‹ Œuvres. Le notaire de Chantilly. Le médecin du Pecq. Le dragon rougeChapitre 17 sur 21 · LB · texte numérisé non relu

LB

^ Oepafe Ms jMif», 4lite»^msf et penane ne me l^ spprii < dant!

— 'Ceit qjEÇm ne ¥DM pitoil p» un gnnd inlétét à ooimittie wm événement si léger.

*- Cest rm , rtpooiit AM. Il y a d'tîllevTs tant d'autres noaveQBi importantes que j*ignoie, que j'ai bien po ne pas être tenu an ceoranid» celte^ia*

Croyant mn sorpris dans la réflexion d*Abel quelqœ dureté paar Bergeronnette-ci ng-heures, madame Pingray se tourna vers lui et lui ditr

*- Vous seriez âché, j'en suis sûre, que noiro chère enfant fût malaie, surtout an commencement de Thiver, quand les pan\Tes gens ont taoni de toutes leurs forces pour suffire à leur existence. Bergeronnette sootieHt son marais sujet de père, un vaurien ; sans elle il y a long-temps que 1» vaches seraient mortes. Perdre sa mère si ieune! et la remplacer nèa d'un homme qui n'est bon qu'à braconner 1 il Texccde de travaux. La fatigue Taura mise au lit.

— Elle est pourtant d'une gatlé intarrissaUe, reprit Abel, qni dermt tout h coup plus distrait et moins soucieux. Nous Tavons vue, le docteur et moi, l'autre jour, an milieu de ses occopatioDS : elle faisait tout en riant et sans peine. 11 est vrai qu'elle paraissait Inute )oveu<;e do notre présence, particuiih^roent de odle du docteur et de Tabbé Vincent. Vous la croyes donc maladeT

— Songez, mon dier Abel, qu'il y a loin de Fromainville au Pccq, et que Bergeronnette, soit par le froid, soit par la neige, fait chaque jour la couiBC. La jeunesse se croit de fer. A son âge on néglige une petite indisposition, qni, parce qu'elle eat négligée, devient une maladie. A la cantpagne on n'a pas tont de suite un médecin à sa portée ; la dépense effraie: on croit encore dans les villages que les médicamens so vendent an poids do l'or. Ce n'est enfin que lorsque le mal s'est aggravé de ces lésineries et de c«s préjugés qu'on se résigne à recourir aux soins do méde» cin, appelé trop tard. Cest pour avoir trop allondu que la mère de Bergeronnette^inq-heures no revint pas d'une mabdic peu grave, à ce que nous dit dans le temps M. ùilvcyrac.

— S'il était ici, reprit Abel, je le prierais d'aller s'assurer à Frorooiaville de l'état dans lequel vous présumez que so trouve Bergeronnette ; mais le docteur est a Versailles pour une consuUaiion, et Ton ignore l'époque de son retour. Ne serait-il pas important cependant qu*un médecin vit si la maladie de la jeune fllle do Bergerin exige de prompts secours? Si je parlais à M. llourdon?

— Vous savez combien il est difflcilo de Tarrachcr à sa paresse ; d*ailleurs, il a renoncé depuis long- temps à exercer.

— Si fc remmenais avec moi h Fromainville dans ma voiture ?

— n imaginerait quelque mauvaise raison pour refuser de vous suivre.

— En lui payant largement sa peine, six louis pour sa visite ?

— Il ne voulut pas faire une opération de chirurgie l'an passé pour dfct mille francs.

— Il est donc bien riche?

— Lui! il a tout juste de quoi payer sa pension et la nourriture de ses poules.

— ïl ne reste alors qu'un moyen ponr le décider à m'accompagner k Fromainville, c'est de m'adresser à son humanité.

— Que vous connaissez peu le caractère de M. Hourdon! Ponr qu'il TOUS comprit, pour que son humanité vous entendit, il faudrait admettra qu'il a confiance en la médecine ; mais il n'y croit pas ; il la nie comme il nie tout, excepté pourtant la bonne chère, la paresse et le plaisir de tenir des propos licencieux. Quand M. Calf eyrac assure que M. Hoindo» est an des phis savans médecins qui aient jamais paru, je suis confondue»

-^ Puisque en est ahisi, j'irai cherdierdans quelque village voisin d»

tE

ans enscraWc

biêeirôn il

Lit

t0iU6ft

H lom

ï i rj , M iï i s j 'ottb lk\ s' if 1 1 çrm m f " **'► pat

. a im M. t ji iviîy rac m *a d eh*f i ! t îi|ç ntr

^tl}sencB, Les kiB^un cnm^i ^n^ lui mti

% c est sa v«éBaSo.Ke ra'a«i-z*vou9 pas éil

I audocteurt

ni'âfvoir écoaiér, tioa irml t

dit ÀJ^i ; f I jo fWif icantrefe 4u fond ^^

que j'ai suivi a?ec une obcissanro flii»!

! quel homUTî!! Lui ne dctiiÂHid^niit i

urir :m lii û*un in-ilade, oh! n(>nl Vous p«ï m\i^

liU'^ imuteTiii-^ t-t biitnîifS, ttirtâ» ii lÉMUtMëisat il i-^t aoue, ifoaiiÂ

le l'avez îjrduiue eomiïic ud î»âaviilCi;iliÉft|)«rf[iiellefmii ineoiH

Il pas9( s do u^ib iwmjm^ pmtf ffrmor à ecs Iwiiigarj tofilBeA d^

det-imvnmt nns mUrmué^ dans kra ptos sKjitibf» frofmdtnrs? qui

' M< ^ vm^«d loir «lèare? mats ce b'«sL p«»

I «fi , r€<reiiîfy née avec li risi-

. Li-t^ec lêiQiiicS'T wiêêa M» Houi^

!k , cpif* lo <taMir Qitftme, ft fous

ir^, OiiGi qu^tl en iDit, f tkn» le lîoiv

itiitf un fâyotifl me lond biHNsr* Vtiand

k réduii h rif*t]^ il pM'iit et je li fiigarda»

a la Vie. Iiiiâuilfs il aoniit, : iiçcuue ÙÈ5 hiàtaiJBS qui m'atliclitiit. Votts^

iiHj l'iTigray» do mo ravoir donné pourami! Vottâ la uf I amii w eonnAtaicai-vous Umi enik rt (iTtiiinna

« théiore. CnMi ir

,r. ,j. T jM^it^^i. U no me l\i pii^

^ èooied iiénibieai' Il se méfie du b

imiirnnriti^l il n'est pus cooTaiaciidel*«|[i^<]ttr(Ni M

:] âYoafft m|»fal4taii Biaimii liiu qmtm^

I Jui uat 8ateâo& iDicèfm. iJÉf iwrtDiit r«nii-

yalxomiût avoir besoin û'ntm scmlliÉli confimaiiai î

tim ptisé(oiinéo comoie moi, madame Pin^jfT

^ JIM se pBt |M naMfnr^ ft«ii)i to PvRgnft a^tipeê k tcniitra l'ci— pila lu §m* h ÂM :

lia iMlieun esfiiiis onE Teur c^té hiblt^^ leur

:^*îlfacit f#iiiall»dtieJevii}fViie9¥iedixt0iir«|ÎKé

ni les toolit'^ linâl^ de la mÊkmm : pii^ij ■ftfMi «fptt-

^ ka aMiiiaftwiana dent i mm ^ f -^ ^-^ conlhSfiiicef

idiwi p»iia iMÉiéif «it r*^ H^'^ ^ >^-

'TT afan, av ftei avffeiU» am^ i^ t'>*s. el U peur

ira whmM ^ue la caotdqfBia nalanlle du i>rix

^««^ «»ai3ii dâ Bien aviit Avait di ne répoo-

7fw faaed si c^np n'ksufû Jk 1^ porl^p s d«t r«^ d«iinf*sl ÎJi liitné«d« llié et r< ' I H.H>s. Un Tid Im évLi» jafBsiaqmad on coiinai^ filÉai font unt dévorer; adian noiio puutra

il oa M pia iaii Iuq è la porta

Ptrip

tetia

duriîiiiiia

fSS

de tciiit

n LB wtDBCOC DO VtOO. '

— QoB c'est aimable à tous de nous aorpreodiel Vous voyei : cMoi l6Ce-à-4éte amoureux, une partie fine.

— El comment étes-vous ce soir? demanda madame DaliooM è Ahel en lui louchant la main à la manière anglaise, dégante familiarité fie im bourgeois de France ne comprendront jamais.

— Mieux, si tous le roulez.

— Cest poli! Gardez, je tous prie, ces excellentes disposîtioiit; fen aurai besoin. Celle tasse de thé est-dle pour moi?

— GertainemenL

— Votre thé est trop fort, monsieur Âbel; versez-y beauoonp de lilC* Devinez pourquoi je viens.

— Soyez assez oonne pour nous rapprendre tout de suite.

— Ahl c*est ainsi que vous devinez, Âbel I Eh bien , apprenez qo^Bi

jeune et jolie demoiselle , tout à coup éprise d'un beau zèle réligieinC| a résolu d'assister demain à une solennité qui aura lieu au ooavent dea Loges. Elle m'a fait part de son projet, que je n'ai pas osé combattre^ ds peur de lui inspirer une mauvaise opinion de ma piété ; mais j'ai refoaé de l'accompagner, n'éprouvant pas au même degré qu'elle le désir d*é'

ma foi au profit de l'occasion. Elle ne peut cependant se rendre seule « €Ouvent des Loges ; j'ai pensé à vous, je vous ai proposé. RemeicieHiioi; elle voua accepte pour son compagnon de voyage en terre sainte. Voos partirez demain , après le déjeuner , dans voire voiture bien formée, car )e crois qfxe l'air sera vif; et vous me rapporterez en détail les ditosatances pieuses de la fête : les sermons , s^il y en a ; les toilettes, et il y en aura beaucoup, et l'édification de mademoiselle de Touralbe. N'aBez rien oublier ; ne vous égarez pas surtout, comme à votre dernière eiGorâon avec le docteur.

— J'aurais désiré, répondit Abel, qu'avant de me proposer à madeiiioà> selle de Touralbe vous m'eussiez averti ; j'aurais vu... je me serais consulté...

— Et vous auriez refusé T

— Pas absolument ; mais l'imprévu même le plus agréable dérange quelquefois nos calculs.

— Cet imprévu est si simple I conduire rien qu'à deux lieues de Saint- Germain une jeune personne dont Tamabilité abrégera encore la distance! Vous aviez peut-être projeté d'employer autrement votre journée?

— Non.

— Alors accordez-m'en le sacrifice sans mauvaise grûce. Je vous ai déjà bien prié, Abel, j'ai compromis la dignité de mademoiselle de Touralbe, à qui je ne rapporterai pas les difficultés de ma mission : je craindrais que la reussilc, si péniblement obtenue, ne la mécontentât autant qu'un refus.

— 11 y a des momens, madame, ai-je besoin de vous l'apprendre? où le devoir le plus doux pèse à remplir. Mais si je suis dans une affliffeante disposition ce soir parce que je fais partager à mes facultés morales rabattement dont tout mon corps et accablé, demain , à l'heure d'exécuter le projet auquel vous désirez que je participe, je serai, je Tespcre, beaucoup mieux préparé à son accomplissement ; ayez donc de Tindulgence jusqu'à demam. Au surplus, acheva Abel, je n'ai pas refusé d'accompagner au couvent des Loges mademoiselle do Touralbe.

Dans la voix d'Abel , dans le jeu de ses muscles , dans l'inquiétude de ses mouvemcns, dans le petit frémissement de ses mains qu'il ouvrait et fermait comme lorsqu'on a chaud, il y avait aux yeux de madame Dalzonne et de madame Pingray, instruites l'une autant que Tautre des habitudes de cette existence fragile, les symptômes d'un accès nerveux dont la gravité dépendait de la plus faible circonstance, d'un coup de sonnette trop vif, d'un froissement ae satin , et surtout d'une contrariété peu ménagée. C'est ce que comprirent madame Dalzonne et madame Pingray sans même échanger un seul coup d'œil d'intelligence. Madame Dalzonne

u YÊDKcm nr rzoo.

Ifinta de changer le sujet de la oonTersatioo, près de s'aiguiser en aïïiisîoîis tranchanles ; madame Fingrayf plus prudente^ essaya au coDtraïre de la continuer d'une manière pactiique, préférant ïa lounier que de la rompre avec une affectian dangereuse.

— PooT vous mettre d'acoord, dit^eUe, si toutefois tous avez cessé de l'être, M A bel n'avait qu^un mol à dire, un simple mot, et le voici • Dans un ÈHit dont il ne faut pas mettre eu doute la néc^sité , le docteur a recommandé k M. A bel de ne pas se promener sans lui dans la fort^l do SaJnt-O^rmain* Comme M* Calveyrac est absent, son fidèle mnlado n*osa prendre sur lui de transgresser l'ordonnance en cx>nduisant modem oiscllo dé TourallM) au couvent des Loges, Je crois avoir deviné ta cause de ses hésitations si bien fondées, et je serais la demièro à les blâmer*

— » Et moi je suis ta première h les approuver^ ajouta madame Daizonnef quoi^'il me fût facile de prendre tout entière la responsabilité de la violationi sÛiTe d'avance du pardon de notre eicellent docteur. J'ai ïa clé de sa sév^té, qui ne repousse pas tout commcnfairo raisonnable* Quand il vous défend mon cher Abel, de vous éloigner de Saint-Germain sans lui, c*est m*il ne veut pas que vous vous trouviez seul dans la foré t , où une fai-^ £l6sse peut survenir ; mais il ne prétend que cela. Ayez un compagnon , çt rinionction, si je ne me trorajw, change do caractère* 0^^ signilierailri' nt T quel danger cou rez- vous plus particulièrement dans la forêt

q y : S* il a insist é sur la foré t de Sa m t-Ger m a in , c'est q ue d 'ordinaire

TOUS ne diriges pas votre promenade du dM du Vesinet ou de Mareil, Atn^i son ordonnance n'interdit pas la forêt de Saint-Germain ^ mais ia promenade tout seuL Le docteur est trop précis dans sa volonté, trop fieureui de 0atter le goÙt des pensionnaires, pour avoir exclu de la série àe vgê distractions celle h laquelle vous tenez h plus. Cependant, quand finraii raison sur tous les points, mon cher monsieur Abel, j'abnodonn&* rais vo! "•■ '^ "-^t avantage pour n'obtenir votre consentement que de votre graciri : ne p^irlous plus de cela* Si vous êtes en bonne santé ,

ce doii4 i. i, .' iiin<i juges^ madame Pingray et moi, vous irez, votre asrément c/>nsulté, aux Lngr^5 avec mademoiselle de Touratble^ sinon, ^est moi qii! f^r. niirai -, i(îr(> place auprès d'elle-

— 'j ■ oemain t soyez convaincue du plaisir que j^atiraî toujour quand mes forces me le permettront*

Ces brvves paroles furent les seules qu'Abel rencontra ttour répondre h ceîle^ï qtîf' îîiaaamo Dalzonne avait dites avec une lK>nté cnannante , et le S' ■ ' vres, quoiqu'on les prononçant oUe ressentît h b fois une

d' l une Contran Ole poiçnaoïe* parco qu'elle n'avait peut-

étr^' y 'is motif à mademoiselle de Touratbe ne la faire accompa*

fntTj'

li 1.1 1 er h ce terrain difOcile. laissant Altej à lui*même, wa-

dteme î adressa h madame Pingraj :

— Sjv /-vtm.^ la grande nouvelle, madame PingrayT

— Laquelleî

— Mais, Rvant tout , félicitons- nous de n'avoir pas pris d'actions dans AhéfitnntM*

— C'était pourtant une magnifique opération ; j'en relisais encore le |7ro$q>ertus hier,

— Pas s t magnifique ; et c'est 1^ m a îïnsnde nrnjv^^il^'. 11 f-LiIf ofr'f^' mr leiientre|ifMnears que ces voitu"

Tant îa ligne des boulcrarts, Ir-i; . '^

geitrs*

— Cestce qu'annonce a nssî le prospect us.

-^ Lf» prospectus, njadanio Pmgray, n'avait oublié qu'une cHnset le pré» Cet de police/ Il ne permet plus ouï Algérimnes^ en aerivilé depuis uii comme tous ne Tignore/ pas, do pr*?ndre de> loyag^^urs siïr leur u*Oùi lo droit de les transporter que de la pncmiêre station k

la deuxième^ coodilion qui los assimile aux diligeoccs du dernier ordre. Les actions sont tombées de quatro-YÎDgtspouc cent en trois joois»

— J*ai couru une fameuse chance t

— Et moi I

— £t moi , reprit madame Pinscay ^ qui avals déih écrit pour dégager des fonds conGés, au six et demi, a un notaire de Melon ; j abandonnais le dernier trimestre d*intérûts pour les ravoir. Il sera rcmemé d avoir négligé ma demande. Et que pensez-vous d*un placement dans les bateaux h vapeur?

— Je pense qu*il faut s*abstenir. Ils nq)portent à peine trois : et les frais de réparation menacent à chaque instant de faire descendre rinlMl encore plus bas.

— Et dans les canaux ? On en construit deux dans lo Midi.

— Madame Pingray, prenez phil6t votre argent et jetez-lc dansLi Sem.

— Et los actions de journaux? on en fonde beaucoup.

— Je vous conseillerais de dunncr la préférence aux canaux.

— Mais où pbcer?

^ Dans son secrétairo , madame Pingray , jusqu'à ce que los allalrcs aient pris une autre tournure. Du reste , M. Giampoaux un Va. conseillé, et personno n*est plus au courant des afïaircs que lui ; c*esi un oracle : ses opinions politiques lo rapprochent de M. Laffittc, lo flambeau do la banque.

Quelque intercH que madame Pingray et madame Dabconne apportass^t h cette conversation , sur laquelle elles revenaient avec chaleur, Tune ei Taulro lancées dans la loterie des actions, dont le fléau à cette époque n'épargnait personne , elle ne perdaient pas do vue Abel , de plus en plus envahi d*une tristesse épaisse et sombre.

Dus que madame Pingray et madame Dalzonnc curent achové do parler, Aboi, qui était resté suspendu à leurs voix œmnu; à un dernier 111, revint sur lui-même, et une prompte diversion eut lieu.

Il se leva, posa sa main flagtîolante sur lo niarlirc de la cheminée, et, après avoir laissé échapper sa respiration griid?, il dit:

— Ju souffre, je souffre beaucoup I mou corps s:.^ dôloixl cl se crispo ! Voyez comiiKî jo troniMc î Mon cœur saulo dans ma î.oilriii?, mi> ciicveùx sont trempés; j'ai besoin de pleurer, d-s larnios u!:* immient aux yeux. Que se pas?e-t-il pros do moi, autour do moi? Je >ui> (>ppros:?é;un air chaud m'enveloppe. Tenez! je suis sûr qu'il m'i;."^ v\\ ce moment.

— Mais non, mon ami, lui répondit madame IXilzonnc» tùul attristée do l'état d'Abel; le temps était clair quand je suis venue; vous vou^ trompez.

— Qu'est-ce donc alors? car je suis malade comme jo ne l'ai pas été depuis quelques jours, l-royez-moi, il neige en et; moineiît.

Pour faire changer de conviction a Alicl, madame Pingray tira les rideaux.

Le jardin était blanc do neige,: Abel ne s'élaitpas trompé : il avait neigé pendant toute la soirée.

Comme tou^ les névralgiques , Abel épmuva un mioux sensible d'S qu'il connut la cause de son accès et qu'il eut la sal:-î:ie;i«in , sans prix pour un malade, de démontrer avec Pautorilé d'une pnijiliéiio inmiédiatoment réalisée que ses douleurs n'étaient pas imagluaiics. 11 était brisé et triomphant.

— Il est temps de nous retirer, dit madame Dnlzor.n^i Abel. Appuyezvous sur monbras: je vous accompagnerai jusqu'à la port'j de votre oj^artement.

— Ola va déjà mieux, dit madame Pingray en éclairant ses bûtes jusqu'à l'autre bout du palier, où était l'appartement d'ALel ; la crise se dissipe.

Quand la porto de la cliambre fut fermée, madame Dalzonne avança deux fauteuils auprès de la cheminée et dit à Ab;i: -^ Maintenant, écoutez-moi, mou ami.

, i£ uiMCi» DU PEcg. 95

Uadame Dalzoïuic quitta bimtAt le faateuil oh elle était assise, glissa SÛU8 elle-môme, et s'accroapit avec une grflce tout erientale aui pieds iTAbel, sur un tabouret on velours. De celte place elle prolongeait son xc^rd jusqu^au front du malade arec la solliatude d^nno eselare heureuse de son humiliation. ERe semblait aspirer la douleur et donner en écliange son énergique vitalité. Tandis qu*eUe avait ramassé en pKs Biœlleux fia robe de soie noire sons ses genoux, son bras s*appayait sur Abcl sans le lasser ; car les femmes , qtiand elles aiment , possèdent le secret de diviniser les plus pénibles fatigues. I^ foi marcherait sûr l'eau^ la femme aimée dans l'air. La tendresse attenti%-c du lévrier n'a pas des ra>x>fmeiDfins si percans que ceux qui s'échappaient de Tâmeen arir^t de miadame DalzoB&e. Elle étudiait chaque nuance du visage arrêté ati dessus du son pour lé comprendre, comme l'obsen'atenr placé dans une pbinole mobile chercherait a connaître les phénortiènes d'une étoile lixc. Dans cotte attitude d^abandon , elle atteignait à la grâce des f<*nimes d'une taille plus élevée que la sienn s grâce qu'ont rarement celles qui sont trop grandes. Sa tête arrivait a la poitrine d'Abel, où elle ne s'appuyait pas ; mais elle €D était si près que ses paroles éveillaient un écho dans cette organisation délicate.

Quoique madame Daîznnne eftl dit à Abcl de récoutrr, ello demeurait muette, n'osant rompre par des paroles trop au dessous de la siluatioix la contemplation où elli» se plaisait.

Abel , il est vrai , après los crises de son mal , présentait au plus haut degré la beauté de la douleur. Il était comme ces lilas blancs dont les Jbraocbes s'affaissent, dont les feuilles s'enroulent, dotit les grappes flottent détendues quand l'air est chargé do 1 électricité de l'orage, et qui se relèvent lenlemeîit, et pourtant d'uuc manière spnsible aux yeux, dès que la tempête à éclaté. Un loger pli semblable au dédain courait encore sur ses lèvres ; mais ce u'otail pas du dédain , c'était la trace du chemin par où la douleur était passée. Son front se dégageait, ses cheveux ne pendaient plus à ses temp?s comme les algues autour de la tête du plongtur qui remonte à b surface de Teau.

— Non, mon ami, lui dit enfin madame Dalzonne, vous n'irez pas au couvent des Loges avec uiadenioiselle de Touralbe. J'ai eu tort Je tant insister. Nous autres femmes, nou:* ne calculons pas toujours la valeur des résistances ; nous voulons parce que nous voulons. Mais vous m'avez

rirdonné mon imporlunilé, n'esl-ce pis, Abt»l ? Ensuite, j'ai un peu ct'»dé ma faiblesse personnelle pour mademoiselle de Touralbe. Jo la consid<''ro déjà comme une amie : elle est grave et bonne , conlîante et passionîiée , trop pcul-élre, mais sa mabdiè excuse cette exaltation, dont nous la guérirons, je l'cspcre, Eile mVnchnnle : ello lit la poésie avec un aca-iit qui va au cœur ; connaissez-vous de meilleure nnisi<;ienno parmi ccîHes q/iû ne font pas profession de leur talent? quelle voix agréaule ! on l'applcadirait , j'en suis sûre , au théâtre. Vous avez remarqué avec (picllo ladlité elle a destiné Marly. Je crois, mon ami, qu'elle vous destine ce loIidasBÎn ; il est pour vous on pour moi. Et que d autres brillantes qualités dont vous ne pouvez pas apprécier le mérite comme nous ! c'est une fée pour la broderie à l'aiguille. Une pensionnaire ainsi accomplie, comenez*en, a droit l\ quelques complnisancos , sans que cela cf»p»Muîant soit tropartcclé, de peur de bh^ss^r sa innlestie et la buseentilùliié des autres dames. Ello a di*oit à bi*aucoup d'é^rards, et je croyais lui montrer comlûeo jetais portée h lui rendre justice en lui offrant de la faire acconipa-

9G LE néoEaif DU peo(^.

gner par tous à sa pieuse promenade de demain. Ne m'accusez donc {Mo, mon ami, d'avoir disposé sans trop de façon de votre personne.

— J*ai dû être singulièrement dur dans mon refus apparent, répondit Abd en souriant, pour que vous mettiez tant de peine à me dire que bhk demoiselle de Touralbe ne le méritait pas.

— 11 n'y apaseu de refus de votre part, mon ami : vous ayez bésilé

lanterie chevaleresque par la neige qu'il y aura demain dans la pagne.

— La neifie , répliqua Abel , n'est pas précisément un obstade: na voiture est oiaude, et mes chevaux vont assez vite pour que le traîet dU aux Loges ne dure pas plus de deux heures. Mon ^rit était trouMé par mon d<xiloureux malaise tantAt, quand vous m'avez parlé de cette fiomenade ; je ne savais trop de quoi il s'agissait. La peine devient un sens quand ou souffre, et ce sens fausse tous les autres. Mais, poursuivit-il.

pénétrer vous avez pour elle. A votre tour, paidonnez-moi.

— AbeU je suis déjà à vos pieds; si vous vous mettez aux miens, que deviendrons-nous? Laissons cela, mon ami. Si je ne puis aocompÛDor moi-même mademoiselle de Touralbe , j'aurai un excellent prétexte dans le tensps, qui depuis mon entrevue avec elle s'est horriblement gâté.

— Le temps n'est pas, je le répète, une raison à lui opposer pour se dispenser d'aller avec elle ; la neige est un beau temps pour traverMr le

— Croyez-vous, Abel?

— Je te crois fermement. Vous avez promis à mademoiselle de Touralbe que je l'accompagnerai : pourquoi ne l'accompagnerais-je pas? Sans être ti%s fort, je supporterai cette fatigue. Chargez-vous seulement de m'absoudro auprès du docteur, qui ne me pardonnerait pas cette gravo infraction, ouoi que vous en ayez dit.

— Non, Abel ne vous imposez oas ce sacrifice dans l'unique but de prouver à mademoiselle de Touraloe que je n'ai pas exagéré mon crédit auprès de vous. Votre santé m'est plus chère qu'un tel dcvoûment. Je serais inexcusable si l'indisposition la plus légère était lo résultat de votre condescendance.

— Je ne diminuerai en rien la part que vous avez dans ma détermination, répondit Abel ; mais je no vous cacherai pas que par goût je me sens porté maintenant à la suivre. Ainsi prévenez mademoiselle do Touralbe du plaisir que j'éprouve à me mettre à sa disposition. Ma voiture l'attendra a onze heures.

— Puisque vous êtes si bien décidé, je ne vous retiendrai plus, mon ami; jo vous avouerai au contraire l'extrême satisfaction mie votre résolution me cause. J'apporte quelque vanité h donner du renef à mon établissement; |e veux que ceux qui en sortent n'en parlent pas comme d'un hospice de vieillards; et depuis quelques mois nous tournons un peu à l'ennui dans la maison. Les jeunes peijsionnaires de Tannée dernière ne se renouvellent pas : mademoiselle de Touralbe se trouve isolée au milieu de mademoiselle de Beaupréau, do madame Musquotte et des autres personnes dont elle est forcée de composer sa socic^té. J'ai besoin que vous m'aidiez à dissimuler ce vide. Le docteur comprend les nécessités do ma position, mais il n'}[ peut rien.— Je guéris quelquefois vos pensionnaires, me di<ait-il l'autre jour en causant avec moi sur lo mfme sujet, mais jo n'ai pas la faculté de les rajeunir. — Vos attentions pour mademoiselle de Touralbe , mon Abel , me seront d'un grand secours pour entretenir

dans rétablissement ce caraclèie de jeunesse sans lequel il flniiiiilpaT perdre sa réputation. Oui, encore une fois merd, mon cner Abel, pour le service que tous me rendrez demain et pour tous ceux que vous me rendrez ensuite.

^ Je ne savais pas, dit Abel, que tous eussiez tant de motiis pour déarer une si foible démonstration d'amitié. Que je suis affligé de la maui Taise grâce de mes fluctuations.

On n'assignera jamais la part d'hypocrisie involontaire qui se glisse, sous la conversation la moins lardée, entre les propos pleins de sincérité échangés entre deux personnes amies. Madame Daizonne croyait ne s'être livrée qu'à des convictions droites en engageant d'abord Abel à accompagner mademoiselle de Touralbe, et en revenant ensuite sur sa volonté pour céder enfin à celle d'Abel : elle s'expliquait ces variations dans ses

idées par l'état actuel dans lequel Abel s'était trouvé depuis le commencement de la soirée; sa tendresse l'aveuglait sur les mobiles de sa con- 4uite. n en était de même chez Abel, justifié envers lui et madame Dalxonne d'avoir repoussé, et accueilli en dernier lieu les mêmes otEres : .sa santé répondait à tout, éclairdssait tout.

Et cependant cette femme si aimatite, si vraie, si confiante poursui- Tait , de sinuosités en sinuosités, un but réel autant que voilé. Abel, de son côté, allait au sien avec une égale adresse; en sorte que le double xnensonge de la position s'était fondu dans la rencontre des plus aiïec-

tpurei

^mystère enfermé au fond de leur cœur , de même que la darté du soleil empêche d'apercevoir la marche pourtant réelle d^une traînée d'artifice ■daoDs l'espace. D'ailleurs, la cause de leur circonspection réciproque était si douteuse , si obscure , si peu saisissable, qu'il n'y avait pas encore de possibilité sensée à la formuler , et , à plus forte raison , de fausseté à la .taiie.

|>errière le monde intellectuel , d'où s'éjtandent les idées, les opinions, les jugemens qui lient les êtres, il en existe peut-être des mûliers d'auitrest où s'élaborent, où s'engendrent à des degrés différons, et dans des proportions infiniment diverses , d'autres idéœ et d'autres opinions qui n'arrivent pas toujours à terme; créations furthres, informes, en dehors da mon4e moral, comme certains produits mal venus sont en ddiors du monde physique.

Minmt sonnait à la pendule : madame Daizonne se leva.

— Déjà minuit I

«— De quoi avez^vous peurT lui dit Abel : tout le monde est couché dans la maison.

— Ceftt parce que tout le monde est couché que je crains d'être enlendue en rentrant dans ma chambre. L'escalier est sonore comme une dodie.

— Vous ne prenez ^s un flambeauT

— Non, par précaution ; et comme deux valent mieux qu'une, je vais xeCirer mes souliers.

— Et si vous ne vous en alliez pas, ajouta Abel avec une naïveté diar- Biante.

' — Non, mon ami : trois précautions vaudrainit moins que deux en paleil cas. Adieu , mon ami ; repose bien jusqu'à demain. Tu es mieux : je te quitte contente. Adieu, Abel.

Tout en répétant ses adieux, madame Daizonne dénouait ses souliers au 'botû du fauteuil , et regardait Abel pour s'assurer qu'elle le quittait eih liàrement remis de la crise de la soirée.

EHb allait sortir , elle revint. Pourquoi revint-elle? parce qu'dle n'ajaii plus rien à dire; et c'est un si grand prétexte en amour!

Page 1