons passées.
luisent au contraire à mon souvenir, sur lequel elles pèsent lëg^Bieili car, je le dis sans fausse modestie , le chiffre en est petit.
— Je sais que le nombre des afflictions humaines est inflni, continua nadaniB Pingray ; mais n'en f ût^il pas ainsi , ie renoncerais enoom ft pénétrer dans la retraite des vôtres du moment ou vous croiriez de volM dignilé de les cacher. Je suis convaincue néanmoins que l'essai de voM première confidence nu sera jamais pour voua en motif de vousaj^lûa* diff de votre réserve.
Le ton un peu piqué de madame Pingray ftoissa le malade, il se r^ fisntit d'avoir déplu sans le vouloir à celle ^ venait d'acquérir de» dsoHa ai vrais à sa conflanœ.
— Vous m'aurez mal eompris, je le crains , madame I^ngray. Ndn, n'attribuez pas ma retenue à une déHance injurie. Jo me sois si pe« habitue à l'idée de rencontrer an jour une amitié aussi dé\'ou^ qito là vôtre r que je suis surpris de l'autorité qo'ello prend sur moi. Faut-il tout vous dire? j*ai peur d'écraser votre sensibilité de femme en l'attivant sur un terrain où l'énergie mOmo d'un Iwmmo diancellerait plus d'une fois à me suivre. Vous né voudriez pas m'écouter à la seule oenditioa de oomplaire à votre coriosité;: ei'alo» no Toueaanis-jepas eemproniai
LB HÉDMCI BU MGQ^ 3i
aa lieu do tous intéresser, quand à la place d'un conseil je n'obtiendrais de TOUS 9 après le récit de ma pénible histoire , qu'une épouTantaUo surprise? -f
-» Il y a dans la maison, répliqua* rtiadame Pingray , un homme d'une probité peu commune , dont le regard traTerae l'obstacle du corps pour 4itoih««kwUf8ÎMca8lié»ious.te«haiKt hQii,jiOBpaad0 U bonté 4fmB ■iwatooftoaiw» laaii bon^ coiiiiMletttatnBtptfle blenfiô^ j^k k PHHaÂoa , anM & la chMdté et à rii£ïm^ ^mÊi ithfliikanfiîgi, n« pas maaiat, mab» ea m moî, m lionnêta
MBeT«iMaîn»44L:^flatfedoeleaCalmme.
Bt nadaiM PiqgM* ina te malafiaa dt tlae U loieai: i^QB caltedHCOsfiT lowcaa gnwbesprila da h fckntti > as delà da kfieao. Gepeadaiit je oTai aucune lépagDMioBr
àfcha—a asaaplâoa m laTiaor dadadaurCalfejrne. Toua l'aîaaoL i " " . - - — . ^ que la
r fOlBa qpptff» aaWttnlBa» Maia M penaes-^fons ps qoa la d^ ~~^ Bk» loBKwntiaHlé qufrcdb qm csiife entre lui et
«Kiif aaiBl fBt'il ma fât peraua d^épanchar aana séaKTd te malheur» d» «n m rianaaa HMdnaî BOuan^avoiB au jusant ouade aîmpte xolatkns mtm-éê h IêhsBU de noua toît aouvant et de la néoesrité d'échanger dan aiÉmoBnBnrdBaobielBdifléiena.Jn€OQBanaTolantîars à lue la moitié dv ckensç «naa estrîl oonTeBaUey jugen-an, qua/aillo plus loin? .- — B aecaona wen tous te hna ourerta dèa qulT saoïa que tous désiiez sincèrement TaToir pour ami. Je comprends toutefabque son Age efc la fâlin na ifaltimirpaa ausû lapidement que dana une yannesse oooh aana. anfoaranta ans, tous tous la flguiei plus graTO qu'il n'est: cala anîBt pour notifer Toue circoospection... Écoulez : laÎMCT'aoi a|danif calle Mtila dUOculté.- Voua me saTei Totre amie^.
•— Comment en douleraia-jaf rendit Ibel en résidant aTec une Joia ^enaa BMdama Pingray, et en te tendant une main lyppsantia depnia 5PBlqnea tetana pas le aommeiL
*- Ainsi, éontimua madame Pingaf t îa pôerai k dodanr da me ûoih date demain. dH» la calècte de la mauon jusqu'à La Hnetta : an retour, i*anàneraî la comreisatte sur Toaa;etai)0 tetnmreeammeîBledésirB^
c'ns>4hdte fninmn je aniaaûae qu'il sera, afiactaaiB, heuienx de ma Uflardae
I emnpier un ami de pte, alors je voua arertîraî, et
; h la ptamite anlievne toot ce 91a Tonaaiez à tous
dhra. irasi-fla paa, mon arait ^ AfteiB aalon Toa inspîratteiaf et je serai content* 4te «nfttea parote dfAbel aortuent h peina de ses lÏTrea, iemite far une danea lassitude. Sea paupières s'abaissaîent ; sa maiii^ en quittant oaila de madame Pingray, ne se seloTa pte : il 8*andormait d'un calmé
il n'en aTait lamaia connu depuis plusieurs années. A ses men^ élendua, l
j à son haleine régulière, à la moiteur nnilbrma I paan, h la Uaneheînr sans excès de son teint, enfin h cette atauH •vhbA, jamaîa anals^sée mais réelle, qui plane autour du sommeil d'un tenamen aaolé, il était éTident ^'aucun rôTO sinistre ne le tourmentaîC
CsÉI an moment où Abel armt été tout k fait gagné par le sommeil que le docteur Calvcyrac, qui aTait quitté, comme on Fa tu, la sodélé cm aato^anini dana la chanibre du malade.
Après aTOir regardé la figure endormie d'Abcl, il dît aTOC indifUrence:
-^ Aligna légère, maia bon sommeil. Ce n'est rien.
«- Docleur, murmura tout bas madame Pingray en accompagnant le dacteor CalTeyrao jusqu'à la porte, docteur', ce jeuno homme est très CxiTement malado : no dites paa c# n'ett rte»
LEHtMONMI IMI»
Un pou ranis dB ton Daliooiie et mademoiselle de Toonlbe m chfbin de cesdames âviieni depuis on mobpwjeltdBfMteritodoclBiig était aussi de la pÉrCe; KaBct
près demidiIon|n11sqiiiUinBtbmaîs0sdsfailéMr|^vir de la montagne da Peeq, an boni de lamsleflai est te Mfasaaf planade dn âdtoau de Saint-GennaîB, ibn^HailpasàfSdenlsr I modité delà chaleiir. L'antomne a des jovaise da psndis tenei enviions de Paris. A cette ëpome de ravrfe^ k moiw Ms b del iMipBr
Kantiement, et rdventoaraé est fait, rèmlm est mee à ctté dp «K le sdeil est tiède. Prifés des froUs mi be doadtasriBm, les «ini
cnt enoore bois feoiltas et seniblettt petb à nna toitaon asnielta. a h sataie est moins Jenne. elb est aassi moins impateleidbnbr d*nne femme qui aéiénelle,onirestenoonpo«r cenfniroDtr en» jouis aidons de Tété ;bcMl est peuplé dV>isesM«8ansbhisi tage qu'a lliomme d*êtie dans b eodidenoe des mens dont H 1 tooié, ancune créatoie TiTante ne piessontigait rMffer dwHw b ridssil de 00 paysage fluide.
Ces dames n^àraieot pas. do reste, modiflé leur teOelte dabi nière; toutes trois avaient nn chapeau en pailbdltalb da f buse et ampb comme bs affoctionnent tant bs An|^aises. taunoa ssuw avait attaché au sien un dahlia penché iort bas et jeteavec nne cnuueUSib charmante; celui de madame nabonne avait un velouis noir «n hnl»
Tisage. Madame Dahonne et mademoiselbde Touialbe port^ont uns mhn de mouttolineunb, simplicité oui convenait autant à limequl rautoe : I madame Dabconne eUe rendait b service peut^^re euféré da trop Un
service peutp^re eugéré da tràp i ▼aloir b rondeur de ses formes, mab cette blancheur fimnte imr ' nn élancement de statue antique an tone de mademoisâDe de Te par ce doubb privilège qu'a b coobur blandM de grossir ceux qd i^ rembonpoînt et de lédiuie sans les maigrir ceus qm en manquent»
Passionnée pour bs nuances vives, comme b sont en géneml les j Hennés de haute et basse extraction, Bianca avait mb ce jour-lk nn de fantaisie, achetée àcoupsûr à Florence, sous l'impression de b i an moment de son départ; elle était mouchetée de fleurs rouges et j aur un fond blanc Amsi diaprée, Bianca était toujours une puiiM belle femme; mais en vérité, loisqu'elb marchait et que le ventdoi agitait ce fantastique rideau, on croyait voir onduler un champ C
tous bs coquelicots narasites. EQe allait seule et devant, k queL ^
Û0 sa mattresse dont le bras moelleux effleurait celui d*AbeUlladime Dslk nonne donnait b non au docteur Galveyrac
^Comment trouvez-vous nos deux malades, docteur? dit-eDek ce dernier.
^ Je les trouve fort intéressans, et le crois que cette promenade Itm fera du bien. Mademoiselle de Touralbe né^ige trop rexerciçe ; voua m l'engagez pas assez k quitter l'immobilité de sa vie recluse. U serait dés^ rable que vous prissiez sur elle l'ascendant que vous avez sur M. AheL N'étes-vous pas née pour les cures diflidles? Je l'avoue k b bonté de ma Tanité de docteur, le docteur infaillible, c'est vous.
Qui eût senti une pointe d*amertunie sous ces paroles du docteur Cal* veyrac, calme en les exprimant à demi-voixt
LE véDEcni m pbco*
Uidame Dalzonno n*fyii pourtant que Vatlestûtlon flatleuso, mais naiu* .relie des prévenanœs dont elle entourait un jeune homme aussi cher au •docteur qu'à elle-même,
— le me honm à suivre votre exempte, docteur, et h ce titre je mérite TCiS éliîges : n'avez-vous pas enstlgné h loutô la maison votre ingénieusô patience, votre humEiuile que rien ne rebule, et votre dévoûnn ' * ' "►" épreuve? Pourquoi ne profilerûis*je pas, moi s<!iile, d'ouséi bon 1 1 ' L<écolîèr6 ne tâit peut-être pas encoro grand honneur au mamu, iniiis cela viendra» ^ ^ . , -
^ J'aOlrroet moi* que récolièro en sait déjà plus que le maître » si co litre me convient. J'ignore ce que vous et madame Pingray dileâ â M* Atiel, Kkaisvos parc>li*s à lentes deux ont plus do vertu <^nt fois que mes ordonlumçcs : quand m ado me Pingray Fa tenu pendant une heure dans soa conf<e^k>T'ï' >1- iî me revient calme comme au sortir d'un bain s»lutflire, et lor^i « ue, il est presque heureux ; son œil brille^ sa pAleur s'a-
nime, ' '^ labsea; nen à faire, eo vérité,
^ \ . docteur» mnis votro vanité veut se rentendre redire*
ijue M- ^ plus trflnquillo après nous avoir écoutées, madame Pin-
gray t : parce que nous le persuadons Tune et Tautre, avec des
raison ^ 'S, que ramélîorialion de sa santé est en ire vos aiains;
son désir est d^ courir apr^ la conlirmation de la haute et juste opinion oè wm% vous plaçons h ses yeui. Quand votis le croyez complètement «atisfait, il nelWt encore quen espérance : la réalité c'est vous; il va la chercher en vous, il l'y trouve, etjdoiïleur, voilà la causa de son conleitlemetit après nous avotr vues.
— Toujours vraies pour moi, je ne discuterai |ïoint vos paroles : si j'étais en tiers cependant dans les conversations qui ont Hou entre vous et madame Pingray, je me demanderais , après vous avoir écoulées , si un docteur , avec d aussi bons amis que vous deux , ne finirait pas par étr& dans robligation de partager ses honoraires.
— Mais nous n'y avons pas renoncé , croyeî-îe bien, doctetir. Si las malades auxquels nous vantons votre habileté no nous patent pas en or pour vous avoir fait connatiro à eui , ils nous rapportent toutafais des avantages aussi précieux : vous n*étes pas le seul qu'ils aiment , et dont ila se souvieniif^nt pendant la convalescence et après la guérison,
*^ F rpi douterai» madame, reprit le docteur en ralentiasanl
«neofi' iqu'H n'allAt pas déj'i très vile, des prévenances infinies^
«te aff Iles* des consolations de tout genre que voua pro*
digue? iiîT voire maison? est-ce moi «on plus qui envierai
Ifmrs V ns chaleureux? Vous parliez tanrOt de m 'imiter : c'est
moi qij "h deviner comment vous vous établissez dans leur esprit,
el par qufi at t luUf les force;E h croire k notre douteuse science» J'ai peur, 1 iV 90fige, d^attribuer à un talent diftkilo ce qui n'est que iWiet si I et ^ beau de votre jeunesse et de v«tre grâce. L*art de guérir ré- »^ presque tout entier dans celui de persuader; i>t comjueut douter d6 Ifl lioiMiie qui plaft et du sourire ç^'on recherche?
— Gomme vous ^tes galant aujourd'hui; docteur!
— Ja crois être sincère comme toujours,
— Voyons î n'allez-vons pas fonder une théorie de gnéffiaii mr Nm* picj te jolies femmes, connue ou en a fait avec les sanptiei et Hkoôiei^
^ . ™> Et pournuoi non, madame? Je ne dis pas d'appliquer to système à mil lot malaoeSi mais sur quelques uns, sur beaucoup, sur les jeunes par* ttoriUmnant. En tous cas, le système ne sertit ni si hardi , ni si itmif : ]9 wfWÊTiàs pas le mérite de vous le rappeler sans avoir même, je présunit, criai ia TOUS to km eonnattre.
^^ Il mo sêmb{6i docteur , que nous restons bien loin de iMS OOmpt; 1 ipioiqu'ils D» m ftmsim^ pas oon plus d*amver* i.m,^ti a
34 LE MÉDECnf DO PECQ.
— Nous les rejoindrons toujours ayant qvUs ne soient part em» à la grille du château. Je ne vois d'ailleurs aucun inconvénient à ce quUs soient livrés au libre échange de leurs idées. Leur situation morale a iMs d'une analogie : j'ai souvent remarqué que des écarts do rimaginatioD oa d^ faiblesses de la raison se guérissaient par le rapprochement des mêmes écarts et des mêmes faiblesses. Par le penchant inné qu*a l'écrit humain à se saisir de Tautorité partout oh il le peut, il reooavre aowwt sa force et sa rectitude pour satisfaire h rorpieil de les imposer, et fl rovient au droit chemin aont il s'était éloigne pour y ramener les r"'-*- Sauf Totre meilleur avis, j'estime qu'il n'y a aucun danger à ] xnademoiselle de Touralbe et M. Abel poursuivre leur conversation.
«» Oui, vous avez raison, docteur ; et je suis si peu en désaccord \ TOUS quand vous dites avec l'autorité de votre expérience qu'il est 1 de ne pas contrarier l'intimité de ces jeunes gens , dans leur iniMt commun , ^uo je mets tous mes soins, et vous vous en êtes sans ûanfb a|>erçu, à établir, à consolider cette intimité , soit en les faisant r — ' — ensemble le plus que je le peux , soit en leS louant Tun h l'aotce ftûs que l'occasion le permet. Êtes-vous content do moi!
— JBnchanté, madame ; vous ne sauriez vous conduire avec une i
]dus intelligente. Combien j'applaudis personnellement à votre pradenosl
La satisfaction dudocteur Calveyrac éclatait sur son visage. Involqn tairement , sans dou'.e, il pressa coatro lui le bras A madame DalaouMi qui ne tenta plus de marcber d'un pas plus rapide pour r^joindca Abslet mademoiselle de Touralbe.
— Si nous ne nous entendioDS pas si bien , vous et saoî^poiiiiaiiille docteur, quels torts n'aurions-nous pas h nous reprocher 1 Je guéris qtAquefois; mais vous, vous consolez ; nos devoirs sont frères. Ce n'est fis moi, ai-je besoin de vous rafûrmer ? qui resterai jamais en arriàre soroe double chemin au bout duquel nous devons toujours nous caofbndfe. Quand m'avez-vous vu Doodificr Tautorité dont vous exercez les droits pour le bonlicur do chacun dans votro établissement ? Oui , vous Teni-
Floyez avec une divine sa<;;acité lorsque vous travaillez à nouer l'un à autre ces deux jeunes gens, si cruellement rongés par quelque enmd dont la cause nous est inconnue. Mais vos efforts no seront pas perdus; jV joindrai les miens. Comme nous les aimons vous et moi, nous lutterons m zèle pour les encourager à supporter la vie , — leur vie qu'ils nous ont confiée, ^avcc plus de résolution et de patience. Cela dépend beaucoup de vous, un peu daimoi. Caractère égal, âmo liante , esprit scrulaleor, vous ne tard 'rez pas à lire dans la pensée do mademoiselfe de Toaralte» elle vous aimera, ello se révélera tout entière dans d*ez|iansive8 cqbAdences; et quels résultats infaillibles pour sa tranquillité intérieure! fie mon côté* et d*après votre exemple, je me propose de descendre ims ii
pas dans l'abîme , encore si ob^ur pour moi, où Vesprit d'.^bel s'est i. en tombant. J'aurai pour me soutenir dans ce travail, dc^jà entrepris, i faiblement avancé, 1 ardeur de rélude et Tespoir plus louable d unir mon succès au vôtre. Nous voilà donc parfaitement d acaud sur la niacdic à tenir pour arriver à un but semblable, acheva do dire lu docteur va regardant avec anxiété sur le visage de madame Dalzoouo si sa répoose serait comme il la désirait.
— Je crois vous avoir assuré, répliqua-trelle sans entraînement, mais avec un ton de franchise qui plut a Calvejrrae, que mon intention défait d'abord de créer entre M. Abel et mademoiselle de Touralbe une affeeëon laisonnablc, sans m'engager envers moi-mOme à remonter k l'origine des chagrins de celle-ci. L'essentiel est do les faii'e disparaître et de m cendre la santé; n'est-ce pas docteur?
— Sans doute, madame; mais vons parlez d'une affoction raisonnable: est-on toujours sûr do no [?as aller pins loin qu'on Tavart urEèté^uandai
intervient, mémo avec les plus soigncusos rcson-cs, dons ces sortes do négociations?
— BUmeriez-vous indircctomont mon projet, docteur? 11 est encore temps d'y renoncer.
•-* llm le blâmer ! moi qui ai pris rengagement de contribuer à sa rénsâtel Je l'approuve de toutes mes forces , au controice I Mon incertitode n*est pas une opposition , c'est la manifestation d*une crainte : je vouliis TOUS demander , et j'allais lo faire quand vous m'avez interraoïpa, -*de quoi je vous remercie puisque l'occasion me sera naturellement offerte de m'cxpliquer, — j'allais vous demander si vous conserveriez Jusqu'au bout la volonté do votre détermination.
"^ Ikii cher docteur , je ne vous comprends pas du tout , malgré TOixe eiplication.
-p^XTM que ma pensée n'est pas claire.
«— Donnez-vous lo temps de Téclaircir ; nous cheminons assez Icntemenijpooroela. '
-rOtt VOUS garantit, continua le docteur en pesant sur chacune de ses paroles , que ces jeunes gens ne s'aimeront pas tout do bon si vous les encouragez une fois à s'aimor? Dans co dernier cas, n'aurez-vous pas de retour uTcheux sur vous-même ¥ en un mot , n'en éprouverez-vous amsnn regret ?... Est-ce que cela vous fait rire? dit lo docteur en s*arrêtant au milieu du chemin ; est-ce que la supposition est si insensée? C'est donc bien singulier?... Mais vous riez d*un cœur à m'alarmer pour le bon sens du propos que je vous ai tenu.
-.- Comment ne riraia-ie pas , grand Dieu I votre imagination attelle ses quatre chevaux quand nous foulons la routo la plus unie , la plus battue qu'on ait jamais parcourue en conversation? Quel air de mystère TOUS avez priai dans quel chemin sinueux vous vous êtes jeté , cher docteur, pour m'insinuer la pour la plus fausse dont on a jamais menacé un projet innocent 1 Faut-il vous réfuter de sang-froid? ëU bien! docteur i on vous répondra que , n'ayant que Quelques mois h demeurer ensenhla , car je compte sur la prochaine guerison do l'un ou de l'autre pensîonnairo , il n'est pas à craindro (]ue leur attachement atteigne l'intensité romanesque si follement imagméo par vous. D'uno liaison tranquille, eonune il s'en forme tant dans nos maisons de santé, |)etitC8 xépiiblMpies cA chacun vit un peu h sa giriso , à une possion impérieuse, escortée de coiséquences graves , il y a loin , si lom , que la distance préserve de tous dangers ; je suisliontouse de vous l'apprendre. D'ailleurs, s'il faut aussi vous communiquer mes doutes , jo ne suis pas peu disposée k attribuer k un amour orageux la langueur de mademoisello do Touralbe : ie cœur ne so refait pas en si peu do temps , quoi qu'on en dise coqire les ionmes. Isolée , elle ne déaaignera pas un an>ui ; seule, la coaqi^gnie d'un jeune homme animera sa solitude ; triste , ello sera distrait» yar quelqu'un qui l'écontera ; mais espérer ou craindre davantage, c'est méconnaître la durée des blessures qu'ouvrent si vite les pas* «ans et fui .se Ceirment si lentement. Dans la retraite que mademoisello do Touralbe s'est choisie ici, au milieu d'une campagne magnifique et noaaoéedcs teintes d*un beau ciel , ello chercherait un être idféal comme le lève son imagination pour la consoler de celui qu'elle a perdu : évitona-iai ceMe déception en la retenant dans le cercle d'uno réalité plus
^ J'aîmo mieux, répliqua lo docteur, voir combattre mon opinion do cette manière judicieuse , que de ne recueillir pour n^ponso que lo sourire do voire ironio , si gracieux qu'il soit. Mon c^ection était si peu extravagante que vous avez pris la peine de la détruire , ou du moins de la diminuer.
^ Docl^r , vous êtes fâché , je m'en aperçois à votre exquise poli- \l et TOUS n'êtes pas convaincu.
35 LE aiDEcni du fecq.
-» Je reconnais, madame , comme liés juste 9 h moitié de fOlie remarque.
— Rien que la moitiéT Vous n*étes donc pas fiché?
-— Et je serais convaincu tout à fiait si tous me prouTiez, arec TOfie complaisance ordinaire, que j'ai eu tout aussi tort de mettre en doute Findifiérence de cœur de M. Abel que de me méfier de la sensiUlilé da mademoiselle de Touralbe. En admettant votre victoire sar mi point, l'autre point reste encore à disputer. Vous répondex , tous , du oœur de mademoiselle doTouralbe : j'accote la garantie, mais qui reodnfr-TOUS solidaire de M. Abel 7
— Vous, docteur, vous-même.
— Je ne réponds de personne , moi , quand même j'aurais le dnit da stipuler, pour excuser la témérité d*une caution quelconque , que Je ne l'accepte que pendant le court espace de quelqiKS mois. Denxmob, c*est déjà beaucoup : dans deux mois, M. Abel me d^erait bien de le faire renoncer à sa passion pour mademoiselle de Touralbe, si rfeilemwit il en éprouvait une pour elfe. Niez qu'une affinité spontanée comme odle dont nous nous occupons ici ait jamais eu lieu , mais ne niez pas qu'on jeune homme se soit quelquefois épris d'une jeune feoune sans en étie aimé ; niez à la rigueur que cela doive arriver cette fois : c'est dans votre droit de prévision comme dans le mien; mais, encore on coup, et dans l'intérêt de votre confiance personnelle , ne repouaseï pas en principe la possibilité du fait.
Comme pour mieux voir se dérouler le splendide dévetopument de campagne qu'on embrasse du haut de la montagne du Pecq , w docteur
Sitta un instant le bras de madame Dalzonno et se plaça en fMe ffeUe. 1 ce moment, le visage de madame Dalzonne l'occupait beaucoup ito que la richesse du paysage. Que n^edt-il pas donné pour y lire recuirdssement du doute dont il était tourmenté 1
Soit hasard, soit calcul, madame Dalzonne se trouva soudunement replacée à côté du docteur , dont elle avait repris le bras. Elle s'écria :
— En effet , ce point de vue est fort remarquable ; il est toujours nouveau pour moi.
Et Calve^rac ne distingua ainsi sur le visage de madame Dalimme qu'un sentiment d'admiration banale pour la vallée de Saint-Germain; elle ne paraissait même pas se souvenir de la dernière phrase du docteur, pourtant si décisive pour lui.
— Quelle mobilité d'idées I murmura le docteur , fort sévère pour madame Dalzonne dans cette occasion.
En quoi était-elle mobile? qu'avait-il dit qui réclamât la fixité da son attention? 11 lui avait dit : mademoiselle de Touralbe aimera M. Abel; elle avait repris : C'est inadmissible; il avait aussitôt ajouté : Oui , mais Abel peut aimer mademoiselle de Touralbe : et madame Dalzonne n^vait pas eu l'occasion de répondre à cette dernière réflexion : qu'y avaii^l da si rigoureux à en conclure? Rien.
— Rien , se dit aussi le docteur Calveyrac. J'aurais tort de porter un jugement si prompt sur elle.
Au bout de doux minutes de sang-froid, il fut convaincu de Tinsignifiance de la plupart de ses craintes, et il se sentit presque aussi heureox d'avoir à recommencer ses recherches que si elles avaient tourné à son profit h cette première tentative faite en forme d'examen sur madame Dalzonne.
Avant que le docteur et madame Dalzonne fussent arrivés h une certaine limite de leur marche pénible le long de la côte si ardue du Pecq. mademoiselle de Touralbe avait aperçu le dessin sinueux des toits du château de Saint-Germain.
— Que c'est étrangement bâti ! dit-elle. Je ne connais rien de pareil. -- On veut, répondit Abel, que le roi Henri 11 ait fait bâtir co cnàioau
us MÉDECIN DU PECQ. 37
dans la forme d'un D gothioue pour plaire à Diane de Poitiers sa maîtresse.
— Le caprice est excusable, si toutefois Thistoire est vraie.
— lUen n'est moins vrai, mademoiselle, si Ton s*en rapporte à Topinion des gens qui n*ont pas autant de poésie dans Tesprit : cenx-là pr^ iendeni mie cette massive irrégularité est le résultat d'un calcul d'architecture, tort bien entendu du reste : chaque ansle du château aurait été poussé en saillie pour permettre au regard de découvrir, de quelque côté quil vint k se diriger , un paysage' nouveau. Vous avez le choix entre œs deux sentimens.
^- Je préfère le premier , répliqua mademoiselle de Touralbe , quoique ntalie m'ait Souvent appris h ne pas accepter sans défiance les traditions attachées par les habitan3 des campagnes aux monnmens du passé. Les Italiens ont des histoires de meurtres ou d'amour à loger dans la plus diélive masure couverte de mousse. Désenchantement I si vous avez reoonrs à l'histoire pour ne pas révoquer l'authenticité de l'événement , la traditioD s'envole dans l'air avec son parfum; vous n'avez heurté qu*une pierre. Ifieux vaut tout croire et passer.
— > Encore faut-il pouvoir croire, murmura Âbel en soupirant.
— (Test si doux cependant I
^ Cest si difficile! ajouta Abel.
«• Moins qu'on ne le pense , monsieur. On exige -souvent pour être COnvaSoca des monceaux ae preuves ; on entrevoit même que Deaucoup œ ne sera pas assez, on s'accuse d'une incréduhté insatiable : naisse une cûcoostance inattendue, un fait qui aille droit au cœur, qui le surprenne» qid s'en empare par la persuasion dont on voit les autres pénétrés, et l'on ^abandonne par contagion à la croyance qui console. Si un bienfait en résulta et ou on ait l'âme accessible h la tendresse, on préférera être bon avec tout le monde qu'indifférent et froid avec soi-même. De là à un «âiangeroent absolu de système il n'y a qu'une succession de faits sem- IMAbs k rencontrer sur son chemin ; l'éducation du cœur est formée. Je l'ai appris par moi-même : je ne mettais en doute beaucoup de choses que parce que je n'acceptais que celles dont ma propre incrédulité avait fiesom. Gvonre est une langue qu'on ne connaît qu'en la parlant souvent arec ceux qui la possèdent ; et, en fait de croyance comme en fait de langage, ne cherchez le fond et la base que dans le peuple. • J'âais, il y a deux ans, dans la vallée qui va du versant des Alpes en Itifie, en emermant dans sa vaste étendue les beaux lacs Majeur et de Gtane. Fatigués d'une longue traite, mes chevaux avaient refusé de marcher : je fds obligée de m^rrêter et d'en envoyer chercher d'autres pour eontîmier ma route vers Milan. Il était impossible de les avoir avant le lOMlemain ; et point d'auberges où passer la nuit.
Né dans la vaUée d'Ossola, mon domestique- m'assura qu'au bout d'un MOtier tracé à notre droite, le Ions d'un petit bois de châtaigniers, nous atteindrions à un hameau de bûcherons ; c'était une demi-ueue à faire. Je le suivis. La nuit était belle quoique privée de la clarté de la lune : In étoiles scintillent tant en Italie I Nous côtoyâmes le bord du petit bois^: pendint environ une heure, sur un terrain glissant et savonneux ae moussa
Onoîqoe un peu fraîche, comme le sont les nuits de printemps, même en Italie, cette promenade nocturne m'a laissé une impression agréable , d jiTOns demande pardon de vous en raconter si minutieusement les dmiili* J'aime assez les aventures; celle-là m'a plu.
•— le vous écoute avec beaucoup d'intérêt, mademoiselle, reprit Abel ; €t ne supprimez , je vous prie , aucun incident de votre histoire. Qu'au-
it-îe & mieux a foire que de vous écouter?
— > Comme dans les omtes de fées, nous aperçâmes enfin , poursuivit
ière, non pas 6tett hinl Uen Urin !
Ile de Touralbe, une lumière, non pas i an détour du petit bois de châtaigniers» Nous étions arrivés au S»^
38 LE mioEcis du pbcq.
racau des bûcherons, pauvre hameau composé de irente ou quafante a* banes semées à la volée au roileu d'un carrefour de bois secs et de fa§Dts épineux. Nous heurldmes avec une pierre à la porte de la chaQiiiiàieoik mon domestique jugea convenable do s'arrêter. 11 était deux heum*
Je m'attendais à ne voir s'ouvrir la porte hospitalière que dans aiir tanps assez long : au second coup le loquet se dégagea, et nous pénétrâmes dhBs mie grande pièce, sombre à rentrée, éclairée au fond paur une maltHate de petites bougies do plusieurs couleurs placées avec symétrie sur un autel. La jeune femme qui était venue ouvrir était reton mettre à ^nou devant ces lumières et cette cspcce d*autel : die i sait sa prière interrompue.
Nous nous dirigeâmes vers elle en traversant la grande pièce, qjÈà était pleine du parfum des fleurs, de Todeur véj^tale du sarment biillé, d^ genêt vert , et do toutes ces plantes aromatiques qu'avant de porter an ofiicines médicinales de Milan et de Genève les gens de la vallée û^OmBÊk suspendent, pour les faire sécher, aux poutres de leurs chaumières.
Quand la jeune femme eut achevé une partie de sa fervente oraSsoDvelle se leva pour nous saluer ; elle nous dit ensuite à voix basse , en' nôns montrant un berceau où était une jeune enfant : C'est là ma fille , et éllo mourra cette nuit. Le médecin a dit çiue pour la sauver il n*y avait qa'une plante, qui croit à quatre lieues d*ici au naut d'une montagne : RHm mari est allé chercher cette plante , le brave homme ; mais l'enfant n'en aura
Ïïhas besoin quand Bartolomeo sera de retour. Comment foire huit Beoes» 'aller et le retour, en un instant? La mort va si vite!... Vojez, ajouta ht jeune mère en embrassant sa fille au front , aux pieds , sur ses petites mains pâles, voyez si la mignonne créature a seulement encore une f à vivre... Huit lieues!
— Mais pourquoi, dis-j© à la pauvre mère, avez-vous mis tant de 1
autour du l>erceau do votre enfant , sur cet autel et dans la main de cette bonne Vierge? L'odeur lui en sera poul-éire pernicieuse, mortelle.
— Oh! que non , répondit-elle. Ma fille s'appelle Rosina, petîle roser sa patronc divine est ao!ic Notre-ltome-des-Flcurs, la nosira sipmra dr fiori, en grande vénération à Milan , où elle a son église : je lui adresse une prière do désespoir et de rési<;nniinn pour ma fille Rosine, ma Bo» sine, ma vie, mon enfant... Kosino! Rosine!
— Je no sais, ajouta-l-elle avec un doute déchirant, si Notre-Daroe-des- Fleurs mVxaucora : mon enfant est si mal. et jo suis si peu sans péchés; mais, je vous l'avoue , j'ai plus de confiance en ma prière pour sauver ma fille que dans toutes les plantes que mon Bartolomeo a couru ch^rclMr si loin et si inutilement.
Vous vous êtes égarés dans votre route, je le vois. Vous êtes mal tontés; mais voilà dans ce coin de quoi vous rafraîchir; dans cette anoom^ il y a du pain et du lièvre froid ; et vous, madame, disposez do ce lit; je ne m'v coudierai pas celte nuit : je vais continuer à prier Notre-fianedes-FÎeurs.
Je me mis à invoquer avec elle Notre-Dame-des-Fleurs : mais, je ne le cache pas. sans la conviction dont la mère de Rosine m'ofirait an si touchant exemple. J'étais attendrie; jo fus bientôt exallée: mais elle, de était persuadée, sinon du salut do son enfant, du nK>ins de la puissaaeo de la haute intercession qu'elle s-^lliciiait. Nous priions depuis une heore, elle cl moi , quand la porte de la chaumière s ouvrit brusquement. Ihl homme en sueur, haletant, entra : c'était le père de Tenfant, Bartolomeo. 11 ne fit attention ni à nous ni à sa femme, qui était absorbée dans la prière. Col homme agité précipita dans Feau qui bouillait sous la chemince, la salutaire, la merveilleuse plante que le docteur avait indiquée au moment de la crise de l'enfant, et que lui, pauvre IkirtolomeOy était allé cueillir si loin, si haut, tout d'une baleine.
LE l&iDECIK DU PECQ. 39
Dix minutes après , Bartolomeo versa la décoction dans la boucha h demirinorte do Tenfant.
Ceci fail, le bûcheron s'assit, les mains ouvertes sur ses genoux, auprès du berceau, et dirigea un regard béant, sauvage, désolé et curieux sur la figure blafknie de sa fille , pour saisir sans doute les nuances des effets qu*opënlt la bdsson.
iusqu'êd jour Tenfont ne remua pas plus que si elle eût été de cire ; mais» au promier rayon du soieil, elle s agita, se leva sur son séant et Mlbotia Irnbm de sa mère.
«•Sauvée ! vous Tavez sauvée, sainte madone des fleurs! cria la mère» 1b8 btas tendus, la tête penchée, lo regard humide et porté sur la sainte; TOUS l'avez sauvée!
— Cesl ceci qui Ta sauvée , dit le père en prenant Tenfant dans ses bras et en lui donnant encore à boire de b tisane.
—Demande pardon à Dieu do ton blasphème, disait en riant, en pleurant , en crobrassanl sa petite Rosine , la femme du bûcheron... Grand DIflaljgraode et sainte madone!...
— 6nnd médecin! répétait Bartolomeo.
— N6lre-Dame-de»-Flours, sojrez bénie!
-* Fameuses plantes, je crois a vos vertus!
Le docteur survint au milieu de la discussion entre le mari et la femme» et s*enqnit d*abord de Tctat de Tenfant.
•—Oui , elle est sauvée , afflnna-t-il; lo donger est passé. Vous avez fait boire à Fenfant, je présume, la tisane que j'avais ordonnée?
-»Oui, docteur, répondit lo bûchcrou.
— Yovons, dcmanaa encore le docteur, si vous no l'avez pas faite trop forte : j avads oublié de préciser la dose.
-—Grand Dieu ! s'écria-t-il en voyant les feuilles c^ui nageaient au fond â*un reste d'eau tiède, grand Dieu ! auello erreur ! \ous avez fait boire à votre fille une tisano do fleurs de bouillon-blanc ! Cette tisane ou rien c*élait absolument la mCroo chose pour elle.
Le bûdieron était muet de surprise ; le docteur était confondu pour l'honneur de la science.
La mère seule s'écria avec un fanatisme nouveau :
— Samte madone des fleurs! c'est donc vous seule qui avez sauvé ma Rosine, ma fille!
— Gela ne démontre-t-il pas, monsieur, qu'il vaut mieux croire que c*eàt la Yierge^es-fleursoui a sauvé l'enfant du bûcheron que d'attribuer sa goériaon a la fleur de Douillon-blanc , qui ne guérit pas? Il reste encoriB 2i tonteoir quo ce n'est rien du tout oui l'a guérie. Choisissez , vous dîraHe h mon tour, comme vous m'avez oit pour l'origine du château de Saint-Germain.
— >0ù coarez-vous donc? cria lo docteur. Vous avez dépassé la grille ; attendez^ous.
Âbel et mademoiselle de Touralbe s'arrêtèrent.
— Vookz^ous m'écouter un instant? dit Âbel quand ils furrat tous quatre sur le point d'entrer au château de Saint-Germain.
— Volontiers, repondit le docteur.
—Eh bien, croyez-moi, nVntrons pas au château : vous et moi le confiaisHias parfaitement , et mademoiselle de Touralbo serait déseiicliantée. (Test pour vous, madcmoisolle, quo j'exprime ce désir de ne pas franchir la porte. Séduite par la majesté extérieure de cette royale demeure, vois TOUS imaginez que rien au dedans ne démentira votre prévision favorable : détfompez-voiis; le château do Saint-Germain n*a plus que ses mnrs.
«-■on cher monsieur Abel, votre remarqne était au moins inutile, dit le ddcieur : mademoiselle do Touralbe ne s'attend pas à rencontrer les somptueux appartemens do Henri IV, de Louis MU et do l^uiï» XIV.
— Je n'ai compté , ajouta mademoiselle do Touralbe , quo sur la «né-
40 us MÉDECIN DU PBOQ.
moire complaisante de M. Âbel pour m'élever k la magniflcencB da dUlieaa de Saiot^rmain.
-- Je vous ai pré? enue, reprit Âbel : entrons, puisque vous Tosei.
En gravissant Tescalier ménagé dans la formidable épaisseur da nmc du château, ils parvinrent au balcon dont il est entièrement entoué, et d'où Ton plane sur Tonduleuse campagne arrosée par la Seine*
— Je ne suis plus surprise maintenant, dit mademoiselle de Tomdbe^ que les rois de France aient tant dépensé de soins et d'argent pour onnr une demeure aussi agréablement située. Non, je n'ai rien vu ot Itafie de comparable à cette position ; Henri 11 ne pouvait adresser de plos digna liommage à Diane de Poitiers.
— Ses héritiers, reprit Abel , ont tous également tenu 2i homiear ie constater par des embellissemens successif leur séjour ici ; mais, comas, je vous le disais, ces traces ont disparu : ne cherchez plus ces toiiâ— de fleurs suspendues les unes sur les autres , et descendant jinqa'tac horàs de la nvière par une pente insensible ; ni ces ^ttes vertes et M» ches creusées sous chacun de ces plateaux d'une si somptueuse moBDtonie. La ^ence des jardins n'était pas parvenue, sous Henri IV, & k hauteur qu'elle atteignit sous Louis XIV. C'était beau pour le temps, es serait massif aujourd'hui : on souriait à voir au milieu de ces grottes € m
> dragon qui bat des ailes avec une grande vâiémence et vomit violeiB-
> ment de gros bouillons d'eau par la gueule, accompagné de divers petits
> oysillons que vrayment l'on dirait, non pas peints ou contrefaits, mais. 3» vivans et branlans l'aile, qui font retentir rair de mille sortes de ramages, » et surtout les rossignols v musiquant à l'envi et à plusieurs chœan. »
— Qu'est-ce que tout cela est devenu? demanda madame Dalzoons. — Louis XIII oublia de donner de l'eau aux oysillont^ aimant mieux
s'ennuver dans son cabinet avec Richelieu; et plus tard Louis XlY foi dioqué de ces amusemens surannés si chers à son aïeul Henri IV. Û fit' passer le niveau sur ces terrasses babyloniennes et les réduisit à uns seule, celle que vous voyez aujourd'hui. Il ne respecta que le quinconce planté devant la façade, sans doute parce qu'il lui plut d'en vouer la. jouissance à quelques hommes oui Tavaient choisi pour leur promenade. Vers l'après-midi du dimanche, a l'heure tranquille de la méditation, soqs ces arbres, qui liaient la forêt au chflteau, quatre hommes vêtus de noir^. simples comme des philosophes antiques, graves et modestes, passaient et revenaient, s'arrêtaient ou reprenaient leur marche harmonieuse. L'un tenait un livre ouvert et le lisait aux autres comme pour les consulter, et ceux-ci souriaient et parlaient sans impatience, en gens de haute conviction. Ce livre était la Bible, et ces quatre hommes, l'un Bossuet, Tanfie Fénelon, le troisième l'abbé Fleury et le quatrième La Bruyère. Louis XIV les suivait de l'œil du fond de son appartement. Voilà comme on passait le dimanche au château sous le grand roi ; et Ton dirait que Saint-Germain est encore sous le poids de ce silence.
En longeant le balcon intérieur, sur le frêle appui duquel sont pratiquées de nombreuses issues en forme de portiaues, et par ob. l'on oonsmunique avec les distributions du château , Abel ralentit le pas et lestft' ainsi en arrière de Calveyrac et de ces dames.
Dans risolement, la mélancolie saisit, il s'arrêta. Accoudé è la rampe, 3 pencha son front sur la solitude de la cour pavée, couverte par places d'nerbes et de lames d'^ordoises effeuillées par le vent.
De cette hauteur, il semblait mieux et plus étroitement concentrer en lui quelques souvenirs épars dans cette r&idence si royale et si morne. L'heure convenait aux évocations historiques : le château était aussi muet au dehors <pi'au dedans ; on n'entendait par intervalles que le bruit rouillé que fait faire le vent aux bouquets de piomb placés sur les toits, et qa'if. tord depuis des siècles à leurs tiges de fer.
;— Que faites-vous donc là, monsieur Abel? lui cria le docteur, qui
tE ii£t)Ecn< DU reco-
«'était an^tét ainsi que c^ dûmes , n'apercevant plus letir compagnon
arec eui; auriez -vous le projet d'élatlir volie djnaslb dans l'ancienne
lésictencs des Siuari?
Et le doeieur H ces dames revinrent sur leurs pas pour chercher Àbelp
I>niâqueiiient arraché à ^s inéditaUons : — C*est précisément aux Stuart que je rêvais en ce moment , doeieur, •^^U €61 diÛicile de ne pas s^ souvenir de mile malheureti^rj race lors-
qu*oo prcourt ce château où elle passa les longues annéf^ d un juste eiil.
— L exil est-il jamais ju&te, docteur t
^ Du moins est -il quelqut- lois ntk:essoirû.
— Dans les décrets do la justice humamo peut-ittre, reprit AbeL O^î tm^ r-f^rwuttJint se rappeler Its fautes des Stuari qua«d on sait les malh^ éprouvèrent depuis le jour où Tusuipateur Guillaume monta sm . 1 . jjo T
— Usurpaleur, usurpateur,,, murmura Caheyrac on hochant la lête: I© ne yiis pa^ si, aux yt^nx de Dieu mémo, les rois qui usurp<'nl pour gouverner avec pnidenciî, fermeté, lumières, ne sont yias plus légitimes que las mm réritahlen^ent légitimes de nom qui se laissent prendre leur couitMtDa H leur sceptre.
— Allez- vous,» grand Dieu! faire un cours de politique à soixante-dll friods du sol î s*écha madame Dolzonne effrayée.
— Rasisurei-Tous, mesdames : nous no vous jouerons pas ce mauvais tmir. ili«^n que la figure de M. A bel sufllrait pour vous convaincre qu'il est pour sa part plus disposé à s'attendrir qu'a discuter.
— La dame blanchcduchdteaudo èaint-Oermûin serait-elle venue vous raconter \ roreille quelque iradiiioD du passé? demanda alors raademoisella lâeTouralbeà AheU
— Vous^ mademoiselle, et vous, docteur, vous représeniex bien II voua flôUi la manlèro à peu près générale de juger le passé : vous qui éles un iKHllilia «érî<mil« vous ne le mesurez quau cordeau des principe ; vous
r" Itos Uîi© personne d*imagination, vous me demander si une fée sortit qudque recoin lénébrtjui m*a entretenu tu ut bas,
— Et moi, qu'est-ce donc que je représente? s'informa mdame Dd-
— Youâ, ie souhaiterais, madame, ^o vous fussiez de ceux t^i aiment la pasié ar«^ moins d'austérité et moins de poésie, de ceux qui l'aiment aveo le oœur, qui ne lo faussent pas, qui ne rembcUissent jamais*
— Saves-vous co que signilie au fond ce préambule de roonsiour Abelf ^~ Pas le moins du monde, docteur*
— Je vais vfjus l'apprendre: M, A bel s'est rappela un irait de la vie d^ SÈuart qui lui aura plu, et il nous en v*"ul beaucoup à mademoiwéLie de Touralbe et à moi, qui sommes dans la plus complète ignorance da fait« de ne pas partager sa vénémtion du moment.
— ' Voila, docl'^ur, répliqua madame Dalzonne^ une inlerprétation hardio du prudes paroi" s do M* Abel,
— mie < ï^t i'\,it (ê. itiatl ime ; M* Calveyrac ne s*ost pas 1 rompe -
^— A ' :!i3 de Touralbe, nous vous supplions, inadamo
Dabcorni l'-r Tévénement historiaue dont vous VOUS Ates
après fi^un avoir volontairoment perdus a travers te^détoilisdil A ce pdic on aura de Tiiidulgenoe pour la distraction do monsietir JÛMÂ m compagnie de deui jeunes dames,
^ Et l«« docteur, ajouta le docteur, m joint à la prière de mademoiseUo da Toi M r h tant avec tant do grâce au nom dcâ intérêts de la sociétés
^ 1 - yeui sur cette cour si dévastée par lo lemps« dit Abel,
|e n*ai pu rt; «MiitH'cber de songer aui cent cinquante gentUnommaa qui liraient suivi Jacques 11 dans son exil en France. On Iraîlqui loi bûnordi qui éièfe te cii^r et fait regretter de n'avoir pas vécu dansées leiii|is« s*6at ' H, sons ce balcon où nous sommes,». Braves gensl ûoblea coeurs l
42 LE uàùECVi DU PECQ.
défaitsavec leur roi à la bataille de Rilliecrankie, ladernièro de la royauté jaoobitc, ils brisèrent leurs cla jmorcs, baisèrent la terre natale, et abaiH «kmnèrent leurs châteaux pour venir en France h la suite de leur loi ai de leur reine... pauvre reine, qui traversa la Manche sur un bateau 96ii ponté, emportant sous le bras, comme un paouet de linee, son fils, crtui qui devait être un jour Jacques III, ce roi qui n*a jamais régné I Louli Xïf m grand... Ne dites pas le contraire, docteur 1 il alla au devant de Jftcqnes II, il Tembrassa, l'appela son frère, il lui donna une flotte pour nodn- . ^oérir son royaume ; et ce fut lui qui prononça ces admirables paroièt: « Je veux qu'on rendre encore plus de respect au roi d'Angleterre mJ- » heureux que s'il était dans la prospérité. »
Or, ces fidèles gentilhommes, entretenus aux frais do Louis XIV, allëfent vivre humblement dans quelques villes du nord c*e la France. MÛ» heureusement les trésors de leur bienfaiteur n'étaient pas an^si inépate» blés que sa magnanimité : ses richesses furent taries par millo causes dé> sastrcuses que vous savez tous ; et alors il fallut retirer les pensions aux gentilshommes écossais.
Jacques II, leur roi, les soutint tant qu'il put, mais ses ressoonns étaient si bornées I Quand on fait l'aumône avec l'aumône qu'on reçoit, on double sa misère sans soula^r beaucoup celle d'autrui. L'assistance fol Mentôt insuffisante : les gentilshommes essayèrent alors do prendra des états qui les aidassent à vivre dans l'exil. On vit des Fitz^ames, desDil- )on manier le rabot et frapper l'enclume, les yeux toujours tournés vers Saint-^Germain où leur prince gémissait do leur misère.
Après avoir vécu du pain de leur sueur, l'idée désespérée leur vint de demander du service dans les armées de Louis XIV. fions officiers, ils seraient bons soldats ; la peine les avait endurcis. Ils offraient des Bfas forts, dos cœurs éprouvés, des dcvoûmens inflexibles. Humblement ils demandèrent à leur roi la permission d'ôtre simples soldats sous les drapeaux du roi de France, ëous Charles VIII et depuis ce roi, leurs compatriotes n'avaient pas rougi de solliciter de semblables onrdlemens. Jacques II soupira, et obtint de Louis XIV ce que les gentilshommes écossais désiraient.
Tristes et heureux, ces pauvres rois des monta^rnes se rendirent tous les cent cinquante h Saint-Germain sous Tuniforme français, si inusité pour eux.
Quand ils curent nommé cux-mOmes leurs officiers, ils voulurent Ôtie passés en revuo par leur infortuné roi, qui ignorait jusqu'à quel point ses Iraves serviteurs auraient rois à exécution leur projet. Un jour qu'il se disposait à aller à la chasse, unique distrnclion h son vaste ennui, il aperçoit en traversant la cour du château, celle-ci môme, un bataillon rangé sur son passage.
— Quels sont ces hommes? s'informo lo roi.
*- Sire, ce sont vos braves gentilshommes écossais venus pour vous ' dire adieu ; ils désirent que vous les passiez en revue et quo vous les bénissiez.
Le roi sentit des larmes lui monter dans les yeux ; il se retira dans son appartement pour contremander la chasse et pour pleurer. Et alors l'air national de l'Ecosse retentit sous sa croisée, lo vieil air de la guerre, celui qui émeut, qui enflamme, et qu'on n'entend jamais sans so souvenir qu'on a été jeune, qu'on a été brave et mi'on a aimé.
Le roi descendit dans la cour. Il était pftle, ses jambes tremblaient, 6l dss larmes ruisselaient le long de l'habit noir qu'il avait revêtu.
U dit à ces bravos gens:
a Messieurs, . » Mes propres infortunes mo touchent moins qtio les vôtres. Je ne sau^* > rais exprimer combien il m*est péniblo de voir tant de braves et dignes » gentilshommes descendus au rang do simples soldats. S'il plaît jamais à
»IMeu deme rétablir sur mon trône, il est impossible que je puisse oublier iTtos senrîces et tos souffrances.
» D'après vos désirs , tous allez entreprendre une longue route : ]*at » pris 8CÙI gue yous soyez pourvus d'argent , de souliers , de bas et de » imit ee qui peut tous être nécessaire. Craignez Dieu, aimez-vous les » uns les autres. Faites-moi connaître directement vos besoins, et soyez » assurés que vous trouverez toujours en moi votre roi et voire père. »
Bzcellent roi, qui promet des bas à ses gentUshommes sans être sûr de pouvoir tenir sa promesse t
Elofuite Jacques II passa dans les rangs de ses Écossais, s'arrêta devant chacun d'eux, leur renouvela ses promesses, écrivit leurs noms, salua le drapeau, et les mains étendues sur eux, il s'écria :
•—Partez, mes enfans!.. Votre roi vous bénit!
AeaàHé sous l'émotion, Jacques II se retirait en silence... Tout à coup, il s'arrête de nouveau : peut-être n'a-t-il pas tout dit à ses bons serviteurs. 11 revient sur ses pas, s incline jusqu'à terre, et de longs torrons de larmes toflibent de ses jeux.
YoOà ee ou'il avait encore à leur dire.
Ses mititsbommes , le cceur brisé , se mirent è genoux et se recueilliiwt. m se relevèrent .ensuite fiers et beaux do leur fierté, et défilèrent ime dernière fois devant leur souverain.
— Cette histoire peut être fort vraie, elle est sublime, dit madame EiOzoane ; mais elle ne chassera pas la tristesse dont nous sommes tous( plus ou moins atteints depuis notre présence au château. Après tout, on n'y a fias toujours pleuré et gémi ; et Ton ne ihe fera Jamais croire qu'il no s'y est point passé d'histoires amoureuses sous Henri IV» et surtout sous
IXMÛSXlV.
— Je suis tout à fait de votre avis, madame, affirma le docteur du ton d*oii homme décidé à donner raison è la première personne assez bien inspirée pour imprimer un tour plus gai a la conversation; j'imagine même que vous possédez quelques unes de ces histoires.
— H y avait une fois, dit madame Dalzonne, un roi qui était amoureut d*une jeune fille... J*ai envie de finir là mon histoire et de vous dire : Tous savez le reste.
MadenxHselle de Touralbe rougit.
— Moi je demande à savoir le reste, dit le docteur. . Mademoiselle de Todralbe rougit davantage.
— Vous voyez ces croisées grillées tout au haut du château t sous les combles?
•^ Celaient, je présume, des prisons politiques.
'^ Doeteur, que vous avez peu d'imagination aujourd'hui!
•^U, continua madame Dalzonne, étaient logées les jeunes filles dlmmenr de la cour. Le roi en vit une; ces grilles n'existaient |M» «kffs : il aperçut mademoiselle de La Valhère. Louis XIV était îeune , il étui hardi, pressant, très dai^reux : il chercha tout de suite a établir une conespondanoe du balcon aux croisées avec la jeune fille qu'il ado- Mt déjà. Mais madame de Navailles , ayant appris par ses gens de oonflme ta passion subite et les projets de Louis XlV, fit aussitôt de son plein pouvoir griller la croisée de la chambre de mademoiselle de La Val- Min. uidi|pé, mais soumis à madame de Navailles, première gouvernante des jeunes filles d'honneur, le roi n'ordonna jm» d'enlever la ffrille; fl Ait ploi convenable dans sa royale colère et il exigea qu'on pla^t des ÉVflles à toutes les croisées des autres appartemens des demoisellef d'honneur. En devenant générale, la mesure n*était plus un affront partir càStr ioiligé à mademoiselle de La Vallière.
^^*- A quoi servit la grille plus tard?
— 'Docteur, tirez-en la moralité qu'il vous plaira.
— Louis XIV« dit mademoiselle de Touralbe, était un homme d^esprit; il mérilait d^être aimé.
— J*ignore s*il avait de Tesprit, reprit Calveyrac, mais il était jeune et d*une agréable flffure : permettez-moi d'ameltre qu*il fut aimé de mad»» moiselle de La Viulière un peu pour cela, s*il ne fut pas uniquement cimf à cause de cela.
— Quel blasphème, monsieur! Vous ne croyez donc pas à unopasskm dont la source est dans l'estime qu'on a pour le génie, le courage ou ke infortunes héroïques d*un homme? Est-ce que toutes les femmes de notre siècle n'ont pas aimé sans les avoir connus Napoléon et lord Byront
— Vous conviendrez, mademoiselle, si vous n'avez pas d'autres nom? moins illustres à citer, que l'exemple est bien haut pour servir de preuve.
— Et le duc de Reichstadt encore, interrompit madcmoisello de ToiH ralbe, n'estnl pas Tadoration secrète des jeunes Françaises t
•* Je ne le nierai pas, mademoiselle ; mais la vanité d'occuper TatteBtion d'un homme supérieur, et surtout l'orgueil plus grand d'en être publiquement préférée, n'est-ce pas là, je vous prie d'y réfléchir, Talintent de cet amour, qui ne serait ainsi dans sa définition qu'une ambition efiMnée? Vous ne me convaincrez pas du contraire, mademoiselle , tant qne TOUS n'aurez à m'opposer, pour soutenir votre système, que des rois» des empereurs ou des néritiers présomptifs. Ce n'est pas Tintelligenoe <pi*OQ dbtingue en eux, c'est le rang, c'est la couronne.
Pendant cet échange de propos entre le docteur Calveyrac et mademolseUe de Touralbe, madame uaizonne examinait, appuyée au bras d*Abel, une cellule qui avait été autrefois meublée avec une perfection angélique : les rumes en sont d'une délicatesse infinie. And lui expU^uit randenne destination de celte pièce.
— Je ne prétends pas dire, continuait mademoiselle de Touralbe, ^ le rang ne soit pour beaucoup dans une passion élevée ; mais pourquoi ne pas vouloir cela? Associer à l'amour cette ambition dont vous parlez, n'est-ce pas l'épurer, le rendre durable, le diviniser?
— Peut-ôtre, répondit Calveyrac; en tout cas, vous voilà presque de mon avis : on n'aime pas le roi, vous en convenez, mais la couronne ; ce n'est pas un esprit sage et profond, rare ou cultivé qu'une femme recherchera, ce sera la renommée acquise à cet esprit, s*il a eu l'occasion ou la puissance d'en donner une manifestation brillante. En général, les femmes ne font pas crédit ; et pour prouver qu'ellos ne s'attachent pas uniquement à la célébrité dans un homme célèbre, elles attendent trop quli ait cessé d'être obscur pour l'aimer.
— Vous oubliez, monsieur , répliqua mademoiselle de Touralbe, que leur amour pour l'homme qu'elles ont choisi est , après tout , la conàé-
Sience heureuse de leur rôle dans la sodété, où rien ne grandit sans leur an, où rien n'a do popularité sans leur suffrage ; leur faible pour ce qui est glorieux provient de ce qu'il n*y a pas de vraie gloire sans elles. Eues exigent beaucoup avec raison , parce qu'elles ont beaucoup inspiré ; et Diane de Poitiers, oui imposa la construction de co château à Henri U pour qu'il fût un des plus gracieux domaines de ce roi, lésua à mademoiselle de La Vallière V obligation d'aimer Louis XIV, afin do récompenser un roi de ce qu'avait fait l'autro.
— Je souscris a ces éloges qui sont des vérités, reprit Calveyrac, dont la pensée était autant avec madame Dalzonno prôtant son attention aux paroles d'Abel qu'avec mademoiselle de Touralbe; mais je vois avec peine combien ils me donnent raison contre vous. Qu'importe que le penchant inné des femmes pour la renommée vienne d'une cause ou d'une autre» d'un goût ou d'un droit? il n*cn reste pas moins démontré que , si l'on n'est pas jeune et beau , il est impossible de les fairo fléchir au protesta— tiens même les plus ardentes, môme les plus sincères, sans le relief de Ii^^ gloire. *
LE MÉDECIN m I^ECQ* 4S
Combien Calrçyrac fui heur^ïii ei tremblant quand madamo DàlzonnOt ' ïKçupétî jusque-l'û à touler Abet la ramenaat vers lo passé si délicioiase* meut empreiot ûuï dorures fanées dg h place où elle était, sê louma vers Calveyrac et vers Abel et dit :
— Aimer la gloirol co n'est pas lôii jours aroir bien choisi ,»Tûes chers philosophe*; et c^rédnït doré ofi pria et pleura d*amour si souvent mademoiseUede l.a Valliere, rori^rrio de votre discussion, tïI aussi made* moiselle de La Yallj&re prier et pleurer de désespoir la nuit oh soa royal amant sotiffrit qu*oUe partît pour le couvent des Carmélites* C©3 soute»
I BITS parlent asseï haut dans ces tîeuï pour faire douter du grand aTati* tage qu'il faut attendre de la splendeur en amour. Je crois , s'il m*est «llMIlle do risquer une opinion ^ que ^ du moment où la passion choisit ^ ca Wl^ plus de la paasioo. Je permets cependant de s'attacher à un homnta illus!^F^ il n'y a pas en lui un motif d'eïclusion ; mais y aspirer ! le cher*^ eh*'' t'-re amie, dit madame Dalzonne en sortant de roraloîr© dd
mâb de La Vallière et en prenant dans sâ main celle de made^
Hioi^ijUc de Touralbe, permetteas-ruoi de supposer que vous n'tltes pas tout à fail de ¥Olro propre opinion.
Je n'attendais pis moins de son eïcclkni natureU so dit Caire vrac en
se rendant dans le cabinet do mademoist^le de La Vallière, do peur do
|j|f "~^ ^ - :-* moi^elle de Touralbc par un assentiment trop vif aux paroles
de ' ilzonneel de le laisser Irop pjraître,
EsiMi. i. r- retira anprt 'S d'Abel par toutes sortes d'appréhensions délî-
' t^ien. Sa satisfaction l'emplissait si entièrement et avec tant d'effusion
3ull ne saisit aucune des eipUcatlons historiques dont il avait k 5on tour emandé ta clé à AbeK
A un cri poussé par oiadomoiseQe de Tauralbe, CalTeji^cet Abel accourureniau Dalcon,
ta c^um était un de ces beaux nuages blancs bord^ de rose, rapides et écumeiti, qui se déploient souvent en automne entre le soleil et nous. I Chi dirait un c^gne blessé chËrehant k reculer l'instant où il tombera sut U terre.
— n court ven le tnidi « disait mademoîsetlo de Touralbe : puîsse^t-U porter aui pins dltolio mes paroles de souvenir ! It verra, en passant» les tacots, les bob, les plaines t^ue nous avons parcourus ensemble, n est-co
[ fm Btanca T
— Oui, madame, r<^pondît Bîanca. le voudrais que ce nuage se char- ' , puisqu'il va en Italie, d'une lettre pour mon cousin BeUa^^da » ci
3 nrtour il rn'appnrt^hde sa part une robe de soie noire*
Folle 1 lu abiî^i!s d'une illusion que tu ne mériies pas de partager..»
K*est-ce pas, monsiLHir, s'adrçssant à Olveyrac, que vous riez de ma cré*
ihilitt'. voiin tri>n ^3v;int pour voir autre chose dans un nuage blancqu^uno
> Ttp' i uiisso frappée de la lumière du soleil î Moi , pauvm
lîp't- : ^^"^^ sime^ des ailes, une volonlé; je m'y repose 6t
]^ v«>v^e à Uaversles distances, tantôt planant sur les brumes ou lac»
[ttntft me batanrfint sur quelque vieux cbâteau, au fond ûm Apennins; je
mè fit» nnc dtmleur d'etilée pour visiter des liens que je no revorrai
^ ^m* Os n*(^t pa^ln réalité, mais c'est moins qu'un songe; et je me plais
aaea tes migrations de l iSme... Tenez t je voudrais fuir de ce balcon ^
m*édli{iper oe ta terre, m 'engouffrer dans le ciel, et ne plus parattne à vos
jmx dans un instant que comme un flocon de neige... Je me sens plus]^
gèrdfla me sens fondn?... Ohl le ciel etTespace!...
— Artétei î s'écria Abel en voyant mademoiselle de Touralbe i'éler«e Pa fô bout des pieds, se hausser à la rampe de fer du balcon* 36 peocbof
I avant et sur le point de s'abandonner à une chute de plus de soiiatltfl
iried
Madame Dahonne, do son cdié, cria aussi arec tlfifoï ati doclenr ; » Rwpcî-lftt mon Oieul reiencî-U t
— Laissez, répondit froidement Calveyrac en saisissant madame Dit zonne par le bras; ce n*est pas là votre affaire : il faut ^ue ceci, en mo^ trant mademoiselle de Touralbe, {aiérisse cela; et il désigna Abel.
—Obi merci, monsieur! dit mademoiselle deTouralbe a Abel, aair«TaiC prise sous la taille et la retenait avec efforl contre lui ; merci I... Je crojiôp ne plusêtre ici.ir. J'étais dans Tair... J'étais beureuse... je souffraisl
-* Venez, venez : il se fait tard, dit madame Dalzonne en pousaantfiQH monde devant elle par l'escalier du château ; venez vite ! nous somoiM attendus à la maison... Docteur, je no comprends rien, absolument ne» m cela; et vous?
Comme au début do celto histoire de vie privée, la cloche de la i avait sonné le dlncr et le couvert était mis, mais personne ne se montia'; on ne vit coujrir dans les deux jardins, à cet appel toujours épié pourtant avec une inquiète sollicitude, aucune ombre reiordaiaire gagnant le réfeo* toire ; le réfectoire fut désert comme l'escalier qui y conduit, comme Vùkr teneur et l'extcneur de l'établissement; il semblait inhabité depuis des années. Rien de sinistre cependant no se pressentait : au vent s'ébouriffaient les petits arbres du carré de gazon place devant le perron d*entcée» au soleil chatoyaient les cuivres de la porte , joyaux des maisons bNn tenues. D'où naissait donc cet événement inoui? personne au dîner, quand il avait été sonné do manière h laisser sans excuse les pensionnaires les moins sûrs do leur oreille I il n'y avait làquo la maison pour répondre.
Ainsi qu'il a dcjh été indiqué, c*est presque à Tangle do la rue de Paris et d'un ancien chemin duPccq quo se déploient les deux grandes magon?nerics dont se compose rétablissement do madame Dalzonne. L'entrée principale est sur Tancien chemin. Sa belle grille, qu'accompagnent ^ croisées en ogive portées par des barreaux do fer eu forme de lanoes» allonge une ombre prétentieuse sur un terrain peu foule des voyageurs et encore moins des voitures. 11 y a du vieux faste seigneurial dans la pro^jection de cette armure de la maison quand elle se dessine sur la sobtude de la route au coucher du soleil, ce grand peintre de genre. De près, et en réalité , on n'a à admirer , si l'expression d'ostimo irest pas trop forte « qu'une maison bourgeoise amplement bâtie , bien étoffée, où rien n*a été épargné, ni l'espace, ni Toir, ni la verdure, ni la pierre.
Entre la grille , les écuries qui lui font face et les deux corps de logis latéraux , s encadro une miniature de parterre , échantillon du jordm autrement spacieux de l'établissement : c'est une poignée d'herbe d'un vert lustré , parfaitement tendue et ratissée , sur laauelle on a broyé p pour ainsi dire, une demi-douzaine d'arbres, quelques bouquets de aahlias et de marguerites doubles , et posé quatre statues mythologiques: Hippomène et Atalante , Flore et Pomone. Chaque matin le jardinier., valet de chambre de cette nature épinglée, brosse avec soin le tapis d^ gazon et époussette les arbres.
£n taisant faire un coude au regard , un peu amaigri par l'aspect da cette esquisse , on pénètre sous les premières voûtes d arbres qui mor nent au grand jardin ; et ce qui est caché demande grâce pour ce qu'on voit.
Au fond du parterre sont les écuries , petits compartimons réguliers ; peints sur douoles portes à larges raies grises et rougj^s, et couronnée d'une toiture dentelée en zinc. Leur élévation se borne h b simple hauteur des murs auxquels elles s'adossent. Là est aussi la seconde issue de la maison , celle par où passent les convois trop lourds, qui se ren-
, toutes nioy-S" aï ri. A gauche
norrnn ^çs ûm% ailes.
des inlïrmites trop
t , qui se perd à l*
>^c, un cijtivre l*i buiface depuis le rez-<lCH,:bauî>ïiCHif i»y tkJiH fis
I é^ fi^rpïmn et lo réfectrv'trt' , jn-^qrfau m"tiïiier ùtagc ,dov'>lu aux
\s, Mûdiini l'cl y ont kyrsûppflhemens.
tf' , cj^II^ x'S s'ouvrent h h h*i-^H sur
'. ' ' tuui, liii iiiïut dtîquol le p (^ Je
mmi.ni di?^putée,
__ ïlli: JliaU*l|iJ'l-- i'*'".'J"iii-- ^ j-'^ui iiliiiv- mm. ' 1 i*..- ..t -^j;^^^
|}éê pour ctle jusqu'au jour ou Aliel en prit i ,t©r
lieu» iaiQtJiît:â ; ou lui eudécérua tout u «..^ . .*- ,.. j...,..m.v jjuis-
l râmt>o Ttrîtlinln romrnn un hoU (îo f.iiiipuîl miitlni! dcs iïiarclM»S 1 îi -s^ aiïi^ à la
I 6- . IViir circule
Lir û*^ tuuo ouverture ,
:- ! itre croiiiéo ^embiûhûî*
biver, citî v,iàks pauucaai vUrca au forment sur ces soupicAujif
\n dV'M cjartïirlo vide un peu nu, des arbusles en rcmplisâcût
spacieux de Tela^e coulient , eutre autres ^p-
'AitoQ varie h raison du personnel des peiiîiiou^
n.ikonoe et celuï d' ' "' ' r !L(û,
j l r 0 p r rin( erpos i ti- ' : i r &,
'\ Sur la [le , ot à quelques
..,.,..... ^v^/OQues Ow..-i^.^v;* occupe ue cabàuel rçon* ours fu guerre pour leurs logemi'"^. t;iîi(i^f fnnds, tantôt trop
quand ils ne sont pas trop
un [l'-u -1 -v-K frais» Giba^ 1 ■ '.Mie Mus-:!'-
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T*nijïr
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urne lu âieu < ' 1^
, qui ijitnqut^ i tiir
lidemoisê! nw
, ni tayanioi , ni tj>« I ités de pi^ siKes . no
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48 LE MéDECCf DU PBGQ.
imitent les attitudes , sont pour lui , pour CalYerrac ; sa chambre regail tous ces sons lamentables, et là il les retient, les étudie, les anahae; c'est le cerveau visible de toutes ces fibres détendues , irritées, à demi brisées par le mal , encherêtrées comme le fil d'une bobine de wone roolée par un chat. Mais quelque chose le console de ces scènes de doidear, muettes pour l'autre maison , inconnues môme à la plupart de ses psBsionnaires : de sa chambre, CalTejrrac aper^itdans l'autre rnûson vu appartemeftt aimé, et où sa joie est de voir courir la nuit une luBfe, trembler un rideau , fuir une ombre. Son enfer a rue sur le dsL
Quelqu'un se montra enfin au salon : c'était le baron de FoumeD^ qui alla occuper sa place, sans trop s*inquiéter d'abord de l'absence de «es compagnons de table. Après avoir déplié sa serviette, regardé au fond de son verre , astrologie des impatiens , consulté le fil de son cootem , 3 déchira on soupirant la bando do son journal et se disposa k lire* afin d'abréger le plus possible le temps que les retardataires mettraient à se rendre à leur poste d'habitude.
Dix minutes s'écoulèrent dans cette lecture assez peu attentive. Quanl elles eurent passé sous l'aiguille souvent consultée de la pcsidole , dfi Fonmeuf , avec un frémissement intérieur, allongea de nouveau le Journal sur son assiette, essavant de reprendre sa tâche de patience. LwDCt fut suivi d'un soupir ; il bâillait de faim à chaque li^. Le pfwmkt Paru lui sembla détestable ; la politique étrangère l'irrita au dernier point; le feuilleton ne lui arracha pas même un regard de pitié; «m regard ne suivait une direction intelligente que lorsqu'il se portail mst le cadran de la pendule,
C'est è peine s*il avait ffagné cinq minutes, quand il se jeta une troisième fois avec un redoublement d'ennui sur une des cobnnes du Journal , détermination aussi inutile que violente : il n'eût été au pouvoir d'aucune nouvelle, dans l'ordre politique, moral ou littéraire, de nraltriser son excitation nerveuse; les deux Amérique en feu, les Indes englouties, trois révolutions en Russie , et six en Allemagne n'auraient pas aplani lo moindre bouillonnement de la tempête de son estomac. De rage il froissa le journal , cassa son pain et but d'un trait un demi-verre de vin. Cet à-compte donné à son appétit ne servit qu'à l'exciter davantage , il avait laissé tomber un poids dans l'abîme : c était en mesurer la profondeur; de Foumeuf avait h fringale fiévreuse du Ûon , il eût mangé un chrétien dans ce moment*. Il ne trouva qu'une citation fiameiise à rouler dans sa bouche ; sa douleur lui rappela cette belle et noble pensée émise dans un ouvrage célèbre par un gastronome émérite : «QuÂnd un convive tarde à venir , il se passe dans Tâme peinée de cdui qui attend une foule de sentimens qui se réduisent à trois principaux : au premier quart d'heure d'attente on voudrait le flageller d'un coup de serviette au j visage , au second quart d'heure on lui donnerait volontiers un coup de pied , au troisième quart d'heure un coup de poigard. »
De Fourneuf attendait depuis quatre quarts d'heure, c'est-à-dire depuis une heure t Qu'on estime s'il se croyait en droit de poignarder les absens ! Il ne les poignarda qu'avec sa langue , elle oardait des injures vers chaque place vide. En regardant d'un œil féroce celle où Gabasso! s^asseyait, il grommelait: — Vieux voracel tu as tant mangé dans ta vie gue la faim ne t*estpas venue aujourd'hui ; requin du directoire t gooln impérial ! c'est donc à moi à pâtir de la misère de ton estomac défonœ ?..• De Fourneuf passait ensuite a la place de Leieune, et il disait , en nâftchant une bribe de pain qui criait dans la solitude des cavités palatales ; —Triste oiseau I senn de vieilles filles I je ne m'étonne pas que tu ne sois pas ici , toi! avec une bouchée on te rassasie jusqu'au lendemain. En vérité , je ne sais pourquoi do telles gens paient pension ; c'est de Im fatuité , Dieu me pardonne I... Ses malédictions ne tardèrent pas à cou* rir sur les sièges déserts de madem(»seUe de Baupréau et de
t£ MÉDeaK I>U FiOOt
llusquetto : -^ le gaeerais que mademobette de Beauprdau mi lirrée à quelques r^ves ou elle sa ?oit îolîé et baignée de fratcbeur comme vue fose pom^n,.. Fameuse Tosél Je tous en donnerai des rè^es tandis tnie jesuisicia ne pas dîner 1 Puissiez- voti s rt^vcr queje vous étrangle î Et vous, oiadame Musguette , quoi donc voua retient TEst-co le souvenir indéûnlment trop entretenu de feu votre mari? Saurais voulu le con- Ditlîet Teotn; voir seulement , ce mari myslérieuï*.. Brave homme l il li*a jacnlé ombrage à personne» Je consens à perdre mon titra de laron 4à rûOTOtif 81 l'on me montre la date de votre contrat de mariage , iM^tatBft lluiquette î il n*a pas coûté de grands frais d'enregistrement <»liii4à I.** Mais ils sont tous morts aujoumliui I Voilà six beares vingt iDmnÎQi , et personne encore , personne I
Furicui , égaré , de Foumeui se pendit & la soniietie* Uudome^tiquo parut aussitôt»
f^ QÎie ilésire rnoosieur le baron T
r^ Oft sont ceâ messieurs f
1— A Paris*
I^Tousî
— I4oji pas tous : M. Cbnmpeaui est malade » H. Cabassol et M« Ij^ jeoiie sont allés à Paris toucher leun renies*
^ Etl^ outres?
— M. Hourdou dtne en vîUe ; M* !e docteur Calveyrac , M* Abel ; madame Dakoone , mademoi^lle de Touralbe et sa demoiselle de eompunk TJStteDt en ce mcunent te château de Saint-Germain ; madame IliisqpieCte «t mademoiselle de Beauprëau sont ailées faire des emplettes à Versailles.
— El pounftioi ne ro'avesE-vous pas dit cela tout de suite, malheufefuil Vous me faites sécher de langueur pendant une heure et demie ,
' qui sois retenu h pied , oui » à pied , de La Muoite ^ oii )e m'étais ûu pour ga^er de l*appélit 1
^Cesl qu'a rexception de M. Hourdon et de ll< Champeaui» ces \ et ces dames ont promis dVtre ici a rheure du dîner. ^ Promis , pnDmis.*, Faiies-moi dîner i que |e dîne I Ils vieudront i|UAisd ils voudront^
<^ Mais si madame te trouTe mauvais. «•
— Madame Dalzonne s'adressera à moi; je me charge de lui répondrci Môntf^2 le potage et le premier service , ot laissez-moi seul ensuite si TOUS crai^ea de vous compromettre en me servant.
Le doi:âstique descendit , et reparut bientôt avec la soupière de potaxe t qti*il w^ devant le baron de FoumeuC
Qyaiid celui^i se fut servi sa bcmoe part du potage, sa colère s'apaisa i la lullorifl en prit la place.
1» Je commeaae h comprendre ta plaisanterie, se dii-il en faisant te- Ifoldir soti ri£ bous Tagitation de la cuillère : on a trouvé amusant de me Jai^er allonger la langue pendant qu'on passait agréablement son temps ailleurs ; je suis né pour ta divertissement de la compagnie. Un pourrait i'étm trompé : f ai plus d'un tour daus ma gibedèrOi
Il n*ûsa pas dire dans sa bo^e.
Si ie tfouvais plaisant , moi aussi , de prendre ma revanche*. • l'en ■ok tenté. *t Ah f vous vous êtes moqué® ne moi I Eh biou t à mon tour.
Oa Poomeuf se leva en ricanant ^ jeta sa semelle sur h dos de la chaise, cC jpgna^ léger Dimmoun lièvre ^ lecoqis de lo^s en face.
Fondant sa courte absence du salon, les domestiques apportèrent sur la table les mets du premier scnice; ils se retirèrent atissitôt^ n'étmit pas jalnui d*étre complices do Tac te d'autorité que faisait de Fourneuf vu 4hMnt t0Ul settU Ouand il rentra , il était suivi de plusieurs personnes aozqoelkâ U désigna , avec beaucoup de courtoisie les places qu*dles devaient occuper. U entremêla dames et caTaUers, et il reprit ensiûie ,^i a
JiQ LE MlLoECIN UV PECQ.
son posto (l*honncur au centre de ces convives nouveaux » .salon , «t à chacun dc^els uno assieUe de potage fut servie,
De Fourneuf affectail uno gravité singulicro en s'iniormant ààXtUfà pouvait flatter lo |;oùt des uns , convenir au régime des aiUres, Mftneocc extrûflQe qui ne promettait pas d'avoir long-tenms du mnpèMJL auelquo distance de lui il apercevait déjà du coin de rœil une 4b Ai dames occupée h tailler sa serviette en petits morceaux , tandis failli V4)i9ine se passait des raves dans les dieveux , s'en composant — ^" nire à laquelle son orgueil souriait. Entre ces deux éanaes il f un gros monsieur qui paraissait dans une anxiété extrôme ; m était celle d'un homme exposé par un temps orageux au rovit JtigL vaisseau ; ses bras étendus cherchaient à s'assurer un appnivMAwil fût parfaitement assis sur sa chaise et retenu par son propre poidi. JTtt droite le baron de Fourneuf avait un homme maigre tout Têtu de wir« k sa gaucho un autre hommo maigre habillé de touge : l'homme noir. " rait , et Thomme rouge regardait celui-ci avec des yeux terribles.
— N'y aurait-il pas d'indiscrétion à vous demander de quel tendrement chéri vous portez le deuil ? s'informa do Fourneuf aii{ l'homme vêtu do noir ; sons doute do monsieur votro père ou de i votre mère ?
— Jo porto lo deuil do monsieur , qui est li votre gauche , léponft l'homme noir en désignant l'homme rouge.
^ Monsieur est donc mort?
«- Puisquo je l'ai tué.
— Je m en étais douté ^ dit de Fourneuf; mais je n'osais trop tocnini cependant, lo voyant assis à mon côté , et mangeant beaucoup plnS'qDd vous, son assassin.
— C'est répondit l'homme en deuil, qu'il a pris la figure du remoKds, commo dans lo tableau de Prudhon ; et cela vous explique r me poursuit quoique mort.
— Si ie pouvais pourtant vous réconcilier... Qu'en pcnsez-v sieur ? demanda de Fourneuf au remords en habit rou^'o; vous i riez-vous t
— Si monsieur nio promet de ne plus mo tuer...
— Jo vouslo jure sur riionneur.
— Jo vous invite donc l'un et l'autre a choquer vos verres en î d'alliance, s'écria de Fourneuf.
Et l'assassinat et lo remords se portèrent un toast do réconcilialiOD* Toutefois, le remords, après avoir bu la moitié du contenu de son vene, jeta le restant au visage du gros Jionmie placé outre la fenuno oouroiuiée de raves et la fenuno qui déchiquetait sa serviette.
— Soulencz-moi ! s écria celui-ci en chancelant , car je suis la terre ; empêchez quo je sono do mon orbite, ou vous vous êtes tous perdus t
— La terre désire- t-clle de ce haricot do mouton? s'informa de Fourneuf.
— Llcrcl : je suis déjà pleine jusqu a l'équateur.
— 11 mo vient une idée , dit une dame jusque alors assez ruisonnaUC9 placée h rexlrémilô de la table, uuo Lomio idcel
— Voyons-Li I
— Voyons-la l
— Allons-nous-en tous d'ici ; voilà assez do temps que Robespieno nous retient dans cette maison.
— Oui ! allons-nousK)n.
— Parlons I
— Moi je n'ai quo mes pantouffcs vertes h cliausscr.
— Âloi je n'ai quo mon umbrello à prendre.
— j\Iui jo n'ai qu'un cure-dent à aller ciiercîier.
— Parlons l partons I
LE lliD£CIN DU PECQ. Â
De Fontnenr fut épouvanté à celle proposition émise et accoptce pi les fous de la maison, qui paraissaient actormincs h y donner suite ;>kt se braietit déjà pour sorlir. Le baron envisageait avec effroi la juste colèip du doeteùf OiIvejrac et rindignation de madame Dolzonne en apprenait OQ^âvail fait ^nir les fous de leurs cellules pour les attirer au salon «t M Ubânr ètfsuite s'échapper dans Sdint-Germain. La plaisanterie touï^ -mie au 'bistre. Que fairo t il essaya de détourner rorojge par des voies à& doiioeaiv>9Û n-eurènt aucun succès auprès de gens qui, comme tous oeiix 'deloar (Mpèce, conservent toujours assez de Ix)n sens pour comprendre kar état de réclusion et pour vouloir en sortir. Ayant épuisé cospremiei;^ moyens'dë pét^uasion, il confia ses deux voisins, les moins incapaUe% pensflât-iU •a'cntcndre raison .
^ Mon Avis , répondit ThoYnme noir après avoir écouté dé Fourni» est enlîèrement semblable ac vôtre ; mais, si vous m'en croyez, vousiiné pcnhetttei à*dhOTd do sortir pour aller chercher la garde.
•* Votre tonseil est cxctïllent , répondit Thommo rouge , 'et il doit SUe adopté, à la conditiou toutefois que je vous accompagnerai.
Tnsiê position du baron doFourneuf : il ne sortait d*une difficulté que .poursé vcnr forcé d*cn accepter Une autre tout aussi épineuse. Sonner A falrb monter les dortiestiqucs était bien dans sa pensée ; mais ce mouvez ment, qu'il n'aurait pcut-Otro accompli qu'aux dépens de sa ^îe » néiéSt pies menie à tenter depuis que les fous s'étaient rangés autour de lui et U terrifiaient de milb) eurayanles singeries. L'un lui barbouillait le visp^ avec des épinards au sucre, Tautre saupoudrait ses cheveux de poivre et do sd et les arrangeait en salade, un autre complétait Tassaisonncment par d*alx)ndantc9 irrigations d'huile et de vinaigre ; chaque minute leôie^ naç^it d'une effrayante catastrophe. Son sang-froid ironi(iue rabandonaa^ et il pùUt derrière la coudic d cpinards et à travers le rideau d'hude répandu de. son front h son menton , on voyant luire un couteau dans la main db chaque fou.
— Écoulez-moi I s'écria-t-il en ti)chant de se mettre sur pied au miliéd iTM murbilton de*piaroles . de cris et de menaces ; écoutez-moi t Si vous consentez à rester trtinquilles pendant cinq minutes seulement et 6 repr.^ndrc chacun vos places « je promets une surprise des plus agréables à chacun de vous ; cl il est bien entendu qu'après ta surprise vous aurez tous la permission de sortir et d*aiier où bon vous semblera.
Indécis, fcsfbus reprirent leurs places.
Do Foumeuf n'avait aucune surprise a offrir h ces malheureux insensés ; mnis pendant ce sureis. obtenu avec assez d'adresse, il espérait qu'enÛn qiiei'ju'un viendrait Tarrachor à son intolôrablo situation. C'était le condamné à mort qui, sur les marchOBdc lechafaud, prétend avoir encore des révélations h fairo.
Cette inspiration du désespoir ne fut pas absolument dccuo : la porte du salon s ouvre ; d(^ rourncuf croit sortir du tombeau.
C'est Bcrgeronnottc-cinq-heures , la gracicuso laitière, qui entre avee un gâteau dans une seniolto blanche.
La charmante enfant n'a pas le temps de le déposer sur la tablo« affreux pêle-mêle de bouteilles renversées, de verres empilés, de mets confondus, qu'elle est saisie et éîo:iffco d'embrasse mens par ces effrénés satyres.
Les fMs fifétaient imaginés que BergeronneUe-cinq-heiiies olait le présent promis par de Fourneuf, la surprise annoncée.
Les cris de la laitière ne servirent qu*à embraser leur féroce inonti* nence : son fichu lût déchiré et ses cheveux flottèrent ; on ollait se la ûêé cliirer comme une proie.
A la fevmir de h diversion, do Foumeuf essaie de gagner la porto ; mab les filles, elles qui n'avaient aucune juie positive à retirer do la presenes Ile DergwepBCttfrOiHq-hettfes, so croient dopées et se pendent aux faabHi
SB ut lubBcni DO mgq.
do fugitit. n disparaît sous lean pieds, tandis qoe BergeroimettepleDie k chaudes lannes et q^pelle an seoom.
Une seconde fris la perte da sakm 8*oii?re;c^est Abelqoit detaaéle mé^pieBpas inadamelDalaoiiiieetiDadeiiiDi8eUedeToiiFalbe.IIOMrtM mu du saton, arrache BergOTODiiette énuMwie des taras de eesta' flasitela sonnette de tontes ses forces. La tragédie fût finie. On i les nrasi on menaça les folles de la terrible pmmiott des dondMS^nti «t ions éTacoirent le sakm en riant et en gambadant.
Quand madame Dalzonne et mademciseUe de Tooralbe entièieHt ai salon, Berseronnette-dni-heares avait ses deux mains dansoeUesCibel; elle tremblait enoxede tons ses membres; mais ses beamyenirtlalel iDOTerts, et il en coulait des larmes de reconnaissanoe.
Assis dans un coin, de Foomeof s'essuyait le Tisageet la lHo nwcaa lint de serviettes qu'il ▼ en arait à sa portée.
De son coup d'oeil d^dgle. madame Dalzonne derina rautenr, la casa et les conaéqdences de la scène dont elle avait les denien yésintaiss— lesyenx*
^ Monsieur le baron, dit-elle k de FonmeuL on TOUS montera «■ bsk Idans TOtre appartement dèsqull tous plaûa de tous y retirer. Toi» ma
retoumeias
panrre Bergeronnette, tu passeras la nuit id; tn ne Iddansrétatoùtnes.
^ Marraine , mon père serait trop en peine s'il ne me TOjak fia
•>• Nous lui enverrons dire que tn es ici pour jusquli <
^ Non, madame : je suis bien faible et toute tremblante enoon^ asii Jenedosnasmanquerder^oumeràla ferme.
. Qu'eue monte dans mon landau, dit Abel ; mon domeetiqw la m» nteera chez son père.
^■Swt, dit madame Ballonne CT embrassant Berroronnette^hiq-lwugeSr toute fière, dans son reste de défaillance, d'aller dans la beDe voitone éi- V.Abel.
— Monsieur Abel, dit^e en revenant sur ses pas, pennetteHnol \ tjiose.
« — Quoi, mon enfant?
* —De vous offrir un de ces jours une tasse de crème que tous soi paierez pas.
Bergeromiette-cinq-heures sortit, la tète basse, pour ne pas qu'elle ne pleurait plus de douleur.
vn.
— Quelle route suivrons-nous, docteur T
— AlloDS droit devant nous; nous tracerons un crochet plus Ioin««ê Mais vos étriers sont bien haut.
<— J*ai l'habitude de monter li l'anglaise.
— Voulez-vous ma cravache, monsieur AbélT —Merd, docteur; je conduis è la voix.
Partis en môme temps, les deux chevaux longèrent d'un trot légnSer une des allées de la forêt qui aboutissent au château. » On touchait à la Un de novembre. Le ton général des arbres était pbs pourpré que vert, les feuilles tombaient en tournoyant sur la largeur da la route : de distance en distance s*ouvraient dans répaisseur des masrifs des trouées profondes par oà l'on découvrait déjà la charpente du vasto corps de veraure qui se dépouillait à sa base. Chaque souffle de vent,diar gqie frémissement a'vbre emportât une coulissoi décbirait une^aoïdfe
tS 1l#|lfCI!f IW FEC9'
tftdiait QO^ dentelure fanée, quelles j^uirlandes, tin rideau » un hi>rizoii ^•4u beiiii déeor de rélé* Le grand spectacle s^acheyait partout : roii d*oi* ans, infiMèpes douces» lendres et radieux éclats de couletirs s*évanouiâ- At; plus de celle confusion d'odeurs, dû bruiB et de clartés qui fait Ms iint solitude animée , un tem[»l6 oii chacun croit trouver ati Quble de sa pensée un écho consolateur : çeiul t^i médite, b Térité^ et ïiui qui aime , Famour* Sur la bordure Teloutee de la forêt les petitesi surs JiffiâS au parfum de miel et déclive ne se renouTcIlent plus , et , il elles taraient qu elles sont les dernières , elles rëâkteat , suc I tiges plus fortes, au vent qui rase la terre* A^t se tenait eu selle a? oc autant de grâce que êe ferme té^ sans songer \ ^*û était à cheval. Si son visage n*eût été décoloré par Télan da rrsii m son haleine, courte comme cbex toutes les personnes mélaoj Q'eOit laissé entendre le bruit d*une oppression produite par un „>tWiîratioDf on aurait dit qu'il passait silo ncieusement dans râïTr orté psf des ailes. Légèrement penchée , sa tête pensive effleurait les " 1 isiérteures ûm tilleuls, en se rapprocliant de la couche odorants se sauvage répandue le long de la lisière. Son cheval se prt^iait h sa fantaisie , il ondulait avec Télastlcité d'uno ue sur la mer. Sa crinière, ses naseaux blancs, charnus et roses, en* ai parfois d'un brouillard chaud et d'un reniflement d*amour la r pendante de son maître. Au bout d*un temps de course, rinstinct î^ ^hti^KV el rintetligenco de celui^ se mettaient d'ordinaire si étroite^ ni i*n rapport , qu'ils n'avaient plus rien h faire ni Tun ni Tautre pour I 4iiiger à travers des distances indéterminées, soit sur un terrain coupé ' éestsviiïs, soit dans une forii comme celle de Saint-Germain, sillon- ) de routes de traverse , de ruelles îneitricablcs. L'homme pensait et ) chenl courait, chacun suivait sa pente ; et, après detix ou trois heures \ prooieiiade} cheval et cavalier se retD3U valent dans la cour d^'où ils "'Ht partis, le cheval plus vigoureux pour la fatigue du lendemain « 10 aussi triste qu'au départ , sans appétit, sans sommeil , rappor- I sa course le suion au visage d'une branche d églantier, ou quel* I de jonc arrachées, dans un geste amer, sur le bord du chemin» ^ monté sur un cheval beaucoup plus haut que celui de son Ji , le docteur Calveyrac n*avait pas moins d*aisance et d'abans ce n'était pas la même négligence* Habitué à faire do Téquitûbut utile et non le moyen de combler une heure de loisir, il i sur son i^eval comme il eût été sur tout autre objet destiné à lo ' dans le plus bref délai possible d*un lieu h un autre. St jument ne connaissait qu'un fûis, la vitesse; lui et elle étaient deux dmes qui allaient simplement, mais parfaitement. Jamais aucun boucher "^ ' ijf« et Ton sait s'ils vont vite d'un marche à un autre, Jamais au^ itiUoD de Saint-Germain, courant sur la même voie que le docteur ac, n'avaient montré le chemin à sa jumcnl. Il est vrai que dès aWapt^rcevait à cinti cents pas au loin et à quelques pieds du sol uhô ^*" * potidfeUiê, égale comme la fumée d'un coup de canon ^ on se ran* inHôt d'un ceté ou de l'autre de la route en se disant : — Voilà le ' CtNerrae t pince au docteur l il va à quelque accouchement.,. On ^ et le docteur disparaissait dans l'atm^hersqui roulaJt avec lui Au pmiiar carrefour de la forêt , à peu de distance de la terrasse àa sain, des enfans jouaient sous les yeux do leurs domestiques sut de joyeux cris entre les barrières vertes ; ils filiale nt \m îdemifTS beaux jeudis de la saison. Petits garons et petites (llles étaient "' I ; il fallait toute la précision du costume pour lt>s distinguer t ml^uies 'ures blondes ou brunes flambant à leurs épaules, mômes pantadons ( tombant sur leurs petits piedi impatiens de courir, éo gnmpef mut Dârrière^, d'écraser le gajEon ou de franchir les arceaux niotivans do U eorde^ Ejês charmai» espiègles reroazquèfent que lei deux cavaliers
^ LB MÛDEa!<C DU PECQ.
EflIûaUscaionl le pas en approchant du carrefour. Alors eux, les petite^ mons, au lieu de s'écarter, ils se prirent par la main et fermèpenl li^
eahde ailée au moyen d*une ronde au milieu de laquelle ils jetèrent Wvi# Bons et leurs cordes.
Les deuK cavaliers s*arrc'tèront devant la difficulté.
— Monsieur Calveyrac I dit un des plus mutins de la bande, hardi aqaii 1^ ealolte grecque et dans son large pantalon blanc pris à la cfaevilWt. monsieur Calveyrac, vous et votre ami vous no passocez pas. Nom' T4WIP[ nb passerez pas I
' — En ce CÂis, nous desccnderons pour vous embrasser, répooditCabcg^ EOC qui était le médecin de la plupart d'entre eux.
Abel était déik à terre et couvrait de4)aisers les petits rebelles, imigiati $es mains sur leurs cheveux en sueur, sur leurs flottantes écliiwiies, et? les asseyant l'un après Tautro , h leur grand désir, sur la adle à/^som cheval. U était fou do ce bonheur imprévu, d'apprendre los nonos dç Ma, ces mignons cnfans : — Moi je m'appelle Jules, moi Ta^ile, vam Coialbmrtin, moi Ludoviso, moi Ilortcn^re.
— Eh bien I s'écria le docicur, nous régalerons de gâteaux et d'ouUiOh Taxile, Jules, Constantin et toute la bande.
— Ouil répéta Abel en jetant vingt francs dans le tablier delaniar^ cliande, habituée à camper tous les jeudis avec sa boutique volante à Iiif suite de la gaie caravane.
Quelqu'un fut plus heureux quo ces enfans, qui n'avaient pas asae^dQi. leurs dix dbigts pour soutenir tant de fragiles pyramides d'oumies, ce ùùf Abel, qui retourna plus d'une fois la tôte après être parti, pour voir «ih. cpre remuer et sautiller au bout du chemin ces innocentes et iratcbf^ ciéatures.
Ils étaient parvenus, lui et le docteur, h Textrémilé de la Route-Vertei , et ils entraient dans le Buisson-Uichard , quand un coup de fusil , Ciré^ sournoisement dans los taillis , arrêta sur ses quatre sabots la jument du dpcteur.
— Fort bien I je devine, dit celui-ci : Bergcrin fait dos siennes.
— Qu'est-ce quo Bcrgcrin ? demanda Abel, qui s'était aussi arrôté.
— Borgcrin est le père de la laitière de la maison do sainte, Bergeron* nette-cinq-heurcs. Cet arrêt du cheval m'apprend quo Bergerin chas^ dans le taïUis. Il a soin de ma jument quand je me repose parfois h sa ferme, il ressuie et lui donne l'avoine ; ce sont de vieilles connaissances» Que les gendarmes de Saint-Germain seraient heureux d'avoir ma jument^ quand ils poursuivent Bergerin, le braconnier le plus incorrigible du dé* partemcnt ! Un lièvre sera parti sous ses pieds, et il n'aura pu résister h l'envie do le rouler.
— Cela est très mal, c'est odieux, h mon avis, dit Abel.
— Je ne vois pas la chose aussi sévèrement que vous. Tenons compta de l'éternelle séduction placée auprès de ces braves gcns*là. Bergerin a sa ferme h Fromainvillo, entre la ^einc, qui l'isole, et lo tiré du Roi, espace immense toujours plein du meilleur gibier : les faisans et les poules d'pau viennent le défier, et , a moins dalui tomber rôties dans la mam , les cailles ne peuvent lui faire de plus insidieuses avances.
— Vos raisons, docteur, no me semblent pas concluantes. Nous sommes tous, dans la vie, plus ou moins exposés aux tentations : personne pour cela n'est excusable d'y céder. D'ailleurs, de tous les volcui-s les braconniers sont ceux que je déteste le plus. La chasse n'est , à mon sens , un droit qua sur ses propres terres : tuer sans permission le gibier sur les ternes du roi ou dans un parc privé est un abus qu'on ne saurait trop réprimer.
— Savez-vous, monsieur Aboi, que si l'ombre de Louis XIV vous entendait elle se réjouirait, surtout si elle s'éveillait ici. dans cette forêt remplie do la terreur do ses ordonnances , et dont chaque carrefour se souvient de quelque exécution pour crimo de braconnage.
— SCrérilëduTO, mais convenable , si Ton songo* docteur, que sans CMIB sâréhlé nos forcis seraient dépeuplées depuis des siècles, si touteféîs il 7 avait encore des forCts, car ceux qui s arrogent la permission de tuer on bisan au pied d*un chtne n*en demandent pas pour couper le chône.
—Vous voudriez donc que la chasse fi\l le privilège de quelques hommes ■ de race? Nos mœurs repoussent celte inégalité. Du droit d'avoir seul des cbevieuik dans ses parcs nous passerions insensiblement au droit d*avoir seul dÊs pigeons, commo avant la révolution. Or, comme un droit cxceptimniel ne se maintient qu*avec une pénalité rigoureuse , nous aurions Mentôt, comme avant la révolution, des lois qui condamneraient tout déloquant en matière de chasse ù avoir, selon le degré du délit, ou le pouco cOnpé, ou la main , ou mOme la tôle dans certains cas. Le bon sens a foit jOslice de ces abus : plus de chevreuils, soit ; mais plus d^assassinats.
— Docteur, vous m attribuez une cruauté d'opinion quo jo n'ai pas.. «- Je rtoonds h ce quo vous avez avancé.
— Je n'ai pas dit quo la chasse dût être eiclusivemcnt dévolue aux seigneurs; eux-mômes ont renoncé à cette prétention d'un autre âge : je scmciens uniquement quo si un roi est assez opulent pour avoir desforôis afimentées de gibier, et quo s'il y a encore des riches qui possèdent des JÉIOI. il est mal , il est révoltant, par jo no sais quel esprit do haineuse lîKne, de leur piller leurs oiseaux ou leurs cerfs. Ix^urs cerfs et leurs ofaeauz sont à eux comme ces deux chevaux sont a nous; co sont leurs meubles : qui les emporte vole, est un voleur. Un braconnier n'est donc qn'nn voleur , et je lo déteste , je vous l'ai dit, encore plus qu'un voleur ordinaire ; car celui-ci ne prend lo plus souvent qu*un objet facilo à rem- ]Auer« tandis que lo paysan qui égorge un vieux cerf pour en vendre la chair h un boucher et la ramure h un coutelier, causo un dommage qu'il faudra plus de cent cinquante ans pour réparer. Le braconnier est un profanateur. McsOis-jo mieux expliqué cetlo fois, docteur?
La question « dans la bouclio d'Abel , n*é(ait pas la simplo formule qaTempIoient, d^ordinairo avec ironie, ceux oui sont parfaitement sûrs de ce dont ils veulent paraîLro douter : elle trahissait la douleur d'une hésitation sincère.
Evitant d*accorder la sanction qu'Abel demandait, de peur d'en paraître conuffendro la nécessité, le docteur se rapprocha do son compagnon, et lui db après avoir raccourci le pas :
— Les richesont enfin senti qu'il n'était pas bien de montrer sans but , conune autrefois , leurs vaisselles d'argent aux pauvres, qui mangent du
K in délayé dans des ccuelles de bois : ils n*ont plus de diamans à leurs bits; leurs voitures sont commodes, mais les roues n'en sont pas dorées; le plus possible ils sont à l'extérieur aussi simples que les autres bommes. Ceci est prudent et empoche beaucoup de plaintes do naître.
— En cela je suis de votre avis, docteur.
— liais a la campagne, poursuivit Calveyrac , leur fortune s'étale sans : cette circonspection adroite : devant le toit de chaume du ijaysan se dressele patois qui a cent émisées et des toits do plomb ; cdto h oMo avec son innr de tourbe, nù s*adosse lo pot de grès plein d*unc eau dure, est lo mot dn cellier du chAteau ; ici Veau froide, Ih le vin; le paysan entend fermenter ce vin si désiré quand il fait silence ; autour de son petit champ,. qu'il épuise drpuis la dernière éioile du matin jusqu'à la première (lu soir sans en tirer souvent sa nourriture de rannée, se déploie au solinl lo grand potager et le verger chargé de fruits : et derrière sa haie d'aubenae, a l'ombro do laquelle glapit un coq atfumé, commence l'immenso foiét qui regorgo do tous les biens do Dieu, qui sont un peu h tout lo> inonde, mon ami.
-— Docteur, co Bergerin serait-il dans lo besoin? *- Quand il fait froid, mon cher monsieur Âbel, comme il fenbientAt^ quand les maîtres du chùtcau sont partis poarlà Tflli^ ^fUMge dtijpuis
5S LB uÈbEan du ncQ.
un mois, que le foyer du bûcheron est saus feu et sa table sans mi meli
qui le restaure, qûaud il a des enfans, quand il n*y a qroe soo cœur qid soit dans la confidence de sa douleur, et quil y a une forât dorant n, est-ee tous qui arrêterez sa hache près de laire tomber une bOdie morts pour réchauffer sa famiUet est-ce tous qui le tralnerei dorant le jtigê pour ay(nr tué un lafMuT
^ Docteur, ce Bergerin est-il malheureuxT
-* Je connais un trait charmant d'une reine de France, contimit b docteur. Pour la consommation d'un hiver, oui s'annonçait comme donoC être fort long et très dur, on ayait amoncde dans la cour du palais lOfU une énorme quantité de bois; il y en avait jusqu'aux balcons. riiiÎMB
Sauvre en passant lançait un regard de convoitise sur ces belles rangM e boulMux. Quelles chaudes flanunes jailliraient de ce bon bcnssi sac el si bien clioisi pièce à pièce I quelle vivifiante clarté ! C'étaient des dérin sous toutes les formes : on venait sentir ce bob , le toucher, Tadonr^ c'est le mot. Une journée terrible éclata pendant cet hiver : la Sdne prit» les rues étaient un tapis de verglas, on gelait dans les appartemens 8*Q| n'étaient constamment chauffés. Ce jour, les pauvres souunrent betnooapL A la nuit quelques uns se hasardent à regarder de près, de bien pièB el en pleurant des larmes glacées ce bois empilé dans la cour. Une jpannB femme exaspérée tire à elle une bûche et remporte sous son tablier; a autre suit Texemplo. Le désespoir a son courage et sa contagion. BieolM les pauvres se mettent à démolir ce monument de tant d'envies, et is chargent en silence de tout le bois gu'ils ont dérobé. La prde du poito est enfin prévenue, elle accourt ; mais une fenêtre du palais s'ouvre awsitôt : c'est la reine ! « Laissez, dit-elle, laissez ces braves gens. C'est iml qui le leur ai permis. » Elle avait tout vu, la reine, et son humanité nw compris par ce tableau dont le hasard l'avait rendue spectatrice que le luxtt doit se cacher ou faire la part du pauvre, qui vole parce qu'il n'ose pas do* mander.
Tout en causant nous voici arrivés, dit le docteur, au parc de Maisons. Un de ces jours nous en visiterons le château, qui appartient à M. Lafflite, un de mes cliens.
Depuis ime heure environ qu'Abel et le docteur avaient quitté Safait» Germain, le docteur, sous les apparences d'une bonhomie de bourgeois à qui l'air de la forêt délie la langue et qui cause h bâtons rompus sur la premier sujet apporté par le vent, n avait cessé pourtant de mesurer chaque mouvement, de peser chaque parole de son compagnon. Sans te regarder, il ne perdit pas une de ses palpitations; un ffeouer n'a pas plv de soin de son prisonnier. Sa subtile attention s'attacnait au bras d'Abel pour apprécier la sûreté de ses intentions, à ses jambes soutenues par les etriers, afin de se rendre compte de l'équilibre de ses facultés, à la pondération de tous ses membres pour se convaincre de la part plus ou moins immédiate que son corps prenait à l'émission de sa volonté. Quant à cette volonté si a^tée, si en doute d'elle-même, le docteur la circonvenait de la même inquisition inaperçue; il la suivait pas à pas, l'engageait dans les détours des opérations les plus hautes du raisonnement, et quand il l'avait lancée, il la laissait revenir pour voir si elle ne s'^arerait pas. L'homme physigue et l'homme moral étaient à lui, à son observation lucide, à son expénence redoutable; les cadavres étendus sur les tables de dissectioa ne sont pas exposés à plus de coupures, d*investigations. Plus d'une fois il avait senti son esprit se troubler tandis qu*il causait avec l'imperturbe* blo abondance d'un vovageur qui n'a rien de mieux à faire : il avait mas» que sous le plâtre de l'homme commun sa laborieuse anxiété ; il n'avait reculé devant aucun mensonge pour s'introduire dans ce monument ea ruines, et en connaître les sombres lésions avant de poser les termes, s'il y en avait, d'une guérison. U s'était fait contradicteur sans conviction pour forcer le malaae à se répandre au dehors, à briser ce voile fatal qui
eoffitn^noeà cournr, h ombroft à noircîr« pour étoulTer ensuite Tinteili* gcnce de ceux qui y mit TnaL
Hait b docteur Olvcyrac n'était pas mtaesalisffiil àdemi de cet esjiaf, ente plusienfs autres vivaient déjà précédé dopuia qûû m&dome Fingra^ rarut mit tn rapport avec AbeK
Lâi^anl sur la gauche la route des Pârillons, qui cnnduith La Muette^' le docteur et Abel entreront d'un pas rapide dans la roule de î>:pinc» AM iftit été entraîné dans les tourbillons do sa râvene dès que le doc^ l9ur ifiit, aree intention, suspendu te mouvement de la conversation.
CaUeyrac, qui cherchait à surprendre par tous tes cdtés les secrets da Cette organisation nmlade, essayait aussi de la soumettre, sans af recta tioQt par des transitions naturelle!^, aiu moindres épreuves que l'occasion fourni«^sniL Rien n est indifférent dans cetta étude pour un honimo doué do pémîtratjoo. Par un sitnple rapprocbemenl entre l'état d'Abel pendant son oiâkipiQ UTix le docteur et lu rembruni ssement de ses traits depuis qua It doeteur ne parlait plus, celui-ci avait été en mesure d*estiraer conibica il f i?tit d'espéràuec h fonder sur la con versai tion employée comme moyen month f t dans celle conversation, si indifférente pour rélranger qui Vîii. tri% il a voit évalué I sans renoncer h une plus complète cortH
tuiJ d'intérCl acquiso à chaqtio objet livré à la discussion. II
0^>} deviné dans cette élaboration l'accès plus ou moins avanta^
msM \ ■■ I ms sent imens auprès d'AbeU qui» entraîné d*abord vers Vin-
miibic pOQte de rorgueil , ce frère de rintolérance , avait dévié tout h coup, et s*était attendri au récit d'une misère royalement secourue. L'ormeil était résistant chez lut ; il s'était infiltré dans ses pensées, il avait liil £orps avec son lem périment : il eût été mutila dy recourir pour 4feitl<!r une dirersion ; tiï n'était pas ren droit où placer un dérivatif puîs- «il. Mais n^y aurait-il nas un filon d'or à suivre s^ius la sensibilité neuvà ^mâ hftigDé ses joues d'une larme? se demandait le docteur en couvant toqjiNiriimissoii regard celui qu'il venait de refouler dans le silence avant
¥ v^l il quelques cents pas en avant sur la route, Id
dûcl'-^: - --:' ai: i^our donner à son compagnon le temps de le rejoiném* JltDS cette attitude d'attente, il put voir Abel en face, et lire sur son ▼iflfO là marque évidente de la cnso dont il subissait en ce moment ws/tnm Ie9 «ouraes atteintes , et tous les stçnes précurseurs d'une lutta Mmblalito a celle qu'il avait peinte avec des eou leurs si personnelles k
Malgré ks tortures de son martyre^ Âbel occourolt en souriant vers Id dodeitr, qui lui souriait do son o5té.
La douleur avait son masque, la science le sien.
AM bissonnait | il toutrhait aux limites de Tétat si affreui pour lui oft 3 doo^ do la valeisr de sa conscience apr^ avoir mia en doute Tintémàlà êé eliiCttn de ses sens ; état sinfi^ilier qui. en brisant les appuis do Sculitlld0i amené une somnolence i n tel lecliLie Ile semblable h reïi^ienc0 ^/Bêt%H$t Le jugetnent iléchit, rimaginati^m t^urabonde^ ellâ voile ta vo* iOBté. Ce n'^t plus la raison « ce n*e^l pù% la folie; c'est une détaillante pllUdt i|ii*un déranfeuîeiil; la création chan cette , déteint, balbutie; la evnm, qui est peotrètre runivers pour chaque ci^èature au lieu de n*ea êiiêt^ le ^luwh^ nûrdri s'endort,
Qoani! fut plus qu^à vinj^t pas du docteur, celui-ci fit une an*
tr© reninr , )> ann* : aprfes avoir été frappa) de la décoloraiitm d'Abeî,
^IkÊQùm bnlkûte de sa peau et plus particulj^rement encore do U noife teraon do ton bras droit qui tenait la bridn , de Tirrcsnlulion do ^iill^M9t<ie la faible prise de st^s pieds sur les éthers, et enfin de Ta^ tenddo^t, oour ainsi dire, de la fuite de tout son corps, il fut épouvanté dé foir emnbien Aboi f^i^it d'efforts pour raffermir son bnSt raidie so ^abm et »*aMeoif avec aplomb sur son cheval.
SB LB wkùicn DU peoq*
— niutte corps h corps avec la pensée de se laisser tomber de dieid, se dit le docteur; une volonté le pousse» l'aulie le retient. Dsos oa wment la Tolonté conservatrice l'emporte.
-— Mon ami, loi dit alors en riant le doe(eur,piiisqae la route eitMaji je TOUX TOUS montrer de quelle manière en Hongrie, deux amis dont lia ▼a quitter l'autre pour un long Tovage^ procèdent à leurs adieux. Dons»' moi votre main puche, mettecAa dans ma main droite; tenoiw-inw Hen , et allons amsi de toute Fhaldne de nos chevaux. On fait ainsi afe Hongrie. Quand les chevaux se séparent, les amis se quittent sans leoner Ik tête ; et ils ont ainsi la consolation de se dire que leur volont&n?eBL pour rien dans leur séparation... T êtes-vous ?
— Oui , docteur.
-*En avant donc I
—Nous allons comme le vent!
— I>rest -ce pas que c'est original I .
— Docteur quel excellent cavalier vous êtes! il n'y a ^'nn 'insfani an fermier ; j*ai rarement vu si bien montflu
qoe vous vous teniez comme un 1 -~ Cest que j 'ai été un peu sddat.
— O&donc?
* Un pen partout. Je vous raconterai cela nn jour. -— Cest merveilleux de vous voir, docteur!
— Ce qui est plus merveilleux, c'est oecL
— Ah ! la Seine !... Gomme elle est limpide! Quelle agiéaUe sonitet
— Regardez ces beaux villages, Abel : uerblay, Lafretto , ces élMpBS clochers, ces joUs pisircs, ces petits bois I Est-ce fnus! est-ce tianquflJel
Puisque Ahel et le dodeor avaient aperçu la Seine, c'est qu'ils avaient abandonné k route de l'Ëpûiegonr la route du BoutHiu-Mon!ieyqBieon§6 lO tiré du Bol et mène droit à Fromainville.
Du pas qu'ils allaient,ilsfurent en peu de minutes tout wèsdelaSediie^ et à la porte d'une ferme devant laquelle aboyèrent trois cnieas*
AMès avoir quitté la main moins brûlante d'Abel, le docteur desœn^t de cheval. Celui-ci en fit autant; ils entrèrent dans une première cour où il y avait encore plusieurs chiens enchaînés, dont Abel reoonnat an premier coup d'œil les races distinguées, danoises et anglaises.
— Est-ce que c'est ici un rendez-vous de chasse, docteur? 7- Pas précisément. Entrons dans la seconde cour.
— L'abbé Vincent icil... Où sommes-nous donc?... Bergeramett» aussi I
— Nous sommes chez elle, monsieur Abel, chez son père, Ber^erin*
— Le braconnier!
— Tout juste.
— Mon père ! mon père I cria tant qu'elle eut de voix Bergeronnettecinq-heures, mon père ! voici monsieur le docteur et le monsieur dont jr vous ai parlé, le monsieur qui m'a prêté sa belle voiture rautre jour.
Tandis que Bergerounettew;inq-heures faisait le tour de la ferme, appik lant toujours son père, l'abbé Vincent quitta la boite en ferblano qnil' avait sur les genoux et vint toucher la main au docteur et à Abel.
— Vous avez voulu profiter d'une belle matinée d'automne pour ▼isi-' ter notre fordt de Saint-Germain; vous avez bien fait : elles seront rues bientôt ; le soleil n'est déjà plus incommode.
— Le docteur m'a emmené avec lui. Parmi les surprises qu'il me mé*nageait , il ne comptait paâ sur la plus agréable de toutes, celle de mis' rencontrer ici.
— Cependant le docteur aurait pu vous dire que jo suis souvent à Is . ferme de Bergerin : sa fille reçoit mes leçons. Comme la chère enfant n'apas le temps de se rendre à la paroisse pour y recevoir l'enseignement exigé pour sa première communion, qu'elle fait un peu tard, je Tavone»
Li ■toanx DD.MKQ» m
j^trôna kit al je rendocliiiid«fin qii*ieilB ne mit pat nofofét à Tlmfe
mm Féialoii n'eût p» mieux fait;
•« JbnlKeepto pas un tel éloge, monaieiir, cw, à parler iituidieineiitt OMBfDâfrpaiirlacliaaBeanx insectes et ans papUkms eat de moiUé an mnaa dans tei motifs de ma présence de ce coié de l'eaiu
-«CMtqiie monsieur Tabbe Vincent, dit ledoctenr, est un 4e noelMN» enteneloglstes... Ahl vonsavei pris auiouni'lim.doe scarabées magnifia qaatl flaeoni d'un éclat bien rare pour la aatscn I
-«I Vienne le printemps , ou plutôt l'été, car le printemps n'est jpav to«îeni»e«ea chaud pour faire éckiro les Unes, Tienne le beau soleil;de< juint.elîe cemplèterai ma famille de pamllons. J'en ai reçu d'Amérique. iioe cettectiop que m'a fait passer dernièrement un de mes anciens oon^ frères en mission 2i la Guyane; jo vous les montrerai, doctenr. Je sait' qûù'wammnmi beaucoup rentomologie— Mais tous devei a?oir sotft Oili est dene Bergeronnette?
-p^NonsTdoil nous voici I Mon père était dans la vigne à planter det'
— gjemstrigMff eoni se rafraîchir^ fut la première phrase de Beigerin* OttJBhuDH le docteur CalvoTrac et AbeL
•wJlsiyerin, mon ami, nous ne refusons pas tes offires, maie nous les. seohaiterMmsplus oomplèles.
-xr.Voue TOUS rafraîchirez deux fois.
«•«> Ce n'est pas cela : la forêt nous a éveillé l'appétit.
^m.Oti\ quel bonheur! sMcria Bergeronnelte en sautant. Justement moQ: pèn a.npperlé un lièvro que lui a donné M. l'inspecteur.
Le docteur sourit en regardant Abel, qui ne se souvenait déjk plus dtt^r coup de fosil tiré dans le taillie.
-* La moiiiéen civet, la moitié rôtie. Tai des obuCb : je vousierai une^* oBMlette an lard; vous prendres une bonne tasse dQ calé à la crème Uh*
mm Tont oed est paiCût, maie^.* ^N'esl^paet
— Oni,nionenfont.
-^ Parfrit, parfait... répéta Bergerin*.. Tu n*a^ oiMéque le vin. Damel il est ce ({ulk.eat; vous j goûterex.
-» Mai» nooB n'acceptons votre d^eûner, poursuivit le docteur en re* pxenanlaa phnse interrompue, que tout autant que M. l'abbé Vincent realam avea nous pour le partager.
— J'ai pris mon café avant do venir ; cependant pour ne pas vous désobliger, maasieurs, je m'assiérai à table avec vous. Permettez-moi de mettre un peu d'ordre dans ma bdte à papillons.
^Chacun à sea affairas, dit le docteur : vous k vos scarabées, toi,. BeigeriB, à ton lièvre, moi à me^chevaux, que je vais remiser; et toi a. tout le Boode, Bergeronnette... Tu sais ce que je t'ai promis pour tafdte... MoMîenr l'ebbé, l'urne cette enfant; si vous êtes son directeur spiritud, je suis son médecin ; j'ai connu sa mère.
^ Vejons 1 dit Bei|;erîn en roulant son poing terreux sous son oeil attendri, vous aves aidé la mère 2i mourir et cette follette à venir an miMide... Vadono à ton feu, tml que cela flambe bien partout; étale en* suite la braise prèsdu fourneau, allume aussi le foumeau;au reste, je te sois... Ça D'est pas méchant, ça n'est que léger comme une feuille de vlgnn dans cette saison.
Abel et le docteur GalvcRme examinèrent les gracieux mouvemens ds i la joie d'an>réier à déjeûner à l'alM Vincent , au
e, àqni .
docteur et à Abel avait donné des ailes. Les bras h demi nus, les cheveux à peine retenus dans un petit bonnet ^ui ne hii cachait pas les deux tien de la tête, les joues, les lèvres, les mains rosées, elle s'échappait en co»-
U MiOBCIIf M WWOQ.
nnl dé la porte de la cnirâiepoar «^ler d^
taâl aussiUyt avec de la jMôUe aux pMs etda foin dam lea chev
peroerant qa*dle s'élau trompée déporte el que c'était as ' „
^*eUe ayait ea llntentk» d'aller. E&e loiilefiSt ta porte tnâi^iéedB poiilaîUsr, qu'elle ébianlaildaiiaBa Tifactié taiMeate, eteUe en ir^ '^ cfec dea œufo dana le eoin da aoo tablier Tert velefé praïqM à la leiir de aa taille. Ensoite, elle a'anétait, pensail.
pas qu'on la regardait; et da beat da doigt et da bout des lèwasali comptait, recomptait les œnfi qu'elle emportait. To^joars pensife» méte» copee, elle rereiiait sur ses pas, et allait ramaeaer près dn mur awMl «apoolailler une poignée de faigota» qu'elle plaçaii tant bien foe nalaa» aon brss droit. Ainsi embarrasaée du» ses moufemens, mam toolende cet embarras même» éûe n'aTançait qu'en muimuiit : —m^
ce que je n'ai rien ouUiéT est-ce que j'oublie quelque cboaeY
Fendant un temps asses long l'abbé Vincent et Abel se trouvèrastiaBb dans la cour, dans un endroit éclairé en plein par le soleil si dons ia l'automne. Vêtu d'une redingote de lasting noir dont la forme ne a^fai lait pas avec trop de lîcoioe du costume ecdésiastîque, etdoniraïqphmr modérée permettait aux membres d'agir à l'aise, abrité sous onift de paille mlementde couleur foncée, pesamment cbanssé afin de ]
lier sans danger dans les buissons , où se logent de préiéroDce ee
insectes, l'abbé n'aurait mérité pour son costume aucun lepicclie de son archeyêque si celui-ci l'eût rencontré loin du ravon du preibytève. ¥mr étudier oe plus près, sous une large diffusion de lumière, le caractàn des insectes de sa dernière chasse, l'abbé Vincent sTait été son di^iesa dent l'ombre l'eût gôné,* et posé la boite en ferblanc sur ses genovi. Son attention grandissait l'orale de sa physionomie juvénile, un peu eeseuan comme djùns une adolescence prolongée, et ayant plus d'une fnmnmWanm avec la figure des prêtres allemands, tels quHlssont rqnésenlés dans les peinturessur boisae Holbein. Ses yeux fins, d'un noir tranquills, alleelaient une profonde innocence de mœurs jointe à une curkmé enthousiaste. Dans un homme du monde, ses lèvres minces eussent tateé craiiidro un ambitieux, chex l'abbé Vincent dles n'étaient que le signe d'un désir ardent, mais réglé, de posséder quelques secrets particuUersa l'exialence des pafnllons. Il avait trente-deux ans environ, mais il ne les accusait pas; sans être forte, sa santé lui permettait de se livrer aux travaux de sa cure et à ses études d'entomologie. Peut-être avait-il perdu dans cette doable activité la fraîcheur de son teint , demeuré d'une bîandwnr mate après avoir subi la perte d'un éclat peu regrettable chei un jeune homme grave.
Tandis qu*il piquait dans le fond en liège de sa botte les insectes pris depuis le matin dans la forêt , il portait de loin en loin son attention sur un livre ouvert près de lui : sans doute il comparait ses espèces à celles dont la descripuon et l'imago étaient renfermées dans ce livre. Il procédait à une classification provisoire avec la délicatesse d'un mosaïste ; son re^rd était fixe, les muscles de son visage étaient tendus, sa boudie suivait la direction de ses doigts , tantôt armés d'une épingle , tantôt d'une petite éponge imbibée d*alcali; et chaque fois qu'il avait placé un insecte avec succès, content de son adresse , il posait sa botte sur le banc où il était assis , décroisait ses jambes et frottait avec jme ses mains l'une dans l'autre. Sa satisfaction avait besoin d'être savourée. •
Abel contemplait l'abbé Vincent d'un air d'envie et d'incrédulité : il ne croyait pas a un bonheur si peu difficite. Cependant il n'osait pM to nier en voyant la sérénité de cette grave satiaiaction , où régnaient la quiétude d un saint qui sait le monde et est parvenu , à force de réégna» lion , à le méconnaître, et Tinsoucianoe charmante d'un enfant.
Et combien tout ce qui entourait la douce humanité du jeune prôtca forçait à la persuasion d'une félicité aussi simple qu'absolue t
Ul HÉDECITI DI7 ffS€Q*
et
Li f&^âon de Bergerln* tas de {^îérrt» chancelantes eoîfïêc^ de ijuelquea ftlUitodo tiileula lerdis par La mousse , semblait porlager ces joies de la VIA dont Abcl t dans son opinion , était déshéritép La pauvre calume iTdiiaMl tur une ligne nn peu inclinée vers la Seine, coûtant à deux cents mm piv loin, au boni d'un champ. Un étage, un seul éUge, festonné par iWmapftwttM de la toiture do chaume, surmontait les cinq ou sii entrées é» li ïïmaomf entrées mol paroées, les unes ouvertes dans quatre rangées rouges, écornées aux angles et déchaussées en l>caucoup I, les autres coupées comme avec un couteau dans répaisseur la mur, A grand'peine les portes en se fermant joignaient-elles peu les montans contre lesquels elles avaient la prétention do (|tier* Pierres, portes, croisée se retenaient, dans un but commua istaiïco dont Ui providence seule savait le secret. A trois pieds du itne bande de terre , aussi bien soutenue que la maison par unpa^ \ qui en mesurait la façade , voyait croître , h la grâce de Dieu , des i simples , des chèvre -feuilles et des lilas blancs. Dans cet étr^jit I s'accroupissaient , des les premiers rayons du matin , troi^ gros I, ^adaitement désintéressés dans le proverbe qui suppose leur raco MMKîi des chiens : chats et chiens mêlaient leurs poils et leurs soies ma m tfoubler réciproquement , ni se déranger les uns ou les autres MOT œoiir après les lézards , oui , du reste , couraient fort peu , hobi-» niés à eette longanimité générale. Vers midi , heure qu*il était au mo- WÊKÊÎ OÙ Afael , assis sur un banc de pierre , r^^ardait en détail la tnaisoa 4ê Bergerin , toute la famille de chats et de chiens sommeillait avec plémimée/ Quelques uns , effleurés par l'odeur du lièvre r^ti , redressakut l^iemeni leurs ûreiUeâ* puis leurs téies, en entr'ouvrant leura feux •lûiofdîsi iûietombaient ensuite dans leur léthargie. La cuisine ea voyait •Cl p^imm par k principale issue.
Au éti dentelé do la broche se mêlait le pétillement des ceufé dans Im fioHe; rairexpansif d'une belle journée se chargeait de millieis fttixae» «Mioiios, précurseurs du déjeûner ; il arrivait a grands pas. BermonpettÉiwrepalt du cellier avec cinq verrez taillés h c^tes, limpides de pnomlé, rénnts avec beaucoup d'adresse sous les cinq doiçts de sa ami gaitciie, tandis que sa main droite soiUevait le lourd farduau d*ua BiùË de vin»
— Efe bien» Bergeronnette 1 s'écria le docteur en revenant do rrscurie» ATsn^onsHiotisf... Elle ne m'entend pas, tant éi\& est h son affaire... Comment irouvejt-vous cette situation , monsieur Abelt ^,-,.^
— DéUdtJUse » docteur,
^ Après le déjeuner, nous parcourrons ensemble le tiré du Rdî CbariesX japassé les plus douces heures de son règne, [lans ses chasses. il i souvent eatisé avec Bergerin , dont il connaissait l'adresse , qii^ ittedaît un peu*
^ Qu'il redoutait beaucoup , reprit l'abbé Vincent en fermonl sa botte «ni hnsectesp Le bon Henri , tout bon qu'il était , n'aurait pas eu « on lailiifo de cèasie , Tindulgence de son petit-ûls pour Bergerin. Mais Bm^kûi est încorfigkble,
^NUDigeoi» pas sa fUle*.. Bergeronnette]
«» Monsieur I
«i* Bl ce déjeuner T
^M*^ n est fvi^t t je vais mettre to oiuvert.
—» Et nous l'aiderons tous trots. II. Fabbé, M , Abel et mol, tfm^ cepeit
^ Commeniî de tout mon ct£ur , répondit ralbé Vincent, Que fsut^tt
Ea^ieriiïiineUe-eiDq-beures avait rougi comme uns œrise li U fwp^ illioodadûeteur« ^ A fosurdi^i meiisifiur lo docteur*
LB mCDBOlN HJ KCQ.
Bienidt on ?U paraître one longue table fKMPtée d*on boatyr-lfcrge"
xonnette-cinq4ieure9 et de Tautre par Âbel. £Ue était énwil iMile de menus détails appétùsans, -petites ravesy beurra« oélen , flalafe ; mais tous ces frais «ooessoifes étaient dans un équilibre doiiteiaiilw' genmnelte n*était pas assez hardie pour reoomnuiDder hû- bm fins d'adresse à Abei , et œluirei ne saTait comnMol se titer de ln<wiRe qu-il avait acceptée. Un moment la table resta suspendue» ancttUfditf porteurs ne sachant où la poMr. Bergeronnette-cin^teurc» litirti jusqu'au iront ; n'osant rire ni de son embarras ni de celui ^àlmj^ Abd» qui aurait désiré inspirer un peu de fimûliaritô à BerMnlMIlL cinqhheures pour qu'elle prtt sur ello do tormmer cette -scène «kiegardait arec une bonté y avec une indulgence dont la jeun» fila fut tout à la fois ravie et troubléo. Ses dent mains tremblèrent, et ' trembla , les raves, le céleri, le beurre, la salade, les vernn à
les fourchettes <de fer et les assiettes écornées. Une sueur rose
lait de son visa^; ses yeux ne quittaient plus ceux d'Abel, el, Vipi par l'autre, -Im et elle semblaient se retenir à la même place.
"-fisUoe que tous ôtes pétrilîésT s'écria le docteur en acoonnat In mains pleines d» capucines* Lâchez donc tous lesdeux,8i voue nous déjeunions.
Enfin la table toucha la terre ; mais tandis qu*Abel se prêtait an santeries de Galveyracet de l'abbé Vincent sur sa goucfaerie, Bangenn avait di^Niru ea courant dans la maison. Celui <iui l'aurait accompegnee du refford aurait remarqué qu'elle n'était entrée ni dans la araaio:'ni dans la salle où était son père ; quelques minutes après son écnappée^-en aurait vu le rideau ù carreaux rouges de sa chambrette glisser -sur la Irii-
S le, et Bergeronnette, qui était montée avec un bonnet de diiap aDir, teescendro avec un bonnet de velours {prenat qui lui découvrait 10 inait et partageait ses cheveux, tout frais unis parle peigne.
— A lable qui veut man^r I cria Bergerin en apportant sdr seaésax mains lenorino plat où était le civet.
— Est-ce que Bergeronnette no se mettra pas à table ovec nous? s'informa Âbel, fâché do la voir debout, une serviette à la main.
— A moins que notre bon ange ne nous serve de domestique, réfnndit Bergerin, il faut bleu que vous vous contentiez do notre lille, toute maladroite qu'elle est.
L'observation d'Abel était trop délicate pour que Borgnrin la saisit.
— Vous ôtes content de ses progrès, n'est-ce pas, inonsiour TalM?
— Oui, docteur, fort content; elle travaille avvc un zMo dont je la félicite devant vous. Elle compose très bien; je vous monlrprai une lettre fort hcurousenicnt tournée qu*elle m*a ccrito la semaine dernière. Aoasi lui ai-jc promis pour le jour de sa première communion les œuvres do Fénclon en un volume, édition do Lefcvro.
Bergeronnette n'avait pins sa pauvre petite tute m entendant M. Tabbé dire tant do bien d'elle.
— Tu auras tii un excellent sujet, Bergerin, dit Calveyrac. Dans deux ans elle te donnera des conseils de femme.
— Hum I murmura Bergerin, qui avait trois fois vidé son verre h toutes sortes de santés depuis les premiers morceaux.
— Et nous avons tous besoin do conseils, ajouta lo docteur en regardont Bergerin.
— Je sais eue je ne suis pas un saint Hubert , répliqua Bergerin qui s*enferrait do lui-même.
— Il n'était pas braconnier celui -Ik , répartit l'abbé Vincent, qui, sur ce mot, enfonça avec quelque appréhension sa fourchette dans une cinsas du lièvre.
•— Braconnier! braconnier!... C'est facilo à dire. N'est pas braconmsr qui veut, monsiour le curé; cela vient de race ; c'est comme les chiaos ,
.«t, vni oomme je m'appelle Bergcrin, la chose vous arrive sans qu*on rappelle.
•— Vouf «avez, Bergcrin...
^ Je 8Wt oioBsieur le curé , tout oo que vous m'avezliait l'honneur ide ae dîiB à bout portant dans plus d'un carrefour de la forêt. Je n*ai pas avalé voire morale comme un verre de vin ; j'ai tourné et retourné votre dire; je me suie répété : C'est mal, c'est très mal Bergerin ; la propriéÀ» le népeddu bien a*autrui, le bon Dieu, les gendarmes, le parc du roi«^. Oui. Tospnolee sont là; mais, voyez-vousl... ▲ votre santé, monsieur l'atté.
Sur un geste engageant d'Âbel, Bergeronnette s'était assise an bout du baMO; maia , timide do tant d'honneur^ elle était presque autant debout
. <— VofBc-vous, monsieur l'abbé? c*e8t comme je vous le dis : vous sortes aiec les plus pures intentions du monde et vous traversez la forfit, ▼olie iuiil sur l'épaule; il est déjà tard. Vous entendez un bruit dans les feuilles : brrrri... \ous passez. *-Plus bin, encore brrrr! Et personne pour vous tenir compagnie, pour vous distraire, vous marchez.;. ha lime passe. S'il n'était pas- là , on n'irait pas le chercher , qu'cst-co
Ïui ledenwndB! Vous faites le signe dto-la croix afln d'éviter la tentation... e lièvre revient; il saute devant vous conuno devant un ami. — Ya-t'eul on lui dit; ce n'est pas là ton terrier... Et un fameux lièvre encore, monsieur le curé I On donnerait cent sous , cent francs pour qu'un garde fAt à la plaee du lièvre. Le maudit lièvre se pavane, tait le gentil; il vous désarmerait si vous m'y preniez garde. C'est gênant. On iraurait pas un fusil qu'on lui enverrait des pierres. On oublie qu'on a un fusil , et on le vise & bia», parce çiue tirer dans le dos d'un lièvre c^est enfoncer son plomb dans un coussin. Le malheur vous en veut, la détente vient cher« cher le doigt, et vous n'avez pas plus tôt lAché le coup, uniquement pour en finir, jue l'animal ne remue plus. A qui la faute? je U7 comprends lien. Apres on s'en repent.
— Et l'on a un civet comme ccluL-cL
-— Faites excuse, monsieur le docteur : on ne tue pas pour manger; si les lierres étaient forcis d'êloupe on les tuerait tout do mOme. Le fusil ça grise, ça vous met un homme hors de lui; je n'y vois plus, moi ! je n'entends plus ; et, quand le bon Dieu descendrait sur terre arec sa barbo blanche et une plaque do garde champêtre sur la poitrine, ^sk n'y ferait rien.
— Mus, encore une fois, Dcrgcrin, on no sort pas ovoc un fusil : c'est le vrai moyen de no pas se rendre coupable de braconnage.
— Et c'est aussi ce que j'ai fait, mois cela ne m'a pas mieux réussi , monsieur le curé.
— Ah 1 c*est trop forti dit Abcl.
— Ce n'est nas fort du tout , riposta Bcrgcrin. Quand j'aimais commo tout le monde a prendre au collet par-ci par-lh quelque bixo égarée, je fus €11 pourparlers sérieux avecles gardcs-cliam()Otres de Saint-Gcrniain; ils me prirent mon fusil, ma carnassiurc, ma poire à poudre, tout enfin. — » Dcbarrassons-nous de Bcr^yorin ! disait Sa Majesté Charles X; Borgerin i> mange ma forol. Je hais lés braconniers... » Il serait encore tout de même sur le trOne, comme dit Tautre, s'il ne les avait pas tant tarabustés. Je me tins au repos. Les chevreuils passaient, la canne à la main , sous mon nez : je les saluais ; je no portais aucune envie aux perdrix ; mépris complet. Voilà au'au bout de trois mois le roi Charles X s'avise de bat! ro cette partie de la fon't, qui est empestée de faisans. Mon champ s'en va vers ma gauche, jusqu'aux bords du tiré du Roj. Quand Sa Majost'' CJiar- IfS X avait fait ffu cl blessé le fais;in, \o faisan, vingt fois sisrcinqnnnti», oizisiquo j'ai riionnonr de vous k* dire, s*abai(ait sur nvm champ, et alors lus domestiques h prenaient. La clioso me fut un avert^icomoni : pierre à
" .• ^ ^¥ rj,
LB «i^ECni DO FfiCO*
Ti ne me laissent ni paii ni trère. D'autre auraient donné ûam on, d'autres dana le jeu, pour n*j p!us penser ; moi fui bîiiconné, Cist un ffrand rice d'avoir des dettes « monsieur le airé+«« Um roîcl U petite : cnut !
— - Sur un plateau, dont le Ternis avait disparu écmlle h écaîUû, Berger onnette-cinq-heures apporta Le café ^t la mme. Unc^ tasse plus haute s'éNrait du milieu des autres lasses; les bords avajeut presque disparu sous récumu d*un taitenctuoux qui exhalait le parfum de l'éLauIe et ceïui 4e la prairie ; il était pur comme Teau de îa source.
Soulevant cette tasse dans ses deux mains agitées, Bergeronueîtela posa devant Abel et lui dit :
— Yoilli , monsieur Abel , la lasse de lait cjue je vous avais promise l'autre jour, après que vous m'eûtes sauvé la vie»
Beî^erounette-cinq*heures n^eul pas la force d'en dire davantage; ses Iras Décàirent* elle pâlit. Aboi lui prit la main et la remercia de son sait- TWiir Reconnaissant,
— Cest bien peu, monsieur- L'aîkbé Vincent resplendissait de jote.
La «foctenr était ravi du irait de Bergeronnette.
— Ali I pour le coup, cria Berge ri n en quittant la table et en courant dans la saUo de toute la rapidité de ses jamlics nerveuses, et comme st \m chien Teût mordu, ahi pour le coup, c*esi trop beau ! saint Hubert no iéslslerait pas*** Trois perdrix ensemble 1
Aller, revenir ne fut qu'un mouvement pour Bergerin* II avait pris son fusil : du bas de la porte, il ajuste les trois perdrix, tire et les abat^ Des plumes ensanglantées tombèrent sur la table, les perdrix de Tautre côté ou mur* Bergerin courut les ramasser*
— Je m'en vais t dit le pauvre abbé Vincent* confondu de Tendurcisse* ment de Bergerin. Braconner sur nos léies 1 c'est le comble de rim|»èni^ Ifliice 1 Je ne veux pa.s m>xposer h lui débiter un sermon tout aussi inutile que te premier* Adieu, messieurs» dlt*il à Calreyrac et à Abel. Essayer da le convenir si vous vous en sentez la force ; moi î'j renonce. Adieu , messinais.
ÂptkB avoir placé sa boîte aux insectes sous le bras, Tabbé Vincent qujtli la ferme, et descendit ver^ la Seine pour la traverser au bac voisin*
Tuidit 47UO le docteur était allé faire sortir les cbevaux de récurie, Abel tMjyt dé consoler Bergeronnette, fort affligée de Tincartadede son père devaot t*a1)bé Vincent.
** Ne TOUS désolez pos ainsi, lui disait Abel ; TAge le tendra plus raisonnable.
^- Mon père ne changera jamais.
^ \ ous n^arez pas h vous en plaindre personnellement t
— Oh I non ; il m'aime beaucoup ; je ne manque de rien,
^- SI rotift 80u[bici£, vous le confieriez au docteur, je pense?
^ Le docteur ctmnatt mon père aussi bien que moi ; il sait que je n'ai rieii à dire contre lui,
t'n tendre tniéi^t animait chaque parole d*Abel, éionné de Tindulgencft àt cHle enfant, grave dans les choses graves, autant qu'étourdie daiii d'antres momens.
— Quand vous voudrez partir, nous sommes prêts, cria le docletir du Olltia de la première cour. Au revoir. Bergeronnette, au revoir 1
^ Bonjour, monsieur le docteur ; un boa voyage, monsieur AbéL
— Merci, Bergcron nette.
Una pièce do quarante francs tomba des doigts d*Abel dans sa poche* Tl ftit honîf^'Tt - ■ "'^ mouvement inaccompli ; il eut raison de le comprimer.
Au D- I le dûcleur et Abel quittaient la forme, Bergerin, ivre da
son couu y.. iMo.tre, y rentrait avec ses trois perdrix. Le docteur descendit de cbeval et alla rets lui; il lut parla tout ]m.
C6 LE 3IÉQECIN DU PSCQ.
Après quû le docteur eut parlé, Bergerin fit un gçs;^ alGrmalif .4ala
— En route! monf^ieur Abcl, en route! nous n*ATOns ff^ de tonpsl. f ordre... Ccst par ici le chemin.
Le tir du Hoî est un beau champ de terrain pris entre les limites de la forêt et la riviôro ; il va de Maisons h Conflans. Un arc de yerdure, na are d*eau limpide renferment dans un ovale constamment parcouru, au temps de la cour de Giarles X , par les chasseurs privilégies du cherreuil, w lièvre et du faisan. Celle vaste étendue forme un contraste improviiavec
P<^l'ts
dus, hérisses, n*écartant leurs pieds de biche et n*eflaçsnt leurs dures l)ranclics,'qui ont de la ramure du cerf, que pour ouvrir un passage il Toiseau qui fuit et au cliasseur qui le guette. Si dans la forCtle calme e$t plus majestueux, le silence plus soutenu, on respiro dans le tiré duBof avec plus de facilité, ou voit le ciel dans un développement illimité; et toutceque la rivière, les coteaux voisins, les berges do gazon exlialoatde fraîcheur arrive sans obstacles à la poitrine pour la remplir, au front pour le glacer, au cœur pour Timprégner d*émotions veloutées. Cescourans qui passent et vous traversent, étî\J)lissent entre vous et le paysage une communication à laquelle participent chaque sens et chaque objet ({ui les frappe : c'est eu vous que IVau lointaine reluit, que la feuille verdoie, que le ciel se dilate, que l'herbe fine et soyeuse s'eflile au vent, que Ibiseaa chante et que les lies de saules se balancent. En prenant ces Âmes éparsesp vous leur distribuez un peu de la votre, si elle est jeune: Thorizon a vingt ans comme vous, et comme vous le tilleul sMnclino pour penser, le peuplier soupire , le buisson aime , la flt*ur espère , Tarbuslo isolé attend un ami qui viendra ce soir. Que do tendres paroles échangées tout bas dans cette mystérieuse alliance I que de pieux baisers appliqués avec les lèvres de TAme à ces muettes figures de la création auxqucUcs nous tenons par des liens que Dieu suspend dans sa main !
Abcl cl le docteur franchissaient les allées du tiré du Roi , dont b crête était déjà jaunie par le snleil. Sur la figure d*Abcl il y avait moins d'anxiété qu'à son départ de Saint-Germain , et si la brume mélancolique ]i*en était pas disparue, elle était du moins adoucie par la rêverie, ce voSe du contentement ot de la douleur. Plusieurs fois il tourna la tClc du cMé de Froniainville pour chercher encore dans la poudre d or du couchanfla maison do Bergerin, visible u longues distances à cause do son isoictnént» 'Cet endroit Tatlirait de préférence h tout autre point de la forCt, doutiA physionomie pourtant affectait des formes nouvelles à chaque bout û'aUés du tiré du Roi. Au dessus de ses préoccupations habituelles flottait la suave impression de la journée passée à la ferme de Fromainvillo ; la «implicite do Fabbé Vincent, raffabilité do ses manières, roriginalilé ve-
lue de Rergerin, duquel il avait appris combien il est difficile do réprio
les abus malgré la sévérité des lois et la sagesse des meilleurs raisonne- ^mens, la grûce de Bergeronnette-cinq-heures, enfant reconnaissante dont le bon naturel s'était manifesté par Toflre d*une tasse de lait, ces tableàui: francs, ces sentimens vrais écartaient en lui d'autres idées et se faisaient jour dans sa mémoire.. Le docteur n'était pas oublié dans la récapitulation. Sa bonne inspiration avait indiqué la visite à la ferme, sa présenos y avait été une joie pour tous, ct^ sur son avis, on avait étalé la tabb
LB VÉDSCCf DU PECQ. OT
an mîliea de la terrasse et convert cette table d'im déjeuner appétissant: ayec justice Abcl rapportait donc au docteur tous les motifs du contentenaiit qu'il avait ressenti, et sur lequel il comptait si peu en quittant fii^DtrwniaiQ.
Oant au docteur, il avait enfoncé son chepean sot les yeux h came da .teni qui souffle presque toujours do ce côte plus découvert de la forêt , «Kfiumehalainment posé sur sa selle, il galopait h quelques cinquante pas en avant. Après avoir regarde h plusieurs reprises Theurcqu^l était è sa WÊontet^ il avait fait un signe de doute, dont il n'avait pas jugé h propos d'axprimer le sens à son compagnon.
— n a manqué quelqu'un à notre partie -pour qu'elle fQt complète. Ne étevines-vous pas qui, docteur?
—Tous ceux auo nous aimons. Le nombre en est un peu grand , mon dber monsieur Aboi, pour que jo devine du premier coup.
— Enous a manqué madame Dnlzonne.
—Vous avez raison; j'aurais dû la nommer la première.
— Quand je lui raconterai , docteur, ragrément do cette journée, ello XQKvetten , j'en suis sûr, do nï tre pas venue avec nous ; vous verrez ^elle nous boudera do ne l'avoir pas invités
— Elle m'excusera quand vous 1 aun'z convaincue que le hasard seul BOUS a dirigés vers Fromainville. Jo compte sur votre éloquence pour ob- Inrinon pardon.
—Vous n'avez pas besoin do mon intervention , jo pense, pour être era de madame Dalzonnc. Jl vous serait difticilo de perdre la confiance qia'elle a en vous sur toutes choses , mémo dans colles qui ne sont pas entièrement du ressort de votro qualité de docteur ; votre opinion est la loÊponr dfe.
—J'avoue avoir bien peu fait pour mériter tnnt de crédit ; mais vous swpex».Dum cher monsieur Abcl , qu'elle étend cette indulgence sur tout le- monde.
— Mus ou moins, docîeur, plus ou moins. Je défierais M. Ilourdon, tout savant que vous le dites, ou M. de Foumeuf , malgré son esprit inflinuBiit « de prendre quelano autorité sur le caractèi'e de madame I^zonne; elle choisit ses conndens.
— Cim, reprit le docteur, mes fonctions dans la maison de Mnté m'attinntjtenl-étre quelques attentions particulières d.> madnmc Dnlzonne ; mais je ft'oBenis attribuer h ma personne un avantage qui ne s'adresse qpi?àmaMsiiion.
^ Ahftioclaur, penseriez-vous que l'affectnense estime qu'elle a pour raaià eflt rpour base l'intérêt do vous avoir ii la tOte de son établissement el Jeffaar de vous perdre?
— ili^fditcela? interrompit Calveyrac en posant sa main snr Tépaulo dUUM ; il est impossible que vous l'ayez cru... L'intérêt !... Comprenezlaoî wèmt :.j'ai touIu dire , et je me suis mal exprimé , très mal , qu'il ik*y avait que de la considération dans la déférenco de madame Dalzonne paaraondlooteur.
««A^y a pour vous de l'amitié, une vivo amitié dans son ccpur. Aucune oCMiiBde la maniCoster ne lui échappe : elle ne me parle jamais f|ue de TOQSy de vos lumières, de votre attachement pour elle, do votre désintéai envers vos cliens, du bien...
lez, moD ami ; voilà trop de preuves de son affection ; je m*en : de paraître en avoir eu besoin. Mais vous me rendez si heureux en vieiinHaitseiitirimestattB,quejon*ai plus le courage de m'excuser;oe B&nii^àdiVhyçÊCïïmm^ Ohî! jo suis heureux de ce que vous me dites; et TOUS le oomprenflB., mon chor monsieur Abel : noire piDfession est une oanfieai. mercenaire poOT bceucoiip de ceux qui Texereent et pour tous ceu qm j CDt xecours, quec'est toujours uneiiouvemité consolante pour mm rapprendre qu'il y a quelqu'un^ w^BDiipaB m'avoir-eatièreBMiit
'3 LB M^BCIlf DU MGQ.
) ayé quand il m*a mis son argent dans la main. Ooi, je suis ] I oarquoi tous le cacherais-je?
— u est affligeant pour rhamamlé« reprit Abel, que toos soyei do TOUS réjouir d'un acte de justice si naturel, et fue je sois dans la l cessité de vous attester à mon tour, comme je l'ai d^k lait an nom da notre amie commune, que je me regardera» comme un homme ans honneur si je ne plaçais vos services an rang des plus difQdles à léobo^ priser.
— Je ne prétends pas élever si haut ma profession, mon cher Abel, H je n'ai jamais douté non plus de votre bon sens en toutes choses. Vota amitié, celle de quelques autres personnes, voilà où J'aspire.
— Comptez ea tout temps sur celle de madame Dahonne sorloiit. S l'amitié avait ses jalousies , je serais votre rival auprès d'elle , ei Total rival malheureux, car je vous crois le préféré.
Une allégresse de cœur qu'un démenti obligé et p(yii ne domina pai^ ' ' ge du docteur à ces paroles d^bel, qui n'attadiaitpai^
éclata sur le visage i
de son côté, la même importance à la' conversation.
— Mon dier monâeur Âbel, elle ne vous aime pas moins que moi ,* puisque vous m'admettez au paurtage de ses affections; et si le contrain n'est pas, si elle ne penche imis un peu de votre côté, c'est qu'on ne doit pas toujours, dans ks consiaérations d'amitié, regarder comme ahsdnes les raisons de beauté et de jeunesse. Elle nous aime tous deux, il ùaat la croire, par Iec6té sérieux de nos caractères. Je n'aurais aucune confianea dans l'opinion oh vous êtes que nous sommes en égale mesure d*affectîiHi auprbs d'elle si elle avait consulté ses goûts de jeune fenune, au iiaa de n'obéir qu'à la rectitude de son bon sens de femme raisonnable*
Le pauvre Abel ne descendait pas si avant dans l'analyse des camea qui avaient déterminé madame Dalzonne à partager son attachement entre lui et Galvevrac. Par quelle voie serait-il parvenu à prêter an dodeor des motifs impérieux pour engager le propos sur ce terrain, lui dont Tattention n'avait la force de se fixer sur rien, lui, étourdi de l'actîvM imprimée à ses sentimens depuis le matin, et près de deséendre dans son silence à l'aspect de la somnolence universelle de la nature loin du aoldl, onduleusement bercé sur les dernières liçies de l'horizon T
— Qu'importe à madame Dalzonne, dit-il, .({ue je sois jeune et 'qoe Tooa ne le soyez plus, pour nous accorder son amitié ? L'autre jour préosteent, en me lépétant combien elle vous devait de reconnaissance pour la reiKMn» mée que vous avez acquise à sa maison, combien vous lui êtes dier pour Isa soins particuliers que vous lui avez donnés pendant une douloureuse nuK ladie, et combien le charme de votre société adoucit les ennuis dont elle est quelquefois assaillie, précisément ce jour-là elle ajoutait : ~ Mais il a viaOli aussi, ce bon docteur; ses études Pont fatigué, ses travaux ne Font pas épargné... Je vous redis là ses propres paroles. Demeurez donc dans Vofê-» nion , docteur, que madame Dalzonne .ne proporti<Mme pas son amitié à noa
Jlges différons.
Si le docteur n'eût pas été un cavalier consommé, il serait tombé 80f4a* • champ sous les pieds de son cheval. Il ne sentit plus ni les étriers ni la . bride ; il s'écroula. Biais ce ne fut que la commotion du boulet qui tsfbjiàe un instant et passe; on ne meurt pas.
— Votre remarque est sensée, mon cher monâeur Âbel : madame Dalzonne ne puise ses affections que dans sa raison , et pour la raison il n'y a heureusement ni âge ni beauté.
L'effort avait réussi. Combien il avait été écrasant pour Galveyracf 0 ne se sentit pas assez fort pour le renouveler. Mais qu'avait-il besoin da tant se déguiser en face d'tm homme incapable de poursuivre llnduction la plus daire dans le moment, et ce moment était venu , où sa langueur fatale l'envahissait? Il laissa passer Abel devant lui, ae bonuml de loin «0 bMn à l'aooosier pour le quitter anaaitM,
LE X^DtCIM DU PeoQ.
le n^ai pas tm moi la plus sîmplo philosnphie, se dit Calvé^c ipr^s avoir provcsqué et combattu corps h. c^rps la désolanle pensée dont Ahvl itait rempli sa ti^te; je ne tente rien pour roo vaincro | etie k puis, cur, m j'avais résolu ment arr^4é d'abord dû m pas m'at tacher à madatue Dalzonn^, je serais aussi tranquiUe aujourd'hui qu*eii réalité je le suis peu* Depuis mon tnstallation chez elle, je Taime, il est vrai ; depuis qualra ans jè ne me cacherai pas qu*eUeni*a de jour en jour plus occupé; mais, si te me fusse armé do ma rolonlé do inr^ j*aurats détruit à son débuts plus tard même, une passion trop encouragée» Je ne me désespérerai pas cependant ; je ferai œ que je n'^ai pas faiL J^'aurai h dépenser plus d'éii*'r|:ie» à me fortifîer par plus de résignation : î^iit , j'accepte ; mieui Vîiui relu que Fincessante douleur de douter presque toujours , de craindre encore plus souvent,! et de n*espérer jamais. El , une fois maître de moi^mï^me » |e rariens à des goûts faciles è satisfaire, qui occupent, qui mènent Jusqu'à Il fltl de la yic... Que n^ai-je des goûts h sati^lairel |e no m'en coiw fïn-' r'— 1*^n ai eu dans ma jeunesse : la médecine, ses systèmes, se» il - théories; j*ai écrit là-dessus, Reprendrai-je la plume, main-
t ^ < r'^ntqué a démenti une à une des convicUonâ pour lesquelles
j' tuer aulrefoisî
^L. . . . i ■ lépandu du sang pour ce qui n'a plus à mes yeux la valeur d'une goutte d'encre*.* Mais n'y a-l-il pas d'autres applications desprit qui me conduiront au m^me but? J'étuuierai, j'étudierai beaucoup, et f oublierai tout d fiait madame Dalionne ; elle et moi dans une indifférence oomplète; les me* mes atténuons devant le monde, mais seul je nV peutetai plus. Si je me livrais a une étude longue , pénible , qui me lût une
r(Q Iftinilière ? la botanique, par exemple? Wais la botanique n'a plus rien m^pprendre.** Oh! j'oublierai madame Datzonne, n'importe comment.,.. J'ai é autres moyens ; je les trouverai dans ma protession ; si je ne veuï. plus discuter, araeur éteinte, je puis découvrir; il y a encore h découvrir «0 filédèciiio, et j'aurai la gloire..* Je n'aime pas la glnfireL*, J*ottMierat» y^..l.^.^- ^^j^ femme,- Mais, j'y pense, il me reste la bienfaisance à f : t, qUiind nn a été bienfaisant $ Dieu alors, la religion... — Le
4o.*^iii -e prit eii pitié. — Nlmportû ^ n'importai j'oubberai madame
Les derniers rayons du soleil couchant éclairaient deui figtires iingulièrccKitt p41es.
De l'i?nifrnît nii étaient arrivés Abel et lo docteur, on apercevait Conflans è dn:«i liche les premiers arbres de la longue allée de Erigue^ qui
^ixmh il'in de La Moclte.
Pour itttiiquer le chemin à son compagnon, fort insoucicui d'en changrr, h fJfrrttMir Ir devança do quelques pas, et lo suivit ensuite comme y tnoïtié de la course a travers le tiré du Roi.
Ai' allait se modifier : du plein jour il passait à Taube. Aht^l Cl lu ilucicui 1 entra ietil dans lo bois. VÈlyséo payen n'est pas plus bpau, il n'est ps différent* Ce qui 4H:Jairola forft, œ n est ni le jour prod ^ ' ' îj lueur qiu émane de U lune, c*est un jour distinct,
^ '! celui des rév*?s* lin dirait une clarté qui coule d<îa
î* , ;Mi iiini' u? qu'elles ont bue au soloU pour b teindre ensuite et
Il r nir , Il n'y a pas de vent ; un air doux et petit cdtotê les allées* Le sikncc burtoui est surprenant. Apparition gracieuse et muette, un mri m aMnCrr parfois au ff>nd de la perspective; il déploie sa ramure, mais auam cri œ part dr ^i pnimne olanche; c'est un cerf somnambult'- rhAr^ue objet de ce mon et inanimé eterce un magnéltsiiie - :
la terre endort i : arbre fait ployer la brandoequt s'^i , --iir
Tolr.. ^1 baisse la tête et ne remue plus; la forél eniicfé rôve.
Si par I 'i«c4iu maudit, si le corbeau ietla tout h coup son cri dans
riB-aii iruuant Tespaoe, alor^ la forêt eatiere ouduk et tieaiille; puis glle se reodûTi.
TB LE Sl£DECl!f DU PEGO-
Ces vastes familles d*arbres, domicrs vcrtîp:es des couches végétales da inonde primitif, s*en vont comme s'en sont allées les créationsmoDStriNar ses qui les peuplaient. Eliesétaicnt la longue cheYclured*un sol sauvage» et les grandes tempt^les se plaisaient ù marcher, a courir là-dedans aveo leur cortège majestueux de vents et de tonnerres; c'étaient les endroiti où les oraj;es faisaient leurs nids, nids détruits, écrasés sous les pieds da la civilisation. Aussi les orages se sont envolés ; ils n*éclatent plus maiiH tenant que dans Tair, où, faute d'appui, ils ont peine à se former. Lai«ze devient chauve.
Comme on éprouve une pieuse terreur, écho des incantations druidiqiiBBt des frémissemens inconnus , d'ineffables extases à marcher à travers cea solitudes dont aucune interptélaiion humaine ne donnera une idée à noa descendans, qui, ne le? ayant pas connues, en parlei-ont peut-être comme des villes enK!ouli(»s, dos n-ligions mortfcs, des rognes éteints ! Qui leur dira ces milliL'rs de colonnes flexibles portant et balançant à leur fût m ciel de vcrdur<\ de fraîcheur et de chants? qui leur dira ces incxtrieaUaa soies lumineuses arnirhôos au soleil, immense cocon d'or, et dévidées ai»tour de chaque hronclip pendant les jaunes journées delé? et ces rnesda gazon, verdoyanirs éclielles par où moment les oi>(.»aux pour voler anr nuages, et d^ôù descendent, humant Tair vi la hiuiière, des biches max^ brcis, jeunes fcmmi s par la gnlco ol la sonplosso? à quel instnunent da» manderont-ils les sons de ce choeur immense où lo chêne a sa note qui effraie en lo charmant le sanglier attentif dans sa bauge , et oi^lo jonc a a voi't aiguo vi sifflanlepour amuser le pciil oiseau qui écoule ?àqaeQe palet (0 auront-ils recours i)oiir comprend le rot le pluie de neige répaadiia aria luno sur la mou«se dos bois, toute bouillonnanlo de celte clarté, et sur le duvet de chariuo feuille, qui so replie comme la langue d'un ch^ vreau p<riir goiMor à co lait do la nuii? Magniliconcos évanouies, indeacriplibh's, |Uîrdut's,p'.'i'dui's comme riialemeanière qu'exhalent leslwiset qui, au i)rmkMnps, sVn va do leur rinrre dilaléo, comme des ardentes aisselles d'une jeune cn'olo soit une sueur qui enivre !
Samont- ils jamais Tion pins los radieuses chu Ir?.; du jour derrière cea* tissus do branclu^ cl do fouilles qui dolacliont l'.".ns formo> déliées sur utt horizon do fou, et qui pronnoni imo e\piv>sion cl dos atliludes humaines comme «i elles avaiont une intolii.jonco? Loi? p; upliors se penchent et sa caressent du bout dos li'vn.^: L»- vi"ux chOnosaux fortes mombrures méditent; los sapins s'ôcarleiit on cvonlail comme pj^ur asjMrcr tout© la brisado la nuit ; los Iwiîloaux an corset do salin luiM?nl dans l'ombre, et forment dos niiidos qu'on croit voir sa^'itor. (]*est à souffrir pour toutes ces créatures qui, avec la otMi-cienc? di* leur vio incomplète, restent altarchées à la terre; et leur oleru(*l murmure est raccent'de la contrainle douloureuse qu'elles êprouveul à n Vire ni loiscau qui vole ni Thommo' qui marche.
Encore un jiuir, et los grands mystères des forêts auront disparu dttmonde, car los forets \\v seront pins."
11 ost des idées qui vivoul dans certaines almosphôrcs et meurent dans. d*autix's ; qui s eqmlilMoni dans un air dilaté, se déforment et se métamorphosent dans un air moins subtil. lX"^puis qu'Ole docteur parcourait le&i allées ondoruiii^s de la fon-t, il av;îit yvn à peu écarté les plus fortes, lêa . plus o['pressives iMrtiosdu raisonn'Mncnl sous lequel il était resté ensovdL juaque-lii.
•^ Mais que m'a donc dit Abel do si poignant pour que je me sois si vile désolé? lîn cherchant à me convaincre do ramilic de madamo Dalzonnepour moi, il a ajoute quelle avait remarqué sur mes traits la pénible empreinte do mes travaux : n'est-ce pas la vérité? Qu'on conclure? qu'ellen*a« qu'elle n'aura jamais l'our moi que de Tamitié? Cela no dit pas cela^. pas mémo (ju ollo t»j)rouvo un penchant différent, plus vif, pour un autre* llct autre nu serait qu'Abel , et je ne l'imagine pas. J'ai eu des doutes,
IB flÉDnaif'DU PBCQ. 71
.pMBi'qiVmevaBttr sur loulee disses <|oand on a reçu; mois, sérieuselÉHitfftTisagés, mes soupçons s-éranouissent. Quand je voudrai acquérir WB>oDBtilnde doDi je ne sens pas l'impertanœ, je n'aurm q\ï*h adresser qoekroes questions à Abel, et tout sera édairci... Dans un naeis, demain mjfnBreox^m» Pourquoi pas maintenant?
ianÉide sa secousse, Caiveyrac, rasséréné, rendu h son sang-froid d'ba- Wade^ covut ranger son cftieTal auprès de celui d* Abel, qui ne B*aperçut M» de la. dhrersion.
^--AbeliAbelI
AdMt n'entendit pas d'abord; il répondit ensuite en homme qu'on artadto an-pE<einier sommeil.
— Qmî, docteur?
«V 6e n'est pas seulement madame Dalzonne qui aurait été charméo tfétn remie avec nous h Fromamyille : nous a^ons oublié quelquNui aatn^aademoiselle Laure de Touralbe.
— <bro]res-vous docteur ? répliqua Abel en passant la main sur son front pabr te teœr à être attentif.
•*- J» te crois très certainement: c*est un esprit si poétique!
-* Onif trèsélo-é.
*• VwB ranriez conduite dans Tune des jolies tics dlIerWay, qui sont aabes de Promaintille, sous les saules; et là \'Ous auriez lu ensemble ou CMttéjpeadtnt quelques hem'cs.
•^ Que vous connaissez bien , docteur , les penchans de niademoisdle dtTbunlfao-t les scènes de la natnro TémeuTont jusqu'à Textase.
— Lb connettie n'est pas difficile; die porte son caractère sur son beau Tîsage.
— Un noble visage, docteur, n'est -ce pas?
— Adorable I 11 Taimo, murmura C^lvejrrac, qui continua : Quels yeur eqnessilîs I melle bouche intelligente I quel teint suave !
— J^ qoule divine taille I ajouta Abel. Sa mère était sans doute fort
— -BUe est QB peu romanesque... Oh ! oui, il Taittie? tout le prouve. -- Ah I ne vous en plaignez pas, docteur ! c*est rexcès d'une riche or-
— » Jd 06 m'en plains pas. D'ailleurs, vous êtes sur ce point, mon cher Abel, UD appréciateur autrement infaillible que moi. Il l'aiine, il l'aime ! .se dit de nouveau le docteur, ravi du succès de ce premier examen de *C0MQi«DeB;il l'aime ! Qu'avais-je dit a madame Dalzonno le jour de nom TÎsilePMr château de Saint-Germain? Cceigaérira cela, ^lo voilà traaonifo. Qn^aHe à savoir maintenant? quejen'oi presque plus rien à crainore» si ja-n'ai pas tout à espérer.
LaxUiAogae fut suivi du repos silencieux qtii l'avait précédé ; mais Abel flféft avait pas plus remarque la fln que le commencement. Il avait parlé pour répondre; il no disait plus rien depuis que le docteur avait ce^ de riniaffungor . Libre de ses obsessions personnelles , Calveytac s'applUnia , . temaok sa tâche, à saisir encore quelques siillîes du caractère (F AM, éMttefrODtse rembrunissait d'bKée en allée, et où la nuit s'épaississait 4>i— u sur la fovêt entière.
Iti» docteur ooMullait encore le visage formé d'Abel , sa main gauèiie lloimca, SB transfiguration graduelle, quand' celoi-Kn , se retevanl biv les élriers et haussant la tiMe , s'écria :
••-»Mn9 if eat^cd nos, docteur, que Dergeronètte-cfaïq-heares est eneoie plm Inlto «rae mademoiselie de Tovfrall)e?
Vm ufim surprise courut suv le vi-^ge de Calveyrac. I^ comparaisen «lite tonvrectoquel elle avait été émise Taaraient jeié dans un momto âlipipiiiiitéagi Abel dans ce moment, malgré la spontanéité ds sa réflHtov a^ieûitteM appartem à la vi» du sommmt qu^ te vi» réelto^ foat te docteur)!* f^pM» d^AlMl ne IM danofB» tecki dNM teial*
7S LB MéMCm DO nDOQ.
du cerveau. Son premier étODnmnent tomba ; et flji*anr^t plus ç^i 9Q*i
âTait ea Vmgàt
combattre ou à approuver, comme un objet de diacoasioD oidînaDe^ l'opinion d*Abel , si Âbel , a cause de son état même ,
; éveillé pour la défendre.
Sans man<iuer de pitié, Calveyrac n'aurait pu tourmenter par de i Telles questions son compagnon , de plus en plus faible à mesure qoe k lueur symbolique de la forêt était absorbée par la teinte noire de la ] "
Le docteur calcula alors qu'il serait au moins sept heures el demie Qimd ils arriveraient au pavillon de La Muette , et que de La Muette à Srait- Germain ils mettraient au moins une heure. Cette lenteur raflKseait beaucoup pour Âbel, dont b position maladive avait à redouter kfril» dieur aigre du soir. Il eût mieux valu se r^idre directement de Fiomainville à Saint-Germain, sauf h visiter un autre jour le paTÎHoD de La Muette. La réflexion venait trop tard. Elle était d'autant plus allli-> géante que le docteur s'aperçut avec un pénible désappointement qa*B s^était trompé de route , comme cela est si facile dans m forêt de Saml» Germain. Au lieu de dessiner un coude au point de rencontre de Pallée du Gordon et de celle du Corra , il avait suivi la route du Gordon, parallèle et non perpendiculaire à La Muette. Au bout de vingt minutes d^er» reur, ils s'étaient trouvés lui et son compagnon à la Groix-dii-Màiiie» rond-point abandonné à l'extrémité occidentale du bois. Calvejrac ne communiqua pas la mésavenlure à Abel ; il revint sur ses pas par l'iallée d'Andresis, mais d'un trot pressé, et qu'U aurait voulu préopiter enoorey tant il était consterné du renversement total de la ph:^siononiiad'Abel, couché plutôt qu'assis sur son cheval , rendant l'haleine par saecades • ne vovant plus ni le ciel étoile , ni la terre qui se plombait d'oodie, ni to arores, ne répondant plus aux paroles du docteur.
Enfin ils arrivèrent au pavillon de La Muette, où les deux ciiefaiDL s'arrêtèrent. CalvcTrac sauta en bas du sien et courut aider Abel à dsecendre. Gonnu du carde, CalvcTrac fit aussitôt ouvrir le saloo oà le roi Charles X admettait dans l'intimité ses nobles compagnons de rhnwo pendant l'heure de la halte; Abel fut placé dans l'un des gruids fauteuils rouges à filets d'or qui y sont encore.
— Laisse^nous , je vous prie , dit Calveyrac au gaide ; j'ai besoia d'être seul. En attendant que nous continuions notre chemin, donnex à manger aux chevaux. Ne les faites pas boire tout de suite, «itende»vous?
Quelle altération sur le visase d'Abdl oueUe fixité dans son regaii vitreux! quelle sinuosité de dédain et d'effroi dans le contour de eee lèvres! quel reflet de terreur sur ses membres inquiets , sans repos! St belle et pauvre tête est pleine de souffrances ; ses cheveux sont abattue comme le sont les branches du saule quand l'orage règne ; il est sous le coup d'une des plus violentes tempêtes nerveuses qu'u ait éprouvées depuis Ions-temps.
Adosse à la cheminée , Calveyrac regarde Abel ; il l'étudié dans ses plus Csibles mouvemens ; il sollicite de chaque veine gonflée le mol < rénigme , il le cherche de près , face à face ; il croise son souffle curie avec ce souffle brisé; il engage le fer de son regsrd avec ce regard i flexible. Il le peut : Abel est ailleurs que sur la terre ; il flotte di. une région intermédiaire oh Dieu ne descend pas et où les hommee ] montent jamais.
Ne cherchez plus dans le docteur l'homme du monde : ses doigts sol deux se croisent, se replient; il les enfonce dans ses cheveux pow surprendre une idée , çiuelquefois il les pose en forme de sene sur see lèvres. L'orage briserait en poussière les carreaux du pavillon, il n*e»tendrait rien , il ne remuerait pas. Il n'y a ici qu'un homme qui aouffte et qu'un homme qui cherche , une chose douloureuse et unscËoseoocil» pie, un cri et i|ne pensée» la pensée suis raison du cri.
tB KfoECni DD PECO.
«- le sais son mal ! je le sais , mur mura le docteur* fl sôuptrAni et ^ fenti^nl les yeoi : — Oui , je Je sais,
Calveynic ne se trompsti pos, il oonnaifisait b mnl dont gémissait Abcl ; mal inconnu aux générations anciennes , et qm les nouvelles n'ont reçu d'aucun pays; qui no leur arrive poîni tout h coup comme la Mile 'des marais infects de rOrient ou comme la néTie jaune des foclis spongieuses de rAmérique. Il a sa source en nons, dans notre eang ^ dans nos os ^ dans nos cnairs ., dans notre cerveau , el lient d*nn Imiui I rhypocondrie el do Tautre à la folie. Mystère entre deux mystères, il avait pris Âbel pour victime ; depuis trois ans il en subissait , sous cud^ dimat que ce fût , les întolérabI«35 douleurs* Douleurs infinies , la fiClfOCt s renoncé a les classer ; elle mnnque de termes pour les distingua entre elles et les définir* Elles embrassent dans leur empire illimile le domaine des sens et celui de rintclligenco ; c« sont des douleurs centaures , moi lié physiques, moitié morales, faisant ployer le corps ^ eia.spérant Tilme par des loriures dont rimaginalion ne sait pas le nombre* îanuM elles s'aUachent h un membre et k rongent pendant Tingt dus, tantôt elles vacillent comme une flamme de place en place et disptraiaaeiiW Quand elles s^at laquent à un être faible , elles le tourmentent SAOSBltié. Alors le froid Taigrit , U pluie l'accable^ le perce de prt en part, Torage le martyrise , le bniil aigu le corrode, le vent Teialte jus-
3u*âu délire; il suffit d*un son nouveau, d'une couleur parliculière, 'une odeur ennemie pour quM tremble jusqu'à la pointe des cheveux* Et la durée de cesarcidens flfussant par constituer en lui un effroi perpétuel , il tombe dans un abtnie d'idées où quelquefois sa raison se trouve eompromise. Le névralgique reste des années sans parler , quand il na renonce pas pour toujours a regarder de song-froid le spectacle d'une itaçpe d'eau; leâu répouvante; s'il traverse un ruisseau, sa jambe se n^Hf ^ çnfi pif 4 «ifî crispe. Cri autre névralgicjue croit pouvoir voler dans reqiaee. i est de s*élancer de la pomte d*un rocher dans Ttro-
flsensîté ij ; cet autre se hérisse devant l'éclat d'une rose et s'éva-
nouit en touchant h l'épidrrme lisse d'une pomme. Une mélancolie ca- Tcmeusc est le rarnctère général de cette affreuse maladie , née , si Toii
Jaut Hasarder une conjecture^ de rexercice abusif du cerveau, aui dépens u système musculaire, par un déplacement des forées vitales* le genre humain n'est (^^'un être collectif , et cet être ^ depuis trois siècles , s*eit fatigué rinldlif ence au delh de toute mesure. Les spéculations félî* gieuses du quinziiSme et du seizième sièdes, les veilles, les luîtes, les révolutions sociales , qui lèsent suivies, les terreurs, les colères, tes ^éscgpOlts, fruits éternels de ces révolutions, ont élevé aux plus hautes aolst les vibrations nerveuses. L'homme étdit sang et muscles, il n'est plot que nerfs; il vit par le cerveau, foyer de toutes les lignes ne^ Tfusiii^* Héritiers de rorgamsaiion des pères, et ne tentant rien pour la eiodiâcr, les enfans» au premier choc qu'ils éprouvfru ^^nt livrés h ta BéTfilfié* Pour prii de tant de maui, de tant de - - , il leur
«•t acoofiié une perspicacité de prophète , ime vue j / . h^ don des JUJmtimens mstes et lointains , celui des r^ves pendant iesf|uets on WÊÊidbêéi l'on voit les yeux fermés; et ils sont d'autant plus près dé r4n|BM d« la création qu'ils sont éloignés du monde réel et du contact groum' lie la matière.
Cétaît c« mal horrible ot curieui qui ter* oit renversé dans le fntiteuil le pauvf« Abet et le livrait aux réflexions du docteur, qui avait bien pu ■ommer sans erreur la maladie , mais qui , pour cela , n'en devinait pa» fins 11 tMfsm qu^il n'en aurait assuré ta guérison*
Deyuis une dttmi -heure il assistait aux soupirs douloureux, aut bâilld- BiMt sus sanglots d'Abel , sans s^occtiper de lui donner des soins dont rdSeadlé était dotiteuseet dont le succès^ si par hasard ces soins avatant léttul I ayrtit été uu réel obstacle à l'étude complète du mal obsorf 4
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au moment d^ime de ses plm larges criset. Né d'âne came, irriié par plusieurs , élargi par la tristesse morale qui s*y était jointe , œ mal, dont I» nerfs et le cerveau étaient le double siège , s'incamant par là dans la partie organioue et dans la partie intelIcctoftlGrdo l'homme , oettil^ obsoir et cruel a tous les degrés, semblait enfin Otre arriré aor Unies «xtrêmes de b névia^. Le docteur prononça même à rois ban» la mot eaialepiie.
Sa satisfaction fut un instant sans mélange de pitié; il avait i ftdre qu'à s^attendrir devant l'effrayant problème que n*ont pu ; ni le profond Fothergiil ni Tiugéuieux Louycr de Villermay.
Depuis une demi-heure les attitudes étaient les mêmes : le i Bravait pas quitté sa place contre la cheminée, Âbcl était anéandsaos l'accablement de son mal. Soit hasard, soit intention d'nérer la pièce, (Uveyrac alla ^-ers la croisée et l'ouvrit. Aussitôt une senteur de? bOis^slDvage et résineuse , emplit l'apparlement ;de milliers d'atomes TivAifis. Abel , surpris par cette immersion douce, releva un peu la fêle et patot se ranimer. Il rouvrit tout h fait les yeux et il cntrovii. derrière le ndani de lannes qu'il commençait à répandre, les étoiles qui brillaient par té' flection au fond do la glace placeo sur la cheminée.
— Docteur, cria-t-il en se levant, j^entends une cloche!... AcDOttxl N*ost'-ce pas celle de mon château do Roqueréal ?
Un geste do mécontentement ééhappa a Galvcyrac : cetto ^yagattoiiB ui plaisait pas.
-* Que dit-il de Roqueréal?
— Ahl pardon, docteur, se reprit Abel retrouvant aussîtM sa présence d'esprit. J'oubliais que nous ne sommes pas dans les P^Té^ées. Ce son m'a trompé; je me croyais chez moi, dans mon château do RoqueréaL
Le docteur prit la main d'Abel et le pria do se rasseoir.
— Mon ami , dit Abel d'une voix émue, mais libre do douleurs, noon ami, que je suis content de vous avoir connu ! quelle consolation dans ce moment do vous sentir près de moi ! Asseyez- vous Ih, je vous en prie.
Calve>Tac s'assit près d*Abel.
— Oui, cotte cloche , docteur , cette cloche a retenti jusqu'au fond'de mes souvenirs les plus chers ; elle m'a transporté dans mon pays, quo>je ne re^Trrai jamais plus, sous le toit'paternel d où je suis exile.
Les paroles et les sanglots roulaient confondus dans la bouche d'Alie^ que le docteur écoutait maintenant avec une ti'ndrcssc attentive et comme le prêtre auquel le condamnée mort conlle unodernièTO révélation. Mais sa pitié luttait avec une curiosité haletante, elle riroporlunait; il autait ,YOulu savoir, et non s'attendrir.
— On n'est jamais exilé pour toujours, répliqua-l-il. Les résolutions extrêmes ont un terme; et c'est le temps, plus juste que les hommes, qui l'a réglé ainsi. Si c'est votre patrie que vous regrettez, ne renonces pasà Tespérance de la revoir; vous vous tourmenteriez sans raison.
— Sans raison! docteur , j'ai, moi aussi udo forêt aussi vaste.quoi»deci, plus belle peut-être.
— Plus belle! interrompit Calveyrac, cherchant à tous prix dos rnoytns pour animer une conversation dont il attendait beaucoup, y pénétraBl|Br le chemin sinueux de la contradiction, — plus bolie I l^ruiettez-moi tfen douter, quoique je ne sois pas lo propriétaire de- celle-ci. La lorêt de Sainte Germain n'est pas un parc bourgeois.
— Mais TAricge, moa beau fleuve, ne Tarrose pas, et du milieu des arbres de la forOl où nous sommes, des montagnes ne s'élèvent powt, ooii- Tertes de la base à la dme de pins et de genêts.
— Je conviens, mon cher Abel , que'l'Ariége est un fleuve plus saurai que la Seine, et que des momaenes- font bien au milieu d'un bois. Vbos «es donc né dans les Pyrénéeaf i
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— > lia flimille n'en est jamais sortie; je suis le premier qui bs at quittées, par je ne sais quelio punition du del.
— Lemai du pays est au fond de sa méUnoolie. Es(-ee tout? se demandk GUTeyratt.
— Je me tiompe, reprit Abel en posant sa têtesnr Tépaule du doeteuf; ■UNI pèse aosei s^en alla de nos montagnes et vint à Fftris p^idant sa jeoneaso» Il ne ^voyait pas lo funeste chemin qu'il traçait à son fllsl C'est lui qui fui réellement le premier de notre famille, et sans doute de sa race, qui youlut connaître si au delà de nos rochers il y avait dos hommes meilkurs eldes existences plus enviées Mon père est mort, que Dieu to pcenne en pitié I moi, je n*ai aucun respect pour sa mémoire. L'aveu me soulage* il m'absout de toute accusation de complicité avec Ini. Je porte aoQ nom, c'est vrai; mais je n'accepte que cela de lui, rien que cela. Est-ce que je lui ai demandé de me faire riche? Exécrable richesse I que ne l'c^-lril emportéo dans la terre! Que ce château quil m'a laissé {rase sur sa tombe au jour de la résurrection , afm que le château l'écrase ou qu'il ne sorte jamais do sa tombe I... Qui me dclifrora de co château?.-
— liodérec-vous, mon ami ; vous parlez d'un temps éloigné.^Comme son regurd est désolé! se dit le docteur. Co n'est donc pas le mal du pays! Qu'eslrce donc?
— Du haut de ses créneaux pourtant on découvre l'Espagne, la Franoe et la mer; et puis j'y suis né, j y ai vécu, j'y ai été élevé par des hommes sauvages dont les moeurs sont aussi inconnues que celles des premiers peuplfô de rAméhque.
— Quelle curieuse conlréo I interrompit Calveyrac.
— Roqueréal, poursuivit Abel , est dans un pays mdépendant de l'Bs^ pagne et de la Franco, quoiqu'il appartienne h la Franco et que son éré^ quo soit nommé par la coiir do Madrid. On ne sait ni d'où nous venons ni si nous sommes une colonie do Romains, d'Arabes, de premiers chré^ tiens. Nous avons la liberl(') des uns, le teint basané des autres, b piété sévère de ceux-ci. Nous choisissons nos chefs politiques et nous ne faisons la guerre pour le compte de personne. Tous égaux, nul n'est pauvre chez nous. Deoiuis, la liberté; à l'entour, dos montagnes; sur nos lôtes, lecieli
— J'ai lu, dit Cal\'eyrac, une relation de votre province dans une stati^i stique dressée sous Tempire.
— Vous avez peu lu sur notre pays : on no le visite pas , et les habitans n*cn sortent jamais. Les familles ne vont pas chercher d'alliances étcangbres au dehors ; nous n*aimons guère les Français , et nous ne sommes pas trop liés avec les Espagnols. On nous appcAe égoïstes pare9 que nous ne demandons rien à personne. Nos lois sont des habitudes afO-> tiques comme nos rochers , que rien n'entame. Parmi ces habitudes o« ces lois, il est d*usage que les plus vieilles familles aient titre de noblesse et qu'eues se gouvernent comme elles Tentendent.
— La féodaUié et le paUriarcat, vieux types des sociétés primitifes'^ 80iii,)a la VOB, dit le docteur, la base de votre aristocratie.
— • J'aqiariiens, continua Âbel , à cette aristocratie, on plutôt j'en faS^ sais JWtia il y a quelques années. Mon père, étant le second fils dé stt iuni&atA'avait que la jouissance partielle des opulentes propriétés laissées par 600 père; son frère en était de droit l'unique possœseur , et il lefll avait reçues pour les transmettre directement et sans altération àsontib aîné» mon cousin. Ces propriétés étaient comme une couronne royale, qui ne pasM pas sans usucpanon sur le front d'une branche collatérale. Comv SraMirvous, docteur?
— Votre récit mlntéresse vivement, répondit Calveyrac qui ne sera-' Uail écouter AM qu'avec le plaisir d'un auditeur ordinaire ; il voa9 louche do trop près pour que jo ne désire pas en savoir la suite.
— Mon père entendit, parler de Paris par un voyageur égaré. La ' ît akaB: da: la^iévolution pour entrer dans la guerre; éÊt
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était curieuse; il s'y faisait de grands noms et d*immonses forlannei quelques mois. Le premier consul ne défendait rambilion 2i penouoe; tandis qu*il prenait des royaumes, il laissait conquérir des richestfas à ^ voulait; on était fournisseur, entrepreneur, concessionnaire; on bAlisiHi; on reconstruisait avec les débris do tous genres de la révolation; For coulait après le sang. Mon père était un ambitieux : il abandonna aller à Paris sa jeune femme , Tanûtié de son frère, de
jeune femme , Tanûtié de son frère, de bons et i oœurs qui auraient vieilli avec lui. II ne nous apprit son arrivée k Am que pour nous dire les merveilleuses occasions do faire fortune fâ affluaient vers lui de toutes parts. Dans quelques affaires , qu'il neooaa^ dérait que comme do simples essais , il avait déjà , assurait-il , oblm d'immenses bénéfices; les quarante mille francs de sa première nna dB fonds avaient été décuplés. Quand sa prospérité fut connue dans lé pm elle troubla le sommeil de ses com|>atriotes, qui tous rêvèrent alonoei opérations brillantes, et commencèrent à regarder avec mépris \m commerce de pailles tissées. Plus près du miracle, mon oncle ne rénila pas à réblouissement. Confiant dans rhabileté de son frère autant qnW* vré de sa réussite, il emprunta sur son chAteau et envoya à mon pèn tout l'argent qu'il put réaliser. En quelques mois les premiers gains pvmettraient de couvrir les rcmbourscmens et do rentrer dans la pcssesMi intégrale de l'immeuble sacré de la famille.
Attentif, Galveyrac remarquait que les paroles d'Abel , k mesoie qoH était plus sûr de lui-même, se dégageaient mieux, coulaient plus Mllament et se creusaient pour ainsi dire leur lit.
— L'association, reprit Abel, ne fut pas aussi avantageuse que TaTiit fait espérer d'abord une série de belles chances. On no nerdait pas, nm les bénéfices n'étaient pas assez considérables pour être détachés du CÊfh tal, qu*il était urgent au contraire do grossir si Ton tenait k donner de l'extension à rcnlroprise, mise en péril à la moindre suspension. Celait là du moins ce que mon père écrivait h son frère en Tiniliant par une correspondance active aux combinaisons de hautesspéculatioDs de Bourse.
Aucune voix n*avcrtissait mon onclo du danger vers lequel U courait; il n'avait à attendre de conseils de roxpérience de personne, dans un pays privé des lumières de Tindustrie.
D'emprunts en emprunts, toujours garantis par le domaine de la Ih mille, et contractés sous Tespoir d*un remboursement immédiat p mon oncle ris<|ua tout ce qu'il possédait.
Son frère le fascinait. Une victoire do Bonaparte opérerait une diva^ sien foudroyante en faveur do leur commune entreprise, lui maniaÉtt mon père avec assurance. La victoire fut gagnée, mais la crise attendue n'eut pas lieu. « Nous 9mmes ruinés, écrivil-il à son frère, le sort nous a trahis. »
Alors ceux qui avaient prêté k mon oncle firent vendre le châtaiH| lans pitié respectueuse pour les desccndans malheureux de la raceqn l'avait bâti autrefois; mon oncle, son fils, sa femme furent obligés d%n sortir pour aller habiter un village pri's de Pamiers. Je fus témoin de leur fuite ; elle me serra le cœur. C'était au milieu de l'hiver. Léon voisins, leurs amis , leurs vassaux les suivirent en larmes, maudiasHt mon père qui était la cause de cet exil. L*outrago ne me révolta pM: mon père le méritait ; oui 1 il le méritait , docteur.
Abel s'élant reposé pour reprendre haleine, Calveyrac lui fit observer que, sans être un malhonnête homme, on était souvent exposé à compiemettre les intérêts d'autrui, et que dans le commerce le plus sûr il y avili constamment une largo place remplie par le hasard. Le naufrage deso^ intéressés n'était pas toujours, en bonne justice , imputable au directoor malheureux d'une entreprise.
— Cette vérité, continua Abel , n'est pas un doute pour moi, mais elle a'a aucune application à recevoir ici ; car, au bout de cinq ou six ans, mon
L8 IIKDËCI!! DU WE€Q* 9T
pèr« au'oîi croyait réduit à vivr^ k Pniis d<^5 mcïdiiu^s tppoEniomœs 4*emitlûyé, reparut dans la cotitioe avec un éclal qui démeotait ^s prélision§, Son prcrnier acte fui d*aller s'installer dans le château de SOU Irèrfs et de [irt^ndre possession, avec des litres légalement reconaus, dn iouU*s les terivs attachées à ce domatno. L'événement eierça les con^éolun'S : on ^iiî bi<^ntôt qull avait fait acheter le château sous main«si ton* tefois il nV' té le prêteur usuraire auquel son frère, par rentre^
mise d*iin f i ''lix , avait eu recours pour réunir les sommes dont
il avait en he^'U)! [Mj^dant leur associalion.
Ou m confirma ûms cette idée deshonorante pour mon père lor6(|u*iI futdémoairé qu'iï n'avait pas éprouve de perles à l'époque oii les intérêts #9 mon onde avaktit été liés aui siens; les preuves tibondèrunt* Son uni^ ifiie calcul avait été do s*appFopn«>r te domaine de la famille pour lo transmî'ltre h ^a branche} dont j'étais le seul rameau* Le pajrs fut uidigné dô sa conduite ; on le prit en horreur et moi en pitie.
<* On devine voire réprobation filiale, inlerrompiltedocteur.appu^^anl de rassentimeRt du geste chaque passage de cette sombre élégie domes^
^Ouoique je fusse encore enfant au temps de cette spoliation, je n'ai
i oublié Je a*rcle de soUtudo que le mépris af ait tracé auteur de nous,
; vieittes amitiés de n»m père, dit Abel., se rompirent ; ceux de notro
uni ceMèltnl ton le rehuion avec nous ; les paysans n*appn>choreot plus
s IfmH^ dé nos terres qu'avec effroi. Notre château derinl une appa-
ii3neme; ît ne tarda pas h fournir à la crédulité dos
!<^ fantômes vengeurs comme am siècles passés. La
: ' : > i . I itnsi dans les ténèbres delà féadahlé ténébreuse.
Ijnaihême; et, quoique mon père me cachet riiistoirs FI 11 vinats chaque jour quelque pa^e* Quand je fus enfin p ur comprendre qu'il avait feint de jouer la fortuntî da IL Jj lui voler, et que nous étions dans un cbileau et sur éë& rtnasapparlenaient que par fraude et usurpation, je fus pour jii était tout le monde , un ennemi impitoyable ; Tair du chaîna u me fut lourd. Si je regardais par fuis la vallée du haut des mu« tmille!^, ma tue tourbillonnait, ma tt^le m'attirait en bas.
Je ne rarrâierai pas au moment oii la véritable source de ses douleurâ i briié les digues, se dit la docteur. Je prévois de sourdt^ convuUioDS, Mais k iuis li.
«-- Mon pèrs ffmarqua ma langueur; il en pénétra la cause, et se tut; msÂn son Mlence lui fut un poison lent. C'était pour moi qu'il avait dépouillé iKin fr^e, ei moi je repoussais la dépouitie. Dès lors la pensée de M Inniilfl le dévora jour et nuit ^ il vieillit, il souffrit, il sécha. QueUa 1 l!f»iailernm dans le creux de sa tourf et il y mourut sans esjmce, nw aiff MM lumière, comme un reptile pris entre deui pierres.
A prâe fuMl mort que je me rendis l pamiers, chei mon oncle , qui JÊOin no s'élaxt plaint au milieu de la misère que son frère lui aToil uili^ Mipi lajiidift n'atait consenti à recourir aux tribu naui pour essayer dt M dépoii<kter> A An de ne pas rester à sa charge , son ûh était passé en EipogM; lui s'était fait batelier sur TAriége, JapfQpQtti à mon oncie de lui rendre son donmine et ses terres. « U
/ .vl..
■in*:r! nni.;ii' Irrri-^ qui Dit m [M TC et'
Quixid jt lui demandai a?e€ étonnement la raison de ce refus , il lue fémdil qu'en acceptant ma proposition il confirmerait à toul It payi nfÉDioii ùh l'on était que mon père avait réellement volé le ehâtoau da BoflllcéiL— Et j'nimo mieuft ajoutHi!-(*il, manger le pain du travail qu» dTiioirtliS tathe à mon nom. Le château vous a été légué : gardées -le ^ ^ Mili, m«m cmcle, m'écriai-j^^ ^l ^t h vous ; reprenux4e î ^ Him^ réplîquA-4-il, non î il e^i bien h votre famille, comme i'espé^t o Eiîl fetdiTMrâ iiu joiir k ma. famille, ajauiâ-t*il tfoc la juâtoe fermeté*
ff UB MÉMCRI DO fEOQ.
-«- Vous roulez donc qae je le cède h votre fils? Eh! que n'ivporte, {Mmnru que je oi*en débarrasse 1 Soit» que Totrofilsle reprenne; fêle lui Bonds.
>— lion illB pesons que moi, reprit mon oncle, ne racontera, et m 606 fils , ni ses pcUt-fils, ni aucun de ses desceiidans. 11 faut que lé^nît loi rende ce que rinjustice lui a enlevé. • .^ Et quel estco droit? répliquai-ie.
— Le aroit sacré des héritages. Si vous mourez sans enfans, 1
léal passera ù mon fils ; si, au contraire, vous en laissez, vos mdÊm jenront du chAteau. Ainsi Uoqueréal ne fera retour à ma branche qn'à reilinction de la vôtre. Ceci arrivera quand Dieu voudra. Je n*ai {insrieai vous dire.
» Mais alors, m*écriapie, vous ne voulez reprendre Roqneréal qui h condition que je meure I Vous ai-je bien compris?
— Vous m'avez bien compris. Pour cela je ne désire pas TOfrei le l'attendrai ; et si elle n'arrive pas pendant le cours de mon exisleirey ce qui est dans Tordre des choses , mon lils me remplacera dans mon attente, ses fils hériteront des mêmes conditions de patience à l'é^idde vos petits-fils; et nos deux générations, in vôtre et la mienne, nurche- Tont ainsi côte k côte jusqu'à ce que la vôtre s*étcigno , si la mieuien disparaît pas la première.
— Et vous dites, répondis-je h mon oncle , que vrnis ne sonhaileifs ma mort I lit quo fcriez-vons de plus si vous la souhaitiez? Exislem-ja sous le poids oc cette idée infamante que les terres qui me nnurri^senl* que le toit qui m'abrite vous ont été volés, à vous, à votre fils, forcé do mendier à l'étranger pour gagner sa vie? exislerai-je en sachant qoe jeve
Suis sortir de cet état d'injustice que par la mort? Mais vous me eonamnez h no vivre qu'au prix d'un crimel Non, je ne vivrai pas ainsi! Répétez-moi votre refus pour que j'y croie.
— Je vf)us le répèle, me dit mon oncle.
— Alors, répliquai-je, le chi\leau ne sera h personne ; Roqneréal appartiendra aux vautours, jamais la bècho ne labourera ses champs, ses fruits pourriront sur l'arbre.
— Si telle e5t votre volonté, il en sera ainsi, ocheva mon oncle ; je n^ pas h m'y opposer.
Ceci dit, il me quitta, et moi je ne rentrai plus au château de Roqneréal; je quittai le pays, je voyagi^ai. Mais ma saiil'* était perdue , ma raison aflaiblie. Pour achever de les ruiner toutes deux, j'appris, ou bout d'un an , (jue mon oncle était mort de froid sur l'Ariégo , pendant une nuit do décembre, en transportant des ballots de marchandises d'une rire è l'autre. En expirant, il no dit que ces mots, qu'on m'a rapportés et que je pus seul comprendre : — Mon lils attendra; c'est son tour.
Et il attend I docteur ; il attend, courbé sous la misère. Vous savez ce qu'il attend : ma mort! Il faut donc que je meure 1 Voilà h quel prix je suis riche! Merci, mon père!
•* Ami 1 lui dit Calveyrac, il me fut raconté une fois par on de mes malades une histoire semblable à la vôtre.
— Dites-vous vrai?
» Je guéris le malade , et je fus assez heureux pour arrangw ses affaires.
— Docteur ! Et ce malade ne vous a pas donné la moitié de sa fortune? <— il me donna son amitié.
— Abel m précipita nu cou de Calveyrac et l'embrassa en plemmf • Q tremblait dans les bras du doctein-, qni sentit battre avec une violence alarmante le cœur d'Abel sous ses habits. Son front brûlait: il ne cessait de murmurer en collant sa bouche ardente sur l'épaule de Cah-oyrac :
— Et vous l'avez sauvé! Sauvez-moi comme lui! ne m*abandônnezpas que vous ne m'oyez sauvé! Je vous ai tout dit, mes terreurs, mes sauf*
LE MlSOECIN DU PECo* 79
frances; prenez-moi en pitiét sauvez-moi de moî-môme. Vous ne sauriez croire, mon ami, le bien-être que je ressens depuis que je vous ai fait ma confession. Il me semble que j'ai scooué la moitié du fardeau qui pesait sur moi. Que l'air est bon I que ces étoiles sont belles I que vivre est doux en ce moment 1
Une touchante extase avait mis les deux mains d'Abel dans les deux mains deCalveyrac et arrêté face à face leurs visages transfigures, celui d'obéi par la joie d*avoir vaincuja honte de Taveu» celui de Galvcyrac par font ee qu'il y a d'humain dans la science.
Quand Abel fut enfin plus calme, Calveyrac ordonna de Dodre approcher les chevaux.
XJtt instant après ils foulaient l'allée qui conduit en ligne directe aa cMteau de Sait-Germain. Quoiqu'ils allassent très vite, le docteur n'a- Tait aucune crainte pour Abel, dont il connaissait l'état moral.
iGemme ils mettaient pied à terre, onze heures sonnèrent à l'horloge de la maison de santé, où l on était dans la plus plus vive 4U)xiété à cause de l'inexplicaUe lenteur do leur retour.
Xe doctaaCy qui devançait Abel do quelques pas, entra le premier au salon*
— Où est Abel? s'écria madame Dalzonno effrayée et tenant, toute pâle et toute tremblante, un mouchoir humide à la main ; où est Abd?
Calveynic tomba dans un fauteuil sans répondre.
— Ve Toicil répondit Abel, je suivais lo aocteur.
«-Ah! vous voilà! Vous... vous avez été long-temps absent. Onze lieores ! Tout le monde est en peine icL On prévient, quand on doit rentrer si tard. Docteur, vous m*avcz bien tourmentée tous les deux ! Comment êtes- vous, docteur 7 comment êtcs-vous ?
— Un peu fatigué, madame. Je vous demanderai, maintenant que vous C'tes plus rassurée, la permission de me retirer.
Calveyrac se leva.
— * J'ai une grâce à vous demander, dit madame Dalzomie avec un sourire charmant sous sa pdieur, et en arrôtantle docteur sur le seuil de la porte.
^> Parlez, madame.
«- Ordonnez à monsieur Abd de suivre votre exemple, d'aller aussi se reposer.
— Je n'attendrai pas les ordres du docteur, reprit Abel. Adieu, madame ; à demain*
«* Bonne nuit h tous deux, messieurs. A Tavenir, je serai de toutes vos parties; entendez-vous?
Abd monla à sa chambre.
•^ Que dois-je penser? murmuroit tristement le docteur en rentrant dans la sienne. Ce cri qui lui est échappé en ne voyant pas Abel aveo moi, ce cri ? Mais elle a aussi pris quelque intérêt à moi... moins vive* meMt^estvni. Mais il fallait commencer par l'un des deux. Celui qu'elle no rayait pas encore a ôd être celui qn*eUe a demandé. Cependant elle s'est trop vile rsprise en s^informant de ma santé. Elle a donc remarqué qu'elle s'émteiMioetOtnublipTOttveqiie c*était Abel qui l'occupait. Mais qu'estce donc que cela? dit lo docteur en heurtant un- objet posé au pied d'un f aaleail. Cest impossible ! Mais oui, c'est bien le tabouret quelle a brodé œt été souS'les arbres du jardin. Et il était pour moi ! et c'est elle qui l'a lait et fait pour moi I
Cdvejrac nosa ses lèvres sur le canevas où madame Dalzonne avait colorié avec oes soies différentes un bouquet de dahlias.
Le tabouret fut posé au milieu do la table de nuit sur des livres de médecine, et ce fut le dernier objet sur lequel Calveyrac laissa errer son regard avant de fermer les yeux.
80 u uàDtaa oc noQ.
Entre les dernikes mardies da réfectoire et le grand jardin deh i son de santé s'étend une cour où f iennent causer les pensionnairee i flsne soupçonnent dans Tair aucun principe de rhumatisme ou de fl sereine, li ils consomment, pendant de longues heures, autant i quMls peuvent en absorber par leurs pores, et ils se dilatent en i figues éloges adressés au beau temps* Du haut du perron, çirni de t puans de chscun des ouatre côtés de la cour, où des fauteuils sont j de tous les étages de la maison, dont les croisées se festonoenl « plus ou moins empaquetées de foulards jaunes et rouges, le beaa teapi n'excluant jamais la prudence, de toutes parts enfin s'tiàrent des fao»mages rendus h la température : » Quelle journée rarlasante f .— QmI climat divin ! — Que oite^vous de ce ciel î — Et tous î délicieiiz I dé- Ûcieux ! — Tenez, à ma place, on est mieux. » Je ne céderais pn la mienne pour cent louis d*or. — Et moi pour une charlotte russe. «- Mdi descendez donc ! tous aurez encore plus chaud id qu'à votre croisJs.
> Du tout ! montez plutôt chez moi ; tous sentirez au visage un veit doux comme au printemps. On dirait l'odeur des lilas. — Vous ma pienez toujours mon coin pour peu que j'arrive une minute trop UnL ^ Est-ce que nous sommes en diligence pour que vous réclamiez avec lanl d'aigreur la place du coin? — CTest peu galant. — Au mois de janvier procnain, quand il neigera, vous la disputerez moins. — Je ne db pas la contraire. — Voyons, ne vous fâchez pas, acceptez-en la moitié.
Gcniendant, un de ces derniers jours de novembre, lorsqu'un raron ds soleil, s*il pouvait être converti en lingot, se vendrait au poids de ror, il n'y avait que irois pensionnaires dans la cour : lo baron de Foumeof, Lejeune et le republicam Champeaux. Le peu d'espoir fondé sur une chaude matinée jusliûait sans doute cette rareté d'adorateurs du besa temps.
Assis sur une des barrières vertes placées aux limites du jardin et de la cour, Champeaux, les bras croisés, les jambes ballantes, la casquette d'astracan sur Voi-eille. fumait insoucieusement sans prendre part à la conversation engagée a quelques pas plus loin entre de Foumeuf et Lejeune.
Deuxours de régions différentes, qui se rencontreraient, par suite d'une double migration, dans une zone tempérée, offriraient le tableau de Le*
pas
tonné la sienne, afin d'unir la légèreté coquette de Tété aux avantages hyc[iéniques de la toilette d'hiver. Beaucoup moins recherché, Lejeune avait à peine la conscience de son individualité derrière deux gilets ds flanelle, Tune anglaise pour la peau, l'autre française pour distancer les chemises, trois chemises, un gilet de cuir-laine et enûn sa redingote. Son estomac était défendu, comme les anciennes fortifications, par de nombreux murs d*enceinte.
— Monsieur Lejeune, lui disait le baron de Foumeuf, vous paraisses souffrir aujourd'hui, si ie ne me trompe, et je désire me tromper.
Lejeune éprouva un léger tressaillement.
— Croiriez- vous, monsieur de Foumeuf? J'osais penser le (contraire; f ai parfaitement reposé.
-* Je n*en doute pas, mais d'un sommeil lourd, je gage.
«- Un peu lourd, oui. Le reconnaltriez-vous à queluue signe I
«- A la pesanteur de plomb de tus yeuxi qui sont tort cernés.
U MéDBCm DU PBOQ. Sff
Mddémeiit Lejeune se crut malade.
— Poartant je n'ai pas manqué d'appétit à déjeûner. Le baron hocha la tête.
«- Méfions-nous , mon cher monsieur Lejeune, méfions-nous des bons •ppé^lB:lefoie I le foie I
«- Le Imb ! le foie I Vous me bouleversez f Que prétendes-TOus dire far là?
«* Que dans les maladies du foie les Toies sont très ouTortes, et qno par eonséqpient manger beaucoup c'est pas toujours une preu?e de hono» santé*
— Et comment s'assurer qu'on a le 'oie malade? La penr étranglait la voix de Lejeune.
«-» A beaucoup de symptômes ; au tein\ ^Murticulièrement
— Et comment ai-je le teint aujoc^'huî, monsieur le baron T •^ Pm satisfaisant, fort peu satisfaisant, je >^nis jure.
<-» Mate encore?
Lqenne pâlissait.
— Un prâ Tert, très jaune, donnant sur W yiolact*-
— l'ai donc le foie attaque I Je suis attaouè iu foi^ / dites?
— Vous allez rite, monsieur Lejeune. Vous k") soufiEirez que d'un cona menoement d'ictéride.
» D'ictéride ! Qu'est-ce que l'ictéride? Grand W*w I Ah ! tous aver ivononcé là un mot dont je n'augure rien de bon I
^ L^ctéride , ou ictère , vient du grec ieieroi. Cette maladie a pour caractère la coloration en jaune des yeux et de la peau.
Sar4e-chanp Lejeune se regarda les mains dessus et dessous. De Fourneuf pouisuivit avec le même sang-froid :
— Jadis, en Grèce, on mourait beaucoup par suite d*ictères négligés. •» Et chez nous, monsieur le baron?
— Tout comme en Grèce. Mais nous possédons plusieurs ictères m les Grecs ne connaissaient pas : l'ictère blanc, l'ictère rouge, l'ictère violet^ l'ictère vert, Tictère noir. Le vôtre est l'ictère simple, ou jaune.
— Je vous romerde, monsieur de Fourneuf. Bteis à quelle cause attribuer mon ictère?
— Sa cause est directe ou indirecte : l'une et l'antre, la cause directe et la cause indirecte, se divisent chacune en cinq classes ; en tout dix.
— Dix causes ! Et toutes mortelles ?
Sans réjpondre à la question de Lejeune, de Fourneuf C(mtinua en jouant avec son jabol:
— Hecoeusement cette terrible maladie est très rare chez les jeunes gens.
— Le ffrand bonheur pour moi , qui ne suis plus jeune ! Qui donc aileint-eUe?
•» Les hommes virils , et vous êtes extrêmement viril. Le tempéra» ment biUeux y prédispose : êtes-vous bilieux?
— Je ne suis que cela.
— Ito trop grande susceptibilité nerveuse conduit à l'ictère ; la chaleur le provoque, le froid également, surtout le passa^ du chaud au froid.
— Et de quelle manière s'arranger pour n'avoir ni chaud ni firoid? Toaioars sourd aux interrogations, le baron de Fourneuf ajouta en parlant tres vite :
— Les excès de table , les mets trop succulens et ceux qui ne lo sont pas assez , les |X)is , les fèves , les lentilles , les léeumes en général , les viandes en particulier, le café, le vin, les liqueurs, la bière ont développé floavent cette affreuse maladie.
— n no faudrait rien manger du tout, je le vois, pour n'avoir pas rictère.
— La vie trop active ou trop inoccupée , le sommeil trop prolongé oo
82 • LE UÉDEG» Ml PKQ.
rinsomnie opiniâtre, Icxorcicc violent, soit à pied, soit* à ehwral^ toitiop long séjour dans une nif^nic place « les afk-cliims pénibles, comaKJa colère, la frayeur, la tristesse, la jalousie, la iiaine, danoeni ridèce» ' '-* La mort est donc le seul moyen d'écliapper à Tictèce?
— Puisc^uo vous couiiDcnccz à saisir quelques uns dos caracthwyAce fléau, vepn( de Fourncuf, je puis uudntenunl eu déroaler sans cndâbles princiiKîs morbiliques.
Lcjeune éuiit devenu jaune comiue un citron.
— Ces principes sont la pléihore bilieuse , des tomcurs fonaéei ma dépens des conduits hépatique et cholédoque du pylore. L'ictèiÇiiiCfllH naît pour cause les coups : en aveî-vous roijuî
— Je suis tombé do cheval une fois h HoblpeUiart coaune tous a^vez. Vous croyez que cela agirait encore?
— Bien. Les compressions sur Thypocondre droit, le squine^J'hydropisie et les hjj^datides de cet orguno.
— Mais c'est épouvantable î Oui n'est pas tombe nnô fois dans SLTie?
— On devient également ie(éii{ue par la répercu6sioa de la SGKlatiiie et de la rougeole, par suite de maladie.
— On n'y échappera dune pas?
— La couleur du san^, chci: les iclériques comnio vous, est jaanfi.
— J*ai le sang jaune?
^ Pourquoi non? Autant ravoûr jaune que bleu.
— Wiséricord«.> céloslo!
— Aux symptômes maintenant. La jaunisse ou ictère conmienoB ordinairement à se manil'ester veis les angles mternos des yeux. — AlleiTWS Toir dans la glace. — On aperçoit ensuite sur l(?s t^.'mpes des nuances d\ui jaune d*abord très clair, et qui deviennent plus foncées de jour en jonr. — - Vous véii lierez à loir^ir la marche du mal. — Il se manifeste des taches sur le front, tandis que le r(?^lo du visago devient d'un beau jaune; un cercle jaunAîro entoure les ongles.
Pour la seconde fois Lejcune regarda à la dérobée lo bout de ses doigts, qui liinblaiint comme des roseaux dessiHiliés.
— Oui , mon^ieu^ Lcjeune , la jauniss*.* ou l'ictère jaunit la langue, la voûte palaliniî et les d«'ni.. ; ce qu*^ inang iii les iclériques csl amer y ils ont couslaunneni soif; ils crachent jaune.
— Mais jo n'en suis pas encore là, grâce au ciel !
— Vous y yiendrt'z. Je pcuri^uis. La jaunis&e se termine de trois manière : par guérison, c'est rare; par convei-sion en uno autre maladie, c'est assez rare aussi; par la mon, ceci e,^t plus fiéqueat.
Lejcune ne respirait plus; il ne put qu(i dire:
— Assez, monsieur de Fuurneuf ! assez!
— J ai fini; il ne mo reste ])lus qu a vous citer sommairement les diverses variétés de riclèro : ce sont l'ictère par abcès dans le foie, ictère accideiUel, ictère par afleclion de IMme, ietère apyrectique, ictère aranéique. caiculeux, iclère par chute ou c^mtusion, ictère par colère, ictère critique, iclère par douleur, iclère par émotion de l'àme, ictère eniphractique, ictère épidémiquo, féi)rilo, tiévreux, gastrique, gravidique» hépatique, idiopathi(|ue, indien, inflammaloire, intermittent, par métasUse, par morsure d'animaux, noir, pléi borique, par polycholie, rabicuz, rachialgique, symptomatique, typhoïde, vénéneux, vermineux, vipédqœ.
Lejeune laissa tomber sa tète sur sa poitrine; cette nomenclatoiQ Tarait achevé.
Alors, d'un ton hypocrite, lo baron se prit à lui dire :
— Mais pourquoi vous chagriner si fort d'une maladie, très grave à U vérité, mortelle souvent, niais de laquelle cnlin vous nï'les pas encore mort. Dieu merci? Vous n'éies pas encore tout h fait jaune; ai, pourtant, vous letes beaucoup. 11 s'écoulera encore plus d'un mois avant que vos <ients et vos yeux ne soient cachés sous cette fâcheuse nuance. Donnez-
IB WéDECW DU λECQ. 83
. ^i donc dh bon temps pendant un lunis. Qoi est sflr d'un mois dans co nondeT'Wmi wm moiisienr Lrjptine, jp vous ai causé qîiclqiie peine, nmis ittfalÉitT^I pas mieux rous nTeriir du dung<?r dont vons ôles menacé, ani Totre «cîHenr anii, qiie de vons bisser onvtfUir tout h coup par un ■ imfl ijm ne peut que s'aggraver par la né^çligencet Au surplus, ne vous en tenez pas à ma simple opinion, consultez M. llourdon ot agissez selon ses conseils. Justement le voici qui se rond a son poulailler.
Lejeune ne releva pas la l^'le.
En effet, M. llourdon était d-^scondu au jardin pour visiter comme do coutume son intéressant poulailUr.
— - Monsieur Hourdon ! monsieur llourdon ! lui cria de Fourneuf , un «xit, sll TOUS plait.
Hourdon s'approcha.
— Dites-nous, monsieur llourdon, la maladie <le monsicnr Lejoune,' cdle dont il est menace.
— Monsieur le iKimn, je vmis dirai d'abord la vôfre. Si vons ne montez pas dais votre chambre, où j'irai vous trouver dans une demi-heure pour vous saigner, vous aurez un lé^er coup de sang aujoui-d'hui.
— Je suis donc rouge? s'informa de Fourncuf avec effroi.
•^ 9uis-jo jaunp, moi, monsieur Hourdon? interrompit Lcjenne, qui so Toynit si bien vengé du baron par lo vieil llourdon.
— Avez-vous j^ïmais été d'une autre couleur, p«)nT me demander si vous êtes jaune? (Juant a vous, mon^i'nir de Fourneuf , encore une fois, suivez mon avis ; i\lircz-vous dans votre appartement, loin do toute chaloftir irritnnie.
Le conseil était d?jh suivi on partie : de Fourncuf gagnait précipitamment la porte du r<'»fecloire , et tout en marchant il dénouait sa cravate, déboutonnait sa redingote , son gi!et , ei se mettait presque nu , do peur de voir so vérifier aviint la s:n;:néo la falale menace de M. Hourdon.
— El moi, monsieur 11 mnlon , ai-jrr la jaunis-e? vi ma jaunisse eslclle emphrae tique ou rachialgiquo, v^rmineusc ou vipérique?
— Elle est do nais<anie, vien.v fui . dit tout bas Hourdon en gagnant Foliée du jardin. Ne dirait-on i^as «;ue les coings peuvent avoir la couleur pourprée des cerises î — FI que faites- vous donc là, monsieur Champeaux? Je passais sans vous voir.
— Je prends ma part d'une belle matinée. Et vous, on ne le demande pas, vnus vous rendez au cher pouIaill;T.
— On m'a envoyé d'Alger une avoine parlicalicre dont je veux faire rcssaisor mes poùlos.
— Ahf vous avez aussi des cnmais^ances h Alger! Au fait, n'en avezvof» pas aux quali-e coins du monde?
— (]c grain m'a él<j expédié par un ami d'enfance qui s'occupe beaucoup de jardinage. Il est sinj;aliîT, monsieur Champeaux, dit Hourdon en routant son ovoipe d'unie main dans l'autre, que ks hommes de quelque valeur, quand ils deviennent vieux , s'adonnent presque tous h des travaux vulgaires! Le jardinage surt<nit 11*5 attiiv.Nons étions, je me souviens, quatre camarades du nir-mo pays à l'iToîe de médecine lorsque j*y suivais mes premiers cours. Trois ont ôcctipé des positions éniinentL^s, et juslilié(?5 par feur profond siviùr. Je n'ai pas besoin de vous dire que je ne suis pas pn des trois; mais, moi quaîn;'me, nous avons tous, à la fin de notro catriène, abandonné le monde, les honneurs, la science même, pour nous livrer à des goûts doat la trivialité étonne , quelque naturels qu'on les «Use. L*un , médecin do Louis XVHl au retour de 1 émigration , passo ses
ftlr^ées à créer dans des caves de nouvelles espèces do champignons ; ulre, pendant huit ans premier chirurgien du roi de Suède, est retiré près de Paris, dans nue ferme, où il croise des races de bestiaux; lo troisième écrit en ce moment un traité sur les p^lturages; et moi, le plus obscur des qfnatre, jo mo suis fait nourrisseur de poules. Et )*estime que
84 U MiDIGOl DO noQ«
11008 sommes heureux comme nous ne raroos jamde Mon flocoès de notre [n:ofès8ion et des plaisîn de k jeneite. Afii Champeaux; mes poules m*atteiiaeiit, ie toos quitte ; à inow» ^i ne soyez curieux d'assister à Tessai de mon noavean nain. -^ ' c'est superbel cela sonne comme du bléf Sironn'apasdebelka v arec cela» il iàut y renoncer.
— Je TOUS accompagnerai, monsieur Hourdon.
Champeaux sauta en bas de la barrière et marcha dans ràDJehcOlé de M. Hourdon.
— Qui no connaissez-TOUS pas 1 je le répète.
— Distinguons, mon cher monsieur Champeaux. ie Tîeillk, m/L Tod meurt autour de moi. Si j'ai beaucoup connu ceux qui s'en Tcal, ii ■» connais guère ceux qui arrirent.
— De combien d'aventures piouantes n'avez-Toos pas la tfile menUie I
Votre mémoire est un vrai sérail, composé des iemmes de toua les MfS. — Un vrai sérail, mais un vieux sérail, monsieur Champeaux. Neiî^ veillez pas mes souvenirs de médecin et ceux de mes quekmes bOHNi fortunes. Oui, j'ai connu d'adorables femmes* dit le vieil HondoB m humant l'air comme un taureau qui croit revoir en rêve |a plaiiie etia génisse ; je l'avoue, j'ai profité de la profession autant que je rai po, ta ai épuiM les bénéfices; aucune occasion d'assouvir mes soûts ne nw échappée par ma foute. Comme j'ai fureté dans les alcôvesTrea ai eodi tous les fruits, et les verts et les mûrs. D'abord, avec moi, une Umm était toujours gravement malade : vite le lit, le petit jour, et personM
- -—- pttdi
des facilités à tuer un saint! Saint Antoine a résisté, mais saint n'était pas médecin. Moi , médecin en Espagne, où l'on est si jakNix , en Italie , pays de ruse, on Turquie, où Ton vous empale si vous regardez une femme môme de loin , en bien ! moi je n*ai (Mis eu une seule fois l'émotion d*un danger.
Un jour, monsieur Champeaux, jo vous dirai comment sont faites les Turques , les belles Turques ; vous serez étonné de leurs caprices. Non , vous ne soupçonnez pas jusqu'où vont leurs passions. Les Grecques cependant valent mieux sous certains rapports. J*étais le mÀlecm de la femme du consul danois dans rArchipel. Mon ami, quelle femme! pure race grecque; pas de la chair, mais du marbre et des roses |)étris dans du lait f On les mangerait ces femmes-là. Ma Grecque avait quinze ans. Elle tombe malade h sa maison de compagne de Tcnédos : on m'appelle. Le consul, son mari, était à Smymc.— Monsieur Champeaux, encore une fois, allons faire manger les poules et no me parlez plus de cela.
— Parlons de cela au contraire. Le passé d'une existence aussi étofiéd que la vôtre n*est jamais pénible à rappeler , monsieur Hourdon. Que je vous envie I On achèterait cher une expérience que vous n'avez acquise qu'au prix du plaisir. Comme vous po^édez à fond la connaissance do notre pauvre humanité! les femmes n'ont pas de mystères pour vous.
— A cet égard, je l'avoue sans fausse modestie, ma science est complète.
— Fort habiles seraient celles qui parviendraient à vous tromper sur leur compte , employassent-elles les ruses les plus cachées I vous voyez sous leur chair comme un astronome dans le ael. Elles n'ont pas plus le privilège do vous cacher leur pudeur menteuse sous une rougeur de commando que leurs désirs ? dus acs paroles réservées.
— Je ne fais pas grand cas, comme vous le dites, monsieur Champeaux, do leurs simagrées do roman, de ce qu'elles appellent la poésie de l'âme; c'est comme si les ananas mettaient de la pudeur à se laisser man^» Ceci m'amuse un peu avant le lever du rideau ; mais, une fois la pièoe commencée, brunes et blondes, jeunes et vieilles, reviennent bien vite à
Ll ViDIGIll DU noQ. 8S
la Imam MAïue, qui ne perd jamais ses droits. Qoand tous les tenez tdte -loarr
à lêta, dsHModei-ieiir alors ce qu'îles entendent fMur toutes ces fadaises éoot les fines, les romans, leurs préjugés, leur confesseur leur ont faussé reiprii i»s Tainçre leurs sens : elles riront de leur crédulité si dles sont neuves, ou de la rôtre si le diable n*a plus rien à leur apprendre. On est allé mettre le bon Dieu et la religion là-dessous I — ttk>nsieur Chansenz, allons voir mes poules.
~ Au lait, vous avez raison , monsieur Bourdon ; il y a des conditions imposées è chaque organisation dans Tunivers; il est ridicule de les nier OQ ds les abolir au nom de la morale. Les animaux ne se gênent guère : flOOUMMMWS autre chose, pour nous conduire autrement f
«—Nous sommes moins que certains animaux , reprit Hourdon, exalté par la matérialisme de Champeaux : avons-nous le regard de Taigle, le triple estonaa du boeuf, Touïe du lièvre, le flair du chien T Nous n*avons que dnf «bécaUessens imparfaits, boiteux, exposés à toutes sortes d*atwinteSy m ihome , à la paralysie , a Tapoplexie; et encore on veut nous les -ter 1 Grâce à mon bon sens , je n ai jamais partagé ces prétendues doctrines spirituelles : j'ai vécu, bi^ vécu ; et, comme je vous Tait dit , xna piDteDsion m'a aidé admirablement.
— D b't a rien que de très juste en cela, reprit Champeaux. Si vous ewBBitf été jaidinier, vous ne vous seriez pas privé de manger les plus Mies mûres de votre verger pour les laisser aux autres.
«— Votre comparaison est parfaite ; mais j'aime mieux les poires aujourdliui, surtout en compote.
—Le souvenir ne gflte rien , dit Champeaux, qui, pour arriver à ses tes, revenait avec acharnement sur le môme sujet; et, quand on a usé de la vie avec tant d'avantages , se rappeler c'est jouir. Que de femmes TOUS avez àid rencontrer dans le monde , auxquelles votre aspect n'a pas été une iubie surprise!
^ Les maris de celles-là étaient toujours les premiers à courir vers moi pour me foire des reproches de ce que je les négligeais : — Monsieur Bourdon, vous ne venez plus nous voir. Faut-il que nous nous rendions BU^es pour être iavorisiés de vos visites ?
—Je suis sûr, s'écria Champeaux en prenant des grains de la main de Bourdon et en les broyant sous la dent pour faire sa cour au vieux nourlisseur de poules, je suis sûr que vous écririez de fameux Mémoires»
•— ie vous eo réponds !
— Qiie da révélations froudroyantes , scandaleuses ! Les jeunes gens s'arracheraient votre livre.
«—Oui! ia crois qu^il aurait de l'intérêt. J'assaisonnerais mon texte de peintures diauito, a la façon de VÀrélin^ d'un peu d'anatomie, do beau- €oap de mots propres , cPexpressions savoureuses , d'épisodes recueilli dans tous les pays, de Unes descriptions de soupers. La table ne gâte nen, elle prépare souverainement. Puis je dirais les femmes que j'ai soignées, les bâles, les huppées, les impératrices. Mon ami, les Françaises sont «les pèches, les Italiennes des tniifes , les Espagnoles du piment, les iUlemandes de la crème. Je vous inviterais à un fameux banquet. Celui de Plaloa est crapuleux. — Fi donc ! — Mon livre est à faire : un médecin l'écrira un jour. Mais allons à nos poules qui attendent. Vous verrez oomma c'est gras I
•—Do vous à moi , dit Champeaux , qui s'arrêta au milieu de l'allée comme pour empêcher M. Hourdon de passer, v a-t-il une femme au monde dont vous puissiez dire en la voyant : — Celle-là est née en Russie et elle a une constitution amoureuse ; celle-ci a du sang oriental dans les ▼eines? — Dans la peau , sous le teint ou pâle ou ardent, dans les gestes TiCs, modérés ou indéds, dans la voix langoureuse ou hardie, dans le si- Irace même vous voyez, je gage, des signes qui vous disent : Cette femma est cetdf et pour l'assié^^r a coup sûr u faut cela.
86 LE MéKGM MT MM.
— n y a du Tiai , monsiaur OtânipeaaK , dana Toirê < . dent toute science a ses limiies : il existe dos femmes bum taiaclèiey fl en est môme de froides, de dures, qui briscot le scaipel.
— Sans doute, sans doute; mats, cette eiception admise^ l^feimectt pour Toufl, monsieur Uoucdon, nn livre ouvert. Si Toft vous denendailY par exemfîe, de quel pays est mademoiselle Laure de Touraibe, quel eit son caractère, quels sont ses goûts, vous répondriez, j'en soiseoaf tout de suite et sans conimettre d'erreurs.
— Tiens, tiens l rumina le vieil Honrdon en lui-même, il ' venir là I II a pris un assez long détour, trop long. Voyons ce qui tk s
— Sans erreurs , sans erreurs... O'ia parait présomptueux, dm Chompeaux. Youlez-vous un peu m*aider à soulever la barrière peurfi» nous entrions dans lo poulailler.
— Avec plaisir, monsieur Honrdon.
La corvée était assez rude à remplir, et le vieil HuTdmi ne rfgHHiii pas. C'était bien le plus infect séjour qu*on pût imaginer^ ^[w ce pev* tailler vaseux où voltigeaient des cosses de grains , des pailles à Mm tousser une statue, des nuées de plumes qui s'attachaient aux chevens, à la barbe et aux habits. Champeaux était déjà horriblement mal à TaîM»
-—Croyez-vous que mademonelle de Touralbe soit Anglaise?
*> Cette poule est de Barbarie; elle m'a été dennéo par le cuisiBier iB dey d*Alger. Coniment la trouvez-voas?
— Fort bien... Uademoisello de Touralbe est peut-^tre Italiemie, n^ttl-' ce pas?
^ Je ne le pense pas. Tâchez, je vous prie, do m- attraper ob eoq. C'tsi lo présent d*un député.
— L'attraper n'est pas facile , monsieur Bourdon ; eepcndant fessais rai.*« Mais, pour revenir à notre propos, vous pensez que madeinoîaelto do Touralbe n'est ni Italienne ni Anglaise? Quel maudit cckj! griffe^ill..^ Mais je ne parviendrai jamais à Tempoigner. Boni il me mord maiatenaiitl
— Je pense, répondit Hourdon, que ce coq ne voudra peut-êtve pas'd» mon gnim. Le tenoz-vous bien au moins?
— Vieux scélérat , avec son cx)q I murmnrait Champeaux ; on dirait qu'il s'obstine h ne pas mo répondre. Quel beau coq ! il est superbe, moftsieur Hourdon, il est magnifique en effet... Cependant, selon vous, niad»moiselle de Touralbe n'est pas née en France?
Quand Hourdon eut lu sur le visage de Champeaux lexaspération Im plus complète, il lai dit , car il n'était pas méchant à la manière é» Four neuf :
— Si je ne me trompe, mademoiselle de Touralbe est de Paria o« ê» environs : il y a quelque chose d'aqueux sous sa Iraichcur ; c'est l&l de notre latitude humide.
— Ainsi, dit Champeaux, doublement heureux de cette première ki cation, qu'il avait assez attendue, et do s'être débarrassé do son coq, viuis la jugez froide.
— Je n'ai pas dit un mot do cela. D'ailleurs, vous ne tenez pas beimcoup, je présume, h être éclairé sur ce point.
— Histoire de causer, monsieur Hourdon. J'étais curieux de fhuinîr h votre perspicacité, que j'admire, une occasion naturelle de s'exercer.
— C'est une belle créature, reprit Hourdon en sortant du poulaillef, k la grande satisfaction de Champeaux : l'œil bien fendu, la taille flexiblB^ la peitrine charnue. Je vous fais compliment de votre goût.
-*Je n'ai pas dit qu'elle fiH de mon goût, se reprit vivement ChaflH^ peaux, étonne de la promptitude avec laquelle il était deviné* Il est jwk que je la trouve fort belle.
— Elle est jeune, monsieur Champeaux; ajoutez cela. — Oui, assez jeune. On commence toujours par là»
— Dix-huit ans.
LE VÉDECm DU VÈOQ. 87.
^-*FBârraiilage. Mais...
•^Ite» fioi? 6*iiiforiDa Cbampcaux, eDlevant la parole aux lèmres de HowdOD»
^^WêSb le la crois moins senUmeDtalo qu*eUo aHccte do le fxiraltre» Ceift ^rovitonae.
«^ Db iMrt : je vous écïoate avec attontion.
«*-Bt pOQl-éire au99i moins malado qu'elle no le dit.
-»9flnl inlérêl aurait-elle k nous (roniper?
^^i&Vigobve. Après tout, cela nous importe peu h éclaircir, n'est-ce pas?
«^ilB0 pvéTiskms se vérifient, pensa (Ihanipeaux. Lo vieux sorcier no w^ pas beaveoop appris, mais il m'a beaucoup confirme. — Eh bien, ditil, ^sss «Virez inspiré le goût d*élovcr des vobtiks; si jamais )e m'étabUB'flérteHsnent, f aurai une basse-cour.
— Demaio je vous attendrai, monsieur Cliampeaux, pour peu que vous ûÙÊMÊÏm OHMS assister au dëjedner de nos poules.;
-—le flTy ttanquprai pas, monsieur Houroon.
— <M] ^Hess : il te reste encore à savoir.
êxàféB h la porte du réfecloire , les deux pensionnaires se quittèrent» ApfèB avoir retourné ses poches pour en chasser les grains d*avoine qui 7 écrient restés, Hourdon monla dans son appartement. Champeaux re- Tint sur ses pas et reprit sa promenade dans les allées du jadin ; ce ne fut paa poiir adoiirer le ooq de M. Hourdon. 11 roula une pincée de tabac dans ao Mpier espagnol et se mit de nomoan à f«Dier.
«* Je neooàais de ce qu^il m*a appris, murmura Champeaux depuis lafremièra jusqu'à la dernière goules de tabac. Bientôt il faudra agir» BianM.
IflB iames ^pensionnaires il en est toujours qnelques oaes < la awUresnci de la maison se plaît k distinguer. Celles-là ont la cbam la wâm, etpe^ , quek[ues fauteuils refusés à la parcimonie des mitres pièM», VM tenCafe de ht plus frakhe, et à table les places d^honneur, c*gil ^ dire las places où les mets arrivent en moins de temps pendanl la dJUiftwthiu. L*â^ n'est pas toujours l'unique cause de ces favems r UM hagm résideBce dans rétablissement , un commerce aimable , des UdeiM pirticiifiers, surtottt le talent de se faire bien venir de la direc* trios t j donnent des droits. Ces droits sont beaux, oo les jakmse; eevs qwà i^es jouissent pas les discutent, les nient. Des coalitions, des menées obcures , des propos sans fin , mais non sans aigreur ; des bondarietopiniitres, et inme des ruptures , ont lieu souvent pour une tasaadt eidé sucrée avec une prodigalité révoltante aux dépens de la gJÊÊàniM des tasses , ponr une chau^'retto que le cuisinier a labaé MMrés iraise avec «re partiahté visible. Une maison de santé est an eMyofilîqse ; ceux qui n ont rien se disent les meilleurs et conspireaS ji^in ne qa'ib aient et que Ton conspire contre eux. Dans le ifiamâ il T^JÊ k fortt , dans une maison le monde.
le Pingray justifiait par plus d'un titre les complaisances doaS ; F^et de la jpart de madame Dalaonne qu'elle avait précédée M dans la aiaison. EMe ajoatait au mérite de oe long séjour non iiilinoBipu des qni^iléB personnelies difficiles à roéconaatlre. Blte poesé^ dall mm affinité délicate pour chaque nuance de caractère , une lodid* r instinctive pour les défauts et les travers de la sodécé au ooHtact I «Be était obligée d'user les jours qoi lui ceslaiaat à fîvve »
9B Ll HilIBCDI DU noQ.
une sensibilité agrandie par la raison . une mémoire pleine de tm fNTOpres trésors et de ceux qu'y avaient déposés des hommes de tootet ki conditions , parens , amis ou correspondans de son mari , intègre nlSi^ ciant dont les rapports avaient touché à tous les climats; et ces avas* tages natureb et a^éducation se complétaient en elle par une diaoéliaa impénétrable, une heureuse sim^liaté d'opinion en toutes clioiea.Flv une exception qui narattra un bienfait providentiel , die avail m a santé , d^abord facile aux altérations , se cimenter en se ruinani sooi b poids de Tâge. Une foule de maux Tavant éprouvée , aucun mal ne|NNi- Tait plus la surprendre. Sa faiblesse était trop générale pour qa*«i dboe partiel renversât le monument en entier. Elle était comme ces vieu ponts «n briques d*une seule courbe qui s*en sont allés de çè et de là, unes peu à peu. L'arche , quoique rongée , demeure encore ddiwat d*im hmi ie la rivière à l'autre ; et rien ny passant plus , die tient boa ] des sièdes ; sa fragilité fait sa durée.
On n'aimait pas madame Pingray dans la maison de santé ; lee i
gens n'aiment guère : on l'épargnait ; tolérance qui n'exduait pas \
certaine envie. Quand sa porte , qui donnait sur l'escalier, était par liasard ouverte et que le vieux lampas de la portière était jeté sur le côté» les allans et les venans , la mam posée sur la rampe , allongeaient la tête, et détaillaient avec une satisfaction jalouse l'ameublemeiit rdtgieusement entretenu de madame Pingray.
Sa chambre était un bijou de peu de valeur; mais, à force d'amov, de propreté , de soins , de tendresse , elle l'avait presque pénétrée d'iiM intelligence. D'ailleurs tous les meubles de son appartement n'appartenaient pas à la maison; elle en avait en propre qui ne l'avaient jamais cuittée : sur trois matelas, deux étaient à elle; le couvre-pied p«9iié, aun vert fané, à petits carreaux, enfermant dans une mosaïque patiente une immense renoncule , lui avait été donné en présent par son mari le lendemain des noces , comme c'était d'usage alors ; la pendule en bronze lui venait de son frère , ancien syndic des horlogers à Lyon , ouvrage lourd, mais franc : elle représentait un berger énorme, endormi sur le cercle du cadran. Do la base do la pendule un amour souriant, mais gras comme un enfant lyonnais , lançait une flèche dans le cœur du berger. Cela voulait dire que, lorsque rheuie d'aimer est arrivée, on a beau dormir , l'amour vous frappe. Dans le temps, ce modèle de pendule avait fait fureur h Lyon. Madame Pingray tenait à ce meuble, du reste assez gothique pour marquer régulièrement les heures, et ne jamais se déranger , parce qu'elle aimait à se souvenir que , lorsque son mari voulait la surprendre par guelquo cadeau de nouvelle année ou de bonne fête , il employait toujours l'ofûce du berger. Il plaçait les billets de banque sous le bras du berger , enlaçait autour de son cou les chaînes d'or dont raffolaient les jeunes demoiselles de Lyon avant la grande révolution.
La commode était aussi a madame Pingray. Quoiqu'elle en eût hérité d'un de ses ondes de Coudrieux , elle avait beaucoup de raisons pour croire qu'elle l'avait payée dix fois sa valeur, tant lo roulage l'avait promenée de ville en ville jusqu'à Saint-Germain-en-Laye , où elle méritait de trouver le repos. Fin connaisseur eût été celui qui eût dit à queUo espèce de bois elle appartenait : la vieillesse et l'encaustique en avaient fait une espèce de momie parfaitement conserxpe , mais parfaitement indéchiffrable , comme toutes les momies bien conservées. C'était une commode bombée, affectant les formes d'une femme hydropique dont la robe serait semée de petits oiseaux. Le marbre était chargé de ces fétiches sans. prix qu'on aime tant parco qu'ils servent de points de ra|)pei : id le bouquet de fleurs d'oranger; on futjeujie et belle; là un nécessairo en ivoire; l'ivoire a jauni, le cœur le voit toujours blanc et nacré dans la main de celui qui l'offrit : cdui qui Teïrit ne fut pas heureux, on
LE MÉDBCnf DU PIOQ. 9è
ne l'épousa pas. Le mari a respecté ce aoureoir , et il en a été aimé
davantage.
Ainsi, chaque objet de ce |>etit ameublement est une date touchante , une tombe où repose une amitié. Et cette femme si forte, si raisonnable, si préparée aux plus sinistres revers , pleurerait un jour entier si un domestique maladroit écornait sa )àeille commode d'un coup de plumeau. Les domestiques , il est vrai , ne touchent pas à son mobilier : ils balaient, font le gros du ménage et s'en vont; elle seule élève ces meubles et en a soin.
Depuis deux heures tous les pensionnaires étaient retirés dans leurs chambres , cherchant à se précautionner contre un froid assez vif, accompagné d'un vent noir qui appelait à grands cris les lisières aux pOTtes, le feu et les tapis.
Prévoyante comme la fourmi , madame Pingray n'avait pas attendu les foudroyans avertisscmens du thermomètre pour s'armer en guerre contre l'hiver; ses mesures étaient prises.
Assise auprès de sa cheminée à la prussienne , elle préludait sans hâte , avec la conscience de son oeuvre , aux distractions de la soirée. Elle préparait la théière , mêlait le thé noir au thé vert , cassait du sucre , découpait du jambon en tranches transparentes , et versait du lait dans sa cafetière d'argent ; le couteau était posé sur le pain rond.
Pendant ces préparati^ si agréables , madame Pin^ray cnantonnait d'une place à l'autre, visitait son armoire aux fines bouteilles de liqueurs, les bouchait mieux , les rangeait , les tournait du côté de l'étiquette ; elle les faisait belles et régulières comme fait un général pour la revue de ses troupes ; sans préjudice de l'attention qu'elle portait à la poignée de marrons qu'elle avait mis au feu, et qui, de loin en loin, éclataient et rompaient soudainement le silence ouaté de l'appartement. Sa carcel répandait une lumière égale sur cette scène vivante et soUtaire.
Madame Pingray se baissait pour approcher l'eau du foyer, lorsqu'on frappa à la porte.
— Je connais le pèlerin qui vient me demander l'hospitalité. Vite, une pincée de thé de plus , et allons ouvrir.
— Vous êtes un homme charmant , monsieur Âbel ! Cette place pour vous , et celle-iû pour moi.
— Que ce temps m'irrite et m'accable ! dit Abel en s'asseyant dans le fauteuil que lui avait offert madame Pingray ; que je souffre !
— Ne vous étonnez pas , mon ami , de l'action du froid sur les nerfs: chacun ressent ces premiers effets de la mauvaise saison. En quelques jours l'épreuve est faite. Je vous trouve meilleur visage.
— Cela ne vas pas mieux cependant ; je dors à peine.
— Encore un résultat du froid. Dans deux mois nous serons en mars , et mars est souvent beau : les jours sont plus longs , les lilas boutonnent. Us seront magnifiques ce printemps.
— Qu'il est encore loin ! Au fond , je ne sais pourquoi je le désirerais avec impatience : il m'obsède par Texcès de vitalité qu'il m'apporte. Oui, il me trouble, il m'enivre; j'ai quitté l'Espagne à cause de son printemps; l'air s'y embrase et la terre se couvre de fleurs dès les premiers jours d'avril, il faut avoir alors l'énergie de renaître ou la résolution de mourir.
— Comme nous ne connaissons pas à Saint-Germain des printemps aussi dangereusement beaux , vous en serez quitte pour mieux vous porter après quelques promenades jusqu'au Buisson-Richard , d'où vous reviendrez avec des violettes. Je retiens votre premier bouquet. Bergjeronnette m'en apportait aatiefois pour garnir les pots de ma cheminée; mais d'année en année elle me néglige. A propos, je crains que la pauvre enfant ne soit malado : voilà trois jours qu'eue n'est venue à la maison.