V.VB
t8 îx mbEcn do pegq.
Ils étaient debodt tous les dem. pr^s da foyer*
Réduite h une mince lueur , la lampe indiauait h poino lo ISOntlMr do idsage de madame Dalzonne, tandis que Téclat du loyer inomdiail de nuances de feu le bas de sa robe: et elle et Abel offraient un beaa glM^e do marbre et de soie, de vie et d'immobilité, un chaos rêrear de fllabr et de tendresse, quelque chose de semblable à une musique lointaEne*
Un soulier dans ciiaque main, elle gagna enfin la porte, qu'Abd OUffit eans bruit » et elle monta sur b pointe du pied jusqu'à sa cbambiv.
xn.
Les pendules se règlent sur le soleil « mais le soleil derrail ee fêdk ^r Testomac des pensionnaires des maisons do santé. La cloche ftl-ellB fondue par la foudre, ils ne seraient pas moins prêts h doscetodre M lélèctoiie h l'heure exacte des repas; leur appétit est le chronoinèbe te moins variable qu'on ait décoiirert jusqn'icK
A peine lo marteau avait frappé le premier coup de dix heom fte madame Musquette et mademoiselle de Bcaupréau , logées au inMilMa étage, se rencontrèrent sur leur palier et se souhaitèrent le bmifoir fir C8B mots :
•*• N'ave^-vous pas entendu du bruit, cette nuit?
««^ Vent minuit, n'a-t-on pas n^mué an dessous do vous dans l^Mriksr?
«^ Je ne me suis donô pas trompée, se dit avec ravissement la prédettsa n^adame Musquette. Entrez une ucmi-minuto chez moi, mademotoelleds DeaupiéQU.
Ces deux dames se précipitèrent avec une é^alo cnriosilé dons b chambre discrète; et de Foumcuf et Clabassol. qui descendaient au réfectoire sans daigner se parler , furent poussés |Kir le môme tourbillon dans le môme gouffÏT.
La porte de madame Musquette se referma sur les quatre pensionnai haletant de airiosité.
— El vous aussi , messieurs ?
•-Oui, nous aussi, répliqua de Fbnrncuf ; mais de quoi s'agit-fl?
— De la rumeur do coîte nuit.
— Ah! de la rumeur do celte nuit! Alors j'ai dû renlcndre. Oui naiment , uno fameuse rumeur.
— Vers neuf heures, il me semble, ajouta Cabassol encore mal évcUlé.
— Mais non , vers minuit.
— Neuf heures ou minuit, la diffr^ronce est pou de chose, ikAcrtompit de Fonmeuf. Laissons parler madame Musquette.
— Il était minuit...
— Bien, madame Musquette; ensuite?
«- Jo crois oviir des pas à l^étage inférieur. On ne marche pas à Bno telle heure. Je prf^te Toreillo : une porto s'ouvre. ^GrandDieut
— Oui, mademoiselle de Bcaupréau , comme j'ai llionneur de TOUS h dire» une porte s'ouvre et elle ee referme*
-» Quoi do plua naturel t
— Rien do moins naturel , monsieur do Pbnmeuf ; car un instant tfrts î*ëntends encore une autre porte qu'on oun^ également et ^^ou leCortne. Cela est-il aussi naturel T t
— Voyons , no nous hâtons pas, madame Mtisq[Uette. Qui dt)oete8tl9g6 eu dessous de voilst
— Vous le savez comme mol : madomé Dalranne.
*-£tatt dessous do madame Daizonnc? s*informe do Fourneuf, à qui mademoîsèUe de Beaupréau répond :
^ Mais an dessous de madanio Dalzonno est l'appartement de M. AbeL -— Cto serait par conséquent quelqu'un, si vos sens ne vous ont pas I y mesdames, qui se serait rendu de rappartcment do madamo I à celui de M. Âbel.
I ouï, répondit madame Musquetto.
; oui, appuva mademoiselle de Beaupréau.
— & ce cas y oit Cabassol , ce ne peut être qu'un voleur. «-Cest mon avis, insiste de Foumeuf , ce ne peut ôlre qu*un voleur; Hj a des voleuis dans la maison ; on nous égorffora quelc^ue bello nuit^ on notas ^eca, on nous incendiera. M. Cabassol a risqué le mot de la tlioae, C^estun voleur. Qu'en pense madame Musauette?
— Je|ieDse qu'il faudrait se livrer à une ioule do suppositions extraor- SiaaiirQS pour admettre qu'un autre qu'un voleur eût osé passer de la diambraoe niadame Dalzonno ^ celle de M. Aboi. Madcmoisello do Beaulliéan jpartage-t-elle mon avis?
«—Et moi aussi, mesdames.
-— fTest^cepas, monsieur de Foumouf?
^-Las oqpjectuies, mesdames, seraient monstrueuses, infinies; no Bnppoeons non.
— Ob I mon Dieu! c'est plus simple , ajouta mademoiselle de Beaupréau.
i'-'Il'iBindrait supposer, dit niaisement Cabassol en so frottant les yeux aiTCcle ooindeson mouchoir ligré, que madame Dalzonno est sortie de la chambre de V. Abel , ou que M. Aboi...
— Im^iossible! s'écrièrent a la fois avec indignation madame Musquctte, mademoiselle de Beaupréau et de Fourneuf.
«-Impossible! — 'ImpossIUe.
>- Pourquoi cela , s'il vous plaît?
«—Vous demandez pourquoi, monsieur Cabassol? C'est qu^il était mi* mit lorsque nous avons entendu la rumeur. — ^ effet, monsieur do Fourneuf, l'heure est un peu indue pour la "^ion. Alors oo ii*est ni madame Dalzonno ni M. Abel qui rentraient : eux. Gqwndant rien n'est plus facile à écbircir : h déjeuner, nous andecoDS à.madame Dalzonno «i h minuit elle a, été cveilléo par qiielqae bndt. A défaut, M. Abel, qui a le sommeil léger, nous mettm auooinant.
— Imilile., objecta do Fourneuf ,. de se lancer dans ces réçiuisitoires ioajours inoonvenans, et au fond desquels on remue quelquefois un scandale endormi. Ne questionnons personne ; gardons cela pour nous, mes Jumsamis.
.-«^Od ftiit souvent le mal sans 7 penser, M. do Fourneuf a raison.
«-VadameMusquette, vous le voyez, comprend b délicatesse.
— Bi OBoi pareillement.
«-'VoQS aussi, mademoiselle de Beaupréau? C'est bien , c'est très bien ; car oansîdéreK combien il serait fâdieux pour nous si, après avoir adressé goelquea gnestions sur l'incident de cette nuit à madame Dalzonno, nous la Toyiona Toagir ! On-souffre à décontenancer les gens, et suitout pour rien.
— Inoooteslablement pour rien.
«—Oui, mesdames, incontestablement pour rien. Personne ne nons WVitudia qall existe des caractères si faciles à ^'impressionner qu'ils DBîafleut ponr «1 fait dont on ne les accuse pas, ou qui rougissent aum^ fgnia qu'ib sont loin d'avoir commise. Respectons ces pudeurs exaltées ^ xcspeetons-les; nous ne donnerons pas de suite au projet-de M. Cabassol^ gnmqull soii foncièrement raisonnante comme tout ce que dit II. CabassoL
Il MHsiDguUer de Toir fraterniser dans cette occasion deux caractère»
fOO LE MKDECIN DU PECQ.
habituellement en desaccord sur toutes les questions do rencydopédie humaine , et quatre pensionnaires s*entendre si bien qu'ils oubliaient que le déjeûner était sonné, ser\'i depuis dix minutes. Dix minutes I
— Jugez où do telles hardiesses, continua de Foumeuf, conduisent les esprits les mieux faits : h imaginer qu'une femme d'ordre » de bonnes mœurs, rend visito h un jeuno homme entre onze heures et minait, oa qu'un jeune homme reste dans Tapparlement d*uno jeune femme dqiais la même heure jusqu'à la même heure. C'est à mépriser comme inflhnes les inductions en apparence les plus claires.
— C'est juste, dit Cabassol, qui ne voulait pas demeurer en arrière do politesse pour do Fourneuf ; monsieur le baron a des prévisions déticates, rie nous exposons pas à contusionner nos an^ls à propos d'une aroitiire semblable.
— Le beau succès pour nous, {poursuivit de Fourneuf, de rester convaincus, sur quelques signes mal interprétés, que madame Dalzonne s^h troduit avec mystère , la nuit, chez un pensionnaire qu'elle ne passe pis pour haïr ! Demain nous serions dans la pénible obhgation de croiio« ai aujourd'hui nos doutes devenaient à tort des certitudes, que M. AbéL n'est ni plus ni moins que l'amant de madame Dalzonne. Quelle triste découverte I N'eussions-nous plus à combattre ces certitudes, nous ne serions oas excusables do les avoir acquises. Que nous importe, a franchement paiMr» Tamour de ces deux personnes? sommes-nous ici tuteur, mari , gaidîn, duègne, confesseur? Chacun son rôle. Le nôtre est le silence, la léBerre. Voyons tout, écoutons tout, mais no révélons rien. Vous, monsieur Gabassol, tenez-vous beaucoup à ce qu'il soit constaté quo M. Ahel et madame Dalzonne s'aiment et se donnent rendez-vous la nuit?
— Moi? pas le moins du monde, monsieur lo baron.
— Et vous, mademoiselle de Beaupréau?
— Fort peu , seulement pour ne pas ignorer ce que d'autres pooiraient savoir.
— Et vous, madame Musquetie?
— Aussi peu que mademoiselle de Beaupréau, et, comme elle, uniquement pour être au courant des affaires de la maison.
— Ainsi nous sojnmes d'accord sur tous les points : le bruit entenda la nuit dernière a été produit par le passage do madame Dalzonne dans la chambre de M. Abel ou par celui ac M. Abel dans l'appartement de madame Dalzonne. Cela étant , madame Dalzonne est la maltresse de "M. Abel; mais sur chaque question il est arrêté entre nous, sous lagsrantie de l'honneur, que nous observerons le plus hermétique silence.
— Vous n'avez donc pas faim aujourd'hui 7 cria uno voix par le tioa de la serrure.
Cette voix était celle de madame Pingray. On ouvrit.
— Voilà une demi-heure qu'on vous attend. Auriez-vous été malades comme moi cette nuit ? vous seriez-vous levés à minuit pour tous faiie faire du thé par lo domestique?
Les quatre pensionnaires schtirent s'écrouler sur leurs tôtes la masniiique pagode d'or et de porcelaine qu'ils avaient échafaudéo jusqoau nues avec tant d'efforts.
— Ah ! c'est vous, demandèrent-ils tous à la fois, qui avez marché oetie nuit dans l'escalier?
— C'est moi, oui, c'est moi. En quoi cela vous surprend-il tant?
— S'il en est ainsi, allons déjeûner, dit de Foumeuf; nous avons perdo assez de temps. 11 est vrai que je pouvais attendre : j'ai pris du chocolat en me levant.
Cabassol avait déjà franchi un ëtago, et madame Musquetto deux ; mademoiselle de Beaupréau descendit la dernière en disant :
— Mon rêve no m'a pas trompée : j*ai rêvé , je m'en souviens, que je mangeais du homard, ce qui veut dire déception.
LE MÉDECIN Dt 7ECQ. lOf
Four la troisième fois madame Dalzonne répétait au cocher : — Ilieiiel, soyez de retour à cinq heures au plus tard ; entendez-vous? Dites à M. Âbel que tous tous êtes engagé à le ramener avant la nuit, sH 98 disposait à battre la forêt pour le plaisir de se rendre malade. -> Ouït madame.
— Vaintenez vos chevaux à la montée du Pecq : les chemins sont mauvais: il va geler sur la neige, nous aurons du verglas ce soir. Ayec encore |»Q8 de prudence en rentrant.
^Sg^ sans inquiétude, madame; il ne m'est jamais arrivé da manieur.
— n vous en est arrivé un fort ^rand, un certain jour, Michel.
— Cest vrai, madame ; mais ce jour-là je m*étais endormi sm: le siège. —Et vous savez pourquoi vous vous étiez endormi.
—Noos n*allons pas à la noce comme ce jour-là, madame. N*ayez nul sood; d'aiDenrs, les chevaux sont ferrés à glace. Une fois dans la forêt , nous xonknms sur le coton.
—Je saurai comment vous aurez conduit, et si je dois m'applaudir de tons avoir placé comme cocher auprès de M. Âbel.
--Yous vous applaudirez , madame , répondit Michel en relevant son cA de chemise jusqu'au dessus des oreilles et en rabattant, avec la dignité d'un conducteur anglais, la poignée de ses gants blancs sur les manches de sa livrée neuve.
— Nous verrons cela, Michel.
James, le domestique d*Abel, recevait les mêmes recommandations.
Mademoiselle de Touralbe descendit dans IS cour, accompagnée do Kanca, et s'appoyant sur le bras d*Abel. Sa première toilette d*niver était flonmtiieuse; eue Tétait trop pour la cérémonie peu mondaine où eue b« reodiait : une capote rose piauée , au fond de laquelle elle apparaissait comme cadiée dans un nid de roses , tant l'avancement se prolongeait , l^açait son visage d'une nuance tendre ; un vaste cachemire blanc arrêtait l'arc ottctnflox de ses épaules et se croisai^ sur elle avec une négliflenœ ridie ; sa lobe était de velours vert sombre, un peu ample, et comme u oomîe&t pour que le costume soit beau et la personne majestueuse. On aurait cm qu^dle jouissait d'une santé superbe sans le là;er cercle MeoâCre tracé sous ses yeux et l'indication des veines temporales, marques caraclérislîjues, sinon toujours infaillibles , d'une lutte permanente avec le mal. Mais quels yeux charmans ! des yeux azurés comme la nacre d%me haliotkie de mer. Sa bouche révélait la profondeur, la grftce, la » de son intelligence ; et quand elle s'ouvrait pour sourire elle était ^08 expressive, car elle se relevait en arc et tremblait aux an^es, Teaa émue aux coins d'un bassin.
Avant de monter en voiture, elle embrassa madame Dalzonne et recommanda k Bianca de ne pas oublier de donner des biscuits à Love , adora- He levrette dont le |rand-duc de Toscane lui avait fait cadeau à Florence.
Quand elle fut assise auprès d'Abel , madame Dalzonne leur dit encore à tons den d'être à la maison avant la nuit slls ne voulaient pas qu'elle c&vm^t à leur rencontre dans le bois.
^*II*dlet pas me causer du tourment, leur dit^eUe, debout et inquiète lor lo marcoepied. Le ciel se couvre; il neigera pendant votre voyage ; fl y a déîli beaoooop de brouillard : je crains que Michel ne s'égare dans laa allées. Ne partez pas, mes amis ; croyez-moi, restez.
—Chère amSe» ne craignez rien pour nous» lui répondit mademoiselle
i(02 tE IIÉDECIN DU PECQ.
de Touralbc. Quoi danger sorieux y a-l-il a faire celle jolie promenade sor la neige? Hassuro/.-vous. Je vous promets (lavoir bien soin de II. Abel, iijoula-t-olle eu souriant.
— El moi do défondre madomoi?olle contre le§ loups, dit Abcl en tcn- <]ant la main à madame Dalzonno en signe d adieu.
Vaincue par lo ton de plaisanterie avec lequel ses afppreKensioMilrient 4iccuciUics,- madame Dalzonne se |)encba un» b voiture pour «NlbnBBer oncore une fois nu front madcmoisello do ToaraUn et envc^er tti ragnl affectueux à Abel.
La portière se ferma sur eux. Aussitôt la voiture sortit êe 1i wBt et «rfronta d*un ps forme dans b neige la montco rocaillcase gn fis tt lisière du Pccq a Saint-Germain.
Parvenue a la hauteur, elle s*avanra stm difllniKé dans la Ibrit, ftirt ^sombrie, ainsi que l'avait prévu madame? Dalzonne, par hi efmleda brouillard. La moiteur do l'air ne tarda pas h ternir lr.*s glaces de fal toiture, donl rintcricur se trouva bienlôt privé de clarté, quoique Uraeige s*étendlt, mate et blafarde, d*un horizon à Tautrc horizon. Cfe sîleMBde .plomb, cette demi-obscurité sont pou favorables an libre déploieRwoC de 'la conversation. Aucun incident n*avait encore fourni h Abel FoecaBOO •d'adresser la parole a sa compagne, qui, de son côté, gardait son éUgHito immobilité dans Tangle de la voiture. Peut-^tre sa pensée était Umt€&^ (j 10 h Tacte pieux qu'elle allait accomplir ; la préparation était atfÂet die ne souffrait pas la distraction. Il v a dans la jeunesse, quantf Ââ conquis une détermination et quand renthousiasmo la saisit a|îrés flaa longue indécision , uno ténacité dont il ne faut pas douter si Von ÂfM oublié le courago des martyrs. Dans le silence d'Abel il entrait de ceTB^ pect pour la foi en travail. Sa retenue fut justifiée. Au milieu d*uiie 1M0; si brumeuse qu'il entrevoyait h peine James, son domestique, gafi comme une ombre équestre auprès de la voiture, il crut enlendie, m 41 dos soupirs comprimés par Tobstaclo d'un mouchoir, les pieuis de i demoiselle do Toiiralbe pleuvoir goutte à goutte sur le velours de sa robe. Abel fut contristo jusqu'au fond de Vàmc. Kilo souffre, pensa-t^îl, elte souffre comn)o moi ; et elle n'a pas, ainsi que mol, uno femme, onoi pour la consoler, un ami comme maintenant j'en ai un. C'est h ] que je commence à sentir tout le prix de l'amitié.
Chaque fois que les roues diminuaient de vitesse et que le silence ÙL dehors redoublait celui du dedans, Abel entendait plus aistinctcment les sanclots étotiffés de mademoiselle de Touralbc , laquelle Taflligeait aoai prolondcment quand, de peur de so trahir, elle arriMail fout a coopy par tm effort qu'accusaient les ondulations de son chàle, IVxpression orageuSB •do sa peine. Abel souffrait beaucoup h être témoin d'un chagrin «fautant plus amer qu'il portait avec lui la dc^olante pudeur du silence. Qui savait •aussi bien que lui le sillon parcouru par les larmes avant do tondier da <X£ur sur les genoux?
Abcl était enveloppé à son insu de co réseau ma^étitiue auquel Ott n'échappe pas lorsque, dans un espace étroit, on respire le même air qae respire une personne d'ime organisation distincte; conflagration lente de deux vitalités, qui laisse la victoire à la plus forte, fusion facile si toi constitutions ont des bases attractives : alors les corps vont Tun k Tanlie comme l'eau court à l'éponge; les fluides s'épousent, établissent desfelaiions à chaquo instant renouvelées par les mêmes causes; et de teor imion se forme un milieu commun oîi chacun puise, où chacun restitue. On est deux à vivre de la mr>me vio, et on serait deux k penser de b môme pensée si dans cette alliance la pensée n*était pas absorbée au pmfii d'une sensualité universelle.
Abcl se pencha malgré lui vers mademoiselle de Touralbe, soutena et porté par l'élément particulier, par ratmosphore qu'ils avaient créée an*
ÎM MÉDECIIf DU PECQ. 101
tant Tun <|iie rantre , entre les glaces de la Toiture , dans ce cane de T»r loure, an milieu d*un bois opaque comnie le chaos.
8a nMin affeetaease effleura le châle de mademoiselle de Touralbe, qui releva la tête et porta subitement son mouchoir au visage. En le posant sur 8M MNMS M fèn, sur ses yeux en larmes, sur sa bouclie palpitante, elle fépota vret un sourire forcé et une légèreté de v<nx encore plus fonét :
«* Mali je n'ai rien, je vous assure, monteur Aboi, je n*ai rien.
—Ne dHea pas cela, mademoiselle, et pardonnez-moi mon démenti. Il ne mtepartient point de pénétrer la cause de votre affliction ; mais, quelle «ne soft ma réserve, je ne vous cacherai pas la part que j'y prends comme m «onpognon de votre retraite, comme le témoin de vos accès do mêla»» cdlie, comme souffrant do la même souffrance quo la vôtre pcut-oira.
-* CmI impossible, monsieur.
•^ Alon je me tairai. Votre remarque est un refus d'être consolée.
— Je ne imis plus l'être dans ce monde. A quoi bon faire un si mm* MB usage Je la pitié?
— VeiB m'effrayez , mademoiselle I Vous rêvez quelque résolution la-
I non , mais irrévocable.
s k ma sollicitude, exempte de toute curiosité, mademoîsetfey I paroles plus rassurantes.
— 'EDes seraient sans conviction , monsieur Abel. Pourquoi tmmnr ' isité, que je regrette d'avoir éveillée par des larmes inœ*
ts i'espère que ce sera la dernière tristesse que j'aurai k ffudni'an. Nous serons bientôt rendus ou couvent des Loges, je penaot AprsB avoir entendu la question de mademoiselle do Touralbe, on aoop de lamlèffe éelaka le travail d'esprit qu*Abel faisait dans sa têto. V«M» inunédiatement h la suite do la sérieuse intention exprimée par elle do oepaa «oiAir d'adoucissement à son état moral, cette question offirad( hb mos Mb à saisir et formait une conclusion. «* FDoaerku voua à vous retirer dans un couvent , madomolsellet «-VrasnTavfeE promis do ne pas céder èi la curiosité, dit mademoiaelto de Touralbe en baignant ses paroles d'un soqrire humide.
— Annli donc deviné votre projet?
^ Qm rom auriez appris demain.
^Quollsltdt?
«> AHJewdlHii même f entrerai au couvent des Loges , où je prsntei inopnwiremunt les grades qui me conduiront k une réclusion complèie.
— Et ■ndane Dalzonno ne le sait pas?
^* Penonae n'a été mis dans ma confidence, excepté vous, qui i^aniei pas le levpa d'en abuser.
— Vous aHez désespérer madame Delzonne, tous ceux oui vous aimaient
akanueoup quoique vous connaissant à peine , et moi , permettea-fnoi iTe« et ce regret, qui vous appréciais ^us que tout h monde pow ToCie eapiit, votre goût, vos talens...
«* J0 tâcherai, interrompit madem(^sélle de Touralbe, d'appliquer ces héPm ^Mlit^i dont vous me douez au profit de mon salut en leur mft^ flWBl une aatie direction.
fli mndrmeîBflle de Touralbe eAt été connue par des éfaq» myalfqoee si son visage, effilé par In méditation, blanchi paor b prière, avait d'avaneo btâkpé par quelle voie elle sortirait du monde , Ahel aurnt é|Nre«vé une Wém&um surprise devant ce voni formel d'entrer en religion; meia «•*• MBoiseHe de Touralbe avait plutôt montré yisqu'ici la rêverie poéliMi I la langueur pieuse ; et même en annonçant son projet à Abe| , mt Ui de toutes les séductions dont le clottre recommande l'abandon à Mtt fifs. 8a toilette n'eût pas été déplacée h l'Opéra , et la frtffcheur 4to WB visage témoignait d'un bain pris trop froid, non d*une nuit consuaifo AMla fiihc. Le cenmste affligeait d*a«taal ^us Abei : la vMflie fmm
104 LB JiiËDBCnf DU PEGQ.
txdte une sympathie qui s^explique par le désespoir qu^on prête à la nécessité de rompre non seulement avec la Tie, mais encore avec ceqpi k rend attrayante et douce. Iphigénie nue n'attendrirait pas comme jjpUgénie couronnée de fleurs.
» Voyez, dit Âbel en prenant dans sa main la main gradeuaenail gantée de mademoiselle de Touralbe , voyez si Ton renonce à la socâM quand on aime autant que vous le laissez paraître son luxe et ses défiOH tesses. Attendez donc, pour la quitter sans remords, que Tâge ait édaîicî vos beaux cheveux et dévoré votre éclat ; on n'attend jamais longlanm
— S^ez-vous de ceux , monsieur Abel , qui pensent qu'on ne doit porter à Dieu que les répugnances du monde? Quel digne sacrifioeliiiirtsenterl
— Vous avez trop d'esprit, répondit Abel, md trop de mépris pour kg banalités, pour débattre avec vous, sur un ton autre que celui q^insfine l'amitié, ce que vous appelez faussement une vocation. Je n'aurai pas v^ cours aux aigumens tout faits ; ils ont des objections toutes kites : aooiliez seulement que je regrette ici de n'avoir point à vous opposer le son* venir pieux d'une mère ou d'un père attristés de votre réclusion^ et ds manquer surtout d'un nom d'aniie h vous citer, de celui tout aussi pniseant d'un ami désolé comme moi de vous perdre. Les raisons du ooev ne me feraient pas faute si je vous connaissais mieux ; et celles-là yws les entendriez, n'est-ce pas?
«- Sans doute , monsieur Abel; mais quel vide ferai-je en me retînot du monde? mon père et ma mère sont morts. J'ai une affection sincàn pour madame Dalzonne; mais ce lien se sera rompu si vite, et ponr des motifs si respectables à ses yeux, que je compte sur sa bonté natureDe et beaucoup sur votre intervention pour obtenir d'elle un oubli indulgent et mon pardon.
— Il n'en sera pas ainsi , mademoiselle , s'écria Abel de plus en jplas blessé d'apercevoir si peu de justice dans l'accomplissement d'une de(er« termination si grave ; il n'en sera pas ainsi : je n^cssaierai point de vous justifier, moi qui hautement vous condamne; ma conscience n'a pas de ces complaisances coupables.
— Ne vous mettez pas si fort en colère , monsieur Abel , si vous ne voulez pas être le premier à me fournir l'occasion d'exercer une verta essentielle à la religion et imposée par le cloître , le pardon des offenses. Convenez plutôt avec moi qu étant libre , j'ai le droit de disposer de mon existence comme je crois Teutendre pour mon bonheur. Oh t si mon renoncement rompait des liens auxquels le cœur d'un autre était attaché, si, pour jouir d un repos égoïste , je délaissais une affection qui aurait compté pour toujours sur la mienne , je sentirais la portée de vos rqpro-: ches ; et peut-être, docile à la raison^ à l'amitié , reviendrais- je sur ma décision ; mais quel rayon d'espérance ai-je détourné ? avec qm aine engagé ma parole, pour avoir à redouter un jour dans l'isolement, qui doidde le poids des fautes, de l'avoir faussée? Vous me parlez avec trop de firan* cfaise pour que je ne m'ouvre pas sincèrement a vous , monsieur Abel» Sachez-le : aucun vœu du monde n'est enfreint par le vœu que j'ofibini au ciel ; mon sacrifice ne coûtera des larmes à personne. Ëtes-vous {dos rassuré maintenant et me permettez-vous de prendre le voile? dit mad^ moiselle de Touralbe, à laquelle Abel répondit :
— J'ai meilleure opinion de vous; mais je ne blâme pas moins TOtze manière d'a^, que rien, d'après vos explications même, ne justifie» Êtes-vous bien convaincue de l'indifférence do ceux qui vous entourent pour vous en faire un prétexte si fier?
— Vous m'accorderez , reprit mademoiselle de Touralbe, que je connaîtrais du moins les personnes pour lesquelles ma perte serait une douleur inconsolable, si celles-là existaient. En apercevez-vous beaucoop d'éplorées auprès de moi? quello voix» si ce n'est k vôtre , me oansâUe
de changer d'avis? quello main , si ce n'est la vôtre , me retient au seuil du couvent oili je vais? Je ne me fais pas plus forte quo je no suis : j*ai la simple énerffie de ma volonté ; et j*avoue qu'aimée commo le fut mademcâélle delà Vallière. dont vous nous entreteniez un jour au château de Saint-Germain, je n^aurais pas eu le courage de laisser tomber entre moi et on homme adoré un voile noir, un mur épais, une grille de fer, l'éternité. Tous avez vu couler mes larmes : vous avez cru qu'elles étaient la preuve d'une vocation chancelante et vous avez voulu, après bien des '^'"'h sor vous-même, car vous êtes aussi discret quo bon, m'éclairer sur
ma oondnite. Je vous remercie, et j'estime à leur prix ces marques d'une amitié dont l'exemple est rare.
^ n me reste encore à regretter, reprit Abel découragé, de n'avoir,^ défanl de misons meilleures, aucun titre pour vous détourner d'entrer au coofenC. Entre l'amitié d'un frère et un attachement différent , pourquoi 11*7 <^"^ 9*s ^^^ autorité participant de cet attachement et de cette amitié, qui permette de s'opposer avec succès à un projet semblable au vôtre ! Qtii sait si vous ne l'ccouteriez pas avec bienveillance , si par de- TOîr voos n'y céderiez pas?
"» Oc^rez-vous que ce sentiment, oui n'a pas même un nom, ne soit pas le lève d'un rêve, monsieur Âbei?
Je sais, mademoiselle, que je donnerais pour vous dissuader ce que je donnerais pour retenir une sœur décidéo comme vous à prendre le voile, i C'estqoe je connais les mauvais conseils du cœur quand il languit, quand l'ennui renvahit de sa fumée, quand il n'aime plus ni ce qui est ni ce qm ddt être. Je vous juge par moi : j*ai eu des jours affreux, j'en ai encore. On compto sur des consolations qui ne se réalisent jamais ; on confie son espoir à umt ce qui flotte, et tout ce qui flotte échoue ou s'abtme. Le couvent n'est qa'une déception de plus que vous vous préparez. N*y allez pas. Le cafane n'est pas là, ce calme que je cherche encore, que je pressens tootendoatant de sa venue. Vos maux me sont connus parlesmiens;: elles miCDS se guériront, s'ils se guérissent un jour ! non par moi, mais par les autres. Je m'abandonne aux autres : ils me mènent où il leur; plaît: je snis leur étude! je vis par eux. Je les aime pour leur peine, pour, mtérêi qu'ils me vouent, et je m'associe à leur réussite comme si j'étais étranger parfois à ce qui se passe en moi. J'étais trop dans ma vie: je m*en mets ddiors chaque jour, et je m'en trouve mieux. Imitez-moi dans ce que j'ai eu d'heureux jusquMci, laissez- vous vivre au monde à* l'aide de meiUears conseils que les vôtres. On m^est reconnaissant de ce CM j'ai Mt peur les autres en afipssant ainsi pour moi: dépouillez-vous a TOtie leur de votre volonté, qui vous trompe, vous égare, et laissezmoi croiieqoe je vous serai un jour reconnaissant de œ que vous aures ùài pour vous-même.
Le parôle d'Abel brûlait de la conviction en pressant ainsi mademoiselle de Teoralbe de changer d'idée et de résolution. Ses principes puisaieni leur énergie dans le souvenir des tortures çiu'il avait subies et dont il sodfriit encore : il ▼ avait foi comme à une religion scellée de son mar* trre. Sa pensée se hérissait de terreur en songeant qu'une femme allait aie en |foie au même supplice; le lui éviter était ledevoir , le cri do sa probité.
Toodiée des sollicitations d'Abel, ébranlée par l'aspect du couvent des Loges , dont le long mur oommen^t à blancnir derrière le brouillard , midamolselle de 1\ouralbe bégaya:
— Quelle excuse aurais-je envers moi-4néme si je suivais votre avis an Bommt de réaliser U pensée sérieuse de ma vie î
-— Qulmporte qu'elle soit sérieuse , mademoiselle , si elle est fausse i ll4oil^ féconde en regrets?
— QnaUeopiak» anrin-Tous de moi si Je cédais à vos instances? Vous
106 LB M^ECIN DU PCGQ.
acquerriez le droit de me regarder comme un caractère sans suite , i femeté.
— Ne mettons pas de lliéroïsme, mademoiselle, à persister dans
erreur. Moi, puisque voys jugez mon opinion de ouelque valeur , je oo
dérerais comme la plus digne açiion de ma vie cette de vous avoir détoornée de la pente qui vous menait droit à Tabtme.
— Vous vous souviendrez , monsieur Â)>ei » que c*cst par vos oonada que j'aurai renoncé k ma détermination.
— Vous consentez donc à ne pas vous retirer au couvent?
» Cette so&ne , monsieur Anel , n*aura jamais d'autre oopfldeirt ^ vous?
^^ Se vous le jure.
«— Dans deux heures, dit mademoiselle de Touralbe , nous retoumenw à Saint-Germain. Je vous demande la permission de consacrer ce toaups à quelques devoirs religieux dont je ne puis me dispenser aujourdliuL
— Je vous y invite , dit Abel. Dans deux heures la voiture sera à la place où elle s*arréte m ce momont.
— Monsieur, dit James en descendant de cheval et on ouvrant k poi^ tière, nous sommes arrivés.
Après un coup de sonnette, dont le tintement fut amorti par Tépaisteiir de IVdr , la porte du couvent des Logea 8*ouvrit devant mademois^ de Touralbe et se lecma sur elle.
Peut-être se soavient-oi des sollicitations calculées de madame 0alzonne auprès d'Abel , lorsqu'ib s'étaient rencontrés tous deux la veiiUe chez madame Pinpay, pour qu'il accompagnât mademoiselle de Touralhd à son pèlerinage des Loges; sollicitations réitérées, la mémo sobrée, flDUft des formes plus adroites et plus décisives , dans la chambre d'Abel , au milieu de la nuit , ce moment si favorable pour prendre de l'empire ( vn esprit affaiUi par le mal. D'où vient cependant qu*après avoir r^
hattu'par milte raisons enfin triomphantes les obstacles nés deTimpaestt>ilité d'Abel, qu'aprôs l'avoir conduit, pour ainsi dire par la main, pisqu'à la voiture à côté de mademoiseUe de Touralble, et les avoir réuniaaii ,prix d'une combinaison lente, difâcUe, préparée de loin et dans la BiédH lation échaufiisnte de plusieurs nuits d'insomnie, d'où vient qu'aussitôl^«a nademoiselie de Touralbe et Abel eurent franchi la grille de la matett» madame Dalzonne, le sang au visage, les lèvres palpitantes, le Drémûs»* ment an coeur, l'attention égarée, monta à son appartement, en ferma la porte, et s'assit toute pensive et désolée dans un fauteuil, aupfès de k croisée, d'où elle put encore apercevoir, au dessus de la ligne des omis écornés de la ruelle du Paoq, le dôme tremblant de la voiture? Son regard servait de pont à son Ame pour atteindre à ce point flottant, qui m fondit bientôt dans un éloignemeat obscur.
Restée seule avec son vi&et sa tristesse, un combat s'établit entre elk ft k douleur qu'elle était allée puiser au fond de son imagination; son mouchoir, firoissé dans ses mains a^^ifeées, attendait des brmes^ qu'elle ne Toulait pas verser, par cette impéneuse souveraineté de la lognue surfes caractères de quelque éner^. Après avoir appelé de toute son naleino ce qui était venu, fantôme ou realité, pourquoi pleurorait-elle? Aussi se crutelle forte après cet exposé de conscience ; et dans sa prétendue tranquillité, si flère, si majestueusement reconnue, elle alla s'asseoir sur un canapé; aa tôte tomba, d'inclinaison en inclinaison mélancolique, sur le coossta , et y resu. Son front brûlait la soie; ardeur produite par te travail wàtot-
LE utt^an DO mcQ' 107
âquftde ses pensées. ]>e r '! ' -.^.^» . . | ., < ^^j^^
1 i^uobeâ flechi^sani, clî i va
ouf^trto syr un ciel iAmentuÙe.
1 rite céleste dos HntM^ v.,iY d'atig^
f pormi II ^ir)^L<5 ne nous TÎsiti'i i ï\e ntil
' louelië iu.i , . - îi^^ii i'<'H/iiiii' : sr-^ tl - mij4 siaf
ricT, d'oii s'6lr*v(.t[Tii rw!cii-
hipar Hir bruit en n, Afkn
lir tt iciiit prn d Li« ULustmi ♦ — h ^ dont
» cumpi*? I — cllo Iripia la \it<?f- . f>ra 1l»s
'fi qu'ulln s*apnmll qii' - il rue pus
^Uli^: iJ. '— ■ ■>;... i : I, il,.
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>ld|lCteiiiiiJi:witii t'ile» y cr^ysàit a vu -.. ^ m- -, < ..ujin.- ,,. "' -, nn
iilt dd suppositions ptàgnance*!, L'ïtihL;iir9:iCiit!L mi un T/?
il , [*t ÔAiw nt
^1 . ■ i^îîgu* Uno i ; ... .-. ; '..:.•■'.; i ■' ^^^ ■ '^l mâ-
JJ ; ' co"Ur humnin dniï s^timpu» Qieltisi^, né?» h In m^o
; .thvncpnt. rîoru tour h îoiirFun sur TniitTe: l'un
,ï' .1 rù ^'f )l 1 1 ! , ^ 1 \>!'d te i héàîog miuî u Ta m g If' tJ u pa^-
aL' ; 1 4iuirr riiuinib^^lioiL leudru, l^almisM^ment, qui mt une figure de
f(*Vi^mn. Onand lu nuilhtnrru vîtincn, c\^ï n<i d*Tninr di* riM» ff«ui fen-
'f* Mnili.iritm -i ir : îl amvti dfni' «Tiressï?,
I ^ it*k'x e * rnnous,el «in ni« lire
HDiMi ia inTr^ciiatinn , du iiii^iiiis st.m équiYdleut divin, m rL^t^naiiaiitCdst
; che£ les femnic« qttc coUe pieusci tmnihilolion snmige Offés 1a
Hhçrpork'S 11-" '\ ""^^-" '*^-l70niîé ^'ri^viim fîinnwia(i(froc4*
lie mériiaL; % qurUe qui: fût la bieiiY<?fl^
^^^ .^. ^iijeuii4^1iaii4;.â^ t.^ ^.«.i^.*.^..; anù comjMirat^ii tmim dlâs
Nlllti9f)f>îninn n'i^^t .iiisàî âilvm* TWiiir Ira flammes qu@ In tntit riiinnd îrtir l&lé. Oui iuVIlt<io-' ï^t
* fdt lit t/>iijaui- \m
Bi Vïïiuim .ai un piH irr»p hi<i ip
rHI<^ ût^ ik TiHiraliîC, si ondkL. nw
L a^une stifM^Horiié trop accabiaiite potir étiif i I illi^vriimenldiTÎMéiSlilSClltflima,
«Il ciKp qui :ivjii 1li 1u>.iuL s "un poifj^rvii; 1*1^ par itn retour ftff
«*te-mt nie» plie se voyait tff Vf > ae dam It^s gvArm bnuriy^is^
yior AfpÎTc^r h rivaN^dïr syisq tani at* uisiinctioti ; doukiurcui pitniUéfo li^ 1 de dards, où rnadanié MaoïBM kiisaAl toujours par kQ^eaU WtB b de ftûti courago et dd flou ^spcàf* Cependiirit die i^eul« aviut lalioricusi^fn^ni «nfeiilé « Tonlti mntff» 9on lii,évo(|iié san^ î>'^''' '■ i^*' rivaUté sait» doute iiitQfiiittr9<|tij lm«fttit liiii ûk smiUr^iï i toigiMÉI»eite «vec une pmêatet k^ poM»
^mekmmmi u ^ . . ]t pour f^ttpi? que ne iitoaalM^ msabiDO^ I TâQnIfesaUirssnfiAM eu 1e«Log«it
A cti qwBtknBsi stnplMiiiiadJUii' i r>n ptmvait r^nndn' parflib^
de son caiociàr», par Itt paiitturt Mficéro é ^^ant K
Itie, antonl an dodans , moil à la tufiicé^ rêh jiMu'à
iMjwnit hfpomkiAÊ dimmqm ^m prodiiinit #n vlUi t pr un réstHUd "^%mxiii^immd qii'm m itcuse , ces arage^ oïdiés » uotr», voilés, qtâ
108 LE MiDECIN DD PEGQ.
' tonnent dans un coin du cœur. Elle comprenait le sacrifice à une passion, tOQt en craignant d*en demander le prix , dans la crainte de paraître r&-
' manesque et d*altérer en elle le culte qu'elle Touait à Tidole de sa répiitation. Son éducation, son autorité dans une maison qui avait la grafité d*an ministère , jusqu*^ ses grâces personnelles , dépoétisées à ses propres yeux par une certaine santé trop luxueuse , tout la reléguait Békm, eue à un rang où Tamour est un tort, une dilapidation de temps , on ridicule.
Ces organisations abondent dans nos couches sociales intermédiaires; l'élément positiT, né d'hier , mais déjà puissant, repousse en elles de son
Sied de fer la Tieille tradition du dévoûment. La moitié de leur coeur vit 'effroi, s*éloigne de l'autre moitié ; et si une passion survient à l'impro- ▼iste , il se forme dans ces organisations des combinaisons pleines de bouillonnemens, semblables à ceux que produit en chimie la rencontre d'un acide et d'un métal. Et plus alors la puissance de dilatation se concentre, plus l'ex^osion est imminente, meurtrière dans ses éclats.
Au milieu de sa vie bourgeoise , prosaïquement occupée , perdue dans des sentiers effacés, madame Dalzonne avait été distraite par un doux attachement })Our Âbel, jeune homme accouru à elle mourant, les mains tendues, et lui disant : Sauvez-moi par beaucoup d'amitié! Elle avait été ~ tombée , attendrie par tant d'abandon, par tant d'espoir en eUe. La pitié était vierge dans son Ame : c'est par la pitié qu'elle aima Âbel; elle s'en oocapa conmie on le fait pour une plante rare qu'on découvre un soir d'été au moment où elle va mourir : on court à la fontaine voisine , on revient; on baigne la plante, on la relève, on la soutient; vivra-t-eUeî mourra-t-elle ? la nuit on y songe, le matin on y court ; et si une demièn branche s'anime , pousse une feuille au soleil, la plante est sauvée I elle vivra I on l'aime; on avait mis sa vie dans cette vie. Abel était pourm»dame I>&lzonne cette plante vue une heure avant qu'elle ne meure; il avait .vécu, il vivait par elle; il était son ouvrage.
Mais parce qu'elle l'avait si bien étudié sous les affaissemens do dé9espoiis elle croyait avoir pénétré dans les ténèbres de son caractère : derrière son mal, sous ses terreurs, elle s'imaginait avoir découvert en lui une exaltation facile à la lassitude et à l'ennui de toutes choses, même de celles qui berçaient le plus efficacement sa maladive lanceur. Elle s'était persuadée encore par cette étude nuancée d'affection et de silence, et par des essais risoués avec adresse , qu*il revenait toujours à l'objet retiré à temps de ses nabitudes. Sur une échelle prudemment réduite , elle avait mesuré le pouvoir du changement sur son caractère; et par ces essais, elle savait ce qu'elle avait à espérer et à craindre de son affection pour elle. Ils lui avaient démontré combien elle avait à ménager la constance d'Abel pour ne pas la voir s'évanouir dans on épuisement d'attention trop long-temps arrêtée sur le même point. Sa conduite se réglait là-dessus. Au moment où elle le sentait s'attacher à elle, elle lui échappait, en glissant pour ainsi dire d'entre ses mains. Poor étendre ce rôle, qiii ne ressemblait pas au calcul de la coquetterie, car il n'y entrait que de la sollicitude, elle allait loin : elle engageait Abel loin d'elle , tandis qu'elle se tenait à l'écart. Arrivait-il à la maison de santé une jolie pensionnaire , elle devenait l'occasion de cette stratégie hasar^ deose : madame Dalzonne vantait sa beauté ou ses talens h Aoel , dont eU^ compromettait tant qu'elle pouvait l'attention ; et ce n'est que lorsqu'elle jugeait la partie assez risquée, qu'elle intervenait et brouillait les oés. Sa brusçiue présence rompait des trames à peine tendues; la pensionnaire quittait la maison, et madame Dalzonne restait seule poor reprendre le sceptre, passé un instant , comme un jeu , dans d'autres mains. Ce procéaé avait réussi à merveille et autant de fois que madame Dalzonne avait osé y recourir; mais que de calices amèrement bus dans l'ombre I que de larmes versées pour obtenir ces victoires , toujoucs
à renouveler I Un yrai ou un faux raisonnement avait ainsi changé sa vie en une partie d'échecs, dont la dernière perte pouvait dévorer tous les gains acquis.
Le voyage aux Loges n*était donc qu'une nouvelle tentative que madame Daizonne faisait sur le cœur d*Âbel, et que , cette fois comme les fois précédentes, elle espérait limiter aux nécessités de son étrange position.
Jamais pourtant elle ne s*élait tant reproché son imprudence, jamais eOenes^était promis avec autant de force de ne plus recommencer ce jeu funeste. Des doutes acérés lui traversaient le cœur.— Oue font-ils maintenant? se demandait-elle en regardant la pendule ; voilà une heure qu'ils • — Jl ^l'^r*.!!^- 'Jn^ heure I Quatre heures encore à attendre ! Il sera nuit qnana iu> so mettront en roule pour revenir : deux jeunes gens ensemble la nuit ! Que c*cst peu prudent I — Et madame Daizonne traçait sans relâche le cercle de conversation qu'ils pouvaient parcourir sans danger. Tantôt elle leur prêtait une idée mdiffcrcntc, et elle murmurait dans un dialogue imaginaire les phrases qu'elle suggérait h tous deux; tantôt, pour apporter de la diversion à un rapprochement trop animé, elle brûlait les Ois du propos , et cllo les laissait un quart dlieure entier dans le silence. Pendant ce quart d'heure la voiture qui roulait toujours, pensaitolle, avançait le terme du tOlc-à-tOtc. Mais, oubliant tout à coup la voie rassurante dans laquelle cllo était entrée, madame Daizonne les voyait assis l'un près de l autre, causant à voix basse, et se disant, au milieu d^une toute-puissante solitude, qu*il n*y avait que leur cœur d'animé, de jeune et de vivant dans cotte vaste forôt. Tableau désolant, dans lequel cÂlo plaçait au premier plan le démon ironique de l'occasion, qui obscurcit de son aile immense l'éclat des sermons et des fidélités les plus saintes. Ses pleurs coulaient encore : elle se levait, étoufiait ses sanglots dans sa main ; roais^ malgré le frôlement de ses soupirs, malgré les ténèbres de ses ;}'eux fermés avec force, elle distinguait dans une claire perspective des images et des sons dont elle avait l'âme brisée.
Elle n*y tint plus; elle voulut aller à leur rencontre dans le bois. Sa démarche était naturelle ; elle était justifiée par une foule de. raisons. Elle ouvre la porte pour donner des ordres : le docteur Calveyrac est devant elle.
» J'allais sonner, madame.
— Mais je vous croyais à Versailles, docteur.
Uadame Daizonne rentra, laissa passer le docteur Calveyrac, et elle alla du côté opposé comme pour pousser un fauteuil contre le mur. Dans ce luouvement elle sécha vite ses larmes.
— Oui, je vous croyais à Versailles.
» J'en arrive, madame. Je comptais en'effet y passer plusieurs jours pour prendre part h une consultation , mais quelqu'un a manqué au rendez-vous,~c est le malade:— il est mort hier. Ne le plaignons guère, il avait quatre-vingt-treize ans ; c'est avoir assez vécu, je présume.
— C'est beaucoup trop, docteur.
— Quelle réflexion I
— Triste pour vous, docteur, que je n'ai jamais vu si content.
— Je suis fort content, je l'avoue. Je vous avais parlé dans le temps * d^un firèrc que je croyais mort depuis quinze ans k Boicnéo, où il avait &é régisseur dans une plantation hollandaise.
— Ne serait-il pas mort?
— n n'est pas mort.
— Et comment avez-vous su cela?
— De la manière la plus fabuleuse du monde. Voyant que ma présence à Versailles n'avait plus de but, je projetai d'employer à visiter io obâieau les doux ou trois heures que j'avais encore à rester dans la ville avant do me remettre en route pour Saint-Germain. J*allai donc au châ-
leau, où jo rencontrai comme do coutume affluence d'étrangers, nirienx ainsi que moi de connaître les réparations que le roi a commandé dV foire. Dans la salle des Batailles, je remarquai un Anglais qui s*efforçtit do comprendre le sujet d'un tableau que Tcxplicateur offiael expliquât fort mal. Le cicérone parlait pea correctement le français, que rAnglaii comprrcnait à peine. Pour les tirer tous deux d'embarras, je me soanit que je parlais assez facilement l'anglais ; aussitôt je dis dans sa propi» langue au visiteur étranger le sujet du tableau. Ma politesse si à propos lui plut. De salon en salon, nous causâmes de mille choses indifférenteiL n m'apprit qu'il était négociant-armateur et qu'il revenait de l*Ue Célèbes» où il aurait bit d'excellentes spéculations avec les poivres si la fièvie jaune, qui avait soudainement envahi la colonie, ne l^eût obligé à la quitter pour regagner l*Europe. Il était naturel que je m^informasse auprès do lui s'il avait entendu parier d'un Jérôme Calve^Tac de La Réole arrivé sur la colonie do Bornéo vers Tannée 1816. — 11 est excessivement heureux et riche , me répond lo négociant anglais, et si vous ôtes demeuré si long-temps sans recevoir de ses nouvelles, c^cst qu'il n'est h Bornéo qno itepuis deux ans. Il a gagné sa fortune par le cabotage dans les lies Maldives.
Vous comprenez maintenant ma joie : mon frère est vivant et fl es! heureux ; un frère qui m'aime, qui mo doit ce qu'il est. Je lui pn^tai âk mille francs, toutcequc jepo^iéaais alors, afin qu'il entreprit cette expédition, h la suite de laquelle je le supposais mort. A ces renseignemens l'Anglais ajouta des indications infaillibles pour que désormais mes lettres parvmssent k mon frère. Oh! oui, jo suis sûr que vous prenez part àmao contentement, à présent que vous en connaissez la cause.
— Mais comment, docteur, s'écria madame Dalzonno, qui dans tout antre moment aurait mis un peu plus do sincérité dans son exdamatioo, je suis ravie de votre bonheur I
Elle jeta un regard dans la glace pour s'assurer que ses yeux étaient secs; elle ne le ramena pas sur elle-mCme sans voir à la pendule oom» bien il s'était écoulé do temps depuis l'arrivée du docteur. — Un qaari d'heure de gagné, pensa-t-elfc. — Ce fut le premier intérêt qu'elle prit au bonheur de Calveyrac, qui continua ainsi :
— Je connais lo bon naturel do mon frcrc Jérôme ; il pense toujours à moi, qii'il c quitté très laborieux, et aussi peu ambitieux que riche.
— C'est un excellent frorc, dit madame Dalzonnc, qui aurait tout aussi bien dit une autre phrase, trnt elle était complètement en dehors de la conversation.
— S'il me juge par le passé, il se trompe sur un point , poursui\it le docteur persuadé d'avoir intéressé madame Dalzonne : je suis devenu ambitieux depuis son départ. Lorsqu'il partit, je n'avais pas quarante ans
Kssés comme aujourd'hui. A présent j'aime Tordre dans lo repos; j'ai mbition, la grande ambition de la stabilité, de l'avenir.
— Je comprendis parfaitement, dit madame Dalzonne, qui n'a>-ait «wis? que quelques mots au hasard.
— Vous me rendez heureux, madame, en m'écoutant si bien. Ouï, l'avenir m'occupe; jo ne puis pas, je ne veux pas rester dans l'isolement ou milieu duquel je vis. Les joies de la famille sont si consolantes, je l'imagine du moins, si sup|érieures h celles qui viennent du dehors, comme la |[loire, les honneurs, joies mêlées, difficUes, insatiables, et auxquelles d'ailleurs tous les hommes n'ont pas des droits assurés, moi par exemple. Je sais que j'ai trop attendu pour me plaindre avec raison ; mais je n'étais pas riche, remarquez-le; j'étais pauvre, j'ose l'avouer devant vous, cyouta le docteur avec une humilité toucnante, jetais très pauvre. Comment, sans une fortune assise, proposer à une femme de la lier à votre sort? Ce n'est pas là le fait d'un honnête homme. Mes désirs se sont repliés dans le fond de mon âme et je me suis résigné. Mais que de fois, après avoir fermé sur moi la
U MiOBCIIf DO PCOQ. ' llf
fiiffle du château d'oii je sortais plein des bénédictions d'une famine dont f aTais sauTé la mère ou Tenfant, je revenais sur mes pas à tâtonst comme un voleur, pour coller mon visage à la grille fermée, et pour accompagner d'un regard d'envie ce père qui remontait la grande ailée» tenant sa fllto bîBn««imée, blonde et joueuse, par la main, et s'appuyant sur le bras de réponse chérie, charmantes toutes deux, hri jeune encore ! Leur bon-
'je et pourtant elle n^est pas* malheureuse.
Dans une heure ils seront de retour, murmura madame Dalzonne : TOilà bientôt h nuit. Quand sera-t-il nuill
SU» ne tenait pas en place.
««Poneue vous m*écoutei sans ennui ^ je vont dirai encore que Î^ÉMandi de ce irère , qu*un miracle m*a fait découvrir, un cbangement très grand dans mon existence. Si cent mille francs suffisent pour tmaân raisonnable et juste la proposition que je compte fedre à une » dem'épouser , il me les donnera ; je les aurai an bout du aemps ' I pour que ma demande lui soit ommae et que sa réponse me
i ffet^œ assec cent mille francs? demanda le docteur. ais oui , répondit madame Dalzonne avec le aang-froid d'on abs(dn désintéressement dans la quesiion.
Hardi comme lorsqu'on a rompu la première glace de la timidité , lo docteur se sentit entraîné à dire :
•^ Je sus nue personne jeune enooM , très jeune poiw moi, belle , remplie de qualités graves, iibre comme je le suis, eonnaiasant mon camctm autant que j'apprécie le siea« me rassaorant aor les prétentions do nonigeparnnDou sens formée l'éoole du devoir et dntsaviil, eiqoi, ne donnâMHe à son mari que l'affection qu'elle porte aux étmngers remis à ses soins, serait encore la meilleure et la pta Bimée des famaaa. Me O0BBeillei''Vou8 , dit Galreyrac «n aÉoucâssanl aa vont au tan d^madiaieHrense amitié , de mVmvrir sais «tinta à eettn femme?
Le dactenr n'attendit pas la réponse de madane DalxMMn sana éprouver nn violent battement dans la poitrine»
Madame Dalzoane, fui n'avait pas m asul instant definé qnll 8*agia- Baitd>ie dans les aBusions si transparentes du doctonr , lépoodii :
«» Quai âge peut bien avoir cette femme?
Ladocaenr lut renversé. Elle n'avait rien oonpcis! ITiine voix trem- Umaildil:
— Vingt-ci«t a».
n Mit an moins trcrfb ans à madame DalMMa , oooveinUe et bon fsaina dans la plus solemiellB drconstanoa de sa viè^
-^Oatia femon eat beanoonp trop jeune ponrvMs, dodeor; n*y songez pas.
CHfcyeaetRMblétalomçfldanuaidaè miiÉaina Dalaonnela yennisaltm de ne Mirer.
A tnadama Dalnnaa ^ dans «on aieugfeaaani , tant la paaaioo est dbMe^ nteneohes les coMra las maillenrs, neaandtpts le eonpde poignard qu'elle avait oorté à Calveyvae.
- «ttoOai*» vous derez être fatigué; vous avez beaain de icpos^ deeleur. Apan^ lui dH-eiien l'arrêtant aur la aenil delà pana, vona na aao dhMMÉBt^asdsa mmtellas Al 11 iiak
«M. Vous «•« doue kaa>en donner? lépualil le doelenr «on aa re-. tourner.
^Malaoal steai m nwvent ém Lofes Mac nMéaniuiscîle de Ton-
" tfi nattoi4anroloftmalaiad¥a|tit. Ikaaiaqne vona lui avez de a'dIafgaM aana vous da gaayGewMdni mais vena^na lo nni qui tai ad otaaaaiM ^PanMndro vos ardroa»
— Peut-être avez-yous bien fait , madame ; car moi je ne suis qpe le médecin de M. Âbel , mais mademoiselle de Touralbe en sera la guMson; je vous Tai dit, je crois.
Le coup était rendu.
A peine le docteur descendait Tescalier que madame Dalzonne retombait sur le canapé où elle avait déjà tant pleuré.
'Dèsqu'Abelfut seul, il dit h James, son domestique, d'amener son dieyal. James ne comprenait pas trop le sens de cet ordre. Il obéit cependant ; il alla à Técurie , où il interrompit le repos du cheval , qu'il conduisit vers Abel.
-* James, dit-il, j'ai envie de galoper dans cette allée pendant que mademoiselle do Touralbe sera en prière dans le couvent ; te t^nps me paraîtra moins long. Je ne serai pas plus d*une heure absent ;entena»-taî
— Gomme il vous plaira, monsieur; permeltez-moi de vous faire observer qu'il bruine épais , et qu'il sera bientôt impossible de se diri^ dans les allées.
— Sois tranquille, James : Je ne m'écarterai pas.
— Je serais plus tranquille si je vous accompagnais.
— Dans une heure , repéta Abel en fendant avec rapidité le rideaa de brume jeté sur la forêt.
James ne le distingua plus au bout de deux minutes, tant il allait Tife le long des arbres, mais tout près cependant des limites tracées des allées, de peur, ensuivant le milieu du chemin, de s'engager dans quelque fausse voie.
Du couvent des Loges à Fromainville il y a plus de trente routes, pins de dix carrefours, et routes et carrefours sombraient de minute en minute sous une mer cotonneuse; pas un point du del pour s'orienter ^ pas un bûcheron pour remettre le voyageur sur son cnemin. Le fond de rocéan est plus clair qu'une forêt dans le brouillard.
Abel courait donc vers Fromainville malgré le danger de se perdre et contre la défense du docteur Çalveyrac, déu;nse pourtant si franchement acceptée la veille. Madame Dalzonne, il est juste de le rappeler, n'avaitelle pas employé toutes les ressources de la persuasion pour réduire cet. ordre de Çalveyrac à une recommandation aisée à éluder?
Mais Abel ne combattait pas même avec lui la résolution qu'il exécatait avec tant de hâte : il allait à Fromainville , où rien ne l'appelait* Pourquoi s'y rendait-il? quoi y voir? la Seine derrière les saules? Los saules et la Seine étaient mvisibles.
Abel n'avait à répondre h aucune de ces questions mentales , car il ne les posait pas. Au contraire , et de crainte qu'elles ne se jetassent comme un embarras, comme une importunité à travers son projet, il s'étourdissait par la précipitation de sa course, par la témérité de ses percées dans les obscurs entonnoirs du bois.
Quand d*élan en élan , de bonds en bonds , de fuite en fuite sous les branches sèches , sur un sol sans écho , les cheveux poudrés de neiffe y le manteau blanc comme un linceul, il parvint à la ferme de Bergerm, il ressemblait au héros d'une ballade allemande attendant à terre le passage d*une nuée qui le ramenât à travers l'espace. .
n noua la bride glacée à un anneau de fer scellé au mur de la première cour, il entra ensuite en secouant son manteau dans la seconde 9 où aucun chien n'accourut vers lui en aboyant. Ce silence le surprit.
Dans la principale pièce il aperçut enfin Bergeronnotte-cinq-faeuies
LE VéDBCm DU PBGQ. US
I sor an tas de paiUe et occupée à tresser an panier d*osier arec des doigts bleuis par la bise.
— Bloopère, dit-elle en éyeillant Berserin oni sommeillait , et sitOt qa*ene eut aperçu Abel , mon père I voila M. ÂoeU
— EstH» que les grues tous ont amené Jusqu'ici dans votre chasse? dit Beingeria en se levant pour offrir à Abel la seule chaise de la pièce.
— vous savez que je chasse peu » Bergerin ; je suis venu ici en me promenant
— Une fière promenade » monsieur Abel » celle-là !
— BtàpiedT
^> Non. Bergeronnette , à cheval,
-* Et ou est voire cheval?
^ Iians b première cour.
« Je eoois le remiser; n'est-ce pas , mon père?
— Val Je souhaite qu'il ait plus chaud que dehors, murmura Bergerin ; et fl ajouta : et que nous surtout.
On v<^t sur le visage de Bergeronnette qu'elle était bien aise de sortir on instant pour vaincre le sentiment pénible dont elle avait été saisie à l'aspect d'Aboi, qu'un malheureux hasard rendait témoin de la désolation de la ferme.
Quand eDe ne fut plus là, Abel , après avoir posé son manteau sur la rampe de Feacalier, demanda à Bergerin si le vent de la nuit dernière avait enlevé les portes et les fenêtres du pays.
— Un fameux coup de vent encore . monsieur Abel ! hier il a emporté les meubles, demain il emiwrtera les locataires. La rafale est venue dans un mauvais moment; je suis sûr que vous êtes transi à votre place.
— Je n*ai pas chaud, Bergerin.
«»Oui, vous ne suez pas. Monsieur Moulinier de malheur 1 je ne vous désire p^ le trM que nous avons enduré, l'enfant et moi, la nuit passée. Ce n'est pas d*nn bon chrétien , comme dit l'abbé Vincent ; mais je ne m'oppose pas à ce que vos dix-sept vaches et vos- trois mille moutons oublient de rentrer ce soir à votre ferme dllerblay, un simple oubli. J'aurais des nonveUes de votre fortune dans un mois.
— Qu'est-ce que ce M. Moulinier dont vous parlez, Bergerin?
— Cest un propriétaire , suffit ; c'est le mien , comme j'ai l'honneur de vous rauprenore, un propriétaire râblé, monsieur Abel I Si un jour il devenait lièvre, et qu'il passât entre mes deux orteils... Silence, Bergerin, au refcsl YàSà pourtant vingt ans oue je suis id, vingt ans, ce n'est pas on jour. Depuis vingt ans , à mille francs par an, conibien de fois lui ai» je payé sa ferme, son chenil que voilà? Et encore que c'était un bien do rien ou tout. J'ai payé pendant quinze ans tous k» premiers de chaque trimestre, comme Dieu est juste, au clocher de la paroisse. Une fois que la femme, Dieu aif son âme , fut morte, les comptes ne furent pas aussi réguliers; j'oubliais souvent de porter le loyer à M. Moulinier; mais jamais le mois ne se passait sans qu'il eût son argent. Cette année , ne s'aviae-t41 pas, parce que depuis deux mois je suis en retard, de me tourmenter comme si j'avais du vin en cave et du foin dans les greniers; Paie qui a, je n'ai rien, n m'envoie papiers sur papiers; cnfln, au bout du CQnnpte, je vois arriver deux honunes noirs qm nous prient de sortir d'ici sor-le-champ , après chargé nos meubles sur les épaules de leurs ffens et fait marcher devant eux mes vaches et mes pauvres chiens.— Et m quelle part? je leur demande. — De M. Moulinier, ils me répondent , qui, fatigué de vous avoir donné congé à plusieurs reprises, nous envoie pour vous aider à quitter sa ferme. — Je me mets en colère , je ne veux pas sortir comme un loup ; eux, les hommes noirs, sans me répondre » colèroit un à un les volets, une à une les portes, et ils me disent ensuite, en 1m enqiortant sur leurs charrettes : — A présent, père Bergerin, restez idy ri la ccnir vous en dit, pour entendre chanter l'alouette.— Voilà
tl4 us MÉAECIM DU PECO*
pOHnpioî , monsioiir Abel ^ vous ne voyez ni portes oi volets; c*est four nous forcer h auilter lo nid ; et il le faudra bien tout de même, tar^mm •avons eu beau brûler tout le bois mort et mettre la couverture sur k Âe, nous avons claqué dos dents, Bci;geioaDetle et moi» toute la udU r ' i^ant!
— Vous avez eu tort, Bcrgcrio, de ne pas prendre oonnaissasoe ( piers qui vous étaient envoyés par Tavoué de votre propriâaire : riez été averti. Bcrgoronnelte aurait dû les lire.
^ Je ne Tai pas voulu : joTos déchirais à mesure, parce que je ] que cela ne lui réjouirait pas le cœur.
— Et que vaut cette ferme?
^ Vin^t mille francs au plus ; et que le vieux scélérat de Hoidiol» serait content d'en avoir ce prix! Un bon terrain, mais qui exige mi soin 1 f7«t à y laisser ses ongles. Et j*ai du regret h le quitter ; croiriez-vous ça, nmikiir, Abel?
^ Pourquoi non? vous avez vécu ici a>-ec votre femme , qaï éUilamllente, m'a-t-on dit.
^Ohtouit
-^ Votro fîUo y est née : ce sont dos souvenirs.
— Et quel gibier, monsieur Âbel ! Jo Tai sous la main id , tons fe jÈbL Où retrouver ça?
— Bergerin , vous êtes un brave homme : écouicz-moi. Je oomiii à Saint-Germain un menuisier qui vous fera en quelques jours lespcnrtes et les volets dont vous manouoz ; il confectionne aussi de bons meubm, Voflà son nom. Vous irez chez lui de ma part et vous lui commanderez le nécessaire. Entendez-vous, Bergerin?
— Mais si M. Moulinier envoie encore des gens pour emporter cm UDOveaux meubles?
-- J'essaierai d*abord d'obtenir du temps de M. Moulinier. Vois hd paierez les deux termes cnsomblo.
— Mais vous, qui vous paiera?
— Vous, Bergerin, peu à pou, h votre aise.
— Je n'entends cela qu*à une condition, monsieur Abel.
— Laquelle, Bergerin?
— Que je vous servirai les intén^ts, sous et deniers.
•— J'y consens, c*est convenu. D*ici Ih, pourtant, d'ici h oe que Tdos ayez vos nouveaux meubles et que j'aie vu M. Moulinier, vous ne restetee pas à Fromainvillo vous et votre iillo, exposés à tous les vents. Conduisez siii4echamp Bergeronnette chez une de vos parentes, oii elle demeurera jusque ce que la ferme soit rétablie sur un pied convenaMe ; allez ensuite à Suut- Germain porter au mrnuisier les mesures des boiseries dont vous avez besoin. En attendant que nous réglions nos comptes, acceptez, puisoiie nous avons noué des rapports d'affaires, quelques louis quicou\Tiront les fnmières dépenses.
Abel ouvrit sa bourse et la vida sur les genoux de Bergerin, qui ne se sentit pas blessé do ce don, auquel Aboi, moins par calcul que par inutiiict, avait donné le caractère d*une avance parfaitement acceptable. Cependant, Bergeronnette étant rentrée au moment oii Abel fermait sa bourse, oeteici la glissa vite dans sa poche, et Bergerin cacha l'or dans sa main. Cest •que la double position a\^it un côté faible que la présence de celte enfiBit mettait à nu : l'un , malgré les nréc^tions de son action délicate , tenait un service assez facile h déunir, et l'acceptait malgré sa confictioii qu'il ne traitait pas une affaire. !
Si elle ne dcvma pas la cause du silence qui accusait une conversation amortie par sa présence, elle ne fut pas loin de la vérité en supposant une cause h cette interruption peu naturelle. Sa perspicacité en éveil cheitha dans l'air encore ébranlé de la salle les paroles émises , et pour ainsi dfare l'odeur des pensées. £n disant à Abel les soins qu'elle avait apportés au
LE MÉDECirV DD PECQ. 115
dierd pour que la sncur de la route ne se llgeflt pas sur sa peau reboidie , eue consultait le visage de son fjsre , miroir dans lequel elle lisait tfbabiivde les choses dont u voulait lui ûdre un mystère. EUe ne fol ^ta nssorée afHrès cet examen : Tattitude do Ber^erin lui parut gênée ; odle ^ fTAbd B'étaii pas moins contrainte. Que s*était-il doue passe en son at>- .aence?
~ Gomme les saisons, dit Abel, donnent & la campa^gne un aspect dif* ffmt? Quand je vins ici » il y a un mois , Tantomne était sans doute avancée, mais le peu de soleil dont on jouissait rendait votre fenne zÎAnte et gaie.
•»Ell6 vous paraît fort triste aujourdliui, n'est-ce pas, monsieur Abel? fit Bergeronnette-cinq-heures, que cette remarque d'Abel n'engageait pasà cnûre qu*il n'avait été question de neo entre lui et Betgeda tandis qu'elle était h récurie.
EUe ajouta , en baissant la tête sur Fouvriige d'osier qu^eBe avait rayris :
-«> Vous avez eu la bonté de vqpir à la ferme par une triste drcoi^aMe. MoD para a eu le projet de faire peindre les portes et les volets de la mdi- 8on a une époque mal choisie. Je lui conseillais d'attendre jusqu'au printemps pour faire Caira ces réfwrations ; mais il ouqitaîtjsur Je beau temps; et vous voyez s'il est trompe.
PJni Bergeronnette-cinq-hcures s'enfonçait dans son mensonge, etjdus, en rouffîssant, elle s'embrouillait dans le tissu de joncs qui lui servoiti du jDoins le croyait^le ainsi, à cacher son trouble.
— Oui , c'était l'avis de notre fille, de remettre à plus tard ces réparations, affirmait Bergerin, moins maladroit menteur oue Ber|[eronnette : mais je ne sujqposais pas que le gn» mauvais temps s abattrait sur nous avant les Bois. Ce qui est fait est fait ; n'est-ce pas, monsieur Âbel?
—Je n'ai pas eu d'autre idée en voyant le délabrement de la ferme : j'ai attribué le changement à quelque modification tout àlait indispensable- Autre menteur.
— Mais nous serons fort bien dans quelques jours , reprit Bergeronnette-cinq-èeures. Vienne le soleil de mai ! nous aurons do la ramée neuvo sur les toits, des volets verts, et des portes belles comme une armoire.
La poitrine de Bergeronnette se gonflait ; la fausseté de ses paroles lui était un remords, qu'elle n'oublierait pas de porter aux pieds de Tobbé Vincent. Lui pardonnerait-il cette hypocrisie?
— Et quand la treille sera couverte de feuilles de vignes, ajouta Abel , TOtre fenne sera un délicieux repos pour les amis qui viendront se n^oser chez vous, moi lo premier.
— Oui, vous le premier, répéta Bergeronnette on cassant les baguettes d'osier dans sa main émue. Vous accepterez encore uno tasse de lait chaud.
-*- Et on verre de vin, ajouta Bergcrin, œ qui vaut mieux que ton lait, enfant.
Et nous n'avons plus ni vaches , ni potager, ni cave, pensa Bergeronnette. Gomme je monsi Mon Dieu! pourquoi est-il venu? pourquoi no a'en va-t-il pas?
SoD front était encore i^us penché sur ses mains.
r- Je vous conseille, continua Abel, qui feignait d'entrer dans lo menfloôgo de Bergeronnette, je vous conseille de changer votre ioituie» do iwaplaeer le chaume par des tuiles.
— Ce n'est pas une trop forte dépense, répondit Deigorin d*nn air iotl portant; on y scoagera.
•^ Mais oui, monsieur Abel, des tuiles.
—Ajoutez, continua Abel , quelques agrémens à votre ferme, un p^
*— Kous aurons un pigeonnier, appuya — Due serre chaudo pour vos fleu rs.
116 LE MÉOECUf DU PBOQ.
— Puisque tous aimez les orangers, nous aurons une petite diaude.
En achevant la série d*embellissemens qu'il conseillait à Bergerin, AM se leva et alla couper une petite branche de bruyère du Cap dans tm poi de terre qui grelottait dans un coin. Il s*v prenait mal; BeigwomMid accourut avec ses ciseaux et coupa la branche dont Abel avait envie.
— Je voudrais encore, termina-t-il, que vous fissiez de la pièce à oM un salon d'été. Il a deux croisées au nord ; ce serait un endroit chammit pendmt les fortes chaleurs. On le meublerait selon sa destination : dm stores aux croisées, des nattes à terre, et un canapé entre les.deox em- Irrasures.
— Mais nous ferons ainsi, s'écria Bergeronnette, pourvu que vous veniez quelquefois vous asseoir dans ce salon.
— Où coucherairje ce soir? pensa Bergeronnette en promettant d'avoir nn pigeonnier, une petite orangerie et un salon d'été.
Tout à coup une bouffée de neige entra jusqu'au milieu de la pièce, el vint protester contre les illusions que Bergeronnette-cinq4ieures ^MnçûX de partager avec Âbel. Une larme se figea sur son visage, et elle abudQnna le panier d'osier qu'elle avait sur les genoux.
— Je vous quitte, dit Abel ; le temps devant afibreux ; il fera nnil dans une heure. Bonjour, Bergeronnette.
Bergeronnette, sans se lever , dit adieu à Abel. Sa voix était iliilile ; elle ne montra pas son visage.
— Je vous accompagnerai, monsieur Abel , jusqu'au miUeii de TaUée; je vous mettrai en route.
— Comme il vous plaira, Bergerin. i Ils sortirent.
Abel avait oublié sa cravache sur le manteau de la cheminée ; il revint. Bergeronnette-dna-heures n'était plus à la place oh il l'avait laissée. Il approcha de l'escaUer qui.conduisait à sa chambre, et il entendit une voix qui disait :
» Ma mère ! ma mère, qui ôtes dans le ciel I ayez pitié de nous! nous allons mourir de faim et de froid.
Abel avait posé le pied sur reècalier pour monter k la chambre de Bergeronnette.
^ Vous ne venez donc pas, monsieur Abel? lui cria Beigerin; voire cheval attend.
» Bergerin, lui dit Abel, vous n'irez pas plus loin, entendez-vous; il faut que dans une heure votre fille soit ailleurs qu*ici, il faut qu'elle aoit auprès de cette parente dont nous avons parié ; je le veux.
— Patience I Nous partons, nous partons. » Tout de suite, Bergerin, tout de suite !
— Monsieur! lui cria Bergerin, monsieur Abel, vous avez ouUié votre manteau.
Abel ne répondit pas.
— Monsieur 1
Il n'était plus à portée de la voix.
Nous choisirons la circonstance du'retour d'Abel au couvent des Loges pour parler d'un fait qui avait ou lieu simultanément avec son départ de Saint-Germain, et qui avait pris un caractère sipificatif pendant sa viâle S Fromainville. A rinstant ou la voiture pénétrait sous les corridors néiM- Jeux de la forêt, un homme s'était mis à la suivre d'un pas tr^ actif dans le massif du bois, s'efiaçant dercière un tronc d'arbre quand elle était snr le point de le joindre, redoublant de vitesse lorsqu'elle le laissait en arrière. Cet homme s'arrêta , et s'accroupit dans son manteau comme une bête fauve dans sa queue , pour attendra que la voiture fût passée , dès
âu'elle ne fut plus qu'à une petite distance du couvent. De sa place , oà était impossible de l'apercevoir, il suivit tous les mouvemens, qu'il avait
apparemment un grand intérêt à épier, n vit mademoiselle de Touralbe entrer au oouyent et Âbel s'en éloigner. Sa place dans la neige étant faite» û attendit. Le Iroid engourdit ses membres, mais son regard, qui s^aignisait en passant sur une longue lame de neige, s'arrêta sur un point isolé. Ce point était la porte du couvent, qui s'ouvrit une demi-heure après le départ d'Abel; et, tandis que les deux domestiques se chauffaient à la cuisine de la maison 9 une femme parut sur le seuil de la porte et regarda autour d'elle; elle avança quelques pas, et prolongea sa vue dans le bois. L*homme s'était levé et avait marché : quand il fut sûr d'avoir été vu, U ne marcha plus. On alla à lui. Les deux personnes se rencontrèrent bientêt hors du chemm et dans une mêlée de petits arbustes ^s comme le brouillard qui les enveloppait. La femme, c'était mademoiselle de Toulalbe, l'homme Champeaux. Pendant un quart d'heure ils restèrent ensemble , causant très nas et très mystérieusement , quoique personne ne fût à portée de les entendre. Ce temps étant écoulé, Champeaux regagna Saint-Germain, mademoiselle de Touralbe rentra au couvent, dont la porte était restée entr'ouverte pendant sa conversation en plein air. Rien de plus, si ce n'est oue la neige tomba plus fort , que l'obscurité devint plus épaisse, et qu'Âoel se hâtait de retourner aux Loges.
Aucun accident n'ayant retardé sa marche , il arriva au couvent an moment convenu entre lui et mademoiselle de Touralbe, qui le remercia de l'avoir attendue. La légèreté de nensées plus calmes avait raréfié la pieuse pensionnaire. Ni le brouillard, dont eue avait paru affectée en dlant, ni la tristesse de la nuit glacée qui s'abaissait sur la forêt, n'eurent
Sour effet d'altérer sa douce insouciance. Abel se demandait en la regarant si c'était là cette femme si languissante il y avait deux heures. Quoiqu'il fît beaucoup plus froid' que dans l'après-midi, elle avait soulevé à demi la glace placée de son côté , au risaue de sercer ses lèvres au rent de la neige. Eût-elle été moins assouplie qu'elle ne l'était aux convenances infinies d'une société rivale de la Chine en règles de conduite, elle se fût encore gardée, éclairée par le simple bon sens, de raroeler à iU)el le sacrifice qu'elle avait accompli sur ses instances. Un oia^prin muet eût été un reproche , bien qu'à beaucoup d'égards il eût permis à Abel de mesurer la profondeur de la conversion qu*il avait obtenue. U s'arrêta à cette opinion, que mademoiselle de Touralbe était satisfaite d'avoir repoussé une idée mal conçue h son origine , uniauement adoptée par l'entêtement du faux point d'honneur , et qu'elle était contente de l'avoir éludée sans faiblesse personnelle , étant toujours en droit d'en charger la responsabilité d'un autre. Ainsi le beau côté de son action domina le jugement d'Abel quand il chercha h s'expliquer la variation survenue tout à coup dans rhumeur de mademoiselle de Touralbe. Mais, s'il faut I - - -
attentions
plus loin. Retenu cependant par la m^mo circonspection que ] selle de Touralbe, il eût craint de laisser paraître, malgré le déplacement de sa réflexion, qu'il acceptait comme son ouvrage cette soudaine dilatation morale : c'eût été manquer de tact et de modestie. L'un et l'autre se crurent à l'aise en aiïectant de ne pas revenir sur un sujet embarrassant; fls n'en effleurèrent que les bords pendant le temps rigoureusement nécessaire à leur retour à baint-Germain.
— Je ne me figurais pas bien jusqu'ici ce qu'était un couvent, dit mademoisefle de Touralbe. C'est un tort de les juger d'après l'opinion qu'on s'en fait dans le monde.
" Celui des Loges n'est donc pas comme vous vous l'imagpniezT — - Loin de là. Je cherchais les grilles de fer, les murs de soixante ineds de haut, les salles obscures...
— Vous n'avez rien vu de semblable?
— Ce sont des pièces bien éclairées, donnant sur des jardins charmans
ut le dire, il ne fut si indulgent que parce que les lignes de son ion convergeaient ailleurs. Partage facile,' l'esprit était là, le cœur oin. Retenu cependant par la mémo circonspection que mademoi-
118 LB HfiDBCni DU MUQ.
en été. Et moi qui m*attendais à rentrée solennelle cTane «opéiiguie 1 rible comme une héroi'ne d'Anne Radcliiï, j*ai été accueillie par une ind>le dame d'une mise presque recherchée, jugeant le monde aree i et peu de sévérité. Elle m*a montré complaisamment sa maison, ma toé palais pour Félcgance. — Ceci est la salle de rûcréation, mVMDe dH: ceci la salle de bain : des pièces délideusos. — Mais oà s<Hit tes e&dioHT ai-je demandé. Ma question l*a fait sourire. ^^ Les void, a-t-eUe aji en m*introduisantdans une vaste salle où les élèves touchaient da pa chacune dans sa cellule. J'ai encore visité la salle de danse* Ainsi anc yent on enseigne la musique et la danse!
— Et pourquoi non? dit Abel; et en quoi cela étonnerait-il? f Timwnité a eu des temps d'étrange folie, qu'on se surprend h regarder canne s'ils avaient été de Quelque prix pour le bonheur. On révèle clôttre , ok l'on se purifiait par les macérations : la vie est-elle donc ai fertUe enio* luptés qu'il faille en expier les mollesses? N'y a-t^l qne le jetlne qui sait une douleur, que la solitude derrière des portes de fer qui soit une peins^ qne la prière a des heures prescrites qui coûte à la paresse natmelle du corps? Sans rejeter violemment la société derrière nous , il est près ds nous, autour do nous, sur nos têtes, des supplices tons faits, prêts a toolB heure, et les obstacles qui barrent nos désirs sont des grilles autrement inflexâiles que celles d^n monastère. L'homme est si misérable que les soaffanoes qu'il invente ne vaudront jamais celles qull porte en lui d^uissa naissance iusquli sa mort.
Mademoiselle de Touralbe allait répondre, mais sa réflexion fut tout I coup détournée de la conversation par un recul do la voiture.
— Oo'est-ce donc? demanda-t-elle au cocher.
— Rien, mademoiselle, répondit James en s'avançant h, la portière ; «B bomme qui passe sur la roule a effrayé les chevaux.
La voiture continua de courir vers Saint-Germain.
Au moment où mademoiselle de Touralbe s'était f>enchée en âébofs pour appeler le cocher, Abel avait furtivement consulté sa montre.— >Sîz fieares et demie, avait-il murmuré : Bergeronnette a quitté Fromainvilte; elle n'a plus froid maintenant.
A la forme de l'homme qui avait effrayé les chevaux, à son pas lors* qu'il avait couru pour éviter les roues, mademoiselle de Touralbe avait reconnu Champeaux, qu'un rayon des deux lanternes avait éclairé à demi dons sa brusque appantion.
Pendant un quart d'heure Abel et mademoiselle de Touralbe demearè-^ rent dans un silence profond , que mademoiselle de Touralbe rompit ]■ première.
— Ah I mon Dieu ! dit-elle , j'ai oublie do cueillir pour madame Dalzonne une rose du Bengale dans le jardin du couvent ! Je lui en avais promis uno pourtant. De quelle excuse me servir? si vous étiez aimaUe, monsieur Abel...
— 0 est tard et nous sommes un peu loin, mademoiselle, pour qœ TOUS me permissiez d'aller en chercher uno aux Loges : nous voia à Saint-<jermain.
— Jen*ai pas en cette pensée, monsieur Abel; ce serait abuser d'une complaisance presque impossible. Mais j'ai été sur le point de vous de« mander votre branche de bruyère du Cap; vous ne paraissez pas bcaucoop y tenir.
— La voilk! répondit Abel en offrant avec peine la branche de bruyère à mademoiselle de Touralbe.
— Vous serez de moitié dans le mensonge, et je ne serai pas grondée. Abel, qui avait eu le courage de se séparer de ce souvenir do Fromain-
ville, en manqua pour deviser avec mademoiselle de Touralbo sur l'incîdcnt ; il ne répondit rien.
Avec une grAce infinie, comme dans tons ses mouvemcns, mademoiselto
W HÉDBGOC DU VBC^. ff^
éàfmtÊStmvÊtXxutlà jolio branche de bruyère sur ses lèvTe»^ et elle en hmm éi » près les rameaux délies^ les fleurs pAles et mignonnes , qu'elle wMÉi eut nul y poser sa bouche qu'en respirer le fiiible parfum saurage. HHb Ift in ensuite entre sa ceinture et sa robew Dans ce travail attentif, k flOQS SOD chftie le dessin athénien de son buste. Tout ce quil MrMlio» pour le beau dans l'âme délicate d'Abel fut comme \ da la perfection de ces formes suaTes, visibles et voilées, portées, fOvaOMràliiimiraciai des sens, parla séduction de la coquetterie.
«Miltet i» ne meutliat fias, dii mademoiselle de TOuralbe en ramenant MMMlMar elle; j'en serais trop tâchée pour tous. J'avouerai tout siniflMMBlà flMdMno Dalzonne que vousmSvez tiidée à réfiarer mon oubli €B ma cédant votre branche de bruyère. Ainsi j'aurai à louer votre amaiMHté sans iûre un mensonge, deux choses qui me plaisent.
Le correctif ne rendait pas à Abel sa bruyère du Cap ; il n'admettait pas AillVBi'fi'tt eût ftût un acte de gahuMerie volontaire dans ce qu'il plair srit à lÎMdemoiselle de Touralbe de considérer ainsi.
Four te dispenser de répondre, Abelfutheoreux du bruit que firent les ckMBt en fri^ipaBt les pavés de la chaussée du Pecq.
llfc jrBIsda la maîsoD était ourerte : la voiture n'eut qu'à tourner pev4iredai§la cour.
Derrière les carreaux de la porte d» vestibule, madame Dalionne se ■MÉNMeeomit vers ses amis de retour, suivie de Blanca qui portait un
Aprh U étoer, q«^ avait été retardé nour donner à Abel et à mademàaéÊù de Ibimme le temps d'y assister, madame Dalionne se retira amssMl dans sa chambre. Une heure après Abel s'y rendit.
— Je vo«s trouve iMlle ce soir, hii dit Abelen s'asseyant vis«À-vis d^Hé MKèsdulMi.
—-CM qm f ai eu firoid tonte l'à|rè»*midi. La pièce n'est pas lièB ctande quand on oublie d'entretenir le feu. 11 s'est presque éteint tandis mm iS'lsais en vous attendant.
— La tamps vous aura pane maàùB long si l'ouvrage que voua liam ^tail'af Ménissaiit. .
* n m'aparu très long malgré cela.
««GspeMant, dit Abel , nous n'avons pas dépassé le tempe convenu calr» new. Lee chemins s'étaient pas fbit praticables, et mademoiselle db Itaralbe est restée enfermée ph» de deux heures dans le oonveiiU
•^ le ne vo«s adresse aucun reproche, mon ami. Allez-vûue m'en ftûvo étmqm ffti désiré votre retourt ITétatHe engagée à ne pas m'enroyer MMlM volve aleeneet
~4S qm vous dites, madame, suffit pourqoe je lenette de n*êlpe f aiiLim plus tét, et presque de vous avoir obéi en allant aux Lom.
— Pourquoi cel», Abelt Je vous sais vu gré infini de votre comphii^ «■asu MsB plus grand désir était, tout en hâunt de mes verax votre retMara« Peeq , que vous prissiei quelque plaisir h celle promenade eo compagnie d une charmante personne. Eh bien I que penseu»vous matntemmêè inutoumaelle de TtmralteT est-^He aussi aimable dans fai solitude ^aadbna lé raondeT Gûnflei-moi votra epînien> sans mélan^ de galmiteriOL Cest une amie de plus que je veux m^assurer en elle) le ne serais Mattdiée de l'apprécier par vous. ^, ^ ^ ^^, ^étaU beaucoup d'honneur que madame miaona Msail'à Abel eo
190 U MÉDIGIIf DU PBOQ.
rélerant à la hauteur d'un observateur si délié. Personod ne miiilait moins un tel élogey surtout au moment où il lui était adressé par madana Didzonne , sur le compte de laijuelle il avoua en lui-même s'être tamfé quand il avait cru tantôt la voir mal disposée. Au 8(m de sa toùl « parfaitement égale y et à son teint » moins pale depuis Quelques minateif i fut convaincu de Terreur de sa remarque. Les joues de madame Deln— Fi étaient presque animées.
L'excellent observateur oubliait que les rayonnemens du coke, qui d^ venait une fournaise à leurs pieds, enluminaient les joues de madama Balzonne de ses reflets pourpres. U était comme les énCâns, qui cmiisBiMit volontiers que la neige est rouge parce qu'ils l'ont vue au coochK du soleil sous un certain angle de réfraction.
•* Voyons, Abel, dites-moi comment elle a été avec vous.
«- D'abord silencieuse et très pensive.
— J'en étais sûre : c'est l'impression de la solitude sur les ( lions maladives. Mais ensuite?
— Ensuite nous avons causé de choses indifférentes. Madame Dalzonne reconnut qu'Abel ne disait pas la vérité , à i
tiraillemens nerveux tracés aux coins de sa bouche» petites trahlsom habituelles que chacun a, et que nul ne soupçonne de toute sa vie soafant
— Tout à fait indifférentes, AbelT
— Pas précisément; ses projets d'avenir y étaient légèrement mlléi: propos lents , confus , gônés parce que je les encourageais peu ; tristet I cause de l'endroit où nous éuons.
— Si elle vous a demandé des conseils, je ne l'en félicite guère : votts observez bien , mais vous êtes le conseiller le plus stérile que ie sache. Permettez-moi d'en rire, mon cher Abel, ajouta madame Dausonne en riant, mais en se penchant vers le feu pour ne pas montrer comment éUe liait.
— Mais je n'ai pas dit, répondit Abel , que mademoiselle de Toonlbe m'ait demandé un conseil. Avez-vous conclu cela de mes parolesT
•» Je le croyais, mon ami. Elle vous a pourtant conflé sa vie, ses projets : pourauoi donc toutes ces révélations? que j'approuve aa fond » car vous êtes de bon conseil quand vous vous en donnez la peine.
— Ceci est une étrange erreur de votre part ou de la miaine , je tous jure. Mademoiselle de Touralbe ne m'a pris ni pour son confident ni pour son confesseur. En vérité, me connaît-elle assez pour cela?
Comme il ment! pensait madame Dalzonne en no cessant de consulter les infaillibles marques du mensonge autour des lèvres d^Abel. Mais qoa me cache-t-il? Un secret? Entre lui et elle déjà un secret ! Mes preaaeBtimons n'étaient donc pas faux? Imprudente !
•» Après tout , repnt-ello , ie ne sais pourquoi je veux tant avoir Pair de connaître par vous ce ou'il me serait si aisé d apprendre de U boucha do mademoiselle de Touralbe. Je serais fâchée au contraire, si j'étais curieuse au point do me préoccuper de la conversation que vous avez eue ensemble , d'en savoir le sujet par une autre personne au*elle. C'est moi qui, dans ce cas , manquerais de confiance , et non pas elle , qui m'a déjà appris, en quittant la table, que la bruyère du Cap dont elle m'a rapporté une si jolie branche lui venait de vous. Vous lui pardonnerez, je l'espèie, d'avoir disposé en ma faveur d'un si gracieux caueau.
— Ma politesse ne pouvait être plus heureusement détournée. J'aurais désiré cependant, toute faible qu'eue est, que vous n'y eussiez point participé de seconde main.
— Je vous remercie de l'intention , mon ami , mais je ne devine pas
Sourquoi cette branche ne serait pas arrivée directement au Pecq à i'GBîlM e votre habit.
•* Eh quoi! vous no comprenez pas, reprit Abel, qu'elle a aidé mademoiselle de Touralbe è réparer son'ouUi?
ut MÉBBCUf 0U FECO- fl9t
• Qael oubli?
*- Ne fous avait-elle pas promis de tous rapporter du couvent des Loges une des belles roses du Bengale qu'on j cultive? En route, elle s'est souvenue de la commission maniluée, et moi, pour la consoler, je lui ai cédé, sur sa demande empressée, la branche ae bruyère.
— Cesl juste, répondit madame Dalzonne, pleinement persuadée de ii*«voir pas prié mademoiselle de Touralbe de lui rapporter une rose; c'est vm ; je me le rappelle maintenant. Il faut c[ue je sois indulgente à 9MD tour pour son peu de mémoire, puisqu'il était échappé de la mienoa gae ie favais chargée de cette comm&sion. Vraiment tout le yni de votre Sâoifloe me revrânt , et j'en suis touchée autant que je suis confiise de n'avoir pas deviné plus tôt le mot de cette charmante comédie.
En observateur infaillible^ Âbel, pour répondre à la haute opmîon omçue ds sa perspicacité, pnt sans doute en bonne part les dernières pa- Tolâ de madame Dalzonne, dont les mains convulsives, pour donner le change à leur tremblement fiévreux, broyaient, dispersaient sans raisoo, amoncelaient en pyramides fantastiques les amas de braise du foyer.
•» Ainsi, continua madame Dalzonne, ce voyage, comme je vous l'avais préifit, a amélioré votre- jugement sur mademoiselle de Touralbe, et vous coiivînidrez désormais, sans condescendance pour moi , son admiratrice, sans recourir ^ votre générosité universelle envers les femmes, qu'elle est d'une perfection absolue.
— En cela mon opinion, affirma Abel, a été conforme à la vOtre depuis le premier jour où nous l'avons vue ici.
— Qu'eue a une taille comme l'ont peu de femmes. " ie pense encore comme vous.
" Que ses manières, son éducation en font une penonne accomplie, acheva madame Dalzonne , buvant jusqu'au fond le poison qu'elle avait extrait eUe-mfime de ses terribles inductions.
— Mais on dirait, répliqua Abd un peu surpris, à la fin, de la raideac de l'apologie, que vous avez une secrète envie de vous essorer de ma con- Tîction, dont tous douteriez ^ tort.
•» Moîl Vous vous trompez, Abel; il ne me reste pas Tombre du doute sar la sincérité de votre estime pour une aussi rare personne. Si j'ai apporté tant d'instance à avoir votre avis. C'était jians rintérêt d'une amitié noovdle près de se fonder, et un peu, je ne vous cache rien • en vue de complaire h la vanité de mon jugement, fier maintenant d'être en tout conlonne an vdtre.
— Ahl non Dieu I s'écria Abel en saisissant précipitamment avec ses doigts m tison tombé sur le pied de madame Dalzonne, votre pied brûlot
— ie ne sentais rien , mon ami , répondit madame Dalzonne. Et elle enveloppa son pied dans son mouchoir sans manifester la moindre douleur.
Le m avait consumé une large place du bas et mis à nu la chair. «» Je vais appeler quelqu'un ; vous devez horriblement souffrir.
— lestez, mon ami; ce n'est rien. Cela guérira dans la nuit.
— Mais comment n'avez-vous rien éprouvé? ^ le voQs écoutais avec tant d'intérêt I
«• Je sois désespéré alors , reprit Abel, de vons avoir fait attendre si loag-leBips mon jugement sur une personne à laquelle vous tenez à donner TOtie aaitié tout entière.
— *Noa pas tout entière, Abd. Mais poorquoi m'avez-vons dit que I pied brûlait? Oui, je souffre , je soutire beaucoup à présent Quâle lonable doolenrl Non, encore une fois, ne sonnez paô. QuiUez-mol. j Abel; ne vous chamnez pas ainsi : vous savez qoe ce n'est nulle- » dangereux. Adieu; demain je n'y penserai plus. AdienI Abel. 8ar la prière de madame Dalzonne, Abel se retira dans sa chambrej •è flpensa... à Defgenmnette-dnq-beures.
ISI LB MÉMCnV DC KCQ.
xvn.
Jamais la doGtearCalfeyTae-n'avalt eonna de tristesse semUable k edb dont il lut frappé eu rentrant dans sa chambre après avoir entends loi proies si fioiaes, si conrectemMit répulsives de madame DalzooM. Lis Mures de sa YÎe , toute dévouée à U eonserralion de la vie des a«tiea» n'avaient pas toujours marché au bord d'un cercle d'émail et entre. dm aiguilles (for; il s'était souvent reproché, à la place où il était assis, aoocModé sur la même table et à la clarté solitaire de la môme lampe» |te d*une santé peut-élre compromise par sa prédpitation , plus d'une mort
S'il n'avait pas su ék»gner par les conjurations puissantes de son kL il avait expié des erreurs dans de soucieuses insoramies, toutes rsMp plies de recherches à travers les souterrains obscurs, étroits et mystériens de la vie. Que de fois, la veille d une opération décisive, son front Uéfmei rempli du vide prophétique du jeûne, s'était heurté et meurtri aux anries de tous les systèmes créés, siècle à siècle, par les laborieux génies* la médecine î que d^mpies efforts il avait tentés, dans l'exaltation de m nuits, pour surprendre aux mains toujours trop hautes du créateur le s^ crct du mal, qu*il tient dans l'une, et le secret de la guérison, qu'il cadto dans l'autre I combien de fois , dans ses doutes, il avait été sur le pmnt de nier la science, de se maudire comme un criminel envers l'humanM» de désespoir de ne pouvoir sauver tant de beaux enfans frais, séraphiques et roses, assaillis au berceau par ce tigre invisible qui les saisit 2i la gorge, et qui pour les étouffer leur met son nom dans la bouche, le en»; et tant de jonnes Glles dont les transparentes couleurs accusaient le symptôme de ce poison qui fait qu'elles aiment do bonne heure et qu'eHes meurent aussiliU emportées dans les bras do ce vampire, appelé la pAAi* »iê; ot tant de douces mères, qui , pour premier gage d'afit-ction, avaient laissé leur vie dans celle de leur enfant! Ce corlége silencieux , voilé, paisible, les pieds nus , avait passé bien souvent on bandes silencîenses sous les yeux épouvantés du docteur , qui en avait pleuré au dedans comme Ûgolin. Ëh bien ! jamais, à ces heures do désespoir réfléchi, ii n'avait enduro de tournions intérieurs aussi acérés que ceux qu'il ressentait maintenant.
C'est que Thommo se trompe en ceci. U compose, h sa guise, des temps de passion et des années de calme , dos époques de croissance et de floraison, et des temps de plénitude et d'arrêt. Il va plus loin dans sa rénar* tition méthodique : il assigne à sa puissance de désir des niodiOcations établies arbitrairement sur une échelle d'âge. Au premier âge les jeux , la vie des fleurs et des oiseaux, lo bonheur de Toiseau et do Ta fleur ; au second l'attraction tendre , le penchant de l'Ame vers l'âme , Tamour; au troisième âge, moins pur, moms flexiUe, le travail, le rang , la solidarité de la peine avec la faniillo qu'on a ou qu'on se fonde ; au quatriènva âge.
ajouté i
douleur. Cette erreur est de supposer que les barrières levées par nous entre un âge et les autres âges ne sont pu susceptibles d'être franchies d'un bond, on plutôt arrachées et jetées an loin, et si loin que la plaine, ainsi privée de ses acddens, effraie de son immensité la faiblesse de l'homme. U croyait qu'à trente ans il était sauvegardé des passions ém cœur, anéanties an feu d'un âge plus jeune, et qu'à quarante ans il n'avait plus qu'à cimonter avec leurs cendnos l'écttfice de son ambition. Anlour de cette illusion se groupent sans douta quelques exemples pour la i
tmàv a réut'de croyance ; mais cpio do dcsabafemcns cruelâdépoi^^t aussi cofiire elle « et cfuiit le toofide a'esl p^s insiruii 1 cor, lotstfUô Vûiom^ louche I cc^ mnntimeits si Ikis de laur ^lidité, pexsuitnB D*aocottn pair laééfc ^ ' ' t : îts st.* dévnit'ni dans la nuii ^ lefetiist m oentio |
jisipL' linimo lu fumée.
^^iil - ' ' vie^ an dit mn amour an ?ei3t, an sôteîf«
^|p fi>! i n est pas plus lionteuK quo de k kuEigud
^fcrflN . Jii.iii, vingt ;t! • '" ?:ir(ï, Thomme a peur
co m mv . ion i me d 'u n 1 1 ■ \ c ^ r 1 1 d é;ib«n ara n l , d a
p au ïnilieu du l>..j .^. l^ uco jçnvo et do stm
us il Mï fait solennel » et plas la passion tour^
son manteau ds3 philosopae, EUc va chcmhor
lui dîi: — Tues jeune!
lâ payé son îribut aux Biigênc^ dalAJ(^n€S£â avec homnicâ, I famille peu aisée du midi de k
I 11 l%>cas-
4v,mii iiLL ■ b; ^ de la i 7)|uur de i i
prit. Vu
(iuriiiT larçent cousacr^ k ses il vi^ (k: dikipiilation au se complaisent te^ Paris; su pcute pension avait tûiit^ïista in:^ la c^'^pitalc* lUvu docteur, TarmcG^ca lo sur un cheval de bataille, rompnt sa ML LUI i:niiEUT en échange le stoïcisme du soldAt* La i fécondes années de Calvpyrac: peodiiit dix msp m;1 j il fut un éj fi^UK qui c.icluTent h^ plaies dd lie la ehnrpie. H était k Stmilonsk, k Tincendiis 40 Oi ha d WaLerltK> <|tiu Napoléon , [o voyant mnm , lui erta: — âtonêiettr^ qutt eH votre çrûdef^^ w SUIS nK''dt3Ciïi. — Bn et mt, je taU dirt am ;nçr Us bl€uét* Cb mot immortel est tout il ùm de campagnes k travers lEiiropo^ '•^ yu retour des BouiSans^ loul^ les avenues I lut. Plus habiles, les hommes de son âge o&ta dans les hôpilauin^dans les adminislnitiomf . mal vu h causa dû sa fidélttâ împëriak , s^is aiu Irappur a la porlo d'tmo de cm maisons de santé qui i les cnvimns de Paris , refuge obscur d'adntiiaM^ talens. là il - années; ÎT ^ ' "* -iTy. sî communes, mois rime CI1-: isfaiie ; il s'y acquit
■ ' ' : lul i. ir-^ ma «i ' ' pOlir SO prâS!»-
ment d\in oni N vé. Il alla à I&
. vait pas encorcau;^-4.^i:.4damé Dalftmne» r\i h Ifî ace i dên t de sa vie zm Tacc ne il Ut b îen , iiideuHii'^é pour de préçieai servicc^s dnns I pu connu de traiter les maladit.^ mentales, il put Iti^nlrlc en deîiora de la mai son ^ suit à Saint-ti^r-- •Oil d«ui^ le cuti Ion, Un T^ppi'Ia bîenidt da tous les points de Tâjv i^nt ; t>n Va\mn potir *^a parole eûcourageantG et familièro, pour FTiabdf:^ pauvri'^ ; fiibs^int si nombr^iuc u lîe ti^ufts h l'ai; ri du bcsum, au milieu M ; îiiau il m ini p* riche. On ne lo devient ps ' decine sur un UieAtro étroit* Ce n*est pas qu*il ta ^k SCS meilleures oonûdéiîtes^ji madame Daltoniie de la mêdiocrit<i de sa posîtiûii : le» guerres do ,«;^..„ i...... 1, »..,... ,.i..^ *"' "îTinft* Sans son fermm
mis qu'en dfmièra ..^ . ..;,^- , ..M.^^ i. .^ conUAÛïSanl lemondd généiftuf tfeni il avait rempls au baaanl «aee avait laissé quelque place^ Calvef-
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Fdr se marier a^ itilûiedesVv L.
Iffi wapffÊBlà. qu'un iKimme ncbe est capable d^atïeîiidn] I tout but imiK
124 IB HiDEcnf DU noQ.
ginable. LTi-propos de ce raisonnement à pea près j[uste Fayant frappé an moment où son amour pour madame Dalzonne était parvenu diez udao plus haut point d'une obsession ardente et entretenue par des s^pesqnll anit acceptés comme des promesses, par des lenteurs qu'il avait aifliées comme des réflexions , et par des jalousies auxquelles toutes ces dMiaes s'étaient aiguisées, il s'était attendu, en se prononçant enfin ouTertaineDl, sinon à un succès absolu, du moins à une réponse moins accablante, moins dénuée de tout espoir que celle dont il commentait maintenant une kvm les expressions, dans le ^ence de la nuit.
En promenant ses mains sur chaque objet placé près de lui , et en sa les reposant sur rien , il redisait la phrase poignante de madame Dalzonne : — « Cette femme est beaucoup trop jeune pour vous , dodear, n'y songez pas. »
n jouait ensuite arec le cercle de sa lampe , dont la clarté, à ee jeu, était souvent près de s'éteindre , et il disait : — Non , n'y iongêx jMf • — n se versait de l'eau dans un verre, et il oubliait de boire pour muimi- Ter : — Cette femme est beaucoup tropieune pour vous^ docteur.
Désolante vérité, contre laquelle le docteur n'avait pas l'énergie de sb débattre , trop convaincu d'en mériter l'application ; — trop jeune I — fc suis donc trop vieux I — Cette remarque foudroyante avait surpris Ctfveyrac, comme serait surpris un homme auquel on dévoilerai! pour
première fois de sa vie quil est difforme. Son âge ne l'avait jamais och cupé; il avait vécu pour le travail de la pensée, pour l'étude de sa profession , jamais dans l'inintellisible orgueil d'être un objet d'agrément aux femmes, bornant sa mise a la propreté exacte des honnétageDS.
S m'importait l'âge? Forcé trop tard de faire un retour sur lui-mtae afin e se demander s'il possédait les qualités que madame Dalzonne érigeait en titres indispensables , il se démontrait au vif combien il était Inu de les réunir, n se traîna devant sa glace ; triste inspection ! son front avait des rides, ses cheveux étaient rares, et ses yeux roulaient trop de larmes pour qu'il aperçût le feu de leur rare intelligence. De son visage il de»dëndit h l'examen de sa toilette : point de grâce, rien de moelleux; son buste affectait tout au plus b fierté du régime militaire. Pauvre docteur!' il s'avoua en soupirant son infériorité , il partagea l'opinion de madame Dalzonne; il confessa sa maturité grave à haute voix ; il commanda le feu à Tâffé qui le fusillait en face. ^ Je suis fini, dit-il, elle a raison.
»OhT pourquoi ne suis-ie plus jeune pour elle que j'aime tant, que j'aimerai toujours! N'être plus jeune! moi qui ai tant souffert quûia je qui n ai connu dans ces pâles années, dont je demandais la fin, ni
jours trop vieux I Elle n'était pas pour moi !
Quel cnarme pour ma vie, ae l'avoir h mon bras, d^êtro son appui, son honneur, de rapporter tout à elle, de lui dire le matin : — Encouragei ma main tremblante , ma bonne amie ; aujourd'hui la vie d'un homme sera dans mon habileté; embrassez-moi ! et je le sauverai ; et de lui dira au retour, en me jetant dans ses bras : — Mon amie , il est sauvé I Q ne m'a pas donné de l'or, mais sa mère m'a pris les mains et m'a béni. Tenez, mon amie, partageons. Oh I cela soulage, fait vivre, l'éloge de la femme qu'on aime, qui pleure de vos pleurs, qui rit de votre joie I
Je suis vieux, c'est vrai, j'ai (juarante ans passés ; mais jamais on ne m*a reproché une faute dans ma vie. Je suis vieux, mais je saurais rendre ma femme heureuse; je n'avilirais point son rêle auprès de moi, elle ne serait point mon esclave ; tous mes secrets, tous mes désirs, tout mon cœur pour elle ! Oui, j'ai du cœur! On n'est jamais indigne d*une femme avec cela.
Mais c'est lui (ju'elle aime, lui! Âbel! lui que la mort dispute chaque heure à la vie I lui plus jeune, lui touchant dans ses souffrances I Eh
LB MiDECm DU PECQ. 125
sage triste le doux rayon de ses ^ux.
Quelle bocriMe pensée il me Tient.1 Ce n*est pas moi qui Tai appelée ; œ n'est pas moi, aest la douleurl c*est le désespoir 1 Moi ne pas le sau?er si je le puis! moi le laisser aller de langueur en langueur jusqu'à la mort, ptroe qu'il est aimé I Oh ! non ! mon cœur à elle ! ma science, mes soins a Inil J'aurai la force de mon devoir : je rendrai h sa raison sa laenr égarée, je le ferai fort autant que l'art le permettra; et quand il sera saurév je lui dirai, à elle : ~ Voilà celui que vous aimez, il vivra ; moi, je pars; adieu!
Je ne sois plus jeune, mais j'ai fait une noble action, me dirai-je loin d'eue, sur les mers ([ui me conduiront vers mon frère. Us penseront qnélgueiois à moi, moi qui rencontrerai peut^tre dans une autre contrée des idées, des travaux qui me distrairont. Mon frère a des enfàns : je les élèverai; je les aimerai oien ! Et je me rappellerai quelquefois Saint-Gei^ main, la petite chambre du docteur, ce coin où j'aurai tant aimé et pleuré ; et f aurai avec moi ceci, qu^elle m'a brodé de ses mains, ceci, oui, ceci I
Et le docteur posa ses lèvres tremblantes, son visage inondé de larmes sur la trame brodée par madame Dalzonne. » Ne m'aimez pas parce que je ne suis plus jeune ; mais vous ne m'empêcherez pas de vous aimer !
Le dodeur se tut tout à coup dans ses sanglots : un bruit avait réveillé son attention. Ce bruit était comme celui d'une pierre qui se brise en tombant. Il aUa vers la fenêtre ; il écarta un coin du rideau. Deux heures sonnaient à l'horloge de la maison.
— Ce bnùt est singulier! dit le docteur. Il ne fait aucun vent: ce n'est pas le vent qui aura détaché quelque tuile.
A la lueur de la lune, qui portait en plein sur Ui Coiçade opposée à ses, cnÛBées, il crut apercevoir comme une ombre derrière la grille de bois élevée le long de la terrasse qui joignait le pavillon de Champeaux et celui da mademoiselle de Touralbe. Calveyrac regarda mieux : rombre prit la (orme d'un corps en frôlant pas à pas et de nroûl l'obstacle de la gnlle de bois. —-Cet homme est un voleur, pensa Calveyrac, et il n'ira guère plus loin : je l'attends au passage.
Le docteur avait armé un pistolet. Le passage avait une porte cintrée indiquée par le dessin môme de la grille afin de permettre, l'été, aux locataires de rMarder dans le petit janiin à travers les chèvrefeuilles et les oobea. Il tadlait que l'homme qu'épiait le docteur passât devant cette ar^ code découverte pour se rendre au pavillon de mademoiselle do Touralbe, ou qu'il reculât.
Le docteur ouvrit lentement la fenêtre.
L'homme avançait toujours; il allait se trouver h découvert.
Toujours avec beaucoup do précaution , Calveyrac agrandit encore un
5«i jm la distance entre les aeux portans, afin de faciliter le passage iu pistolet. Ce mouvement fut entendu do Thomme au moment ou il paraissait sous le cintre de l'arcade. 11 s'arrêta net; rien ne le cachait plus. — Cest M. Champeaux, murmura Calveyrac. Où va-t-il donc? Le docteur retira Varme et conlinua à suivre des yeux les intentions
le séparait de la porte du pavillon de mademoiselle de Touralbe.
Le docteur vit abrs que Champeaux frappa deux petits coups à cette porte, qui s'ouvrit aussitôt. Elle se referma sur Champeaux.
Ils sont d'mtelligence, pensa le docteur, ils s'entendent I Champeaux aarait donc l'amant de mademoiselle de Touralbe T
Quelque réservé en conjectures que fût le docteur, il ne put pas f^fro
126 IB MfelCllI DO fBCQ.
d'un auto «ris que 8» yeux, qui pendant une heure reslàrent alladiés aor h passage aenen où il avait m le commenoement d'une mingm û lÛD de sa pensée.
Au bout d*une heure Champeanx lepassa; îl rentnii chez loL
Je nef aurais jamaia cru, se dit ledixteur : une jeune femme si fière «t un tel homme! n est vrai qu'il est jeune, lui, munnuBari-A arec ironie el en relennant la croisée.
Calvevrac passa le reste de la nuit à écrire à madame Hahme me lettre ou il lui disait qu'il était obligé do quitter la France dans trois mois: son ayenir eiigeait qu*il allât s'étamir à fioméo, auprès delalullade son frère.
Quand il eut déduit les motifs do sa résolution, il se promit de ne remettre sa lettre à madame Dalzonne que dans quinze jouis. Dn jeune homme n'aurait pas attendu la fin do la journée snivanle pour comnaniquer un tel projet*
xvm.
Calyeyrtic n'était pas seid ii souffrir pendant cette nuit qui 8*éosriût cntro la double lueur de la lune et de la neige : madame Dafaonae ne dormait pas non pLus; elle soulevait des blocs de projets, tons Inbs, tous réahsables an premier abord , impossibles, cxtravagans a» minute après. Ello ne flottait plus, comme dans l'après-midi , d'indécisian en indécision en attendant Abel, en songeant à mademoiselle de Touralbe : sa conviction était complète , fermement scellée , à ouel^e coin qn'éDe se mît pour tenter de Tébranler. Aussi renonca-t-elle vite aux moyens complaisans , aux lâchetés de Tirrésolution. Elle n'était pas la femme des espérances injusUGables. Elle sonda la réalité et y oescendit avec courage , au risque de mourir étouffée au fond. Convaincue que la promenade aux Loges , provoquée par cllo et rien que par elle, avait été l'occasion d'mi commencement d'intimité entre Abel et mademoiselle de Touralbe, elle Comprima sa douleur, et passa fièi^ement sur d'inutiles regrets, et, essuyant des lannes importunes, elle évoqua les moyens de léduire le mal a l'effroi d'une menace. Le projet était liéroique, mais b réussite n*était pas aux ordres de sa volonté , parfois brusquement détournée par le cri du cœur, confident orageux dont il faut se méfier dan» le bien comme dans le mal avant de rien entreprendre , sous peine de mort ou de ridicule.
Madame Dalzonne eut d'abord Vidéo de reproclior à Abel sa légèreté, mot faible qui cache l'origine d'irréparables fautes ; de lui montrer sans aigreur son peu do reconnaissance , la versatilité de ses attaclicmens, et de paraître en tout cola digno , bonne , peu uffoctéol Le moyen fut aussitôt rejeté aue conçu. Abel avait une réponse prête : n aurait-il pas accusé d'inoonsoquence celle qui avait déployé tant de ciialeur pour lai faire commettre la faute reprocl)ée , et reprochée d'ailleurs d'un ton à indulgent? le délit disparaissait sous les formes niOmos du réquisitoire.
Se jetterait-elle au cou d'Aljel et le supplierait-elle de ne point lui donner une rivale , de reprendre auprès do madeinoislle de Touralbe son attitude froide et à peine polie ? Non : elle n'ignorait pas combien ces humiliations rapportent peu en dehors de la rougeur dont elles colorent le front, et combien, au contraire, elles changent souvent Tin justice en froideur, la pire des injustices, ou en hypocrisie , dernier terme de tontes choses.
Elle pouvait aussi inventer un prétexte , cent prétextes pour fioifer mademoiselle de Touralbe à quitter la maison de santé ; mais le plus rai-
us MÉDSCIM DU KOO* iSB
•oanaUede ces motifs Mirait le caractèro d'une Teogeaiioe aux jrouz de toQi leoMnde , et infoiUiblemeiit aux yeux de celle qui devait le luoins
Maifl j'aums donc peur d'dlel se demasda-treUe en se feTani^deu or SOB lit et en resunt Bresqalt déoouvwt dans son mouTeroent die- -wêknmp». Peur de f uoit Elfe est belle , feu con?ieiis, d'une llguie doaœ et langmiMuse.
Madame Dilaenne prit à deux mains ses longues tresses de cherenx ■oirs , plus luisantes que si elles sortaient de Teau , et elle les rassembla mir eon é^le nue , manche et dorée ccmme les ont les brunes la nuit*
JBUerqirit: — Blé a de la hardiesse dans la taille; elle touche à peine la isne» tant son corps lui donne peu de fatigue à porter ; c'est nae luMeei déliée personne, je l'avoue.
En l'anmant. madame Dalzonne enfionj^itdanale milieade Fédredon «n mad roso délidousemcnt modelé , qui avait la rondeur coquette d*im ûomm deWatteau.
Je sais encore qu'un jeune homme doit comparer mademoiselle do Touxalbe aux créations des poètes , aux types mélancoliques de Byron ; jo Tends justice au caractère élevé de sa beauté. Elle a vingt ans, die est luen jeune!
liais ne suis-je plus jeune? s^écria madame Dalzomie , ravissante *"" erté irréflc " "
la liberté irréfléchie de sa tenue. Si elle est jeune , ne le sois-je pas? Je le suis un peu moins pcut-^re; mais cesse-t-on si tôt d^tre jenne? n*est-onjp1us jeune h vingt-sept ou à vingt-huit ans?
Vais-je sur vmgt-sept cm sar vingt-huit? Je suis née en février , nous sommes en décembre : deux mois encore pour avohr vingt-huit ans ou Tîngtpsept. Bntrerai-ie en février dans ma vingt-huitième ou dans ma Tîn^t-neuvième année? Vingt-neuf, c'est affreux: c'est si mes de trente! Mais non, en février je n*anrai que vingt^^t ans accomplis.
Pour en finir avec son doute , madanio Mzonne rejeta de côté Tédr e- '^on et la eonverturc, et s'étança, légère comme un faon , hors du lit. Nu-pieds , les cheveux en désordre, elle courut h son secrétaire , rouvrit ^ tira piomntement Tun après Tautre Um^ les tiroir^ Au dernier, il y avait une boite de cèdre : c'était celle qu*ello cherchait. Eito sépare lo couvercle du fond... Un portrait! — Image peut-être aimée autrefois, ce portrait est une date do huit ans. Il est cacné avec dépit , la botte do cèdine est lepousbce au fond du tiroir. Ses mains tremblantes saisissent un petit carton : ollo s*est enfîn souvenue que son billet de première communion y est enfermé. Les billets de première communion sont aussi des dates irrécusables. Elle prend en tremblant ce billet, qui a déjà le iade parfum du passé, le déplie près de son cœur qui bat; elle Touvre, le parcourt... Faiblesse de Pdme! sa respiration s'arrête, ses jambes fléchissent, elle pousse un long gémissement: elle a vingt-huit ans; dans deux mois elle entrera dans sa vingt-neuvième année! — Oh ! c'est nae craelle certitude ! dit-elle.
Et cependant elle n*avait jamais été plus belle h, aucun autre instant de sa vie. La douleur de vieillir, expnmée sur un visage si jeune de force et porté par un coips dont tons les regards des hommes eussent avoué la voluptueuse perfection, cette douleur donnait à madame Aalsonne, dans ce quart dlieure de désespoir, la beauté de la tristesse, parure gu*c1lo mettait pour la première lois.
La crise fut courte, et ne triompha pas d'elle comme-de Calvoyrac.
Elle dit d*abord pnr transition : — Qui m*assiiro que mademoiselle do Touralbe n'a que vingt ans? qui sait, excepté moi, que j'en ai vingtliuil. Et d'ailleurs^ si Abel m*a aimée Ton passé , quand j'avais un an de
ISB LB MÉDECIN DU FEGQ.
moins, pourquoi oesserait-il de m^aimer cette année, parce que j*ai gndmci mois de plus , quelques mois seulement? Bst-ce Tage ici qui doit minquiéterT c'est linconstanoe d'un esprit malade, d'un caractère înouiet, amoureux du changement comme d'un air difTérent qu'il croirait tm» Table à sa guérison. Abel agit arec moins d'égo^^me, se reprit-elle; maû il va ou son esprit renCrame, où le premier vent le pousse. Je lui c montré une belle fleur inconnue, il l'a désirée : c*est ma fuite. Oh! ooi^ <^eBt ma lautel Une joie du coeur me l'enlère I Et pourquoi une peiaâ du cœur ne mêle ramenerait-elle pasîoui, une peine nouvelle qui tnNH Merait son attention , couperait son toI, et le lerait tomber dons oas bras. Je connais Abel : à la premik^ contrariété , il se replierait sur Imméme: et, comme il n'a aucun appui en lui, il reviendrait à nol tout faible , tout contrit, désolé , m'implorant. Alors, je me l'attadMnis par te liens si imprudemment dénoues: et il ne m'arrivera plus , soa 'lois que j'aurai repris mon autorité quil chérissait tant^ d» riaq«r mon Donheur ^ur savoir s'il est durable. Que lui dirai-je pour celaf
?nel chanin lui susciter sans trop retarder sa guérison? de quelle pmâa Élfiîgert une pensée que je puisse vaincre en lui plus tard, dès que ji n'en aurai plus besoin.
Tai un mojen, se dit madame Dalzonne en so cachant sous sa ooave^ ture comme un conspirateur antique s'enveloppait de son manteau, j'ai ua moyen I
Demain... Mais non, aujourd'hui même, quand le jour sera Tenu, j'écris rai è M. André, mon avocat, que j'ai résolu de vendre mon établissemenl. Je le chargerai en conséquence d'annoncer la vente par des afBdns, det insertions dans les journaux. Dès demain Abel saura cette nonvéUa par son journal qu'il lit régulièrement. 11 sera surpris; il ne manmierapos derecourir à des explications. Je les lui donnerai posément, froidement : je lui dirai qu'assez riche pour yivre sans le souci auno pesante responsabilité, j'ai pensé à me retirer dans <iuelque petite villo de la Normandie où j'ai des parens. C'est un projet, ajouterai-je, mûri depuis long-tenq».
S'il est renversé, si sa fi(;ure, si ses paroles annoncent uu rif regret, s'il pleure comme autrefois, comme il n'y a que deux jours, là, sur mon cœur, alors je ne partirai pas ; non, Abel, je ne partirai pas I
Pendant quelques minutes les paroles vives, fébriles, résolues de ma* dame Dalzonne se turent. On n'aurait vu qu'une couverture agitée par éss ondulations.
Elle acheva son monologue :
Si, au contraire, il laisse passer mon projet sans essayer d'en empêcher la r^lisation, si je n'ai de sa bouche ni objections , ni prières, ni larmes, car je veux des larmes ; est-ce que je ne pleure pas, moi? alors... alors... Oui, mon Dieu! alors je vendrai cette maison, je la vendrai tout de suite, dussé-je y perdre, du^é-je la donner pour rien, et je m'en irai, je ne le Terrai plus.
Ce projet est bon, mon sort va s'éclaircir.
Une seconde fois madame Dalzonne quitta son lit, et elle alla à son se» crétaire, où elle écrivit à son avocat pour le charger d'annoncer la mise en vente de la maison de santé du Pecq.
Quand la lettre fut cachetée elle sonna, n était à peine jour.
La domestique, qui couchait dans un cabinet voisin, accourut aussitôt, et euiûore endormie, auprès de madame Dalzonne. Elle pensa que sa maû tresse était indisposée.
•* Marie, lui dit madame Dalzonne, dans une heure vous jetterez cette lettre à la poste.
— Madame n'a besoin de rient
— De rien.
tB vàùEcm DU l>BG#.
0 mi èisé de suppûsor qu'Abe! no dormaîi pas plus que madame Dtl* ' TOane et le docteur Calveyrac : la m^me journcc ai ait apparié des évé<nemens auxquels chacun des trois pen^n nages de celUs hiâiolre arail pris ■ um part directe» en s'y associant dans une propodion d'inlérêt graduée à sa situation particulière* Calveyrac avait fait do madame Dakonn^ ]§ fmntômû de son insomnie ; celle-ci, sans soupçonner une seule fois la doi^ leur dont die ^tait la cause ^ ti^avait eu de la mémoire et des larmes qo» pour At»el ; et Abel h son Leur avait eiclusivement occupé sa nuit k pe^ mst à Lt ferme df? Borgerin.
Son attention revint d'abord pas ^ pas sur chaque incident de Taprea* fnidt passée h Fromainville, Derrière la brume opaîe du demi*sortïmeil il distinguAit la maison de Bergerîn, la neigo de la cour^ la pièce démeubléâf «I Be^oronDetteK^inq-heures assise sur la paille. Un silenco brun et doré, comme il s^eo fait dans les rHcs^ enveloppait les contours du tablcûu, qui s*évoporait pour n™raitre* L'épisode de la branche de bruyère cou* pée et offerte par la fllle de Bergerin se reproduisait toujours au regant «ûBBètoDt d'Abcl avec plus de charme, et fuyait avec plus do reml ; dMfUlt&te fleur, pâle et inodore, comme il en fleurit tant dans les poèmes 4o Nord sur la tèie des jeunes (iiles qui s*en vont au ciel la veille ae leun noces.
Béroé de cette douce léthargie » qu'il prolongeait k son gré par ta forcô 4» fCiD désir, ii entrevoyait dans un lointain plus profond, inondée d'unn dMé de printemps, la maison refaite h neuf de fiergerin le braconnier : Jâ£iaMS0 en cfaii gaie au soleil; elle encadrait, sous un toit de luîtes ar^ Heâlôêli des volets verts, une porte de chr'no ; un rideau oranse Hottait ats veot, bOTS des croisées, et semblait une joyeuse longue qui disait h contentement intérieur de la maisan. Dans ta cour les chiens tachetés étaient fOfenus; ils aboyaient aux grasses vaches, aussi revenues; plus loin la aerre chaude et son manteau de verre abritaient des Heurs, des orangers el do beaux camélias; ot sur la maison les toits fumaient. Aux alentours les rignes jetaient leurs ceps et les enlaçaient. Partout Vabondance, par- I0III le sûled , partout lo bonheur. Et sur la porte do la ferm^ Bcrgeronaotlehciiiq heures, la main arrondie sur les yeux pour éviter reclal du jour, rmfdiit au delà d^ murs, derrière les haies, a travers les branches #1 Us Mâles, un homme à cheval qui accourait à Promain ville; et ccl koniint, c'était lui^ Abel , venant voir si les réparations étaient Ûnieis et m diaaol tout bas : — Cesl moi, c*est moi qui ai fait mut ceUf c'est moif
Bt^ rouvrant à regret lesycui, Abel s'assurait que te doux ri^ve setéi» Ibertil.
La satisfaction ^ radieuse d'Abel n'était pourtant pas eiempte d*ia* "■'"■■e. Peu gilé par la prospérité, il ressemblait à 1 en Tant qui trouve rd une pièce d'or sur son passage t c'est trop pur qu'il puisse I trésor, en jouir sans en faire lavcu h sa mère. Tout a coup il se » ttno amertume sous sa joie ; il ne serait pas loin de la sonnai ter moins v^ire aûn d*avoir k droit de la porier avec plus de liberté. Abel n'avait jaoïais eu une volonté émancipée. On sait son histoire : son pèr« l'ifTail Umn prisonnier ûDninie un réglant tient un dauphin ; après la inielle dû pètrei s*était posée sur sa vie la tutelle du niai ; ol plus lard madame '^H^tmff Tava^ entouré de pitié et de soins^ deui bras puissans quanil ib s*ittacfaent au corps d'une femme intelligente et belle.
âniMJ 16 trouvait-il tout étonné de descendre dans le monde nouveiii tÊ Ift Menliiîuncagj qu'il ne conoaU^i guùro ïusqu'ici que par rélau d'un
130 U viDECCI DO PEOQ.
iMm naturel; inonde HiGni, terre précieuse, ^us féconde en or m me rAmérique. Il y entrait avec curiosité et simplicité de cceur; eiaéjkfdès les premiers pas sur la rire, des brises Tinûantes , des senteurs oeuTes, des repos vierges Tattiraienl et Tappriaient.
Pour la première fois do sa Tîe il pressentait un emploi noble, délicate sa fortune , source do tant d*afnictions pour lui. Sans toucher à la paît sacrée que sa mort léguerait intacte à son cousin, il a?ait de quoi idinr teaucoap de misères ; ses mains seraient longtemps à s'alléger, et eiits «t s*épuiseraienl jamais.
Far la misère soulagée de Borgerin Q allait commencer k répandra dos «Misolations, afin d*oblenir on échange le prix naturel qn^elles lanoiiteol : des consolations. Heureuso nuit! nuit agitée! Bergeronnette élaiiélle enfln partie de sa caverne glacée! Pïiuvre et intéressante enfoitl 0 ià Tuyait encore bleuie , altérée par le froid. Oh! comme il désirait jiipa le îonr vint pour ^tre sûr qu'ello était sous la protection d*uae paRiil|« dans un cndn)it cluud« dans un lit bien doux ! Otumd on souffre et qwBd «Q espère, que les nuits sont lentes à llnirl Comme le Inen et le inal^ii ressemblent en ceb.
Demain, pensait-il, j'irai moi-même' chez le menuisier aiiqivl«fB •dressé Bergerin : il me dira ce qu ils ont arrangé ensemble; je preMini le travail. Il faut que tout soit prêt dans six jours; oui , dans six jeuqi j» retournerai à b ferme. — Et lo rOvo diaphane reprenait son oyais.
Fatigué et content, Abel s'endormit enlin «irsoQ orciUerj.çR'il aluni jamais réchauffé d'un sommeil plus paisible.
Révolution merveilleuse 1 depuis le oummenoeoieiil de la pmàkftéeé^ dente Abel, distrait par sa course avec mademoiselle do Touialbe, nooiié hors du oereld de s» inflexibles pensées par la nécessitée oà il fféak va de réfuter le projet bizarre de cette jeune femme, engagé dans la r sabilité qu'il avait prise d'arracher à b pauvrelé une famille, de les pleurs d*une jeune enfant, il n*avait pas une seule fois songé à i maux personnes. Soo idée fixe était ébranlée; aux portes de la f ' Abel s'arrètaiu Cotait on autre homme; il aimait.
L'éfénement le plus grave de cette même noii ne s'était paaié ni ( k chambre du docteur, ni dans celle de madame Dalzonne, ni danseetti d^Abel ; il avait eu lieu au fond de la galerie où Champeaiu aiait élé aperçu par le docteur entre minuit et trois heures. Sans bruit, fresque sans lumière, à voix éteinte, il s*ctait échangé dans rappartementésnft» dEaBBOiselie de Touralbe des paroles d'une étrange portée , et pieines dHoi «Goord à servir d'exemple aux sociétés secrètes. Chaque nensée avait élé nettement réduite à Tutilité de son application , chaque oliiectiDa prén» aTOC une égale imidence, et enfin le résultai de cette alliaoœdeUunièHi ni de calculs avait été démontré infaillible autant à l'un qfA l'antre d» dfftt iaiérettéa.
> Avantb fin de b nuit qui les avait si étroiteiiieat lié&à k daalWadi ntme projet, Champeaux, furtivement comme il était vemi, qnillail i demoiselle de Touralbe avec b conviction qu'il ne s'élail pan trc allant droit k elle, et mademoiselle de Touralbe , de mm dké^ m i d'avoir » bien choisi en s'adrcssaat à Ghampeaui.
Le poignard avait trouvé sa giUie«
LB MEDECIN OD PEQO. 13i
Bergeritt n'avait compté tant d*or dans le ereux de la maiii. QMraate napoléons I huit cents francs, lumineux cérame ie soleil ! Cétait ea qir*Ab8l lui avait laissé en quittant Fromainvilie. CertainemenI madame Dahonne , dans sa nuit tourmentée, n*avait pas supputé son âgo «fce^nfas de palpitations au cœur aue Bergerin en faisant glisser un à un dans le gousset les quarante napoléons dont il était possesseur et maître. 8et doigUi se magnétisaient à ce contact, qu'aucune épithète ne caracté -
«Milds éesir, ne lui représenta rien de limité, rien de précis. Il toucha à tOÊàf il eut tout, la terre et ses mines, les eaui et leurs perles, la ixmlo da inonde dans sa poche. Pour la porter plus à Taise sans doute , il so i ei aertit; il marcha au hasara dans la cam|Nigne. Au fait, Tair lui ^miL Parvenu h un endroit isole , il aligna au pied d*un arfore les OTiràpie pièces de vingt de francs pour juger de Teffet, et il s'avoua que JwéC en était admirable sous le double rapport du nombre et de la régoiaiité. Après avoir essuyé son or pièce à pièce, Tavoir remis dans Tone 61 rastre podies, et posé ses mains sur chacun des deux petits tas* de peur de les voir s*envoler, il reprit sa promenade enthousiaste dan& la naige^ fioanant devant lui, ne sentant ni le vent ni le froid, de plts en fiiiB âpre cependant. 11 fut arrêté parla Seine, qui ne pouvait être un sérieux obstacle pour un homme porteur de quarante pièces de vingt finfflcs. Il appela le passeur. Celui-ci vint le checcker et le conduisit a l'autre xive^ \ qu^kfiies pas du viltogo de La Frotte.
—Je te paierai au retour, lui dit Bergerin en sautant à terre.
— A« retour! au retoorl grogna le passeur; cela s'oublie. J'aimerais mlevK être payé tout de suite.
—liais, brave homme, je n'ai pas de menne monnaie, dit Bergerin en «rrendisarat les épaules et en jouant déjh le riche.
— Pas de monnaie ! Et qu'as-lu donc? des lingots de diamant dans ta yodiet
— Jeii'al one do l'or. Vois !
Ifaie main luisît sous le re^rd du passeur.
— Cest vni, ma foi! s*écna le passeur, ébknii comme s'il eût reçiien fieiB im ooup de soleil sur le nez. Tu as donc fait des héritages?
— Pas précisément. Mais, si le cœur t'en dit, accompagne-moi jusqu'à ia FUrre rouge, et tu te rafraîchiras.
Le passeur jeta les deux avirons sur le sable et suivit avec respect BergeriOy qui se prit à causer du temps du ton d'un propriétaire foncier in- ^njflt ponr ses vignes. Le prix oes tonneaux allait baisser : mauvais
Arrivés à La Frette et attablés à la Pierre rouge ^ Bergerin demanda 4ft mtoo vieus^ ce rustique suppléant du Champagne. La premièm boutidlÉMOiiina à peine tair palais; une aeoonda lui succéda, et les propos
La troinèoiaboBleine fat accompagnée da cortège luxœnx de deux '^-'Mlet* La aoèDe s'anima. Adoaaé au poêle, environné de bouteilles, chandeUea dans les yeux , Beraerin oublia la nuit, la difficailé de
leolnr ciwB lui, et sa ûUe qui l'atleMMl pmir qeitler Ftomainville I ilm ieao»iÉU^|»i*iawciwie,c!W qu'il avaUqparsntegitoi de fipjtfa^
f93 tB HiDEcm DU recQ.
sur lai. Depuis quelques heures seulement quil les possédait, fl «raildép^ rencontré un flatteur, un parasite, un Téritable ami.
Cet ami, qui n*avait nas roulu lui foire crédit de deux sous, oonfésHily en choquant le Terre de Bergerin, qu'un homme comme lui, BeK^e ' n'était pas né pour n*ètre qu^un paysan. Dans toutes les ooeasions al \ tout, à la face même du maire de La Frette, il avait soutenu que T était un fier homme ; il n'y arait pas è dire non , mon bon
une forte tête , un homme franc comme Tosier et le vin d'AuTene. Oui t je l'ai dit, comme j'engloutis ce verre de vin; qu'il me soît m h si je mens t
— Tu es un ami , répondait Bergerin en frappant à chaque insWt la table pour qu'on servît du vin ; tu es un ami !
Ses yeux se rapetissaient , s'arrondissaient en vers-luisans; seajaMi rougissaient et son nez devenait violet. Une demi-heure après ^pm k passeur eut cité le nom du maire de La Frette à propos de 1 estime oè i tenait, lui, envers et contre tout, son ami Bergerin, Bergerin décria:
— Le maire de La Frette est un gredin, un scélérat , un carliste. T IQ ce qu'il m'a fait? Il m'a condamné à payer dix francs pour on mn» ivis pÀdreau de rien, un perdreau qui aurait été tué par Chartes X sas h révolution. Rendez des services au pays : voilà ce (jui vous en lerisHt ! (Test un scélérat, ton maire do La Frette i ne m*en fais pas l'éloge n la es mon ami. Es-tu mon ami, oui ou non? Puisque tu es mon ami, fa Ht demander de ma part — moi je t'attendrai à table, — puisqu'il i dix francs pour tuer un perdreau et quinze pour tuer un lièvre , < fl en coûte pour tuer un glirde-champêtre. Va donc! si ta es aBOBam. Is-tu mon ami, oui ou non? je ne connais que ça.
Quoique le pésseur fût monté à un degré d'ivresse fort satiahiMaiy fl hésitait à aller s'assurer auprès du maire do La Frette du prix qa'â m. coûtait nour tuer un garde-Hchampêlre.
L'indécision lâcha Bergerin.
— Non, tu n'es pas un ami , cria-t-il à fendre les vitres du cabarelde la Pierre rouge ^ non , tu n'es pas un ami I Eh bien I moi je veux savoir combien il m'en coûtera pour tuer un garde-champétre. S'il fout dix loois d'or je les donnerai. Vingt louis, quarante louis, on n'est pas en peine de se les procurer. Puisque personne ne répond, je ferai moi-môme la oommission; je parlerai a ton maire, à votre maire, vous tous qui me «(gardez là, et il connaîtra Bergerin !
Obéissant à la logique forcenée des ivrognes , Bergerin se leva et 8*avanca vers la porte du cabaret. Mais sa tête de plomb tourna, les jambes lui faillirentaux jointures, et il coula à terre comme une outre; il y resta. Aptbs avoir bégayé quelques phrases où l*on distinguait les mots Uitret, maire j carliste^ garde^namfiétre , quarante louis (for^ Bergerin pOQSsa «n grognement caverneux et s'endormit.
fa nuit se fit ; et Bergeronnette, ne voyant pas revenir son pèiç, <
tristesse s'amasser au fond de son âme inquiète. Lassée de regarder de Bat de fo terrasse s'il ne sortirait pas de la forôt , où il était allé peol- ^ chercher quelques fagots de bois mort, elle rentra de nouveau « les h émadllés de givre , et elle s'assit , pensive et transie de froid , sor la faille étendue à terre ; ses petites larmes coul^^enl. Déjà une sérieuse enbit par le malheur, elle sesouvinl de colle qui l'aimait tant, qui la prenait »|r ses genoux et lui réctiattlfoil les mains quand le vent du nord
LB MiDECIM DU PEGQ* i93
flonfllait à travers les fentes de h fiorte ; toutes les douceurs du foyer, lempli de la présence maternelle, lui vinrent à Tesprit, et elle vit comme autreiois sa mère lui versant à la veillée du lait tiède dans une tasse Ueoe, et lui coupant du bon pain de seigle pour la savoureuse collation du soir. C'est elle aussi qui prenait Bergeronnelte-cinq-heures tout en» ' \ dans ses bras, et qui la montait à la chambre, où elle la déposait 1 berceau caché sous d*épais rideaux d'une grosse toile jaune, I lesquels l'enfant entrevoyait la lampe do la nuit ou les premiecs tÊjaas du soleil. Son passé d'insouciance et de chaud sommeil rendait fus désolant, plus lugubre pour Bergeronnette, dans cette évocation in- YdkMilairey le tableau de ruine éialé autour d'elle. Et Bergerin n'ani- ?tit pMl
La nuit s'épaississait ; la neiee pleuvait sans relâche sur le plateau de k tofaaae , dans la forêt , sur le toit de la ferme. Que devenir? Berge» fOBoette se leva encore, se mit sur le pas de la porto et appela tant qu'aie nt : — Mon pèrel mon pèro I L'air ne rendit pas même l'écho. On ne distiiigiiait rien à dix pas: c'était comme une mer ténébreuse tombant aacpeadîculairement de quelj[ue écluse supéneure, et par couches si pn^ Ml unes des autres et si rapides, que la respiration était difficile. A terre de k l^ioe» au ciel l'obscurité, entre la terre et le ciel des tourbillons de Mge.
Désespérée dans sa solitude toujours plus affreuse d*heure en heure, Bergeroauette se sentit inspirée d'une résolution dont elle n'eut pas le
temps de mesurer la gravilë. Elle tomba à genoux , pria sa mère de ne
aVabandonner, et quitta la ferme en courant. Les chemins du bois lut BBt trop connus pour qu'elle s'égarât dans la courte distance qu'elle
«fût à paicourir pour arriver aux bords de ta rivière. En un quart diieure de marâie^lle t fut rendue; elle démarra d'un pieu enfonce dans la y9is» k corde d'un de ces petits bateaux dont se servent les riverains pour praidreda sable à bâtir ; elle poussa le bateau en dérive. Le courant étant peu fort, elle le coupa sans peine en quelques coups d'aviron : elle ton» chi bientôt aux bords opposes.
Elle mardia dans b campagne jusqu'à ce qu'elle trouvât , près d'un kameaa éteint , insaisissable comme un dessin estompé, affaisse sous des las de diaume, et à peu de distance d'une petite église dont la girouette maSBée criait au vent, une maison basse , carrée , ayant quatre volets fOur trob croisées. Bergeronnette fit un dernier effort, elle frappa à k aorte de cette maison. Dix heures sonnaient au clocher de la petite église» Le kait des heures ayant empêché les coups de marteau de BergeroDaelle d'être entendus, elle frappa une seconde fois.
» Qd est là? qui est là? demanda une voix du dedans.
TOQt émue, Bei^ronnette-cinq-heures répondit:
«- Cest moi, monsieur le cure ; c'est moi, Bergeronnette.
La porte du presbytère s'ouvrit.
L*abbé Vincent fut fort surpris de cette visite à une heure û avancée. ■ te iiroposait d'en demander la cause dès aue Bergeronnette, dé^ assise dns un fauteuil qu'occupaient auparavant des in-folios, aurait été calmet «oins essoufflée , moins gênée dans sa timidité. L^abbé Vincent comprit ^'^Doe curiosité trop hâtive serait un manque de prudence: il avait de« Tké, irexallation do la fille do Bergerin, une douleur morale aigrie par des privations prolongées. La charité a Tœil de l'aigle.
«-•Milllle, lui dit-il, pour te réchauffer tu souperas avec moi. Je Mope «n peu tard, mais c'est que j'ai été entraîné par mon travaiL
•• Merci, monsieur k curé ; je n*ai pas faim.
«» Sois tranquille; je n'ai pas des poulets à t'oftrir ; nous mangeroof IM croule de pâté et quelques noix, et là-dessus nous boirons un boa 1 de cidre. Aimes-tu le cidre ?
r to curé, je voulais vous dire.».
191 Ll HfoKCm DU KOO.
— le ne te demande pas ce que tu as & roo dire. Aimes-to le cidrof — - Comme il tous plaira. Mais si tous saviez...
— Aide-moi h déDarrasser la table do ces paperasses. (Test oia phi Mie; tu t'en contenteras. M. Tévê^e, Tautre jour, y a déjeuné.
Aidé de Bergeronnette , Tabbé Vincent porta sur un fauteuil el dBi± chaises déjà encombrées les lirres et les cartes entassés sur la taMe.^ «niera avec soin un grand in-folio sur lequel il avait posé sa visière h» -qu'il avait ouvert h Bergeronnette. Celait une collection enlumioéedoi plus curieux insectes des quatre parties du monde, avec texte sur vdlk par nos meilleurs naturalistes. A force d'économies, l'abbé Vincent Mi# acheté ce merveilleux livre, délices de ses veillées d'hiver au ' ~ ~ son presbytère et au coin de son petit feu de tourbe.
Le couvert ne fut pas long à mettre.
— Assieds-toi maintenant et tonds-moi ton ossiette, dit Tabbé ' h Bergeronnette.
-* J'avais à vous dire...
— Goûte h ce veau.
Quand Bergeronnette eut enfin pris quel(iue nourriture et rappelé è M îoues pâles, par un verre de ddre éciuneux, ses couleurs virginaws» I^hh^ Vincent lui demanda :
— Comment se porte ton père?
Ce mot était le commencement du récit de Bergeronnette» quiaBJOB^ lagca en le laissant tomber avec ses larmes et ses soupirs.
— C'est mal ! murmurait Fabbé en écoutant Bergeronnette, cM mlf Tu as prudemment fait de quitter Fromainville. Nous arrangi demain; no pleure plus. Tu vois que la Providence ne t*a pjas née : elle t'a inspiré Tidéo de venir chez moi. Excellente préparationàla communion, Dieu aime ceux qui souffrent et qui rapportent à M loni souffrances.
— QuQ vous Ctesbon, monsieur l'abbé, do m'avoir donné Vh
— Est-ce que je pouvais te la refuser, mon enfant ? — 11 n'y avait guère qu'à vous, monsieur le curé, que je pouvab mil-
dresser pour passer la nuit: ma tante Hubert est à SartrouviIle;c*esC I ' loin.
— Ah ! oui, pour passer la nuit, répéta en asseyant son menton < main l'abbé Vincent, surpris , comme s'il n'avait pas dil s'y attendra» dé la remarque de Bergeronnette. Ah ! oui , comme tu dis, pour paver la nuit.
Et sans affectation il regarda Bergeronnetto-cinq-houres , gui lui ptiul Cire nasséc en peu de jours de l'enfance à l'adolescence la moins dooteuB»
Sar reffet si prompt du malheur sur les organisations intelligentes, la eur du pommier s'était nouée en fruit en quelques heures, comme il arrive aux arbres en avril. L'abbé Vincent aurait désiré n'avoir pas bit l'observation chez lui.
V Vous me regardez beaucoup , monsieur le curé, dit naïvement B9>» geronnette ; vous me trouvez changée, n'est-ce pas ?
— Je remarque qu'il est grand temps quo tu fasses ta première ooromh nion. Tu n'es plus une enfant; tu auras quinze ans dans huit jours. Dien pardonne ton père, mais il a attendu bien long-temps. Voilà pourquoi ja le regardais.
— Je pensais, moi, monsieur le curé, que vous cherdiiez, en me regardant, où vous me feriez coucher cette nuit. Ne cherchez pas. Voilà JOOit lit : je resterai où je suis, dans ce fauteuil, si vous le permettez.
— Je ne veux pas mentir , Ber^ronnette; oui , je me proposais de ta 4ire que tu avais choisi un mauvais jour pour me demander la nuitée.
LE MÉDEaN DU PECQ. 135
bert, un confrère, monsieur Tabbé Jaumier , qui se trouTO en ce moment si indisnposé qu'il craindrait de ne ponvoir porter les sacremcns à une dame de ses voisines si elle le fbisait appeler cette nuit; et elle est fort en dan^ de mourir. Ce soir monsieur rabbé Jaumier m*a envoyé son domestique pour me marquer son embarras; j*ai fait répondre que )*iraik ftrflioufiUe cette nuit même, vers onze heures. Vx comprends , mon enilBtf bni^t que j'ai de te laisser seule ici , mais le remt plos grand ^w j'taoïmFais à roanqer de parole è un confrère, aie désobliger. Jefe MfàUB donc Tu n'as pas peur des revenans, j'espèrelGe fauteuil est éati je vitodrais t*offrtr un maielaB, mais je n'en ai pas encore. Jene suis |MS tlop iBilallé ici; en deux ans on ne se meuble pas; mais tire la peillasaet 'i.Ibb coussins des trois fauteuils et dresoo^toi à teire un lit de pria* lia couverture est chaude ; d*ailleui9 tiens le feu allumé, et dors L.je ta dis adieu , ma fille. Demain je viendrai te aouhaifeer le
<— «Hait, noDsiour le curé, il neige è i *^BiÉce qu'on craint cela à mon âge? Tu me crois donc très vieuxt «• Je ne vous crois pas vieux, mais je vous crois de chair comme ton leflMrie* J0 sais œ qirâ j'ai enduré en venant. •^ Ne-tfinquiète pas (to moi; en une heure et demie je serai lende è
•— iWtily a des léupe.
*- Bil-ce quIlB t'ont mangée?
«- Goavies-vous bien au moins. Je ne vois pas votre manteau.
— Il est Unbaa; je le décrocherai en passant. Bonno nuit, monenfaalt Ugmp anr loià deux tours la porte de la chambre.
. •«-» Oïd^nonaieur le curé. Bonne route I
— Hercil
dn foda d» la diambre s*ouvrit ; et Ber gerom^tte-einq^hcnres te irer» xonila aor eBe qwnd l'abbé Vincent fut parti.
Poarnne ftiion tpie le saint qui partagea son manteau eAt recunmie wiÊimn^,¥tàM Vincent ne prit pas le sien en partant dttpredqrtèrepour allir h SettranviUe*
iMnoflrll fceaiKOttp en chemin. Il gela tout à eoup sur la neige^Mfroil iil on inaMntfidvr qu'un sommeil léthargique l'eût tué s'il n'en tvtit f0 CQwbaUn.iai effets par une aceélération violente dans sa marche.
B ilall dm heures lorsqu'il arriva à Sartrou ville.
4iBi pBM di ferme s'ouvrit sous ses doigts glacés, et il parvint A mm petite Mbitatîon perdue au milieu des champs.
tÈMfgÊBÊ^êè Inilutte ne leconnaîssaient pas.
•«»^Ooi dM*voBS T qw vante-^vous? lui dirent-ils.
~ Ydlk te clé de mon presbvtère, répondit l'abbé Vincent k te fnlTfnlencD0Mit d'un ton dedéitence.
-lui BBiviicette fonone et eatte femme le erurent tm.
'i^^iyêloa'vouspas madame Hubert? demanda-l-il » te tante de
— ^OnUirépondll'eUe, c'est mol.
■ *ilhètenl votre nito m'a demandé h penser te miit diez niei;oB M flrit ok est son pèro. Je l'ai reçue, mais je ne pouvais demeurer 99êb- UmÊÊm loUqa*eUe tout nne nuit: je sms prétie. Rendei-noi lenervte 9»|i datai leadu t — llMMpitalité pour une nuit, ifii vous ptetc
tS6 LE uéOBOH DU PÉOQ*
Celait huit jours après ces dirers éTénemens d'aœ mène waàL Ym 4iz heures du matin, James eutra dans la chambre d'Abd ei plaça svli laUe de nuit une lettre que le fadeur venait d'apporter. Elle était ] fEiée au timbre de la (rentière. De peur d'éveiller son mattre^ ~ xetira sur la pointe des pieds et ne ferma pas la porte de la T
eScaution fort inutile, car il était à peine redescendu que la maison annonça le déjeuner d'une façon à ne permettre à ( aioonaire de prolonger son sommeil.
En s'éveillant, Abd aperçut sur la table de nuit la lettre ^oe < avait laissée. Un des timbres, le principal, portait entre deux ligne le nom de la ville de Pamiers, où il n'avait plus de relatioos; la i tion était d'une main qui ne lui était pas connue. Il n'é|«oava < 4e curiosité vive à décacheter cette lettre , qu'il supposait ne n aucune nouvelle fort intéressante pour lui. Pendant quelques n la tint entre ses doigts aussi indifféremment qu'un prospectus gUsaé i la bande d'un journal ; il la remit ensuite où il l'avait trouvée. 11 se I fit sa toilette avec la lenteur habituelle qu'il v apportait. U se dispeMk i descendre au salon pour déjeûner quand la lettre de Pamiers towii encore sous son regard. Afin de n'avoir plus à y penser , il la prit, ladéei* dieta, et s'assit dans un fauteuil placé tout prè» de la porte.
Dix minutes après l'avoir dépliée et mise sous ses yeux* il la KMit m^ cors aussi attentivement : et , fixité étrange , son invariable regard Ml attaché à la mémo page, a la première, qu'il ne tournait pas*
Pendant les dix minutes qui suivirent il ne changea pas d*attitiide : mSme immobilité do statue dans l'avancement du cou , dans les fane» dans les mains qui tenaient la lettre, dans les yeux qui la lisaient.
Une heure s'écoula et Abel était à la même place, conservant la diveetion perçante de son jet visuel et sa pose d'airain. L'expression de <'
née de la lecture, qu'il prolongeait au delà des bornes de la méditation la plus obstinée, s'était figée à son visage, où ne paraissait aucune altduliin phjTsique ; il n'était ni blafard comme les figurations de dre , ni détendui comme les cadavres. Quel sentiment, froissé par cette lecture, pélnini ainsi la vie chez Abel? à quel cause du cerveau appartenait cette attMn* tion extatique?
Inquiète de ne l'avoir pas vu au salon pendant le déjedner, msdMa Dalzonne monta à la chambre d'Abel , dont la porte avait été laiasée enterte par James.
Apres avoir dit : Voilà une heure et plus qu'on vous attend ! Qae UÈm- Tous donc là? qu'avez-vous? Madame Dalzonne, surprise du silaice<riJM. s'approcha de lui et le toucha au bras. Ce bras résista comme s'il eAt éle de 1er. Elle enleva la lettre aux doigts qui la retenaient, et les ddgts ittK meurèrent crispés , ils gardèrent leur pli. Tout effrayée, die se ; •ur le visage a Abel, et ce visage ne s'émut pas plus qu'une nu lironze.
«- Ah! mon Dieul qu'est-ce donc? Abel ! Abel 1 11 ne me répond past SI ne m'entend pas I il est mort! C'est impossible! Mais, Abel, reesfMn moi. Vous me voyez ! vous m'entendez ! Ses yeux sont ouverts, sa oondhe respire, son pouls bat. Mon ami, Abel I parlez-moi !
Elle passe ses doiats dans les cheveux d'Abel : le front ^rde sa par» pendicularité de marbre ; elle essaie de le soulever, mais il retombe de tout son poids dans le fauteuil, les bras anguleusement ployés, les doigta focourbés» les jambes en croix, le corps incliné, tel qu'il était d'abovd*
U HiDCCm DU PBGQ. 19f|
Épouvantée, madame Daizonne courut au salon, et en remonta aussifH arec Calveyrac, à qui il lui fut impossible d'expliquer la cause de son lâ!yérmtion, presque aussi effrayante que le phénomène qui Tavait pro» enta.
— Voyet, dit^elle à CaWeyrac en présence d'Àbel, yoycz! Est-il mortt ^ Non , madame , répondit Calveyrac, qui se trouyait en face de la &-
Irie rédisation d'une crainte exprimée par lui la nuit où il avait donné
•0 aottts à Abcl au pavillon de La Muette. ^ Avei-vous déjà vu, docteur, de semblable phénominet ^ Jamais; il est fort rare. Oui, c'est là ce que je redoutais et que f«*
fris néru. Pauvre ami I
— Mais qu'es-ce donc, dodeurt Bn iitfenogeant Galveyrac, madame Daizonne ne dierchait pas à oon*
' la douleur dont elle était saisie; elle n'essayait pas même de la ^ v devant celui qui ne demandait plus de preuve pour avoir la oer-
j d^ui amour qui n'était pas pour lui.
«- Ces! le plus haut degré du mal dans les névralgies, c'est la eat*> . L'art se déclare vaincu devant ce grand mystère. it son regard effrayé tantôt sur Calveyrac et tantôt sur Abel, I Daizonne multipliait ses questions et se perdait dans leur nom* tn aans même attendre de réponse.
— HooB voit-il en ce moment?
^ Je ne sais, madame.
— Noosenteod-a?
«• Je ne crois pas.
*> Si nous lui faisions respirer de l'éther...
«— Vous lui brûleriez les lèvres avec du feu qu'il ne remuerait pas ph» 4M s'il était BMNrt depuis un siècle.
«— El, dites^noî, docteur, quand sortira-t-il de cet épouvantable était
«— 0 peiU n'eo sortir que dans quarante jours.
Oo soiipir ééchirant souleva la poitrine de madame Daizonne, qui n'était pas |Miis triste à voir que Calveyrac
— U resterait là quarante jours! Mais c'est la mort! Docteur, interrogez KSliesciaioe, dieronez dans vos livres s'il n'y a pas d'exemple qu'âne SMiÛable muadie ait été guérie par des moyens connus , possibles. On ■S sait jamais tout.
^ Ln livres n'indiquent aucun remède; inutile d'y recourir. «— SI TOUS le saigniez?
^ Son sang coulerait à peine, et la vie ne reprendrait pas davantage SOD cours*
— Budon » docteur, si je mets en doute votre profond savoir ; mais , dsBS me occasion si exceptionnelle, si vous consultiez un de vds confrères, b docteur Hoordon, par exemple?
*> De tout mon cœur, madame.
^ Yoos permettez que je l'appelle?
•• le le désire même.
I Daizonne sonna; un domestique vint. Il parcourut la maison : I ftat CQSsitôt là. Après avoir regardé Abel aussi froidement qoll mé le cadavre d'un inconnu, il dit :
«-Cest le second cas que je rencontre dans ma vie. Le premier, è Is idiilé» ae valait pas celui-d. Il y a bien trente ans» oui. ■Mme Daizonne se mourait d'impatience.
«•Cétait une jeoM fille. En apprenant que son fiancé, appelé sa serties Biilitaire, avait tiré un mauvais numéro, die tomba sur-le-chanf il calalsprie. Je fos msndé le troisième jour. ^ Bt qoe flles-vous? deoisnda précipitamment madame DalsomMu
— Bis Jeoas fiDs BMMrui-dleT
— Son fiancé, reprit paisiblement Ilourdon « demcnrait à trois lievi
eus loin : ne sachant pas Tétat dons lo({uel elle était, il vint à la TîUa M ippela de la rue, selon son habitude, piar un violenl coup de siffleL A.m. bniit, b jeune fille, dcpifis (rois jours en catalepsie, s*éveilla ; elle ëlaît sauvée. Si vous saviez a votre malade un pcnchaut caractéristique ponr quelque chose, je no sais quoi, pour quelqu'un, essayez du loèa» noyeai je n'ai pas d'autre conseil a vous donner.
Houition s'en alla.
Quand il fut sorti, madame Dalzonne et Calveyrac se regardèrenU -
— ^ J'ignore, dit Calveyrac le premier, lo penchant secret ou le foAtr d'Abel qu'il conviendrait d'évoquer autour de lui afin de voir si kn* prise l'arracherait d'autorité à sa léthargie ; j'ignoro la parole familîèmà sou oreille et l'accent aimé do son cœur propre à opérer ce miracle dwfr' le fattHund rendit témoin uno fois M. Hourdon. Je ne suis qu'un F je ne suis que l'ami d'Abel : de. lui à moi il n'y a de lien que lesgraves do l'amitié.
Abel aime beaucoup la musique, n'cst-co pas?
— > Beaucoup, docteur; mais après?
r- L'instrument qu'il préfère est, je crois, la harpe t
— Oui! Ensuite?
-* Priez mademoiselle de Touralbe de descendre ici avec aa hafpe-et d'en jouer près d'Abel.
Le conseil s'associait si bien aux vœux de madame Dalzonne, In de faire l'essai immédiat de la théorie du docteur Ilourdon , et iN pendant si près de ressembler h un picge tendu à sa jalousie par m nomme intéressé h lui faire mettre à nu son âme , qu'elle tTaBrirtIn docteur avec une reconnaissance dominée par l'appréhension.
•«- Je ne m'y oppose pas , répondit-elle , quand elle aurait dA aa faa répondre, mais courir h la chambre de mademoiselle do Touralhe*
— Désirez-vous, madame, que j'aille l'appeler moi-même?
— Oui ! docteur.
— - Ahl dit-elle dès que Calveyrac ne fut plus dans l'appartement, cette femme va le ranimer peut-être de sa voix, de son chant , de son aouflla: et je ne douterai plus alors, moi , de l'amour qu*il a pour elle, amour a fort, si impérieux ou'il l'aura arraché a la mon! El moi je ne le poami ' pas 1 Abel I si tu m aimes, Abel ! si tu ne veux pas que je meure aman tour, que je prenne ta place, Abel ! ne reviens qu'à ma voix, queaoos ma mam qui est dans ta main ! Abel I Abel !
Elle tomba aux genoux d'Abel, épuisant la languo des supplicatioiialfla
5 lus ardentes, ayant recours a tout ce que savait son cœur de tendre a( e connu d'Abel pour être celle qui le rendrait à la vie, pour être b voix qui ressuscite, la harpe d'or qui rappelle les morts du sépulcre.
Le cadavre vivant resta immobile comme la p&lo reine Inès tiiée At tombeau pour se voir couronner.
-* Puisque ce n'est pas moi qui suis destinée h produire ce miimhL ditHBlle en se relevant, œ ne sera pas elle non plus ; je ne veux.pas decaU ' C'est bien assez de n'être pas aimée sans être obUgée de supporter IV — "^ d'entendre dire h une autre que c'est elle qu'on aime , et qu'on il
exprès de la tombe pour le lui dire. Nous ne serons pas que nous (
ici, elle la préférée, si elle doit Têtrc, moi, La rivale humiliée par ce té»* moignage, par une certitude comme il n'en exista peutnêtre jamaîa: Ja Toix maternelle de madame Pingray a aussi uno large place dans les | * chères impressions d'Abel ; elle est pour lui une mère. Je couzs la r*^ cher. Nous serons toutes trois ici ; et, sur ces trois femmes, nulle De,p dire plus tard, s'il ressuscite : C'est moi qui l'ai sauvé. Mais avant lool qu'il soit sauvé, grand Dieu! Par elle, par moi, par uno antre, na'imporla! Madame Dalzonne descendait chez madame Pingray tandis qbe V"*^
Bsyeoxse
LB MjfiDECnV DU PBGQ. 139
mdselle de Touralbe et lo docteur Calveyrac entraient dans l'appartement d'Abel.
Déjà instruite de révcnemenl, înaîS'par discrétion ne s*étant pas présentée là oïl ellu n'avait pas été demandée, madame Pingray suivit madame Dalzonne; et tous quatre, elle, mademoiselle de Touralbe, madame Dabamé ^ le docteur, entourèrent le fauteuil d'Abel.
«-^ n serait bon , dit lo docteur, que mademoiselle de Touralbe plaMt ia baipe le {dus près possible du cœur du malade : la pression des onois soBoraB agirait plus intimement.
— Docteur, crorcz-vous que cela soit indispensable? demanda madame IMaoïMe au suppuœ.
— Ouit madame.
— le ferai tout co qu'il vous plaira, dit mademoiselle de Touralbe Avec «me tristesse charmante. Placerai-jo la harpe à ses pieds?
— Ttès bien, mademoiselle.
«» la m*i^nonillerai.
<— Je crois qu'il le faudrait, mademoiselle.
— Me tollé.
ne Dalzonne s'appuya fortement sur le bras de madame Pîngiagt ; : se remplirent de larmes.
DoiseUe de Touralbe chanta.
L'instant fut profondément religieux. Le docteur avait placé rartèCB 4*âbel sous son pouce attentif. Madame Dalzonne suivait de l'Ame et d*l«i regard désolé cette scène si déchirante pour elle, et madame PiBgEflgr priait des lèvres. Ilademoiselle de Tourame chanta sur la harpe , énerocernent, {Censément, h notes comme étouffées sous un crêpe, un vieoK morceau de Carissimi, lo maître antique et funèbre. Cette invocation tfflftchantOv toute dirétienne, avait pourtant quelque ressemblance avec kèi «ortiléra du ma|^en*âge et se rattachait par les formes aux actes ïtatiUk de Delpnes; c^ëtait un combat peut-être sacrilège avec la mort, une pnèip «Qx bons ou aux mauvais anges. Quelque diose d'infernal et éd dOtt comme l'auréole de Satan rayonna sur le front de la cantatrice inspirée t les cordes de la harpe palpitaient moins que les cœurs qui l'écoutaitet. Calveyrac, l'athée Oïlveyrac comprit todte l'indécision de la science au 4àoc de son înciédulité assiégée. Un instant il crut sentir battre Tarive idUbel : c'était une erreur. La musique cessa, Tenthousiasme s'évanoollv AMrestalnid.
— Eh UibI s'écria madame Dalzonne comme égarée fiar la joie de-nir llHnmnsam lyrique de mademoiselle de Touralbe, eh bienl il ne révisai
«- Non, jBaâune, répondit péniblement le docteur, qui se traduisit celti Asnftle job en prenant en pitié celle qui réprouvait; non, madame. Et loos bs quatre se regiurdèrent désespérément.
— La JMiara seia pins paissante q» nosefforla, ajouta Calveyiaoï^s» tiiDiis-iiGas.
•-^ Bas d^èspérsDce, murmnn madame Pingniy en déposant OQ haksr Mrlifeoat de celui qu'elle appelait son fils.
Mil dTespécaiice, pensa le docteur.
ilftpirls «a la chambre s'ouvre; un en sa fait entendra, on cddichft» nMiral^flaaicsl:
—* Mon fiiaul noDSîanr Abri est moril
«^ Qm M'appetts? éU Absl en sa levant. Est-ce von», BeigsicuoeitBtt
.CmH laMaronnetta. Gharnée d'un gros bonqnet, elle venait aonUIst la»boHnannateàjnadanieDsbBonna: sa vûx avait landn Âbel è k '^at mÊÊ0 muL était la dboas aimée dent avait parié te docteur Houidan.
JMane Ilaboons sauta comme une lionna an cou de "^ nir jpiusaaha sa Jélîsante jaie et ses lamas aans laa qaréto donna à te bienheureuse entent.
Madame Dalzonne n'eat plus qu*an désir dis qoB l'état d'Aboi nlaniia plus d'inquiétude , ce fut ae oonnattre la cause du trouble où ses liMiuléi anraîeDt été jetées si soudainement. Il lui était fodle de satisfaire eo parti cette curiosité : elle possédait la lettre que tenait Àbel lors^a^'ellt éCiil entrée dans sa chambre ; Tintimité qui régnait entre elle et lui ne hi ifliposait aucune circonspection. Qu'était-ce (|u'une ligne de plus dus va .▼iedont les pages les plus signiûcativeslui avaient été ré?âéesT
Elle lut ceci :
« Monsieur,
s n est de mon devoir de magistrat de porter à 'votre connsf^mes k triste fin de l'unique fils de votre oncle. Votre qpusin est mort d'épusa» ment dans une des forêts placées entre noire province et l'Espagne. Oa été trouvé mort par les douaniers du canton, qui l'ont reconnu et ntal fldt passer son signalement. Ce malheureux jeune homme avait ohstÎBé» ment refusé les secours qu'à plusieurs reprises vous m'avies diargé dB lui faire tenir. Par un endurcissement héréditaire, il a mieux aimé siacomber à la faim que de devoir à votre délicate bienfaisance ce mitl n'attendait que de votre mort. Le fils a suivi l'exemple du père, et la méÉie conduite, que je ne blâme ni ne justifie, a eu les mêmes dfets. Ainsi, monsieur, vous restez seul possesseur des biens, terres et château de ceMs lamille, si toutefois vous ne vous regardiez pias déjà comme en élanllégslement investi. Afin de régulariser votre position et de simplifier tons actes de vente que vous jugeriez convenable de faire ici, où certains préjugés frappent de discrédit les propriétés comme étaient les vOtres, fai cru utile de vous signaler officiellement un décès qui les dégage et les place sous le droit commun.
s Agréez, monsieur, l'expression de mes sentimcns respectueux. » Le maire de ***, prèsPamiers. s
Par cette lettre, madame Dalzonne s'initiait au seul secret qu'Abel hû sAt peut-être caché ; et la révélation fortuite, quoique incomplèle lui enliquait à beaucoup d'égards l'excès de tendresse dont Abel s'était montré saisi pour un jeune enfant le soir où ils attendaient ensen^le, sur la terrasse de Saint-<jermain, le docteur et mademoiselle de TourallE». EDs éleva encore à un plus haut âegré de signification cet acte d'aCfoclîos irrésistible lorsqu'elle le rapprocha d'un sujet de conversation revena ptosieurs fois entre elle et Aoel. Il résulta pour madame Dalzonne de ces propos si invariables qu'Abel avait une idée fixe au centre de son égarement, idée qui était comme la statue de l'Espérance posée sur le lodNr de sa désolation intérieure.
Par ces inductions liées à de plus lointaines, toutes se rajustant saas efforts, il fut démontré à madame Dalzonne oue dans diaque occasion oè le mal avait été sur le pnoinl de s'emparer d'Abel, Abel, sous l'efboi de la nenace, avait murmuré les mêmes vœux, laissé échapper de sa poitrine émue les mêmes soupirs. Mais vœux et soupirs avaient été trop sourds* ment exhalés pour arrêter Tattention de madame Dalzonne d'une manièn Men distincte. Pour des espérances confuses sa pitié avait été abondante ; silo avait cru tout comprendre, lorsque tout ne lui avait pas été dit. Un» étrange lueur éclairait une profondeur inexplorée. Abel rappdait mainte niÛQta madame Dalzonne ces malades qui, n'osant pas avouer qoo lenr
Êtrine est atteinte, se contentent de désirer un air plus généreux. A Véoel retour du même souhait, on remonte enfin au caractère ds ~
LB MÉDECIN DU PÊOQ. fît
maladie^ et dès lors le prétexte dont leur infirmité se Toilait cesse d*é(rtt un capnce; il devient un vœu grave, pudique, et sacré pour la tendresse»
Que de fois, sous une forme générale et par conséquent rague, Abel avait manifesté Fopinion que l'homme en proie è d'incessantes persécn* lions mentales n'avait à attendre de diversion assurée que d'une affection Imposée par la tyrannie d'un devoir , telle que l'énergique amour d^mi père pour reniant, une affection qui force è supporter la vie et foit regarder comme une impiété , comme un crime la tentation de la maudire! Dans les soins à donner h l'enfant aimé il entrevoyait tant de nuits occo-^ pées, tant d'heures pleines de responsabilité, et tout cela noué en muscles si fortement composés d'obligations et de sollicitudes, qu'il considérait l'amour paternel comme une absorption morale autrement dominatrioa que les antres attachemens terrestres pour échapper aux funestes, aux terribks aberrations d'une pensée aigrie par le mal.
Dès oe moment, dès cette canclusion amenée par la lettre de Pamiers et d'autres inductions, madame Dalzonne fut entraînée à rapporter à U même cause bien des silences contraints, mal interprétés par elle. Elle ne lut pas heureuse cependant de sa découverte. Si elle avait le droit maintenant de se rendre compte des actes d^indifférenco passagère d'Abcl , qui ne rêvait pas en s'éloignant d'elle de plus douce félicité auprès des autres femmes, il ne se formait pas moins dans l'esprit de madame Dalzonne» |>ar le foii de toutes les pensées nées à l'occasion de la lettre de Pamiers, une opinion désolante do son insuffisance personnelle à compléter pour Abel le bonheur auquel il attachait son salut. Ce que redoutait Abel depuis long-temps à Tégal de toutes les craintes dont il était assailli, c'était de demeurer sur la terre avec ses immenses richesses sans avoir un enfant oui le consolât de son odieuse opulence , et lui créât l'obligation de vivre dans cet enfer lambrissé d'or. Mais cet ange, ce fils ou cette fille en qui Abel espérait tant, ne pouvait lui ôtre présenté en offrande , douloureux obstacle^ explicable stérilité, par madame Dalzonne. Eût-elle été la corn* pagne légitime d'Abel , elle n'aurait pas davantage perpétué le nom de son mari; elle eût été condamnée à envier toujours le titre de mère sans jamais le cagner. Celte conviction accablait madame Dalzonne, qui aurait tout donne pour se tromper sur les vœux de paternité qu'elle lisait derrière les désirs d Abel. Avant de s'aventurer cependant sur une plage où tout allait être nouveau pour elle, elle voulut avoir la conscience de la réalité de cette terre aperçue à regret è l'horizon. Mais combien elle était déçoit* ragée, anéantie! Quand elle s'apprêtait à jouir de sa victoire sur mademdsdlo de Tburalbe, un ccueii l'arrêtait. Tiraillée par le doute, altérée d*éclaircissemens, elle alla h la chambre d'Abel, qu'elle trouva occupé k mettre en ordre des papiers de famille.
— Pourquoi tous fatiguer ainsi à lire lorsque vous êtes encore convalesœnt, mon ami, lui dit madame Dalzonne. N'eussiez-vous pas mieux fdt d'accompagner le docteur, qui est allé vacciner à Poissy.
— Précisément je pensais h lui. Quel excellent ami nous avons là tons les deox! n'est-ce pas?
«* Ooif Abel, le meilleur de nos amis.
L'attrmation de madame Dalzonne fut suivie d'un sourire, qui s'arrfila ansailét sur ses lèvres.
-* Jane le croîs pas très riche.
-* Insqn'ici il ne l'est pas du tout.
«» Kl cependant, reprit Abel, oui mieux que lui mériterait d'être an dessus des fâcheuses privations d une fortune étroite? Quoif il ne s'est rencontré personne d'assez généreux parmi le grand nombre de ceux aoi loi doivent la vie, personne qui lui ait assuré une position indépendantet Souvent, il est vrai, les morâis de preuver la reconnaissance no sont pas infinis; les meilleurs, les plus délicats effarouchent celui en qui on von-
148 VL-miMca du pbcq.
draît la déposer. Aidez-moi de tos conseils : de qnel prix pejcr lables soins que nie donne constamnnent le dodenrî
— Ne songpz pas à cela ; il u'acoeptendt rien. Que Totre anté Joil ourrage: voilà la récompense qull espère , et qu'il n'attendim p» la
— En ce cas, j*ai penr qu'il n'ait compté que sur un ingrat. Bemumm combien j'ai de peine k revenir h la santé. Mon corps est brisé par ma» nièro secousse.
— Ce sera la dernière, mon ami. Le mal a ses progrès, et vooa Hm arrivé au terme ; encore un pas , et votre santé sera termement teWe. Je vous répéterai pourtant ce que je vous ai recommandé déjà tant datais: aidez-vous à 6tre iieureux.
» Pour cela, répondit Âbel , je compte avant tout sur vous et sor et lion doclcur. Il sait ma vie maintenant : il n'a qu*à en relever les finum voies. Ne me suis-je pas livré à lui comme à vousl
~~ Je vous remercie, Abel. Oui, vous avez bien fait d'accepter la eoaildence comme le meilleur moyen de guérison. A votre place je n'amaii pas agi différemment, et vous ne nierez parque le sacrifice ne soit bea»* coup plus pénible pour une femme. J'eusse été malade et vous eussiei élé mon médecin : eh bien, je vous aurais dit : — Voilàoù jesout&re, là, dav ce coin du cerveau ; j*ai telle pensée : est-co une erreur? j*ai tel désir : est-ce mal ?
— Ne me suis-je pas conduit ainsi? demanda Abel.
Dans peu d'occasions la voix de madame Dalzonue avait élé a timide aous un accent de bonté.
^ Oui, à peu près, ajouta-t-elle; mais vous avez (ait ledilficîla dUxird; il a fallu vous tourmenter, vous arracher mot pour mot une conieasion amicale, qui eût été peut-^tre plus promptcment salutaire, émise avec le courage d un homme. Cette lenteur a rendu plus circonspect le zi^ de ves amis; et le docteur a supposé, je riniagino du moins , gu^il n'avait pas tout entière une confidence qui, au fond, était complète pour mm qoi TOUS connais si bien.
Un peu gêné. Aboi répondit :
— Je croyais lui avoir tout dit. Vous aurait-il manifesté quelque donlt sur ma sincérité?
-* Non pas sur votre sincérité ; mais le docteur ne savait pcot-élre |ias, par exemple, le motif qui vous a causé un léger évanouissement à la réception do la lettre de Pamiers.
— Vous vous trompez, il la connaissait. Jo vous ai tu ces détaila parce qu'ils n*étaientpasd'uu grand in tcrôt pour vous. Toutefois, votro reproche est juste : oui, je le sens, je n'ai pas été d'une é^ale franchise avec tons mes amis. Mais je juge mal le monde ; j'ai parfois des restrictions înex* plicablcs. Dcvriez-vous ignorer ce que j'ai pu lui apprendre?
— Vous me rendez trop de justice, Abct. Il y a des oveux austèieaqoi vont de droit aux hommes, et d'autres au contraire qui ne sont pas bn compris par eux. Oui , le cœur a ses préventions légitimes. Je suis 1 de vous reprocher cette préférence, si compatible avec la franchise, ( pour moi, tantôt pour le docteur; car si, à la rigueur, je vous T de me faire connattre ce que vous lui avez dit...
— Tout de suite, s'écria Abel.
-* J'en étais sûre ; mais ces aveux ne seraient utiles qu'à ma cmloailé: laissons-les dans la mémoire de celui qui saura se les rappeler à l'avantage de votre santé. Mais, par grâce, Abel, n'oubliez plus rien aulondde vos pensées, dites tout au aoctetir.
— Et à vous aussi.
— A moi, si vous voulez, les choses frivoles, les pensées du matia qaà meurent le soir, les projets, les caprices» si vous aimez mieux» d*an je — liomme. Une jeune nomme en a tant.
UK VlblGIN su PEQQ. ^
Madmia Dalzonne avalisait peaii peu an bord ôeVaUtoc
— yûpm% de caprices.
— Vous aves les W^tres.
«^ Qa*«Ho à désiror?
- Vona ne soaliailez pas sam doute des jonîssanoes que rien ne toos empêdMde tous procurer : œ n'est ni un beau obefal* ni une voituveÀ lamodi^occuperayotre pensée. IlestdesenvîeaplusgraTee. Lonar .jdage 16 présente parfois sous des couleurs si attrayantes l
•— Vous comuissez, reprit ÂbeU mon étoignement pour le mariase. ta^ charger de mon ennui la fratohe indépendance a*une femme , lui .offrir t en compensation de sa jeunesse et de sa beauté « la tAche d'une jard^-malide? Si j'ai parlé quelquefois du bonheur de la famille avec une certaine chaleur, c'est parce que la famille crée pour l'homme ramoar jatemel, sentiment vaste et minutieux, qui envetoppe le cœur en FempU»* .aani de-mille contentemens que je crois divins, simples , inépuisablesv éimille consolations toujours prêtes, touiours à vous, rien qu% vous» \ Jbk jWmisgegiRnt parcourut les veines oe madame Dalzonne.
— R.pais, j'aime tant ces créatures douces, inoflénsives, qui n'ont p» .IVxgnnl dn bien qu'elles procurent, qu'on voit croître sous la main, donl ']en|prd-e8t le vôtre, mais qui est serein quand le vdtre est morne, dont 16 vnage est le vôtre, mais dans celui-là le bonheur s';^ peint quand le 'fttma'Sbieorcit ; dont resnritest le vôtre, mais cet espnt est jeune, beo» 'innéiqoiix comme fut le votre, qui languit et s'éteint.
lW8.torfen9 de larmes montaient aux yeux de ccUe qui écoutait;. elle .^jOTÎnatt^ elle brûlait à sa place.
. — Taune tant les onfans ! acheva Abel ; ils sont ma joie. Croiricz-veas mw je descende de cheval etque je cours lespresser sur mon cœur quand
i^en aperçoit îooant dans la forôt? Ils m^cnchantent avec leurs rires hena, enr etnahement de me voir, avec leur plaisir à m'entendre répéter leurs noois. Oni,.ranÀtié m'a ravi, secouru : je lui devrai peut-être la vin; mais être pèret
— Vons le serez! s'écria madame Dalzonne en se jetant au coa d'Abe!* vont le serez I mais voua m'aimerez toujours, n'est-ce pas?
InnMiiai de santé avait retrooté sa physionoaiie tranquille. Il a éfté dtt conaMBt madamePmipray avait adroitement empêché les langues aeé»- Béea de darder leur maligmté à l'occasion du bruit entendu dans rcscalisr "tont la nuit : rineident était mort au berceau. En attendant le relov phn. fructueux scandale, chaque pensionnaire s'abandonnait an
B monotone de ses habitudes : plus léger d'une saignée nouvette,
de Fonnenf poursuivit du venin de ses énigrammea l'inquieC Cabasaol; madflmuiwéne de Touralbe continuait d'encnanter de sa harpe et de sa ^las.laaaoiiéea d» madame Dalzonne; madame Musouette et maderooi* nela de Beaupréau se disputaient toujeuis dans rombre, et sous le voila dai^pii» tendres agaceries , le cœur de If. Lejenne; Cbampeaux aûnaiià t croire de nhis en plus traqué par la justice; sa barbe était plna B« sas cheveux plus touffus , son chapeau phis enfoncé sar aaa
, . Qnantà IL Lejeune, il avait renonoéa resarder Champeanz.
Toi^eors d*opînien contraire, même sur lea évenemena les nus indif* ■nns du monda, les pensionnaires de la maison da santé n'eureol cependant fn'nna voix pour louer madame Dalzoana de.ses bontés poor BeqpeQBnetta-ciaq-hearea , sa filleule. Bergeroanetta passait maint»» naald» journées entiicas auPecq, o& on roccapaîl àdai travaux agiélp»
144 u iiiDiciii DO mu.
Mes. Tral'ie en véritaUe enfant de la maison, elle s'asseyait li ttUeè côté dosa m&rrame, et le soir, quand madame Dalzonne ne recerait paL elle devenait sa lectrice au coin du feu , cluif|[e dont elle s*acqaitlilla ravir. Sa marraine ne s'expliquait pas de si rapides pronès. C*est qns'ks marraines ne savent pas tout, sans parler de ce qu*eues ne Teuleitti Toir. Madame Dalzonne oubliait que sa filleule entrait dans sa seî
année , qu'elle avait feit enfin sa première communion , qa*elte t
dd faire depuis quatre ans au moins. Elle attribuait les prodiges de eeni instruction inespérée au subit épanouissement d'une intelligence nayn^ qoable, ce qui était vrai en partie. Mais Beraeronnette-ciiiq-keani aurait encore été Tobjet des mêmes atton tiens, n^eût-elle pas eu ei alla de quoi si bien les justifier : n'avait-elle pas été la voix provîdeotidb qui avait arraché Abel è la mort? Quel titre aurait valu celui-là pov madame Itelzonne? Elle no pensait jamais è cette scène de dooleoril d'épouvante sans asseoir Bergeronnette sur ses genoux afin de Tenln»aer plus long-temps; et quand son effusion s*était apaisée, que do Um ces tableaux involontairement venus è sa mémoire il ne lui restait m*VM jeune fille toute bcllo et tout étonnée, elle lui souriait, visage k visage, l'admirait dans le fond des yeux , l'embrassait encore et lui dkait pria des lèvres dos mots palpitans d'amitié. De ses doigts, distraits comme m pensée , elle arrangeait les cheveux de Berceronnelte ; sans intendoe, an hasard, elle lui composait une coiffure de fantaisie mêlée de peries. et de fleurs; elle attachait des bracelets d'or à ses poignets, et eue In disait ensuite de se lever pour la voir marcher. BergeronneUe adonit les caprices de sa marraine , qui avait fait d'elle l'idole de la i
sance.' Lorsqu'une de ces parures était du goût de la jeune fille et qn*dle pouvait la porter sans trop paraître sortir de ThumiLté de sa conmtion , sa marraine lui disait : — Garde-la , filleule. — Merci, marraine.
Soumise à Faction de ces deux existences, l'une toute villamte, long-temps ainsi, l'autre plus délicate, sans être absolument ceUe trop raffinée des filles de la bourgeoisie , BcrjBjeronnetto se formait un canfr» Aère nuance d*allures simples et de manicres aisées, tout à fait à paît. Ce n*était ni l'attrayante gaucherie de la paysanne travestie en dame , ai la naïveté fardée des demoiselles do ville dô^uisées en filles de campagne; ni Tune ni Taulro do ces deux singularités, souvent plus excentriques
npiouantcs, ne blessaient dans Tenscnible mixte de la filleule de m»e Dalzonne. Sa grâce naturalisait le contraste, et elle ne semblait qu'un objet de distinction dans un rang connu et classé. Tout lui seyait : en bonnet du matin , en cheveux , en toque de velours , comme l'aimait tant sa marraine, avec un collier de corail passé à son cou ondnleux de tourterelle , ou avec une jeannette pendue au bout d'un conta de soie, entrant dans la cour de la maison sur son petit âne , ou versnt du thé avec la grâce d'une demoiselle écossaise de Wilkie, elle était too* jours fine de sourire, naturelle dans ses mouvemens, simple et distinguée, charmante.
Sous divers prétextes, retenue depuis quelques jours h la maisoii de santé. Bergeronnette mettait la main è mille petits travaux. Prérenn qu'elle ne retournerait pas à Fromainville avant la fin de la quinzaioa, Bergerin assez à l'aise maintenant pour avoir un valet de ferme , avail consenti à une absence dont Tinténeur du ménage n'aurait pas à sauf* frir. De son ciMé, Bergeronnette-cinq-heures ne trouvait jamais trop lon| le séjour au Pccq. C'était parmi les dames pensionnaires une especeds rivalité à Tavoir pendant une matinée , soit pour lui enseigner quélqoi point de broderie , soit pour lui donner des leçons de piano , inslrumeat dont les difficultés ne la rebutaient pas , tant elle en aimait les SO0 larges et purs. Oiseau par le caprice et la légèreté , elle entrait partout l toute heure ; et dans chaqu*^ oppartement elle laissait des traces de sa reooonaissance pour ceux qui lui accordaient tant de liberté. Surprite
tu
difirmante t mi rentrant le soir \m ponsîonnarres trouvaient des ridfiat IliOOS h b pbce des rideaui gris dont iis n*aurftienl pas osé aipérer h dmsgOfiieiil avant im moB: à U pbce d*unc couverture de tit un fem fiîbla pour la saison, un édrudon avec de beaux glands jaunes; «as paiile Miduie do cuivre , au timbro charmnnt , où n'était qu'une U«i» èCQrnm avec sa soucoupes ; une chominée h la pru^îcnne \h ou ïl wTj •fait auparavani qu*iin foyer biïii selon rnncien procédé de se chauf léTt ou ptutôi da ne pas se chaiiffer. Toutes ces améliorations étatait c^teimoâ à frirco do douc^ obsessions par Bergeronnette sur le bon wsan da sa marr^iino , qui n'osait rien refuser* Chaqu<î jour elle allait prendre sa leçon do dessin dans la chamlM
bJeuû, où sa marraine raeromnàgnnit. Madamo DaUonne s^as.'ïeyajl
Abel dans im lauleuil, entre ïkrgeronnett^^ et madaino
ron net te- cinq -heures sur un siego pliant. Ses pragrèg uTs étaient surprenans ; on parlait déjà d*en cadrer ém 5 et do les oflrir en cadeau au docteur Calvejrac «i
betière.
Mififiiie * et dans rétu tmtnH d h Tibbé Vioct^nt.
INmdint cm leçons silencieuses dans la jolie chambro blene , madai»» DilzoïiiHii sans ijuitter son livre, car elle lisait presauo tout le courte» ta iéonoo , élevait souvent son regard jusqu'au bord de la page , et 4m Ui te reportail , mais de manière h Te retirer subitemonl , tantOt sur AM et tantôt sur Bergeronnette. Abel lui semblait toujours au niveau de la v.*-— - ■ :' * -rit, do celle dont elle avait pressenti Tongino'fB uL à Taide de ses souvenirs raisonnes* l^llefv i -'i-i' '"■■' ^ ' ■ 1 u^.. -aillent parti de ses lèvres et de son coeur au m^ m*n\^ d^^ U cbrié douloureuse qui avait changé Sûs doutes en Cûrtitttdt^ et cti enga^ji nient qui lui revenait à la mémoire répouvantait, iroublult sa f lie, brisait ie? lignes de caractères étendues sous ses yeui et aj^i^aîi «niro 90S doi^ls le livre qu'etlc n'avait plus la force do tenir en équilibre- Elle sWorçatI pourtant de le garder devant elle afin de cacher ^aa visagn, îotit h coup si décoloré qu'd aurait eicilé Teffroi d'AbeU Si, dîna ces r- ' ttTreur intérieure, Abel ou Bergeronnette lui adressait la
pâîcil ordonnait à entendre par un geste qu'elle était trop inié-
nnsée h Uiut un pagsa^ d0 sa lecture pour leur répondre^
Mais tJindis qu'rllo se cachait ainsi et slsolait dans son coin , AM iotilovait lentement In paupière et Bergeronnette était moins attentive A 009 hachure. KM échappait peu à peu aui triples liens de ses rétleiioai, ^rgeronneltè h son de^^f^in ; Abel entln do tous les objets placés aut^sv (lo lui n'en voyait plus qu'un , el Bergeronnette ne regardait pas à eoop sûr sa marraine. Au bout de quelques secondes cependant t par «b waksm fndlinct dtf prudenre , Abel avait repris son attttudo , Bergema^ nfll9 SCS Hachures. Que de comédies so jouent entre les coeurs les waÊ~ lans , Sin« jamais se produire au bord des lèvres.
Cetld ehambre bleue était bien aimée* Abel la chérissait ; il m eoncev^ |ii8 OQfnment il ne Tavàit ps toujours occupée et comment Use résifi^ ralt à la quitter. Il sSétatt identilié avec ses jourâ azurés et ses ombres^ a?€c ses meubles, appris par erour comme un visage d'ami; et puiscMa diainlNO était pteino de Téclio des paroles de madame î'ingray , de œllM do îloctetir et de niadume Dabonne î Bergen>nnette-cinq-!>eun?s n'y vanall-^lv Pis tous les jours? Douce cellule I que n'aimait pas moins mè^ éêÊM Difioiïnc. Elle y avait tj^nt souffert d'espoir aufvrf^ d*Abel maîi4A«et cet tttpntr avait si souvt^nt éclaté en hymnes de rf'>surreciîcm dans «et mfÊCê dont les reflets d*a7.tiren faisaipnt presque un pavillon céleste poai aan ÉnipAattùn , quVlte s'y plaÎE^iit pUn que dans tout autr^ endroit da te BHâfon, Ayant une double clé do chaque appartcmenl , ainsi qu*U ma é^WÊÊft^ dans les maisons de santé , elle entrait dans la chambfe d*AM foiâ qu'elle passait devant la porte , qu'Abel y fiU ou non. Bi- ÛB fégoisiïie, si œ n'en est pas la faïuté, madamo DAkonno erojaft
IW LB MéDicm m noo-
ri cette joio picme était ignorée des autres, aoouîse k elle fleulou travaux et de retraite « n'avant meublé sa memoice d'aucun s
de grands paysages ou do proiondes rivières » elle ne savait pas que Vêmm fait paysac^ de tout, et qu'une oniant, paysaûnne encore hier, ne pénétwÉ jamais dans cette pièce sans éprouver une faiblesse inconnue, aam Ifeir obligée de s*appuyer sur le bouton de la porto.
CMinairemeiit la leçon de dessin durait une heure.
11 entrait dans les usages do la maison que tous ces pensionnaiw , jfc eiacts à tenir compte des heures des repas et du retour péno(tiape é^ chaque fête où des plats d'élite étaient surajoutés au dessert; il était dWsage qu'il fussent invités sans exception a la fin du carnaval , etron y touchait, à une soiréo de bal. Le vin de Champagne, le thé , les j ~' les crOpes, les liqueurs, le punch sanctifiaient la solennelle ffoin jour-là plus do convalescent. Le lendemain c*étaitdiiiéretti:retal avait cfuelques malades de plus.
La bienheureuse soirée arriva. Le grand salon fut illuminé dès te i cher du soleil afin qu'une minute de plaisir ne fût pas perdue jmr la BOÉ;. tous les pensionnaires y parurent. A son entrée, nuidamo
pressée d*embrassemens. Sa soyeuse peau brune était exaltée an jèm
beau ton par uno robe de satin blanc dont Abel lui avait fait ( fête; elle avait une émeraude au front, un camélia à la ceinture. Gomme It cœur de Calveyrac battit quand il aperçut cette fleur I c'est lui qui Favait onvoyée le matin à madame Dalzonne. De Fourneuf était tout en noir; il flambovait de jabot, do dentelles et de cravate; il ressemblait à un magasin de linçère. Cabassol était tout bleu conimo pour une grsuide revue; moins la ceinture tricolore , c*était un représentant du peuple , un oonmissaire de la Convention envoyé aux armées. Lejeune était auaûen noir, mais il avait eu Theurruse idée do mettre un pantalon gris marengo , ea qui réjouit beaucoup do Fourneuf. Ce pantalon gris était collant, non qoa Lejeune eût grossi : le pantalon s*ctait plutôt desséché avec lo temps; c'était un vieux pantalon neuf.
Quant aux dames [jensionnoires, elles étaient d*uno prétention saperbe. Madame Musquetto était toute rose: bas roses, robe rose, crêpe roso; visngo noir. MadcmoiscUe do Beauprcau était toute verte; elle semblait la branche dont madame Musquotte était la fleur. La bonne madame Pingray avait adopté une mise simplo comme il convenait à son âge. Elle fut ravie à Taspect de tant de gâteaux empilés. Cliampeaux était ab» sent.
Deux personnes n'étaient pas encore entrées au salon : mademofaeBeda Touralbe et Bergcron nette-cinq- heures.
Mademoiselle de Touralbe panit. Aboi fit un mouvement d'admiration*
Mademoiselle de Tout al !w^ avait revêtu le costume des paysannes du pays d'Abel, costum:.* moitié espagnol , moitié français. Sa taille, déjà si gracieuse, était prise dans un corset en velours rouge ; sa robe lui animait à peine h cheville ; et elle découvrait deux bas en soie noire sur leaquels étaient brodées deux longues palmettes blanches. Ses cheveux bkMiia descendaient en quatre tresses sur ses épaules nues.
Aboi alla vers mademoiselle do Touralbe, et , lui prenant la main, 1 lui dit :
— Merci I mademoiselle I merci pour mon cœur I merci 1 vooa mi rappelez mon pays (ses yeux se mouillaient de larmes) ; merci 1 manil
Madame Dalzonne sortit : elle étouffait de jalousie.
Sa brusque disparition ne fut pas remarquée. Elle rentra aussitôt, aeoompagnant par la main une jeune personne cachée sous un grand voda noir, miso à ravir, fièro comme une duchesse espagnole, et uno dueheasa* espagnole de seize ans. Au milieu de sa robe en velours noir s'épanouissait un grand lis jaune. Elle souleva son voile : c'était fiergeronnetla- <^-heures. ivre dle-même de la surprise qu'elle causait , elle se joift
LB MKDECni DU PECQ. 147
m cou de sa marraine pour la remercier du bonheur cpi^Be hd donil k l'heure la plus expaudve, la plus totcbe de sa m.
Gomment me irouTex-vous? éisaii son ie0Uid k AheL Sob-ie helld fNT «ewl H ne veux Télre <|w yoor tous. Est-^e fue îs fis«s flaos ainsi?
LntgMioaflMKnct.
Nitfliii Aot
fie FevMitf lut eiouvAssnit 4*esprii contre tout les hoMBSi et iV
mabilité envers chaauo dame. Il fut mythologique comme m Omcs j| conmara mademoiselle de Beaupréau à une dr^-âde , à une bamatarade , madame MwMpiette à toutes lesOrAoes, ans trois Grâces ^'elle réunisnait en die; il effleura la théobfieansQjetdecettomhse trais; il falpKsçne impie*
JUM 9kmfftiL C'est madame Diiaonae qû élMt a« piano, eiaf» aurait Toohi être dans un coin de sa chambre à plewer à son aise. Gon^ ment n'amait-elle pas pensé k rânpressiiin pmdutte par mademoisettnda Touralbesnr Âhel, sur Abel qu'elle croyait tonjours mté a» charme de la surprise? il y a un enfer sur la terre, parmi tant d'antres qn'on ne oannatt pas : c'est d*être au piano , d'être un motif de joie qnand ans ponaéo déUranle tous exaspère , vous raille tout bas; et ne pas passer nos amsorel
Caheyrm Toyait tout, il comprenait lonl. Vva proiteia, naumanôt^I, jasaniflarroGean.
Abel ne dansa pas ; mais lorsque mademoiselle de Toaralbe se leva penr danser, il se leva aussi et se plaça derrière elle. BergeaQnaettd âguait dans le même quadrille.
Madame BdmnnB jouait toujours. Quel supplice 1 il n'étail pat fièt de
Exaltée par lesai)plaudisscmens, mademoiselle de Tonmlbe dmaaia k Abel s'il se rappelait encore et s'il pourrait joner sur le piano Pair de la Dame da In aicrtff, danse par licabëre auxmoaiagnaids des ewrimna de Famiers.
— Onl^ mademeisdle, répondit-il, j'essaierai.
Mademoiselle de Touralbe se disposa à danser le Pas de la mariée. Lea respirations s'arrêtèrent.
Madame Dataonne céda le piano k Abel, oui joua avec une venre patrîotiqneraîrdekBienftfdefa mariée. Que d'eloses sortirent de diaqtie boncm l Abel nenerdait pas un mouvement. Folle, n'ayant plus sa tête k eSé, madHae Dafasonne but à plusieurs reprises les verres de liqueur eo» flammée qaa passaient les domestiques; ses joues étaient en feu. Pauvre feaunef eifon ne voyait pas ses larmes I
. LaFm de ia wMriée est une danse d'un caractère vif et chaste: c^est IWIen mimique de lu jeune fille k ses jeunes amies , auxquelles elle dis* tribne ses fleurs, ses épingles d'or et ses rubans avant de passer aux braa dn manu Le pas renversa de Foumeuf, qui prit Gabassol par la tête; Canmol était un peu gai; de Fourneuf marcha ensuite sur le pantalon ma* raqgo de Lcfeune ; enfin il faillit s'asseoir sur les genoux de madame Mn^ qncMel
Fendant que mademoiselle de Toaralbe dansait, deux fésmies avaient Aspam. La soirée d'ailleurs touchait k sa fin: il était deux heures.
— Viens I avait dit madame Dalzonne k Bergeronnette, viens ! Qnand celle-ci fut dans la chambre de sa marraine, les deai lènunei aa
— Oh I que c'étùt beau, marraine t s'écria Bergeronnette, agitée par le Iwnit alla surprise.
• Oni I c'était beau. Mais déshabille-loi : tu es fatiguée , il te faut dn
'Ti
vmie noir de Bergeronnette tomba.
148 Li MéDBciii DU vnsQ.
— Que c*est amusaDt ira bal ! que je fous remerde, mamina I QuaDd «D dcmnerez-YOus un autre?
— Déshabille-toi I nous causerons de cda demain.
— > M. Abel était fort aimable* poursuivait Beigeronnelte.
— Oui, très aimable. Ote ces braœtets, ta chaîne; retire ces! Dieu ! comme tu es lente ! Vite, que je te délace I
— Mais vous cassez tout, marraine. Aves-vous va, marraine , < aademoiselle de Touralbe adanséî C'est une lée 1 Pourquoi n'avoi pas attendu laflnT
— Défais ta chaussure.
— > Que vous êtes pressée, mairaine I Mais je n*ai ]
— Retire tes bas. Veux-tu que je t'aide ?
— Je serais restée encore une heure.
On monte, pensa madame Dalzonne, on monte 1 — 1
na flUe, dépéchons-nous !
Borceronnette était complètement déshabillée. •^ viens maintenant, suis-moi.
— Où allons-nous donc, marraine?
— Viens, te dis-je.
— Dans l'escalier 1 Mais si l'on venait T
— On no viendra pas. Suis-moi ; entre, nasse vite.
— Marraine, c'est la chambre de M. Àbell
— M. Abel ne viendra pas ici ce soir, répondit-elle ; et i la lampe qui veillait près du lit.
La porte se ferma.
Madame Dalzonne retira la clé.
BerEoronnette se trouva seule sans lumière dans la diainbia d^AM. Rentrée dans la sienne, madame Dalzonne resta debout dans Te de la porte ; elle attendit.
La demi-heure qui s'écoula fut bien longue.
Enfln le personnel de la soirée se relira peu h peu. Abel monta*
Que ses pas furent lourds au cœur de madame Dalzonne.
Abel entra dans sa chambre , la ferma sur lui; et puis on n'e plus rien.
Toute la maison donnait.
Une femme en robe de bal était sur le palier, à terre* ooudiée, i le vent qui venait de dessous la porte de la chambre bleue, tanlAt se toc^ Jant de désespoir , tantôt se mettant h genoux pour prier. Pluaîeaia fois 3lle mesura la hauteur de la rampe ; mais elle revenait toujours pour écouter. Quelle nuit I quelle nuit I Qu'entendait-elle? que croyait-âle en
dro7 des soupirs , des pleurs I Ces soupirs étaient les siens , ces plus les siens 1 Oh 1 qu'elle était livide I et qu'elle faisait piiié I Abel t murmnraîtelle, il faut bien t'aimer I Abel I si tu voyais comme je souffre ! Abdl Et 908 mains, ses lèvres , son oreille se collaient à la porte. Sa robe de lai était souillée de poussière, trempée dans les larmes. Jusqu'au jour,tOBl0 une nuit d'angoisses, elle resta couchée sur les carreaux , ne sentant pis le froid qui avait bleui son visage et ses mains.
Elle ne quitta cette place que quand l'aube eut glissé sa lueur griÉi entre les barreaux de fer de la rampe.
Elle rouvrit alors la chambre bleue, éteinte et muette, et, sans ^ au terrible réveil qu*il était si aisé de produire, elle alla vers le ht.
Madame Dalzonne remporta dans ses bras glacés, jusqu'à sa duunbfe , Bergeronnette faiorte ou endormie.
J'ai tQnu ma promesse, dit-elle en regardant le ciel: il sera père 1
m HàDËO:^ DU FCCO*
It y A HA premier printemps qui stiment ({uelguefôls dans Tespacô â*uii9 unit. Ce n'est pas celui de tout te monde ; il n*ondoie pas do plaîno m wiain^f de eotcau en œieau^ de L'horizon à Thorizon, mer enchanioô où floUenl des épis tremblans, des liouppeâ folles et cotonneuses, des ïmrhm éà roseaux et des fleurs toutes simples comme Dieu les a faites ; c^'est ua printemps moins bruyant d'odeur et d*éclat, H plaît au ciœur des initiés ^ qui sealt le comprennent a demi mot , le devinent à son ombre. Son ba* liuie esl fïible sur la pointe des herbes, mais h cette haleine les herhei oui pOUiSé* Les feuitles ne sont pas encore bien larges, mnm elles so sont OUfortos SQï le nœud des branches; si Foiseau ne chante pas encore , il pm éê^ lu téta au bord du nid ; un bec parait. C'est I0 printemps sans ^itmeft et lam Tok.
ProÛfant d'une aussi douce matinée^ Abel gagnait, à travers la for^t h ûtÊÊÛ écîoss, la ferme do Froniatnville, qu'il avait déjà visitée depuis les téfmtions eiécutées selon les vœux de sa générosité. Tout n'était pas ûiàf muh ressent iel était fait. La ferme avait des portes en chêne et des fiet^idnnes d'un vert réjouissant. Un tapissier de Samt-Germain avait pro* nus las rideaux et les tentures de lit pour la quiniaine suivante* ~ r C'était une occupation remplie d'attraits p3ur AbeU celle dé suivre les g^rès de cet ameublement d'un poids si léger à sa bourse, et qui eau- . tonl de ravissemens narfs k Bergeronnette, glorieuse de se mirer au i de toutes 1^ g laces H, de s'asseoir sur ehaque chaise de cerisier poli «I do SU îvposert quand elle était sûre de ne pas être aperçue, sur le beau cmpé €0 drap sombre place enlre les deux embrasures. *N'y a-t-il pas ^Bi trènes pour toutes les félicités? Cet entourage , un peu en dehors do riteàlti nécessaire, avait peut-être, contre le gré d' A bel, fécondé quelque ) do Yanité dans le cœur de Bergeronnette ; mais il comptait , pour tliser le maL sur les conseils de î'abbé Vincent, visiteur inujeur» I de ta ferme, et ^ur ceux non moins écoutés de madame D^Eionne, iailniiis «11 p^tie des bontés d'Abel envers to^g^ti. D'ailleurs, renduo à Mi traviltx les moins durs, Bergeronnotte-dnq-heures avait reoomnanoÉ à porter lo bu â la maison ^ non tous les matins , mais deux fois ftBt aorname, et , il est vrai do le dire, plutôt pour avoir une occasion d» jfoir sa marraine que par deroir.
Abel parut a la farine au moment ûh Bergerin malmenait fort lo ma* mm pour avoir m^ au seuil do la principale entrée une marche en pierro fedro au lieu d'un granit,
n parlait haut, se croisait les bras arec impctrtance et menarait do
Ibanger d'ouvrier, U prétendait qu*on vivait à une époque où l'on n'était
fdiii serri pour son argent , que les architectes étaient des hommes sans
ftMté el sans goût; les pauvrf^s propriétaires étaient h leur merci. AÏal
latonrînl : il ealma l'irritation de lergerin , qu'il engagea à so contenter
d'un oacaJier en pierre tendre. Plus tard on y substituerait , et lorsqu'OQ
^^eraïl !a maison d'un étage, deui belles marches en granit.
K^ Entrez, dit ensuite Bergerin h Abel en lui indiquant la pièce trans^
Vltnée en saloiif entrez. Je crois qu'on vous attend ^ on est dans un fier
Llambarras anmjol Berg^rin faisait allusion avait défié en ^et les plus miMÔB» facultés de Bergoronnelle , qui n'en était pas sortie arec succès lonquo Ahel parut devant elle. Sa rougeur trahissait sa petite honte, Abel 00 Boopcoana la cause h U précipitation do Bergeronnette h repousser
150 LB MÉDECni DU PBCQ.
dans an coin un des six tableaux qu*n aTaît expédies la TelUe h la fenne» ei destinés b rornement du salon.
Apres avoir échangé des paroles de gratitude admiratîve deront ces six gravures représentant six villes principales de Tlialie, Dergerin et sa ûUe avaient cherché à les fixer au mur, leur destination naturelle; mais eomment y parvenir? Au lieu d'un anneau ordinaire, chaque tableanaa baissait do deux pilons à vis placés h chacun des cotés du cadre, et sean kkU pfopnacr à BeiigpriVy ainsi qu'à fiHe, un probl^ie Mnnf# da^hs ■ ■ ■■ ^ ' ■ ' ' i€aiNI
8. Présentés dans tous les sens à la surface dn mur, les lipudiaient toute espèce d'adaptation possible. Pendant dem hi pèae, avec des clous dans la bouche et un marteau ôttm la poche, QB tableau à la main , épuisèvent la série des estais. A Venrék [ était joint , il est vrai , on paquet de cordons en lahie
nais 4prel ranport d'une nouvelle diHlculié éutblir entre les kseixcadresT
Lassé le ptemier de ponrsuivTe cette énigme, Bergerin Taivait atw donnée |Kwr se dis|)nter avec le maçon ; nuis Bergercmnette-omq-kenmv de plus en plus d»^pitée de son ignorance « exerçait «neore •son iillinlii< Air le même objet u Tan ivée d'Aboi.
n arrêta doucement fiergeronneiie par le bras nu memeat ak, déeen ra{{ée, ^k renonçait h la tâche, et il Im dit qu'il acconmit exarta h Pn^nainTiUe pour Taider k placer les tableaux fekm ses somrenirsâeTas^qpe? il désirail les classer dans Tordre où il avait vu les 5$rx villes dltafteqalia lepcésentaienl. Il prit ensuite les liens do bine et les altactaaà l^aaBaiBa des deux pitons do £açan à Doire fctrnicr un triangle k chacun desooidbAa^ opération la plus connue du inonde. Après avoir enfoncé des doos n dte» sous de la corniche, il suspendit les six gravures, qui mcuUGièni4Bfr< cievsement la petite pièce. Lo problème était résolu. BoigitunnettP'Ctoy' heiues battit des mains, et rejeta la tête en arrière en signe deeonbmMb
Cette facile tâche achevée. Aboi s'assit et contempla l'expression do w^ Ténilé empreinte sur lo visage do iiergeroniiettc. Aux yeux de eeini ^ savait mieux que personne cette juLie créature, elle avait gagné en ea** tîAiide de formes ce qu'elle avait plerdu on suavité de contours, en fel hatf de la taille; ses traits étaient passés de la sphéricité du premier ê§B*k Tovoïde du second. Un bonnet eu velours dont lui avait fuit codeao /an jour de l'an, madame Daizonne, contribuait, malp;rc d'abondantes boucle» noires déroulées en grappes sur ses joues, à lui donner cette matoriléd» caractère, beauté des jeunes mariées.
Son cou moins plein , ses chairs moins potelées offraient les mhoan sî^es de transition ; partout un embonpoint délicat avait remplaoè In rondeur un peu exagôréo do l'onfancc. Ses mouvomons n'étaient ptaa aussi chagrins; dans l'ensemble do ses gei>l08 la vitalité était moins v»gne ; Borgoronnetto savait s'cisscoir et rester en place. Enfin, si l'espiè enfant était partie , la jolie femme était restée. Elle n'avait peida < les ailes.
Abel demanda à Bergeronnette » elle était disposée h prendre sa leçes malgré les coBtranétés de la matinée. Elle courut aussitôt chercher ui livre, et à un endroit marqué par un ruban elle attacha son n^ard d^éoali&re attentive. Elle lut avec des inflexions assurées et des pauses iatell^ gentes les pages du beau livre que l'abbé Vincent avait eumnoité pour elle à sa bibliothèque : c'était la relation d'un voyage en acconvertes^* attrayante description de ma^irs et de climats, «crvcilLeusement propre à piquer la curiosité de l'esprit, a provoquer à chaque pas des quesltooft de géographie et d'histoire naturelle, et h nécessiter ainsi les secours dViBl guide toujours préparé à répondre aux demandes de l'élève.
Les questions no manquaient pas. 11 fallait qru* A bel, sous peine do maiK vais exemple, ne se bissât pas égarer dans les nues par la disiracfîoa^ qn^ tint sous le joug le plus sévère sa mémoire et sou jugement. Entrt
i*ii bmiMiR f iA qiMBtitiniMiir tt si pdntesnt'dii regnd d6 Bii» ltB-€nii{-beiir086t8oii6iHifiaepar,caâeiiGét toujoanamBdi ooiMie
4HaB|Wlîla '^poile bUmobe, Abcl était porté avec elle aux pays lointate; Ml « ella ffanélaitilnelliide, par exemple, Abd loi on ^expliquait alors • — ^11 — ^^ les gmods paysâjKes , les productions odorantes, leseouts, rantkpiiie» et mille aoires choses sérieuses, sédol- ,.Oei!geroBnettfrHhii(jp«heures fermait alors son lÎTre « et I, miàiM d'intelUgenoe, aspiraient les paroles du malàa ; <i0lliriiieiMé, eomrae un miel qui lui plaisait, icnait ses lèrres suspn- •dMi k csHsB.qiii la répandaient. Il était impoasiole à Abel, quand eede^ mr d*iostnictiQn fnwliète Tobligoat è rectifier la pensée (Tun autreet àrUmàtnÊï la tienne d'une forme claire , lorsqu*il penchait son front m»ialta idie incUnée sous lui, sous sa parole aimée, écoulée, lecaeilRe, éilniimt impossible de songer à lui, 'à sa chaîne mentale, è aoo passé ; ierwnto Intérieur s*endormait autour de cette eau paisible. ïSBâBîMaîtque Bergeronnette trouvAt dans les planches de oe iîffe la figure de quelque fleur ou de quelque plante d'un dewîii I la copiait et Tenluminait sous la direction d*AbeL Dans 'fe sent , la main se posait sur la main , Tépaule dneouftl
li'éMile» ii lé vélin tremblait au même souffle.
Mais ce jour-là les doigts de Bergcconnette-dnq'heures semblèrett 'JBSias ÈBones à tenir le crayon en copiant la tige menue d'une plante à ilié; Abel ne réussit pas mieux. D*où venait leur distraction? Sans doilte éê mhiMoment qui se produit dans tout ce qui respire h Tépoque n- «Me dn printemps. L'air, la lumière , Tombro sont pleins de oe poison iaérltabh , opium invisible qui assoupit la pensée, berce les sens et Iss iiéa0l»4rane volupté somnolente. Dégagée des glaces do l'hiver, Tâmo lOumle «f«e tes MpiUons blancs vers le soleil ; rhommo , qui n'a pas à fwM', oonne le poisson des mers, conmie l'arbre des forùts , oonuno ¥mÊfOÊMf ds nouvelles écailles , une enveloppe neuve , se refait un omir ■ihttMÎf et flenrit è sa manière.
Mali kâonîson de Bergeronnette-cinq-beures était la première fleur ' r,iandis que tout ce qu'Abel sentait reverdir en lui était m- 'i de l'dpreté qui s'attache aux ifs de la plage, arbres funèjœ feuille, même la plus verdoyante, a son grani de sel. * lUnrait oonm sur la blancheur du vélin une bande do lumière qui, tamisée ftar l'obstacle des rideaux, était d'un éclat de pourpre tendre dérobé «tfMlîîl de tttte jaune matmée. Magique reflet I le pnn temps , ses déhjlliufws. Mil image étaient dans cette traînée lumineuse, qui troobIMt la vue de Bergeronnette et d*Abel, et faisait frémir leurs doigts arrkés -MT Isp^MT. Produit par une cause en apparence obscure , 1 enchante- ■NBt aoarit aisément cessé si BergOTonneito était allée tirer le ride«i ; ■Mât eUe resta à sa j^aee sous l'extase inconnue , n'imaginant pas qpA «M d'elle Abd puisait à la même ivresse. Un rayon de soleil sur oae »!
àm atoe instant, comme si leur song eût été mêlé, comme s'ils Ms- ^eal féau de la mémo vie, ils se rencontrèrent dans une même pensée et ffcascntirent le même frisson. Cette pensée comprima l'expansion boni- Muii d*Abel, et elle rempKt de larmes les veux de Bergeronnotio ; leur ■masBe commotion prit chez l'un et chez rantre le caractère d'une réserve pénible. Les deux nuits de la chambre bleue vinrent à leur souvenir, lit l«affs les glaça. Précisément au mimicnt où Abel aUait livrer un aveu •anml iargeionnette était préparée, la vision passa devant leur esprit*
Chei Abel, comme cela devait être, le regret de l'infidélité ténébreux rtMiIblil vite et teignit à peine sa conscience d'homme ; mais Bergenmnerva la terreur tout ontièce, ot oUe la sobit chaque fois qu'une I analogue n reproduisit.
douces, quelque «Ueadnss qpB teeit las parata d^aaooir
Mlteliéiiaiidii ee jonr-lL jour si neaf pour Bergmnietle eipoir W, Ate-diKi-fieiires fut oonstamment poumiiTie dn warmtéth
[eue ; elle en disf ' "- "^' '^ — '^ ^i— ^^ -^ «--
„.jùeUeéUût:ils*i i par une premièfe 1 ce qu'il arait si long-tero|» caché. Bergeronnette ne le i . pas; mais, an fond, die naraissait soadeose autant que satialailêl GTMt fintôi en elle la félicité aéjà éprouvée d*une veuTe eue la libérale aas»mm de coeur d'une jeune fille aimant et aimée pour la premièio lois; wm iODiieur n'avait pas quinze ans comme son Tisage. Elle n'ab ■m» sa main à celle d'Abel tout le temps qu'il voulut.
Les entretiens qui suivirent celui-là furent tous traTeisés dn i abaque fois qu'ils prirent le même caractère. Plus tard Abel s*en in
iarplus tard aussi Bergeronnette montra davantage ces subites dOlSèSam, éont eUe voila constamment le principe. Enfin , n'osant jamais ni ftm ii lÎNitie abattre la barrière posée entre eux, ils en sentirent la lésislam ihaque fois qu'ils essayèrent de s'unir par le cœur. Et, de jour en joar flm instruite aux réabtés de la vie, raisonnant mieux ses scmpulas, pa^ mm ai(^ comme le remords, Berseronnette finit par voir un homme «m •esse mterposé entre elle et Âbel, un homme dont die ne ffumaiiuiltri la^visage, ni le nom, ni la voix.
Un vague instinct de prudence lui conseillant de ne jamais appteBdie à 'Ibel le motif de cette épouvante, elle inspira à celui-ci mille sopjposfciotts inquiètes, et ce ver piqua ses mdlleures jouissances : il n'en en potel «n ae fût tadiée à l'endroit le plus sain, il prêta à la fille de Beneiitt des mière-pensées orageuses; il la traita, dans d'inépuisables cakâs de jalouse, comme une femme ordinaire a^^ant déjà un passé qudqoe peu hNM 1^ soulever. Son repos en fut compromis, ses espérances change ; et oetie appréciation contraignit sa sénérosité lorsque le jour fut venu de l'âeter jusqu'à la volonté formelle do demander Bergeronnette-cinq-heures à atm père. De peur d'amener une explication redoutée, il recula te roomentd^ vouer ses intentions. Si l'anxiété de Bergeronnette, pensait-il, n'était que la conséquence du refus qu'elle avait n^lu d*opposer à des prétentioiis présumées I Pourquoi hâter une conclusion qui dévoilerait tout? Abdsa lut; il souffrit. Il continua cependant d*alter à Fromainville pour i ~ diaque jour davantage, et pour prêter chaque fois des prétextes r & la résistance muette de Bergeronnette.
La plante à thé n'aurait jamais été dessinée ce jour-là quand ^
fftbbéviocentet Bergerin n'eussent pas interrompu le tête-à-tête pari entrée assez brusque au salon.
Abel et Bergeronnette n'auraient pas eu le temps d'affecter une < pation quelconque s'ils avaient cherché à colorer leur inaction. Ds as sentirent d'ailleurs ni l'un ni l'autre le besoin de se composer un maintiai en présence de Tabbé Vincent , qui , beaucoup plus versé dans la nrîmtn des insectes q|ue dans celle des plantes, loua beaucoup le dessin commenoi. Bergerin fut si fier de l'éloge et de l'ouvrage, quoiqu'il prît Tarbusta indien pour un chêne , qu'il dit en riant au bon abbé do chercher dans sa (aroisse un mari à Bergeronnette.
— Je bénis tous les mariages , répondit vivement l'abbé, mais jeB>i Èâs faire aucun; c'est assez d'avoir la charge des âmes sans s'imposer eiH core celle du bonheur des gens.
il n'acceptait que comme un propos indifférent, aiouta-t-il, cette pensés ée Bergerin de marier sa fille encore si jeune. Il demanda à Abel 8*il as partac[eait pas son opinion, lui qui avait acquis par une générosité noÊàb la droit d'être consulté en tout ce qui touchait à l'avenir de la famille.
L'abbé attira ensuite Abel à part et le remercia avec effusion des services qu'il avait rendus à Bergerin. —Son action était belle; il se laisdt la courtisan delà fortune lorsqu'on loi albctait un aussi digne emploL«-
ÏM KSD^^ni D9 FECOi
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n fut pltK rf^eoîînaîssanl que s*il eût été personnellement obligé* Sas mainf |)in> [les d'Abri^ qui lo ren^ercia avec modestie de Tamitié qm lui
elAi ^lourtin prii^sl 1%er. L'obbé t'assura qifîL s'était créé iiaakii
|>lus cmtsâfiot qu'un prôtro ol^ur : cet ami c'est Dieu , qui guido h tra-» rars i^ nêtges la mâin pieuse qui &*â baissa pour ramasser l'enfant «bin-
— B«rgeronnelto doit main tenant tous aimer comme un frero, reptile il; œile cbère enfant n'a qno nous.
— Si vous la mariez bicntOi, dit Abel i Tabbé Vincent, avçrtissei-ttioî: Î'aï encart quelque chose à faire fiour elle.
— Pensez-vaust répondit t'abb^ , qu'il soil prudent do riâquor si tftt là béao^tr^i dont, grJce à vous, elle commrncc a jouir?
— El vous, le pensez- vous, monsieur?
L£s iku£ icunois hommes se turent comme sHb avaient œmpris qu^aii 4ûasusiie leur opinion pîanait un regard impartial , qui plonge et dans le ir de rbomtiie st'lon le monde i^t dans le Cixur do Vhomme selon Dieu» and juge de taules les répugnances, cet apprécia tt^ur forniidable d^ ûii uLii remue au fond des consciences , même les plus pures « et qui &Di' uer son tonnerre larsque le soleil est au ciel el le calme aii-
,iOiii rre.
— i(} vous accompagnerai iu^u'à Saint-Germoin, dit Fabbé Vincent I Abot; tùus voudrez seubmeul modérer la rivacité do votre cheval, car ma mute se fait vieil te.
^ Nous allons partir, répondit Abel; on m'attend au Pecq de bontie iieure,
Abel et Tabbo Vincent prirent congé de DE^rgerin et do sa ûlle, qui toi aeoow^agyièrcflt, suivant l'usagei jusqu'à Feutra de ta forËt*
La résolution prisa par madame Dalzonno de vendre la matsdn do santé
./•fatt pas obtenu l approbation de son conseiller inlimo. M* Andr6«
Dana un moment où les nommes d'argent évitaient les spëculalions d'im*
peur se livrer h d'aulres afbires tout aussi chanceuses, mais plui
?, f-'-'-* "Tnladroit, di>ail-il, do vendre un établissement dont U
était dàins la direction habile qu'il recevait et dans sa
,i. .,j...^.jk'. It n'était propre à so transformer sous d'autrc-s pto-
priéliifeti aJoutait'iU ni en usine ni en maison d'agrément. 11 eût fallu
^ |wrdre considérablement en le cédant sans attendre Popportunité de l*o&^
Ciâon. fieaucf«up moins înilîé aui passions qu'auL inléri.Hs do sa cliente^
netr
M. André embarrassa ci, traordinaire ment madame Dalzonne en lui demandant pour quel motif si prisant elle cherchait à vendre sa maison dt sinto après ditù parvenue, au prix de beaucoup de peine , k relever au promkr rang.
Nul mieux que U. André no savait combien, malgré la prospérité réelb d0 rétablissement, madame Dalzonne était encore loin de pouvoir songfïT à 10 félirer pour jouir, le reste de sa vie, des fruits de son actiTilé; il sa- TAÎl, au oonirairc» combien eïîe retardait ce moment par d'ine^ssanti»|P&* ÎÀim |ierta entraînées coup sur coup dans un torrt/nt d'opéfations où , 90 dépit det meitieurH censé ils « le pre m te r v e n u sa i^i i ' ' ' - - t ïtwr ûh$ ou^^iUt mal queîiïuas billeti de banqufj au fond des ; ^on secc4taifd.
"^ i OQ présence do l'f^tat de sa fortune, en bon y^"»*. ii>^is non arrivée, } eonvint , iur h démonstration de M. Atïdro , du peu de justice dd it
DO
jMermiiiaffon. La oorde da positif , pinoie aèchoment , yfbn fort il- Ht •ttotendoe.
lladanie Dobeonne pomrait manquer de nûson pear die, mais mm fm «n autre; entre elle et son homme •d'afiairee le chiflre arail force deinL • SIe 80 laissa démontrer que sonwojet n'était guère réalisable que ém huit ou dix ans. Peut-être se fût-elle moins vite soumise à la déastaoÉB -9. André si son esprit no fût tombé depuis quelque temps, mon àun m calme absolu, du moins dans la fausse quiétude qui résulte de rimanH» -fité derobeerration. Parce qu'elle était en attente, ellesecn^aReii'TBpoB; de même qu'il lui arrivait souventde faire honneur à sa nison d*nBHVtoil- ^duîle qui, au fond, était le fait instinctif d'un calcul. Ainsi, loraqdÛe m persuadait qu'il avait toujours été dans les intentions do ne renùtélà maison de santé qu'après avoir établi une discussion grave sor oa-poifll «vue son avocat, elle mentoità sa ptemière impulsion ; elle feigpaitmllier, et sa vie était là pourtant, l'issue prochaine de la combinaison mh .lUe par elle , derrière un rideau près do se lever. Abel et Bergerounette; •elle ne s'en souvenait que trop, étaient dans cette ombre pleins de cimgi (attendues. Que d'immenses espérances ou que d'infinies douteors sortiraient pour elle de lànlessons I 11 v avait dans cette expectative, l9P0a^ tement confondue par madamo Dalzonne avec le sons-froid du ixm sbh, ime anxiété comparable h celle de l'homme pour quiThenre suprême est irenue de savoir si derrière le mur de la vie il y a le néant ou la fésM espérée, l'abîme ou le ciel, rien ou Dieu.
Maiiresse des occasions où elle aurait pu renouveler avec d*égales douleurs la scène de la chambre bleue , elle avait , à une seconde nuit d>^ preuve , arrêté résolument qu'elle ne se reproduirait plus. Elle satait morte; elle avait si cruellement souffert! Si elle souffrait moins msinln^ nant, elle n'était pas moins malheureuse : elle altciidait.
Son attente n'était pas l'inaction d'une ponsce qui a assez fait pour se reposer aux endroits choisis, à quelques pas de la source, avant d'en boire l'eau vivifiante. Elle était sans sécurité : tout lui était suspicion et ombrage.
La vue de Bergeronnette fatiguait madamo Dalzonne comme un remords de jour en jour plus près d'elle. Quoique la lillo do Bergerin n'eût rien perdu de sa grâce aux regards des autres , aux siens, si curieux et si impatiens, elle avait déjà changé : sa fraîcheur matinale s'évaporait, ses yeux noirs s'alanguissaient; elle ne volait plus do placo en plaoe, elte marchait; elle s'arrêtait parfois comme pour penser. Mille autres ngnes sans valeur pour les étrangers prennient une signiflcation positive pour madame Dalzonne ; étude secrète çiui la rongeait. Elle avait empoisonné quelqu'un dans une heure de délire : ses regrets avaient maintenant te lenteur du poison qu'elle avait versé. Aucun des effets ne lui échappslL lelle en créait qui n'existaient pas; ses nuits s'écoulaient sans sommet IBDe avait cru jouer impunément avec cette enfant, et h son gré en tinr fdu bonheur, comme des fleurs on extrait du parfum sans songer les a écrasées, gu'on a pilé leurs feuilles, leurs grâces, leurs déticatc leurs beautés divines. L'enfant s'était laissé faire comme ces fleurs. te silence mémo, cette innocente abnégation accusaient tout bas moAun Italzonne et la torturaient dans l'ombre. A défaut des menaces de h rel^ (ion, dont elle s*était éloigjiée par sa manière de vivre, à défaut des véa> minations du monde, h qui tant de scandales échappent, il s*était instoS dans sa mémoire un juge implacable de sa conduite. Celui-là lui repro* Thait jusqu'à ses bienfaits les plus reculés envers Bergeronnette. Elle nVlait allée la chercher au berceau, elle ne l'avait caressée, endorsoiq» placée sur son sein comme une seconde mère, elle ne l'avait Téjou&e.SA «oleil de Umt d'orgueilleux présens dont elle n'avait pas besoin, chèrwi^ tot, elle ne lui avait enlacé des fleurs dans les cheveux, coulé de For tt •toû, sur les bras, et mis du beau longagesur les lèvres, que pour te es-
cher dai» h. chnmbre d*uii }&asm
' QJoiAtic > -^ df^matidât pas àjTMlliialteHiMtKè éni
wmtmi* H aurait coi^eoli k Uà \
AeitMé» de ei>s trx^vilàhU'^ rfplm si9 pUd rtiàm^ cfle le Itf n à tciitaft
<< ,cll0ia jfllidnaiéai
'i ^a porté» iHsqti^ii
L de l^iaalaf t ù&
Ikimpeaui possédait colla é*éto
mplnvait pour le» iiifi9,li
i iluiau les réiiS6il»f alfro^
Jei gérralipfiiatt fMwenient
lUle friinc
rni poiiT cciït
do
ràltf lév ll*lkAi I
baisse '1 là son langage %tt ré avec ^ hoolinKTS Chanipcaus ti'tlAii ;^' vuubiii alfisî : Cburripi'aui, ai ni un agkrteur sobtil : il omit i ~
4gti^ pôiir ^tre elassée, Ouaitd il n*y a¥a i appâller
in» il n'elait posi r ' - ^:ViaigDaït piis uti puiciirt «v«6
:^i on ra hm na ble , - ! ' - \ i ii d o BordilTOi onçlMt
'- V ■ ^iifx-à.y oq des voitig» ttàMJm i tU
. AliifiifevilaïaA]
, .. , .^tgalkms fii*M tt*«it pM j
L[;d on Lmiiii ctrUin rommcroe. Oooiaâiltex-Voiis
— liue^l-ce qu*^ M. Chiun|ieatuLT il réporulait t
lour-là* — A un chapelier ; — Çuesl-ro quB
1 pascoiïnii. Si ce silefrœiïrouTtilqHo Qmttt^
un gnind cr<i!dit sur ' il aitosUit poirr 11
41 rail pas éié imp il' ni signatim fiânla
iilu .;aL^i^!0 ; forliûée d'un uiLdij£^uir« ua tio la refusait fa»
jetlti nuanr*? de rn^ii»! i^t imm^nM^ à Paris « dû il s^agit mcnn»
nu de ne IMS outrer en itii* mille faces^ pbiis et petite*
u a II aiaefH à niner te ilMiDS oooiiiio
o'€ilt pas été pûiEîblo à Cfatmpeaitx d*alïldi€r
inéteatîQHt nicircftatilGS ta&s un pavé
h il EU cuvait un a^seex honorable : ponàuit etwf anaal âtaét %iir6
w €ociipt(Hr& dû M. Laftltie, tJi , outre la teinti^re àm aCaif^a f i
Lit Mlle uiïccDnvirtlûu poliiii|ue q^iù le tefii|B avait ai;pBJ*éa, Givn»
oû f^aii^eii at coiniiiB lo duc d'OrléanK, il était èa^
' ,Y«n f^|«li}K il 1 révolulluB de iSSê.
ank 4qâ bcauc^yp iM^^lifi^i' le cuti^ptoir pour k pûtiHqu»^ 1^
IL 11 Ut J - :>^Lion 4^1 dis aiter» pour iou cninpie^ inl-
|t en polit 50 n fa- ; 00, Mais, comme il jnuait avec trop pt.« do
I «lalièn^ ûu Hpucuiiktinih ^ el ^'U ne v^nii qu'affèa 00a paireD I ^ti^ues^ ica ûpératiOM ri— afflUètciit à éa IracMHage , m * 1 le Q}oiièrefit un tottrà BÉîm»>Péliipa> On nawat jatpaii ftiip OQCDinioill «ft sortit : ^M &'«vada« aï on crtil pm utile d« b pïtûttiiw si aon étaT{daieifM*iit fiU b iait de U bautt ffmectian âe M. LalQsti. Ëm coniinoicc k ûi} &i\îre, et un roystàrt
. 196 u MiDBGUc nu ncQ.
de serpent dont la tête mord la qnene. Quoique son nom ne brilUt pit
dans les joi " ^'" ' ' ^if-:-— =
comme on i
lice. Son domicile n*était nulfo pari:
banlieue. Champeaux déjouait^ râir ses brusques changemensde donncBi,
rinquisition du préfet de police. Fier de ses convictions, iloonrenait deh
fiart qu'il prenait à tous les actes tentés (Mur renverser le goaTememeil
de Philippe , selon sa manière lacédémonienne de parler. A qni TOuUt
l'entenare il répétait les plus fougueux passages de ses prodamaiiaM,
et il ajoutait en fronçant les lèvres et en regardant le plafond : — Fê^
tienoef
Lorsqnll se présentai rétablissement duPecq,fl sortait, prétaadriiHl, de Sainte-Pélagie, où il avaitété incarcéré pour la quatrième fois ; il n^ était sorti que par suite de protections qu*il n*avait pas sollicilées, et à la condition aacnever son temps de condamnation dans une maison de snrié quelque peu distante de Pans. Cachant son effroi pour ne laisserjpanftn que sa i)itié, madame Dalzonne avait accueilli Champeaux sanssMitomMit un peu inexplicable en cela, de le voir venir de lui-même eflectoer ne translation dont il est d*usage que le gouvernement s'occupa ; eDe ■• comprit qu'une chose, c'est que Champeaux était poursuivi. Elle lui pevmitde s'mstaller chez elle, où, du reste, il se conduisit convenabteflMdL On ne l'aimait pas, on le craignait; mais on n'avait pas lieu de iPen | ' ' dre. On avait itni par croire que la mauvaise humeur faisait partîBi opinions politiques.
Vers l'époque où madame Dalzonne avait plus fréguemmeatdes ( ▼ues avec lui pour des affoires où elle le consultait, et qu*éllB tnitiit pour dépayser ses peines d'esprit , il entra un matin chez die , kt trnts teuleverses et regardant demèce lui. Il dit à voix basse à maaame Dd* sonne quedesavertissemenslui avaient été donnés de quitter sar-le-<^aao lamaison de santé du Pecq, ou il y avait non seulement danger imminuBt pour lui h y prolonger son séjour , mais danger pour les personnes avee lesquelles il résidait ; on les tracasserait à cause de lui. Il lui était done commandé de s'éloigner pendant quelque temps de SaintrGennain-eB- Laye. Tant qu'elle le saurait \k , la police le vexerait , sans prétexte qa*Q ne cessait de conspirer contre la stabilité des institutions. Vainement il protestait de son ignorance des événemens qui se passaient à Paris, on n'admettait pas son indifférence ; son nom bnlbit dans chaque liste de proscription dressée par la préfecture. Dernièrement encore , des répiH Micains ayant été accusés de vouloir incendier les Tuileries , il avait sa ou'on lui attribuait une complicité dans Tattentat. Ce n*élait pas vivre qne de subir une éternelle suspiaon. Ne jamais compter sur le lendemaiBf quelque profonde que soit la retraite ; trembler à tout instant qu'on M TOUS enveloppe dans l'accusation d*un crime imaginaire médite à vingl Ueues de Tendroit où vous respirez; porter la solidarité d'un parti todt entier! Champeaux devait fuir, s'absenter pour quelques mois au boot desquels il reparaîtrait avec d'autres espérances ou d'autres objets.
Les instances de madame Dalzonne auprès de Champeaux se Msfrrenl contre une détermination réfléchie et, après tout, fort sensée. Elle lui fil promettre seulement que, dès que la police se relâcherait de sa sérérilip Il retournerait à la maison de santé du Pecq , où un bon accueil l'attandrait toujours. Champeaux parut touché de ces marques d*afifection, et I partit.
Excepté madame Dalzonne, personne dans la maison ne fut mis dansk confidence de ce départ. Plus tard quelques uns s'en réjouirent , r
é e de regret manifesté sur l'absence de ce bon M. Champeaux.
LE uâl^ECm im 7EC0-
Entre madame Oabonno et le docteur Caîvejrrac il nVïîsbît aucune
MéUT apprcnie. Tousdeui avaient compris combien la digînlé de là
rmaisonçiigeàîi d*3tle^tinns contramtes» Olveyrac surtout , uni souffrait
[le plos dans sa position si pénible d*liomtne chassé du cœur d une famme
mm ce3î« présenio à sa vue. Quelle difiër^nce avec les temps d\iutrefois,
roil ît pamil d«iis 1o même jour de la crainte h Tespoir, fluctuations viô-
'feulas, mais pleines de sel, d'action et de vie, corn lue les eaui deTOc^nt
Calvr^ynie dépérissait à sg contrefaire ainsi devant le monde ^ h parallro
égal d*hurricur quand tout équilibre se rompait en lui, à s^asseoir aupr^ife
I madame Dalzonne^ à lui servir d'appui dans les promenades du soir sur
[lu terrasse, habitudes prises, impossibles h réformer, Et^ par la malheu»
i fimse tendance qui nous porte à ïranchir les bornes des résolutions sages
ei obligées, Calveyrac cxogërait ses politesses , de mCnie qu*un homniQ
ivre dent le bon sens uYsi pas tout à fait évanoui eiagère sa raideur ,
dans h crainte d*af ficher l'état dont il a la conscienœ- A vingt ans, ce»
l jeu&Ûniââent par d'infaillibles explorions: un jour on s'arracho le masque,
1 0Q tombe delà hauteur factice oii l'on s'élaiteïaUéj et on répand par unis
îsme violenté toutes les larmes amassées goutte à goutte; crise do mort
ot2 de salut.» un changement se déclare; on meurt pour celle qu*on pleure,
ou Ton aime bientôt une autre que celle qu'on n'a plus a pleurer. On s*est
remué dans le tombti'ayi Beaucoup ressuscitent h cet âge, peu h Và^ dti
docteur. A ?nn âge plus d'énergie, plus de certitude de punir tme femme
kdo ^ ' renoo en Ta ffli géant de Tamour qu'on a voué h une ntilro
lit qij .. ^ rend, une autre femme aussi jeune, aussi belle, plus belle,
Élus icune peut-être; vcTtgeanco éclatante, facile, et qui, commenD^o sou^
ruispitation du dépit , Unit souvent avce tous les caractères d'un amour
féù meilleure origine*
Le docteur, comme i! se l'était démontre dans sa nuit de trtsto illumi-
1 liXioD, no comptait que sur une ressource, la fuite. Depuis lors il sVsti*
[ ma j t pour n*a voir plus temporisé hyec d'éternelles déceptions et avoir su
readro bravement un partie ce qui était mettre à l'abri do l'outrage tei
aaéeà de force, dont il lui im[K>rtaït de faire usage pour ne pas s'éveiller,
la miHeu de la vieillesse, ruiné par la pensée et par l -oisiveté, double de-
'ibrement où arrivent tant d'eiistenceSii
Il n*élatt retenu que sur une seule circonstance de son projet: il aroit
I arrêté do ne rapprendre h. madame Dalzonne qu'après la réponse do son
[frère de Bornéo» Pourquoi le communiquer si long-tenipsd'avancoTOBô
MHncnnvéniens dans la précipitation ! Si co frère ne répondait pas, sll m»
'^^'-^mdait qu'après des années , et si madame Oalzonne ne vopjt dans
*! oonfliiciice prématurée qu'un prétexte ingénieur pour interrssor Si
t pnmauer sa reconnaissance a défaut de son amour, quelle faiblcasa
3e T quel stérile abaissement I En disant son projet ou ea le taisant «
i1élait*îl pas toujours résolu à rester à ta mai'^inde santé juiqti*à répoque
leiOD^Iépartî Toutes ces raisons balancées, le docteur CalveJ'nic brûla la
*eltre q^itl avait écrite à madame Daï^onne, et dans laquelle il lui faisait
'^ de ion rnlenlion d'aller rejoindre son frère, et il reprit , comme si
i n^ivatt été dérangé à sa vie, le lien de ses occupations. Il soigna des
'mr» moins vives que les siennes; il épuisa sa santé au rctablis§e-
[ delà santé d*?^ autres. Nul ne s'aperçut d*une altération dans wti
' f au service de chacun. Comme autrefois, son cheval raltc^ntlaii dèîf
ores du malin dans la cour ; et il partait pour ses visites éloi^néet ;
|f rentrait qu'à deux heures au t^ecf(. Sa bonté n'avait pas eu non piua<
offrir des afflictions dévorantes qu'il portait en lui : auprH du petit
au ou aupn^s un lit du vieillard , penché sur rore^lffr brodé de la
tlado fvi! c^^{é du vigneron paralytique , r ri^trou-
I admii < A^j de bon conseil et de bon cœ u i ridant,
îllfiet suttotii nj rr^ard d'inettinfruible ardeur, \mU^ qu' jqu^^fotspar
I fMniioii, mais toujours jeune ; car le regard, étu:collo de la dwîutté ,
158 LE MÉDECnC DU PECQ.
•nTatoppe lamiiieiue de rame, a le pnnlége, qaand le oocpss*« fTen \ê^ de consenrer la Inlcheur de la jeunesse.
Pftrmi les malades que Toyait alors le docteur dhegmci de TounUn exigea toutà coup des soins plus sérieux: il dêcoaTnlqa'eDe peniaiL de jour en jour, et sans cause appredahle. uns les atant*^» quia àsoD moral par un lé^e qui arail réussi jusqulci et qui ani permis de piéroir unegnérson prochaine. IToù Tenaii ce naoTeas md| 9iaBd Uair de Saint-Geanaîn araii rendu à wadwnnisffle de TiBvnlto une puissante animation , rembonpoini tempéré auquel sa wnslilrfM lui donnail d'atteindre f N*assignan4 h aucune cause pbjsiqiie la tiisim croissante de mademoiselle de Toucalbe, il essaja d'en déeoii¥i noua queLque ennui dont il n'avait ni à solliciter ni à obtenir la i n le oevina. Le retour de celte mélancolie datait de Fabsence da i peaux, sdon Calyeyrac, qui n'avait pas laissé peidrev à traTcis ses Cfeir grins personnels, le souvenir de llntriguc dont» hasaid Tavait rendu ténoin. Pour lai, c'était sa conviction, CKampeaux avait été raoyot de mir demoiselle de TouraUn. Elle était iondée à tous les tiiiiesila même iioctume s'était rqnroduite une seconde fois sous ses yeux, à la i
heure de lanuiL Entré dans Ja grande voie des imiuctkms, il n'availnm
eu de peine à s'assurer par d'antres incidens , moins précis ment signiflcaliCi, do l'exactitude presque mathématique du fiai. Ffiréa de son amant, mademoiseUe de Touralbe avait pris rexistenea en d^godt» Fort de son opinion , le docteur écouta pendant plusieurs visUes tout ca qu*il plut à mademoiseUe de Touralbe du lui dire sur ce qu'eDe s'imaginait être Tori^ine de sa maladie, ou pluiOt de sa langueur :cOe avait ^ut-otro besom de voyager , do changer d*air; celui de SaintrGennaîn était bon , mais vif aux poitrines délicates ; le sol manquait de dialeur h cause des pluies attirées par la masse ambulante du bi is. Le docteur ne fut pas de cet avis, qui n*etait pas non plus celui de mademoiâelle de Touralbe ; mais il fit semblant d*Clrc en tous points d'accord avec die , et il ordonna quelques bains pour justifier rintclligence parfaite qu'il avait de la maladie. Ainsi qu*il s y attendait , la malade ne so trouva pas mieux. Il la revit, et la causerie prit une autre tournure, quoique toujours enfermée dans les limites d'une consultation médicale. Peu à peu elle en sortit tout à fait et se porta sans si*coussc, par un de ces chemins couverts comme en savait tracer le docteur, sur le terrain des conférences amicales ; et alors se firent, h des heures rlioisies. ces épanchemons doux et ^ves où celui qui parle negarde assez d*autori té que pour se tromper quand il lui plaît et lorsqu'il le juge convenable à son rùle. Au médecin , exda du paradoxe parcequc la santé compromise ne revient pas à la suite d'un raisonnement meilleur, a insensiblement succédé le moraliste, auquel tout est permis , le détour pour arrivcT au terme sans surprise , le punt de vue faux afin d'être ramené au vrai par celui-là même qu'on veut pénétrer et comprendre. Ayant cerné madonïoisclle de Touralbe pied à pied» le docteur se crut maître d*enlrer ù son gré dans le fond d'une pensée forcée par lui a ne plus se dire un mal, ou d*aitendrc le moment où elle se rendrait; car la parole a ses conquêtes, ses guerres et ses victoires, toutes plus ou mois dépendantes de la prudence, de la volonté ou de IV propos. Mademoiselle oe Touralbe ne se rendit pas ; mais lorsque CalvOT- Xàc essaya de proposer, entre divers moyens dissemblables, afin que m plus hardis ne produisissent ni surprise ni ombre, celui de guérir le cœur par le cœur , elle ne se prononça pas sur celui-là comme sur les autieSi Elle l'avait remarqué par son silence, le docteur en augura bien. Il le ramena une seconde fols, et l'accueil ne fut pas moins significatif, tn nom restait à dire pour emporter la place : il fut enfin jeté au flux de la conversation. Calveyrac exprima à mademoiselle de Touralbe qu^il serait heureux pour Abel de déterminer en elle une diversion de pensées, toujours facile à leur âge, toujours fructueuse , ne fût-elle pas entraînante comme
LB ■£dbgin du fbcq. m*
«ine passion. Entre elle et lui bien des heures d*intimité s'étaient écoulées, et il araitcru voir, osa-t-il dire, ouede ces tête-à-téte sans recherche, amenés au hasard des rencontres,. iu en étaient revenus souvent tous deux soulagés. Pourquoi ne pas se prêter aux caprices, ajouta-t-il, <iuand ils nous^£nent plus heureusement que des plans , toujours exigeans |itsce.q[U*ilsjontl^aucoup coûté? que de maux sont incurables parce qu'on kicml ainsi! On abandonna un jour, raconta4-îl, on malâie dan» une igne ; Tari en avait désespéré, il se plut à manger d'une herik» \ autour de lui; et il guérit. La peine est en nous, la eonsolalioft Le docteur termina par conseiller à mademoiselle de Touralbe d» se fcîre une habitude plus régulière de la société d'Abel, un peu par ia» iècÊt pour elle, beaucoup par intérêt pour lui. C'était un devoir, et bob atototament un plaisir, qall indiquait en parlant ainsi.
Tombé an moment d'une maturité peut-être hâtive , mais réelle, Tavisi ne Alt pas repoussé. S'il fut combattu , il le fut si faiblement que le doe^ leor oitenit , après avoir réussi , d'avoir rendu l'esécutien moins vive à oanaa de la lenteur des précautions.
A qnelseDtiment obéissait le docteur en tentant une alliance si cbèremenl eanjée par madame Dalzonne? A celui que madame Dalaami» efle-nême avait écouté. Abel et mademoiselle de Touralbe étaient peur matene Dalzonne et Calveyrac ces petits états que les grands ne peiw Tent négltaer de fondre daîns leurs intérêts , soit en vue de la paix , soil eo vue delà guerre , qu'on arme , qu'on d^rme au besoin.
D 7 avait oKmc encore dans l'âme du docteur un reste d'espé|ranee; et, si œ n'était pas de l'espérance , qu*était-ce que cette sonde jetée dans' une mer où Ton s'était resigné au naufrage T qu'attendait Cahrêjrac de ai. favorable à sa situation de cette union à créer entre Abel et mademoiselle de Touralbe , lorsqu*il n'avait plus de prétexte pour douter de la place remplie par Abd-dans le cœur de madame Dauonne? à quoi lui servirait cette rivalité tardive? Le docteur le savaitrilT et qui enseignera la' part à Êiire aux résolutions qui poussent dans les endroits cadras* de rime et viennent au jour sans le concours de la volonté , comme certains fruits loin du soleil, cm indispensable à leur matumtionv mûrissent pourtant , et vous surprennent, un matin , à un coin infréquenté du ver* gèr. Peut-être sont-ils indécis de saveur et de coloris : ainsi de ces pensées germécs hors de nous ; et peut-être ne revient-on encore sur une idée abandonnée et désemrârée de toutes parts, comme le docteur à la sienne, que parce que l'espérance, d'essence divine, d*origine plus haute que les formules humaines, ne se laisse pas déduire et manier à notre gré. Comme la foi , sa sœur céleste, elle vient aux heuros do grâce et oe prédestination , et ne s'en va pas parce que nous ne savons par où la retenir. On espère malgré soi , comme malgré soi on respire, on vit, on est. De là tant de mains soulevées au dessus des l'agues au moment de Tinlcntion la plus ferme de s*cnfonocr dans raotme. Hlalgré lui Calveyrac suscitait a madame Dalzonne , sans profits espères, une rivale déjà pressentie; et il travaillait h une œuvre si peu raisonnée qu*il serait pcut-Oire sur un autre continent lorsqu'elle triom«» pbeiaii.
A q^ielques jours de ses entrevnes avec mademoiselle de Touralbe , Calveync-lut prié en termes pressans , par nno lettre de Bergeronnette, de se rendre à un endroit do la forêt de Saint-Germain. Elle demandait au docteur do l'isolement et du silence; elle indiquait d'ailleurs le jour, le lieu et l'heure.
Calro3rrac brûla la lettre de Bergeronnette et se promit d'être exact.
160 LE ]IÉDBCI2f DU rCOQ.
xxvni.
Prévoyant le jour de la semaine oii son ràie nes^ataenterait pas dek foniie. Bergeronnette avait choisi ce jour-Ui poor prier Tabbe Yinoaul da se rendre sans faute à une des gracieuses jpetites Ues de la Sèûwqai . sont entre les limites de la fDrét de SaintrGermain et la carrière de Gayon. On les nonmie collecti?emenl les tles d*Herlilay. Celait tmà Tendroit où elle avait engagé Calveyrac à venir ; seulement llieore dis deux entrevues était différente : lamatinéepourTabbé Vincent» r«|Kèimidi pour le docteur, deux amis dont elle ne craignait pas de iatigoer k
Après une nuit pluvieuse , Tatmosphère se dégagea au matin éi ^pieiques nuages restés sur l*horizon , et Tardent soleil de juin sécha k terre. A dix heures. Bergeronnette descendait dans la premiàrd des ne* tites Ues de la Seine, ceue qui commence à Fromainvule et se tenmna en pointe verdovante à Herblay* mesurant plus d'une lieue d*éleodni sons ime forme bixarrement allongi^ , et d\ine nature de ternin à no-
Bn le
peler les champs à demi submersés de TEffypte. Elle roardia '
ndliett de llle et elle se fit une place entre les grands foins, à rombre des saules; elle s*assit. Appuyée contre un arbre, elle se laissa entniDer par la nonchalante langueur de ses pensées , toutes chaînées depu» quelques mois, constamment paisibles , mais ternes, roulant dans on ceide d'obscurité et de larmes. Chaque objet touchait , jusque la blesser quelquefois, sa sensibilité inquiète : le bourdonnement ckcolttie d*un moucheron sur le calice d*une fleur , l'ondulation d'une pedte touffe d'herbe , le cri d'un oiseau coupant Pair do son vol , d'innombrables petits accidens dont son insouciance n'eût pas été effleurée autrefois , la tourmentaient maintenant et la portaient , à travers mille riîveries, jusqu'à l'extase. De jour en jour les retours de vivacité qui , auparavant , rompaient par intervalle cette paresse des sens , diminuaient ; et les mains demeuraient plus étroitement croisées aux genoux , le regard plus longtemps fixe , la tête plus long-temps penchée sur l'épaule.
Bergeronnette-cinq-heures se reposait dans cette attitude lorsoue Fabbé Vincent, qui était descendu dans 1 lie sans qu'elle s'en aperçût , la lira de sa rêverie en abaissant sur son visage une des ba^es branches placées an dessus d'elle.
— C'est vous, monsieur Vincent! Mais par où êtes -vous donc venu?
— Par l'extrémité de llle, à un endroit, je l'avoue, assez incommoda pour débarquer. Je ne crois pas être beaucoup en retard ; il est oue nenres à peine.
—Je ne suis ici que depuis une demi-heure, dit Bergeronnette, embarrassée de savoir si elle se lèverait ou si elle offrirait une place a côlé d'eUe à l'abbé Vincent.
L'abbé Vincent s*assit sans façon auprès de Bergeronnette.
— Ainsi vous avez mieux aimé me voir ici que chez moi. Pai cédé à votre désir. Au fond , cela est préférable. J'ai compris que c'est h Tami que vous souhaitiez plus particulièrement parler,
— Oui , à l'ami.
La rougeur do Bergeronnette était vive.
— • Eh bien! il vous écoutera quand il vous plaira de conunencer. Ce n'était que depuis peu de temps que l'abbé Vincent employait k «ou# avec Bergeronnette. Aussi semblait-il le chercher dans sa mérooiie.
— Vous êtes-vous aperçu que je ne suis plus gaie .comme avant ma première communion i comme il y a six mois?
LE fl|l>i€I?« DU PECQ-
■^ Qu'à œla d*étonnaï3i? répondit l'abbé Vincent : avec Và§^ Im devoirs mvenl , H la pensée de les accomplir rend groTe , souàeux j vous H^étes plus une enfant. Pourquoi vo\i% ptaindriez^vous d^yne râspgnsii- \lïlè dont Toire mérito s'accroît ra?
-^ Si jô n'étais que gruve * monsieur VincOEit... Maîâ je suis trisie*
— Ceci est trop de graTité , interrompit eu souriant Vahbé Vincent* pounjuoi de la tmtease lorsqtie votre position s'nmêliore , lorsque vous 3rri5se^ ^ je le sais mieux quo personne, d*«no aisance même pliiS grande
l'époque où votre di^çne mèro vivaitt Mais je tous interroge , et ; h vouâ k m'apprendre; quoique je n'aie pas attendu jusqu'ici pour
quer combien vous t^tes en eifoi changée depuis quelques mois* ^'3o ne suis pas heureuse.
Vn soupir monta de la poitrine de Bergeronnette*
— Non* monsieur Vincent ^ je ne suis pas heureuse : tout m'Êst un Ldégoût » un ennui , soit quo je reste assise au piano de M, Abel, soit [que je lise ou que je travaille. Les heures me durent des siècles, Blolgré
aoi mt}s doigts s'arrêtent , mon ctrur s\^roplit et je me sens devenir triste, mm triste h mourir, Pfeut-on changer ainsi en peu de temps? lo m Taurais jamais cru. J^ai beau m'efforcer de recourir à mes habituelles [occupations, je ne réussis pas a me donner le change. 9i jo marche dans F]a campagne , je m^é^^are ; si tout à coup j*enteuds du bruit, je frissonne ; [si jo regarde un objet , je ne Tabaudonnerai pas d'une heum entière. Di'ffSt-œ pas* étonnant? Pourtant j'étais joyeuse d'un rien autrefois» vous le »»v«î; jo chantais toujours; vous étiez obligé de me faire taire; et frétais fontente isomme uue mue, mon Dieuî lorsque vous me disiez: « Si tu es sage , mon enfant , tu rendras cette année le pain bénit, s» ^ôilà Que je pleure h présent. Mm qu'ai-je dit î Vous le voyeas » moû- I^eur viiicent.
En arraugctnt ta gaze de son filet h papillons, Tabbé Yineent, dont les fÊuî étaient baissés avec contrainte ^ murmura :
— Je n'ai jamab approuvé , s'il faut vous répondre en ami , tout ce kde robes et de bonnets dont on vous a parée à Saint-Germain. Je [m pas fait mon compliment à votre marraine , cceur d'or^ je le sais, Vayant , contre son ordinaire, manqué de mesure h votre égard. Sîj0
e txompe, c*est k dater de cette époque de coquetterie que vous av^
titi une agitation d'abf:»rd agréable . devenue plus tard une inquié^
^tiide qiii a pris en s'aggravanl le caractère d'un mal dont le nom est m~
%iié* Vous laftçutsseï parce qu'ti votre insu vous craignes que p Tappui
'^ votre marraine venant h vous manquer , vous ne soyez dans la né-
■^é de redescendre h Tétat de médiocrité dont vous vous contentîim
farant , si toutefois vous ne souffrez uas en secret de ne pouvoir
I élever plus haut. Il y a là une profonae cause de malaise. Vous no
1 pas découverte , parte que vous Taimex. Oui , vous Faimez î De^
hvous ù vous ne seriez pas mortellement chagrine do reprendra
ù\a de bois , votre robe de gros drap bleu , pour tmverser Saint-
1 sur un âne, entre deux vases de lait ; et si , au contraire , vous
mtiriet pas à abréger de dii ans votre vie h condition d'être
I comme madeEnoiseUe de Touralbeî Encore une fois , je vous
^^ peu blâmable ; c'est votre marraine qui a eu tort. Vienne rocct*
frilo le lui dire , et je le lui dirai.
— i*aimo la toilette , répondit Bergeronnette , peu empttssée dd cootJts^fd sur ce point l'abbé Vinœnt ; mais je t'aurais encon^ ainïéo sans *' ''tdema marraine, je crois* Si je désirais un chapeau en veloun^
, semblable h œlui de mademoiselle de Touralbe , ma marraine , il
*î , me rachèterait tout de suite : convenez , puisque je m'en pasîiC ,
fjtî ne suis pas encore si flère , ajouta Bergeroniiette , un peu ptquétu
fc J'espère que vous ne le désirerez jamais ^ si vous tenez h me per-
r que vous ne sacriHez pas vos deTOirs à ta toilette* Pirdonnez-mot
t^mt^^t il
m LB M^BCm DU KEOQ.
si je me suis trompé en rattachant la cause de votre aCaiction à uae vnbiuon cachée. Avant de la placer trop haut ou d*aUer la chercher tn» loin , ne convenait-il pas cb la demander au cercle de vos habitiidMT Ne me blâmez point do ce que vous considérez comme une indisoétion; sans celle-là, i*en aurais commis une autre : j*aurais attribué Faite-' ration de votre paix domestique k la prodigahté de beaux meolto dont un cœur généreux vous a entourée a Fromainvilla. Toutes les b^ blesses se tiennent. Quand cm possède un bon, un moelleux canapé, on s'y assied ; on songe au bonheur des oisifs ; on les envie , oo gootoîIr leurs richesses ; le travail se prend en haine. Je sais cela, aun le ^ enclin des hommes à la paresse ; aussi n'ai-je pas de canapé. Oui, il y a trop de fauteuils chez vous; deux glaces! /e n'aurais ^ permis le piano si Ton m'eût consulté. Comment ne pas rougir de traire une vadie quand on est obligé de suspendre , pour aller à l'étoble , rexécntion d^me sonate?
-*Je vous assure de nouveau, monsieur Vincent, que je ii*aini- ^igé par orteil aucun de mes devoirs, interrompit Beijgeronnetie. Je mentirais si je niais la joie dont je suis saisie lorsqu'aprcs mon txanil je cours au salon pour regarder, tout autour do moi, et ma pendnfe de marbre , — elle est presque aussi haute que celle de ma marraine , — et mes deux glaces , que je préfère à celle de M. le baron de Foumeuf , — • et mon piano , qui rend mieux le son que oehii de mademoiselle de Touralbe. — Cela me plaît , me délasse comme un bon sommeil ; et je pense, monsieur Vincent , je suis sQre que ma peine ne vient pas de là , puisque ces choses me rendent contente et meîUenre. Oui , meilleure... Vous souriez, monsieur Vincent; c'est pourtantla vérité. Vous me disiez qu'un canapé invite à la paresse : je no suis us paresseuse; quoique nous a^^ons deux valets de ferme, je travaule autant qu'autrefois. Je rougis si peu d*aller à la vacherie , gue c'est Bl. Abel qui m'en empêche lorsqu'il est chez nous. Si je porte moins souvent qu'autrelois le lait et le bourre h la maison de santé , c'est parce que ma marraine l'a voulu ainsi. -* Croiriez-vous , se reprit Bergeronnette en posant sa main distraite sur le cercle autour duquel l'abbé Vincent fixait la gaie de son filet , — croiriez-vous... Vous nuirez pas le redire, n'est-ce pasî
«— Qu'est-ce donc? demanda l'abbé en relevant la tête.
. -* Depuis que je suis ainsi changée , je n'aime plus autant ma marraine. Est-ce extraordinaire I je no me plais pas avec elle , je suis mal ; j'ai beau me raisonner, l'antipathie est plus forte. Il me serait imponible do passer comme autrefois toute une quinzaine au Pecq auprès d'elle , quoiqu'elle n'ai rien perdu de ses bont& pour moi. Je suis injuste, mais comment me vaincre?
L'abbé Vincent no répondit pas à cetto question, venue à la suite d'an aveu assez imprévu pour l'étonner. Sans être très versé dans la sdence du cœur humain, il n était pas do ces prêtres commodes qui n'ont qu'une Tecette pour tous les maux: la pénitence, de même que certains mâedns n'ont qu'une ordonnance : la saignée. Dans beaucoup de cas, s'avouantson peu de pénétration, il ne conseillait pas, il n'ordonnait rien; il attendait, m faisait de la morale oxpectante. Si le mal était destiné à être gnve, ,pensait-il , il ausmentcrait, il se déclarerait : alors la cure s'entreprendrait au grand jour ; le baume ne s'appliquerait pas h côté de la blessure; ^le mal au contraire était léger, il se dissiperait de lui-même et on n'aurait pas lirodigué à des plaintes frivoles la précieuse onction de la parole quiooDsole, et dérange la prière de son tabernacle d'ivoire.
La conversation marchait à petits pas, et comme sur un gazon faumUe <Hi l'on a peur d'enfoncer. Il y eut un moment d'arrêt sur la pointe ta pieds. Bergeronnette-cinq-heures avait toujours la main posée sur la ipize du filet, et l'abbé Vincent avait croisé en méditation soa donxbns sur sa poitrine.
LB HlbBCUf DU PECQ. 163
Plaiootirant son éqnateur do feu, lo soleil touchait h la clé de voûte ; la cmpigne et la rivière étaient submergées dans sa clarté ; pas d*air, point do ipmt, nulle ombre; touto vitreuse , la campagne haletait , le fleuve avait soif: midi au mois de juin. Gomme deux voyageurs prudens, la fraîcheur et Tombre s'étaient retirés dans la forêt do Saint-Germain et sur quelques poîiil8dol*tle où étaient Tabbé Vincent et Bergeronnette. Autour d'eux s'élevaient tant de terre abondamment velue crherbes, et tant d'arbrisfléaux si bien placés en écran entre eux et le soleil , qu'ils n'éprouvaient qo'ime diateur modérée. Attirés par cette place si heureusement abritée, ime fbole de petits oiseaux aquatiques accouraient s'y reposer de tous les endroits moins boisés de l'ilo. Us se trompaient dans l'eau, et piétinaient eoMiite en secouant leurs ailes dans b ligne étroite de sable qui coni- ■MncB où cesse de verdir le gazon. Mais , guoique ce berceau naturel ne Uisftt pénétrer aucun rayon, il n'en était pas moins exposé à la founeose élasticité de la saison. L'air était ambré do molles extases; dans la polil mouvement des feuilles, dans la lassitude des saules aux bras détoSi dans l'air , dans le cri du sable doré, dans le chant perpendicu- I de l'oiseau perdu au haut du ciel, il y avait d'ardentes sollicitations. Un par cette vaste immersion , l'abbo Vincent était pAle et plein de jévewesdifltFactiotts; et par momens, quand ses paupières s'abattaient, il jenenUait alors à ces nommes bruns du désert , a ces solitaires de la TMhaïéo qui portaient dans l'Orient , sous les palmiers, l'expiation des imlas commises sous un autre climat.
Sait ^'elle partageât avec plus d'abandon encore que l'abbé Vincent
mé .«..«.oiiient universel, soit qu'elle ne fît que reprendre le cours d'une
I commencée, elle continua à parler d'un ton de naïveté tendro
^fà kottlevwsa l'apparente tranquillité de l'abbé Vincent.
•» Si ma mère vivait, c'est à elle et non h vous que j'aurais dit l'agita-
lion da non âme ; car j'ai besoin de l'exprimer pouf savoir si elle est'uno fenle et s'il y a des conseils pour l'apaiser. Cette amertume empreinte sur chimie objet qui m'environne, qui me fait voir comme jo no les ai jamais ymm del« la forêt, la rivière, lo jour , qui m'entratne à aimer ce ouo jo n'accuefllais auparavant qu'avec insouciance ■; la musique, par exemple. — Oli I je l'aime à en pleurer quand je l'entends à Saint-Germain , dans la f^awiihtede mademoiselle de Touralbe, ou è l'égliso. et quand vous chantes avecToa élèves, le soir, au milieu de l'obscurité. — Eh bien ! cette tristesse, qui me prend par un froid dans tous les membres, et me rend %ûmte liMe et tremblante, je l'éprouve depuis...
— Depuis quand ? interrompit l'abbé Vincent dont le visage , en se lenrnMit avec vivacité, se trouva tout près du visag;e do Bergeronnette.
— Depuis que je connais un homme dont les traits ne sortent pas do Ma araeire, dont la voix m'inquièto et me rond tout heureuse quand je l'entends, et devant lequel, mal^ ma joie de le savoir près de moi , je rougb comme si je lui avais porte tort en q[uelque chose. Pourtant je no mm êè qnoifannia à m'aoeuser envers lui: je ne l'ai jamais vu que chez Ma mamino on à la fierme. J'ai penr même de le nommer « et , si l'on Tîant k parler do lui en ma présence, je suis contrariée , il me semèle
rym ne ^e^/uédy qu'on m'étudie, et le m'en vais. Oui , c'est depuis jpM où j'ai pris tant d'intérêt à cet nomme qoa je me suis ainsi ro- MMMlée, et qiie je n'ai plus de moi que mon nom. le ne vous ai pas
«—le Tooa ai peut^ae comprise : n'«joutez rien, interrompit Tabbé Vin- Mit fni aenlait sa raiie de protn lui peser comme une chape de plooè, el mMDler éua ses vaines tout le smat de l'homme jeune. Ainsi qoe Im Ramn et ka Augustin , il se eouriiait sous le poignet de fer du fot^ Mîaleur de la chair; chaque parole de eette enfant l'avait peicé aât comment et sans qnll edt son^ à les éviter. Il sTétaît eueanx bnnehcs fleorics pour parfenir jusqu'à la dmnèiey h h plna
164 LE MiDBGIN DU PBCQ.
feuillée, où il avait soupçonné le nid de l'oiseau qui rappelait; et 3 anit mis la main sur un seroent. Quelle révélation avait-il donc recoeiDiet pouaquois*en émeuvait-il tant? pourquoi s'y intéressaitp-il an pmntdaas traldr par son trouble î Croyait-dl, -* l'homme le plus pur est si ingénieux a tout ramener même aux désirs qu'il combat I — que Bergeromwtle n'avait tu le nom de celui dont elle avait trouvé l'ascendant sur elle qaù par une pudeur inspirée par lui seul, lui seul confident appelé, iMmoÉh quement pour conseiller, mais pour deviner beaucoup?
Quel que fût le nom caché sous cette tendre déposition d'un ooeor ingénu, l'abbé Vincent eut la force de reprendre sa phrase , et il l'édairet avec beaucoup plus de calme.
— N'est-il pas vrai , mademoiselle, lui dit-il d'une voix afléctiievaa , mais inégale comme celle de l'oiseau dont un éclair d'orage a ooopélâ chant aussitôt repris, n'est-il pas vrai que vous n'avez pas eu d'antre intention que do consulter Tami en m*attirant près de vous? car lepitea en aurait trop ou ps assez appris. Non, ce n'est pas ici que le prêtre auiaît le droit de recevoir vos épanchemens. Sa parole , sans écho et distraite, manquerait de recueillement. Voyez : nous n'avons autour de nous m l'ombre où la faute a la hardiesse de se dévoiler, ni le silence oà la voix oui dirige , oubliant sa propre faiblesse, a le courage de consâlto. Paruonnez-moi; mais je ne suis pas assez fort contre tant de séduisans tableaux épars devant nous. Dieu est grand partout, mais sa créature ne se prépare, ne s'élève à lui que pieusement recluse ; la flamme du sacrifioe s'éteint au vent et k la lumière du jour. Ce n'est donc pas aupiétie, continua l'abbé Vincent embarrassé dans sa distinction , qu'il reûlait subtile à force de mettre du soin à l'expliquer, à vous dire, mais à l'ami de votre père, au vôtre, à vous exprimer combien par le travail et par la prière « par le travail surtout, on éloigne les mauvais désirs, et combien on restreint l'espace de leur domination quand ils sont déjà étaUis en nous. Voyez moins souvent la personne dont la présence compromet tant votre repos.
— Comment l'empêcher do venir nous voir ? interrompit Bergeronnette. Je ne l'oserais jamais.
— 11 ne faut pas la renvover, mais fuir les occasions de vous rencontrer avec elle. D'ailleurs, si cet homme a du respect pour votre maison, il se retirera de lui-même dès qu'il aura compris votre prudente affectation à l'éviter.
— Mais s'il ne ne vient plus à la ferme, on fera des remarques , et qui sait alors ce qu'on pensera I
D'un ton de conviction bien pénible pour Bergeronnette-cinq-heures » l'abbé Vincent reprit:
— Son absence ne sera pas un éclat. Il agira, je vous l'assure, aveccîrconspeciion : ce n'est que peu à peu qu'il suspendra ses visites à la ferme, où il ira toujours quelquefois.
— Et supposez-vous qu'alors je serai mieux ? demanda ingénument Bergeronnette; que ma gaîté reviendra ainsi que ma santé? que je ne m'ennuierai plus autant lorsque je serai seule ?
— Je le crois , je l'espère , lui répondit l'abbé Vincent , moraliste fort entrepris dans une circonstance d'une physionomie si neuve, doutant de tout, de lui d'abord, après s'être donné un rôle principal , inoui àcdtéds cette confidence; doutant de la valeur de ses conseils, dictés avec la déliancede l'intérêt personnel ; n'étant sûr crue d'un fait, que du nom 2i appliquer à l'inquiétude de Berseronnette, baloutiant enfin le mot anumr. GH amour lui avait été dévoile en termes assez précis , quoiqu'il les eût arrêtés sur les lèvres ; et , obliffé de les conduire à leur dernier dév^k^pperaent avec le seul secours dfe son imaffination, il en avait tiré une oobclusion qu'il croyait vraie parce qu'il n en supposait pas d'autre possible. Si Bergeronnette eût vécu dans un monde dmérent , peuplé do visaige»
LB MEDECIN DD PECQ. i6S
UNi|eaTS nouveaux, renouvelés, nombreux , de caractères à forcer un choix, il eût été le dernier à s'accuser d'avoir éveillé tant de pureté endormie; sa modestie était trop réelle, sa conduite trop retenue, son rang iiop maeé pour ou'il eût jamais songé k voir en lui, a propos d'une pas^ sioii exaltée, le héros dont on lui faisait un mystère. L'énigme ainsi pisée^ il attiaii dit tous les noms de la terre avant de hasarder le sien, qu il aurait oublié ; mais le monde de Fromainville , c'était lui ; la société de la ferme de Berj^erin, c'était lui. N'était-ce pasè lui que Bergeronnette-cinqheures portait depuis s^ premières années l'aveu de ses désirs, de ses pensées, de ses souffrances? Dans le cercle de cette autorité si long-temps exercée, devenue k force d'usase un lien doux, continu, aimé, nécessaire, pourquoi l'habitude n'aurait-elTe pas pris un autre caractère? ces passages du respect tendre k l'amitié ont leur histoire; les chroniques des couvons Tatteetent. La mémoire do l'abbé Vincent abonda en justifications, et, boomie du passé par Tétudo, créature du moment par le souffle d'une saison ardente, compromis par les paroles d'une jeune fille dont le front ne réflédûBsait que le sien en parlant d'amour sous le ciel, dans la campagne déserte, il se crut l'origine d'une faute dont il osa s'accuser.
— Et si vous ne guérissez pas, rcprit-il, après avoir suivi mes conseils, TOUS n'auriez pjas encore k vous désespérer. Je ne suis pas la parole in> faillible: vous iriez k do meilleurs juges de la conscienco que moi; je vous engagerais alors k changer de confident religieux. Il y a toujours un prêtre meilleur que celui qui n'a pas réussi. Le bon est quelque part: on le trouve.
— Moi ne plus vous consulter ! s*écria Bergeronnette. Mon Dieu I où aller î Vous me comprenez si bien et si vite I vous me prenez les mots, pour ainsi dire, sur la bouche ; et je n'ai pas do honte devant vous, tant je vous Tois jeune et enfant avec moi.
Avec une étourderie délicieuse entre Bergeronnette pressa entre ses deux mains les mains de l'abbé Vincent. Celui-ci n'eut pas la force de les retirer, il lui dit:
— Mais alors vous me promettez bien de faire ce que je vous ai dit. Fuir l'occasion, et vaincre le danger, quand il vous presse, ou par le travail, qui attache aux devoirs de la terre, ou par la prière, qui lie aux devoirs du del.
— Je vous le promets, dit Bergeronnette.
L'abbé Vincent se leva, et partit, son filet k papillons sur l'épaule.
Si la tristesse n'était plus sur le doux visage de Bergeronnetto-cinqheures, tout diapré parles grappes d'ombre des saules, la conviction n'en avait pas pris la place.
Aocone crainte d'être surprise par le docteur n'avait inquiété l'attentaon de Ber^ronnette-cin^-heures tandis qu'elle écoutait rabbé Vincent. dto trait aisément calculé le temps pendant lequel elle demeurerait avec Je damier, et elle était sûre, en indiquant l'heure de son entrevue k CalwtmCf de ne pas les faire trouver ensemble.
Bb enel, il s'était écoulé au moins deux heures depuis le départ de Tabbé Vincent , lorsque Ber^eronnette-cinq-heures aperçut Calveyrac qui menait du bout de llle en smvant la berge, marchant presque dans l'eau, aiasî ooe font les personnes distraites. Le docteur avait attaché son cheval à QQ oes arbres de la forêt, tout près du chemin de halla^.
B«geronnet(e se leva et alla vers lui. Elle se sentit moms k l'aise que
nifieriiM ViflcentrâfaiiBiufme danela matiDée. EUe cacha son em^
166 LE KÉDKcni va fico.
barras pourtant; mais, quoiqu'elle redoublât d'enjouement k diaque £•• tance, en courant à la rencontre du docteur, en sautant, tantôt sur le sablSy tantôt sur le gazon, en disparaissant derrière les grises oseraies pour sa Mtrouf er plus près de lui avec des coquelicots à la ceinture et des margn»» rites aux lèvres , mLponnes fleurs qui tournoyaient dans son sovite avenant; quoi qu'elle ut enfln, TapprébÂnsion tuait en elle le caprice; ^ arrivée en présence du docteur, elle n'avait plus d'haleine , pins de CQ«-» leurs; son ccBur battait.
En toute occasion , habile à prévenir les impressions que fait mtiM Ift vue d'un homme qui décide de la vie et de la mort, le docteur Calv^yne se montra à bergeronnette d'un abord familier ; rien de plus simple M sa rencontre avec elle. 11 n'essaya que le plus tard possible de la condwi» à la révélation de son secret, si c'était toutefois un secret, ignorant oott* plétement si c'était à titre d*ami ou de docteur qu'elle le consulterait*
^ Sais-tu , dit-il , qui je crois avoir aperçu tout près de FromaimilW en Tenant ici? M. Abel et ton père. Je les ai évités parce que j'étais en retard, mais il m'a semblé que Bcrgerin indiquait à M. Abel Tenditut cà nous sommes. As-tu dit à ton père où tu allais en quittant la ferme ce matin?
— Non , répondit Bergeronnette ; mais notre valet de ferme , qpi m'a rencontrée, lui aura peut-être dit oîi il m'avait vue.
— N'importe, reprit le docteur : M. Abel, je présume, n'aura pas l'idée do venir se promener do ce côté ; personne n'est jaloux de s^esposer au soleil, et il est chaud aujourd'hui ; je fondais sous la sueur, quoique j'aie constamment suivi la forôt, où il y a de l'ombre.
— Et vous n'avez vu personne de connaissance sur votre chemint a^lnforma Bergeronnette sans paraître mettre beaucoup d'ûnportanoe à fia question.
— Personne, répondit le docteur.
Il eût été d'un hasard merveilleux que le docteur, en arrivant par la rive gauche do la Seine, se fût h point nommé rencontré avec l'abbe Vincent au moment où celui-ci s'embarquait au bac pour la rive droite.
— Ne nous plaignons pas de la journée, continua Bergeronnette-cinqheures, répondant par exclamation aux gestes de lassitude de Calveyrac, occupé à s'essuyer le visage, inondé de sueur.
— Je ne me plains pas, il s'en faut, répliqua-l-il, surtout depuis que je suis ici : (juclle île agréable ! que de iraîchcur sous ces arbres ! qudiB tranquillité partout I On est séparé du monde sur ce morceau de terre » '■ui suffirait a mon bonheur. Oui, je m'en contenterais : je le diviserais
l'un bout à l'autre, je n'en laisserais aucune partie inutile; ma maison d'abord , une petite maison d'un étage, au centre de Fîle ; des peupliers tout autour, bien pressés, jusqu'aux deux rives; derrière les peupliers un enclos formé de haies d'aubépines où je planterais des groseiilers et des pommiers ; au bout de ce premier enclos j'en tracerais un autre où je cultiverais des roses; le reste de lîle serait couvert de foin et de gazon. Les dispositions faites d'un cClé de l'île auraient également lieu de l'autre pour le charme de la symétrie. Tout cela serait facile à obtenir, ajoutait le docteur, ivre de son idée et désignant du bout d'uno baguette de jonc à Bergeronnette chaque point de Tiic où il réalisait en idée tant d'améliorations ; de l'autre main il agitait son chapeau de paille. Sa forte tête . miUtaire se bronzait sous lo soleil tandis qu'il colonisait ainsi rÛe enchantée qu'il parcourait.
—Et moi , s'écria Bergeronnette , je vous porterais votre lait tous les matins. Vous me permetteriez bien de cueilUr quelques unes de ces roses que vous cultiveriez dans l'enclos entouré d'aubépines.
— Je te fais partager mes folles illusions, chère enfant, dit en soupirant lo docteur. C'est cette chaleur d'enfer, j'imagine , qui fait ainsi divaguer*
LB HÉDICIN BU HSCQ. Mf.
— Pourquoi n*achèteriez-yous pas cette lie qui tous plolt tant? elle est à^endtepeut-étie.
«^ AdMter cette lie ! Tu me crois donc ridie ?
^ Qa*est-ce qu'il faut donc faire pour être riche, que vous ne Têtes pas? demanda Bergeronnette-cinq-heutes avec une naïre mauvaise humeur.
— D'abord il faudrait ne pas être vieux comme je le sub, et reoommenoer un peu mieux sa vie.
«<-> Yous vieux I s'écria Berceronnette, vous vieux I
— Tu ne trouves donc pas? reprit le docteur, qui n'osait pas regarder 6B iaoe Bergeronnette de peur do la forcer à changer aussitôt d'opinion.
«—Mon pore, l'autre jour, me disait : -*- As-tu remarqué comme le docs teor a Inmi visage? Quelle jeunesse il a dans les yeuxl il est vif comma
«-»Bt qoe répondai9-tn, toi?
—Moi, j'étais de son avis.
•^Yoîs-ta? poursuivit le docteur en évitant de peser sur un sujet de son goût, toujours dons la crainte de le voir se gâter, je ne m'occupe jpas de la peoKsée d'être un jour propriétaire tranquille aux environs de Saint- Germain « pour une autre raison au moins aussi grave que celle que je i*al donnée : mon (urojet n'est pas de rester dans ce pays.
— Yoos nous quitteriez !
^IKentôt.
— Madame Dalzonne vous laisserait partir I elle qui vous aime tant f — Chacun a à penser à son avenir.
— C'est vrai , dit BergeronAette, qui descendait à Tacccnt de tristesse du doctevr*
— Ne te chagrine pas d*une chose qui n'est pas faite. Te proposes-tu , ajouta le docteur pour couper court au propos , d'aller ce mois-ci aux fêtes des environs? Toi qui aimes la danse...
«— aïonaiemr Calveyrac , je n'aime plus les bals , je les abhorre maintenant.
La voix de Bergeronnette palpitait; son gazouillement s'était tout à conn arrêté à la question du docteur, si loin de prévoir l'impression qu'elle |)focniirait«
Il lui fot impossible de ne pas comprendre que le sujet de conversation qu'il availlant éludé venait ae lui-même.
-^ AsaeyoBS-nous, dit le docteur en regardant Bergeronnette, asseyonsnous ici.
Elle tomba plutôt qu'elle ne s'assit sous ce regard net, bon encore, mais imnérieiB. Elle baissa la tête, elle abandonna son bras.
Calveyrac s'en empara sans résistance, et, le doigt posé sur l'artèire, il se retira peu à peu dans la méditation.
Aux d^ tiers de sa course , le soleil lançait des ra3rons obliques qui permettaient maintenant à lorobre de s'étendre et de s'épaissir en quelones endroits. Le vent courait entre les faisceaux de la lumière , et les eeartail oomme une vaste moisson de foin doré. Ce vent, dn l'éprouvait^ ne charriait aucune haleine de ville; il était vierge et amer ; il sortait de la teêt. On eAt dit que Calveyrac était en communication intime avec le génie antique de la science du corps humain qui ne se révélait autrel<^ que dans la solitude, au bord de la mer ou sur la montajBpne. H y a des solennités que tout le prosaïsme de la vie moderne n'anéantira pas tant ^e le ciel aura une voûte et que l'humanité aura une douleur. Cette jeune fille effrayée , qui se livrait aux oracles de la science , était*^e une chose si commune au milieu du bruit sourd de la forêt se mêlant au siffle* mont soyeux du fleuve?
Plusieurs minutes s'écoulèrent.
^^Mod le docteur eut cessé de tenir le bras de Bergeronnette-dn^ bmes, il lui dit :
MB LE MéDECm DD PBGQ.
—Continue; je t*écoate.
N'élaitrce vàs faire entendre à Ber]|;eronnette qa'il sarait déjà le ( mencement a*un rédt dont elle ne loi avait pas même dit le piemieriBOtl Celle-ci le regarda avec étonnement.
Le bon abbé Vincent n'avait pas tant de lucidité. D'un accent encore plus ferme, le docteur répéta :
— Poursuis. Tu aimes, n'estrce pas? tu aimes- : voilà ton secret. Mon Dieu I se dit Bergeronnette-dnq-heures, il en sait déjà autant 9»
l'abbé Vincent I Mais est-ce tout?
— Je crois, continua Calveyrac, que tu disais l'avoir connu dansm liai. Passons sur la circonstance. Je te remercie d'avoir eu assez de enn Hance dans le meilleur ami de (a famille pour t'exprimer à cœur ouvert avec lui. Tu as bien choisi. Mais ne te laisse pas ainsi assombrir par te chagrin. A quoi bon? Aimer est de ton âge, non du mien. J'ai de l%iitorité sur ton père ; tu veux que j'en use sans doute : je le déddend à t'accorder son consentement; dispose de moi. Mon dévoûment t*est d'autant plus assuré que je suis convaincu que ce jeune homme a des mœurs, de l'activité, une position...
— Celui que j'aime ne peut pas être mon mari, interrompit douloureiK sèment Bergeronnette, tout attristée du long roman bâti par le docteur.
Le beau monument de suppositions élevé par Calveyrac chancelait au nx>ment où il allait poser la flèche.
Tous deux se turent : ils ne s'étaient compris ni l'un ni l'autre.
Un peu confus, le docteur se leva et se mit à marcher à nands pas devant Bergeronnette, dont l'attitude Conservait son immobilité.
Il revint pourtant à sa place, et il dit du ton d'un homme qoiapioia^ de nouvelles forces dans ses conjectures :
— Je m'étais trompé, je le vois. Il ne me devient que plus aisé de t'épargner un aveu qui te pèse. Tu ne peux pas épouser le jeune homme que tu aimes, jo le suppose avec certitude maintenant, parce que ton père te destine un autre parti. Dans le temps, il m*avait parlé du projet ae te marier : son choix contrario le tien; c est toujours ainsi. Sans être insurmontable, la difûculté se complique ; je conçois ta peine ; et d'ordinaire, h ton âge, on est jaloux du chagrin qu'on a comme du bonheur qn'oD cherche. Crois-moi, cette conduite est plutôt au fond une bravade qcnme Tertu. Si, au lieu de refuser net à ton père, tu lui demandais du temps? £st-ce un an d'intervalle que tu désires mettre entre ta douleur et le mariage que te propose ton père? Je m'engage à l'obtenir ce délai. Excusemoi si ma pénétration est restée une première fois en défaut.
Ne saisissant que de pénibles obscurités dans toutes ces inductions bienveillantes du docteur. Bergeronnette se frappa le front. Sur le point de pleurer, elle dit :
— Vous vous trompez encore, monsieur Calveyrac ! Ce n'est pas cela, mon Dieu I
— Ce n'est pas celai répéta le docteur, confondu comme un homme qui , après avoir marché tout un jour, reconnaît qu'il est revenu au même point d'où il était parti ; ce n'est pas cela I Mais qu'est-ce donc?
" ' ■ 5 me lève la nuit et l'obscurité jusqu'au , .ii ne suis pas méchante, que je ne puis retenir. L'autre jour, en traversant la lorét ds Saint-Germain, j'entendis remuer sous les arbres...
— Ne t'émeus pas ainsi, mon enfant. Je t'écoule bien; parle doucement. D'où venait ce bruit?
— J'approche, et je vois deux faons cachés sous le ventre palfMtant d'une bicne. La biche était terrible , ses yeux dardaient du feu.
— Comme tu trembles. Bergeronnette! Du calme I Qu'avait donc cette biche?
LB MiOECIN DU PBCQ. 109
— Un chien allait sauter sur ses petits. Mon cœur tourna dans ma poitnne ; je m*élançai sur le chien et le saisis au cou ; je le traînai sur le chemin. C'est que je l'aurais étouffé I J*ai fait cela sans le savoir même, sans m'apercevoir que mes mains étaient mordues.
CouYrant Bergeronnette de l'immense éclaûr d'un regard , le docteur lui dit:
— Réponds-moi. Point.de pleurs, point de mensonges I la vérité I Béponds-moi. Éprouves-tu des étouffemens à certaines heures de la journée T
— Oui.
La figure du docteur passait à une trivialité basse, mais hardio»
— ÂS-tu perdu Tappetit?
•— Oui ; et je ne voudrais manger que des fruits verts. L*flMiVTe est consonunée, pensa le docteur.
— ÉooQte-moi, Bergeronnette.
Pendant une heure , Calveyrac entretint à voix basse la fille de Bergerin , mii se transfigurait en subissant les paroles qu'elle entendait pour la nremièTe fois de sa vie. Tout ce (pii constitue l'ingénuité sauvage de l'ignorance se détachait d'elle et disparaissait peu à peu : la fleur neifiense du pcmimier, la mousse de l'églantier des bois, et les teintes roses du del quand le soleil s'élève. Elle cessa d'être jolie, elle fut belle, mais l>elle comme on l'est aux époques perdues. La désolation avait sa large part dans cette beauté; comme la première fenmie, elle maudissait pour avoir su. A l'étonnement succéda la douleur, douleur inconmiensurable dont le docteur s'épouvanta, car il savait celles que les consolations et les temps guérissent et celles qui n'ont qu'un remède, la mort. Ce moi sinistre passa du cœur à la bouche de Bergeronnette et s'y scella. Il fut la réponse aux touchantes paroles du docteur, la mort infaillible, la mort imminente ; Beigeronnette la voulait vite, le lendemain, au bas de sa ferme, où coule la Seine. Elle se leva machinalemenl k plusieurs reprises pour courir k la rivière. Le docteur la retint. La retiendrait-il toujourst qn'en savait^il? n pleura, il pria, il alla jusqu'à se faire hypocrite pour sauver du désespoir cette pauvre enfant toute morte et supplante dans ses deux bras, et dont il essuyait les yeux, dont il réchaulfait le front par des bedsers de père. Il osa lui dire :
— Confesse-toi à l'abbé Vincent.
~A l'abbé Vincent! à luit Bergeronnette s'évanouit.
Étrange coup de lumière! Le docteur, qui n'avait pu faire avouer à Bergeronnette le nom de celui qui l'avait ^uite lorsou'elle ignorait encore ce qu'est une séduction et ce que sont ses suites, le docteur, effrayé de l'effet produit sur Bergeronnette-cinq-heures par le nom seul de l'abbé lancent, vit dans ce nom un fait, un fait inouï, évident, celui qu'il dmchait; et c'est alors qu'il s'expliqua combien Bergeronnette avait eu xaîsoD de tairo ce nom qu'il lui avait demandé, et combien elle était fondée dans son désespoir. Calveyrac était arrivé au fond de l'abtme en deux chates... L'abbé Vincent !
Revenue de son évanouissement. Bergeronnette s'écria :
—Combien je suis malheureuse! Je me croyais morte, et me voilà encore eo vie!
Elle faisait pitié.
•— Sais-tu garder un secret? lui dit Calveyrac en la prenant sous le toBS et en avançant quelques pas pour regarder tout autour de lui.
•—Oui! oui!
-»Un secret dont ma vie dépendra. Si tu le révèles, on me tranchera la tête sur la place du marché.
-^Qoe ma mère soit damnée si jamais je parle de ce que vous ailes me dirai
11D LX HÉDECnf DU MMQ.
Le docteur fit un ([este.
— Dans quelques jours ceci n'existera plus.
— Mon Dieu I je vous remercie I
— Cest un crime puni de mort par la loi , murmura le docteur; l j*en commets un pour qu'il n'en soit pas commis deux.
Sur de vagues indications de Bergerin, Abel avait fini par décMfik l'endroit où Bergeronnette s'était rendue. Il avait vu aussi rabbé ViMSlt descendre dans rîle d'Herblay ; mais il s*était retiré avant que le dodflV ne fût venu : comment aurait-il présumé que Bergeronnette attendait ok core quelqu'un I Qu'il eut d'étranges pensées I qu'il forma des soppodtûwl
Sourquoi cette rencontre de Bergeronnette et de l'abbé Vincent si kriB» ans un tel endroit? ou'avaient-ils à se dire pour qu'il leur fiiUAt tart éi silence et d'isolement? quelle confiance n'aurait été altérée par une attduite si tortueuse? Âbel flotta dans un chaos d'inquiétudes jusqu'à la ûm du jour. Dans la soirée, il alla au presbytère de 1 abbé Vincent H 0019a la Seine à Maisons. Au lieu de reposer ses pensées, la suave finmentation de la campagne qu'il traversait les échauffa d'abord et les Uvnà mie exaltation soutenue par le trot fougueux de son cheval. Moins il était sftr de la convenance de sa visite à l'abbé Vincent, plus il se hfttait d'arriver au presbytère, dans la crainte de céder enfin k ses scrupules et de rentrer à Saint-Germain sans avoir eu le courag[e de sa témérité. Parfois ses isîsonnemens montaient au niveau de son imagination , et rien alors ne Im semblait moins hasardé que sa présence chez l'abbé Vincent , homme grave, il est vrai, mais jeune comme lui. revCtu d*un caractère imposant
habits bourgeois fort peu sacerdotaux , Abel Thumanisait jusqu*aux formes les plus vulgaires. Il aimait à se fortifier delà pensée que rabbé Vincent était , dans son intérieur, aussi accessible qu*au milieu de la société où il avait l'habitude de le rencontrer. Son visage souriait si vite, sa pierôle se dénouait si cordialement, aux soirées de madame Dalzonne, qu'on ne pouvait supposer que tout cela était en lui un masque de circonstance. Comment croire que l'abbé Vincent avait deux caractères , l'un d'une affabilité ouverte, l'autre dur comme le font trop souvent à ceux de son rang des observateurs prévenus , deux âmes, Tune azurée comme le lac au haut de la montage, Tautre bouillonnante do menaces? Ces contrastas ne se voient guère do nos jours , où une sociabilité plus égale veut qaa sous rhabit du soldat comme sous la robe du prêtre il y ait l'homme, et que ce soit à l'homme et non à Thabit à ôtro une cause d'attraction et da respect.
Quand les oscillations de sa pensée rendaient ainsi Abel indulgent pour lui-même en mettant d'accord son intérêt et sa logique, il approuwtsi visite à Tabbé Vincent, il en augurait un plein succès. La joie de ses espérances passait dans ses sens; lo feu du centre devenait lumière aux extrémités comme dans les organisations nerveuses , et Abel , volatilisé, sa posait on flamme crranto sur tout ce qui fuyait à ses côtés, épis condiés en torrens, clochettes pâles sonnant l'angelns du soir aux fourmis, trooo d'arbres qui, les poings noués, se délirent après une journée de fatiflue.
Mais, quand la flatteuse opinion qu'avait Abel de l'abbé Vincent swit épuisée à force d'être tournée et retournée sur chaque angle, l'idée i
LE màmam bu wkq. 171
tnÉre survenait, se déployait à mm tour et voilait le paysage; et malgré lui Âbel se disait vaguement que les hommes que to société a chargés d'iuie fi^M^tion de Tautorité sans laquelle elle ne saurait subsister ont besoin de ne pas s'écarter du centre moral qu'ils occupent. A défont, ils tombent dans le mouvem^t commun au fcmd auquel ils risquent de s'anéantir. Pour avoir trop simplifié les formes extérieures, le protestantisme est devenu une poutesse de gens bien nés, un simple rapport de convenance entre la société et Dieu. Frappés de cette nullité ou arrivent tôt où tard les religions à force de concessions au monde , des fervens du vieux culte tâchent de retenir le catholicisme dans sa iphère d'encens, de chants et de lumières. Ils ne seraient pas éloignés de prêdier un certain fanatisme modéré, une intolérance conservatrice. Pourquoi l'abbé Vincent n'appartiondrait«â pae à ces orthodoxes de la foi restamrée? Et alors, pensait ÂM, conmient mes pardesne se glaceront-elles pas dans ma bouche en essayant de lui foire connaître le service que j*attends de lui?
De controverse en controverse, le jour baissa, la ligne du chemin se fit longue entre Abel et Saint-Germain ; enfin , au crcmuscule, il était à la poite de U maison curiale , où il s'arrêta. Il inpjj^ i plusieurs reprises, et on ne vint paslui ouvrir. Ayant posé par hasard la main sur le DoaUm delà porte, il sentit qu'il tournait : la porte s'ouvrit; il entra. Abel su|k posa ^tt'on ne s'introduisait pas autrement chez l'abbé Vincent. Sans doute il était au fond du jardin, occupé à arroser ses fleurs. Abd parcourut en tous sens les allées du jardin : Vabbé Vincent n'y était pas. Il n'en était pas sorti depuis long-temp, car l'arrosoir, renversé au milieu d'une aUée, attestait par son humidité un usage récent; en outre, une partie des pla* tee-bandes était sèche, t dhdis que l'autre partie était rougeâtre et fumante de l'eau qu'elle avait reçue.
Du jardin Abel monta à la chambre de l'abbé Vincent. Un papier sur lequel l'écriture était encore fraîche avait été piqué à la porte; et on y Ixenit : Je prie les personnes gui viendront pendant num absence d^entrer dans ma chambre et de vouloir bien nCaUendre. Je vais revenir.
Abel ouvrit la porte de la chambre de l'abbé Vincent, dont la croisée donnait sur le jardin. Sur cette croisée, entourée de lierres, il y avait une peiite assiette en terre de Creil, où nageaient quelque fraises , reste d'un dess^ friand. En les mangeant, une idée avait dû traverser la tête de l'abbé Vincent qui avait laissé là la cuillère , l'assiette et les fraises pour déclasser un insecte rangé à tort dans une catégorie. Une fois l'erreur réparée, il avait oublié le dessert commencé et il était descendu au jardin ; du jardin il était allé où on l'avait demandé.
Il régnait dans la chambre du jeune curé un désordre qui n'excluait pas une propreté exquise, presque inconcevable, liée à tant dirrégularité dans l'airan^ment de ses meubles , si peu nombreux , à la vérité , que l'éloge pourrait ressembler à une épigramme contre sa pauvreté. Tout le luxe oe sa chambre résidait dans une bibUothèque en bois blanc dont toutes les étaffères étaient loin d'être habitées , et particuhèrement dans six cadres plems d'insectes mis en ordre par lui. La était son orgueil unique , mais vif et continu. Dix ans de courses au soleil avec des souhers ferrés, de marches à travers les hailiers, de patience angélique, étaient rassemblés dans ces cadres, sur lesquels le mâtre passait plus souvent le linge que sur tes deux seuls fauteuils de la pièce. Sa première jeunesse n'avait pas eu d'antres jouissances. Qu'elles étaient vraies et senties 1 combien son réveil était agréablement occupé lorsque, après avw soulevé les paupières, il uMToevait dans la demi-cUïté du matin les six glaces transparentes qui sniitaient tout ce qu'il possédait au monde 1 Accoudé sur son oreiller, il reniait à son œuvre comme un propriétaire 2i son parc, à ses étangs, h ies Tîntes du coteau. Chacun de ces petits insectes lui rappelait une matinée le long des roseaux de la Loire et dans le beau pays qu'arrose ce fleuve; il avait été vicaire prèe d'Orléans avant d'être nommé à la cure
m LB UiDBCm DO PBOQ.
qu'il occupait. Et que d^autrcs cadres il remplirait s'il vjFaitencoie ou^ ques années 1 Oui, il avait une ambition, celle de léguer au musée de st ville natale sa riche collection d'insectes. Son nom serait alors inacritio catalogue de la bibliothèque à l'article Nalurali$le$ ; son nom, si fmàle à latiniser, figurerait au dessous de ceux deUnnée» de Lamarck et da^Utreille!
S'il avait une ambition, il avait aussi un goût très prononcét càm éb la musique sacrée , ainsi que madame Dalzonne avait eu scnn d'en ttn part à mademoiselle de Touralbe. Dans un coin de sa chambre étainities portraits des plus célèbres organistes de l'Italie et de la France; car Fabbé Vince dansl
gieuse s'unissait avec une simplicité pr
Tin. Que de tendres extases dont il avait été oblisé de s^accuser à aoB directeur de conscience, peu partisan de la doctrine harmonieuse de Flénelon I Ses plus doux rêves de vicaire avaient été alors d'être nommé un jov curé do quelque paroisse oii il y aurait un orgue. L'idée le transportail; i allait dans la campagne, marchant à peine sous le poids de cette espérance. Un orgue I une messe en musique! un orgue ! Ses genoux tremblaient, des larmes roulaient sur son visage et sa bouche murmurait des sons enqinmlésàCarissimi, l'organiste immortel, dont il savait par cœur tous les motets. Dieu n'avait pas consenti k réaliser cette magnifique espénuac» : trop pouvre, la cure où il avait été appelé no possédait pas un ùr^ae. Il soupira, et, à défaut d'orgue, il choisit parmi les enfans de sespanassiens ceux dont la voix était juste, il les réunit pour leur enseigner les premières notions de la musique sacrée. Ia tâche fut rude, longue» peu récompensée d'abord; cependant, au bout de deux ans dHndicibles difficultés, il toucha k son but. Â une grande messe do Pâques, ses enfans chantèrent avec tant de précision et de goût que l'archevêque, présent à la cérémonie, écrivit le jour même une lettre de félicilatioii a l'abbé Vincent, qui se dit tout bas après l'avoir lue : — Et si j'avais un orgue !
Plaie honteuse k étaler, l'abbé Vincent était si pauvre qu'il ne pouvait pas avoir une vieille bonno pour faire le ménage. Presque tous ses appointempns allaient k une soeur qu'il avait près de Lyon et k un frère dont il s'était engagé a payer l'apprentissage chez un horioger de Toulouse. 11 faisait lui-même son lit, et il le Taisait très mal , battait ses babits et cirait ses souliers. Seulement le samedi soir une bonne ptysanne lui préparait son dîner du dimanche, qu'il n*aurait pu apprêter fuHnême k cause de la longueur du service divin : et co dîner, sous d'autres fipres, allongé de quelques sauces, tantôt froid, tantôt flanqué d'un pâte de .veau acheté le jeudi, suffisait k toute la semaine.
Elevé dans la sobriété et l'étude , il souffrait moins qu^on ne l'imagine de ces petites obsessions domestiques. Si un sourire triste passait quelquefois sur ses traits lorsqu'il était obligé d'officier avec du lirae an peu gris , il se résignait aussitôt , et pour se consoler il disaita ses petits musiciens en leur frappant sur l'épaule : chantons, mes enfans! nous sommes en voix aujourd'hui.
Il était presque nuit lorsque l'abbé Vincent rentra chez lui. Abel» qu'il n'avait pas aperçu dans l'obscurité , alla vers lui et se nomma.
— Ah 1 monsieur, dit-il d'une voix agitée par la vitesse de la mard», excusez le désordre où je suis. Ces gros souliers vous font peur , et TOUS vous demandez ce que signifie ce long roseau. Je vais vous l'apprendre. Mais que je suis fâché de m'être tant fait attendre] Il y a au moins une heure q[uo vous êtes ici. Si vous aviez eu la bonté de me prévenir de votre visite... On n'est pas riche dans ce village, oomma vous savez ; les mauvaises récoltes y sont des fléaux ; on en souffro long-temps. Mon voisin , un brave homme , avait son diamp dévoré de chenilles; ses pommiers en étaient noircis : lui et moi nous les avons
foasées sans pitié. Arec ce roseau je les détachais des feuilles , et avec ces gros souliers j'en faisais justice. Pardonnez-moi mon absence en fayenr de ce petit service rendu à un honnôte voisin.
— Cest toujours de la charité , répondit Âbel , et je ne puis me plaindre. En vous attendant Je me suis permis d'ouvrir quelques livres de TOtre biMiothèquo ; vous en possédez de curieux ; le plus grand nombre m'est connu.
— Vous aimez aussi l'histoire naturelle , vous > monsieur Abel ?
— J'en ai le goût. Dans les longues journées de province, mes promenades m'inspirèrent le désir d'étudier la botanique et l'insectologie. N'allez pas me croire d'une force même médiocre sur celle de ces deux sotoBces quo vous connaissez si bien ; non. monsieur: j'ai plus de titres que de faits dans la mémoire. C'est grâce a ma demi-érudition que j'ai TU oa'il vous manquait quelques ouvrages spéciaux dont mon professeur, il m en souvient, m'avait recommande autrefois la lecture.
— Ma Idbliolhèque n'est pas complète , répondit l'abbé en rougissant» je le. sais; mais 1 occasion m'a toujours manqué pour me procurer les onvram dont vous parlez , je suis loin de Paris , où ils se publient.
— "aurais désiré voir ia , ajouta Abel sans remarouer combien il blessail la pénurie bibliographique du pauvre abbé Vincent « tout en flattant son penchant de naturaliste* la ThMogie des Inseeles^ de Lesser.
— Un livre curieux! répliqua l'abbé , un bon livre l Je l'aurai un Jour.
-^ Vous n'avez pas non plus un Decourtilz.
•— Un Deooortiiz ? Non , répondit l'abbé avec résignation et comme si AbA M eût dit : -* Vous n'avez pas cent mille francs 7
— Ni Flsher , ni Lîîbner , ni Kirby T
— Non, monsîerAbel, non.
— Ni lés Atmaiet de la Sociélé linnéetmê ?
' — La collection « s'écria Vàtibé y d'année en année plus vaste , coûte aiijoard'hui considérablement.
— NiunLatrdlle?
— Pardon, monsieur, tw^on! Vous ne l'avez pas trouvé dans ma bibUothèque parce que je rai sur moi; il ne me quitte jamats ; le voiU !
n y eut de la fierté dans le mouvement de l'abbé Vincent à montrer son exemplaire de Latreille. Ce geste sisniûait à beaucoup d'égards : On est pauvre , mais enfin on a un LatfeiUe.
— SsyeaHiKrà agréable , monsieur Vincent. Je ne me sers plus de ma collection d'ouvrages sur l'histoire naturelle : par respect pour la science, empâdiez jfu'elle ne moisisse dans mes rayons. Vous me permettez de TOUS rofErir, n'est-ce pas?
— Je vous l'emprunte seulement , répondit l'abbé Vincent , qui comprit qu'on refus ne serait pas accepté. Je serai votre bibliothécauro, pas davantage.
Soit, monsieur Vincent, resçète que vous serez long-temps revêtu de votre charge.
n élaH diffldle de prolonger plus loin l'k-propos d'un incident qui ne tenait pas dn tout au motif essentiel de la visite d'Abel chez l'abbe Vinœnt. Décidé à se retirer sans avoir rien dit, Âbel rattrapa le fU déjà si minée ée la conversation, et continua ainsi :
«» Ooi, car vous êtes jeune encore.
— En effet, je suis entré dans les ordres de bonne heore; et je me ftteife souvent de cette vocation précoce : mon bonheur a commencé ptae lAt; je n'ai pas en le tiemps de rejjetter le mcmde, aoe j'ai peu eoniM , mais assez cependant jponr plaindre la plupart des nommes de moo lie qui ne m'ont pas imite. Plus tard, beaucoup d'entre eux m'ont faooote leurs peines, et pas un n'a été affligé daréot des miennes.
«- n 7 a desdoolears discrètes » interrompit AbeK
174 LE wkDECm DU PBOQ.
— SiocèremeDt, monsîeiir Âbel, ma carrière ne m'a canaé qii*manl diagrin : c*est qu'elle ne me rapportât pas assez pour soula^ mes mrens. Il est étrange, n'estrce pas? que Vexercice de la chanté sait ma les nécessités de la plus pauvre des prolessioiis.
— Ainsi, continua Abel , tous n'êtes pas riche ?
Jetée dans l'obscurité , faite d'un ton qui répondait an ton de fêM Vincent , cette question n'avait rien de blessant.
— Je suis très pauvre, répondit l'abbé.
— Mais vous espérez de votre Camille?
— C'est moi qui la soutiens.
— Et n'avez-vous point d'autres espérances?
— Pardon , répondit l'abbé , dont la figure était dans rombre, mù dont les yeux brillèrent d'un èdat subit : pardon : — j'ai le deL
— Mais cependant vous pouvez aspirer à un rang plus ékifé ta Tordre eccléaastique : au dessus des curés, il y a losevéqiiea, leivehevéques.
—Je crois que vous me ju^z trop favorablement , monslear AkL Entre autres qualités que je n'ai pas pour monter si haut , deux me ■»quent surtout : le savoir et la naissance. Fils d'un cordonnier, quim'init nus au séminaire parce qu'il présumait que je serais un jour cudmd,— Sixte-Quint avait oien ^rdé les moutons , — j'ai été privé , apr&s mes études, e'est-à-dire au moment où l'on étumo sérieasement pour apprendre, des ressources nécessaires pour acheter des livres, voyager ea Italie, et suivre quelques cours de uttéretnro sacrée à ItSoiraDe. J*ai pris mes grades, et cest tout. Vous voyez que mon édtteatîou n*a pas été menée loin. Je vous ai dit ma naissance : quoique noos ne soyons plus sous le règne de Louis XIV, il n'est pas moms vrai qoe Ton compte peu d*évOqucs sans titres. Tout bien considéré, il n'y a en mm que létoffo d'un curé de village, quoique beaucoup de curei de village , Je me hâte do l'avouer, soient dignes do rêver une ambition qui m*est défmdae.
Quelle que fût la part qu'Abel fît à la modestie de Tabbé Vincent dans ce récit do son origine et do son éducation , il ne lui en resta pas moîDS une impression malheureuse dans l'esprit II avait jngé antienent l'homme. Caractère étrange, il fut ûché d'être sûr maintenant d'arriver au but par le chemin de son clioix. La résistance ne lui pandssailpasadmisfubio : point d'orgueil à caresser, point do science a renverser avec le canon , rien ; un zèle médiocre, un naturaliste au lieu d*iin piftre. Le succès était arauis. Abel en vint à regretter d'avoir usé de tant de circonlocutions ; if fut affecté do ce sentiment de honte qu'on ressent locsqne» après avoir parié respectueusement h un homme dans un salon . on découvre qu*on a pris le domestique pour le maître. Se sentant deM»niais assez fort pour risquer jusqu'à Pathâsme avec un tel interlocuteucc, Abd i l'ironie sur les lèvres , reprit :
— Vous vous estimeriez heureux » n'est-ce pas , d'avoir tons les jom une toblo bien servie ; peu de plats , mais fins ; quelques vins dioisial
•^ J'avouo, répondit Tabbé Vincent, très loin de soupçonoer le changement opéré dans Tesprit d'Abel, j'avoue que je suis, Diea me le firdonno , un peu sensuel , et que la soupe grasse ^ deux fois par mamm^ no mo doinnerait pas. Mais on s'accoutume à plus manraii erdîMÉss quo lo mion. L'eau do la Seine est légère, et les légames te tmâx mmi savoureux.
— Jo vois que vousn'êtes pas ennemi d'une existence f**Tfiiifft,mrffiua Abel do phu en plus prevena contre l'abbé Vinoant, et viaaejMS raison. (>n ne souUent pas l'existence avec des jeûnes; la force Aflpt
ilavteeviot
«alféo ch<>z un homme chaigé d'une responsahîtilé comme ètn« entrtUonuo par un bon régime et l'entourage dNuie aisanoe mont méritée. Qu'est-ce qu'un prôtre, si nous descendons on ins
tfi MKDGciM îm reag.
Im famittantés de la tic, qui ne possède pas sii douzaines de bas, udo ft>!>© de ehambre fnurréo et de^ panioufîes I
— ^ A fmnchcmenl parler , répondit Tabbo Vmœîît complètement du;» du ton amical et dti tour Iiypothétiquc d*Al»el , à franchement parler « je pTf3 forerais è des panloufles une bonne paire de souliers; car p n'en ui
plus 1)11* uno paire, et il faut qu^elle aille jusqu'à la ^oel^ et nous sommt^
eu jum.
— Et TOtro église?
— Mon église? répondit Tabbé Vincent, henreuiE de s*épanchor comnto l'ami dans l'ami ; et AbeL n'était pas moins pi>uf lui, tant il mettait dans ses questions do eurdialité antique, renouvelée des dialogues des philosopha d'Athènes; mon église? répota-t-il, ello est fort dëiabfée, mon cher monîiieur A bel : le maîlre-autel menace ruine, la chaire crie, les piliei^ tremblent; et ce qu'il y aura do plus chrétien bienldt^ ce sera d'en- §igêr mes paroissiens a ne plus se rendra aux offices. Je me suis adressé
Ïfllnsîcurs iùls au maire et au conseil municipal : le maire dit qu'il n*a |Nis de fonds; le conseil municipal me renvoie au prélet, le préfet au mlpistre; rien ne se faiï. Enationdant, de peur de voir le clocher &*écroulert j*ûi ordonné ou 'on ne sonnerait plus les cloches. Ainsi mon église est encore plus malheureuse que moi, son çur^. V .., . . rr'pouSiSerii'z pas, j*ensuîs sûr, continua Abel, la générosité pieu I qui la relèverait de fond en comble* la restaurerait à Tin-
féricù. .-.ri..-. .,ii i)ter son e^iraetère de simplicité, et ferait élever &ix cd- ]0Dii€S à rentrée ?
^Cos largesses chrétiennes ne sont guère do Qûlre siècle, monsieur Abeî,
Abel poursuivit :
— On dorerait la cbapcll*? de la Vierge, et on y placerait nn christ peint par Eiigâtç bekcroi^ ; on enrichirait le mattro-autel d'un ciboire tn vermtih ilti pliuiHîurs candélabres et de quelques vases d'argent*
— io n en ti jamais tant rôvé pour ma pauvre église.
— On ajoutcmit un omio,
^ Un orgue î s*écriû î abbé Vincent, un orgue ! comme un roi détrôné ^■l^écriemit : unu couronne I un orgue pour mon église I de la musique 1 ^K^e94 li une trop fone illusion ; cet ambitieur désir est peut-ôtroun péché. ^^ — Denuiîn, acheva Abcl, qui croyait s*étro suflisamment dêninotré tout Cû qu'on pouvait exercer de séductmn sur un homme comme Tabbé Vinent, di*matn vous entre re?. en marché avec lo proprièlAire do celte ma^ Adio^z-b pour moi , je vous prie : vous T habiterez, il Jiiiit que mm lothéciire soit convenablement logé* ^ Monsieur**.
«» Vous 4îiri:^ îittssi te jardin.
Bir h nfûit si inattendu, l'abbé Vincent ii kfi, heurta dan?
rbtb< uils et les tabler pour chercher mm bionfaiteur. Ba
yrfli*nl là m.im d'Abel, il dit ; j -^ Monsiitut-, cl mon église?
^H ^ Volm église nu ra to ut ce qm f ai pr < ' - nm mêine. ^B — Hamsieur» si c'est pour moi» e eat tn [ : pour IHeu^ m o'eit pM
^V^-^ Quoi! eela ne suffit pas?
^* «- Kno, monsitmr : je n'ai pas le chrétien^ ai j*aî réslisr. ï ^kabt^
^ Ottii féfioiidtt AheU
Dieu «SI eatisfail, mon cher monsieur Abel; et c*estl lui que tous fin*
li^éaM" ^" ir- vois mainicnanl.
l|iirun mù faui-
ne vfUîA demanda
1 lhso pour Touspfnuver
^ V4«s âte» prêtre, reprit Abet^ mais tous
àmoo
duiii4} sans fan»*
tisme ; tous raisonnez vos croyances , vous ne les répandez pas i un oraee ; avant les pompes extérieures da culte tous mettez les Teitas évancjeiiques; la religion du coeur chez tous l'emporte sur cdle de la tradition et des hommes enfin.
Sentant qu*il s'embrouillait de plus en plus, Ahel renonça brusquenoit aux mots pour arriver droit au fait.
— Je demande que vous me révéliez une confession.
— Que je vous révèle une confession I (L'abbé Vincent frémit) B nonseigiieur réyéque de Versailles I s'il venait à le savoir I
— L'é^êque de Versailles ne le saura jamais.
— Et notre saint-père?
— n ne l'apprendra pas davantage.
•» Et Dieu, monsieur I
— n meurt de misère, je l'enrichis, et il me refuse f Mais que peu^OL vous faire? vous casser? Je vous assure quatre mille livres de laole, monsieur. Répétez-moi donc la confession que je veux savoir*
— Et Dieu, monsieur! redit l'abbé Vincent.
— Mais je meurs si vous ne parlez pas 1 Le jeune prêtre resta muet.
— Mais je meurs si vous ne parlez pas I Même âfence du prêtre.
Exaspéré des refus de l'abbé Vincent, Âbel s'écria, n'étant plus mattie de sa raison : •
— Faut-il recourir à la violence, monsieur? Je veux savoir œ que vous avez appris par la confession de Bergeronnette. Mais où ête»-voos donc? ^'outa Âbel qui tâtonnait dans l'obscurité ; où êtes- vous donc?
— A vos pieds, répondit l'abbé Vincent.
Âbel retomba dans le fauteuil d'où il s'était levé pour diadier Vàbbé Vincent. Celui-ci, en s'asseyant près d'Âbel, lui dit :
— Je n'accuse que moi ; votre méprise est le fruit de ma faute. Vous ne m'avez si mal jugé , mon ami , que parce que j'ai eu le tort d'ouUier avec vous Taustériié de mon caractère de prêtre, si affaibli en moi, et je m'en rcpens, par le contact énervant du monde et par un genre d'étads qui, malgré sa sévérité, m'a éloigné de la sainte préoccupation des vérités étemelles, seuls délassemens possibles, seul commerce permis, nos seules joies tolérées. Mon autorité s est égarée en ne restant pas rivée à l'anneau du devoir. Comme vous n'avez pas trouvé le prêtre en moi» vous avez cru avoir bon marché de l'homme , et d'un honmie débile dans sa science, dépourvu de majesté, accessible par le flanc découvert de sa misère. Qu'est-ce aue le prêtre , vous m'avez forcÀ à me le demander, qui n'est pas prêtre à toutes les heures du jour et pour chacun? qu'est-ce qoa le prêtre, je me réponds, qui pend au clou sa robe et ne la reprend qu'à l'autel , qui compromet sa i>arole dans les tournois des conversations ni- Toles, et s'étonne do la sentir sans force au moment de combattre le doola ou de terrasser le mensonge? Je suis ce prêtre , mon ami , dont la parola et Tesprit se sont tellement vulgarisés que vous n'avez pu le distumer des autres hommes, malgré votre candeur. Plongé dans les délices dm étude trop aimée , je ne vous ai paru un savant estimable qu'à la coo^ tion de n'être pour vous qu'un prêtre sans autorité. Vous êtes allé à l'homme; et ce n'est pas votre faute, je le répète, si l'honune vous a intéressé par son isolement et sa faiblesse. Il l'a trop montrée pour que vous lui avez refusé le secours de votre exigeante pitié ; et la pitié vous aaé& des droits sur moi. Qu'ai-je fait pour vous détromper à temps? Messeos, que je n'ai pas assez domptés, se sont laissé surprendre aux dooœois que vous leur avez offertes: mon orgueil a été édifié, et j'ai pris en dérision ma robe salie, ma chaussure percée, ma maison sans meubles, comme si jusqu'ici je n'avais pas vécu sans penser à un état moteur.
.J'aurais pu être sourd à vos propositions : je ne l'ai pas été; je suis pooi:
c'est une justice. Si j'avais su résisler, je n'aurais pas eu la douleur d'apprendre gue la possession des félicités décevantes au devant desquelles jo me suis jeté devait se mériter car la révélation d'une confession. Je n'en veux donc qu'à moi si cette idée vous est venue. Pardonnez-moi , mon cher monsieur Abel , de vous Tavoir inspirée. Apprenons tous deux par là que la pensée du mal, tant elle est subtile, agissante, toujours près de nous, se glisse même entre deux hommes dont l'un , je veux parler de vous, rougirait de corrompre la fidélité d'un devoir, quel qu'il fût, et dont l'autre a vécu jusmi'ici de pain et d'étude. Pardon, pardon, monsieur Abel I Que le reproche pèse donc sur moi seul I Vous m'avez donné à prodigalité de l'ombre et du repos, mon Dieu, et je n'étais pas content I vous nravez nourri du pain de tous les jours et des fruits de la saison, et je n'étais pas content I Vous avez envové à mes nuits un sommeil paisible, et je n'étais pas content ! Vous avez tien fait, mon Dieu, et je vous remercie de m'ayoir appris à connaître mon bonheur par mon propre abaissement et par * ma confusion.
La main d'Abel , confus et silencieux , était dans la main de l'abbd Vincent.
La lune se levait sur la belle campagne de juin, et baignait d'une écume d'argent les prés, les grands bois, les villages assoupis.
D^ voix harmonieuses sortirent tout à coup du fond de ce vaste sommeil de la nature.
— Qu'est-ce donc que j'entends? demanda Abel.
— Ce sont mes élèves , mes petits musiciens qui répètent un morceau.
Sour demain , jour de fête à l'église : la fille du maire se marie. Voyez , e ce coin de la croisée, l'ordre qui règne dans leur exercice quoique je sois absent.
Placés l'un près de l'autre à la croisée, les yeux fixés sur les vitraux , è travers lesquels brillaient quelques lampes dont la lueur se balançait sur des têtes nues d'enfans, Abel et l'abbé Vincent, émus de leur conversation , la poitrine rafraîchie, le visage caressé par l'haleine des fleurs, écoutèrent, dans le calme d'une nuit admir2d)le de pureté, les chants que se renvoyaient les échos de l'église.
n était tard quand Abel prit conffé de l'abbé Vincent.
En sortant, il n'eut qu'une pensée : celle de voir le docteur Calveyrac,.
L'abbé Vincent pria toute la nuit.
Aucune des inquiétudes personnelles à quelques caractères mis en relief" dans cette histoire n'avait réagi sur la paix dont jouissait, depuis son origme, l'établissement de madame Dalzonne, constamment attentive, il est ▼rait à loi conserver sa physionomie claustrale, première condition de sa bonne renommée. Il ressemblait à ces états modernes dont les chefs, quelque cuisans que soient leurs chagrins domestiques, ont le courage réel ou affecté, sachant à quel prix ils régnent, de ne paraître s'occuper
ri de leur peuple. Excepté madame Pingray, dont la bonté était presoue génie, personne n'avait soupçonné jusqu'ici la plus légère inégalité dans les rapports, qu'on pourrait appeler de famille, entre madame Dal- 2omie et les personnes placées autour d'elle par devoir ou à titre de peusionnaires.
C'était d'ailleurs pour tous la même existence effacée, nulle, ou , pour la définir par son bon côté, indifférente. Idées, opinions, projets coulaient au fond du môme Ut, en nappes monotonesi depuis le premier jusqu'au t. m -a n
dernier jour de Tannée. A la mOme place s'assoyait au dtner le mèaià personnage, qui répétait h un moment prévu le geste de la rattstik phisanlerie de dix ans. Toutefois, cette uniformité grise avait une niev, et, comme certain vin , fade d*abord, elle acquérait une vertu avecnf^
Eurvu qu*on éloignât tout point de comparaison (^aï eût été un coatMH. rien n'était un contraste. La situation de rétablissement entie M Tille du passé, une rivière et un bois, la maison, longue en suilaoa» ■■§ peu voyante, les hauts murs de circuit, qui s'affaissaient et se (^" '
en cerceau aii point central du {XHirtour, vers la Seine, comme prttoà lâcher dans Teau, faute do résistance, le gros jardin en fiente ; la gdSà de fer qui criait sur ses gonds , même lorsqu'elle était au rspoi» à rexemple de ces vieux malades habitués à la plainte ; le parloir» tfÉM
émoussé, ne blessant ni la délicatesse du regard par des murs de < trop vive, ni les pieds par des marches trop rapides ; tout enfin , la i tière inerte et la matière vivante, avait une parenté de lenteur, de aie et d'éternité. L'empreinte était si forte que madame Dalzonne eUe^roéBM^ qui la respectait, en avait peur quelquefois, cl en redoutait les efietsti point de chercher a les détourner par dos innovations agréables, par dea embellisseincns tentés avec discrétion au jardin, par des plaisirs nouretox introduits dans le programme de ses soirées. Mais qu'arrivait- il ? Aobout de (quelques jours, Tinnovation n'était p^us sensime ; ratmosphèie de k maison l'avait tellement envicillie que rien uc paraissait changé; car la maison s'assimilait tout, de m^me que certaines eaux gourdes pétnûent en quelques heures les objets qu'on y jette.
Aux yeux de madame Pingray, madame Dalzonne avait considérablement relâché pour elle, depuis quelques mois , les liens de cette torpeur générale, sans avoir beaucoup gagne en contentement d'esprit. Des naateurs do sa tour d'observation , l*antique pensionnaire avait vu luire et s'éteindre, sur un front d'une tranquillité affectée, les éclairs de plusi^ixs orages ; cile avait suivi la trace des larmes sur des joues meurtries, distingué la fausseté do certaines joies h des notes forcées. Mais, compatissante au fond de chacun de ses jugemens, elle n avait point couru après l'aveu d'une peine inhabile à se cacher. L'objet était venu à sa connaissance, comme le rayon tombe en ligne droite sur la surface du métal poli. Nature résistante et fine, clic rcflécliissait le monde moral et ses tnslcs paj^sages dans le miroir de son intelligence. Elle était si loin de se complaire dans sa supériorité de perception que, s'en défiant sans cesse par cureté native , elle n'allait jamais au delà do ces places spontanément éclairées sans le concours de son désir; elle s'arrêtait volontairement 6D chemin de savoir, et s'asseyait à la première ombre, préférant se tirer aucun parti de sa clairvoyance, dont elle aurait souhaité souvent d'éira privée , ^uc do Firriler aux aiguillons de la curiosité. Ainsi forte d'dkraôme, s il lui était impossible de voir dans trois personnes qu'elle aimait, le docteur Calveyrac, madame Dalzonne et Abel, la même situation relative qu'autrefois, elle ne possédait pas pour cela le fond de leurs pensés et le but de leurs intentions. Ils n étaient plus les mêmes, ils étaient malr heureux l'un par l'autre pour des niotirs auxquels le cœur avait UM grande part; mais 15 finissait, sauf quelques détails qui témoignaient de la vérité des faits principaux cl les liaient entre eux, lautorité qu^exerçttt sa mémoire sur son merveilleux raisonnement.
Madame Pingray ne se trompait guère dans les jugemens qu^dle po^ tait. Elle connaissait bien madame Dalzonne, mieux quo madame DaJzoon» no se connaissait elle-même; car celle-ci en était encore à ignorer que les orageuses passions sont défendues aux existences bourgeoises, paroB qu'elles ne quittent pas l'inmiuablo milieu où des milliers de Uens te re-
tîauient d^Miis la première jusqu*à la dernière heure do Tannée, et oii chimii M coDSlituo Thabiiude do les voir, semblablcà, a beaucoup d*ég^rdl^ k ces monumens publics posés au point central do tous les rayons, m mjitrtnt de face partout. Aimer, pour elles, est une date sinistre. Que b feniiBe lidM se Dormette un amant : les facilités accourront au devant 4*6Ue pomt Faider, lui aplanir le chemin des occasions, lui faire do Tombro CB aUaBty pour lui ménager le silence au retour et endormir Topinion. Co B'esi pas cnez elle qu'elle aura la maladresse du se commettre avec une passioo : die la demandera aux tourbillons des soirées , aux bols de ses SflMes* indulgentes aujourd'hui afin qu'on le soit demain ou parce qu*on Fa éié Tan £mier ; elle dépaysera ensuite son erreur chérie aux eaux de Saint-Saufeur, dans des voyages en Italie, dans le séjour d'automne à la campane. U faut être riche pour courir le risque d'aimer, comme il faut être riche pour rester lon^-temps jolie et pour être aimée long-temps. Mois sur quel amas do déceptions ne tombe pas la femme do position secondaire» nourrie de cette fausse idée qu'elle a le droit d'aimer on toute liberté» AU coin du fou, à la croisée du jardin et sur l'oreiller de la nuit t Sas domestiques , ses enfans, son ombre , tout la regarde quand elle n'a 4es yen que pour Thomme aimé ; si l'on s'agite autour d'elle, c'est pour mieux écouter son silence. Elle n'a d'aillours rien qui la diversiile et la nuance* Elle vit dans son idée, se cacho mal dans ses terreurs, et elle empire sa faute en la laissant toujours dans le inOmo air. La passion chez une feflimo riche» c'est le mouvement, lo soleil, heureux à voir derrière un Toile; c'est la santé : chez l'obscure bourgeoise rivée au devoir» c'est l'im- Qdnlité» <pand ce n'est pas le suicide.
Une chaude soirée do juillet avait, contre l'habitude, renvoyé long-temps avant onze heures les pensionnaires dans leurs appartemens. Rien n'avait coloré cette acûée d'une teinte qui la distinguât des précédentes : après avoir pris le otlà sur le gazon du jardin, les hommes avaient causé politique et parlé des avantages do la santé, sujets d'autant plus inépuisables à traiter qu'ils sont l'un et l'autre plus problématiques ; les dames avaient continué des broderies issues de celle de Pénélope, dont la fin n'est pas encore constatée par l'histoire.
Gomme de coutume, le baron de Fourneuf se serait attiré de nouveaux ennemis par sa langue s'il lui en était resté encore à conquérir. Tantô . debout et volti^nt autour du cercle, tantôt à califourchon sur sa chaise» posture faroilièro à Napoléon et h de Fourneuf, il avait lancé des flèches dans le flanc de chacun. Cjo soiiMà , madame Musquetto avait été la victime favorite : ne tolérant pas son costume diaphane, parfaitement excusé par Fardeurde la saison, do Fourneuf l'avait fait rougir sans pitié par des allusions (pi'il adressait à Jjojeune. A plusieurs reprises il avait demandé à celui-ci, dont l'irritation se décelait par dos plaques de rouffeur aux tempes» aux pommettes et à la saillie du menton , s il aimait à se promener à travers les solitudes du vieux monde, s'il était ou non pour rindépendauce des noirs ou des noires , s'il connaissait le joli jeu do société : Monsieur le curé n'aime pas les o$; caleiubourgs sur calembourgs tirés à bout portant sur madame Musquette, qui aurait mangé la bosse à l'odieux baron.
Sauf ces malices courantes, aucun incident, comme il a déjh été dit, ne caraclériaa cette soirée, une des dernières qui s'écoulaient entro les quatio paisibles murs de la maison de santé pendant le beau mois de juillet.
Si tout le monde ne dormait pas encore deux heures après le couvrefeu» personne du moins n'était hors de son appartement; derrière les rideaiux des croisées on ne voyait plus passer de lumière; la lanterne de Tesealier ne lançait plus que de rares bouffées bleuâtres à la hauteur d'un éuge.
Trois heures sonnaient h l'horloge de la cour intérieure. Des cris violens remplissent tout à coup les échos de la maison et rompent son pre«
180 LE uéOEaif DU PECQ.
lOier assoupissement. D^autrtô cns suivent, mais plus distincts et oomme partis du milieu de Tescalier ; une porto s*était sans doute ouTerte. Leié- Teil fut général , il fut terrible. La première idée fut que des Toleun s'étaient introduits dans la maison, la seconde que }o feu la dérorait. Hêbs la même minute, qui sait toutes les suppositions qui s'enfantërentî lejeune éprouva toutes les peurs, il crut a la chute de tous les fléaux sur le toit de la maison : le feu, Tinondation, les voleurs, une réyolalioBds juillet (le mois où Ton était rendait cette peur si naturelle I) un trendfement de terre; et il ajoutait tout bas en claquant des dents, sans parradr h nouer ses caleçons do flanelle : — Ahl ce monsieur Champeaozl a monsieur Champeaux I Pourquoi a-t-on reçu un td homme dans nm maison respectaole? — Il ne séparait pas Champeaux d*une calMiiité, quelle qu'elle fût. Les déchiremens de la voix entendue necessaieiitpis; lorsqu'ils s'affaiblissaient, ils se changeaient en une plainte où FonéBtinguait le poignant reproche de n'être pas secouru.
Bientôt , la peur de chacun composant une espèce de courage futin universel, les nombreuses sonnettes de la maison tintèrent à la fob, Is portes s'ouvrirent, quelques pensionnaires à demi vêtus osèrent se montrer sur l'escalier. Ce premier élan accompli, l'étage vint en mde à Téta^; les domestiques parurent enfin avec des flambeaux, la maison entière ftf sur pied. On s'interroge avec terreur. — Quel est ce bruit? — D*où viennent ces cris?— Ecoutons I — Mais ce n'est pas le feu : c'est an deuxièDe étage.
— Descendez, oh I descendez chez ma maîtresse I s*écna Bianca de Tescalier : mademoiselle de Touralbe se meurt.
Terrifiés, les pensionnaires se portent vers la chambre de mademoiselle de Touralbe, mais en laissant toujcars passer devant eux, dans leur zèle timoré, le docteur, madame Pingruy et madame Dalzonne.
Vêtue comme on l'est au lit , mademoiselle de Touralbe était évanouie sur son tapis, les cheveux épars, les mains et la poitrine rougies de quelques sillons de sang. Elle était pâle, elle respirait a peine, ses yeux étaient fermés.
Tandis qu'on la plaçait sur son lit, et que le docteur avait recours aux moyens d'usage pour la faire revenir, soins plus pressés gue de l'interroger sur la cause de son évanouissement , Lejeune , lui si prudent, était sorti de la maison de santé en simple caleçon , en pantoufles , pour aÛer à Saint-Germain demander du secours à tous les dépôts de la forœ publique. H courut à divers postes de la garde nationale, où il sonna le tocsin ; il éveilla ensuite le commissaire de police en lui criant du bas de la porte qu'on égorgeait les pensionnaires de la maison de santé duPecq; îl arracha le procureur du roi au sommeil ; et, pour couronner son œuvre, il alla h la caserne des chasseurs à cheval en garnison dans la ville, et il avertit le colonel que des révolutionnaires décidés à mettre à feu et à sang le pays avaient commencé par piller un établissement de malades, mais, ajouta-t-il, où il y a aussi beaucoup de condamnés politiques.
Il n'en fallait pas davantage en 1835 pour faire courir aux armes une cité : l'alarme fut h Saint-Germain ; on descendit au Pecq. Quand LejeoDB rentra à la maison de santé, il était suivi de plus de cinquante personnes qui y pénétrèrent en tumulte. Des crosses de fusil retentirent dans l'escalier; tout un conseil de guerre et une cour do justice se rangèrent autour du lit de mademoiselle do Touralbe , dernier point de concentration révolutionnaire qu'atteignit l'autorité évoquée par Lejeune. Ce n'âait point Ih précisément ce qu'il avait promis ; il ne savait maintenant qu penser : il no s'attendait pas h trouver Témeute au lit et sous les trait d'une jeune femme sortant d'un long évanouissement.
Comme à chaque question adressée par lo commissaire de police, je procureur du roi , ou par le colonel des chasseurs à cheval ix>ur savcnr la nature de l'agression domiciliaire exercée dans un but polU^pie sor U
LE uéOECIN DU PECQ. 181
maison de santé , on répondait en montrant mademoiselle de Touralbe, ces magistrats , impatientés de lobscurilo énigmatique où on les tenait , finirent par interroger celle-ci , qui recueillit ses forces et parut en mesare de satisfaire à la justice.
D'une voix éteinte, elle dit alors que les cris qu'elle avait noussés avaient pour caase un épouvantable accident. Il y avait à peu près deux heures qu'elle reposait quand elle avait été éveillée d'une manière affreuse à raconter : lin homme avait touché à son lit ! un homme !
— Un homme ! murmura , indignée , une voix qui était celle d'une femme ; et cette femme était madame Musquettc.
Ifademoiselle de Beaupréau fut Técho de cette pudique exclamation.
— Oui» un homme, redit mademoiselle dcTouralbe. Je Fai repoussé, mais sa hardiesse s'est accrue de ma résistance. J'ai sur ma poitrine et mes bns des marques de son odieuse violence. Il ne s'est retiré que lorsque mes criSf dernières armes do mon honneur, ont cnûn éveillé la maison.
— C'est une infamie !
— C'est une double infamie , mcsdamcsl affirma de Fourneuf en entrant dans la chaste colore de madame Musquelto et de mademoiselle de Beaupréau.
Des pleurs reluisaient sur les joues enflammées do mademoiselle de Touralbe.
Le colonel des chasseurs se tirait la moustache pour faire diversion au rdle éouivoque qu'un imbécile lui faisait jouer. Plus naturellement à sa place, le procureur du roi prenait des notes au croyon.
— Il y a danger pour vous à rester dans cette maison , soufflait de Fourneuf à l'oreille do mademoiselle de Beaupréau et de madame Musquette. A quoi vous êtes exposées, grand Dieu I à votre âge et dans votro position I Et vous qui étiez presque nue hier au soir, madame Musquette!
— Soupçonnez-vous l'auteur de l'attentat? demanda le procureur du roi en se penchant sur l'oreiller de mademoiselle do Touralbe afin de ne pas perdre un mot.
Mademoiselle de Touralbe releva la tôte et regarda autour d'elle.
^-On dirait que monsieur Cabassol se cache, dit de Fourneuf d'une mani^ assez haute pour compromettre Cabassol.
— Je ne me cache pasi répondit Cabassol d'un air de défi qui était beaucoup trop téméraire lorsqu'on jetait les yeux sur sa décrépitude , saisie dans le plus grand déshabillé nocturne.
— Silence! dit le procureur du roi.
— n n'est pas ici , déclara mademoiselle do Touralbe en se cachant le Tîsage.
— Vous le reconnaîtriez donc? dit le procureur du roi.
— Peut-être, monsieur.
— Nommez cet homme , mademoiselle ; vous devez cette franchise à la justice.
La parole manqua tout à coup à mademoiselle de Touralbe. Toujours piès d^elle, le docteur lui fit respirer des sels et la souleva sur son bras» il exigea pour elle quelles minutes de repos.
Flftoée de l'autre cdté du Ut , madame Dalzonne, (^oiquo bouleversée par cette scène de* désolation, avait encore la force d'aider le docteur dans les soins qu'il prodiguait h mademoiselle de Touralbe.
La plus calme des personnes réunies autour du lit de mademoiselle de TouFalbe , c'était madame Pingrav. Son indifférence , comparée à tant ii'mtérêls soulevés, était presque ae la dureté. Avare de pitié , sobre de remarques , impassible dans cet empressement universâ à se rendre Qtile, elle ne qmtta pas le fauteuil où elle s'était assise en entrant dans ladiamtne.
ÂTant que mademoiselle de Touralbe eût repris des forces pour parler, le ooloBN des chasseurs à cheval avait jugé à propos de se retirer sans
VSâ LE MiilDEGCf DU PECO'
bruit, jurant bicR do ne jamais rapporter à ses amis Thistoiie do ooUe campagne.
Comme le silence de mademoiselle de Touralbe se prolongeait, le n»cureur du roi slmagina qu*eIlo se taisait par quelque motif de nnajnp retenue. 11 lui demanda si elle désirait continuer sa déposition seulàaoal avec le strict personne? de la justice.
Elle fit un geste aflimatif.
Sur-le-champ le procureur du roi ordornia, au nom de la loi, au ph sonnes présentes de se retirer.
On vida Tappartcment.
Jusqu'au jour la justice informa.
Si les paroles avaient la faculté de se transformer en pierres, on bâtirait une grande villo comme Paris avec les paroles qui tombèrent^ pendiat le reste de cette nuit de trouble, des lèvres des pensionnaires de la jmmb de santé.
Quel était l'auteur du crime?
Pendant dix jours la maison do santé fut livrée aux gens de justice. Ib verbalisèrent sans rclâcUo et dans tous les coins; le grenier ne fui pas moins compromis gue la cave ; ils mesurèrent la hauteur des mors;, comptèrent et recomptèrent les marches de tous les escaliers; ils upelàreat les domestiques, les pensionnaires, les palfreniers à déposer, â tes alw«»nicns se traduisaient , ils auraient obligé les chiens a dire œ quik si^ valent sur le grand événement. De Fourncuf était heureux comme lepoi^ son dans l'eau. On n*ima^inc pas tous les noms d'hommes auxquels il attribua tour h tour la tentative nocturne; sa liste de proscription n^étttt jamais close. Était-il de toute impossibilité d'y conserver un nom trop hasardeuscmcnt écrit, il le remplaçait par un autre encore plus extraordinaire. Tout calcul fait, si le criminel présumé était trop illustre, la passion justifiait alors l'indignité de Faction. Quand on a vu des rois épouser des bergères, on a pu compter un plus grand nombre de bergères «blasées par les rois. Si le coupable était trop obscur, l'excès de rameur Va^noblissait. Et que d'ingénieux commentaires! ^ue d'aigres réplimsl que de vénéneuses personnalités provoquait, l'ironie aux poings, ac Foorueuf, maître du tournoi ! On assemblerait un concile afin de décider quel «si Tobjet le plus flatteur au goilt des vieilles dames pensionnaires d^uie maison de santé, que le concile ne trouverait rien de plus attrayant pour elles, do plus aromatisé, de plus frangipane qu'une tentative comme cèDe dont macicmoisclle de Touralbe avait été victime. Aussi madame fb»' quette négligeait-elle, tant elle pressait cctlo savoureuse catastrophe, de tracer sa grande raie au milieu des cheveux, ce dont elle était fière pourtant comme certaines villes le sont d'une route royale. SI ademoiaeUe # Beaupréau ne rêvait plus, c'est tout dire; et Tune et l'autre auraient peut-être mis de côté leur conquête de l'Inde, l'intéressant Lejeune, si depuis l'événement Lejeune, plus intéressant que jamais, n*e(U été forcé db garder le lit par suite de sa course en simple caleçon dans la ville ds haint-Germain, pendant la nuit.
Au dessus de ces rumeurs, dont la fumée ternirait infaîllibleiDeBl b lustre de la maison de santé, planait l'esprit médicatif de madame Dit zonne. Quelle que fût l'issue de cette affaire, elle ne se dissimulait fift combienil en résulterai des conséquences fâcheuses pour elle, dont 11 nom allait s*accoler à une publicité do scandale. Elle en souffrait ei éence , n'osant ni recourir aux cngagemcns de madame Pingt^jr^ d^uie
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impénétrabilité de fer dans son opinion sur révénement, ni à Calvejnrac, arec lequel elle n'avait plus depuis quelque mois aue de simples rapports de couTenanoe. Quel conseil aurait-elle attendu d'Abd, réduit par elle à ne 8*oooiiper que do lui-mémo et à compter les jours qui le séparaient du complet établissement de sa santé ? Instruite parle passé, et par un passé fort peu éloigné, elle redoutait do le déplacer de nouveau, de le distraire par d'autres pensées. Elle l épargnait maintenant aveo une sorte de respect, ocmime une idole dont lo soleil aurait dévoré Téclat la seule fois qu'on Taurait dépouillée do ses voiles. Comment la risquer encore? il iaodrait manquer de foi et d*amour. Et puis, prononcer encore devant Abel ce nom de Touralbe, déjà jeté comme un iK)içnard onlreelle et loi I Ce nom provoquerait des larmes; elle en verserait a coup sûr au souvenir de celles qu*elle avait répandues. Ce n'était ni à propos ni prudent.
Au surplus, quelles liimicres, quelles consolations obtenir du docteur, de madame Pingray et d'Aboi, dans uno affaire dont il n'était au pouvoir de personne d'arrOter Tinflexible cours? Elle n'avait qu'à gémir sur le ha* sard qui avait amené mademoiselle do Touralbe chez elle; et encore re^ gardaitrolle sa plainte comme peu généreuse si elle songeait que mademoiselle de Touralbe n'avait pas quitté le lit depuis la fatale scène, et qu'elle ne reparaîtrait jamais dans le monde sans répondre par une pénible rougeur a d'insolentes curiosités.
Calve^rac avait fait cornmo le lion qui entend crier un léopard derrière lui tandis qu'il est occupé à tenir une proie encore vivante : il retourne la fête, il élargit les griffes. Le lion est double: il a tué, il tue; on verra ensuite.
Mais c*est à l*homme qu*on devrait comparer le lion fort, lo lion redoutable, s'il en est un incoTnparnblo h Thomme dans l'univers. Oi^i Thomme prend-il tant d'énergie pour ployer et briser en lui lout ce qu'il y a de chênes et de rochers ? do miel point do la terre s'élance-t-il pour aller si loin ? et à quelle barrière s atlache-t-il pour s'arrêter à temps ?
Calveyrac avait pris envers Bergeronnette l'engagement terrible, obtenu paries larmes, scellé sous le ciel par le serment, de tuer en elle le déshonneur qu'elle portait. L'engagement avait été rempli. La chimie a des poisons certains, la botanique ses plantes mystérieuses, jaunes et pâles, qui croissent à l'ombre et entre les pierres disjointes des vieux cloîtres. La scienoe les nomme, la justice les sait; mais la pensée qui les conseille est frappée de mort par la loi, et la faute qui y a recours s'éteint dans les caobots. Ceci est arroté, écrit ; c'est la loi.
Oerpendant Calveyrac avait pressé Bergeronnette dans ses bras et lui avait dit: — Bois, pauvre enfant, et sois sauvée I Elle avait bu. il avait ajouté: -^ Repose-toi doux jours: après ces deux jours tu seras encore Bergeronnette, la blancho perle de Fromainville. — Et c'était fait.
Le docteur était maintenant accoudé sur son action. Il y pesait et la mgndait jusqu'au fond ; car la solitude évoque l'examen. Les hommes lortB du siècle, oui jugent, qui scrutent sans cesse, qui divisent le monde en atomes et puolient que Dieu n'est qu'un courant électrique, retournent xm baaa jour l'arme contre eux-mêmes , et les juges sont jugés. D'une inaiB ils se saisissent et de l'autre ils se défendent : la lutte devient terrible, booffonne parfois entre l'homme et l'homme. C'est l'instant où les rois qu'on nomme justes se souviennent d'avoir fait verser du poison , calaioù le saint prôtre rejette sa robe et se prend à rire dans la glace da la comédie qu'A joue, celui où le plus honnête des conmiercans réca^
Ïtole qodques uns des moyens qui Font enrichi ; car il y a aans la yie \ llMmime le plus irréprochable un fait secret, connu de lui seul, ^ui loi €81 commun avec quelque scélérat, dont le seul désavantage et de I »leir été trop long-temps.
Poortant, et ceci est à considérer, beaucoup de vertus et de ricea ap* partemeoten propre à la profession qu'on a embrassée. Un juge intè|^
184 LE MéDEClN DU PECQ.
n'est que le locataire de la vertu qu'on nomme justice: il est juste par robe. Voyez-le sans toge , vous ne direz pas : Voilà un bon juge. Arec un général lâche et vingt mille soldats lâdies on peut former une bnre armée, parce que la bravoure est presque une vertu d*unifomie. Ainsi les professions sociales se composent do tant de parties nobles et de tant de parties viles qu'il faut accepter. Faire un choix : n'est-ce pas draian- .der à rarc-en-ciel la couleur verte sans le concours des rayons jannes et bleus?
Ceci était dans les raisons ({ui roulaient dans la tête de Calrevrac k»squ'il songeait à la moralilé d un fait dont les suites n'étaient plus dboitables.
Il s'arrCta au milieu de ces réflexions pour se rendre chez Abd, depuis quelques jours atteint d'un retour do langueur. Dans sa lente guérisoD, son malade Talarmait parfois par des signes de rechute , qui, sans lasser son zèle, désespéraient sa science aux prises avec une des cures les plas paradoxales de ta médecine.
Les croisées de Tappartement d'Abel avaient été ouvertes pour fadlifflr le passage h un peu de fraîcheur , car la chaleur de la soirée était accal)lante;il pleuvait des flammes; à Thorizon le ciel était cerclé de lames rouges ; les deux bougies allumées sur la console de la pièce» où le docteur entra sans bruit, manquaient d'air pour brûler.
S'étant assis près du lit d'Abel, le docteur remarqua qu*il murmurait des paroles voilées sous un demi-sommeil produit par l'excessive chaleur, et aue, dans son abattement, il Tarait pourtant vu entrer. Cest un de ces mille phénomènes placés entre le sommeil et la veille, et communs chez Jes personnes parvenues aux limites de la maladie et de la guéxison.
Abel disait:
— Ce jeune prêtre est-il parti? Je m'en veux d'avoir maltraité ca prêtre.
— De qui parlez-vous ? demanda le docteur d'une voix assez élevée 4)our éveiller Abel.
— Vous êtes là , docteur! Je parlais en rêvant, n'est-ce pas? J'ai été éveillé, je crois, par Tune do vos réponses.
— Vous en vouliez beaucoup à un prêtre dans votre rêve.
— Jo le consullais sur une maladie que vous n'avez pas l'habitude de ^érir.
— Si jo connaissais ce prêtre, jo le remercierais do m'avoir suppléé. Étiez- vous satisfait de l'ordonnance?
— Pas trop, puisque je Taccusais do m'avoir mis au lit.
— Dans le cas où je n'aurais pas l'adresse de vous le faire quitter , la clientèle du prêtre n'aurait rien h reprocher à celle du médecin.
— C'était peut-être ma faute : je m'étais emporté contre lui.
— Jo suis de votre avis : que de fois , mon ami, ne vous ai -je pas recommandé, pour guérir vite et pour toujours, de fuir vos passions commo un assassin qui vous poursuivrait I
— Mais il no s'agit que d'un rêve, docteur ; je ne me suis mis en colère contre personne.
— Alors je vous demande pardon du reproche, mon ami. Contez-moi cependant votre rêve jusqu'au bout.
— Ce prêtre , reprit alors Abel avec un peu plus d'émotion qu'on n'en éprouve a raconter un simple rêve , me refusait un éclaircissement qui n eût compromis personne.
— Il y a de singulières délicatesses; mais ce prêtre, sans doute, m voyait pas la chose comme vous.
— Comment l'aurait-il vue? Que désirais-jo savoir? l'opinion d'une personne que je connais autant que lui.
— Un peu moins, mon ami, interrompit le docteur, puisque vous allitf chez ce prêtre afin de mieux la connaître.
LE uéDECIN DU PECO* 185 '
— Ha refusé de me confier œ que cctlo personne lui avait dit ; et moi, qui lui avais offert, pour qu'il iMurlài , des encensoirs d'argent , des bannières , un orgue , je l'ai irailo avec mépris. L'emportement m'a rendu malade : ma poitrine est échauffée, ma tête brûlante.
— A mon tour vous ferai-je remarquer que vous me rapportez un rôveî —Sans doute I sans doute ! se reprit Abel.
— N'en ayez pas souvent ainsi ; car, si le fait est une illusion, les conséquences en sont réelles : vous avez un peu do fièvre.
Tous deux so lurent. Calveyrac précipita quelques morceaux do sucre dans un verre d'eau. Tandis qu'il les faisait fondre avec lenteur, il songeait qu'Abel lui révélait mamtenant la cause de son indisposition sous la forme complaisante d'un rêve.
Il faisait un peu plus d*air, mais la chaleur n'était pas moins énervante. Un petit vent sans fraîcheur, en écartant les rideaux, couchait de claires masses de cheveux sur le front de Calveyrac et dévoilait sa vieillesse anticipée. Les rides du front , des lèvres , et celles que creuse le sourire à Tangle des paupières , déplorable protestation de nos infirmités permanentes contre nos joies passagères, tiraillaient son visage, presque aussi fatigué dans cette soirée que celui d'Abel.
— Je pars, je suis décidé h partir, reprit Abel sans transition.
— Vous partez I D'où vient tout à coup cette résolution ? —Oui, je quitterai Saint-Germain.
— Ce n'est pas pour toujours, Abel?
— Peut-être.
Abel soupira.
— Vous souffrez do quelque chagrin nouveau. Désirez-vous que je me retire?
— Non, je vous en prie : j'ai besoin do ne pas être seul. Restez, continuez, docteur, vous disiez...
— Que votre départ nous attristerait, mon ami : on vous aime comme un fils ici.
— Vous peut-être, vous m'aimez sincèrement et sans t3rrannie ; mais ouo suis-je pour les autres? (je ne parle pas de madame Dabonne) un étranger. Quand ceux dont le hasard m'a fait le compagnon ne me verlont plus, ils auront tout juste assez do bienveillance pour dire : — C'était un original, un fou.
Quelqu'un l'a profondément blessé : il se plaint de tout le monde, pensa le docteur.
— Ne croyez pas cela, mon ami : votre souvenir restera dans ce pays ; il n'est pas ae jpauvre qui no répandra des larmes sur le seuil de votre porte fermée. Et nous, mon ami, quand le jour sera venu de nous séparer, nous nous répéterons avec amertume que nous avons perdu un ami, un frère.
J'aime mieux pour lui cette peine vraie, car elle a une ori^ne et il va me la découvrir do lui-mCme, ajouta le docteur dans sa réflexion, au'une douleur vague , ima^naire, emantée par le délire du cerveau. Plus j'v pense, plus une convictiou s'établit en moi : pourquoi l'accident arrivé a mademoiselle do Touralbc n'aurait-il pas éveillé l'amour que je lui ai toujours supposé pour elle? J'ai le doigt sur la vérité.
— Depuis long-temps , docteur, vous avez fouillé dans tous les replis de mon existence ; une fréquentation intime ne vous a rien laissé ij^orer sur ma naissance , ma famille , mes malheurs : quelle honte aurais-je à TOUS mettre de moitié dans l'aveu d'un sentiment aui m'occupe, m'aide Il vivre, m'oppresse souvent do mille joies nouvelles, de mille peines confuses aussi, qui se trahirait un jour avec vous, et qu'alors votre amitié me repocherait d'avoir caché.
—Abel, répondit le docteur, je suis trop satisfait , croyez-le bien , des Bombfeuses marques de franchise que vous m'avez données pour en
souhaiter de nonvelles ; mais si en déposant une confidence de plus e» moi TOUS espérez vous alléger, hâtez ce moment; parlez, mon ami; je vous écoute.
— Docteur, ma passion est un bonheur et une souffrance; car je ne sais si je suis aimé. J*ai des doutes en surprenant sur le visa^ dont 1» traits m*ont surpris comme un miracle, la première fois que je les aperçus, des ombres do tristesse qui Tobscurcissent et no me laissent plus rien voir. Je n'ai osé renverser ce mur élevé entre elle et moi , de peur de trouver de l'autre côté quelques unes de ces déceptions dont il vaut mieux ignorer l'existence pour le repos de la vie ; et malgré moi cependanl je m'approdie toujours de l'obstacle. C'est qu'il est mortel pour le bonbear de sentir des larmes vous tomber sur la main quand vous la tendez à la main qui ne fuit pas, de distinguer Tamertume d'un soupir dans le soulBe qui passe à travers les paroles aimées. Comment ne pas supposer alon que la fiemme dont on a fait sa vie ne se sent ni assez pure ni assez libn pour vous payer de tant d'amour? Ses scrupules, qui prouvent sans doute la probité de sa conscience, vous accusent, vous, d'être venu trop tard; et ce sont vos larmes qu'elle verse , ce sont vos soupirs qu'elle exhale. En se taisant, elle croit vous épargner une douleur qu'elle redouble par son silence.
— Tenez, interrompit le docteur, qui remarquait qu'Abel se perdait un peu dans le lyriquo parce qu'il n'osait pas être dans le vrai, tenez, si vous voulez dire qun la femme que vous aimez a eu un amant avant vous ou a aimé avant de vous connaître, jo ne vous contredirai pas avec acbamement, rien n*est plus commun dans un monde comme le nôtre; mais oe réduisez pas k une cause unique des milliers de contrariétés morales qui font dévier d'une ligne correcte et franche le cours des passions. Qu*eUes sont mêlées, diverses, nuancées, selon les âges, selon les rangs, aelon les mœurs I elles sont les sœurs jumelles des maladies. J'ignore si vous n'avez pas fixé votre attachement sur une de ces femmes inquiètes dans leur imagination , où tout ce qui s'y réfléchit s'y déforme sous un c«^ tain faux jour poétique. Les femmes de ce caractère dépaysent , elles trompent de même qu'elles se trompent de la meilleure foi du monde. En elles le livre a tué l'homme , l'expression la réalité ; elles regrettent en vous des qualités d'un ordre tout à fait en dehors des choses terrestres. La musique, qui est trop descendue dans l'éducation, la poésie , qui ne doit y être admis« qu'avec une excessive réserve, et par dessus tout une organisation portée h fatiguer les nerfs, ont produit ces aberrations, qiii ne sont pas incorrigibles : le bon sens du mari les dompte si la faiblesse de l'amant en a d'abord souffert.
— Mais, docteur, celle que j'aime est une enfant h qui le monde est inconnu ; son éducation est à peine ébauchée , c'est une Ûlle des champs. Vous la connaissez depuis plus long-temps que moi.
— Abel, interrompit le docteur avec l'impatience la plus vive et frappé au front d'un coup de sinistre lumière, Abel, mais la fille de Bergemt vous aime; elle vous aime, vous dis-jel elle me Ta dit.
Les deux bras passés autour du cou du docteur, Abel l'embrassait et le remerciait ; ses joues pâles se fardèrent d'une teinte rosée.
— Docteur, pourquoi n'ôtes-vous pas un de ces hommes qu'on remercio en les enrichissant? votre délicatesse me désole ! Blâmez-moi , j'y consens , mais ne m'empêchez pas de céder au cri de ma reconnaissance» Tous n'êtes pas riche , docteur, tant mieux I Accepta de ma main une fortune toute faite. Pourquoi me refuseriez-vousî Cette fortune, ne la tiendrez-vous pas, tôt ou tard, par vos services, de la générosité lente de la foule? pourquoi ne pas la recevoir tout entière de moi? Est-ce que je ne vaux pas la foule ?
—Nous parlerons de cela plus tard, répondit Calveyrac moins étonna
U MjbBCm DO PIOQ. fSt
encore d^apprendre qu'Âbel aimait Bergeronnette quMpouvanté en ce moment du désastreux moyen (ju'il avait pris pour sauver l'honneur de celle-ci. — Qu'ai-je fait ! cna-t-il dans sa conscience • dont le trouble no montait pas jusqu'à son visage, obligé do répéter la joie de celui d'Abel ; qa'ai^e tait !... J'ai bien fait peut-être, ré^ndit Calveyrac à une seconde et vite ondulation de la même pensée : gui m'assure qu'Abel n'a pas ren* coBtié juste en attribuant à une (auto d'autrefois les impénétranles re* gtets maniiestés par Bergeronnette? La faute n'était pas d*autrefois : yoilà #& était la seule erreur d'Abel ; la faute était présente , à côté, vivante. À, obscure, mystérieuse. Si elle lui eût été imputable, pourquoi la lai miiait-on cachée? Elle revient à celui oue mes doutes ont accusé duos rUe d'Horblay, et dont j'ai lu le nom derrière des larmes. Donc je n'ai pas à me repentir.
Bergeronnette sauvée, l'abbé Vincent mis à Tabri de l'infamie, arraché «nx huées de l'opinion, Abel retrempant sa santé dans un amour libee désonnais d'une affligeante incertitude , voilà le fruit de mon œuvie. Où est le crime? Le crime eût été dans la conduite conlraiie. Je suis tranquille.
La tranquillité du docteur ressemblait à toutes les satisfactions poremeai philosophiques : plus on se les prouve, moins elles sont démontrées. S'il se fût reconnu coupable, il n'aurait pas été plus silencieux.
— Mais si Bergeronnette m'aime, ainsi que vous me l'assurez, docteof , poiumioi ces longs soupirs dont elle accompagne chacune de ses paroles ouana nous sommes ensemble chez elle ou quand nous nous promenons diDs la campagne? Voilà ce que vous ne m'avez pas dit, mon ami.
«•Quand vous la reverrez, Abel, vous la trouverez changée à votre égard; j'en ai la certitude. Je ne vous promets pas qu'elle sera redevenue la rieuse paysanne d^aulrcfois : la nature fait tout à coup sérieuses les jriiis jcfeuses jeunes filles de la veille ; mais sa gravité charmante tous ptaira sans vous attrister. Elle aussi avait sa peine, que j*ai calmée : vi-> ^ons de quinze ans qu'elle a sans doute aussi confiées à l'abbé Vincent , auprès duquel , vous me l'avez appris , vous avez été moins heureux qn^TOC moi. Les prêtres ne sont pas si indulgens que nous.
— Vous êtes meilleurs, vous autres. Mais, n'est-ce pas, mon ami, pour» suivit Abel, que Bergeronnetto mérite d'être ainsi aimée?
— Quand je ne serais pas de votre avis, Abel, vous ne changeriez pas four cela d'opinion.
— Vous avez du goût, docteur, et surtout du sang-froid » vous que n'agitent plus de passions semblables.
— Cestune délicieuse enfant, afiirma Calveyrac, glissant sur l'allosioii qui loi était personnelle. Elle est votre ouvra^, Abel.
— Je lui ai inspiré le goût des arts; elle écrit, elle dessine; j'en ai iaîl une musicienne. Cœur d'ange! Docteur, je l'aime; vous m'avez ^ qu'elle m'aimait : eh bien , par momens , quand mon démon se tail^ je crois que c'est là le meilleur de la vie, aimer, être aimé. Pourquoi n!aimez-vous pas, vous, docteur?
— Qui m'aimerait? Je suis trop vieux.
—C'est que vous n'avez d'attention que pour la scimce. Docteur, tous ^Ifisonsafle.
Triste, Calveyrac eut pour lui-même, à ces paroles d'Abel , un soorii» de pitié : Vous n'avez daUenlion qu4 fOur la êtiencê !
Le docteur se sentait mal à Taise : il prit congé d'Abel , qpi n'avait jamais été si léger d'esprit.
— Vous m*avez promis d'acouiter, lui dit celui-ci en lui tendant k Buin« «— D'-aoeqUer quoi, mon ami?
-A D'être riche.
— > Vous ne savez donc pas que cela m'est défondn par les loisT
186 LE ItÂDECIN DU PECQ.
Lejeune avait pris une part si exagérée h la crise nocturne demi h maison serait long-temps émue , qu'il tomba dans un état alarmant da maladie. A la violenle secousse d'une nuit de terreur avait succédé cfaei lui un délabrement général. Trop faible pour être emporté d'assaut par la maladie, il s'en allait en s'évapK)rant à vue d'œil; semblable aux vins vieux trop long-temps ménagés, il disparaissait en fumée pour avoir été ime seule fois remué avec imprudence. Le bouchon avait cédé à une dernière fermentation : il ne restait rien au fond de la bouteille.
Quand Lejeune était fatigué de se répéter à haute voix les torts dont il s'était rendu coupable envers sa santé , quand il s'était assez reproché, sous toute les formes, sa sortie nocturne en simple caleçon de ftaneUe, il prenait alors mentalement Champeaux à partie , et il l'accusait d'être l'auteur principal de ses maux. Qu'avait de commun Champeaux d sa maladie? rien : mais il se soulageait en accablant Champeaux; œ nom répondait à tout. Une seule pensée restait saine et vivace au dessus des morts partielles qui s opéraient dans Lejeune » c'était 1^ pensée de ne pas mourir.
Hourdon, aux soins duquel il avait été remis, mesura , à sa|«emière visite , le peu de succès promis h sa tâche.
Si Lejeune avait eu le choix , il aurait préféré être traité par Calveyrac ; mais les convenances ne permettaient pas d'exclure amsi , au ffré des malades , ceux des médecms de la maison à qui il revenait le droit de les soigner.
La vue de Hourdon, on l'avouait, n'avait rien de rassurant; on se sentait plus mal en sa présence. C'était l'effet de ce magnétisme répulsif dont ne comprennent pas encore la portée les médecins modernes, obstinés h nier la vertu attractive d un visage riant , d'une mise agréable, d'une parole amio sur l'esprit des malades, dont les organes, surexcités par la diète ou toute autre cause , acquièrent une subliÙté de perception pleine d'inquiétude.
Affrontant une opinion qu'il pressentait défavorable pour lui, Lejeune se hâta de dire, avec volubilité et à plusieurs reprises , dès que Hoiudon se fut assis près du lit.
— Je suis mieux , je vais beaucoup mieux , ce ne sera rien.
— Nous allons voir cela , répondit pesamment Hourdon en promenant sa main poilue sur la poitrine de Lejeune et en lui tâtant ensuite le pouls, gestes qu'accompagna un mouvement dédaigneux des lèvres.
— N est-ce pas , monsieur Hourdon , que je vais mieux , et que ce ne sera rien ?
— Si c'est votre opinion , je la respecte.
— Ne serait-ce pas la vôtre , monsieur Hourdon ?
— Pas tout à fait.
— Éprouvera is-je par hasard un relourde ma fameuse maladie?
— De quelle malaaie parlez-vous?
— Eh I de celle que je cherche depuis si long-temps et dont je n'ai jamais su le nom.
— Celle-là ou une autre , peu importe.
— Il m'eût été bien doux cependant, monsieur Hourdon, do savoir à quoi m'en tenir.
— On n'a pas toutes les satisfactions dans ce monde.
— J'en suis persuadé , monsieur Hourdon. Je me fais une philosophie.
— En avez-vous beaucoup de philosophie, monsieur Lejeune?
— Une , comme je vous disais.
— Si elle est digne de ce nom , vous envisagez certainement sans mainte ce moment dont tout le monde s'effraie.
— Que prétendez-vous dire? -
— Rien qu'un homme comme vous n'ait le courage d'entendre. Les yeux de Lejeuno se retirèrent dans leurs coquilles desséchées , son coeur se crispa , il eut froid jusqu aux ongles.
— Au bout du compte, qu'est-ce que la mort, monsieur Lcjeune? mmns que rien.
— Ce M. Champeaux est un fier misérable , de m'avoir mis là I
^- La mort est moins que rien , comme je vous le répète. G)nvenons d'abord qu'on meurt plus ou moins. Est-ce que vous n'avez pas toujours été mort pour Constantinople , pour Rome , pour le Mexique , oîi vous n'êtes jamais allé ? n'ètes-vous pas mort pour la maison voisine, où vous n'avez pas pénétré davantage? A sincèrement parler, vous no vivez depu^ des années que pour votre cabinet. Ainsi donc vous ne mourrez qa infiniment peu.
Lejeune croyait avoir de Foumeuf à ses côté. Quel langage rassurant I
— Beaucoup ou peu, il est dans votre pensée que j'ai peu à vivre f osa-t-il dire d un ton navré.
— Je ne vous traiterai pas en femmelette , monsieur Lejeune , il faut Iraiidiir le pas. Il n'y a plus d*huile dans la lampe , les engrenages sont rouilles, la machine a fait son temps.
Ce plat matérialisme , professé avec la trivialité la plus prosaïque du monde , arrachait , lambeaux par lambeaux , la vie au malheureux Lejeune , dont l'état n'était que trop réellement désespéré.
— Maintenant , reprit Hourdon , que vous n'ignorez plus votre situation , mettez-vous en mesure, je vous le conseille, de régler vos intérêts particulters. Avez-vous des parens?
— Aucun.
— Cest plus tôt fait.
— Quoique je no pense pas mourir encore, j'avais mis ordre à mes afDBdres.
— Très bien ! votre conduite est à imiter. Puisse votre exemple servir à M. de Foumeuf I
— Est-ce qvLO lui aussi s'en irait? demanda M. Lejeune , ravi de savoir qu'il ne partait pas seul de ce monde.
— n s'en ira tout comme un autre malgré son esprit. Il n'en croit rien ; depuis oue j^exerce cependant, je n'ai pas encore vu l'esprit sauver quelqu'un de ta mort.
— Eh! mon Dieu! s'écria le moribond, j'ai pourtant suivi à la lettre toutes les ordonnances des médecins de Montpellier pour mes obstructions de rate, dont je ne me ressentais plus , et les vôtres aussi , monsieur Hourdon , pour mes douleurs lombaires , qui m'avaient enfin quitté. Mourir quand j'allais mieux , quand il ne restait plus qu'à connaître le nom de ma grande maladie ! C est cruel !
— De quoi vous plaignez-vous ? vous mourez guéri... Mais j'entends Il la porte madame Musguetle et mademoiselle de Beaupréau qui accourent sans doute vous offrir leurs soins. Désirez-vous qu'elles entrent?
~ Oui , répondit Lejeune , qui ne pouvait que se réjouir de tout co qui lui serait une diversion aux funèbres propos dont il avait été assassiné sans défense par le cynique Hourdon.
Ces deux dames entrèrent Tune et l'autre avec la figure la plus étrangement composée du monde. Mademoiselle de Beaupréau avait étendu , comme dans ses jours do mauvais rêves , un bandeau blanc de îaoooas sur son front, et madame Musquetto ressemblait, par Texagératkm de son visage, tiré hors de toute mesure, à un singe qui a bu du vinaigre.
IM LE MiOECIN DU PEGQ.
Madame Musquette se plaça à la droite du lit da vieux garçon, maA»moiselle de Beaupréau à gauche , dans la ruelle
Toute espérance fleurie de maria^ s^étant flétrie en elles du moment où elles avaient prévu la fin prochame de Lejeune, elles avaient tacitement et à la môme heure songé à couvrir leur échec : c'était au testament à réparer la défaite du mariage. Lejeune était célihatiiîie , il était très riche , et il allait mourir I
Ces dames s'étaient rencontrées toutes deux à la porte du malade , où une petite scène s'était passée.
Madame Musquette aurait dit :
— Je croyais oue monsieur Lejeune désirait me perler seule , puisqiffl m^afait demander.
— » J'ai eu la môme pensée en vous voyant, car il m'a fait demander aussi.
— Cest impossible , avait repris d'un ton aigre madame Musquette» mais il ne vous a indiqué , je présume , aucune heure pour vous xeoevoir.
— "Qu'est-ce que cela fait? avait été la réplique de mademoîsdie de Beaupréau. Puisqu'il a souhaité de me voir, je viens.
^ Il aurait pu n'avoir à vous parler que dans la journée ; ma dUra mademoiselle de Beaupréau. Croyez-vous que nous ne dérangemns pas ses projets en nous présentant toutes deux à la fois? Les malades n'ont pas trop de leur attention.
— Je vous en dirai autant, madame Musquette.
— Moi, c'est différent: ^e prévois ce qu'il a à me confier. ^ C'est ce que le prévois aussi.
— En ce cas, l'événement décidera entre nous, se seraient^-eDes dilen assiégeant ensemble le lit du malade.
Une fois assises aux deux versans opposés de la couverture , diacune d'elles s'empara d'une main de Lejeune et garda un silence contrit. * Vieilles pintades I pensa Hourdon, qui leur lança en dessous son lemd, fauve. On sait pourquoi elles viennent. J'ai bien envie do- les faire damner en no quittant pas la place. Mais ce serait voler un quart d'heure de bon à ce pauvre Lejeune, qui n'en a plus tant à sa disposition. EUes Font ensorcelé.
Hourdon n'était pas méchant : il laissa le champ libre à madame Musquette et à mademoiselle de Beaupréau. Après avoir encore consulté le pouls de Lejeune il se leva pour sortir. La môme moue de mépris ^*ii avait déjà faite renversa sa lèvre inférieure sur son menton.
Les deux vieilles filles restèrent.
Immobile sur son oreiller et au fond do son bonnet de coton, Lejeam dirigeait sa vue oblique tantôt sur Tune et tantôt sur l'autre ; trajet d'affection au bout duquel il rencontrait deux visages , ou plutôt deux l^imaccs chiffonnées d une fausse sensibilité qu'il prenait pour vraie; expression menteuse, accompagnée do faux cheveux , d*un t)andeau eo jaconas, et de couleurs de betteraves poussées à force de frottelnens à la neau ; car les deux vieilles filles , et la qualification convenait autant ù l'une qu'à l'autre, bien que madame Musquette eût des prétentions au veitvage, n*avaient pas renoncé, dans leurs calculs, à paraître intéressantes sous leur tristesse.
— Votre teint est plus animé qu'hier, dit enfin Tune d'elles.
— H vous semble^ madame Musquette ?
— Vous avez l'œil bon.
— Vous trouvez, mademoiselle de Beaupréau?
— Votre peau n'est pas non plus aussi brûlante.
Madame Musquette pressa tendrement la main du vieux garçon.
— Elle est douce comme un velours.
Lejeune éprouva la môme étreinte de l'autre coté du lit.
LB MéOECIN DU PSGQ. 191
— El si TOUS sayicz pourtant, mes bonnes amies! ^Quoi donc?
— Monsieur Bourdon m*a déclaré que je a'en relèrecai pas. — 11 a osé dire cela I
— Oui, mes bonnes amies t
— L'JgncNrant 1 Et tous Tarez cm ?
— » Que voulez-vous? vous n*étiez pas là.
«— En vérité, on se demande pourquoi madame Dalzonne garde on si brutal personnage dans sa maison I Mais il ne sait rien de rien.
— Rien de rien, répéta mademoiselle do Beaupréau, jusqu'ici reléguée au rang d*écho, mais d'écho passionné, dans cette lutte, comme il arhve d*aOtears à toutes les personnes grasses en collision d'intérêt avec les maigres.
— Ce n'est plus aujounThni qu*nn médecin de poules, de chèvres, de hannetons. lia été assez bon dans son temps, (juand il était jeune, et encore on ne vous dit pas tous ceux au'il a tues. Oh! le vilain homme t QueUo diiïérence avec AI. Calveyraci
— Quelle différence! murmura le moribond, qui couraitlo grand galop à éhe^ sur la fièvre, depuis que les doux vieilles filles essayaient de lui persuader (pi'il était rose, sain et frais.
— Croiriez-vous qu'il a abordé les questions les plus décisives 1
<— Yraimentl 8*écrièrent-elles sans trop comprendre encore, mais craisnani de voir la parole s'éteindre sur les lèvres de l'asonisant ; les plus oécisives t n a peut-être parlé de prôtre, de confession 7 Vous n'avez pas de bien tonrds péchés sur la conscience, cher monsieur I^jeune. En cela on suit son inspiration.
— Vous devriez supposer , interrompit le malade d'une voix affaiblie , que M. Hourdon n'a pas assez de religion pour se mêler du salut des autres; nuds il m'a demandé, ce qui est aussi concluant, si j'avais mis mes afiaires de famille en ordre, si j avais eu le soin, en d*autrcs termes, de dresser mon testament. *
Madame Musquette et mademoiselle de Deaupréau se regardèrent à la fin de cette dernière phrase, mais avec laparfedte conviction que Lejeune ne fixait m ce moment sa vue ni sur l'une ni sur l'autre. Elles imitèlent ces vûsseaux ennemis qui contractent une minute d'alliance pour passer sovsla batterie d'une troisième puissance suspecte.
Que lBiit-41 faire? eurent-elles l'air de se demander dans cette lueur de complicité: blâmer de nouveau Hourdon? et alors encourager le malade à moorfar sans tester , résolution ruineuse , insensée, extravagante ; ou bien être de l'avis de Hourdon, et, dans ce cas, semer de nouveau l)épouvante dans le cœur de Lejeune? Ce fut à madame Musquette qu'échut ta parole, que ne lui disputa pas mademoiselle de Beaupréau ; il s agissait de trancher le nœud : qu'importait le bras?
— ITeussiez-vous pas été, cher monsieur Lejeune^ aussi peu en dangw de mourir , le conseil do M. Hourdon n*eût pas été moins inconvenant» On no se charge jamais, quand on n'a pas mission do le faire, de ces inter- Teniiois délicates, dans^reuses, inhumaines, sll faut les caractériser se- Tèrement. Elles sont d^odlleuis presque toujours inutiles. Oui , très inutiles ! insista madame Musquette en joignant aux charmes de l'éloquence la «lee des petits soins. Ses doigts, tandis gu'dle pariait, donnaient une inclinaison coquette au bcmnet de coton de Lejeune.
Ced, pensa alors mademoiselle de Beaupréau, passe les termes du traité. Qœ madame Musquette éclairasse la question du testament, très bien; mais je ne souffrirai pas qu'elle enjôle le vieillard à son profit. Le moment estsuprênne!
Baiaonnant trop iuste pour reculer devant sa pressante logique, madenioiadle de Beaupréau releva sur le front de Lejeune lo gros pli du bonnet do coton si délicieusement incliné par madame Musquette, qui )i son tour,
renversée des prétentions qu'on lui opposait, se rejeta en frémissant snr sa période interrompue.
— Oui, elles sont très inutiles ces interventions. Comment sup(x»er qu*un homme soi^eux de l'avenir de sa fortune, jaloux de ne pas laisser gaspiller après lui des biens loyalement acauis, qu*un homme dlionneur oublie do prendre des précautions commandées par la simple prudenoeet lo devoir ? On ne suppose pas chez un homme, mémo ordinaire, sans insulter à son intelligence, un semblable oubli. C'est pousser trop lomm prétendu zèle pour ce qui le touche que de l'eflrayer par une recommaodation de cette espèce.
Le sourire jaune du moribond exprima combien il partageait cette Of»nion de madame Musquctte, qu'on ne saurait trpp apporter de réserveduis ces sortes de questions adressée à un malade, tout en laissant voir qa^dks étaient parfaitement inutiles à son égard. Ce sourire approbateur, un dfls derniers de Lejeune dans ce monde , était un assentiment philosqàiqiie et un suffrage personnel.
Triomphante du succès de ses paroles tantôt indignées et tantôt midleuses, madame Musquette s'abandonna à la familiarité du geste, et revint une seconde fois à ce bienheureux bonnet de coton où, à son vif d^t, mademoiselle de Beaupréau avait imprimé son contact.
Elle enleva une des grosses épingles noires do sa coiffure et I*einp1oya à réduire le tour du bonnet de coton, d'une circonférence réellement trop étendue pour la tête de Lejeune.
C'était un nouveau déû porté à mademoiselle de Beaupréan. GellB-ci, d'un mouvéfnent inspiré, arracha alors le ruban de sa ceintue, et, le axant au sommet, elle le coula le long des joues du malade jusqu'à son menton, où il prit sous un nœud adroit la forme d'une rose de mal.
Nouvel échec pourmadamo Musquette, et échec irréparable, car k moins d'y poser une couronne, il n'y avait plus rien à mettre sur co bonnet de coton.
Après tout, pensa madame Musquette , mon amour-propre serait ici blessé si j'étais femme de chambre. Qvlq voulais-je d'abord connattreî si M. Lejeune avait écrit un testament. J en suis sûre mahitenant : toutes les séductions du monde n'en changeront ni le fond ni l'esprit. Il me restée savoir dans quel endroit il a été déposé, pour qu'après la mort de Lej^ioe il ne disparaisse pas, ainsi que cela n'arrive auo trop souvent. A quel détour recourir pour extraire quelques paroles d'éclaircissement du fond de sa bouche, resserrée de plus en plus par l'agonie? Car il va mourir, et sa fortune est si belle, si vaste ! il ne sait pas ce qu'il possède : des pâturages dans la Beaucc, des vignobles dans le Dauphiné, et dix-sept mouhns en Belgique; dix-sept moulins ! Si celte insupportable mademoiselle de Beaupréau pouvait s en aller I Est-ce qu'elle ne s'en ira pas ? Que fait-dle ici î Je lui arracherais volontiers les yeux I
— Mademoiselle do Beaupréau , dit-elle d'une voix charmante , no fera-t-elle pas aujourd'hui sa promenade d'habitude au jardin? Le t^nps est si beau I
— Il n'y a pas encore assez d'ombre dans les allées. Je garde ce plaisir pour lo soir.
— Lo hâlc gâte les teints délicats, on effet.
— Ce n'est point la crainte d'altérer mon teinl qui mo fait retarda l'heure de ma promenade.
— Je croyais, reprit madame Musquette repousséo avec perle. Je pensais aussi que le^and air vous soulagerait: vous paraissez souffrir; vous n'avez pas non visage ce malin. Un peu de repos sous les marronniers vous aurait remise bien vite,
— Jamais je ne me suis mieux portée, répondit mademoiselle de Beaaprcau. Je me sens de force 5 veiller quinze jours auprèsdu lit de M. Lejeune s'il le faut.
LE UÉDECUV DU PECQ. Id3
Décidément, pensa madame Musquelte, elle restera. L'odieuse peisonne! que je la déteste !
Lejeune poussa un bâillement sinistre.
— Ab 1 mon Dieu I il va mourir ! Acceptons le fléau de cette présence, et parlons! sachons touti
— Notre bon ami, comment vous trouvez-vousî
Soulerant sa paupière morte et entrebâillant une bouche afiaissée, Le-* jeune rendit:
^ Beaucoup mieux.
— Vous avez raison: beaucoup, infiniment mieux. Sans ce fâcheux H. Bourdon qui est venu vous parler de testament, vous auriez été sur vos deux jambes demain. Est-ce que cela le regarde ce testament? Curieuse impeitinencel Encore un peu il vous eût demandé s*il était dressé selon les règles et dans quel endroit vous Taviez mis. Les sottes gens I
Je comprends à présent, se dit mademoiselle de Beaupréau, pourquoi madame Husquette tenait tant à m'écarter.
Depuis que Lejeune s'était trouvé beaucoup mieux il s'éteignait à vue d'oeu: son souffle était court et haletant ; son nez s'amincissait, et il avait oomme de petits miroirs aux tempes. C'était la mort.
— Qu'est-ce que cela lui faisait à ce M. Bourdon , recommen^ à dire avec une impitoyable, une persévérante, une désespérée obstination madame Musquette, presque couchée sur le corps de Lejeune et prête à repousser d*im bras sec et dur comme du fer toute tentative de mademoiselle de Beaupréau, si elle avait essayé de lui disputer la dernière parole qu'elle épiait.
— L^eone ne dit aucune parole ; mais, devinant ce qu'on voulait de lui, ou ne le devinant pas, mais abasourdi, asphyxié de ce bourdonnement, de ce 1^ au milieu duquel il distinguait par intervalles ce mot UêUuMiUy têglamenty il tordit son bras, le glissa derrière l'oreiller, et le Tameoa avec un pli scellé de plusieurs cachets.
— Le testament!
Madame Musquette s'en empare, le coule dans le corsage de sa rd>e et le retient sous sa main, qu'il eût fallu couper si l'on eût cherché à la détacher de sa TOoie.
Fuyant le lit de Lejeune, abandonnant leur cher ami comme s'il avait ea la peste, les deux vieilles ÛUes se rendent dans une partie reUrée de lamaison.
Le cachet est brisé, le testament ouvert; voici ce que madame Muscœtte, dont le regard est dévorant, et mademoiselle de Beaupréau y
«ie ne laisse rien sur la terre, car je n'y possédais rien , si ce n'est restime des gens de bien. Je prie mes bonnes amies, madame Musquette et mademoiselle de Beaupréau, de me faire inhumer avec quelque pompe.»
— Inhumer avec quelque pompe I Vieux libertin l s'écna madame Mus- I en jetant le testament de Lejeune aux pieds de mademoiselle de
-—Gomme il nous a jouées! murmura mademoiselleide Beaupréau, avec ses pâtonges et ses dix-sept moulins , nous qui avons eu tant de soins délai!
La mtee déconvenue rapprochait déjà les deux vieilles filles, profondément confuses de leurs misérables disputes. ,
— Ahl dit encore en soupirant mademoiselle de Beaupréau, ce n'est patf IL Cabassol qui se fût amsi conduit!
Ce nom de Cabassol parut tout à coMp comme un arc-en-ciél au desns des nuages.
Qne de futures consolations il y avait maintenant dans ce Cabassol si jnmnié du vivant de Lejeune I , Car Lejeune était mort.
t.nu — 1 la
m IX BÉDBCRV DU VBCQ.
n 7 a des tempêtes pour les lacs oablîés oounne pour ks gnotean; il y a des révolutions furieuses dans lés maisons obscures cimi Maifio dans les royaumes. Si ce n'es^ pas un trône qui steoaK « œ ital p» im empereur emporté dans les plis de son manteau ao delà des nea; c*est un toit domestique qui s'anaisse, c*est une existeoce peiaBile leikè coup compromise, égieirée dans une Toie qu'on croj/ut d'une étomefcaècunlé, et qui s^évanouit dans rintcrralle d'une nuil d'été , entre le 1b*v et le coucher de Tétoile. A yoîr, au milieu de sa ceinture de venkne, b maison du Pecq, il y a quelques jours seulement, «(H-on ptéf^. les om de foudre dont elle était menacée derrière le nuage? Quand il j a tvt à isdre dans les grandes villes, pourquoi le malheur s'étail-il mis en Birdie vers cette habitation peuplée , sinon de justes (où sont les justes?), mais de gens inolfensifs ôdus la plupart des joies brujrantes, des pen-
sées envieuses, venues là moins pour bien vivre que pour i cernent?
Un cr^ enveloppait la muson du Pecq. En quelques [ événement l'avait frappée de déshonneur et de tristesse, eC une mon ngrettable avait été la suite de cette perturbation, tout entièn encore sous l'épais manteau de la justice.
Le foyer do tant de souffrances intérieures , c'était madams IMmnnp. Au fond de son affliction apparente, celle qu'on supposait miqae et dont la date remontait à la nuit de juillet, il y avait encore, à des oonches plas éloignées, des douleurs irritantes , infatigables à réclamer la prîocité. Elle les creusait avec le fer de la reflexion, et s'y abîmaiL Cest en descendant ainsi en elle-même que madame Daizonne , après avw découvert à son tour, et à des marques dont le docteur avait si difficileneot interprété la signification, la situation de Bergeronnett&-cnKf-heures, r^ solut qu'il était temps de ne pas laisser se prolonger entre owHci et Abd l'habitude de se rencontrer à la ferme de Fromainville. Quoique , sekm elle, Abel n'eût jamais attaché la moindre attention à la petite fernièn, et qu'il n'allât chez elle que parce que la ferme était le terme «ooDStumé, la hmite pittoresque de ses courses dans la forêt , il pouvait «mer, par une trahison spontanée des sens, puiscpo la menaœ, ce qu'icnorail da reste madame Daizonne, s'en était déjà produite à FromainviÏÏe, qnVIe et lui se reconnussent , à certains élans , à certaines inflexions de voix.
pour être le couple mystérieux de la chambre bleue. Des énignns jÊ» compliquées s'étaient dénouées au hasard. Le hasard n'était pus mtoe ki nectaire : quelle fraternité puissante, active à des distances qoi eflniBnt, ne s'établit-il pas entre la main qui est resiée tmite une niât danb main, entre la joue ardente qui s'est posée dans Tombre sur la jsna? Deux cœurs s'aimantent ainsi pour long-tomps. Lorsque le eapriee n"^ pas amené ces hymens conclus dans le silence , l'époux eC réponse da la nuit se soupçonneront, quelque uari (qu'ils se rencontreront ; et au bati^ ment de leur poitrine , a leur frémissement, à une inquiétude dVNSen dans tout leur être, ils iront, ils eouitont l'un vers l'antre cenuBsIa paille à l'ambre, et s'écrieront : —Me voici I
Afin que ceci ne soit pas, se dit madame Daizonne^ le ph» nllr «Slle les empêcher d'être jamais en présence, et surtout seid à seul. Ente tons les moVens d'obtenir ce résultat, elle crut que le meilleur était ocMià-
3nel eue s'arrêta. Ette ordonna à un domestique d^aller-à Ffonuônrile ire à Bergeronnette-cinq-beures qu'elle était demandée k b OMâsmii santé.
LB VÉOecm MT FBCQ. 195
Quelque tein])s après Abel se |>résenta chez madame Dahomie iTon air étiOfiiié, pour }ui apprendre qu*à une demi-liene du Peoq , dans une aRée du bois du Vesinei , il avait vu Bianca , la demoiselle de compagnie de madeineiselle de Tonralbe, et Champeaux. Madame Dalzonne fut persuadée «'Âbel s*é(ait trompé : Champrâux se cachait; il ne se montrait pas
I nân jour si piès de baint-Germain-en«taYe> d'où il était parti parce
2uTi n'y pouvait faire un pas sans être aussitôt entouré des hommes de I police. En outre, il suffisait qu'Abel eût prétendu l'aroir surpris en tête à fêle avec Bianca pour que Terreur fût avérée : il n'y avait rien de com-
olicé. En outre, il suffisait qu'Abel eût prétendu l'avoir surpris en tête le avec Bianca pour que Terreur fût avérée : il n'y avait rien de comi entre elle et lui. Ae tous les pensionnaires de la maison, portés à ' ir k beauté de la Florentine Bianca, Champeaux avait été le plus dans ses propos. Abel ne céda pas aux raisons fort spécieuses de e Dalzonne. Lui- môme avait d'abord douté du fait; mais, ayant pamnru h petits pas une étroite contre-allée parallèle à ViA\éQ plus grande où étaient ftianca et Champeaux , il s'était assez rapprodié d'eux poar les reconnaître ; môme il avmt remarqué que la robe de Bianca était Boire, contre sa mauvaise habitude de n'en porter que d'éclatantes en coolBars. Particulièrement à cause de cette circonstance , madame DalvmM se disposait à nier une nouvelle fois la rencontre d\4bel, car jamais Bianca n'avait été vue en robe noire depuis son arrivée h Saint-Gcnnain, Kmtoe, k une certaine ombre qui passait entre ses rideaux et les arbres du iardin , elle se souleva du fond de son fauteuil. Elle regarda pendant auoqiMS minutes en face d'elle dans la direction du pont du Pecq. Elle oit enfin à Abel au'elle voyait s'acheminer vers la montée du Pecq uno penome vétoe d une robe noire, et dont la démarche avait auelque ressemblance avec celle do Bianca. Madame Dalzonne redoubla a*attention.
•— C'est Bianca, c'est elle, c'est Bianca ! dit-elle à Abel. Reste h savoir m r^tl iM1«nent avec Champeaux qu'elle se promenait dans le bois du Ve^net, ajoola madame Dalzonne, dont les doutes faiblissaient cependant.
Biaaci sonnait à la grille do la maison de santé.
Qwique grand que fût le degré de liberté établi dans l'échange do lears pensées , madame Dalzonne et Abel tirèrent peu de conclusions de la singularité d'un fait où tant d'autres n'auraient pas manqué d'entrevoir MM ningiie fadle a caractériser.
Il était dans leur manière indulgente et supérieure , ainsi que cela se rencontre presque toujours chez les esprits aistinp;ués , do no pas faire de l'amitié aux dépens d'autrui. Hs restaient au point où les (±oses les trouvaient, afin de n'avoir pas h revenir d'un jugement hasardé. A moins mie leur intérêt ne fût compromis dans une question, ils ne sortaient pas de ce cercle révérencieux. Toute la place du mal qu'ils ne pensaient pas ~ s* Ils la remplissaient avec le bien qu'ils pensaient d'eux-mênies. Daboane et Abel ne s'étaient tant occupés de Bianca et du lé- . ia Champeaux, au sujet de la rencontre dans le bois, que parce qm œ dernier les avait intéressés par son existence tourmentée, et qu'il «PEU faille la maison k cause de persécutions nouvelles. Agités aussi far k Mastraphe qui avait emporte Lejeune , ils palpitaient d'attentioii an aMindra brait; ils ressemblaient h des gens fort excusables de se
I de quelque curiosité à une émeute le lendemain d'une révolution.
BDas le prenaer prétexte qu'elle imagina, madame Dalzonne renvoya Abel dans son appartement : le moment n'était pas loin où Bergeron- MAaaiiifeiaît*
Que te po»l><"B étaient diangées depuis un an pour ces deux fcnmies ! VmwB acieMait l'aotre maintenant dans son salon, tandis qu'elle la recelait aaliafois comme une petite fille sans importance. Elles avaient à se met eam léoioiDS aujoura'hiii ; les circonstances les rendaient presmie égala : elles avaient en commun des idées et des répugnances ; l'édu- ^Mioa leur avait domé un mémo langage; une passion les rapprochait, et dtaid lentatent en tout assez semblables l'une à l'autre pour ne pe*
coDnaltre entre elles que lia différence de Tâgo; e^ encore la plus jeune s'élevait-elle moralement, par la fatalité de Tamour et du maloeary kla solennité des années.
La porte du salon s*ou?rit et se referma sur Berseronnette-diKi-liBnei.
Après ravoir embrassée, madame Dalzonne la fit asseoir piès d^ dans un fauteuil. Elle céda à une convenable absence d*espnt eaieb reléguant pas sur un tabouret au dessous d'elle.
Tandis que madame Dalzonne tenait dans sa main celle de la fille 4e Bergerin, elle eut le temps y qu'elle prolongea du reste à son gié, dei^ marquer l'altération du oeau visage qui la regardait avec deux gn yeux pleins de langueur confuse et de maturité soufirante. Dans eeti men, qui n'était pas sans oppression pour l'une et pour l'autre, mad Dalzonne aspira toute la joie de son succès. La jeunesse n'avait pas I son espoir : n'étaient-ce pas des preuves de réussite que cette tnrBSfBrmation de la jeune fille , encore en fleur hier, enéemme édose maiiile*' nant, aue ces mains toutes blanches du sang qu'elles n^avaient pins, et sillonnées du rameau lilas des veines, que celte haleine insuffisante pour fournir un aliment vital à deux êtres? Combien d*autres signes son eipérience ne lui fit-elle pas remarquer, et tous accusateurs & la jeoœ mtemité de Bergeronnette I
Elle aJ)andonna lentement la main de Bergeronnette et elle lui dit, aoa sans quelque embarras dans la voix :
^ Je t'ai toujours tendrement aimée. Bergeronnette; tun'endoolespast
— Non, madame.
C'était la première fois que la fille de Bergerin emptoyait le (ilie de madame en parlant à sa marraine.
— J'ai été pour toi une seconde mère.
Tant de samtelé réside dans ce nom de mère, que madame DriKxme, en s'en autorisant , plia sous le poids de l'usurpation ; elle comprit trop tard qu'elle avait dépassé le but. Il ne lui était pas permis, comme à tout autre , d'être impunément sacrilège : elle s arrêta pour se repremke. Bergeronnctie écoutait.
— J'ai du moins été pour toi une vraie amie.
— Ne voulez-vous plus Pùlre, madame? lui demanda naïvement Bergeronnette.
— Qui te fait croire cela?
— Rien; mais, à vous entendre...
• — Ecoute-moi jusqu'au bout.
Comme madame Dalzonne était déjà gênée 1
— Je vous écoule bien, madame.
— Flattée des dispositions, des goûts que tu montrais pour l'étude, je t'ai détachée peu à peu des travaux rudes de la ferme , et je t'ai donné des maîtres, comme si tu eusses éié la fille d'un de nos riches bourgeois de Saint-Germain. Tu m'as prouvé que j'avais bien agi. J'ai fait^as: je n'ai pas craint, t'ayant reconnue raisonnable et peu ambitiett9e,de t'élever, par une mise analogue à ta nouvelle éducation , à un rang aa dessus de celui que tu occupatis auparavant. J'ai encore eu lieu de me louer. En te voyant si docile, si instruite et si bien à ta place dans toa élévation , il n'y a eu qu'une personne dont la fierté se soit éveillée : c'est moi.
— Je ne puis croire pour cela (jue je sois quitte envers vous, madame* ^ vec le temps, j'espère vous offrir une reconnaissance plus réelle.
L'affection froide dont chaque parole de ces deux femmes était i
— En attendant, fierfferonnette , l^e ton avenir soit arrêté entre toe père et moi, j'ai résolu de te faire apprendre un état dans les ressouices
LB XéDECIN DU PBCQ. 197
dnqvel tu pusses trouver un jour une existence honnête si tu te mariais avec un homme pauvre ou si ton mari venait à mourir jeune.
11 V avait de Tacier dans le regard do madame Daizonne, posé comme une urne sur le front de la fllle de Bergerin.
«^n est biea entendu avant tout que cet état te conviendra. J*ai reconnu en tm du penchant pour la broderie et les ouvrages en linge fin. J*ai à Paris une amie, lingere au Marais, une personne douce, jeune enoore, et par conséquent indulgente pour les vivacités de la jeunesse : tu serais chez elle comme un enfant de la maison. Mon amie a deux filles : tu partagerais avec elles les plaisirs (qu'elle leur permet quand elle est satttbite de leur conduite dans la scmame. Tu penses peut-être aux frais de ton iqiprenlissage : je m'en charge. Aime-moi , et je n'aurai pas encore assez fait pour toi .
— Ce que vous me proposez là., répondit Bergeronnette , me conviendrait beaucoup, et ajouterait encore à tout ce que je vous dois, si depuis quelque temps je n'avais décidé en moi de ne jamais quitter Fromainville.
— liais ne désirais-tu pas autrefois entrer en apprentissage à Paris , lorsque tu étais vraiment trop jeune pour être placée? Et maintenant...
— J'ai changé d'idée.
— Songe que ton père n'a plus besoin de toi à la ferme.
— Je ne lui suis pas cependant tout à fait inutile.
— Soit ; mais ton père sera le premier à comprendre la nécessité de se passer de toi pendant quelques années.
— Pendant quelques années I répéta Bergeronnette.
— > Cest donc beaucoup ? Mettons deux ans , reprit madame Dalzonne d'un ton doux , mais étonné comme celui d'une personne qui s'aperçoit qu'elle fait des concessions.
— Deuxansl
— Tu trouves que c'est encore long ? mais c'est le moins ; c'est indispensMe»
— Combien je suis fâchée de vous contrarier I mais c'est impossible. «—Quoi impossible? deux ans? Et combien de temps veux-tu rester à Paris?
— Je désire ne pas quitter Fromainville.
— Tu n'es pas raisonnable, dit madame Dalzonne, dont le sourire n'était plus bienveillant.
Elle cessa mémo do sourire.
— Quelles sont enfin tes raisons pour t'opposer à un projet si avantageux f
— Je sens que je mourrais si je quittais le pays.
— On ne meurt pas pour si peu. Il est mal , crois-moi , Bergeronnette, de mettre ainsi ses goûts, ses caprices à la place des devoirs.
— Hais rien ne m'impose le devoir , il me semble , d*abandonner Fro- ■Hdnriile pour entrer en apprentissaeeà Paris. Nous vivrons toujours bien , non père et moi, des produits de la ferme, maintenant surtout qu'avec f aide de monsieur Abel nous l'avons agrandie et qu*elle rapporte beaucoup.
— Ne fiut-il pas que tu aies un état ? —Je serai fermièro conrnie ma mère.
A Mlle réponse si juste, madame Dalzonne regretta que Bergeronnette, en floâtant aux douceurs d'une vie cultivée , n'eût pas pris sa première conoilîon en mépris, regret aussitôt condamné que conçu. Elle voulait triompher et non corrompre ; elle ne souftrait que trop déjà.
—Je t^auraissu gré, repritrelle sèchement, d'avoir accepté tout de suite ma proposition si sensée. J'admets ({ue tu n'aies pas oesoin d'un état pour vivre; mais moi, je désire avoir en toi une ouvrière excellente à ^acer à la tête de la lineerie de nui maison. C'est une charge de conflaaoe, un emploi difûdïe : j'ai pensé à toi ; et maintenant je suis ^Ire 4e foo consentement.
196 LE MiDECUf DU PEC().
— Si TOUS ne Texigcz pas , répomiit Cergeroimettc , j*o vous refuser.
— Jerexigol
Le mot partit comme une balle des lèvres de madame Dalamne.
— Vous êtes une ingrate, cootinua-t-elle, vous n'êtes qu'une iqgrfltal TOUS avez perdu tout souvenir de mes sacrifices pour vous a tous les 4pM de votre vie, depuis votre naissance I Votre layette d*enfani« c'est i qui Tai payée ; votre robe de communiante, qui Ta achetée? et,. votre naissance et votre communion , qui vous a presque coDstsmaMH nourrie, vêtue, élevée? dites I car votre père ou vous, n'est-oe pas la même chose? Vous n'êtes qu'une in^le, vous dis-je? Ne me parla pn!
— Ne m'accusez pas ainsi ! s'écna Bergeronnette renversée par oalli scène si au dessus de son inexpérience. Que vous ai-je ûdt? ai-ieto torts? C'est donc bien grave , que vous me parlez avec tant de coleie et que vous pleurez I Oh Tne crevez pas que je sois ingrate I Je pmntff vous dire la couleur de toutes les robes que vous m'avez dtmnées, carœ que je n'ai pas su par moi , ma mère me l'a appris et je l'ai reteim r voi bienfaits étaient dans mon cdur, où je les gardais ; et quand i*ai sa ëociBa. je les ai écrits ; ils sont \h , madame : lisez.
Bergeronnette tondit un petit livrot écrit de sa main.
— Lisez , je vous en prie : Aujourd'hui , avoir reçu vingt francs ds^ms » marraine pour du pain ; aujourd'hui dix francs, gui ont servi à pa|W la » boucher ; aujourd'hui cent francs pour le propriétaire de la ferme; su» » jourd'hui avoir reçu do ma bonne marraine un corset en vekniB— b Mais lisez, et voyez si je mérite le nom d'ingrate ! C'est que tous m'cvec appelée ingrate , vous l'avez dit I Et moi qui répète chaque jour dansms prière : Mon Dieu , ayez pitié de l'âme de ma mère , et consenres-an ttt marraine sur la terre!... Je vous dois tout, c'est vrai; mais apfpnoBi^ niOi comment je puis m'acouilter , et je suis prête. Voulez-vous que je /devibnne voire domestique? je lo serai. Je ne suis pas fière, vous rMOB . avoué aussi : dès demain je no saurai plus rien ae ce que les mttltres
m'ont enseigné. Donnez-moi un tablier , placez-moi à la cuisine, et js travaillerai jusqu'à ce que vous me disiez : Assez. Mais ne m aj^ieles {Mis ingrate!
Quel effort extraordinaire il fallut h madame Dalzonne, pour qu'elle us cédât pas au débordement de bcs larmes ! Elle sentait ses bras et son oœoc aller vers Bergeronnette ; elle penchait sur cette enfant , à qui oUe ausait tant de douleur en l'aimant cependant d'un amour de mère, d'une amitié d'amie. Mais la rivale fut de fer , elle résista; elle grandit même sur les débris rassemblés autour d'elle par sa pitié d'un moment. Elle était 'Comme un bcrnme blessé d'un coup de hache dans le combat: parla puissance de la volonté il retient, en se fronçant les chairs, les lèvres de la blessure; le sang ne coule |)as ; l'os est pourtant brisé. Elouflée, madame Dalzonne dit a Bergeronnette, dont le mouchoir cachait les yeux:
—Pour ne pas croire h ton ingratitude, je suis obhgée , Bergeronnette, de croire à ta dissimulation. Sans cause connue , ta désobéissance se change en une obstination dure , inintelligente , et si honteuse qu'elle ne vaut pas la colère dont je tremble encoro; si elle a une cause, tu nm l'as cachée. Elle en a une ,. j'engagerais ma tête au défl. Que me parle^tu dd l'ennui que (u crains d'éprouver à Paris? Mensonge! ce n'est pts ceb. Je'sais, moi, ce qui t'attache à Fromainville.
Bergeronnette ne découvrait pas son visage. ^
— Causons comme deux amies. Veux-tu? Ne nous cachons nen ; ce» le rtîeax pour s'entendre. Je parierai d'abord pour toi si tu as peur de commencer. Je te devinerai ; j'essaierai de te deviner , à condition cepeudant que tu ne m'abandonneras pas en chemin. Mon idée est que tu n'as tam ffélolgnement pour le simple séjour d'un an à Paris que parœ que tu as des raisons de ton âge et dont tu me fais un mystère.
LE MÉDICCI DO MCQ. tflf^
OU» doDl les palpUationa s'arrt tarent, BaccjKoniielte Mnil I BMlauii Dalzonoe ToccasiQii de leminmer cni'cile était aAteotimani écoutée.
ia fois de cdle-ci s'adoucit alors, ou plutôt elle s'aiguisa. Fine, gEsmoÊB^ senglBy elle chercha à pcoétreE davantage»
—Queue me confiais-tu Umtde suite, lepnt-elleyœ grand motif ^ t« Su idt Puisque j^ Tai trouvé, dis-le. '^ijedînqaot?
a*eutre tous les jeunes gens qui vont èhez ton père ou que tu
jez ta tante, tu n'en as pas distingué un? ne regretterais-tu
lUftplaslftvoii en quittant FfomainviU&T Le mal n*est pas grand à cêift*FiMrloa lepœ, fensse souhaité en toi moins de précocité dans une pramièn aBectîon, toujours pleine d'exigences, et tu réprouves toi-même diuL eoutattiélés, dont tu es agitée; mais il n'j a plus à revenir sur ce q^s^ttUtsass le conseil depeEsoune;je ne-teblâmepas. Est-ce q^ tootlaBMBcb * fmdw, djei côofianœ avec i
boDDe opinion de ta sincériîe. Aussi n'abuserai-ie pas, 'mon amie, de Favantage que j'ai pris sur ton injuste circonspection, pour t'adresser quelqyeaffiibstions qu'aurait mérité de subir une personne moins loyale qpe loi. Je B'ansais pas hésité à lui demander si le jeune homme aimé coDveuMlsQUft les rapports de Tige, de la position, de la famille ; je ne rtntarpgerai yint IMcssus; car , si tu te taisais, c'est que lune vonibais pesnfiBlir.
— ihl BOB, je ne voudrais pas mentir l
—l'en étais sûre, mon amie. Je te connais bien : tu ne meiéptad» |M» puc»^^ y a déjà de ladoul^tf dans ton amour.
— Dm afemBe douleur!
— Emvie Bergeronnette l Parle , .parle-moit aUége ton coeur! paiIe- Mil Qui ainee-ttt? ^el est cet homme?
— Et.^pidert oefau de la chambre bleue? répond Bergeronnette 911 ne cachait |dus son visage.
. C'étail à madame Dalzonne à demeurer notocdite.
— CM, qoal est celui de la chambre bleue?
—Tu ne m'as pas répondu , Bergeronnette.
—le léfoodrai après vous.
n ii*j avait ni do l'audace ni de la colère dans l'accent de BergeiOBnette, mrii de la détermination.
— Quel lapport vois-tu, reprit madame Dalzonne dont le calme s'évaoousmait od poeant le pied au bord de cet abîme de questions, quel rap* por* j ft-4-a entre l'homme dont je ne demande plus même de savoir le BOB el la chambre bleue?
— Je ne le sais pas ; dites-moi seulement ouel est cet boomie* La quflitiûB était nettement posée, la voii nrève.
— S je ne le savais pei...
—Vous le savez! et, je le répète, je ne vous dirai le nom de l'un que quand vous m'aurez appris le nom de l'autre.
— CeitdoBc une condition que tu me posée? dflBiande madaBie DalxooBeaotts sa décoloration.
—Je veux connaître le nom de cet hoBHBe , redît Beigereenette pe« tWBCieBie d'entrer dans l'argumeotation aatieiBent qoe par la ligne ibfleiiHe de ion idée.
— Fmrqnoi? insista madame Dalzonne, ne sTapereofant pœ tjp'elle tUBJtmt HMJgré^lesoBS le joug d'une voix pies JniperieuaeqBetoBieBBeu
— IPoorquoi , demandez-vous? Parce que je n'ai jamais pu saas rougir») eans monnr de honte, éeoBter les pwoles aimante» de l'hemne éemi veee
200 LB xéDEcm pn pbgq.
fasion'; d'autres me l'ont dévoilée. J'ai vécu vite; mon intéOigenee M agnmdie par le malheur: j'ai tout su. Vous m'avez déshonorSB, cfestle mot; oui , déshonorée! jo suis déshonorée par vousl On m'a engagée à vivre : j*ai obéi ; mais quels tourmens que ma vie ! ouel désespoir! AvilÎB dans toute Finnocence de mon flme, ma main se glace» ma Tue se d^ tourne quand la main de celui que j'aime m'effleure et quand son iQgnd s'attadie sur moi. Je n'ai que des remords à lut offrir en échange ds douces protestations, de gpves promesses. Ma position est Causse « eDe «st affreuse , car je ne l'ai pas méritée. Il virat toujours plein dHnpérances et il s'en va désolé ; ie lui suis une dure éniffme. Il est convaiBCB que je l'aime autant qu'il m^ime , et il ne comprend pas mes aouffcantaf léserves , mes réticences trahies par mes soupirs. Que pense-t^l de noi? Ainsi , pour une faute gue je n'ai pas commise , je fais le malheur ds celui dont je chéris la vie, la bonté, la tendresse, Testime. A la fin, i! se lassera de ce mystère, c'est ma crainte; et je le perdrai parce qœ je n'aurai pas parlé I Est-ce que ces choses-là se disent? Me demanderei-foai encore pourquoi jo tiens à savoir le nom de l'homme qui m'a miseoà jesoiii celui par qm je ne serai jamais qix'une fille avilie ou qu'une femme mnteuse, heureuse peut-être, infâmv^k coup sûr?
^ S'il étail dort...
— Il ne l'egK^fes. Gomme vous avez peu de pi*ié ! ajouta Bemroimette. Vous mttes moms d'hésitation, savez-vous? quand vous réaolfltea de me conduire dans la chambre bleue pendant la nuit , et quand vovs temâtes la porte sur moil Et pourquoi cela ? que vous avais-je iaitt Je sm votre enmnt, me dites-vous encore; toujours ce nom sur vos Ittresl EstH»
?ue les mères ont l'habitude d'agir ainsi avec leurs filleaî Ohl îe ne oublierai jamais, vous m'avez déshabillée vous-même, vous mVvez prise par la main ; vous trembliez , vous soupiriez , vous frémi9Rez»^e8t vrai , mais vous étiez donc folle? Vous étiez horriblement pâle, vous me faisiez peur, vous étiez... vous étiez comme dans ce moment. E^t-ce que ma mère vous aurait fait tort en quelque chose ? Et moi qui ne savais rienl... Tenez, je ne vous le pardonnerai jamais, jamais! Comlnen œt homme vousa-t-il donné d'arçent pour cela?
Ce dernier mot était un soufflet et une malédiction. Madame Dalanme glissa du canapé sur le tapis ; elle n'eut que les genoux de Bergeronnette pour s'appuyer.
— A quoi te servirait maintenant ce nom ! murmura-t-elle. Le mal en ierait-il moins consommé? Ignore-le toujours!... Tu ne m'as pas épargnée!... Savais-jc ce que je faisais?... Oui, j'étais folle! oui, j'étais ivre! ma raison n'y fut pour rien. S'il fallait traverser une plaine de feu pour aller chercher la réparation qui t'est due , je la traverserais... Conuiia tu m'as parlé I comme tu me regardes I Pardonne-moi ce que je vais ta dire, mais si une dot de cent mille francs effaçait un jour cette tache, ta l'aurais , tu aurais davantage !
— Vous m'avez donc vendue ! répéta impitoyablement BergerooneUa»
— Ne dis pas cela 1... Mais je le mérite! c'est vrai.
— Je ne veux rien. Ce nom seulement!
— Eh bien I je promets de te le dire.
— Quand ? dites-moi quand , car je me méfle de vous. Pour celui de l'homme qui m'aime, vous ne le saurez pas, je vous en préviens, mol qui ne mens pas. Quand? répondez-moi I
— Ton mai n'a qu'un remède, répliqua madame Dalzonne au bout de ses forces , mais évitant de répondre , un seul I et c'est le temps.
— Vous savez aussi cela , sans qu'on vous l'ait dit! vos yeux vous l'ont appris; ma pâleur, le changemement de mes traits ont levé tous vos doutes. Comptiez-vous aussi sur cela? Ah! vous y comptiez!
Madame Dalzonne baissa encore une fois la tête.
^ Voyons , continua Bergeronnette avec la même rapidité y dans corn-
LB MÀDBCIN DU PBGQ. 201
bien de temps me prometlez-Yous de me nommer à qui tous m'avez linéet
— Ne te Tai-je pas fait comprendre, toi qui me traites si indignement? Le KNir où ton malheur ne sera plus qu'un souvenir: le jour enfin où tu «nias été mère , je prononcerai ce nom tout bas.
— > Vous ne me le direz pas 1 car ie vous connais maintenant* Pourquoi os dAaiî pourqtioi me condamner a attendre six mois î — niefauL
— Mais vous mettez donc des conditions à toutes les réparations? OiBS votre repentir , s'il était sincère , ne devriez-vous pas être heureuse des occasions qui vous sont offertes d'être un peu juste après vous être montrée si coupable ? A votre place , plus que je n'ai rougi de ma honte , je rougirais de tant balancer pour dire à une malheureuse fille abusée le nom & celui qui lui a volé dans l'ombre sa réputation et son honneur.
—liais je ne refuse pas de le nommer. Attends , t'ai- je dit, attends encore un peu.
— Que f attende que je sois mère, n'est-ce pas , allez-vous me répéter ? Eh bien I soyez confondue dans votre maudite joie : je ne serai pas mère I
Madame Dalzonne crut avoir mal entendu ; c'est ce qu'exprimaient son regnd fixe , sa figure béante.
—Non, je ne serai pas mère , car je ne le suis pas.
L'étonnement avait fait lever madame Dalzonne; elle avait compris.
«— Oui, regardez-moi bien I La pâleur est sur mon visage , mais la bonté n'est plus en moi.
QoeQe sombre terreur, mêlée à un découragement profond , s'empara de madune Dalzonne quand elle eut la persuasion dVohr parfaitement saisi le sens des paroles de Ber^^nnette I qui continua ainsi :
— J'ai bu un poison froid qui rend l'honneur. J'ai souffert , j'ai souffert avec dâices I Pendant quelques heures d'angoisses , je me suis traînée jusqu'aux pieds de la mort ; j'en suis revenue, et me voilà. Oh t grâces vous soient rendues , mon Dieu, qui n'avez exigé de moi que ces tortures de quelques heures, si peu comparables aux souffrances qne j'ai endurées depuis le moment où j'ai connu l'état dans lequel m'avait jetée celle qui m'appelait son enfant I Oui , grâces vous soient rendues, à vous ^ussi, qui, après Dieu , serez toujours ma reconnaissance el ma vénération !
— Calvevrac I as-tu dit I C'est lui , c'est le docteur Calveyrac qui t'a empoisonnée I
— Qd m'a sauvée I... Mais, mon Dieu 1 qu'ai-je dit? J'avais juré de ne jamais faire connaître que c'était lui oui m'avait délivrée de ma honte. Le ai de ma reconnaissance m'aura trahie. On le tuerait , m'a-i-il dit p M on savait cela.
— Sors ! laisse-moi ! sors l cria madame Dalzonne sous le coup de tant de surprise , de la dernière surtout, la plus foudroyante.
— Oh I jurez-moi de ne jamais révéler ni ce fait m le nom dadocteoTt OMdamel
— Laisse-moi seule , te dis-je !
— Prenez garde, madame! prenes ffardel Si vous pariez, je dirai, voî , que c'est vous qui m'avez conseillé ce mojen. Pour le sauver, je TOUS ferai condamner , vous.
— Sorsl dit une dernière fois madame Dalzonne, qui tira violem* ment le cordon de la sonnette dès que Bergeronnette-dnq-heures lut ptftîe.
LE MÂOBCCI DU nS«U2»
(Test le dbctenr Calveyiac que nadane DafaoBoe fait demander dÉn elle à rinstant même.
Dan» le court mtervalle d'attente, elle ne songea à se lemettie ni dah confusion de ses idées ni du bouleversement de ses traits. Là nota avec lequel elle avait accompagné Bergeroonette-cin^-Iieares iwla Hàk la porte pour la voir se rouvrir.
Calveyrac entra. Prompt à descendre, il avait encore sa rote i& cbambre en soie bleue et ses pantoufles de travail. Madame DalaooM n*entendit pas une seule svUabe des excuses qu'il bégaya poui eipliqyir le négligé de sa toilette. Il était là : c'était suffisant.
Essoumée comme après une longue course, elle lui dit fusa jéa hachée :
— Si |e ne me trompe , monsieur Calveyrac, je ne tous ai i clies moi qu'à titre de médecin de l'établissement.
Le mot accueilli était dur : madame Dalzonne chercha à le s aussitôt par un terme plus convenable. Calveyrac la retint par qui la dispensait d'une rectiOcation ; elle continua :
•— Mais rien que comme médecin. Vous avei des appointi remplir votre charge , de même que chacun ici a les siens. Je i pas que personne , dans aucune occasion, ait empiété sur vos ( mot-même , la première , je les respecte ; je trouverais singidier qp'oa contrevînt à vos avis ; pourquoi donc vous mêler de ^^'•♦^■"tfr BlJMrM tA vos conseils n*étaient nullement nécessaires ?
— 11 y a entre nous une erreur, répondit Calveyrac surpris de ce d^ bat.
— Il n'y a pas d'erreur, monsieur Calveyrac. -— Puisque vous le jugez ainsi, madame...
Bondissant sur chacune de ses récriminations avant de s'arrêter à h principale, madame Dalzonne, d'un visage contracté par le dédain, reprit:
— Je commence à comprendre les abus qui se commettent dans vttie profession, toute respectable et digne que le monde la juge. Le roondeui vous connaît pas. Vous êtes plus que le frère de la soeur, plus que le m'~ de la femme, plus qnele con^ssseur de la pénitente. Je n*y avaisjamais i tant pensé qu'aujourd'hui. D*oii vous vient ce droit qui est sûr que n s'en abusez pas ? Disposer de Thonneur des femmes qui vous di^t, eftà l'exclusion ce tous, leurs passions par leur fautes, quelle puissance I Pkr M. Hourdon j'avais appris combien les médecins livrent sans crainte» en nous dégradant, les secrets de notre corps et de nos âmes, quand nila religion ni le respect humain ne retiennent leur langue; mais jeccoyak le docteur Hourdon une exception: il est la règle. De plus jeunea» ds plus habiles vont encore plus loin sous les apparences d'une réscrfe in
J>iége de laquelle on se prend : ils agissent ; ils ne révèlent pas, ils feBt..IjL icence muque des vieux n'est que Hûst^re des actions commises par in "jeunes. Oui, vous êtes la tyrannie la plus hypocrite que la société ait à redouter I vous faites naître, vous faites vivror vous (aites mourir; eiFon ne sait pas, en vérité, pourquoi vousêtesbonaquand la fantaisie vous vîant de Hêtre ; car la plupart d entre vous ne croient à rien, à aucune idée feture. On sait encore moins pourquoi vous n'êtes pas toujours comiptenis des femmes , spoliateurs des familles , car vous marchez dans l'impunité absolue; il faut un hasard extraordinaire pour qu'on vous soupçonne, na basard presque impossible pour qu'on vous accuse. Un de ces nasards m'a
LE mtoEcm DV PTCO* 209-
fefiiri9ëed*uii6 déeoaverte singalièie et qui vous tooehe de près, monsieiir
«-• Ffettei Tite^ imulBniei car noii amour-propre souifte éinmguioeiit h TOUS entendre.
•— le ne prétends pas dire, reprit madame Ddbonne, que fons soyei mu de ces médecins débaudiés qui touchent cinq francs par visite pour hs^ ciner les jeunes femmes : vous tous observez davantage. Vous vous souviendrez et de la dignité de votre mission, bien, comme je vous l*ai dit, qu'dleme soit démontrée assez Aragile, et de votre estime personnelle, parte que vous avez été soldat avant d'être docteur, au moment d&compromettre une de nos jeunes fermières, vous eûtnelle autorisé par son dés^^oir à rejeter sur elle la première pensée d*une faute. »
QueHe épaisse que* soit Tobscurité d*un souterrain, on finit, quand on a assez regtoié autour de soi, par s'aventurer et marcher. Galveyrac fût poussé à répondre à madame Dalzonne:
— Ces attaques générales contre ma profession renferment-elles Tin-^ tention de m'accuser> individuellement, d'un abus dont, h mon insu, je se» rais coupable? Je vous abandonne la profession , et vous prie de m'éclatecir une question à laquelle je suis intérêt. Le mot de $éducHûH9L paru jainn* de votre colère: serait-ce d'une séduction que vous m'accuseriez t Je suis dans l'âge on l'on se trompe, eontmua Calvevrac douloureusement peiné, mais depuis long-temps j'ai passé l'âge où Ton trompe. Peut-être auriez-vous raison de dédaigner le sang-froid que i'oppose h votre emportement, si vous n'étiez convaincue au fond qu'un malentendaf qu'un (aux rapport a seul attiré sur moi une accusation aussi grave quv «elle dont je pressens la portée.
-^ ^ai vu ce que ie dis ; Bergeronnette sort dici h l'matant.
— Bergeronnette f
«^ 0ni, Bergeronnette !
fondant qudques minutes Calvemc et madame Dalzonne se transpercèrent de mrs reg^ards. De peur de livrer passage à leurs pensées, ils redorent leur respiration. Le pressentiment du docteur lui glaça le visage ; il eut comme du vent dans les cheveux. Point de colère, point de sentiment déguisés , pas même l'étonnement sur la Ûgare du docteur, h côté de la figure volcanisée dé madame Dalzonne, mais l'imbécillité de ta pev.
•* Vbsthdts me disent que vous m'avezenflncomprise. yonsplaisantîei' en feignant de croire que je vous accusais de séduction; vous êtes trop honnête iMMnme pour séduire : vous faites mieux , vous tuez. Bergeronnette sortd'ici, vous dis-je : elle a parlé, je-sais tout. Quelle odieuse action r Et vous avez cru que cette jeune fille laisserait mourir dans son sefar soB' secret avec son enfant ! Où voya^it donc ce bon sens exqms dont oirveos toue? Yous avez joué votre vie sur une feuille de rosef Etrange «onftameel ne pas supposer que la première personne un peu adroite ^ feieit anemr cette jeune fille sur ses genoux, qui l'interrogerait avec m^ tétêt^ parviendenit sans peine à lui aspirer jusqu'à b dernière penée I Votre crime est ^rand, mais votre imprudence le surpasse.
*^ Al ne niem point , répondit Galveyrac à voix basse , FeflM dont J0 8tti9fteppé en ce moment. Ce n'est pas l'efiM de la mort, ee n'est point coMili : je m'y suis habitué sur les champs de bataflle ; mais le speàaefe 4er FSefaaftind m'épouvante, je Tatoue. T^ monterai cependant, sinoir avec la fermeté de oui le brave, avec la résiliation de rhomme qui necrefi vm ravoir mérité. La loi me condamne, la loi me déshonore, la lot me dmtpiCe; mais la sdenoe , cette autre loi à laquelle j'Obéis aussi, (pm fat eensuitée à l'heure suprême de l'exécution, cette loi m*atoout, et nob ne^fBpfweto' itoot an pioe» que d'avoir décider 0 piphlfeuia'dilIfcHe cB'fl^
yeur du cri de ma conscience ; car rhomme, ses larmes, sa pitié, sa tendresse ont fait complice le savant. Il fallait choisir : donner Xa mortliiiBO jeune fille désolée qui avait déjà un pied eneagé dans le suicide , une jeune iille belle, pleine de vie et d'avenir ou a un être douteux dontli mort ne serait ni un vide dans la création ni une douleur po>ur personne. J'ai choisi: i*ai tué le fruit pour sauver Tarbre; j'ai dit à la jeune fille de vivre, me char(;eant tout seul du crime selon la loi. Qu'elle m'appeUeà son tribunal : je m'y présenterai sans remords ; j'attends qu'on me d^ nonce. Seulement mon cœur saigne, je ne vous le cache pas, madame, à penser à ceux qui accepteront ce ministère qui les ternira, non [Misâmes yeux, si pleins de choses plus étonnantes encore, mais dans l'opinion do monde. D'avance je prends en pitié leur zèle, dont je voudrais deviner la cause pour le rendre moins désnonorant pour eux.
— Moi vous dénoncer !
Madame Dalzonne cacha son visage dans ses mains, et ses pleurs fuirent à travers ses doigts.
— Moi vous dénoncer I voilh où nous en sommes venus tous deux, monsieur Calveyrac. Si bons, si vrais amis, dévoués à toute heuro l'un pour l'autre autrefois, nous nous haïssons maintenant! Moi vous dénoncer!
— Moi vous haïr! jamais ! J'ai pu vous plaindre, ne pas vous comprendre, comme en ce moment où quelque grande infortune vous a changée, vous a aigrie contre moi, vous a rendue injuste envers un vieil ami tout de feu pour vos intérêts , madame; mais vous haïr! Que me feriezvous pour que ce sentiment prit place dans ma pensée Y Une femme comme vous a tourmenté ma vie au delà des forces données à tout homme de mon âge : je ne l'ai pas haïe.
— Moi vous dénoncer, docteur !
— Cette femme m'a repoussé de son indifférence; elle ne m'a pas remarqué quand je la couvais de mon regard , de mon souffle, de ma vie ramassée autour d'elle ; pour elle j*ai souffert de la jalousie des vieillards et de la passion des jeunes gens, sans avoir ni respérancedes jeunes gens ni l'illusion des vieillards: je ne l'ai pas haïe ! Sa légèreté m'a fait sentir, dans de douloureuses confidences où elle ne voulait pas m'écouter , ma décrépitude précoce et la vanité de mes ambitions, m'avilissant, me dépréciant comme si elle m'avait compris ; je ne l'ai point haïe.
— Moi vous dénoncer, docteur !
— Cette femme a fait plus : elle m'a amené un jour mon rival, son amant, qui se mourait; elle m'en a confié la guérison, elle m'a remisla vie de ce rival, vie sur laquelle je n'avais pas même à souffler pour Téteindre; et cette femme je ne l'ai pas haie, je l'ai aimée.
— Moi vous dénoncer, docteur! répéta madame Dalzonne indignée « agitée comme ces vastes mers qui ont sous elles trois courons opposes. Sa colère contre le docteur n'était pas évanouie, mais au dessus ae sa colère dominait le «"ouvenir de sa reconnaissance pour Calveyrac, et au dessus de tout planait soh caractère d'honnête femme , vertu puissante sur une passion terrible. Eu frappant elle avait pitié, en maudissant elle pardonnait ; elle eût dénoncé le docteur , mais , le jour du supplice arrivé, die aurait posé sa propre tête sous le couteau, pauvre tête dérangée, rouago délicat d'une pendule mis en désordre par un atome égaré.
--- Je vous aime bien, moi aussi, docteur, continua madame Dalzonne, mais que je suis à plaindre de n'avoir pas d'eicuses pour vous pardonner le mal que vous me faites! On ne n en a jamais tant causé; mon plus mortel ennemi ne m'eût pas si horriblement blessée dans mes e^>énnces ; vous m*avez tuée !
— Je crois toujours, madame, malgré la clarté qui s*est enfin étendoe sur le triste sujet de notre entretien, que quelques parties en sont restées dans l'ombre , où nous n'avons plus a cramdre d'aller les relever. Voos m'avez accusé sans ménagement, je vous interrogerai avec frandiiae«fiB
IB MiOECm DU PBCQ. 205
dehors de la protection maternelle que vous accordez à Bergeronnette , quel motif d'intérêt si ffrand arez-vous à ce que ce qui est arrivé n*eût pas eo lieu ? Quand la Iule de Bergerin me bénit de Tavoir délivrée du faraeoa de son déshonneur, r^eté dans le néant, Je ne m'explique pas pourqoKÂ TOUS vous plaindriez d'un événement qui la fait pure et Ubre. Cette enfant n'est pas la vôtre, et, quand elle serait la vdtre...
-* Docteur, interroifipit brusquement madame Dalzonne, je suis chanflée, TOUS l'avez remarqué ; vous me l'avez dit, je suis aigrie, je suis malneorease, mes idées ont perdu leur cours, mon langage m'étonne. Encore un effort sur moi-même I car je ne me pardonne pas, moi non plus. Approchez-vous, écoutez-moi; je neparlerai jamais trop bas. Savez-vous quâ est le père de cet eniant que vous avez tué dans Bergeronnette?
—Oui, je le sais.
La voix du docteur et celle de madame Dalzonne n*étaient plus que deux souffles pleins de curiosité et de terreur.
— Vous le savez I
— Oui.
— Qui vous l'a fait connaître f «- Qui? mais Bergeronnette.
— Prenez garde, docteur ! cela n'est pas possible*
— Cest Bergeronnette, je vous assure.
«— Votre assurance m'épouvante I C'est une affreuse invention! Bergeronnette n'a pas pu vous dire cela, car Bergeronnette ne le sait pas.
— Quoi ! s'écria le docteur. Bergeronnette ne connaîtrait pas le nom do celui t... Et qui le saura?
— Ce n'est pas elle, je vous le répète. Mais enfin , demanda madame Dalzonne terrifiée autant que le docteur Calveyrac, quel homme vous at-elle nommé?
^ Je ne puis dire son nom.
^ Dites-le, car c'est un mensonge.
— Mais cet homme, je le connais, madame, je le vois souvent.
— Nommez-le.
— Son caractère sacré m'empêche...
— • Je vous disais bien que vous vous trompiez.
— Ce n'est donc pas l'abbé Vincent?
— C'est Âbel l je vous le nomme.
"— Abel ! Abel l J'avais cru, sur quelques mots obscurs échappés à Bergeronnette, que l'abbé Vincent... Mais il est vrai... Je me souviens qu'elle ne l'a pas nommé.
— Le pouvait^lle?
— Abel I reprit le docteur, Abell Calveyrac semblait sortir du tombeau.^
«— Voilà votre œuvre , docteur ! Cet enfant à naître était celui d'Abel ; c^était sa plus lointaine espérance, mais c'était sa plus certaine; c'était le consdaleur qu'il avait vu en rêve et dont il n'avait parlé qu'à moi, celui qall entrevoyait dans tous les innocens visages d'enlans étalés devant son r^gtid dans nos propienades solitaires» le messie de la longue servitude de son esprit malade. Savez-vous le remède infailliUe demandé par ce mal où votre science s'est si souvent brisée en éclats et dont elle n'a pas caeoie triomphé ? c'était un enfant. Sa tranquillité, sa ioîe, sa félidté lui taraient venues de cette tranquillité caDdide» de cette félicité angéliqae. Vous loi avez fermé le del I
Toot ^t frappé de stupeur dans Calveyrac, l'homme, le philosophe , le médecin.
— Oui, cet enfont eût rendu la force à ses organes, une lumière sAre à sa pensée. Il le désirait comme on désire l'air lorsqu'on étouffe. « Ot «ofant, oie dîsait-il, et je serai sauvé ! j'aurai un deroir, mille dirons à
S06 Ll bAbBCDC BO MQQ.
neutcetenfaoU <— Mais alors c'est tous intanou^t ledocteor^cfast voo»^ *^^ V^
ie se sais aoels noyais dont U subulité m'effEiie, dooi te [ bouit, et dent le déTOûmeot, ajouta Uen bas le dodeur^ me lune ( que incrédule, c'est tous qui avez lUHdaos Tooifare Abel «t nette!
— Cest DKH !
La tôte de madame Dalaonne s*inclioa et resta aH>uyâe sur réptÉbde Calyeyrac. Tout ce qu'il y a d'amour , de pitié , de regret et d'amertHis sur la terre était dans 9oa regard élevé jusqu'au visage du dodeiir.
<— Ah t comme il laul aimer ! dit Calveyrac sur le front îaaiiojé da madame Dalzonne.
— Dieu seul sait ce qne j'ai souftert I Pour lui j'ai passé devx mnis comme les damnés n'en ont pas Fidée : j'étais à la porte 1
— Comme il faut aimer t murmurait le docteur.
— Pour lui j'ai pris ma filleule dans mes bras, celle dont j'avahpamiis devant Dieu d'être Tappui à travers la vie, et je l'ai enfermée sans lumière dans la chambre d'Âbcl ! Docteur, je doute quelquefois qu'omneuie puisque je ne suis pas morte.
— Gomme il faut aimer I
— Vous pleurez, docteur I Oh ! mon Dieu, pardon ! je m*éteî8 tuddlée, j'oubliais... liais vous voyez, docteur, que je ne pois fas vous aimer, vousl Je suis franche: j'en aime un autre, je vous le dis. Ne voas ëCoonez plus si je vous ai accablé tantôt de ma colère : n'aveZ'^NBspas boisé le seul fil auqud l'existenoe d'Abel pût se rattacher? L'anéanâaaament de cet enfuit estsa mort ! Un jour je le lui aurais mis sur les ffenoux : & m'aurait remerciée, et je serais morte à ses pieds en le regardant. CefitlBi qui mourra maintenant!
Brisés l'un par Tautre, madame Dalzonne et Calveyrac fcmdirent leurs douleurs dans une même douleur. Es étaient beaux, ils étaient subfimes dans l'immense repentir de leurs fautes et dans leur immense affliction. Parleur front abattu, leur recueillement tremblant, leur regard voîK, ils ressemblaient à ces figurations pieuses et coupables' qui s'agenooiDftreDt dans l'ombre au pied de l'arbre do la croix, le jour ou le Christ fut craciflé.
Le cœur de madame Dalzonne s'ouvrit enfin, et il en sortît ces pmles:
— J'avais commis une grande faute, mon Dieu I vous n'avez jms voulu qu'elle portât ses fruits. C^était un crime: un autre crime l'a effacé. Docteur, je vous pardonne. Dieu, me pardonnez-vous? je l'aime tant!
Mal^ ses afflictions personnelles, Calveyrac poursuivait toosjomsla cure SI difficile de la maladie d'Abel, dont la période de dccroinmc» était arrivée, sans qu'il fût pennis cependant d'espérer une miMna complète dans un temps assignable. Et malhenreusemeot le mal sa a&mt vaincu Qu'autant (ff il n'en snbsisteraitplus le moindre germe^ ans ce résultat, désespérant pour la science, i)oinl de triomphe à n.iwn4iyr* Toutes les hautes entreprises de la pensée ont un denier écaeil oà elles naufragent après avoir échappé à de plus grands périls. Ce.poîat impirceptible , fpn défie les efforts ordinaires, est celui qui sépare dans les aris le peintre de talent et le peintre de génie « le musicien qoi nVst qu'habile et Mocart. Il vous attend en vue du port I vo» lusse j
ÛB ses brisAJis^ H vous arrêie potir réternité* Qs point, c^esik çuïlé Cûndensèc en diamant.
Mais Cal veynic ne consentait pas h mourir soos le découragt?mont; it avaii trop gravi d'ti^pérjïés pour renoïiter d'nrriTer au sommet» B*il S*(lirrfitâit au milieu des ténèbres, la hulte éiout courte. L'ancien soldai so l bon couraie^e; il se redressait et reprenait sa marche au or^mmantit de la science ^ qpii , du reste , Be coîînaîlrail jamais ni ïe retennenl du «urcès qu il s'était promis , ni ccltii de In dif^faile , cor dlo n^aurall p^^ é\è sans triomphâmes difficulté?» Poini d'Instiïut ouvert poiT^ f -'" " ' ' ■■' de fauteuil h F A endémie pour pavor cttl homice au- Viikrnié.Quel souffle d*ambiHon Vanimait dôtict
iripenseî la science , rien que la science, iseUo dieu , sans temple , sans autel , Tao^o religioit ible comme si elle était vraif^ . ri;ir snn désintéliices» parsondévoûmt^nL El] ! dans les
l'air manque^ elle se préi^ipiti' b^s mofs,
se i lm% le cïel ; pour surprendre un gaz mcimnu qui
un 5 rrY au milieu des poisons; pour fondre une piene,
elle vei!! rf's d'une lampe ♦ elle aspirera des flammas»
elle mn' adeptes au roni son courage avec son ûbli<^
iuti* AUïisi som-ils touâ frères mt la terre, gui mité do rois, chacun d'eus est roi d'une porlion ur i (inivcis , il a ^luis sa dominalum î^oit ]i :\ , soit les abetlte,
soit les poissons , soit li?s arbres , soit le r la mmsée ♦ K^iî ïa
Inrmc, soit la rotiîeur; celni-ci est le roi Li ifvau-i ^ cefui-ci est le roi Geoffroy-Sain t-îîikire , et celui-là i comme la muse du Tasse , a pour
qui
fQUt
du pas
pensée \ ■
iRsdam^ [. Bapénmci:
tl OTi
immortelle étoile , et so nomme Arago.
tant de grands hommes eôt éié peutM^*tr^ Calveyrac si b
é sur une autre voie au lieu de le laisser sous le parris
ir la science a aussi ses enfims abandonnés. H n*en avait
. rt Cakeyrac n'en avait gémi quelquefois que quand la
enue qu*il aurait sans doute mérité ratlention do
s'il avait entoure sa vie de Tauréole de la célébrité,.
ijetuc comme tant d'autres chez lui : il avait vécu sans for-
orrait sans renommée. La célébrité ne va pas chercher les les murs d'une maison de santé.
iiïis, la deniièro peul^lre, un vif éclair d'amlrtlimi avait f sur ^^^[l ' : c*est la nuit où il avait tenu sous son regard ^ nft du > ►rét de Saint 'Germain , Abel et sa redoutable ma*
fl conij" I- i,-n> ce moment le monstrueux th^snr qu'il pospédatf ^ la longue et glorieuse édiello de difficultés qui le mènerait . ausûnamet d'une incomparable illustration s'il ^•■ii^^î^'-^it dr^ns sa Uv I intfe|ifiso. Ce révn ne fut qu'on rCve; f i ' de iliabitude,
llfe^^i ton! simplemï^Ut sur son di'vnir, fî . Iv- Inî!» s gi-
cont|uètu aut î>ropf « iirr. ' eâl obtenu des lan
ifaml de guéraou Sî iUté sanslÎTTes, snr.
^Miimt:il t;t «f^i/*lquefois de sa sanié.
' Dès le prennt?f ]Our où Abel fut remis h 9es9QinS, il tf^imt étfKi Cd I jCMine homme comnje dans un terrain tKiulovers^ par un \ ' •tlie n^éc happa h JVttimen ; il s'empra do rhomme j
ime mural aBn Cavoit raison de Vmi par rautre. ï^ ru
ii les phénomènes de la douleur qu'oïl soigne avec me j
h chair il s'infiltra par tnilte rarneitti lus^à i m:i' *
^qiriVici vefuértt pas ^seulement «tpc ïa médecine , mats tu^ siel-
[igm^eu Double étude, double agfiesstûii.L*i»rotlle penchcL .* nrps fiii sur rime d'Abel , il éœuta 900 sofilBo et sa pensée » «lin do saisir les
leût
iins i'ombn^, asTâudi {wr la
o , la nuit , aui dépens de son
308 LE MÉOECm DU PEGQ. 1
instans d*harmonie et les vibrations discordantes ; il s*assit à la lîaiita placée entre ce qui sent et ce qui raisonne. Do là il vit dedans et ddMXS, aUer et venir, il se Ht le cerveau et le cœur de ce jeune homme ; par la science, il se lit enfin son dieu ; et, à son insu , Anel fut, se qrat et vécut dans Calveyrac.
Grande et minutieuse « immense et réduite, élevée et triviale, cette étude réclama toutes les ressources de Calveyrac; il lut dans les rooBvemens ambulatoires du malade les oscillations de ses idées. Etourdie, fausse , irrégulière , cette marche lui révéla des intentions bizarres , des découragemens foudroyans, des espérances forcées: car les pis de l'homme sont le compas de ses pensées. Sans interroger Abel , il devinait le milieu de son esprit en comparant ses mouvemens entre eux. De jour en jour il eut la progression du mal , celle du mieux ; il jnressentit les retours et les rechutes ; par le nombre répété des observation il acquit des certitudes éprouvées. Ce fut à Taide de Tone de ces xe> roaraues qu*il découvrit un jour, au milieu de la forêt de Saint-G^nnÛD, qu*ADel , monté sur un cheval irrégulièrement guidé , avait conçu le projet de quitter les étriers et de se laisser tomber.
Des mouvemens du corps pendant la marche il passa aux actions; flen apprécia avec la même sagacité la suite et la moralité. Tout se tient : â mée fait marcher , c'est aussi Tidce qui fait ployer les nerfe des bras et jouer le clavier des doigts. A la manière dont Abel lui serrait la main, agitait une canne , ouvrait une porte , prenait un siège , il jq^ait dà là netteté de son jugement. ^
Il analysait également' la part de sensibilité qii^Abel , aux prâes avec les scènes de la vie privée, accordait à chaque objet. Somcitée, au début de la cure , par le bruit le plus simple , par la conversation la plus indifférente, par le vent dans les arbres, par Teau sur le» cuQoax, son attention s*était aguerrie peu à peu et pour ainsi dire blasée. Dès gu'un léger froncement aux lèvres annonçait la perturbation intérieure , Calveyrac la conjurait en déplaçant le sujet qm Tavait produite. Alerte comme un maître d*armes , u détournait le coup sans afiectation et remettait rélève en ligne ; son art tenait de la divination. Selon la massa d'électricité éparse dans l'atmosphère, il prévoyait l'état d'Abel; et alois
naisonsdu jeu. Rarement se trompait-il. Une réussite était aussitôt notée. Les nuances de succès formaient des faits , les fodts des preuves; il avançait.
Daifis la comparaison des lettres qu'Abel écrivait, il trouvait aussi des conséquences plus ou moins frappantes de Tamélioration de ses idées. Marquant d'abord quatre-vingts pulsations comme son sang, son s^ s'était aplani, puis apaisé. U pétillait en gouttes brûlantes, en phnses courtes comme des étincelles : il s'arrondit ensuite, prit de Tamplear, et avec Tordre et la clarté il eut la majestueuse sufDsance du bon
une autre vie , qui n'a de la première que le souffle. On marche , oi touche, on voit, on goûte, on est à des conditions mystérieuses. (Ûveyrac monta jusqu'à des nuages de cette mythologie qui, un joar,9eni un monde réel , comme la mythologie payenne devint un fait en pusant de la poésie à la réalité. Magnifique aberration ou vérité encore à naître, Calveyrac crut démontré pour lui que la nature des rêves , leurs Uaisoos ou leurs tranchantes dissemblances donnaient la clé, dans beauooopde cas, de la constitution intellectuelle d'un homme , et faisaient pre — *^ -des menaces plus ou moins éloignées de folie. Il écrivit tous les
LE u£0ECn« DU PEGQ. 209
les rêves que son malade avait eus pendant son sommeil de la nuit ; sous
dernier rêve et les précédens s'opérait. Son jugement en retirait des enseignemens dont la science banale des docteurs à la visite ne saura jamais le premier mot. Alors Tidéologue , le médecin et le penseur se groupaient en lui et formaient un concile formidable.
Les premiers rêves d'Abel avaient été d'une incohérence monstrueuse: la lune descendait vers lui et lui parlait; il pleuvait du sang de chaoue njùn du soleil ; les rivières se mettaient debout et s'élevaient jusqu au dà en lames d'acier; les montagnes se détachaient de leurs bases et volaient \ travers l'espace ; les oiseaux prenaient une face humaine et lui riaieot aux oreilles : des hommes sans bouche dansaient en rond autour de lui et parlaient avec leurs veux ; choses effrayantes , réprouvées , en horreur à la raison. Plus tard la fantasmag[orie avait pris un caractère moins épouvantable ; plus tard , elle n'était plus qu'un souvenir exagéré des événemens de la veille ; plus tard Abel rêva moins. Il eut fflifln des rêves sains à mesure que sa raison domptée rentra dans son lit et cessa de ^émir hors des diffues.
Cest ainsi que Calveyrac s'était assuré du retour d'Abel à la santé et à la raison.
Mais sa tâche n^était qu'en bon chemin. Gomme il savait le trajet qu'il avait franchi, il ignorait moins que personne celui qui lui restait à parcourir pour ou'Abel pût reparaître dans le monde homme nouveau et refait, mattre de lui et de ses idées ; pour qu'il fût irrévocablement sauvé enfin. La minute de victoire n'était pas encore arrivée, l'ai^ille approchait. Quand elle se poserait sur cette minute solennelle il durait au ma* lade: Vous êtes libre ; et si Abel venait alors à lui demander : Combien vous doi»-je?il répondrait: Rien.
En rentrant chez lui encore tout ému de son entrevue avec madame Dalzonne, Calveyrac aperçut sur son bureau un pli dont l'adresse lui sembla de la main d'Abel. C'était en effet Abel qui écrivait au docteur. « Mon ami,
» Vous exprimâtes un jour à une personne que nous aimons tous deux le désir de passer votre vie dans l'une des îles d'Herblay , sur la Seine. Si j'étais le roi de France, h qui cette tle appartient, je présume, je la détaxerais volontiers de mon domaine pour vous prier de l'accepter. J'ai le regret de ne ps être roi de France, mais j'ai l'avantage de posséder sur TAriége , ce beau fleuve dont nous avons souvent parlé dans nos promenades» une tle dont la forme a une heureuse anologie avec celle ou vous ayez thé le repos. Je ne me défends pas d'une certaine partialité pour mon pays ; cependant je ne crois pas exagérer le charmç de cette faible partie Od i)ies domaines en la mettant fort au dessus de 111e d'Herblay sous le rapport de la fertilité et do l'exposition. On l'appelle, je ne sais en Tertu de quelle origine. Vile du Moine ; elle a en étendue plus d'une demilieue d'excellent terrain planté de sapins, de mélèscs et de marronniers. Comme elle est élevée sur le fleuve, il est rare ^'à la fonte des neiges les grandes eaux y causent des dégâts. Elle a plusieurs ports très commodes où Ton aborde à la voile par différcns vents. Dans 111e du Moine les fruits, les légumes et le blé viennent à merveille. On y connaît peu de mauvaises récoltes ; ellesy sont presque aussi impossibles qu*ea Espagne. Elle proy.Tib-a . t»
210 LE uëdecix dd pecq.
duit abondamment des plantos fourrascrcs pour les vaches et leschenoz. L'îlo du Moine n*a qu un défaut ; quelques uns trouveraient que c'est un avantage: elle n'est pas habilcc, quoique très habitable comme vousTOjei. Il n'y a été bâti par mon i>èro que trois maisons. Tune pour le gudediasse, hojumc assez utile, carie gibier n'y manque pa^ l'autre pour un pécheur que j'ai dégage depuis long-temps du paiement du fèmMge; h troisième, sans être aussi grande que ce qu'on nomme en France un ciilteau, est dans des proportions moins simples qu'une maison bourgeoise. Destinée h loger une nombreuse famille nche , elle a été construite avec quelque goût. Permettez-moi, mon ami, d'ajouter qu'elle est placée dans le milieu d'un parc dont les deux oxtrémiics laissent apercevoir an fiDDd d'une voûte ac verdure le cours éc l'Ariégc. Autour de cette maisoaj'ai Cait planter par mes jardiniers les belles fleurs du midi de la FtanoBtit celles d'Espagne qui résistent le mieux à nos nuits plus froides. Ce fw^ terre forme un jardin charmant qui s ctcud de la maison a la premièn bordure du parc; c'est joli comme les jardins parfumés de Saragosse, qm vous avez eu l'occasiuu d'admirer pondant la guérie de la Péninsute. S le mobilier du chAleau a vieilli, il a , si je ne me trompe , un caracièn d'austérité auquel on fmit par se plaire quand on a pris l'habitude de b voir. A la vérité, je ne me rappelle bien que deux pièces: la galerie ds tableaux, fort estimée par mon oncle qui passait pour un amateur dilficili, et la bibliotlièquc, où j'avais peur de me trouver seul quand j'étais enlant, tant elle est assombrie par des armoires pleines de livres.
V Quoique placée entre deux chaînes do petites collines sur h fleofa, nie du Moine n'est pas au bout du monde: derrière ces odUlnea il y a des villages, de petites villes même, où l'on se procure aisémeni tooi ce dont on a besoin. Ce sont des bourgs industriels où la société est agcéab&e, et avec lesquels on peut établir des relations sûres.
» L'Ile du Moine est à moi; je crois vous l'avoir dit, mon ami, au commencement de cette lettre, dont il est tout simple que je vous explique le but avant de la fermer.
» Je vous prie d*acc(^pler celle propri«Hé, dont vous no voudriez pas hériter après ma mort, d'abord parco que la loi vous défend d'être au nombre de mes héritiers, et secondement parce que votre amour-propre, — mon ami, pardonnez-moi ce mot léger, — parce que votre amitié eiige que je vive. Les titres accompagnent cette lettre ; votre nom y est ineffaçablement écrit. Vous êtes des ce moment propriéti^ire de llie du Moine sur l'Ariégc, que j'appellerai, maintenant que je puis la louer sans prévention, une des plus magnifiques propriétés du département.
» Docteur, Dieu soit loué ! vous êtes riche, et très ricne, sans que je sois plus pauvre. C'est un des rares jours, aujourd'hui, où je n'ai pas eu basoin de vous pour cire content. Il est vrai que c'est a cause de vonsqilB je le suis. N'enviez plus l'île d'Herblay. A vos vieux jours, mon ami^ on bon soleil, le soleil du Midi , celui (^ui a mûri votre belle intelligence ;i vos vieux jours la tranquillité désirée pendant les époques malheureuses, et yousen avez eu beaucoup, mon ami ; vous vous devez cette récompense. Mais pourquoi attendre si tard ? Allez , mon ami , quand il vous plaiiiv prendre possession do votre château, dans deux ans, dans un an, piuslAt même si madame Dalzonnele permet; car j'ai une prière à vous adressée: c'est de ne quitter notre amie que lorsqu'elle aura trouvé à vous remplacer. Mais ne sera-ce pas trop long? J'ai peut-Orlre tort do vous recomnuuufer une bonne conduite que dans toute circonstance votre bon cœur vous eût conseillé de tenir.
» Quand nous nous reverrons ce soir, mon ami, ne m'apportez aucune mauvaise nouvelle, je vous en supplie au nom de ma santé; point de réflexions, point d'objections; elles me rendraient malade, et vous ne te roulez pas.
» Adieu, mon meilleur ami., » Abel, p
n y eut dans Calvoyrac un ctonnoment qui tient de Texlase après la lectQie de cette leltre où Abel se montrait si généreux avec tant de pitié. Ce don était offert arec si peu de préparation , qu'il ressemblait à ceux qui échappent de loin aux mains bénies de la Providence : l'homme n'en a pas gâté la pureté par son intervention blessante, et la rosée du bienfait inaUendu tombe à sa place comme la pluie du ciel.
Etre riche l avoir plus de dix millo livres de rentes, — car le présent d*Abei valait cela; — être sûr désormais d'une vieillesse digne et satisiaito ! le docteur n'osait v croire. — Moi riche ! moi, le pauvre médecin de la Grande-Armée , moi le docteur reçu par charité un peu partout, moi riche tout à coup à mon âgel et avoir ce que je souhaitais tant, une r^» traite dans la campagne, au fond de la province, un endroit où j'écrirai tranqmllement sur une science que j'aime, un iardin à cultiver le soir, des rooissons à espérer ! J^aurais des moissons I ce n'est pas possible t Qu'est-ee que je ferai de tout cela ? qu'est-ce que jo ferai ! Je le sais , se dit le docteur. Et lo ra^^on de joie parti des yeux de Calveyrac s'affaiblit 80UB ooe larme. Oui , je suis injuste I murmura-t-il, et c'est peut-^tre pirce ^le je suis riche ; mais jo souhaiterais qu'elle fût pauvre comme je rétais il y a nno heuro, très pauvre, pour aller à ello et lui dire: Partageons, madame. Faites mieux, prenez tout : et je vous regarderai être heuleose par moL Ne me remerciez pas : vivez I vivez mieux ; seulement , gardeX'Dioî toujours près de vous comme le médecin de votro maison. Ce ne serait pas une petite félicité perdue que mon fleuve, mes arbres dont l'ombre et la fraîcheur son ta moi, que mes blés et mes vignes; mais ne Mtait-ce JM8 une félicité plus grande de savoir que c'est moi qui lui aurais yalu, à eue, à elle ! des jouissances qu'elle peut se procurer malheureusement sans ma générosité, dont elle n'a pas besoin 7 Bonheur impossible : lui donner une fortune de la main à la main avant qu'elle n'eût le temps de refuser t et la voir passer dans sa voiture , Hère par moi do trôner au milieu d'une aisance nouvelle, tandis que, dans un coin , caché, petit, |e la regaideiai passer sans quelle m'aperçoive I... Mais elle est ndie: je n'ai pas de bien à lui faire.
Dans rime la moins portée à attribuer les bons événemens, hélas I si rares de la vie, à une intelligence suprême, lo vide religieux se comble, à délaut de la pnère et de la reconnaissance, d'une plénitude mélanooUquo dont le seeptidsme ne se rendra jamais compte. Après son délire , après son illusion d'enrichir madame Dalzonne, Calveynic fut saisi d'une langueur qu'il n'avait jamais connue. Il y a dans tes profondeurs des joies terrestres des infiltrations de larmes dont on ne sait pas la source. Calveylao fut njeté par la secousse qu'il avait reçue aux confins de sa première jeunesse, de sa jeunesse de soldat: les marches forcées avec le soleil au râage, te pam noir au souper, la bataillo au malin, le sang; des blessés à ses pîedt, voilà ce qui s'installa dans sa pensée. Préoccupe, il se leva, il €oarut à aoQ armoire, et il en sortit un vieil habit bleu fané, au couet de Tdoors amarante, dont les boutons étaient aux aigles de l'empire et dont tes pans avaient été mangés par la mitraille de Waterloo.
U passa une heure les yeux fixes sur ce lambeau de sa jeunesse, sUr cette gneoilte respectable de sa glorieuse misère; il pensa.
PeiMT, te prière do ceux qui ne prient pas.
Xoule jotea son expiation.
ai 2 L3 BiÉDECIN DU PEGQ.
xxxvm.
Un matin qu'Abel sortait , selon Tasage» de la maison de santé pour iaire sa promenade dans le bois de Vesinet , deax offîders de poUoSy cb attente depuis le point du jour, Farrêtèrent au seuil de la porte. As nom de la loi il fut sommé par eux de descendre de clieyal et oe moAe place à leurs côtés dans une voiture qui se dirigea aussitôt rets Paris.
Ce ne fut que de la prison de la Conciergerie qu'il pat » le soir, amorcer son arrestation à madame Dalzonne , oui avait souffert pendant vingt heures les plus horribles angoisses, ne sachant à quelles causes attôbov sa longue absence. Elle passa, après cette nouvelle, d'un désespoir à mi autre d^espoir. Calve^nrac, dont l'anxiété n'avait pas été moins puisante , partagea la consternation de madame Datzonne. Aoeon pah sionnaire ne resta étranger à la douleur d'un événement aussi simsln qu'inexplicable.
Mademoiselle de Touralbe n'habitait plus la maison de santé depni huit jours ; elle et Bianca , sa demoiselle de compagnie , étaient à Fuis.
La justice tint Abel au secret pendant six jours. Le septième, une giH zette judiciaire insérait dans ses colonnes la pièce suivante, prnmermot d'un procès dans la confidence duquel le public allait être mis, avant même les paisibles habitans de la maison du Peoq.
Avant-propos de l'acte d'accusation même , cette pièce Aaittextoeilement :
<c C'est le 1^ septembre prochain que s'ouvriront è Versailles lé» dé^ bats d'une affaire qui interesse la morale publique en ce ou'eUe a da plus sacré. Le bruit en retentira long-temps dans l'enceinte oe nos trinunaux , quelle qu'en soit l'issue. Un élément secondaire , mais poisGiDt toutefois, la curiosité, ajoutera encore à l'attrait d'une affaire qui 90 recommando vivement au législateur , au moraliste, au médecin, itt philosophe et à l'homme du monde blasé sur les scènes ordinaires de la vie.
y> Personne ne demeurera indifférent aux débats de cette grande canse. Encore jeune , l'accusé est un des plus riches propriétaires de la Ftnoe; on élève sa fortune à plus de douze millions. 11 est né dans le Midi , où sont ses domaines, qui couvrent presque le tiers d'un département, liais son immense fortune, son rang , son esprit , qu*on s*accorde à <&e très distingué, no ron( pas mis à rabri de 1 accusation odieuse dont il ann h se défendre devant le jury. Sa victime est une jeune personne dHna merveilleuse beauté , à peine âgée de vingt ans , privée depuis rentae de l'appui de sa famille. Réunis dans une maison de santé, au Pecq,^i^ cusé et cette jeune dcraoiselle y recevaient les soins exigés par leur état maladif. Une passion qui n'aurait pas été partagée, produite sans doute par l'intimité établie dans ces sortes d'élablissemens , inspira à l'accusé la pensée coupable d'obtenir de la violence un bonheur refusé h ses sollicitations , qu avaient accompagnées, dit-on , des offres sérieuses de mariage. On admire le beau caractère d'une jeune fille, si fière danssoa indépendance, qu'elle a refusé d'entrer en partage d'immenses ridiesses plutôt que de mentir à un serment antérieur ou de forcer en elle un sentiment d'indifférence. Pour augmenter, s'il est possible, rintérétdeoe singulier procès , on assure que les phénomènes du système nerveux 7 jouent un rôle principal. On avait craint un instant que le huis-dos ne fût ordonné par la cour : ces craintes se sont dissipées. Outre le danger qu'il y a à priver la moralité publique de ces scènes émouvantes toujours relevées par leur caractère d'utilité , il n'y avait aucune raison d*aoci^
LE MEDECm DU PECQ.
dltcr par celte mesure reslrictlve ropinion qo6 le crime élaît , aa fond » plus grave qu'il n'est ^ comme sM ne Té lu il déjà pas assez !
ï» Nous suspendons t terminait b jounialist^ , notre t^che d*obserraîmff pour céder La place h h justice souveraine du pays s'cxprimuoi
t ainsi par Torgane d*un de ses plu^ dignes magislratSt p Acte d'accusation, 9 Le prcKrureu régénérai près la cour royale de Paris expose rpie , par arnôt du mois d'août dernier^ la cour a ordonné la mi^ en accusalion et je renvoi devant les assises de Versailles , pour y ^ire juffé conformément à la loi , le nommé Abel, âgé do irenle ans , né dansl*Ariég<e , doiniciiii^ au Pecq , près Suini-Germain-en-Laye. ^ Déclare, le procuFeur-général , que de rinstruction résulte I<â faits fitiJvans :
» Le nommé Abel vînt au Pecq, il y a environ deux ans, pour s'y faire soigner d'une névrose très firave , aprcs avoir iiiulilemf*nt essayé de s© ^rétablir en Italie, dont le clîmai ne lui convenait pas. Accompagné de iplusieurs domestiques, il !^e présenta, en 1835, à la maison de samedi* |TigLV' par madame Dalzonne , ou il ne tarda pas k s'atiirer raffr^tion des i^nsionfîaires par la doticeur de son caractère , par la simplicité de ses ' u et principalement par lélat débilo de sa santé. Ce fut le diKtour jrrac, un des médecins spôdwlement attaches h rétabiisst*menl, nui prit d*étudicr la maladie nervfîiïi^e de laccusé el d*en arnHer fcsi Afin que la justice u'ignoro aucune des partirula rites de cette * dont le caractère répandra queltjue jour sur les débats, la cour dé que le docteur Caheyrac serai l entendu tout es les fois i|ue le M^ craint t nécessaire, jf *. loois après llnstallation d*AbeU une jeune personne dont
la f j élait pareillement aîtérée mï les effets d une inilatioii
fui reçue h rétablissement. Mademoiselle Laure de Touralbe io Florence , suivie de la demoiselle Bianca , jeune Italienne I Ou vouée à son serricc. 11 fut remarqué par djfférentjes personnes '^s h déposer au procès que Taccusé fut charmé de Tarrivée de celle Dnnaire, Usant de l& facilité des rapports que les maisons de sa nié tnt dans le but louable d*adoucîr des caractiîires aigris pjr le mal, f» ju^ue alors lacilurne et siiuvage, se rapprnrha de nmdeinobelle jre de TouraUie, Il fit valoir près d'elle dis ulens d'agi i^inonl dotii ne crut pa^ devoir repousser Theureuse inten'^uUen ; rtniinnsLi^fes is deux de ntu^i'jue, ils exécutm^nt ensemble, d^m^ les ai-
ér, des mi>nvim?c sur la hrvrpe et sur le piano; souvint il iL%
des 11 ; ' Ma ri y, b s divers points de vue qu*offrent I il»*
fitini I retle\j*iSùd:ihon do deux lalen^ pHri*^? a ^c tm
ir l'tiuUe ne pouvait laisser préjuger des - »
^ tisi|uVlle n'était que h n}pctiuon d*au faU l ;ue
fetKoura^é- » On était si loin de la pf«n<*é<* de voir m ehanfer une intimité d*un ïjusflxh '' ■ "■ ' nminel le» que madame
I, 1%' it du Vi^cq^ s efforçait
" n I ri^; i ( ' n i r i.h - 1 1 + - i u 1 1 > i n i j va i ums ir< moyens qi i i élvii en l Ofl ^ns raccompîis*^tnenl de cette tâche de couspLiis^mce, cnn* ''d^.pr^ un hi bon esprit, elle était aidée par le docleur Caheyrac et par d'autres personnes in qui Teipêrience de la maison ne saurait ôtre COotCÂtée.
9 Trompant cependant tous les calculs de la prudence , abusant des l§ei inûffensils de la maison , cachant sous une conduite toujours t de convenance se? projets réprt^uvés par la morale cl par b loi, M a marché h stm but criminel , et a tenté d*y arriver dans ta nuit 10 ftu âtl juillet dorntef.
314 LE MÉDECm Dp PBOQ.
« Il est constaté au pi-ocès -verbal dressé pendant la nuit précitée et les jours suivans, que les pensionnaires étaient couchés depuis trois benres environ quand des cris déchirans les éveillèrent. C'était mademoiseBe Lauro de Touralbo qui les poussait du fond de sa chambre , où Von tar« dait à venir la secourir , dans l'indécision du réveil et les fausses ttmarches d'un effroi général.
» Un main hardie s'est posée sur elle. Elle s'éveille en sursaut « eDe veut crier : cette main lui ferme la bouche ; elle essaie de fuir , de se débarrasser d une étreinte toujours plus pressante : elle ne réussit us dans ses efforts ; et constamment près d'oLlo , h côté d*elle , devant elle» Abel. en pantalon blanc, sans gilet , sans cravate, à demi habillé.
B Mademoiselle Laure de Touralbe n*a pu dire ni comment raocné était entré chez elle ni combien do temps il y était demeuré, double ciroonstance à éclaircir aux débats.
)) Enfin on accourut aux cris lamentables de mademoiselle de Toqndbe, dont la résistance désespérée avait fmi par mettre en fuite l'aeoisé. Ed mêlant ses gémisscmcnsa ceux de sa maîtresse, la demoiselle Bianca anit hâté l'arrivée des pensionnaires et des domestiques de l'établissemeuL Abel était déjà dans sa chambre quand on commençait à porter du seooos à sa victime.
» Mademoiselle de Touralbe fut trouvée sans connaissance ; ses faru» ses épaules et son sein étaient sillonnés do traces de sang et marbrés de meurtrissures, preuves d'une longue lutte et attestant la violenee la |te hardie. Mademoiselle do Touralbe a été dangereusement malade des suites de cette tentative, commise par un homme tout à coup sorti de ses mceurs réservées, et trop haut pbce par sa condition pour ignorer a fpxÀ il s'exposait en se livrant h une telle action. La maladie do madânoisette de Touralbe a duré plus d'un mois. A la pdleur de la victime, à sa langueur, à la douleur répandue sur tous ses traits, on est entraîné à cnnre que ]i» désordre apporté à sa saule iiï-sl pas encore parvenu à ses derniers d^ veloppemens.
» interrogé , l'accusé a eu recours au moyen facile de la dénégatioa absolue , moyen sans valeur devant des témoignajjes qui le confoodront par leur nombre et qui l'ccrasoront par leur autorité.
» La pnidencc conseillait de ne procéder h l'arrestation d'Abel qu'nvès avoir épuisé une série d'investigations qu'il eût été impossiblo de laiie en agissant avec précipitation. Au reste, depuis les révélations de inadomoiselle de Touralbe et celles de sa demoiselle de compagnie, la justiee s'était imposé la surveillance do l'accusé , dont les moindres déniKdiQS étaient épiées.
» En conséquence, est accusé Abel,
D lo D'avoir exercé, dans b nuit du 19 au 20 juillet 1835, des vîolaH» définies par le Codo sur la personne de mademoiselle Laure de Tourafte;
ïi^^D avoir, dans la môme nuit, blessé dans plusieurs parties du oaqB ladite demoiselle Laure de Touralbe, voies de lait dont il est résullô ïïm maladie qui a duré plus d'un mois. »
La publication de cet acte d'accusation, qui précéda do deux mois roBverture dos débats devant la cour d'assises do Versailles, acheva de pSanf dans un douloureux étonnement les pensionnaires do la maison de samt-
La foudroyante scène entro madame Dalzonne et le docteur, le joviA Bergeronnette avait refusé d'aller h Paris , avait pour cause une err^oi» cette même erreur qui avait provoqué les confidences qu'iU s'4
LE MÉDEaN DU PBCQ. 215
fttteB avec tant de pénibles efforts. Cetto erreur était celle qui avait laissé CKOire à Bergeronnette, fiôre de le proclamer, qu'elle ne serait pas mère, à madame Dalzonne qu'elle avait à renoncer aux profits de son épouvantable action , au docteur qull avait réussi à en dclruire les effets par une adioD plus coupable encore.
Toat cela était une mémo erreur, une grande erreur comme on on commet souvent lorsqu'on se mesure, puissance à puissance, avec la nature, qui avait bouleversé toutes les conséquences attendues. Le breuvago meurtrier avait rencontré pour adversaire victorieux la vivace jeunesse de la victime : il n'y avait pas eu de victime; aucune créature, cela était anélé , ne devait frauduleusement disparaître de la vie ; Bergeronnette avait induré les déchiromens d'un poison actif sans conquérir la récompense de sa périlleuse témérité. Son dévoûmcnt fut perdu ; elle eut la douleur, mais le fait resta.
Quatre jours après son entrevue avec madame Dalzonne, Bcrgcronnettedno-hcures apprenait do la boucho même du docteur toute l'étendue de sa oéoeption. Assidu à la voir depuis qu'elle avait exécuté sans frémir uno tentative si souvent mortelle, Calveyrac ne tarda pas à se convaincre que Vart avait été impuissant sur elle. Sa santé s'était immédiatement réla- Mie; Tévénoment, à travers des périodes diverses, s'accomplirait aux termespiévus si Ton n'essayait pas avec de meilleures chances une seconde épreuve; mais celte fois Calveyrac recula. S'il résolut de ne pas accorder il osadame Dalzone la satisfaction de lui apprendre une revancno de la nature dont personne ne sentait le prix aussi vivement qu'elle, il n'eut pas un seul instant la volonté de remettre en question la vie de la fille de Berflerin. D'ailleurs. pouvait>il ignorer maintenant h qui appartiendrait bientôt M Ulie de père ? Derrière tfiici prétexte assez spécieux réfugierait*il la nouvelle hardiesse de la répétition d un tel acte ? Calveyrac s'abstint donc de toate pensée de retour au même projet.
Um lorsqu'il sentit les pleursdo Bergeronnette ruisseler plus amers que jamais sur ses mains , lorsqu'il eut deviné sans peine qu'entre la menace qv'ella exprimait de sortir de la vie par la première voie venue et la réalisalîoii de cette menace die no laisserait pas, la courageuse enfiant, s'écouler peut-être trois jours de réflexion , alors Caivevrac , malgré l'affreuse fitoation où Ber^ronnctte Tavait mis en disant a madame Dalzonne ce mi'cUe avait jure de toujours taire, lui commanda d'arrêter ses larmes, do réeottter et de le croire.
Qselcîel se découvrit sur sa tête ! quel air pur elle respira lorsqu'elle «m, et sous la garantie sacrée du serment, car comment croire simplement à tant de bonheur ? qu'Abel et l'homme du cabinet bleu n'étaient qu'un t FloQe ie bonheur, sa joie n'eut pas de place pour d'autres pensées qu'elle aoititdû avoir aussitôt. Elle ne se demanda pas pourquoi madame Dal- IQBB0, qu'elle n'avait plus le courage de haïr, pourquoi madame Dalzonne f^irat hvrée à Âbel, où était l'intérêt, quel était le but; tout au plus, en «fleurait à des distances perdues cet ordre do pensées, supposa-t-ello , naintenant plus exnérimenlée, que sa marraine avait accepté d'être do noîlîédansl^ccomplissement d'un mauvais désir d'Abel. Encore ceci vint me calcul de sa part : elle n'avait lo cœur qu'à l'espérance et au pardon ; il fit beau en elle. La sérénité morale fait pour l'flme ce que celle de Pair lait foor la terre : les plus tristes choses do la mémoire, tes arbres dessécirfi, les rochers arides, les horizons bistres, les mares croupissantes ijom il y a éB tout cela dans la mémoire, pris dans la sphère de nos maladies ■sonles) perdent de leur laideur et s'ouaoent comme existence réelle en iféddrant d'un coin du ciel subitement découvert.
Un antre homme que Calve;Frac eût peutrêtre, après tant de douleurs ■watiéos par Bergeronnette-anq-heures, trouvé que la joie gênait un peu 0B dto certain regret qu'elle aurait dCi ressentir do ne nas voir, maigre la darté dont elle était touchée» sa position améUorée. Go regret u^aurait
216 LE uéDECIN DU PBCQ*
rien eu de commun avec le repentir, car Bergeronnette n'avait en la conscience de la faute commise que par les résultats. Mais le docteur n'adoptait pas ainsi le catéchisme tout fait de la menue morale. Tout ce quinent de la personne aimée, le docteur savait cela , le mérite ou raf&ont,la gloire ou l'outrage, est compris ou pardonné. Bergeronnette avait poda Phonneur dans le sens du monde, mais elle savait maintenant par qâiéDi l'avait perdu : qu'avait-clle besoin de faire Abel meilleur pour ne pas l'accuser ? D'ailleurs, Abcl pouvait bien ne pas savoir plus qu ello avec gm il s'était rencontré dans le cabinet bleu.
La supposition était sans doute hardie, mais quand on craint de ne pas être aimé, on a certes au moins autant d'imagination. Ello n'avait pis cette peur: elle était aimée. Et comme elle aimerait désormais ! Plus de rougeur devant Abel, plus de soudaines hontes au souvenir de la chambie du Pecq; un bonheur tranquille, étoile I
n ne restait plus à Bergeronnette qu'à éviter le danger d'être découverte et dénoncée par les personnes douées de la clairvoyance da mal. EUe cesserait d aller à la maison du Pecq, où rien ne l'appelait plus. Sa marraine, après avoir réduit lo plus pos^ibIe les occasions de l'attirer près d'eUe, avait, pour ainsi dire, voulu son éloignement définitif en l'accaMaat si durement la dernière fois qu'elles s'étaient vues ; et Bergeronnette œ ù-équentait guère que la maison de santé. A Fromainville, qui aurait-elle redouté I Est-ce Bergerin ? Bergerin ne prolongeait jamais son nyon visuel entre la tête et les pieds des gens ; il ne savait le diriger que dans deux directions: à terro où courent les lièvres ; au ciel, ou vol^t les perdrix.
11 est rigoureux do dire c[ue le proverbe avait complètement menti sur son compte: la fortune, qui change les gens, ne l'avait pas modifié. Quoique ayant acheté le droit de chasser, à la faveur d'un port d'armes, dans les endroits permis, il braconnait avec la mOme ardeur qu'aux jours où il avait pour excuse le besoin de se nourrir des produits aune chasse illégale; les lieux interdits étaient précisément ceux sur lesquels il aimait le plus à chasser , malgré les recommandations de sa fille et de l'abbé Vincent. En cela, du reste, il se montrait fidèle aux principes qu'il avait émis le jour où Calveyrac et Abel déjeunaient chez lui: il avait exposé que le braconnier no tuait le gibier ni pour le manger ni pour le vendre, mais uniouement pour braconner. Il ne s'était amendé que sur un point Lorsqu'il était surpris en fraude par ungarde-champetre, il ne s'esquivait pas comme autrefois afin d'éviter le procès-verbal. Prévoyant ces sortes de mauvaises rencontres , il portait toujours sur lui la quotité de l'amende infligée aux délinquansen matière de chasse Bergerin tirait l'argent desa
Ï)oche, le comptait au garde sans disputer avec lui, et rentrait ensuite à a ferme, abattu mais diçne, ainsi qu*un général trop souvent vainqoffltf pour se croire déshonore par une retraite.
Vieilli sous le canon du fusil des gardes, dont il avait jadis lassé lanse, il devait h son obstination une espèce de tolérance de leur part, unefoooa de respect. Dans tout gardc-champôlre il y a un peu du braconnier. Ln vieux l'arrôtaient a regret, les jeunes le condamnaient avec admiratioa. On savait aussi qu'en 1830, h l'époque de la révolution de juillet, des malfaiteurs s'étaient mis en tête que, les forêts n'appartenant plosi Charles X , elles devenaient la propriété de chacun ; ils avaient pénétré dans la foret de Saint-Germain dans l'intention d'en tuer tout le giliîer. Au bruit de leur invasion, Bergerin, oubliant ses démêlés avec Charles X et les propriétés de la Couronne, avait sauté sur son fusil et couru sur les niveleurs, auxquels il avait fait sentir l'odeur de sa poudre. Le trait mi été noté. On passa sur l'arrière-penséc de Bergerin, qui n'avait défénda en ^os le gibier de la forêt qu'aun de se le réserver en détail, et on enl depuis quelque considération pour ses faiblesses.
On comprend combien un nèro si occupé de son gibier avait peu de sur- Teillance a exercer sur sa fille.
Ainâ Bergeronnette aurait franchi sans obstacle les trois mois qui la séparaient d*une époque décisive si, Tavant-demier mois, Tarrestation d'Âbel n'eût hftté la conclusion. La douleur morale eut une réaction intérieure; cette douleur dévora les délais. Bergeronnette, eiïra;rée, fit appeler Calveyrac, qui , devinant la cause de cette pressante invitation au milieu de la nuit, se rendit à Fromain ville dans une calèche attelée de deux chevaux. Sous un prétexte plausible, et il avait trop d'autorité sur Be]:]|;erin pour en chercher de meilleurs, il enleva Bergeronnette et la conduisit dans une maison spéciale, au fond du département voisin.
Celui qui avait été d'une résolution si prompte quand il avait fallu rayer une créature du livre do vie, fut bon jusau'au devoûment pour soutenir BH carfs brisé sur le point de produire à la lumière cette même créature dont n'avait pas voulu le néant.
Il n'avait souffert personne auprès de lui. L'art et la décence s'entendirent comme le frère et la sœur. La nuit fut laborieuse , mais triomphante.
Au matin, quand les oiseaux chantèrent au bord de la croisée entr'ou- Terfe, à l'heure où le ciel est sombre à un bout et rose à l'autre , une Jeune femme, inclinée comme une pervenche sur la neige, s'écria :
— Je veux le voir I
Calvejrac éleva un petit ôtre dans ses mains et dit:
— Embrassez, madame, votre jeune Abel !
Il était à peine jour ; déjà les rues aboutissant au Palais de justice de Versailles se remplissaient de gens attirés par Tattrait du grand procès , dont les débats ne commenceraient pas cependant avant midi. Comme d'usa^ , les personnes les moins sûres d*avoir une place dans 'la salle affluaient à la porte , et , par un calcul de vengeance innée chez les curieux y elles empi-chaient d'entrer, ne pouvant entrer elles-mêmes. Elles n'avaient pour soutenir leurs prétentions qu'un article de la charte où il est dit que les débats des tribunaux seront publics, sous-entendant qu'il en serait ainsi toutes les fois que les dimensions de la salle du tribunal jpermettraient l'exercice de ce droit. Pour balancer le sens illusoire da cet article , pris souvent entre quatre murs, ces braves sens avaient encore la ressource de se procurer un billet d*entrée à prix a'arrait ; car si la justice no se vend pas , le plaisir de la voir en face et de Feotendre à l'aise s'achète , et s'acnète cher selon la noirceur du crime, seton le flux oratoire de Tavocat , selon une série indéterminée de faits aoridentels. Le théâtre a au Palais les genres correspondans qu'il exploite : la police corectionnelle joue le vaudeville et la cour d'assises le arame ; la comédie est aussi représentée dans des salles spéciales. Ce D'est jamais le public qui manque à un directeur qui ne fait jamais banqueroute. Pomt de mauvaises saisons ; les pièces ne tarissent pomt. Le grand jpoète de la troupe, c'est l'humanité.
Chet-lieu d'un des vastes départemens de la France , la ville de Versailles fournit à ses assises le plus de belles causes et la plus imposante masse de spectateurs. Elle a les siens d'abord , friands de procès» Ions pris dans une population rentière n'ayant que deux plaisirs ^ sa portée : voir fonctionner les eaux du parc et la justice du roi ; elle a aosuiie les spectateurs venus de la spacieuse campagne qui l'entoure » excellens hommes des champs , aimés de Virgile et de Gessnery toujours
218 LB MÉDBaN IMT PBCQ.
prêts à laisser la eharrue dans le sillon pour courir au Palais qotid il doit y cire jugé des faux-inonnayeurs ou quelque bon jeune noama assassin de sa maîtresse. Enfin Versailles voit, au jour des grandes oocfrsiens , le spectacle de sa cour crinnnelie fréquenté par les habitués énéntes du Palais de justice de Paris. Blasés sur le répertoire de Paris, oeur d ont besoin de temps en temps de changer d*air. Au lieu d*alier ans eaux de Bagnères , ils se rendent aux assises de Versailles.
Aucune de ces catégories de curieux ne maonquait à T^uenoe lépoadue sur le pavé du quartier où s'élève le Palais de justice. Sans la gaid» municipale à cheval et à pied , la perspective eût été trop nue. On se battait môme uh peu en dessous afin a*étre une des preniieres Terlèiiiei de la longue queue attachée aux portes du Palais et flottant au loin da» la rue.
Six mille demandes avaient été adressées au président, qui, ne poov»! fedre droit à toutes , n'avait répondu à aucune , simplification de moj«ns dont le résultat fut , et les presidens le prévoient toujours, qae la salle se trouva tout aussi encombrée une minute après Touverture.
Les poAcs ou plutôt les écluses s*ouvrirent à dix heures, et la mer s*étola avec bruissement , avec une chaleur d'haleine dont Tair estériear fut embrasé. C'était une véritable mer couvrant de son écume un pays da tables, de bancs et de banquettes; tous les caps de bureaux, toatat les îles de tabourets furent submergées. Après Timmersion , il ne flotta que des têtes d'hommes et des chapeaux de femmes déforaaés par les coudoiemens de la tempête ; c'est h peine si l'inondation s'ancéla enfin au pied du roc élevé sur lequel siège la justice. Ceux qui dierchaioit un refuge au bord de ces marches h fleur d'eau, tombaient immé&tement sous la juridiction de la garde municipale , qui rendait ses arrêts et les exécutait tout à la fois , réunissant en elle deux pouvoirs dont un seul est concédé au roi de France.
Les banquettes , circulairement rangées au dessous des juges , avaient été réservées aux sommités du barreau , de la médecine et des lettres. Des noms illustres étaient répétés de bouclie en bouche ; on se montrait des visages popularisés par la lithographie. Dans les tribunes « les dames de Versailles et de Paris se cédaient avec politesse des fractions de tabouret , se ménageaient des percées pour mieux recueillir les paroles; da Elus délicates se transn\etlaient des flacons do sel ; quelques unes taHdent leur crayon et plaçaient leur album sur les genoux; curieuse, viva attente , qui faisait supporter une chaleur étouffonte à deux mille personnes dont la vitalité était doublée, qui vivaient non pour respirer, mais pour voir , pour entendre , pour voir encore , pour entendre tonjpurs. Quel poète a jamais enchaîné tant d'attentions à son oeuvre? et quelle œuvre en a tant mérité ? Misères de l'art , si beau qvL*U. soit I fl ne touche qu'au hasard « ne frappe qu*un sur cent miUe, a oesoin dlnfinies préparations. Là rien , pais de choix. Le théâtre, quatre murs ; las acteurs, les premiers venus; Faction , quelque chose de vague, d*mcaÊr sistant; mais la vie partout , la vérité a chaque instant ; vérité etTÎB« teraelles beautés I
Une petite porte placée à la gauche du tribunal s'ouvrit, et les (^ «oins de la grande affaire parurent , précédés de l'huissier de senrioe. Da descandirent quelques marches et allèrent prendre place sur le banc qui leur était destiné ; ils s'assirent. C'étaient madame Dalzonne , n^ii*"» FÎDgray, madame Musquette, mademoiselle de Beaupréau, le doctoor CalTeycac, le baron de Foumeuf , Cabassol , et quelques domestiipies da lanasondesanté.
En face , et sur un banc qui était probablement réservé anx témoins à diarge, était assis Champeaux, pavoisé, sur un habit nmr, d'nna longue cravate blanche. Il avait coupé sa moustache.
Les regards se tournèrent, dès l'entrée dos témoins, vers yw^d^^FW^ Dd-
LB XÉDBCHV DU PCCQ. m
sonne; rcmpressement fut mémo si unanime qru'ello fut obligée de se poser «n peu de côté. Le rouge de la timidité enflamma sa flgure , si fa-^ 4â)e«ii^ impressions depuis deux mois, ses mains tremblantes fuirent sous sa mantille. Madame Pingray était près d'elle. Madame Daktonne portê^f eomme toujours, une robe noire ; quelques fleurs très simples couraient sur son chapeau de paille , dont Tavancement la protégeait en ce moment contre la curiosité du public. Madame Pingray avait détaché de sa collection de vieilles robes celte
S 'elle avait mise pour paraître au Palais. Les couleurs n'en étaient phis ilojanles , mais la grâce du dessin furouvait la haute habileté des ou^ Tnors de l'époque. Un bonnet charge de rubans sombres tempérait la ma^nificesce de cette étoffe , dont la princesse de Lamballe avait désiré avoir une robe au baptême du dauphin. Do toutes les personnes venues avec elle , madame Pmgray était la moins gênée devant la foule. Piéte h tout, comme le sont en général ceux qui ont beaucoup vécu , elle étmt toujours convenable ; sous le regard de Louis XIV "Ou sous cdui de Na* poleon elle n'eût pas eu moins do san^-froid.
N'imaginant pas de mise plus relevée que les toilettes dont elles s'é* taieat parées au bal de madame Dalzonne pendant le carnaval , m(^nie Musquette et mademoiselle de Beaupréau n'en avaient pas cherche d'aulces pour figurer aux assises. Les épaules nues de madame Musquette jouaient avec liberté dans l'échancrure de son corsage , au fond duquel le regani 4tt greffier, placé sur elle , avait la faculté de se promener sans être dé* langé. Elles s'étaient fait coiffer toutes doux de très bonne heure , el jeUes avaient enfermé leurs pieds dans des souliers impossibles. Rieft n'était plus serré que leurs pieds, si ce n'est leui's bouches. On eût dil mi'eUes attendaient leurs cavaliers pour se présenter aux quadrilles au bal hididaire près de commencer. £t quels gants (raisl quels beaux rabansi
De Fooraeuf se pinçait les lèvres en s'abtmant dons la oontempIatiQft de son jabot plissé h triples rangs. C'est lui qui , quoique tout en nak^ ^nt-élie parce qu'il était tout en noir , avait , en .descendant de voiture^ accompagné ces deux dames , à travers la mcNitié de Versailles , jusqu'à tk saUe dju tribunal. Plus le contraste de sa teinte sombre avait fait rea* sortir aux yeux des habitans les couleurs pomponnées de la toiletle de madame Musquette et de mademoiselle de Beaupréau , et plus il s'était «éjoui , etplus il avait ralenti le pas. Dons sa modestie narquoise, H s'diall MmpMé à une grosse mouche volant indécise entre deux fleurs de char» é». Dqmis qu'a avait pris place sur le banc des témoins, il n'avait oeiaé 4e jelor sen corps en avant , pour s'assurer de loin en loin de 1* situaiimi meÎGale dœ deux dames confloes k sa garde.
Etrange idée ! Cabas^ol avait endossé un habit marron à ooUet taflli €• oreilles d'éléphant, et tel qu'on en portait sous le Directoire lorsmMles élifimm de la société Barras dictaient les arrêts de la mode dans les aai» loas de madame Tallien. Ployé depuis la eanmagne d'Eg^ile, VhàtLt ai Cabaaml avait conservé les plis nombreux qu^ avait subis nendeat plae d'uD quart de siècle ; c'étaient des quadrilles et des facettes a llafini. La col deasiAemise mal amidonnée tombait en acantbe sur son gttei, doÉI Ja flpl s'«uottkit sur l'habit, lequel s'albttssait en aïolles et larfes ^ marrons sur ses épaules.
Soucieux , fatigué à l'excès, Calveyrac était placé entre i
fétu et le baron de Foumem. S'il relevait la tôle , c'était i aux saktts fue lui adressaîeoi de divers peiatsde la safle sai
I de l'arroadissemeat. 11 ne la ramenait à son attitade médilalâae
la'^iiès avoir iriatemeat sotui à madame Hagay el éUndu sm wê^jêêê flîfé iusqu'à madame Dalzoane.
limdeax avocats des parties étaient Mésens.
: paroomi l'assemblée : crail la imrjr 9^ <
220 LE MÉDECHf DU PECQ.
Le président dit :
— La cour invite le public au silence. Que Taccusé soit introdnlL Toutes les têtes ondoient à cet ordre du président, et à ragitation saocède
une tranquillité universelle. Les dames sont debout.
En aperceventCalveyrac, Abel va à lui et l'attire dans ses bias-Poodnt quelque temps ils restent embrassés.
Abel se place en face du président , après avoir reconnu autour de l«i ses bons amis de la maison de santé. La loule proGte de ce mouvement de l'accusé pour connaître ses traits. Quoique changé par un séjour de deoL mois dans la prison, Abel a conservé les bons effets des soins qu*il a r&- (us du docteur. Il paraîtrait eucore moins souffrant sans ses longs cfa&- Teux, qu'il a lai^ descendre, par une bizarrerie de prisonnier , très bis sur son cou, et sans une lueur de moustache tracée au dessus de sa bouche. Sa taille déliée a tous ses avantages dans la pression exacte d'un haMt brun d'une distinction tout anglaise. Les jeunes dames des tribunes occupées à copier la figure d'Aboi, s'arrêtent au milieu de leur travail commencé à peine, et ce n'est pas pour tailler leur crayon. Combien le modèle ne grandit-il pas à leurs yeux de tant d'intérêts romanesques groupés autour oe sa vie, toute dorée par des richesses connues grossies par la publicité I
Sur l'ordre du président, le greffier lit dans son entier Tacte d'accusation.
Quoique déjà répandu par les gazettes judiciaires, ce rooroeau est écouté attentivement. Le public étudie d'ordinaire pendant cette lecture les sensations trahies du prévenu , les cris échappes; il juge, lui aussi, à sa manière, et ce n'est pas lui qui se trompe le plus souvent.
Deux incidens marquèrent la lecture de racte d'accusation : maduneDalzonne avait osé décrire un demi-tour sur elle-même afin devoir l'impression produite sur le visage d'Abel ; Calvcyrac, sur un assentiment muet du président, avait pris un tabouret et s'était approché de l'accusé d'une manière inaperçue.
Aucune émotion ne parut sur la figure d'Abel pendant la lecture du greffier : depuis deux mois qu'il connaissait cet aci^, il avait eu le temps de se familiariser avec le récit des circonstances vraies ou fausses quil renfermait.
Au moment oh la lecture s'achevait, lo baron do Foumeuf s'était penché vers Cabassol, et lui avait dit à voix basse, en affectant beaucoq) de gravité : — Regardez bien, je vous prie, ce juré, le troisième à droite, qoi a l'air d'un poisson malade: c'est le seul homme en France, depuis Carmen tel, qui a eu le bonheur d'avoir une indigestion d'huîtres ; c'est un loup à table; Grimod de la Reynière le salue jusqu'à terre quand il le r^oootre. Ceci pour votre instruction.
Quand le greffier eut fini sa lecture, on procéda à l'appel des témoins. Ensuite ils sortirent tous de la salle, à l'exception de Calveyrac : il attendait la réponse d'un billet qu'il venait d'écrire au président. Celui-ci, après en avoir pris connaissance, ordonna que l'accusé se retirât également dans une pièce voisine.
Le président annonça alors aux jurés que le docteur Calvcyrac lui demandait la faveur d'être entendu delà cour avant l'interrogatoire de l'aocusé, qui serait tenu à l'écart pendant cette communication.
Calveyrac dit :
— Depuis plus d'un an, messieurs, je m'occupe de guérir l'accusé delà maladie dont il languit encore, mais dont je ne désespère pas cependant. Demandez aux illustres médecins présens à mes côtés s'il n est pas des névroses au dessus de tous les efforts que l'art moderne tenterait pour » expliauer l'origine , le siège et la durée. Si mon projet do vaincre celle dont raccusé a été atteint m'a coûté des études et dos fatigues sans nombre, j'avoue cependant n'avoir pas encore àmo féliciterd'un plein suoois.
LB MÉDECm DU PECQ. 221
Mes célèbres confrères me croiront lors^e je dirai, la main sur le cosur , que moi seul je puis pressentir l'heure ou le mal disparaîtra pour toujours, et contribuer à sa cessation plus <][ue personne. Je me suis rendu le mattre de la vie de Taccusé :il m'obéit, il m aime, il me comprend, enfin il croit en moi; je suis la religion ou qui l'a trompé ou qui le sauvera bientôt. Le délit dont on l'a accusé a peut-être éloigné le moment d'une suprême décision. Je ne touche pas à votre justice; mais au nom de la pitié, qui m'a lait le père de l'accusé, au nom de la science, dont la justice relève, je viens vous prier, messieurs, de permettre que je sois, quoique témoin, sans cesse à son côté tant qu'il sera devant vous. J*ai pris sa raison à terre el l'ai peu à peu redressée ; mais, pour qu'elle soit ferme et demeure debout, j ai besoin d'être là, de lui servir d appui. Sans cela vous ne l'aurez ni bien entendu ui bien jugé.
Le plus ^rand médecin du siècle se leva.
— > J'allais, au nom de la cour, vous prier, monsieur, de nous éclairer de TOtre avis, lui dil le président.
— 11 n'est aucun médecin en Europe, répondit l'immorlel professeur de raôtel-4)ieu, qui osât discuter sérieusement l'opinion de notre confrère M. Calveyrac.
Tous les savans rangés sous le tribunal approuvèrent ces paroles d'un unanime mouvement de tête.
La cour permit à Calveyrac de rester.
Une large respiration sortit de la poitrine oppressée de l'assemblée. --> Faites rentrer l'accusé.
Abel reprit sa place au banc des prévenus.
— Pour quel motif, lui demanda le président, vous êtes-vous retiré au Pecq dans une maison de santé?
— > Dans l'espoir d'obtenir une guérison à mes maux. L'air de l'Italie n*y avait apporté aucun soulagement.
— ^-îl vrai, comme u a été soupçonné, qu'une affection morale aurait été la cause première de l'altération de votre santé ?
— > Oui, monsieur le président.
— > Cette douleur morale doit-elle être rangée au nombre des passions on des chagrins?
On écouta profondément.
— Des plus cruels chagrins.
Des larmes tremblaient dans la voix d'Abel.
Les bras croisés sur la poitrine, la tête baisëée, Calveyrac recueillait et analysait chaque parole, chaque son.
-» Aviez-vous a vous plaindre d'une grande injustice ? quelqtie ennemi avait-il porté atteinte à votre repos?
— L'injustice était le déshonneur de mon nom, l'ennemi était mon père.
— Pourquoi a vcz-vous préféré l'établissement du Pecq à tout autre, par exemple à ceux où vous auriez joui de l'avantage des eaux minérales, comme Vichy, Saint^uveur?
— Je n'ai pas choisi, je suis tombé là; ma voiture s'est arrêtée, et l'on m'a descendu mourant. Voilà Fhomme qui m'a relevé , secouru , remis sur le chemin de la vie.
— Qu'éprouviez-vous ?
Question hardie dont l'assemblée? comprit moins l\itilîté ({ue le danger. Uù mouvement se fit , les cous se tendirent ; les médecins blâmèrent comme hommes, s'ils palpitèrent de curiosité comme savans; quelques dames se levèrent. Une imperceptible flèche de feu partit de dessous la paupière de Calveyrac et monta au visage d'Abel.
Lbc voix de l'avocat d'Abel rompit tout à coup ce grand silence.
— Je demande en grâce a la cour, dit-il, d'insister auprès de M. le préaident pour qu'il ne renouvelle pas saqu^on.Les hautes intelUgences
S23 ■• l-E MÉDECIN DU PECO.
f ai mo font Thonncur de m*écoutcr mo disponscront de moti?er m jffière.
Il y out un moment de penr dans la pensée d*Âbcl : il comprit f^m doutait do rintégrité de sa raison. Il chancela.
Sa vue tomba sur Calveyrac : At>el se redressa aussitôt , il fat retrempé.
— Je suis prêt, dit-il en élevant la voix, h répondre à M. lo président, si toutefois il ne préfèlre, ajouta-t-il avec une parfaite assurance. s*en rap- |K)rter à la déposition du docteur Calveyrac. Jour par jour , heure par lieure, il a tenu un compte fidèle , je le sais , de l'état de ma maladie. Je serais exact, mais je no serais pas complot dans celte longue histoire: j'ai l)eaucoup oublié ; ma reconnaissance seule est intacte.
Le sourire de joio qui passa sur Calveyrac courut visible et profond sur le visage de rassemblée.
La bonté de Calveyrac se déifia au fond du cœur do toutes les femmes ^i écoutaient dans les tribunes.
Le président abandonna la question.
— Vous manifestâtes une vive admiration pour mademoiselle Laore de Tourable lorsque le hasard vous la montra pour la première fois, ilya dix-huit mois environ, h la maison de santé du Pecq.
— J'éprouvai, je l'avoue, beaucoup d'intérêt pour mademoiselle de Touralbe. Pourquoi aurais-je exclu Tacimiration de cet inlérét-là?
— Vous mîtes de Tcmpressement à la guider dans ses excnrsfoos aux alentours de Saint-Gcrmam ; vous dessiniez ensemble lo matto; vous faisiez de la musique ensemble le soir; l'admiration ressemblait étiez vous à de l'amilié.
— Aussi bien chez elle que chez lui, dit une voix des tribunes.
Et cette voix était celle d'une dame impatiente déjà des méoaffemens que , selon elle , la cour affectait envers mademoiselle de Tourame. Les femmes sont toujours pour les séducteurs.
— Silence I cria l'huissier, silence aux tribunes f
— Je m'attachai à mademoiselle do Touralbe parce qu'elle languissait, disait-on, d'une maladie malheureusement semblable à la mienne, quœquo moins sérieuse. Comment n'aurais-jo pas eu de l'entraînement pour une femme jeune, belle et souffrante, plcmo de tilens et de grâce, me charmant par sa conversation quand elle avait cessé de m'cnchanter par sa musique, moi si sombre et si découragé?
— C'est généreux I il lui rend justice , murmurait-on dans la salle. — 11 l'a un peu aimée sans doute. — Mais quand paraîtra-t-elle? — Elle ne jiaraîtra pas à l'audience, répondait une autre personne. — Et moi je vous assure qu'il ne l'a pas aimée, répliquait une antre voix. — C'est chez lui politesse, noblesse dans les procédés.
— Silence !
— Votre réponse, reprit le président, m'autorise à vous demander sll ne conviendrait pas do donner le nom d'une passion moins calme à ce ^e vous ressentiez pour mademoiselle Laure do Touralbe.
— - Je craindrais de n'avoir pas bien compris. Est-ce que monsieur le
Î résident ne me demande pas si j'ai eu do l'amour pour mademoiselle de 'ouralbeî
Comme on écoutait dans la salle!
Et Abel, sur un signe d'affirmation du président, répondit à la question qu'il s'était adressée k lui-même :
•* Je n'ai jamais eu de l'amour pour mademoiselle de Touralbe, jamais!
— Cependant, reprit le président, voici une collection de lettres écrites ie votre main à mademoiselle de Touralbe, où vous déguisez peu des seft- Hmens plus tendres , si je ne mo trompe , que l'estime et radmiration. Messieurs les jurés en pèseront les expressions : je vais oo porter trois de Afférentes dates à leur connaissance.
LE nÉDECm DU PECQ. 223
Si le public fut surpris de cet incident , qui semblait d'avance justifier ceux qui avaient soutenu au'un commencennent d'intrigue amoureuse avait eu lieu entre Abcl et mademoiselle de Tpuralbe, il fut un sujet d'étonnement bien plus grand encore pour Calveyrac : il ne soupçonnait pas Texistence de ces lettres. — Mais à quelle époque, se demanda-t-il, s'était établie cetto correspondance? comment rai-je ignorée? Si ces lettres étaient fausses ! Elles sont fausses à coup sûr ; elles ont été forgées pour le perdre. — Calveyrac se retint avec anxiété pour en écouler la lecture, faite à hante voix par le président.
« Mademoiselle, »
1» Je vous remercie du fond de mon fauteuil, où me retient malgré moi le docteur, de Fintérét que vous me manifestez en envoyant demanda des nouvelles de ma santé par Texcellento Bianca. Ne croyez pas, comme on vous le dira sans doute , que ma lassitude est la suite de notre chair* mante promenade d'hier dans le bois de Marly : le plaisir d'hier et le léger mal d'aujourd'hui n'ont rien de commun. Je tiens singulièrement à votre promesse, et je veux être malade s'il est vrai qu'on no doit rien refuser aux malades de ce qui leur a été une fois promis. Vous m'enverrez donc, un dd ces niatins , la jolie vue do l'aqueduc de Marly, prise du bas-fond d'oà vous Tarez copiée. N'y changez rien , je vous prie : le choix tue la Térité dans les arts. Il était presque nuit , et , dans la position tranquille où nous nous trouvions, il nous semblait que le soleil, épanoui à l'horizon, dardait ses rayons par chaque arche de l'aqueduc de Marly ; en sorte qu'on eût dit une rivière de feu coulant à large» ondes. Si vous réalisez le projet beaucoup trop bienveillant de me reléguer quelque part daoas votre tableau, ne me représentez pas avec l'air séneux que je devais avt)ir en vous regardant : on supposerait que je m'ennuyais ; car beaucoup de braves gens dans ce monde confondent la tristesse avec l'ennui. Vous savez si l'erreur serait grave. Ai-je besoin de vous l'assurer ici?
9 Votre dévoué chevalier,
» ÂBBL. »
Pendant la lecture de cette première lettre, le public ût un pas dans la conviction de ceux qui avaient affirmé hautement que mademoiselle de Toaralbe avait été aimée d'Abel.
— Je ne sais plus que penser I murmurait le docteur. Ce style , après tout, peut être celui d'Abel, et la lettre rappelle un fait exactement vrai : je me souviens de la promenade de mademoiselle de Touralbe et d'Abel énB le bois de Marly , j'ai vu le dessin dont il est question. Mais pourquoi, pourquoi cette correspondance m'a-t^lle été cachée?
— vous remarquerez, messieurs les jurés, dit le président, que la lettre
r> je Toos ai lue remonte par sa date aux premiers jours de la résidence mademoiselle de Touralbe à la maison de santé. Elle maïquerait le commencement d'une passion démentie par l'accusé. Abel fit un nouveau geste de dénégation.
— La seconde lettre de la collection, reprit le président, est encore pins slgniieatite. Ecoutez, messieurs.
«Mademoiselle,
» S je ne m'étais engagé à accompagner M. Calveyrac à Goorbevoie , je serais passé chez vous , œ matin , après le déjeûner, pour vons parler éa jkûek que j'ai eu à visiter avec vous, Mer, le vienx âiâtean de Saint- Gennain. Ressaierai d'écrire, pour le charme de mes souvenirs, la délidense anecdote que vous m'avez racontée en y allant. Le fond en est admirablement sensé; j'ai encore la mémoire occupée des jolis détails dont TOUS l'avez entourée. Je croyais être en Italie, dans hi fertile vallée d'(^ sona. Comme la femmo en prière an pied du berceau demi de sa fille mourante est d'une touchante vérité I
yHàis que tous avez été silencieuse ensuite dans le eiiâfeaa cb Saint-
Germain I Madame Dalzonne et le docteur m*oot reproché votre subit diangement d'humeur, qu*ils ont attribué aux souvenirs des Stuart éroqués par moi pendant notre promenade sur le balcon de la cour. Si ceb est , je vous demande pardon pour mon érudition compromise. J*ai été iktté de votre affectueux respect pour le grand nom de Louis XIV, écrit paitoot dans ce château quoiqu'il ne Tait pas fondé. Vous avez rendu justice à a constante délicatesse auprès des femmes; vous avez dit avec beaucoup de profondeur : Celui-là savait aimer I J'aurais voulu que vous eussiez ajooié: C'est que la femme qu'il aima d'abord fut mademoiselle de La VaUière. Est-ce que do la première femme aimée ne dépend pas souvent tout Tav^ nir de celui qui t'aima?
1» Je ne renonce pas à vous entretenir de nouveau ce soir, à monieCoor de Courbevoie , de cette visite au château de Saint-Germain , afin d'afoir une occasion do ne vous parler que de vous.
» Votre guide et votre chevalier,
» Abel. »
Cette dernière phrase rendait la lettre qu'avait achevé de lire le président plus concluante encore que la première. Admettant de plus en ifivs la possibilité d'une, affection réelle éprouvée par Abel pour madefnoisdb deTouralbe, le public commença à se demander comment il était arriié qu'elle avait repoussé sans motif connu un jeune homme si distingué par son rang et sa fortune.
Cette circonstance n'est pas moins vraie que la promenade ao bois de Marly, se dit à son tour le docteur Calveyrac La lettre n'invente rien : le me rappelle la visite au château , la mélancolie muette de mideinoiselfe de Touralbe après le récit de l'exil des Stuart. Abel lui écrivâidonc tous les jours? Mais son visage, ajouta mentalement le docteur, est en ce moment empreint d'un sentiment qui m'oblige à douter encore do l'authenticité d'uno aussi étranp;e correspondance.
— Pour épuiser la série des preuves écrites qui témoignent de la sympathie de l'accusé, malgré ses dénégations, pour mademoiselle de Touralbe, termina le président, il me reste à vous communiquer le contenu de la dernière lettre de la collection annexée au dossier.
— Annexée au dossier I dit assez haut pour ôtre réprimandée de l'huissier une voix des tribunes. Comme on traite l'amour au Palais ! Annexée au dossier!
<c Mademoiselle , 1» Oui, je suis fier de vous avoir fait renoncer au déplorable projet d'entrer au couvent des Loges. Un jour vous m'en remercierez , si vous ne m'êtes déjà reconnaissante du tnomphe que j'ai remporté sur une résolution si faussement prise dans une heure de désespoir. Que ma nuit a été heureuse de ce succès I Vous m'avez chargé de la responsabilité de votre rentrée dans le monde, et je l'ai acceptée. Pour que vous n'en doutiez pas, je ratifie par écrit ce que je vous ai dit hier dans le trouble de Pétonnement et rivresse de la réussite. Que m'arrivera-t-il? qu'on viendra me dire un jour : Écoutant une mauvaise inspiration, une femme allait contracter un engagement funeste à son bonheur : vous l'avez arrêtée an moment de commettre l'irréparable faute : soyez-en remercié au nom de la société , à qui vous avez conservé dans toute la liberté dont elle était digne une femme appelée j non à s'éteindre au fond d'un cloître , mais à être reine dans le monde. Oui, je suis content de moi, oui, glorieux de mon œuvre. Je ferais au docteur la confidence de ma joie si je ne vous avais promis le secret. Il faut donc qxio je sois heureux tout seul d'une action dont je n'échangerais pas la joie pour bien d'autres I Mais que mon orgueil ne vous fasse pas exagérer les droits que vous me supposez à votre reconnaissance. Chaque fois quo je vous verrai contente d'un beau soleil, d*uno promenade douce à vos pieds, riante à votre regard , chaque ka
~ ^OB je Toas verrai satisfaite enfin d'être jeune , libre , belle, sous le del , je me dirai : Voilà ma récompense!
» ÂdieUy mademoiselle. Le consolatemr qui a tant besoin d*étre consolé,
»Abbl. »
Plus â*hésitation dans Tesprit du public après la lecture de cette derjnère lettre : il fut démontré qu*Abel avait , à l'occasion des moindres assiduités auprès de mademoiselle de Touralbe, tracé avec plai^ les lignes •de la correspondance étalée aux yeux du jury. La tentative dont il s'était Tcndo coupaole au mois de juillet se liait à ces démonstrations d'une passion mal accueillie , ou restée enfermée du moins pour mademoiselle de Touralbe dans les limites d'une affection ordinaire.
CalTeyrac ne sortit pas de l'obscurité de ses doutes. Sur b fisure d'Abd, où il saisissait les plus fugitives sensations, il ne découvrit ni assez de raisons pour nier complètement cette correspondance ni pour y •crQîra comme la foule.
— Qu'avez-vous à dire sur ces lettres? demanda le président k l'accusé.
— Sur l'honneur, elles ne sont pas de moi.
— C'est un mensonge I murmura-t-on dans la salle ; elles sont de lui f B ne sortira pas de là. — Si I il en sortira, répliquaient d'autres : qu'est-ce «me oda prouverait , les eût-il écrites ? Ce n'est que de la salanterie. — Peste 1 de la galanterie I Cest bien de l'amour ! Avec une galanterie sem- Mable on va droit au bagne.
11 ne faut qu'une étincelle comme la dénégation d*Abel pour allumer dessus, dessous et par côté toute les gerbes sèdies entassées dans une cour d'assises. Les nommes étaient les gros combustibles, les femmes les petits fagots bien liés, bien flambans; les suppositions pétillaient.
Il nie cette correspondance, et pourtant il est calme!
Calveyrac se disait cela en concentrant un examen despotique sur le front nu d'Abel. Le granit ne repousse pas plus durement le contact du fer. Le regard du docteur s'émoussa.
Mais de qui sont ces lettres si- elles ne sont pas de lui ?
Le temps ne fut pas laissé à Calveyrac de peser sur la ouestion asseï importante qu'il se faisait avec toute la partie pensante de 1 auditoire.
Le président abordait enfin le fait incriminé.
— où étiez-vous la nuit du 19 au 90 juilletT
— Dans ma chambre. «. j^
— A quellfi heure y ôtes-vous monté?
— A minuit , quand le docteur Calveyrac et madame Dabonne se sont retiiés. Cétait une demi-heure après la retraite des autres pension- ■aires.
— Rentré dans votre chambre , vous etes-vons mis immédiatement aolit? ^^
— Je ne me suis mis au lit qu*à trois heures et demie du matin , le
SUlItlUflO.
— Et qu'avez-vous fait depuis minuit jusqu'à trois heures et demie?
— Ayant quitté mon habit, mon gilet, et ma cravate, je me suis étendu sur iiMNi divan , où je suis resté endormi probablement depuis minuit jusquli trois heures et demie. ^
— Niez-vous vous être présenté dans la chambre de mademcrisélle de Touralbe sous le costume que vous venez de décrire?
1 ni^ !? *"'^ ^ l^"*'* ^ ^^^ moi de la nuit entièretie n'ai ouvMt Jararte de ma chambre que le lendemain à dix heures, à l'appel du dé-
iteétantjà les quesUons qui touchent au corps iu délit , le président iwacel événement constatéTpar l'acte d'accusation; fl n'omet aucun déiJja, et 11 démontre que rhomme vu par mademois3lle de Touralbe est ATO^Utt-méme: il y a idendité rigoureuse de CHmm , do tsille et >
».ni.-t ^ P
2102 LB lUfetBCIM DU PlflO*
««» Âbel^ était-ce où n'étaitroe pas vouS'Ceiuiqui s'esfc inirodwt ém\ mademoiselle de Touralbe?
-*«Ce n était pas moi! répond Abel éner^iquemenU
Toutes les facultés attentives de Tauditoire montent en bouillcHmant à Ifr surface et s'y Agent,
Dieu, au jour du jugement, ne r^gaideia pas sa Gréaftoi» avec plusd» pénétration- que Cal?eynio n'en mit en regardant Abel au moment: ob il dit : Ce n'est pas moi f — Abel était fort : u n'avait pas nompu, iLn!avait pas ployé, il n'avait pas fléchi devant le monstre béant de la toute, luiqn avait peur de son ombre autrefois , ni au choc de raocusation peui-^lfe mensongère de la corre8{)ondance, enfin devant l'accusation. ^'^'^iiWfr de Taitenlat sur mademoiselle de Touralbe.
Calveyiac , ému do cette puissance monle qu'il avait zeodne à AbdL« à sûp malade, oublia un instant te danger ou'Abel courait, oomna anvé
Sour ne voir en lui qu'un magnifique problème de médecine sur te potefr 'être résolu; l'obscur docteur du Pecq bondit de vanité. H serait morto» douleur comme Galilée et Fulton, de ne pas sentir une main qui sei^U siemOà de ne pas entendre une voik qui lui dit: Vous avec raison, vous avei réussi, vous ôtes grand, vous aussi I L'immortel médeds de k Rh calté de Paris, aigle devinant les aigles, fit tomber sur Calvirfnc un r»^ gant indéfinissable, intellijE^t comme un livre sublime, piédenz eomm une couronne. Calveyrac était compris, pesé h sa valeur; ce regard l'avait sacré roi de la science; le saint chrême l'hait inondé. Abel était toujours calme.
— Cependant, reprit le président, oommcnt se foit-il qu'on ait iRNm dans la main de mademoiseUe de Touralbe évanouie ce oocdon en dbi&r veux arraché de votre cou pendant la lutte ? Il est bien à voust
— Oui, monsieur le président
— Maisoommentraurait-on pris dans sa main si vous n'étiez allé dus sa chambre ?
— Je rignorc.
— Âviez-vous ce cordon sur vous quand vous vous ôtes jeté sur votre divan ?
— Oui, monsieur le président.
— Reconnaissez-vous bien celui-là pour le vôtre ?
— Je le reconnais.
— Autant vaudrait qu'il avouât tout de suite, se disait-on dans lasalio, qu'il est l'auteur du crime.
— Persistez-vous, malgré cette preuve accablante, reprit le présideat, à nier que vous (tes Tauicur des violences commises pendant te nuit du 19 au SO juillet sur mademoiselle de Touralbe?
— Je persiste h nier; ce que j'ai dit est la vérité.
— La vérité I la vérité I bourdonnait la salle. On ne te garantirait pas sa vérité, se disait-on. Que ne disait-il : — Non , le cordon en dieveu n'est pas moi , nu bien : — Je nç me souviens pas de Favoir vu à bmd cou la nuit du 19 nu 20 juillet. — Mais il avoue tout I
— < L'avocat de l'accusé a-t-il quelque observation à soumettre à la cour?
^ Oui, monsieur le président. Dans l'intérêt de la défense, je ne voudrais pasqu'on regardât comme preuve absolue, et surtout unique, Tincidcntda CQ^ûfm. en cheveux. Il est d'autres incidens au moins aussi essentiete dont la défense doit s'armer : comment, par exemjple, l'accusé se serait-il intriK dûit dans la chambre de mademoiselle de Touralbe, dont il n'avait pas te clé et qui était fermée en dedans?
Une objection était jetée à la grande baleine agitée : elle y mordit.
— Cette question est de l'ordre do cdles qui doivent d'abord êtreadres* séesaux témoins, repondit le président. On va les appeler.
Le défenseur s'assit.
LE B^DECnr DU PECQ. SBT
A« moment où rappel du premier témoin alfoUayoir lîea, on ftit hien éloinédë' Yoir circuler une brandie de fleurs qu'on se passait de plaee^ en place en. se disant: — A l'accusé I (ailes parrcnir à l'accusé !
liPlnnche fàt remise è Abel.
C'était un rameau de bruyère daCap»
— rBbetBur, dit tout bas Abelà Galveyrac, Bergeronnetto est dana la iBb? c'est ellb <fai m'enroie cette brancne de bruyère.
00 pnMîcTie vit dans l'épisode qju'un hommage galant adressé a l'accusépirikt* tiânitte d)es dames.
0il appela le jpremier témoin»
— Monsieur Cabassoll
Cabassol s*avanca avec la pesanteur d'un bœuf troublé danssa digestion» etv sans attendre les interrogations du {{résident; il dit d'un ton aigre et ennuyé : qu'il ne comprenait pas en vérité pourquoi la justice, sous prétexte d'cclaircir un procès , dérangeait l'oustenco établie des gens , les déMéçait à toute heure, et cela quand elle était prévenue depuis trois mois qv^yn VaTaii rien h déposer sur quoi guo ce mt. C'ost la quatrième fois qu'il faisait le voyage de Saint-Germain-en-Lavo à Versailles , toujours ponr sijjinificr par demandes et par réponses a M. le juge d'instniclioa qu'il était le pensionnaire de la maison de sàntc le moins instruit de cette fastidieuso aiiaire et celui à qui les voyages étaient le moins permiSà On ne loi' paierait pas ses journées perdues, puisqu'il était rentier et que d'habitude il les perdait toutes ; et il en serait à coup sûr pour quelque catarrhe^do venir de si loin et si souvent par un tem^^de firoid et de chawL — Geqnej'ai tu, s'écria-t-il, je l'ai dit a satiété au jufe d'instru
I ju^B d'instruction. Que ne s'h&rewit-on h M. Champeaux , par exemple, lui qui était toujoucs sur pîod-, ffftm rencontrait partout, aans l'escalier, au salon, au jardin » dans to'ixnai sur la terrasse?
— V6i»-Tons trompiez, interrompit le président? votre déposition, monaieiirCabassol, n*est pas aussi inutile à recueillir que vous le pensiez, paisque losqn'ici la justice ne savait pas que M. Champeaux fût si bien au courant des mouvcmens de la maison de santé et qu'il fût présent audcbordre de-Ui nuit du 19 au 20 juillet.
— Mais M. Champeaux n'était plus dans la maison de santé quand l'é» véneinenta en lieu, répondit Cabassol. Ai-je avancé le contraire?
— Vous avez raison , reprit le président après avoir jeté un coup d'oeil sur le travail préparatoire du juge d'instruction : M* Champeaux était absent.
— Si bien , continua Cabassol , que feu M. Lejeune, prenant la rumeor au milieu de laquelle nous fûmes éveillés pour une invasion do républi-cains, accusait M. Champeaux de les avoir amenés de Paris.
— M. Champeaux est donc un républicain ? demanda le président.
— Oui «monsieur le président , un condamné politique. Pour acherer dOMi, W. Champeaux avait quitté la maison huit jours avant la tentative dont M. Abel est accusé. Blonsieur le président, maintenant que ma déporitto est flme ,. me permettez-vous de retourner à Saint-rG^rmain-eii-
— le vais consulter la cour.
Fàris fut lonff h recueillir..
Le président mt ensuite:
— La cour, ne partageant pas Topinion du témoin sur la valeur ddtes témdffnages, l'obliRe à rester h l'audience jusq^'à la fin des débats.
Pmoux, Cabassol s'assit et dévora en suence la pomme de sa canne ^ qui œprésentait une petite tète de nègre. Et le public se n^jouit. Oir appela ensuite le barou de Foumeuf. Le baron parut.
Il déposa ainsi :
— 9i je possédais la facile mémoire de mon bonorablo ami ST. Cabassol^
S3là LE MÉDEC» DO PECQ.
je o^aurais pas besoin, comme je le fais ici, de solliciter rinduUence ds la cour pour TiDnatitude de mes souvenirs. Bfalgré les neiges de ri§», ^orateur des grftces de mademoiselle de Tooralbe...
— Il va me compremetle , murmura Cabassol en mordant le aine 4i tson nègre.
<— ... M. Cabassol, je parle de M. Cabassol, éprouvait on visible pfaâir à (Hre le confident des peines secrètes de cette belle personne. Â laUe, 4]ni était toujours assis près d'elle? c'est mon honorable ami M. Cabasaid; •à la promenade, qui la soutenait sur un bras complaisant? mon hononiUe ^ami M. Cabassol ; qui, chaque soir, raccompagnait jusqu'à la porte* de a chambre? mon honorable ami M. Cabassol.
«— n me perd I pensa avec rage Cabassol.
•--- Je ne dis pas, poursuivit de Fourneuf , que M. Cabassol ait été adeiir on complice dans cette malheureuse catastrophe.
— Monsieur I s'écria Cabassol, monsieur!
— Vous en êtes incapable, reprit le baron. Au contraire, c'est vous qni avez jeté des voiles , beaucoup de voiles sur les chairs suâtes, déticate»,
— Le tribunal dispense M. le baron de Fourneufde toute prâitare trop «dlorée.
«— Je voulais arrêter les contours, répondit de Foumeuf. «— Sous quel rapport oonnaissiez-vous l'accusé ? demanda le pcâsi- «Oent.
— Sous des rapports ezcellens : un grand cœur, et, s'il fut le dire, meilleur que son estomac. Et, au sujet de ce rapprochement, je m'en permettrai un autre. Brillât-Savarin , qui savait tout, a écrit qaèkne ùrt, ^rèsle poète latin, que les mauvais convives... — Je serais déaoïedBlùfe ïougir ces dames... — que les mauvais convives... — Je ne sais comment achever la pensée du ^rand poète latin et du célèbre gastronome français.— Bf onsieur Cabassol, aidez-moi donc I — Enfin, que les mauvais oonvives se passaient pas pour se permettre beaucoup d'attentats nocturnes. lUÎs ^0 ces dames ne rougissent pas.
— Votre citation n*est pas, jo pense, d'un grand poids au procès.
— D'aucun, monsieur le président.
— Dites-nous plutôt , en ce cas , dans quel état était mademoiselle de Touralbe lorsque vous avez pénétré dans sa chambre.
— Elle était superbe I
— Comment superbe?
«— De nudité antique, monsieur le président. -— Était-elle évanouie?
— Oui, mais quels cheveux I
— Se plaignait-elle ? souffrait-elle?
— Beaucoup. Quelles épaules !
— L'accusé vous a-t-u paru très assidu auprès d'elle dans l'intûnité ulomestique ?
— Pas plus que bien d'autres, pas plus que M. Cabassol. Je ne connais gaère que M. Champeaux qui ne déposât pas à ses pieds le tribut d'un» ^ive admiration.
— Savez-vous si les clés des autres chambres de la maison de santé ouvraient la porte de la chambre de mademoiselle de Touralbe?
De Foumeuf se tourna :
«— Qu'en pensez-vous, monsieur Cabassol?
«— Monsieur, je n'ai jamais essayé de ces effractions-là ? Cest plaisant 4fle m'interroger là-dessus t
— No vous fAchez pas. La question ne vous eût pas indigné il y adn- ^«guante ans.
Le nègre était presque rongé.
«— Monsieur de Foumeuf , demanda le président , pourriez-voos nous
LE UÛ>ECIN DU PEGQ. 22S^
diresi« le lendemain du trouble nocturne, Faccuso avait le visage déf&it au moment du déjeûner?
— Nous mangeûmes ce jour-là des côtelettes panées beaucoup trop enites, conséquence de l'agitation universelle, et nous piîmes du caie^ détesUble.
-r- Mais parlez-nous de Faccusé.
— M. Abel ne parut pas, je crois, k ce déjeuner.
— Asseyez-vous, monsieur.
Avant de se conformer aux ordres du président , de Foumeuf sourit sncieusement au public et envoya un salut profond à Gabassoi , qui ncr nii répondit pas.
Le nom de madame Pingray résonna sous les voûtes de la salle.
Les questions du président amenèrent ces simples paroles de madame Pingray.
— Les maisons de santé sont un i où Ton est frère et sœur, non par 1 par le lien de la douleur. Sans cette maisons de santé seraient de véritables tombeaux. L*aocueil que reçut mat-^ demcÂselle de Toutalbe de chacun , et particulièrement de M. Abel ^ n?est qu'une conséquence de celte familiarité dont je vous parle. Et dois-je dire* encore que M. Abel ne fut quelque peu attentif auprès de mademoiselle ô» Touralbe que sur les instances oo madame DaUonne; c*est madame Daizonne qui força M. Abel à être le guide , le compagnon , Tami de n&— demoiselle de Touralbe.
Oq s'entretint sourdement dans la salle.
— Dans les maisons de santé , reprit madame Pingray en s'adressaol autant au public qu'à la cour, les malades obéissent.
Depuis le commencement de l'audience on ne désirait pas moins Tt»madame Daizonne que mademoiselle de Touralbe : madame Pingray ne fit qu'augmenter ce désir.
— Cette liberté passée en habitude dans les maisons de santé , reprît le président , n'est pas toujours sans danger ; nous en avons l'exemple»
— Oui, répliqua madame Pingray, cet utile exemple apprendra aus. jeunes hommes riches à se tenir en garde*
— Vous voulez dire aux jeunes femmes.
Madame Pinsray garda le silence.
E3)ranler do fond en comble d'un seul mot tout le procès, c'était enflammer l'imagination des auditeurs. Ceux qui, dans leur pensée, avaient déjà vu Abel attaché au poteau, se heurtèrent à la phrase de madame Pingray; ceux qui l'aimaient par simple élan du cœur et ne voulaient pas le ▼oîr coupable, ou qui, quoique coupable, l'excusaient, et les femmes surtout, se réjouirent du nouvel horizon de doutes ouvert par madame Pingray.
— > Je ne pense pas, interrompit l'avocat de mademoiselle de Touralbe^ qu'on doive ajouter plus d'importance qu'elle n'en comporte à cette der?nière déposition. Ce n*est qu une opinion personnelle» et d'ailleurs sans^ application ici.
Pourtant toutes les illustrations rangées en cercle au bas de Testiade se parlèrent à voix basse ; les jurés pensaient; on s'agitait dans les trt- Iwiies. Calveyrac et madame Pingray échangèrent un r^rd de lumineuse concentration. Abel paraissait en savoir moins que tout le monde.
Madame Pingrav alla prendre place auprès de Cabassol et de Foumeuf»
Le quatrième témoin appelé fut madame Musquette.
En passant, toute couperosée d'une timidité virginale^ devant le baroa de Foumeuf, celui-ci lui dit tout bas :
•* Vous perdez quelaue chose, madame Musquette.
L'avertissement révolutionna madame Musquette ; elle ne savait pas ce* qa*élle perdait : était-ce un ruban du soulieri sa ceinture, grand Dieul sb
S90 us aéDEcm du koo*
ceinture ! sa jarretière, sa Japeî Si c'était sa jape ! Quelle i pour elle, sur qui tout le inonde avait les yeux posés.
Son agitation fut si profonde qu'au lieu de parler en nmple iëiDofa de ^e qu*elle avait vu, elle s'expima, en regardant tantôt ses pieds eilagrilt sa taille, comme si elle avait été la victime de Tattentat.
— J'étais couchée, dit-elle, quand on est entré...
— Gomment I vous étiez couchée I
— Je veux dire qu'elle était couchée. Je me son ttmiTéei les bras d'un homme...
— Dans les bras d'an homme! Vous faites erreur , madame, vousl
11 ne fut pas po8s9)le h madame M usouetto de se calmer : de Amneof l'avait ensorcelée. Elle fut obligée de s^asseoir sans étrepamnoeiriémoigner.
'Quand die fut assise, de Foumcof lui souffla h ToreUle i
*— le vous avais bien dit que vous perdiez quelque chose.
— Mais quoi donc?
— Vous perdiez contenance, charmante dame. Mademoiselle do Bcauprcau succéda à madame Husquelte.
— Dites ce que vous savez sur l'état de mademoiselle de ToonAbstaS' ' que vous êtes entrée dans sa chambre.
— Oui, monsieur le président.
Mademoiselle de Beauprcau devint cerise.
— La partie placée au dessous do la tôte...
— Quelle est celte partie?
Mademoiselle <le Beaupréau fut pourpre ; la pudeur l'étiani^riU
Elle se repirit :
• — La partie qui est près des épaules...
— Mais quelle partie? Nommez-la.
— La... le...
— Le quoi?
— Le sein, dit-elle enfin, était découvert
L'expression sortit avec peine des chastes lèvres pincées de maâemftselle de Beaupréau.
— Ensuite?
«— Le dessus des genoux, monsieur le président... —Qu'entendez-vous .par le dessus des genoux?
— La jambe...
— Ne voulez-vous pas dire la cuisse ?
— Oui, monsieur le président; la jambe était éçratignée.
Ayant pitié de la souffrante retenue de mademoiselle de Beaupréau, le président no l'interrogea pas davantage.
Un nouveau frémissement de curiosité fit onduler toutes les vaguea ûa imssin, qui devenaient plus longues ^ plus sourdes sous bi tsinte soato du jour, qui finissait.
Madame Dalzonne allait parler.
* Dès qu'elle se montra dans Tétroit espace où étaient les témoiiis, IH 'et Calveyrac la prirent par la main et la conduisirent en faoe4n préodent.
— Courage, madame I lui dit bien bas Calveyrac; Bt la vérité sortatftl Comme sa main pressa celle d'Abel 1
Le président pria madame Dalzonne de ^ttter son dhapeau.
Au ]our pAle et doré répamiu dans Tfoémicyde, sa fi|;uro sonffiEStitSJen fut plus belle. Sa décoloration était celle d'une jeune mère ou d'une aeor atn& ; car le bon sens éB toute sa vie lui donnait l'énergie de ne fw at trahir tout de suite par la faiblesse de l'amante.
— Est-il vrai , madame, lui dit le président, gue vous agrez eiigigé t'aocusé à adoucir, par divers moyens que vous lui conaeilliffls^ " ^ ' «nonle de mademoisrile de Tooralbef
ut mAobgin do pbcq. S81
— Oui, monsieur.
«— Vous communiquait-il ses lettres avant de les envoyer? La ré|)onse de madame Dalzonne se fit attendre. «— Oui, monsieur le président.
— Accusé , dit le président , vous voyez que ces lettres sont bien do Tousy puisque vous les montriez à madame Dalzonne.
«^ Non 1 eUes ne sont |»as de lui, s*écria madame tefaMMttie en ëteVilant wm bns veis une ûnage du Gbrist; elles ne sont pas do «lui I N'estH^ipts A'allBBnesont.pas de vous, menstear? Voues n'avez pas ditqu'eUes^étaiilit 4e voisaii-iiKMn&I
^eos les ccBUFS battirent à l^dxpnaâonque inadame'MzniMdoÉÉaà gts^pafole».
-— > Manmez-vous de qm elles :peiiv6nt te« , madame?
—Je ne fépotidrai pas à cette question.
— Abandonnant à regret la poursuite dVn'éclaircidsenfent tout €n4b- ^mr de raocusé, la cour vous 'demandera alors > 'madame, ^ les dés de vos antres appertemens ouvrent cdloi de mademoiselle de QtaraU».
— Non, monsieur.
«—-Cette chambre a-t-élle une désignatibn perticolièra'?
•^On l'appelle k calriMi M&u h cansede la couleur de 8ea<MfÉnB.
^ Qui l'occupait avant mademoisdle de Todralbe?
•— Monsieur Abd.
— iVnBipioi Ta-t-il quittée?
— Les reflets ne convenaient pas h ses éludes de dessin.
-^ GtQfM-vous, madame, que l'accusé eût de l'amour pour uiadenièè- «eBe de Touralbe?
-^ Nullement.
La répKque fut si nette, que Gâlveyrac en -fnénit : là jahmsibiatsMilB de la lémme s'était -pent-^tre dévoilée.
— Ma tlol» me commande, niadamto,ide toos adr^ser vme ^dâicale et de solliciter de veus-mie lépOMë matèm. k votre i M. Abel aikne-t-il quelqu'un?
La tdte-de madame Dalzonne ftiiMit, «lie était h bout ê^ son «mnge. Le silence de madame Dalzonne se prolongbait.
— Ma question, madame, n'est pas •mdiiféretite, «i elle e^ tanHe. :Fer- «aetle^moi de la renouveler.
Aucune parole ne sortait des lèvres ifle madame Dalzonne.
«— Vos malades sont vos amis; vous les conseillez, ils vous eansultent ; vous eomptez leurs pas, vous savez ieurs actions : qui mieux que vocs peut me répondre ?
^ Moi, monsieur I répondit Abel. Que mon avou me sam^on mis perde : f*aime!
Des fpplaudissemens ^iranlèreBt la salle. Le Séhtiment qui Utealt -ipplnidir éuit indistinct, oonftis ; le doute arrêtait encore l'émotton ; mm nod explosion était nécessaire à tant de ixâtrines
■Lefrésident respecta cette expansion f
a était nuit.
Six heures sonnaient.
'— L^audience est levée, dit le président, fille sera iretwlie àdit hlMMI» ce seir, pour entendre le témoin Ghampeianx , mademoiselle de Tmiiltb #1 les «Kpert»^crtvains.
VhMk da Réseffoir, adoasé an m mlk% fnt Feodroit eonrcno où 9e rendirait, 1 ékm» « m^ff^"^ MAmoe, le docteur Calrejnc eC les i fai maiiOD de surté. Tandis que dMcan d*eiu se fusnt 1 petit csbioet de repos , qœlqbes mets simples pour lépaier là frtafls de la jooniée et supporter celles de la Diiil; tandis qoe le baron de fiv^ Denf* moins sobre oa entendant mleiix le prix do teaips «pies V» dftperdition de fSorces de plusiears heures , s*encadrait entre qoalre boqgief dans le grand salon dn restaurant « et se dilatait les sens à la fanés d'un canard ans narets placé devant loi , le docteur et ■wdam^ Dii. zonne se confiaient leois craintes et leors piessentimens sur rissue di procès*
Sans babitade des aOores de la justice, madame Dalmine s^efitaTaift de récbafsiida^ dressé antonr d*an fait qa*elle slrritait mtoe de Toir discoter, tant il loi paraissait impossible à soutenir. Deoois les pteoders |oors de raocnsatioD jusquli la dernière minute de cette demiàre audience suspendue , convaincue qu'Abel était injustement compromis dans un débt ténébreux , eDe regardait les juges comme des nomaies prenant plaisir à torturer la vérité , ne pouvant plus, ainsi ou*autrefois, torturer les gens. Pour elle, rien n'était plus simple à conaure oue ce uocès : mettre sur-le-champ Abd en libôrté el chercher ailleurs le criminel. La reste ne la regardait pas ; mademoiselle de Touralbe obtioidrait répara» tion de qui il lui plairait. Ses pensées pétillaient comme ses paroles, comme ses yeux , au souvenir des scènes judiciaires , dont Témoticm la poursuivait encore dans le salon où Técoutait le docteur Calveyrac*, naà péniblement affecté , mais plus contenu cependant. Avec une ignorance dont elle semblait fière , elle jugeait la marche des débats et la superstition des formes ; tout cela , selon elle, pour un mensonge I Sa raison s'en révoltait. Et lorque Galveyrac cherchait à lui expliquer la position des juges, forcés d'arriver à la connaissance de la vérité par runique chemin des preuves, procédé difQcile, lent, délicat, mais rigoureux, son bon sens ordinaire lui faisait défaut ; elle échappait aux raisonnemens de Galveyrac. Il fallut l'autorité d'un exemple bien choisi pois qu'elle admît enfin avec le docteur des circonstances où la justice n'avait pas le droit de se dispenser do mettre en doute , ne fùtr-ce que pour un temp limité , Tinnoccnce de l'homme le plus recommandable par ses antecédens. Galveyrac lui 'peignit l'embarras d'un jury à qui Ton présente des lettres signées d'un accusé , des lettres toutes pleines de Mils irrécusables , et que l'accusé nie être de lui.
Le coup porta. Ge n'était pas indifféremment que la flèche avait été lancée : n'était-ce pas dans un cri parti du cœur que madame Dalzonne avait nié la participation d'Abel h cette correspondance où les juges et je public, confondant leurs convictions , avaient vu le témoignag^e incontestable de l'amour, trop tard démenti, d'Abel pour mademoiselle de Touralbe? L'impression serait longue à effacer dans les esprits une fds prévenus.
Gomment reprocher aux juges de se plairo à l'obscurité lorsqu'on les y plonge 7 En protestant devant Dieu , ainsi qu'elle l'avait fait, qu'Abel n'était pas l'auteur de ces lettres , ne laissait-elle pas présumer qu'elle connaissait la main oui les avait tracées? une énigme portant sur un fût si aravo ne mettait-elle pas en déûance la conscience des jurés? A qol la uiute? à elle , à madame Dakonue. Cela avait nui à Abel ; oda avait
àltérô', jiisqa*à une prochaine réaction de Topinion , Tidée avanU^use conçue de lui à rouverture de Taudience.
— Hais i*ai dil la vérité! s*écria madame Dalzonne ; cette correspondance n*esi pas d*Âbcl. Docteur , se res)riU-elle y dominant une pénible suffocation , ces lettres sont de moi I Oui I je les ai dictées ; oui , je les ai imposées à Abel , qui s*est astreint pendant trois mois à cette correspondance; oui« j'ai forcé sa maini oui, idées, expressions, phrases pasHonnéà , demi-aveux , tout est de moi! Je n'ai plus de honte a avoir devant vous , si j'ai encore , mon ami , des douleurs à vous donner. En aimant Abel, je craignais de n*en être jamais assez aimée, et surtout qu'il se lassât de moi. Esprit faible, je l'amusais par le chansement , en le jamenant vite à moi dès qu*il s éloignait trop et me peraait de vue. Sa
Mberté s'estimait plus grande de cette facilité à travers laquelle passait le fil <Â il était attaché. Ma conduite n'était pas une erreur; mais à quel prix j'en ai acquis la conviction I J'ai marché sur le feu I Non , je n'ai ns vécu, au milieu de tant d'essais, de tant de risques! Deux fois j'ai été sur le point de perdre l'amour d'Abel. La correspondance dont la justice s*e8l armée contre lui remonte aux époques de ces périlleuses tentatives. Je vous le répète, j'y forçai Abel, sûre que mademoiselle de T6araibe renfermait trop de séductions en elle pour qu'Abel ne fût pas ëbtoui, distrait, captivé; sûre, d'un autre côté, qu'Abel ne le serait pas i^us long-temps que je le permettrais. Cette dernière fois je lus sur le point cte me tromper ; je le crois encore du moins. Et vous vous sou- Tenez du jour où vous me dites , au retour d'un voyage à Versailles et en terminant une visite que vous m'aviez faite pour me parler de vous» unixiuemeot de vous, docteur , vous vous souvenez de ce jour , n'est-ce pas , qui n'est pas plus effacé de ma mémoire oue de la votre , où vous me dites ra parlant d'Abel , car je n'avais parlé que de lui avec vous : Ged guérira cela? Eh bien ! vous me prouviez par là oue vous compre-* niez, vous aussi, la dommation nécessaire, infaillible de cette jeune femme sur les pensées flottantes du malade au moment où je commençais, moi, à la trouver dangereuse , et où je cherchais à l'élcngner. Tous MS deux , vous et moi , nous voyions un même moyen de salut au fond de cette diversion, dans l'emploi de laquelle vous ne risquiez tout au plus que votre amour-propre, tandis que j'y jouais mon repos. C'est donc moi, moi seule qui suis coupable de cette correspondance que, sans mensonge , la justice ne peut attribuer à la plume d'Abel , qui n'aima jamais , non jamais mademoiselle de Touralbe.
— n n'est qu'un moyen , répondit le docteur, de répandre la lumière sur oe fait si important , c'est de tout avouer.
—Jk vouer en public que j'aime Abel !
-» Oq le laisser condamner, madame; car mademoiselle de Touralbe* sera crue si elle a le courage de dire que ces lettres sont d'Abel.
<— Kh bien I ie le dirai , je l'avourai ! Mais quelle tortueuse histoire à neonter I que de paroles pénibles I que de honte !
— > ie vous épargnerai cette honte : c'est moi, madame , qui instruirai le JU17, qui lui dirai avec réserve combien Abel a été aimé par une autre isnuBe que mademoiselle de Touralbe ; et si Abd vous aime , madame, aH sent toute la valeur de votre beau sacrifice , il vous offrira son nom , sa maiB au sortir de l'audience.
'^Etmoi je vous jure que je refuserai son nom et sa main; car,pv les larmes dont vos yeux sont remplis, docteur, par votre admirable abnégation , je jure que je ne serai jamais la femme de personne, ne po«irant plus être la votre 1
—> Vous savez, madame, que, le jour où finira ce douloureux proeès, je serai sur la route du Havre, de là sur l'Océan.
—-.Ainsi, docteur, vous direz tout. Déslamorez-moi ; c'est convenu» 1 ; dans une heure au Palais.
S34 us HÉDEGIN W PBCQ.
La voix do madame Dolzonne s'éteignit dans les saoftlols. Elle tfodU h main au docteur, qui la pressa. Calveyrac sortit de rappartdMqUwas «avoir où il allait.
Ayant besoin d*aérer sa poitrine , où trop de douleurs avaimt ét^dhlenues , Calveyrac traversa les salles basses de Thôtel et sertit ptt k selile porte qui donne sur le parc même du -diâleau. A peîae «nâNi fat quelques pas qu'une petite main se posa sur son bras : c*élaiC Bof»- «onnelteHsinq-heures.
— Vous ne me saviez pas ici, monsieur CalTeynic.
— Vous vous trompez, lui répondit le docteur en l'enMliiMtétK ttno dos allées plantées de buis qui vont de la grande terrasse ataiii— s 4c clôture : vous étiez à Taudience. Mais comment étes^touB ¥«Ha à Versailles, et|M)urquoi?
— Pouvaiâ-je ne pas m'intéresser à ce qui se frit ici?
^- Vous avez raison : cela vous touche au moins autant qute noœ.
— Oh ! oui, autant que vous ! Est-ce que vous croyez que M. AMsl coupable? Gela est impossible, cela est iaui; je le sais, moi! MéispdBrfuoi no Tavez-vous pas dit, vous, aux juges, aux jurés, à tout te ttMri»! on vous aurait cru. J'étais au fond de la salle; j'ai tout entendu. Oh! la j'avais pu parler ! Pauvre marraine! comme elle m'a oeinél GoBBele nondc est méchant I on disait autour de moi que M. Abel aeraitoondalBié Ikarce que rien ne prouvait que le ooiqMible ne Kkt pas lui. firt^e qoe«da cstpe^ble?
-— Je ne le pense pas, répondit le docteur, mais d'nn acmt atipen fésétré que Beigeronnette 'so sentit défaillir.
^— Nous avons peu à faire , reprit le docteur, maintenant fm kinMiie des hommes doit en décider. Que sommes-nous? de |»auvresgn& da la campagne. Résignons-nous, espérons.
Quel décoiiragemont dans ces brèves paroles de Calveyrac!
— Vous voilà, mon Dieu I comme M. l'abbé Vincent; il me tenaUle même langage en route.
— L'abbé Vincent est donc ici ?
— Je Toi prié de m 'accompagner, et je l'ai tant prié qu'il ne mVills refusé ce service. Mais par quel moyen nous rendre id? plus de plaees aux voitures depuis trois jours. Il est parti tant de monde pour cepracès! Où se procurer une carriole et un cheval sans dire où l'on allait et anc ^ui l'on allait ? Nous sommes partis à pied tous les deux.
— De Fromainville à Versailles à pied, chère enfant!
Le docteur prit dans ses deux mains la pauvre jolie petite fdie de Bergeronnette ; il l'embrassa au front.
— Maintenant je ne suis plus fatiguée, monsieur Calveyrac. •
— M. l'abbé Vincent , reprit-elle , ne marchait pas h côté de ihoi sor les chemins fréquentés, je passais devant; nous nous rejoignions daislK champs, où nous nous reposions parfois sous quelque noyer; ffisuitenoas BOUS remettions en roule. A dix heures nous étions à fa porii[>*dti>Mis 4e justice, où l'abbé Vincent m'a quittée. Je crois qn*il est tilé s^ssurer «ne chambre pour la nuit chez un vicaire de ses amis, logé an txmtde la grande avenue. Je compte le revoir; nous retournerons ensenibleàMK nainville.
— Je le remercierai de sa bonté pour tous, dit Galveyrae. Maisqinitfuoi ôtes-vous venue , fieigeronnette? n'auriez-vous pas tout «u Idhtef Oui, vous m'avez dit pourquoi, s'interrompit-^l : pardon. Dlfe»«noil^Mlt m que vouschœchez ici, maintenant. EstMse-moi?
— C'est vous, monsieur Calveyrac. Je veux voir madame DolwniB^lB l)6ux lui parler tout de suite, avant la reprise de Taudience.
— A votre marraine?
— A elle-même, à elle seule. Conduisee^moi à son i
— EstHX) que je ne dois pas savoir pourquoi?
LB MÉOBCm DD PECQ. '935
» !96n« monsieiir Calveyrac^ noni il iaat que nous ne soyon s que nous àmtf elle et moi.
— Songez qu'elle est bien triste, et, honnis Abel y quelle autre pensée est-éDeci^biiêi d'avoir en ce moment?
— Cestde M. Abel aussi que je Tentretiendiai : je puis le sauver; c*ést mon espoir, c'est mon idée ; j'ai une idée I Mais bâtcnis-nous !
Dans la ferme volonté exprimée par Bergenmnetle de voir sa manalne se manifestait toute l'autorité du droit, tonte la chaleur d'une espérance inspirée. Elle demandait ce ou'elle aurait exigé uneminute plus tard, ce qu'elle aurait accompli sans rintervention de personne. Cal veyrac ne l'accompagna que jusqu^à la porte de la chambre de madame Eialzanne ; Bergeronnette entra seule.
Sans même prendre le temps de s'asseoir, elle dit à madame Dalzonne, surprise de la voir:
— J*étais au Palais, j'y suis restée toute la journée comme vous. J'ai entendu ce qu'on y a dit, et j'ai eempris qu'on voulait condamner M. Abel parce qu'il aurait tenté do déshonorer mademoiselle de Touralbe. C'est un mensonge, c*est une calomnie, vous le savez aussi bien que moi ; son amour pour elle est aussi un mensonge, et c*est ce que je sais , moi ,*moi senlel
^ Toi seule I s'écria madame Dalzonne.
— Moi seule ; et je viens vous prévenir que je dini ce soir au tiîbiniél qu*H est si peu vrai que M. Abel ait aime medemoiselle de Touralbe, malgré ces lettres au sujet desquelles je n'ai rien compris, que c'est moi» Beigeronnette-cinq-heures, moi seule qui suis aimée dfe lui.
— Mais ce n'est là qu'un prétexte, biBQbutia,pâle comme son moudioir, madame Mzonne. Tu n'as pas mûri ta démaiâie. Cest une imprudence, une folie, une invention contre une invention.
— Ce n'est pas une invention du tout : je Palme et il m'aime, et depiis long-tBÊnpSy et depuis toujours, depuis quilest chez vous. Une invention I «iqui l'a dit? Abel eu oonviendra lui-même devant vous » devant tout le monde, devant Dieu !
Madame Dahonne n'était sortie du tribunal que pour subir la torture; «t ce qui l'effrayait au delà de toute expression , c était le désespoir s»lennelqui était dans la voix de Bergeronnette.
— Non I ce n'est pas une invention, répéta-t-elle. Sans doute je ne suis passa femme : je ne soutiendrai pas cela ; mais je suis sa maîtresse, sa maltresse bien vrai et bien aimée , et je ferai tout pour le sauver, n'importe cxHnment. On rira, on me déshonorera, mais qu'importe? je le sauverai'l Je m'ra irai du pays sll ne m'épouse pas ; et tout sera dit.
— Cm t*a prévenue, lui dit madame Dalzonne, une autre femme fa devancée : eue a arrêté de dire ce soir aux juges qu^elIe était Ja màtlxean d'Abel.
— Une antre femme I Et quelle est-elle t
Les deux femmes se regardèrent comme deux lionoes
— C'4st moi ! s'écria madame Dalzonne.
— Tous! vous direz cela I Mais je ne voosle laisserai pas dire, Je le ^âirA la première. On ne vous croira pas , vous , et Ton me croira, moCI Où est votre enfant? J'en ai un de lui , d*Abel; il est vivant! nEêl le .(rendre dans son berceau , et je le mettrai aux laeds des jqges et je leur oai: —Tous me croirez mainicimnt : voilà remant ffAbei et de moil^ Vt qoeme répondrez-vousT
— jlh l répliqua madame Dalzonne, on vous a donc «ppris ee 411e ^om teÉlet tant à savoir? Vous qui m*«vez tronqiée , qui m'aviec dit que cet VDflknt était mort avant de naltrel
— Et h mon tour j'ai qqiris dqwis, reprit BeigeromiAtey^ueTons Mai jmarivde. Yoas iraes pas benieuse nia marraine, tknmeai elles eoMeutlOBig-iettpseofflprlméun mBoetnésktOfle élaii»
236 LB Mtoscm DO pboq.
madame Daizonne et Bergeronnette tombèrent dans les bras runederantie et restèrent embrassées sous leurs larmes. Leur rivalité» leur ialoiisiay kur inimitié passée s*cffaçaient devant Tintérôt commun, immenae^'^bas se partageaient comme sœurs, comme amantes, comme femmes, poar m homme, amour de Tune, amour de Tautre, désespoir de toutes deux. Leurs diaudes oppressions, leurs soupirs plaintifs, leurs âmes désolées se nâèrent , et ce concert de tendresse les fit meilleures toutes deux.
Quand elles se furent dégagées de leurs étreintes, elles se dirent en si regardant avec une résolution sublime, unanime, divine : .
— Sauvons-le, Dieu fera le reste I
Et ce mot voulait dire : Pour le sauver, allons voir quelle sera de 000 deux celle qui se déshonorera le mieux à la face du monde.
XUL
A dix heures précises les portes du tribunal se rouvrirent à une fods plus nombreuse et plus impatiente encore que celle du matin. Des curiosités nouvelles s*étaient éveillées dans Versailles au récit des épisodes jih didaires de la nremière audience. On avait pris chaleureusement parti pour et contre dans les salons , où les réunions d*hiver oommençaieot à
r oindre ; dans les cafés, oh des paris avaient été engagés sur la sentence intervenir ; et il va sans dire qu'on no s'entretenait que du grand nrocès le long du Tapis-Vert et autour de la pièce d'eau des Siûsses. En général, les jeunes femmes ne faisaient pas jusqu'ici pencher leur opinion en faveur de mademoiselle Laure de Touralbe ; les vieux maris seuls, par une espèce d'instinct de conservation, et les mères, à cause des principes, désiraient la condamnation d'Abel. Les jeunes gens s'amusaient de tout, delà déposition do madame Daizonne et de celle du baron de Foumeuf ; pitié pour personne. A Cal vcyracs'ar rotait cependant la légèreté de leurs propos; un cortège respectueux accompagnait son caractère d'homme et de savant. Au sortir de la dernière audience, toutes les têtes s*étaient découvertes devant lui.
Le jury entra en séance dix minutes après l'ouverture des portes. La salle était si compacte qu'elle no formait qu'un corps, qu'une vaste tête illuminée par la clarté des lustres du plafond. Quoiqueaussi émue quedaos la matinée, la foule parut moins turbulente , soit qu'elle n'eût plusàso fatiguer pour comprendre l'exposition du drame auquel elle 2^^sistaà» soit, comme il advient souvent , qu'elle fût entrée dans une plus étrnte communauté de sensations avec toutes les parties dont elle se composait. n arrive un instant où la foule devient famille par la chaleur du même sol qu'on presse, par la fraternité du coude, par mille petits ponts magnétiques jetés de l'un à l'autre individu.
Les témoins avaient repris leur place; Aboi occupait son banc d'accusé: Calveyrac était assis près de lui ; sous l'estrade des juges on voyait ks hommes de haute distinction présens à l'audience du matin.
Champeaux fut applé.
n avait supprimé les formes compromettantes de sou républicanisme : ses moustaches et ses épais favoris avaient disparu sous le rasoir; il était mis convenablement.
— J'ai apporté peu d'attention, dit>il, au mané^ amoureux de If.iM pendant mon séjour à la maison de santé. Quel mtérét avais-je à celât Que sais-je de plus que les témoins déjà entendus? que dirai-jet que je me souviens de la joie de M. Abel à l'arrivée de mademoiselle de xoo» ralbe? Cela vous a été dit; qu'il écrivait lettres sur lettres à la noaveUa
pensionnaire , et que cos leltres étaient portées chaoue matin par le domestique de M. Âl>el à rappartoment de mademoiselle de Touralbe?Cela TOUS a été dit.
Le public et le jury n*avaient pas Tair de convenir que cela eût été si eompiétement dit.
— Fait si bien démontré , si peu récusable, continua Qiampeaux, que je ramassai un jour nar hasard cette lettre , probablement de M. Âbel , égarée sur le palier ae la chambre de mademoiselle do Touralbe.
La lettre fut aussitôt décachetée par le président et passée aux Jurés. Elle était de la môme main que les lettres incriminées.
— - Que vous dirai -je encore ? que M. Abel, sous prétexte de faire faire une promenade à mademoiselle de Touralbe, la conduisit très loin dans la forêt de Saint-Germain , et ou*elle no se sauva que par un hasard miraculeux de ses mains en se réfugiant au couvent des Loges?
Quoique courbé sous la pesanteur d*un sommeil d'habitude, aggravé des longues fatigues du jour, Âbel se leva tout tremblant de colère et d*iDdignation. Sous la lueur des lampes, son frond* blafard et ses lèvres contractées firent craindre pour lut quelque perturbation nerveuse.
Calveyrac lui posa la main sur Tépaule, et, s*aaressant à Giampeaux , il dit avec calme :
— Je viendrai en aide aux souvenirs de monsieur Champeaux. Le jour oii il fut témoin de cet enlèvement il neigeait beaucoup , et pendant la nuit qui suivit cette journée, monsieur Champeaux se leva vers les deux heures et traversa la galerie suspendue sur la cour intérieure do la maison de santé, n était deux heures après minuit : monsieur Champeaux doit se rappeler où il allait. Je lui demande pardon de l'avoir mterrompu et le prie de continuer.
L*orage soulevé aux paroles accusatrices de Champeaux ^pl^na sans éclater.
Au moment où Abel s'était trouvé debout , madame Dalzonne allait se lever; mais madame Pingray, dont nul n'avait remarqué le mouvement» l'avait forcée à s'asseoir.
La main en sueur d'Abel était demeurée dans celle du docteur. Peu après, sa lassitude le reprit, son front s'inclina, il s'assoupit.
Chose étrange ! la voix de Champeaux, claire au début de sa déposition, fut atteinte d*un enrouement subit.
Pourtant il poursuivit :
— J'avais raison d'annoncer que mon témoignaj^ n*éclaircirait pas beaucoup l'affaire dans laquelle je dépose : j'ai peu dit, il me reste encore moins k dire. Je crois encore me souvenir d'une soirée d'hiver où M. Abel parut 81 agréablement surpris en voyant mademoiselle de Touralbe costumée en villageoise de son pays de Foix, qu'il oublia sa misanthropie pour jouer au piano l'air d'un pas national, qfxe dansa avec complaisance mademoiselle ae Touralbe. Je n*ai plus rien a ajouter à ma déposition. Absent de la maison de santé depuis le mois de juin, je ne sais aucun des détails qui se rattachent à l'accusation principale.
Champeaux se tut.
Blalm rintemiption de Calvevrac, la salle fut riche de trois faits considérables à la charge de l'accuse. Elle revint par un reflux plus large à l'opinion déjà émise qu'Abel, innocent ou coupable, avait ressenti de l'amour pour mademoiselle de Touralbe, qui, depuis la même déposition, fut soupçonnée aussi de ne s'être pas toujours assez défendue d'une passion qu'clte ne partageait pas.
Rien ne se compare au désir qu'avaient maintenant les spectateurs de ▼oir mademoiselle de Touralbe ; c'était une inquiétude unanime et mol contenue, une envie dévorante.
Cependant deux experts en écritures devaient être entendus avant mademoiselle de Touralbe. Pouréprouver leur intelligcnoe, on avait mdlé de*
298 lA MBOiaN DO PSGQ.
vani eux quelques lettres d*Abel aux modèles d'écnUives obtMWft de toutes les personnes logées dans la maison dosante ; et, afin qnllspiii— i dénoncer les analogies entre ces diverses écritures dont la coUeciM»l0ar a? ait été communiquée et celle do la concspondanoe. saisie, cbainDravtagraphe portait un numéro d*ordre.
Le premier expert appelé fut \L Podrel.
Gras et poudre à neiêe, M. Podrcl datait de loin ; son habit était d^ma ampleur prodigieuse^ Quelle prodigalité de drap sur un ventne da pr* gode!
— - Employé dans la Compagnie des Indes, ditr^lypour la oonfectîov ds tableaux comparatifs des denrées en haute bâtprde et pleine coulée,. je justifie la confiance dontle tribunal m*bonore depuis vingt ans. i'ai obbparé les lettres qui m'ont clé remises» avec les autogrg^es particolien émanés de la main d'autres personnes, et mon opinion s^est formée. L'aotographo n» 1 n*est pas d'une écriture semblable à celle do Fauteur des leW très incriminées. Cet autographe n« 1 est d'une écriture du bon temps: die est noble, majestueuse, royale; c'est celle d'une personne lûen net
L*autographe n» 2 n'appartient pas non plus à la jnain qui a écrit las lettres k mademoiselle ae Touralbo ; il est d'une belle bâtarde et comme il faut regretter do n'en plus voir beaucoup, écriture chaste et religieusa.
— Votre appréciation, monsieur Podrel, sera longue si voua noois dooi' nez pour chaque autographe une analyse aussi approfondie.
— En ce cas, monsieur le président, j'ai fini, répondit M. Podrel d'on ton digne et piqué, j'ai fini. Je me bornerai h dire, à soutenir que Jes lettres attribuées a l'accusé ne sont pas sorties do sa plume , mais de celle qui a tracé l'autographe ifi 6.
L'autographe 6 était de Cabassol.
De Foumeuf s*écria aussitôt:
— Mais c'est h ne pas y croire I Non I M. Cabassol n'a jamais songé b captiver mademoiselle do Touralbe ! H y a évidemment erreur de la part de monsieur l'expert, dont je no conteste pas lo vaste savoir , mais dont il m'est permis de mettre on doute cotte fois seulement la clairvoyance. Je défends monsieur Cabassol d'une injurieuse induction.
— Votre défense est une insulte I cria en écumantio vieux foumissev aux armées de Sambre-et^Meuse qui ne savait sur qui se ruer , ou aor Texpert ou sur de Foumeuf. Je vous passerai mon épée au travers da corps I
— Ce scandale no peut être plus long-temps toléré, dit le président; Témoin Cabassol, respectez-vous !
— Et respectez, dit l'expert Podrel, le jugement impartial d'un- expert en écritures, emplové dans la Compagnie des Indes pour la confection dtf tableaux comparatifs des denrées en hauto bâtarde et pleine coulée.
M. Podrel ait cela et s'assit.
L'huissier nomma de sa voix retentissante M. de Saint-Nectaire, antn expert.
Au sourire dédaigneux avec lequel il regarda M. Podrel, on mesonil rinimonse intervalle tracé entre lui et son concurrent. Ces deux beaux g^ nies en expertise d'écriture ne semblaient pas s'admettre réciproqueneoL Tels Racine et Corneille.
— Je ne restreins pas le champ de l'écriture h trois espèces, dM^comme do prétendus maîtres experts. Nous avons, grâce au ciel , secons lo joug d'Aristote, nous aussi ; nous avons inhumédansle même tombeaa In bâtarde et la atuléo. la demi-coulée et la demi-bâtarde. Comme la pensée, récriture est inllnic dans ses formes.
Avec quelle pitié M. Podrel levait les yeux au plafond !
— Nous avons , continua M. de Saint-Nectaire, l'écriture molle lym^ rhaliquo, sans inspiration et sans études; l'écriture blonde, oil se tnhit la candeur des jeunes filles, aux Z aériens, sveltes et naïfs ; l'écriture pas^
.AMil'tds-eMBOlèFes vontayeugiément an but,, dévorent b ligne, la poBOtuatjoD, philosophie de notre art; nous avons Fécri^
ir fait dépourvue d'élan ; nuis encore l'écriture ioyeuse et mondaine^ dont les pansesd*» soni débraillées ; récriture avare, récriture jalouse, récriture ingrate, récriture reconnaissante , et autant d'écritures enfin qu'il y a dfaocîdens dans la matière inanimée et dans la matière intelliffente.
•* Est-ce que vous avez autant de canifs que vous avez a'é<^lurosT demanda ironiauement M. Podrel,Ie représentant de l'andonne méthode» à M. de Saint-Nectaire.
Àvaai qu'il fût permisà M. de Saint-Nectaire de réunir assez de sang>* fjpoîd-pour répondre h M. Podrel, il fut ainsi interr«)gé par le président:
— Touteiois^ à qui attribuez-vous les lettres incrmiinées dont vous avez examiné les caractères?
-* Je n'hésite pas à ploclamer ici qu'elles sont delà mCme plume qui a tracé l'autographe n» 5.
Et rautographc 5 élait celui du baron de Fonmcuf I
Quelle revanche offerte à Cabassoi I Mais Cabassol n'était plus là de* puis un quart d'heure.
Lmn de se fâcher , le baron eut l'air d'un homme heureux d'être dé* masqué fil souriait dans sa confusion.
Au bruit de la salle, jetée dans une nouveHe série de doutes par ces dé* positions contradictoires de deux experts fameux, Abel sortit de Tcspèce de demi-sommeil auquel il cédait malgré lui depuis une heure environ. Quelque» mois l'ayant mis au courant de la discussion, il s'empressa de dire au tiibuual que l'œuvre des experts était parfaitement inutile, puisqu'R n'avait jamais eu l'intention de nier que les lettres adressées k mademo^ salle de-Toorelbe fussent de son écriture. Il les avait toutes cnvoyées> toutesécrile9;niai8 une autre personne les avait dictées.
M. Podiel et M. de Saintr-Nectaire furent pétrifiés du coup. Engouffrés touedeux dans un vaste tourbillon de rire, ils forent renvoyés de la saUe, borsde laquelle ils eurent la liberté de se regarder en face et de rire auteur, tour.
Siilnicideot de la correspondance ne sortait pat de sa première (Asca^ rilépan l'aveu si inattendu d'Abel, il approchait d'une solution immédiate» can-ie^nam.de mademoiselle Lanre de Touralbe avait été enfin prononcé parriwteier.
Succès difficile aux cours d'assises , dont les habitués ont le goût ph» déUcMcque ceux des-théAties, jnademoiseUe de Touralbe ne descendit pas> quand on l'eut vue, daae la haute opinion qu'on s'était formé d'elle. Ua mélange d'assuranoo et de timidité empreint dans sa démarche lente et fetwfdTm valut le hnujseeaient flatteur, qui raccompagna , de pUne en place, jusqu'au, fauteuil en velours rouge préparé pour elle en face dU' président. Ce fut d'un geste plein d'aisance et de grâce qu'elle dénoua son cbaneMi4ie P^Ue, tout, vaporeuii d'un voile blanc jeté sur des fleurs, et qo*jejIe te rpmii 2iBiaiica,.aont le bras l'avait soutenue en entrant daosla salle* .Ses beUiea masses de boucles blondes flottèrent alors dans la pente giacieuse de ses joues unies et tendres, pâles et rosées comme lesfèuillee. . de l'hortensia. Elle était en blanc, simpkcité solennelle d'un effetindicible aa.milieu des robes noires des avocats et des costumes sombres des jurée. JMmit sur un point éclairé , centre moral et centre physique d'une, salle iHunense, .silencieuse au sein . de tant de choses bruyantes, chargée de lent nntérét d'un drame de feu , portant en eUe le dernier mot de tant deconbinaiaoos diverses, elle fat comme une de ces apparitions finale»
2ui se montrent à l'heure des grandes révélations. Car les hommes pnn uiseni euMnêMesces-taMeaux- qui ttenneni de reachantement, et qu'ils
nient parce qu*ils y participent. Leur souffle s^arrête, leurs yeux floal fiait' leurs oreilles ne s'ouvrent oue pour recueillir un son ; ils s'emprimiiieot dans une idée, dans une salle ; us s'éclairent à l'ardente réFerbmitioades lampes ; et ils ne comprennent pas ensuite qu'on s'élèTe anx qthènsks {dus hautes et les plus transparentes du monide idéal.
Sur le bord du fauteuil près duauel mademoisello de Touialbe était d»l>out s'appuyait sa main gauche, dessinée dans un gant Manc.
Âbel était presque endormi.
Afin d'attirer un peu d'air dansle tribunal, on avait ouvert deux cioiséa; on coin du ciel était visible : des étoiles et des masses tigrées de niuges lemplissaient ce panneau.
Blademoiselle ae Touralbe refusa de s'asseoir.
Sur l'invitation du président, elle revient sur les laits antérieaiB;«lB les raconte avec une pudeur si adroite que rien ne blesse et que rien n*flBt omis. On sent palpiter l'expression sous le voile; car l'expression est colorée avec une chaste exactitude.
— La nuit de l'événement, avez-vousentenduentrer dansvotredbamlBeî lui demanda le président.
— Non, monsieur ; je dormais.
— Votre porte était-elle soigneusement fermée au dedans f
— A double tour, comme d'usa^.
Imaginez-vous le moyen qu'a pns l'accusé pour s'introduire diez vous?
— Je l'ignore. •
— La chambre où vous étiez avait-elle été occupée avant vons ?
— Par M. Abel lui-môme.
— Et ensuite par une jeune protégée de madame Dalzomie , répondit Calveyrac, suppléant au défaut de mémoire de mademoiselle de Touialbe.
— Est-il vrai, comme il paraît résulter des débats , qu'il vous ûmait depuis le jour où vous êtes venue à la maison de santé?
— Je n'ai aucune raison de le supposer : les attentions dont M. Abd m'a entourée n*avaient ni le caractère ni l'impétuosité de la passion.
La salle aima cette généreuse franchise de mademoiselle ae Touralbe.
— Reconnaissez-vous , lui demanda encore le président, comme vous ayant été adressées par M. Abel, ces lettres qui Torment une collecliont
— Oui, monsieur le président ; mais, en les remettant à mon défenseoTy je n'y attachais aucune importance. Je ne les considère encore que comme des mémoires dont il était apparemment agréable à M. Abcl de me finie la confidence, le lendemain des journées passées ensemble. C'était une occupation pour lui , une distraction pour moi. Deux malades peuvent sa permettre cela.
Il était difficile de mieux se concilier les dispositions du public, qui ne savait lequel des deux prendre sous sa défense tacite depuis qu'il écoutait une déposition si tolérante et si bonne. Du même coup s'annulait le dévolu nient de Bergeronnette et de madame Dalzonne au sujet de la correqiondance ; si affaibli , l'incident des lettres tombait de lui-môme.
— Calveyrac releva doucement la tôle endormie d'Abel.
— A ce moment môme, le président disait à mademoiselle de Touralbe :
— Avez-vous la conviction profonde que l'homme entré chez vous la nuit du 19 au 20 juillet est bien celui qui est devant vous? Regaidez^y mademoiselle.
La tète d'Abel était soutenue par Calveyrac.
— Je dois vous prévenir que de votre réponse, mademoiselle, dépend la Tîe de l'accusé. Vous savez oue les lois prononcent des peines terribles contre ceux qui commettent le crime dont vous assurez qu'il s^est lendu 4*oup0ble envers vous. L'homme qui a voulu vous désnonorery est-ce l)icn celui-là ? Ne me répondez qu'en le regardant.
^ C'est cclui-lè| répondit sans hésiter mademoiselle de Touralbe.
LE liéDEClM fm ¥E&t*
I iUne
-* Elle m a moûtîl cria um \m%. de femme au fond de b salle; elto eii a menti 1 — Calvc^Tacet madame Dakonnû so rogurdûr^ot : ils connaîgsaieol œltd
Des huissiers et des gardes tnunicîpouf foLiillèrc>nl aussitôt tnutc )a salle pouf arrêter la personîïo qui avait «se prononcer ces mtîts hardis ; iU D6 la trouvèrent pas. Le (limuUe fut violent ; on s'étonna ^ on s'agita ,
dierchâ le sens do ce cri échappé h utieexpbsian consciencieuse* Vaint le président ordonna le silence, menaça de faire vider la salle : I9 d^rdre ne cessa qm lorsque rmtérêt, un instant brisé, se rattacha da^s l*e?iprit de Tauditoir^ , avide de connaître cnOn le dénouement de la séance.
— CJomme U n'^t pas dans la dignité du tril»unal, dit le président, de s^arnïler h cas interruptions illégales , sans valeur comme témoignage , hautement réprouvées, et condamnées au contraire comme Tcxpres^^ion d«> la habid « la déposition de madpmoif^?lle Laure de Touralbe , bien et dûment acquise au proci^, fermera Taudience de cvclto nuit. Demain le Iri* bunaî entendra les plaidoiries des avocats choisis par la partie civile et
ar Taccusé*
Il fut n^pondu aux milliers de personnes eu attente à k porte du trl^ nnat pour savoir le résultat de b séance ;
— il Qsyi coupable l
xLin.
La parole fut aiscordéo auï avocats , et Ton peut croire qu*ib ne laî§^
kfiètent pas échapper Tocca^ion d'user de la liberté ; ils déclamèrent Tuii
' "|Utie aussi chaleureusement et avec autant de conviction qu*ils au-
pétoré dans le riMc opposé. Comme d'usage , ils n^apprirent rien
Aveau au Y auditeurs, n'eclairctrent aucune face douteuse de la cause ;
tnt, et taujoufs comme d'usage , chacun des doux avocats accabla
r^ gfosslèret^ la p[U'tie qui ne Tavait pas choisi pur défenseur. Ce fut uns
fomfi d*armt>s exécutée en présence du jury. Si Tavocat de mademoisotlo
éâ Tottralk> etcitait le rire am dépens de son adversaire, Tadversaire se
précipitait h la barre et ne la quittait pas sans avoir obtenu , lui aussi ,
aoo nre î si celui-ci à pon tour arrachait des larmes d*altendrissement aux
spectateurs, comm^ dirait la Gatrttt dfs Tribunaux^ celui-là réclamai 1
ces larmes; il se tordait, suait, gëmissaiu soupirait par tous los porea
raÛïi d*ârriver h son but. On n'entendait aue c*^ magnifiques points d*or-
^ ue de rargumcnialion ; Ehl me$ntur$!.^* Et ceci ^ignille que l'orateur
*st tu dupoûnu de Impressions pour habiller sa maigre idée; ou encore :
"l y a plus, mefsieufsf.,, Et ceci annonce quil n'a plus rien à dire, qu'il
est h sec çotrmio le dckert,
GoDeodant on convint dans le public que les deui avocats s'étaient élBtm \ \a hauteur de hur réputation ; et il faut Tadmettre , puisqu'on les avait i^nîevés au barreau Je Paris pour les entendre h Versailles. H y a ptuê^ coniuie on dit au barreau, on tes avait dérobés à la tribune na^ tiontle afin de tes fairt^ briller de tout Téclat de leurs t^ilensdans cette iode cause* Dieu î commn ils r 0 dirent ! comme ils ft' indigneront ! [10 ils s*eiiï|>ort(Tt'ntl comme ils eurent des larmes î quelle éloquence t fent lK)nm* m'^sirw et bon pi>ids 1 îns un îég^ ■ in^nt arrivé au plus jeune dôs douï iïl astres ora^
arg» jamnis 1 s barreau du Versailles n'auraient compté d'aussf
e^lle loumrv jtiijsrirun"* Voici ce que fui st^n désîigTémont t il entamait I figure do rhétorique des plus huppées, arrondie et panacha?* c^pabiu
312 LE BléDECIN DU PEGQ.
de durer un quart dlicurc et de rapporter cent tfancs , lorsqif a des jurés, so levant, dit, la main sur le cœur^ à ses confrères et au tribimal: — Messieurs , si Tavocat ne termine ikis sur-le-champ sa plaidoîm^4)ù lo mCme fait a clé reproduit jusqu'à vingt-sept fois, je serai ipfaiUiUtaaeat frappé d'une attaque d*apoplexie , et vous aurez à racosunenoer ISiâtruction.
Et Favocat s*ctait tu au milieu de son triomphe.
Deux témoins manquaient h laudienco, madame Dalzonne et le docteur Calvey rac. Les autres commençaient à prendre la chœe en I 4^t niomo un peu on plaisir : de Fournouf en dig^lrait mieux ; M usquette et mademoiselle de Bcaupréau paraissaient avec une i ioilette à chaque audience.
Quant à Caoassol, il s*étviit complètement éclipsé.
Abel n*assisla pas aux plaidoiries.
Mettant h profit les heures d'intervalle absorbées ]par la défense, mi- ^me Dalzonno couiiit en poste jusqu'à Saint-Gcrmaio. Elledoscc»i£taa Pecq, où Ton était dans la plus grande anxiété sur le sort d^AbeL
Les malades, les convalescens de la maison, les uns du bas de la portPf les autres du milieu de Tescalier, d'autres de leurs croisées» demanoaieDt 4los nouvelles du procès. — Rien de nouveau! répondait , esaoufllél» madame fîalzonne, rien de nouveau I Demaih tout sera fini 1
Bergorin, qui était venu au Pecq pour savoir si sa fille y était, arrêta au passage madame Dalzonne.
— Mais qu'est-ce qu'on dit! que M. Abel sera condamné? Maison condamne donc pour tout, à présentT rien n'est permis! C'est donc regardé comme du braconnage ce qu'il a fait ou qu'il n'a pas faitt car, ma £)i I l'un est aussi indifférent que Taulre. C'est bien cher ce gibier-là , il parait ; gibier du roi I
— Bcr^erin, mon ami, je suis très, pressée.
— Pardon , mais deux mots encore. Vous voyez celte forêt là-bas, b forCt de Saint-Germain, huit mille arpens, bois et gibiers de toutes sortes, propriétés du roi ou propriclés de l'État : eh bien ! si M. Abel est ood- 4amné à quoi que ce soit, je brûlerai les huit mille arpens jusqu'au decnier baliveau , foi de Bergerin I conmie feu Bergerin était mon père, m fier homme aussi I II ne faut au'une nuit et qu'un honune pour ci ; ^xxnptoz-y I Est-ce que ça vaut deux liards le dommage qu'il a cause « cette alouette I SuClill
— Tu ne feras pas cela, Bergerin I
— Je le ferai, ma parole de Dieu I ma fille et mes chiens fus$ent41s«i milieu de la foret !
— Bergerin ! espérons encore. Adieu! Ta fille se porte bien; fOBîA av43C nous à Versailles : nous te la ramènerons demain. Adieu, Ber^cnn!
— Le bon Dieu vous écoule , ma bonne madame Dalzonne 1 Mais ^ 4£s gardes-champêtres de juges se tiennent bien !
filadamo Dalzonno descendit au jardin, où était M. Hourdon; eUesQa le cliercher au fond de son vilain poulailler et l'attira à l'écart, tout Oh 4çhianlé d'une pàiée de son qu'il pétrissait et repétrissait pour ses chvs |)etits canards. Ils s'assirent sur un banc à l'extrémité d'une allésu
La sueur ruisselait sur le visage de madame Dalzonne.
— Dites-moi , monsieur Hourdon , qu'est-ce que M. ChampeauiT ipA <!st cet homme? Sa conduilo à Taudicnce a été affreuse, mais affraoïBl U veut perdre M. Abel I
— Vous vous y prenez un peu tard , ma belle dame , pour ni'adresNr <vWi question, dit Uourdon en détachant de ses doigts, à l'aide de petits fïjorcoaux de branches sèches, le resto do la colle dont il avait régaw sis volatiles. M. Champeaux n'est rien do bon. Ah! il a fait son coup! Je vii'en doutais. Un certain jour, il vint mo bloquer dans mon poulailler pour «t^urracher, plume à plume, des renseignemens sur mademoiselle lie «ou-
LE BIÉDBCnf DD PCCQ. i43
nlbe : était-elle passionnée? ne rélait-clle pas? qiîeî était son pays, son caractère? Il m'ctourdit ; sa curiosité m'amnsa. Si j'avais prévu qu j1 vous intémsaii de connnilro Tindividu , je vous aurais mise au courant de quektttes particularités de sa vie; mais , h vous entendre , je parle tou» jouis trop. Un mois après l'arrivée de mademoiselle de Touralbe à la maison, il était déjà son amant, ou peu s'en faut.
^ Ils s'entendent donc pour faire condamner ce pauvre Abel ?
Des larmes brillèrent entre les paupières de mauame Dalzonne, toute frémissante de la vérité qui entrait dans son cœur. Elle qui avait joué avec tout cela, comçie elle s'avouait fautive I
— C'est le docteur Calvryrac qui m'envoie vers vous, monsieur HourdOD, cour que vous m'aidiez à démasquer cet homme, ce misérable ; et moi, je vous en prie h genoux !
^U est bien tard, répéta Hourdon en se fh)ttant vivement les mains l^ine contre l'autre pour réduire en poussière les agglutinations de sa pâtée.
— Savez-vous ce qu'est cette affaire? ajouta-t*il, ce qu'elle est en deux mots?
—Non ; je n'ai plus d'idées, je suis stupide.
— En cheux mots, c'est une escroquerie, ni plus ni moins. Cimmpeaux n^est pas un républicain, et le docteur Cnlveyrac ne l'ignore pas ; il était chex vous pour faire un coup de son métier, et non comme détenu politique. HMemoiscUo de Touralbe ne vaut suère mieux. Ils se sont arrangés pour plumer le pigeon ; le pigeon c'est M. Abel : mademoiselle de Touralbe obtiendra trente ou quarante mille francs de dommages-intérêts qu'ils mangeront ensemble en Italie ou en Angleterre.
— Qoclrouifamiel s'écria madame Dalzonne; c'est révoltant! c'est.,.
— Ce n'est pas plus compliqué que cela. D'abord, elle n'a jamais été malade, poursuivit Hourdon.
-^ Et le tribunal condamnera Aboi !
—C'est probable, dit Hourdon en jetant un coup d'ail long et fùrtif sur son poulailler dont la porte était restée entr'ouverte. La préoccupatioff le cnagrinait beaucoup.
— Et il sera jugé demain I mon Dieu I
— Lea juffes, continua Hourdon, ne croiraient pas un mot de ce que je TOUS dis... Mais j'y pense... Attendez!
— >Ouoi, monsieur Hourdon? Vous auriez un projet !
^ Attendez-moi deux minutes ici : je vais vous donner deux lettres » l'une pour mademoiselle de Touralbe, rautre pour Champeaux. Si Champeaui no consent pas h accepter l'indemnité que vous lui offrirez pour engager mademoiselle de Touralbe à retirer sa plainte ou à dire, par <>xemple, quelle s'est trompée, qu'Abel n'est pas l'bomme de l'attentat commis sur elle, faites passer tout de suite l'autre lettre h mademoiselle et Touralbe. Que tout soit exécuté dans une heure. Vous avez compris?
— wûui, mais l'autre lettre ? puisque vous m'en remettrez deux.
— L'antre lettre est pour Cnampeaux : en lui soumettant vos propoiitioin d'argent, tous la lui donnerez h lire.
— Allez vite, monsieur Hourdon ! et que je retourne sur-le-champ à Tenailles.
Malgré la recommandation de madame Dalzonne, Hotodon décrivit un emchet dans sa marche et ferma la porte du poulailler.
Un quart d'heure après cette entrevue, madame Dabeonne courait sur la nmte de Versailles de toute l'impétueuse rapidité de ses deux chevaux ; «( efla trouvait qu'ils n'allaient pas.
Sa première pensée, à son retour h Versailles, fût de rapporter h Cal- ' yejTdc l'entrevue avec Hourdon avant de rien tenter aupies de Champeaux ; mais elle revint bientôt sur sa détermination en songeant aux ' iriTcs répugnances du docteur h s'aboucher sur un pareil sujet avec un ' tel homme. A la jdus légère contestation dans le marché^ Calreyrac, ai
244 LB HJÊDECIX DU PBOQ.
fier en matière de probité, romprait brusquement et perdrait raffaire. Et le temps était si précieux ! on plaidait aux assises j le lendemain le juge* m^t serait rendu. Pour madame Dalzonne, soumise au martyre de tout les affronts, qu'était ce nouvel affront de traiter de yaincue à Yainqaeiii avec Champeaux, de lui proposer des conditions, de le flatter, de le prier mêmeT Elle aurait rougi d élever au dessus de son amour, en pareîQa circonstance , le sentiment humain le plus noble : sauyer Abél , c'était tout pour elle. Elle envoya chercher Champeaux k raodîence, le suppliant de se rendre sans délai au parc de Versailles, près de la fontaine d'ApoDoD. Elle signa sa lettre, et courut l'attendre au rendes-vous assigné*
Gomme d'usage , ce fut madame Dalzonne , la personne bonnète de k rencontre , qui éprouva les angoisses de la prépuration. Au moment de Pexécution, son courage ne l'abandonna pas, mais la pensée hû Tint oii'èDe allait peut-être outrager en face un homme moins vil qu'elle ne l'araft imaginé dans la partialité et la colère , et trop vitonent jugé sor Ym" nion de Hourdon , peu porté d'ordinaire à voir l'humanité en beao. Cm les femmes, ces nuances de générosité subsistent souvent même quand le scepticisme les a glacées. Sous l'impression de ces réserves délicates, elle jugea à propos d'apporter quelque modification aux oonaeils de Bourdon : elle arrêta de ne pas faire usage de la lettre destinée à Champeaux.
Elle n'attendit pas long-temps. D'aussi loin que Qiampeaux iqperont madame Dalzonne, il prit un visage riant, et quand il fut pras d'elle il M tendit amicalement la main par une privante reçue à la maison de santé.
Son bras fut accepté; ils se perdirent sous une des gâteries de verdoie ouvertes devant eux.
— Dans une foule d'occasions, dit madame Dalzonne h QjampemiT, î'ai eu lieu d'éprouver votre complaisance.
* Croyez bien, au contraire, que c'est moi, madame, qui sais ToUe obligé. Est-ce que votre maison ne m'a pas été ouverte dans l'exil? répliqua Champeaux. Ne me parlez pas de votre reconnaissance ; foumiseecmoi plutôt une occasion de déployer la mienne.
— Il s'en présente une, monsieur Champeaux; elle est pressante.
— Parlez, madame.
— n dépend de vous , monsieur Champeaux, de terminer le procès qu'on plaide en ce moment et qui sera jugé cette nuit. Tout le monda prévoit qui sera condamné et qui sera puni : si vous te voulez, pecsoone ne sera condamné.
^ J'ignore comment j'aurais ce pouvoir , répondit Champeaux , sans accompagner cependant du moindre geste d'étonnement Taveu modeste qu'il exprimait.
— N'est-il pas vrai, reprit madame Dalzonne, quittant un instant te bras de Champeaux pour lui parler de plus près , que mademoiselte de Touralbe n'a rien à gagner à faire condamner M. Abel aux travaux finr- Oés à perpétuité?
— Absolument rien, convint Champeaux d'un ton persuadé.
^ Le déshonneur de l'un , continua madame Dalzonne, ne rendra pas l'honneur à l'autre , si toutefois l'honneur de mademoiselle de Touralbe, ce que je ne crois pas , a été compromis par la fâcheuse publicité qu'dte ne s'est pas assez refusé de donner à cette affaire.
^ En cela, je suis entièrement de votre avis, madame. Il n'est qu'os seul cas où ce procès nuirait , je présume , à mademoiselle de Touralbe, celui où elle désirerait se marier : le préjugé est impitoy«d>le sur ce point; mais, hors de Ih, mademoiselle de Touralbe a l'assurance de rentrer dans le monde avec tous les avantages qu'elle y avait auparavant.
Il me fournit un admirable moyen d'entamer ma proposition, se dit madame Dalzonne. Béni soit ce lu^ardl
Champeaux ne livrait rien au hasard. Il laissa parler madame Dalzonne.'
— Se marier ne serait ni impossible ni si difficile k mademcHsdto de
LH MÉDBCnf DD PECQ.
TotiniU)6 , eontîniia-t-cllD , si tme briUanto dot âccompagaaîl les rîekes qualités dont elle est pourvue*
— Aycc une dot, b difficulté serait sans doulo moins ^nde « alOrma Champeaux* Sous la proteclion d'uu mari, €Ue voyagerait paodant queU ques années, ti tout unirait par s'oullier*
— Une dot de cent cinquante mille francs , par exemple , dit madame Dikoniie^ lui altirerail d'honorables partis*
— ttn suis couraincut s'écria CJiam peaux, qui prit le bras de madame DiJïODne comme pour lui faire faire quelques pas de peur d'élre entendus en restant en placOn. Ûui, j'en suis convaincu. Malheumusenient, au temps où nous vivons, Targent se classe mieui par Tintérvl (qu'il rapfjorte que par ton capital même. Cent cinquante mille Iraiies représonteni, au denier le plus élevé, légalement parlant, quinze mille livres de revenus; c'est lieauDoup, c^est complet pour servir de base à une oiislencê convenable; €*esl irisufOsant, c'est tronqué pour Toreille ; et on sacriHe tout à roreiUe. Quinze mille francs de revenu f mauvais son.
En m^me temps Champeaui tirait sa montre : il regarda Tbeure.
On plaidait la causo d'Âbel à quelques pas plus loiUi
Mise devant la pensée de madame Dalzonne , cette question de temps lai fut un éclair d effroi et d'intelligence,
^ On lui donnerait deux cent mille francs- Cela vous fait fingt miUa lifrea de rente«
Ce mot vous fmi fouetta Champeaui au visage. Crier trop fort , s'indigner, c'était noyer la discussion. Champeaux répondit :
-^ Après tout f je n'ai aucune rai^)n de croire que mademoiselle de Touralbo sera plus ou moins satisfaite de vos propositions* Qui nous diil m^'me qu'elle consentira à les écouter î
— Cest pour que vous lui en fassiez part , monsieur Champeatix , que je TOUS ai uemandé cette entrevue. Vous vous êtes toujours montré si ofïicicui pour moi , vous Êtes si heureux en aflaîres , que jo n'ai vu que Yons pour entreprendre cette négociation si difGcile. Le temps nous gagne : avant que le procureur du roi ne prononce son réquisitoire voyez made* meiselledeTouralbe, parlez-lui, eipliquez*tui ses intér^ts^ offrez-! ui deux €«nt mille francs comptant ; et surtout dites-lui bien qu'elle ne conservera ffifts moins son recours contre celui qu*on découvrirait un jour être le véritaliiê auteur du crime*
~^ la mission est déliealef bégaya Cham peaux, «^ Cest tme bonne action, monsietir Cbampeaux*
J*en conviens, madame.
Vous agissez à titre d^ami de la maison*
MaIs réussirai -Je?
— Que vous réussissiez ou non, le chargé d'affaires de M. Abcl saura «net inestimable dévoûment vous avez apporte à ce malhcureui jeune Moime. L*or ne souille pas toujours la reconnaissance quand il tombe
main comme la vôtre,
Calveyrac n'aurait trouvé ceiïô dernière phrase, Adieu, monsieur Champeaux. Dans tme heure a Thôtel du Béservoir* W Vous serez seule T
— Seule, fin se rendant à lliôtel du Réservoir, dont une petite porte ouvre sur
M iaild du parc même , ainsi qu'il a été déj^ dit ^ madame DaUonne , retenue d'une première résolution opposée, s'avoua qu'elle ne nouvalt liotisser plus lom ta iransiction avec Champeaux sans consulter le doc^ ieitr : la reâponsabihtë l'effrayait. Dût-elle a obtenir de lui qtie Tassentl- BfiDt ii*un homme forcé de Tacoorder à cause de T impossibilité de ronjpre im traité h peu près conclu, il était toujours commandé de confier à C!alvejmc l'état des relations entamées. Apre» l'avoir di5peûsé de tout rap^
9M LB IléDBCOI BO MQ(K
predbement avec Cbampeaux, eUe ne cnigimidbBa 4» \ tibililé en Tinitiant à ud projet d'où dépeDdait le salut d'AM.
Le docteur l'attendait avec inquiétude; car il ne Tavait pu férue c qu'elle était allée à Saint-Germain<^en*Laye pour s'eDHetooir de € peaux arec le vieil Hourdon. Il se promenait devant la petite perle éi l'hôtel; il aperçut enfin madame Dabonne.
Son empressement fut grand h s'informer de rentxeme ayec HoardoB. Il prit les deux lettres destinées à Champeaux et à mademoiselle de Ton- TWe, approuvant madame Dalzonne de ne les avoir pas employées sa» Pàvoir consulté. Ce qu'il n'approuva pas, ce fut l'offre de deux cent nûBi francs faite à mademoiselle de Touralbe par l'entremise de Champeaox «fin d'arrêter le procès.
— Huroiliaticm inutile , dangereuse peut-être ! s*écria-t-âl , oni , trta dangereuse , car Champeaux , pour avoir deux cent mille francs de ^fim, n'a qu'à' vous menacer de produire la lettre où, au miUeu des plaîdoineii veus rappelez à traiter d'un arrangement. Do là soupçon de corruptim et de subornation de témoins.
— Obi mon Dieu! tout ce que j'essaie, reprit amèrement madfeme Dalzonne, tourne contre moi! Faut-il donc le laisser condamner T Si l'on pewt Varracher à la punition iniaiBante qui l'attend en jetant deux eent mille francs à ces deux étres-là, pourquoi balancer T
•^ Parce qn ils en exigeront quatre cent mille, je vous le répèle.
— Idais s'ils le laissent condamner pourtant, ils perdront toat.
. -^ D'abord ils ne perdront pas tout : le tribimal allouera une Infe indéranilé à la partie civile ; ensuite , et je vais vous étonner^ jIh peor qm mademoiselle de Touralbe n'agisse consciencieusement en touâceou
<-« Quoi, docteur 1 c'est vous qui parlez ainsi I vous supposeôfli qtf IM est vraiment coupable f
•^ Lui, oui; sa volonté, non, j'en suis sûr.
-— Je ne vous comprends pas.
— - Et qui me comprendrait avant le dernier mol de eette ledootoMa énigme ? moi-même je m'agite dans une nuit épaisse. Et vous, après taut, vous expliquez-vous conunent ce cordon en cheveux est reste dans k main de mademoisello de Touralbe , comment , la porte éiant fermée m dedans , Abel est entré dans la chambre? Toute noire sympathie poor Abd ne nous rend pas raison de ces deux obscurités nKNrteUment acoftblantes pour lui devant des jurés.
— Alors, h vous entendre, il est sûr, il est infaillible qu'il seia déshonore, puni, diffamé pour toute sa vie I Mais laissez-moi donc racheter son honneur et sa vie au prix de deux cent mille, de quatre cent raiUe francs s'il le faut, et de tout ce que j'ai! Ma maison sera vendue; je vais dnx mon notaire... je vais...
<<- Restez I Je ne vous ai pas dit que j'eusse perdu tout espdr.
^ Mon ami, reprit d*une voix mourante madame Dal^oane, je sa» que ma raison s'en va : je n*ai plus de force , plus d'idées. Ah! qne j» souffre I no m'abandonnez pas. Mais sauvez-le ! Et après, dodenr, et oad' est dit devant Dieu qui m'entend, venez me demander ma main, prenetmoi pûur^otpe femme puisque vous m'aimez, et je serai à voue d amitîé, de fidélité et de devoir, comme je fus à lui d*amoir et de dévoûoMnt.
— Serait-il vrai ! s'écria le docteur. Oh I que cette dernière ibis je ne sois pas trompé du moins ! Vous ma femme !
^ Vous pouvez donc le sauver? Eh! qu'atiendez-veus aloBsTdemiriii désespérément madame Dalzonne.
— Co quo j*attends? Venez au tribunal..
Un domestique de Thûtel accourut du bout de Tallée.
— Madame, dit^il à madame Dalzonne, un étranger que est ims W salon des voyageurs désire vous voir sur-le-champ.
^ Monsieur, dit Calveyrac en s'approcbant de Charapeanx, oir rétre^^
ger c^éUûi lui, vous venez nous demander deux cent mille francs de pim z c^esî trop cher.
Le bras de madame Dalzonne trembla sor céltii du docteur. La confaK sUm de Cbampeaux était terrible.
€*66tl à présent ^ le sort d'Âbcl était aux mains do Dieu.
XLÏV.
BaffiMi dans son immortelle histoire des candrores, a omisd'endécrhie^ xm d^Dine esjpèbe n^doutable est très commune en France. Ce nVsC m fai panthère, m le tigre rayé, ni le boa étouffeur : c'est le procureur dn roi; car le boa dort parfois replié sur lui-même , la panthère se rassasie , le -t!gre n*a la fièvre que quelques heures du jour , tandis que le procnnnir da roi n'est jamais assouvi et a toujours la fièvre chaude de la condunoatfon. On s explique, h force de concessions studieuses, la nécessité d» toutes ces races cruelles éparses sur le globe, dont elles attcsiont les et- Têts dges et les différentes civilisations ; mais rien no jusliûe l'exécrabie utilité d^ procureur du roi, d'un homme obligé par état de salir d'avance la clémence des juges ou d'être le funeste avant-coureur de leor
sévérité ; d*un homme obligé de n'être indulgent ni |)oor la passion , ni pour râffe, ni pour la vertu égarée, ni pour la beauté, ni pour:rerreiiT9 fii POOT le nspentir.. Il y a des hommes pour accepter , au prix de dvax mine francs par an, cette profession au dessous do celle dn bourreao ; car le bourreau est passif, et le procureur du roi tord son raisonnement , aplatit son cœur pour que tout ce qui est oubh dans Taccusé devienno fiiBte et pour que la fliiute à son tour soit délit, le délit crime et le crioiD déshonneur on mort.
L'avocat défend, le juge absout ou condamne : le proctirenr du roi snil aceose toujours. Son esprit est une lueur de prison , sa lan^e cm txmleau. Et pourquoi cela? parce au'il représente, dit-on, les mtéréts de 1& société. Société bien représentée, celle qui a besoin d'une perpétuité dé condamnations pour se maintenir I Que no prétend-on aussi qu elle a besoin d'acide prussiqiic pour raréfier ses poumons?
Sinoulier rdle celui ac prétendre sauvegarder la société en se eooelîtuant rennemi réfléchi de chacun de ses membres que le hasard appeiio à la* barre de la justice I car où est ce procureur du roi si bon, si nouveau» qui jamais dans une afiîaire ait pris ia défense du prévenu? ce qui leur 'pMt, (fest l'emphrase dont ils s enivrent h pleine bouche, c'est l'accusumn qui s'en arrange si bien, c'est le réquisitoire dont la cause finale est de tuer, de même ^e la cause finale d'un pistolet est le meurtre. Ainsi le-procnreur du roi est, de nos ^ours, l'anomalie la plus révoltante avœ nos mœurs, sinon pures, du moms meilleures. Le duel s'en va, la pein^ de mort bat en retraite, et seul le procnrcur du roi nous reste, le procu* Teur du roi, qui résume en lui, comme ignorance et cruauté, le jugeaieol de Dieu, la torture, l'inquisition, la peine de mort , et qui, durement mai» nelCenient défini, est une {^illotine qiii parle.
n était dix heures du soir quand, en rabsence dn procureur du rai de» 'Venailies, un très jeune substitut d'une cour éloignée , remplissant les fonctions par intérim, se leva pour prononcer le réquisitoire.
Avant qu'il fût passé outre à cette grave fbrmaliuf, le président loCIniD Mtre que lui adressait le replantant des Treize Cantons.
Lb contenu de la lettre était ceci :
« Monsieur le président des assises do Versailles,
» Sur la prièro de M. Cabassol, naturalisé Suisse depuis Tacnf^ ISSft»
SHS LB ViDBCm DU PBOQ*
f ai Hionneur de tous faire part de son dé|Nuri pour le canton de Genèfe, /OÙ sont enclavées ses immenses pn^iétés et ses usines. Fatû;ii6 de 4gaxer dans un procès dont les déplacemens ont porté atteinte a sa màé , qn*il espérait rétablir à la maison de santé du Peoq» il a demandé an passeport à ma chancdlerie et s*est rendu chez lui , aux euTiions ds G»- . nëve. n pense ^e son absence, dont il a cru d'avoir lé^lement vos inrévenir, ne nuira pas à la mard>ed*unprooàs que vous dirigez, mooainr le président arec votre sagacité bien connue.
» Agréez , monsieur le président, mes salutalations lespec^oemokM
M. Cabassol a des propriétés IM. Cabassol est riche I il est milliomiainl *4» dirent d*un seul regard , mais quel indéfinissable regard ! madmi «liusquette et mademoiselle de Beaupréau. Elles qui avaient tant dékisé, .négligé, méprisé Cabassol pour courtiser le malheureux Lejeone I loi <pi, n'ayant rien laissé, avait désiré être inhumé avec aueiquepomne ! Qm ;soufflet de la fortune nerecevaientrelles pas I Le ricne Cabassol s'en awit! .il était parti, et avec lui la plus belle éUnle du ciel de ces deux tîbîHbs iemmes I
Le baron de Foumcuf lut tout ce qui se passait dans Tâme de nadan» llusquette et de mademoiselle de Beaupréau. Il alla leur dire tout bas:
— Cela paraît beaucoup vous étonner , mesdames. Je savais pomtaat depuis long4emps, moi, que M. Cabassol était riche à millioos.
Madame Musquette le pava d'un reg^ qui eût traversé sa bosse fû •reût été de fer ; mademoiselle de Beaupréau ne daigna pas mine le r^gar* tder.
Sous le substitut du procureur du roi était ransé le mapifiqne andi- >.toire des précédentes séances : les principaux médecins de la Faculté de Paris, des membres de llnstitut et quelques savans étrangofs.
Âbel était tout en noir. Calveyrac était près de lui.
Madame Pingray et madame Dalzonne étaient aussi pâles Tune que Tautre ; un profond malheur de famille semblait les avoir anéanties toutes ideux du même coup.
Mademoiselle de Touralbe avait conservé le costume léger sous leqoel 'les lithographes de Versailles Pavaient reproduite à la grande satisfdictioa .des curieux. Bianca occupait un siège derrière elle.
Dans les traits de Champeaux on aurait pu remarquer la fausse animaiion que procurent quelques tasses de café a jeun.
Le procureur du roi se disposa à parler.
Ce jeune homme n^était pas d'une naissance inférieure à celle de l'accusé ; il n'avait pas vingt-deux ans, ou, s'il les avait, la fraîcheur viigi- .tiale de son teint ne les accusait pas ; son front uni , ses lèvres roses, sa chevelure blonde, ses joues sans virilité lui auraient mérité la palme paroi les jeunes premiers des théâtres de Paris. Sous sa toge vénérable se tialiissaicnt les mouvemens anguleux du dandy ; quand elle s'ouvrait aa Tent de ses gestes, on apercevait du linge suave de blancheur. Sa parafe adolescente n'avait pas encore la fermeté du second âge ; elle était pleine tle notes sans sexe. Une femme un peu hardie eût fait baisser les yeux à ce procureur du roi, défenseur de la société, successeur moral de SokD» .de Mathieu Mole et de d'Aguesseau.
Et pourtant ce jeune homme se déchaîna d'abord contre la société qa*îl jpeigmi à coups de phrases comme un nid de mensongeset de corruptions; jplus de morale dans les familles , perversité partout où le regard se posait ; et les petites localités n'étaient pas plus que les grandes exemptes ide l'épidémie. Ne fallait-il pas sémir de voir un lieu de paisible retraite comme Saint-Germain devenir le théâtre d'un crime odieux, d'un crime en horreur à la société ?
M. le substitut touchait à la question essentielle ; ilavait épuisé la temî)ête du premier point. Il n*avait rien omis, rien, si ce n'est oe direqu'aax wacances il quittait son tribunal du dernier ordre pour se rendre à Paris»
MM uimcm DU pecq*
où il dépensait s^ ]0urîn5cs en parUes fines avec d'anciens camarades do I récole de Droit. Le nid de corruption* ne reiirayail pas alors , îj s'y cou* ' cbait do totU son long,
I B^ accrochant ensuite h raccusation , il en envemina chaque incident ,
L n'adnietlans pas qu'il pîlt s'ëlever un doute sur laculpabîlilé d'Abel. Donlel ^KWatâ U n'y avait <]u è n garder la figure si calme de mademoiselle de Tou- ^^valbe pour Cfotre a sa sincérité ; et d'ailleurs les preuves sont-olle^ tu- ^^ïuffisontes? mûuauent-eiles? Non ? elles abondent : à qui serait te cordon ^■«n chÊveui s'il n était h raceusé?et me-t-îl encore qui! lui appartienne T ^^ati contraire ; et, si ce n*est lui, qui donc a écrit ces lettres? sico n*i^tlui» qui donc est entré dons la chambre? quel est cet amant hardi qiie pei^ sonne n*a vu, ne soupçonne et n'admet? Ëh quoi 1 lorsqu'on lîentVauteur "u délit, lorsqu'on a des preuves de son action , on le chercherait enrel
Cependant il est regrettable, se reprit M* le substitut ♦ de froisser tant
de sympathies gmupées autour de raccusé. Nous en gémissons le pre-
Buer ; mais au dt'ssus de la science, attentive autour de cette grande cause,
lU dessus de la pitié, que nous voyons empreinte sur tant de visages^ il
a la justice, première loi dof sociétés*
SaÛn* après un discours qui dura quatre heures, le jeune substitut
lui h ce eue le nommé Âbel, convaincu du crime dont il était accusé,
ondsmné au maximum des peines portées par le Code.
cette dernière phrase du procureur du roi, un cri qui fait plisser les
fronts part du fond de la salle et vibre long-temps; la salle entière t
chancelé h ce cri* Ce que le plafond en s'écroulant n'eût pas faiU ce cri le
roduit: les auditeurs sont épouvantés. Ce cri de sang et de désespoir
iblntit madame Dalzonno et madame Pingray. Abel se redresse et totnba
dans les bras du docteur ; leurs poitrines palpitent et se pressent ; eitous
les caurs sont bribes 1 1 de ce long embrassement et de ce cri arraché k
Hme mortellcmcni bk^séc d'une personne inconnue* La suspension fut
'OAgue ; juelaues daniM s'étaient trouvées mal dans les galeries. Heureuse
' fùu mêler sans honte ses larmes à cet attendrissement universel,
Dalionne s'appuie et pleure sur Tépaule de madame Pingray ,
qui lui dît tout bas : — Courage 1 courage ! courage !
La séance fut reprise pour entendre le résumé du président, chef-d^œu- ¥ra de logique et modèle de style. Au moment où le jury allai l enHn se retirer dans la chambre des déhhémtiona, Cakeyrac, d'un pas ferme, sV Tan^ vers le tribunal.
— Messieurs les jurés , dit-il je viens votis demander en grâce de no
r monter votre arr^ît qu'a trois heures après minuit (il en était dilL et fliveur, bien grande, de ne pas ^ous expliquer les motifs de mA prierai car c*est une prière que ]c vous adresse.
'-» Oui 1 OUI ! cria unanunement la salle entière comme si elle avait Ûà eoiisultée ; oui I oui !
paroles do Caheyrac, jetées au moment où la cmise était fermée , i&ent les fibres souffiamtes de deuï mille personnes debout depuis Idl ; un courant galvaniaue les ressuscitait.
La JupikT olympien de la science mcdicalù crut comprendre la pensée 4ti docteur du Pecq*
Lo président se couvrit et dit :
— La cour, consultée, fait droit à la demande du docteur Calrejrac*
— Bravo I cria la salle, bravo t is heures après minuit» le verdie t du j vy et l'arrCt.
-mm-
250 LE UÉDECIM DD PCGQ.
La bySno avait mordu aa cœur Bencgeroimette-cinq-lieiires. Aaad VBom au langage hyperiiolique du Palais qu*à ses formes menaçantiBs , ^ crat que le réquisitoire du procureur du roi , cette pièœ monstrueuse, était le jugement même de la cour. Dans son exaspération , elle imagini qu'Abel était condamné sans retour à une des pemes terribles dont s^ talent entretenues autour d'elles, pendant les débats, des personnes habituées h proclamer d'avance les sévérités du Gode. Pour elle tout était fini , consomme ; et dès lors que lui importait le reste, la douleur ou Tétonnement des autres? elle avait reçu son coup mortel. Elle perça la foule , elle l'a déchira de son cri , ci sortit de la salle sans voir llibbé Vincent , qui , n'ayant pas trouvé de place au tribunal , Tattcndait k la porte ; elle s'élança au milieu de la rue. Ce fut avec peine que Tabbé Vincent la rejoignit à une assez grande distance du Palais. Il Varr&ta et lui demanda si elle avait oublié qu'il était convenu qu'ils rctoura^aioat ensemble h Saint^crmain après le prononcé de la sentence,
— Condamné! lui dit Bergeronnette , condamne I
— Condamné ! reprit l'abbé Vincent en joignant' les mains. Oh I mon IKeu ! et ils se sont peut-être trompés ! Que je vous remercie, Semeur» de n'être pas de ceux cnii jugent I
— Oui , condamné f murmura Bergeronnette-cinq-heures , dont le visage se trouvait éclairé par un éclat de la lune au milieu d'une rue solitaire de Versailles ; oui , condamné! C'est fini maintenant !... Ou est notre chemin? demanda-t-elle ensuite, affectant de dompter son désespoir et ne s'apercevant pas de sa marche irrégulière, oe ses soupirs, du tremblement de sa voix et du rideau de larmes répandues sur son visage.
— Je pensais vous avoir dit ce matin que nous irions à pied jusgal une petite cure située è une lieue d'ici , desservie par un de mes anctens amis , et que là nous emprunterions un char-à~bancs et un cheval pour nous rendre chez nous. Cette cure est à Noisy, un peu h la gauche du bois de Marly.
— Eh bien I allons! marchons I dit Bergeronnette-cînq-heurcs en passant ses doigts sur ses veux , et après avoir tourné la tête une dernière fois du côté de Versailles,^ déjà loin d'eux derrière de longues lignes de jardins.
Ils foulèrent bientôt une de ces royales avenues tirées du centre do^ Versailles. C'était un chemin sablonneux au milieu, gazonnésur les côtés, s'arrondissant à l'extrémité sous les moelleux rayonnemens de la lune. De tous les points de la campagne jaillissaient, rosées nocturnes des beaux jours de l'automne, ces vastes ruisseaux gorgés des émanations. dts grands bois, des champs de viape et de prairies savoureuses. Bo»^. geronnette-cinq-heures allait, allait devant elle comme sur une route h^ nnlière ; l'abbé la suivait d'un pas rapide, et un peu préoccupé du chemhi' h tenir au moment d'entrer dans le bois de Marly, qni brunissait kquelque distance.
Ils pénétrèrent dans le bois de Mariy, et suivirent sans se parler ude longue allée de trembles. Chaaue feuille décos gracieux artircs réfléchît sait un rayon de la lune, et les rameaux en s'agitant secouaient sur la tête des deux voyageurs des ondées de clartés pâles. L*effet était celui des lustres de cristal; le sol était losange de Tombrc de ces milliers de petits miroirs. A la moindre percée^ l'abbé Vincent allongeait le regard pour découvrir le hameau où il espérait être bientôt rendu. Rien encore.
Junière, proche ou knotaine, la lune; poar bnûi k cniserie da
«eil dans les fouilles » on qtielc(iies unes de ces rumeurs indiscrètes fin HWWihlnnt à la fois au son i^ainkif du cor , au cri lamentable du finoa^ h r^écho mourant d'un cornet de pâtre, k «ne voix souffrante qoi
"fffi.
,j rabhé Vincent n'eût pas été eoferraédans les étroites réserves da
i profionien, il eût en à sa portée iniUe prétextes nature pour entrer dans le sujet qui faisait Bergeronnette si mneHe et si désolée ; mais Un éteitHl permis de courir après cet échange de ^t>pos , où il rencontre- Mil hcoup sûr des aveux redoutables à entendre? Prêtre, il ne le imnh Tait guère ; homme , rosailril? Homme, que de meurtrissures soordes il ttvaii déjà reçues I que de compiaisances deialonTeuses il «fait montrées em mettant sous le manteau de la charité ses fublesees et son entrain»* ment à suivre de buisson en buisson , de haie en haie cette enfiant dont il était k religion I Avec quelle innocence il allait au Utee da Im-même , au regret et presque au remords, en ne sortant pas œpendant de st tente de lin et de sa tour d'ivoire I
lpN8 une heure de marche à travers le bois, il oonmença à s'inqmétet de Tohscurité de sa direction : toujours des arbres devint eux. Se setaiA^I tiompé ? la cure do son ami ne serait-elle pas de ce côté da bois? A qui demander le chemin ? Ce fut un vif souci pour Tabbé Vincent de penser qu'il était égaré , pour la nuit entière : il redoutait la fatigue d'une ausii kMigue macche pour Bergeronnette, déjà brisée d'être demeurée si longtemps au Palais sous le poids de tant de sensations accablantes.
Comme il connaissait le carai^ère éprouvé da la lUle de Bergerin, il ktt fit part do ses craintes.
— Si œ n'est que cela , répondit-elle , n'ayez aocun sooci ; si neos sommes perdus , nous marcher(»is qfuelques heures de plus, et, quand nousseMoalas de marcher, nous nous reposerons quetqne part dane le bois. La nuit est belle, je crois; allons touiours.
Depuis mis heures qu'ils passaient ainsi d'une allée à Tantie sans atteindre à une des limites du bois do Marly, la nuit était devenae d'uni aârénité mvtssante : du haut da del descendait une iraaMnae lueur douce comme la neige , permettant de découvrir à do loties distances les cavités les plus secrètes de ce chaos de branches et de feuilles , de mouvemens et de repos; heures des pâles visions, où les vivans pa^enl à Timmobilité de ceux qui ne sont plus de celle terre , où Therbe frémit aaiis vent , et se fait velours pour que les rayons de la lune s'y couchenl mieux.
Vers les deux heures de la nnit , les deux amis s'arrêtèrent au miliea ém chemin comme pour s'aroucr qulb s'étaient bien réenement perdus» Près d'eux, à leur droite , blanchissait une de ces portions de bois circu- Mirmenf tracées sur le terrain consacré aux manœuvres des grandes elMMB. Cest là que les chasseurs, dissémmés à b poursuite du cerf ou du sanglier , se réunissent en conseil et arrêtent la voie nouvelle qu'Ut ' andsprendre; c'est nn espace protégé par des nalissadesd'arOTes, ^«s pmite dooce, recouvert degaxon, et qoelquefois, après les ^ plem à aon eentre d'une eau dormante.
«<- Vmm êtes fatiguée , dit l'abbé Tinœnt : pourquoi ne nous rcpefle-» ■OBS-aiMB pas idT II sera jour dans deux heures au plus tard, et atois il nous sera facile de sortir du bois.
«-*Je to veux bien, répondit Bergetommtte-tin^faeuras , poisqaeTOUs to dénies. Beposons-nous.
Os ^Binaient le ebemin, firent ^pMlqaespasdans le taifib, clair oomms eia plan midi l'été, et Us pénétrèrent dans le carrefour de chasse, qasdfapraient la lumière, l'ombre et les ondulations des arhr», réfléchis es éveotaiL^dans Teau du bassin, ils n'auraient pas été plus isolés du monde SB llnid d'une forêt vierge de l'Améciqiie du SihL Adoaaée contre UD arbes
S52 LB MfoEC» »n MGQ*
dont le trône a^ait déyié « les mains croisées sur ses genoux , le i^garl dans Teau assoupie et rousse de la marre, Bergeronnette , tran<piille d8 Tisage, immobile de mouvemens, écoutait au dedans d*eUe le bourdooD»ment tempétueux de tous les bruits de la journée, et les cris des arocats, et les hurlemens du procureur du roi, et les paroles assourdissantes do la foule. Elle était comme ceux qu'une voiture publioue a ra(Hdeineot traînés sur une grande route pendant la nuit : au relais, leurs oredles sont freines de silflemens, la roue tourne encore près d'eux.
Près de Bergeronnette l'abbé Vincent s'était iait une p^aœ sur une iftéffalité de terrain ; en sorte qu'entre elle et lui se creusait un petit laloB ou avaient poussé quelques tiges de joncs sauvages.
Quand Bergeronnette n'entendit plus de tumultes intérieurs et fut tombée dans le fluide somnolent de la nature, elle se tourna vers Tabbé Tnb cent et lui dit :
— Monsieur Vincent, savez-vous bien que dqmis plus d*an an j'ai négligé des devoirs que vous m'aviez présents?
— J'en suis autant fâché que vous , répondit celui-d , ne comnrenint IMS trop à quelle inspiration cédait BOTgeronnette-cinq4ieures en lui pu^ lant ainsi, à cette heure et dans un tel endroit.
— Depuis ma première communion , et c'est fort mal à moi, je ne m suis plus présentée à l'église. Aussi , pourquoi ne m'en avez-vous jamis foit le reproche?
— Vous me connaissez. Bergeronnette , et vous n'i^orez pas oombîeii il me répugne de forcer la consdenee de mes paroissiens, sortoat quand je les ai avertis de leurs obligations. D'ailleurs, je vous ai souvent perdue de vue depuis votre première communion : vous étiez au Peoq quand j'allais à Fromain?ille , où, je l'avoue, j'ai un peu restreint mes visites. Mes petits élèves me prennent tant de temps f
— Xe tort est à moi seule, monsieur Vincent. Combien je dAsiie te réparer si vos bontés le permettent!
— Comment I douteriez-vous de mon aocudl? Quand me suis-je montré sévère pour vous ?
— C'est que je ne mérite plus votre indulgence, comme autrefois qKod j'étais petite fille.
D'abondantes larmes ruisselèrq;it sur le visage de Bergeronnette avant de pouvoir dire à l'abbé Vincent ce qu'elle attendait de lui.
Mais Tabbé Vincent, qui la connaissait comme un médecin oonnatt atm malade, lui dit d'un ton encourageant :
— Vous n'osez pas me demander un service que je puis peui-ôtre vous rendre. Vous étiez ainsi entreprise quand vous étiez enfant et que vous veniez me trouver au confessionnal.
— Voulez-vous être au confessionnal dans ce moment? lui A>fft*^ Bergeronnette, qui avait, pour ainsi dire, bu ses larmes d'un trait en frasant des forces nouvelles dans sa résolution de parier.
— Une fois, dans llle dUerblaj, j'ai déjà refusé de vous enteoiia eomme prêtre, s'il vous en souvient: mais aujourd'hui j'aurais peur, m repoussant votre désir, de vous laisser croire que la religion iTest que dans l'éfflise, où vous avez eu quelque raison ae ne plus vous montrer. Je serai heureux de l'occasion qui m aura rendu ass
I qui m aura rendu assez persuasif pour vous y ramener.
Tandis que l'abbé Vincent s'était indiné vers Bergeronnette afin d'en-— tendre sans lui coûter d'efforts sa parole voilée. Bergeronnette, appuyant sa main sur le terrain creusé entre elto et lui, penchait son corps et tcD"— dait ses lèvres prêtes à s*ouvrir ; leurs ombres jumelles se projetaieot suu** la limpide suriace du bassin.
— Je n'ai menti à personne, dit d^àbord Bergeronnette qui, enfuit sd"j oore par quelque endroit du caiM^tèie, commençait par s*a ' —
LE mèi^tan BU FECQ. 3S3
elios^ légères pour affronter moins péniblement des aveut qui pèsent dflTmntage.
<— Vous B*Hes^ pas menteur , je le sais , ^t toLre pau?re mère vous EÎinâit pùut œla.
<— > J*ai eu de la haine, une bien Tive haine l
— Vo«sï Et pour qui? Tout le monde vous aime, Bergeronnetie.
— Pour ma marraine.
— Four tnadomc Oalzonise !
— pour elle-mf me ; et voit à pourquoi. , Uabbé Vincent laissa tomber sa lête sur sa poitrine en recueilloiit une
è une les paroles lentes que Bergeronnette jeta dans son oreille.
Il pdtU et frissonna.
— lÉit-ce vrai ce que vous dites? Oh f mon Dieu î et dans celte maison de pais et de vertus domestiques I Mais ce n'est pas vous qu*jl faut absoudre* Passez : je vous pijrdonne. Après?
L*abbé Vincent eut aussi besoin de sa main pour soutenî? son corps rapproché de Bergeronnette, qui parla encore plus bas.
— El ceci est encore vrai? dit*il dans un second étonnement, OEuvre alTreuse! Et le docteur a osé œb? Pauvre enfant I Et vous me demandas
SardoQ I Et que viendront me demander les autres? Passez : je vous paronne* Apres!
Tous les membres de l'abbé Vincent étaient dans un tremblement univcrseli ses dents se choquaieîit. Pour dissimuler son trouble, il essaya do murmurer très vite des paroles de prières,
— Après, dit Bergeronnette, j'ai aimé; et j'ai aimé plus que mon père» plus que ta vie, mii^tnt que mon enfant, M. A bel qui vient d'être condomné*
*^ Vous avez aimé M. Abel! Et c'est lui?*.*
Aucune bngtie humaine ne pourrait rendre la plaintive, la douloureuse stupidité de Tabbé Vincent h ces derniers mots de la confession de Berge* roonetle. Dans la même minute le çnïtre tuait Thomme en lui et rhomme tuait le pri^tre; il était distrait , il écoutait , il gémissait pour elle, il gémissait pour lui^ il touchait une blessure et déchirait la sienne ; il cherchait à étouffer les cris d*Hne conscience épouvantée ♦ et la sienne pous* sait des burlemens sourds en lui. Cette double convulsion n^'avait pour témoins que Dieu , le silence d'une forêt » des éioiles dans Teau ; mais ces deux êtres qui souffraient et gémissaient , tout cachés, tout petits qulls fussent dans cette immensité, sous ces feuilles, étaient grands par leurs douleurs , plus grands que la forôt et Tespace î Ton touchait ou ciel par le repentir et te pardon, et Vautre à Tenfer par la terreur do sa pensée.
La nuit avait presque disparu quand la conression fut finie.
— Vous êtes pardonnée , dit Vabbé Vincent k Bergeronnette , tout meurtri d'en avoir tant écouté* Ne vous désolez point , ajouta-t-it : vos Sûulfrances vous seront comptées une à une, et vous en aurez le prix lh> h^ut, où il y a ces étoiles* Vous y trouverez toutes vos sceurs assises au pied de Dieu; les plus malheureuses lui sont les plus chères» car quicon-
Îiue n^aura point pleuré ici-bos comme étranger ne se réjouira point dans © ciel comme citoyen, ^ Et j*inii bien lût , s'écria Bergeronnette en se levant comme pour 9d "^ If ocher du ciel.
*abbé Vincent se leva aussi, mais faible C43inmf! un enfant délîcàt qui Afiiâé la nuit k veiller. Ses cheveu i , afMssés pr la rosée , coulaient WÊT tes joues de martyr.
Racho! avait pleuré sur la montagne; mais , comme Eaehol ^ lui aussi c'avait pas voulu éire consolé,
Lorstjue li? jour se montra, ils se remirent tristement en route* ils arrivèrent biciTi<M à la pointe do Ff>urquetii. De \^ h Mareil il y o uua ^mi-heare de chemin, et de Mareit h Saïnt-Germ;im k peine autant, A huit heures Bergcron nette rentrait dans la ferme de FromaiuviUeti
254 L- HJ-DECLX DU PHCQ.
Par un crfort presque surhumain, aucune des personnes qui araîent scni le long circuit du procès ne consentit, pendant le répit de dng heures accordé par le tribunal,' à quitter sa place pour respirer Tair du dekors. Il n'était plus question de songer aux faiblesses du corps , dont la vilalilé était déplacée comme dans le magnétisme. Elle s'était conceotrée m iront de deux mille personnes ; écouter , c était vivre. Quelques croisées avaient été ouvertes ; en sorte que Tair do la nuit rafraîchissait , un pn aux dépens de la ré^alurité des lumières tremblantes à toutes les Ixwfées, rintériour de la salle. Par morncns la lune frappait en ptein sur quelque place. Alors les figures exallées prenaient un étrange relief. Aucune absence n'avait non plus dégarni les bancs circulaires afiectés au savans et aux témoins ; les uns et les autres étaient debout, et causaient avec la familiarité qui ne manque jamais de se produire à la suite d'une discussion où nul n'est resté étranger. Dans l'embrasement général, ccfaû qui n'est pas une flamme est une étincelle; on est heureux de s'être rencontré dans la mémo pensée, on s*aime pour avoir éprouvé lemCme transport sur un mot élt>qucnt do la défense ; volontiers on croîrail s*étpe connu toute la vie, de la joie d'avcnr le mémo espoir dans le succès de Topiniou qu'on a adoptée.
l'opinion de Tauditoire n'était pas douteuse: Âbel serait condamné; mais cette opinion n était ni un espoir ni un vœu , quoiqu*au fond mademoiselle de Touralbe no fût pas détestée. Beaucoup do personnes étaient convaincues cependant qu'elle avait aliiré Abel h elle autant qu'elle Tafait pu, afîn de devenir sa femme, et qu'elle ne l'avait dénonce que parce qu'elle avait vu échouer ses prétentions. Le crime était à peu près prouvé
fi)ur tout le monde, mais la flétrissure serait une vengeance de l'orgoeiL u reste, les appréciations variaieut selon les positions. Les femmes, excepté les mères d'un âge déjà avancé, s'étaient prononcées pour ÂbA; elles n'épargnaient pas les railleries à mademoiselle do Touralbe ; ndr llamblait de cesépilhctes : originale^ folle, audacieuse^imperlinenteyOteih turière» — Elle ne ment pas, c'est possible , pensaient ces dames ; mais h quoi bon un procès, un jugement, une condamnation? — De plus d^ vouées encore à la cause d*Abol disaient hautement qu'elles ne rougiraient pas de l'épouser h l'expiration de sa peine.
Celui à qui toutes les sympathies étaient acquises, c'était Calveyrac 0 allait à tous par son noblo visage de soldat et de savant, par sa tendisse auprès de son ami, do son malade, par sa parole mesurée, nette, ardente dans les limites de la vérité ; femmes du monde, femmes du peuple l'avaient divinisé dans leur estime ; c'était h (fui l'aurait toujours conmi; on se répétait des histoires de sa vie : Napoléon lui avait parlé ! En ce moment même le grand professeur de THôtel-Dieu avait pose la main sursm épaule et s'entretenait avec lui comme avec un frère. Mais lui, Calveyrac, n entendait ni ces éloges ni ces hommages, dont il ne se proyait pas digne; à peine prêldil-il quelque attention aux paroles do l'homme illustre appuyé sur lui: son regard allait sans cesse du fauteuil au fond duquel Abel était asbiis depuis la suspension de l'audience à la place de madame Dalzonne ; ses cheveux rares pétillaient sur son front comme les flammes grises d'un volcan. Parfois il ne regardait plus, il n'entendait pas , il ne voyait rien : il pensait, il pensait h l'heure suprême qu'il avait lui-même assignée à la sentence des juges. S'il s'était trompé ! s il avait compromis sa dignité do médecin et son affection d'homme dans un espoir dérisoire! Userait blâmé, il serait ridicule, il serait haï, il aurait prolongé un sup-
pUoe déjà si long! 11 couraii ensuite vers Âbel* lui parlait tout bas affecloeuflementf et presque ayeclégèrelé, pourvoir jusqu*à quel point il avait rendu de la forœ à ce corps toormeote, de Taseurance à celte âme indécise. Quelles épreuves 1 et Abel y avait résisté ; quelles secousses! et il B'avait pas chancelé ; quel chaos 1 et son intelligence, aiguille remise en équil^HTO, s'était toujours dirigée vers la raison malgré les tempêtes du eiel et les fluctuations do la mer.
Caiveyrac lui serrait la main et allait s'asseoir entre madame Dalzonne «t madame Pingra3r, qui ne vivaient plus que par lui depuis qu'il avait leculé avec une espéranco mystérieuse la minute d'arrêt.
Tous les tonH>ins pourtant no jouissaient pas dm crédit de Caiveyrac dans reaprit de l'auditoire. Si Ton s'amusait beaucoup des mignardises surannées de madame Musquette et de mademoiselle de Beanpréau, fort délabrées l'une et l'autre par l'extrême durée de la séance ; si Ton se formait une opinion assez justedu baron de Foumeuf, plus craintencore^ue moqué, on avait généralement pris Champeaux en aversion ; on sentait pour lui ce mépris instinctif par lequel on se porte en idée aux plus détestables ex- ' toémités envers un homme. N'est-il pas des brutalités spontanées dont il est difficile de se dégager quand on est sûr de no pas y céder ? C'est une vacance du bon sens ; ce sont des envies méchantes, condamnables, cpi'au lieu d'appeler diables bleus, Uue éeviit^ de l'expression anglaise qui a on «uire sens, il conviendrait d'appeler diables routes, red depiU.
Lorsque le jury avait passé dans la salle de délibération, mademoiselle de TouralbéetBiancas^étâicnt retirées dans un cabinet attenant au pasq/Kt du procureur du roi , sans doute dans l'intention délicate d^écfaapper à toute tentation orgueilleuse d'affecter un pressentiment de triomphe*
Vers une heure après nàinuit, l'animation de l'auditoire s'aflaissa^ soit
faute d'aJimens à jeter au brader commun, soit à cause de la loi imposée
' à llMMome de payer au moius son heure de tribut au silence lorsque tout
3 le sommeil autour de luL Chaque parole s'éteignait, chaque le-
Ee raccourcissait, chaque pensée, raréfiée par le jeûne, s'élevait au de œ calme universel aûn de n'être distraite dans les hauteurs par rien d'étranger h elle-même. 11 y a de la religion dans toutes le» es-
Centre de ces ondes lentes, monotones, pressé doucement, mais partout, 4tt poids d'un sommeil exact à l'heure, dernière trace , dans sa rigounwae pooctualité, do sa maladie vaincuo, Abel, comme aux précédentes «émcea, pencha son front résigné, lérina les 3[eux. Les signes pn^gressifs de l'assoupissement n*échappèrent pus à la vigilance de Caiveyrac; il sam- Uait les suivre avec une avide inquiétude. Il se rapprocha du fauteuil de raccosé afin de s'assurer qu il ne tarderait pas à s endormir. Le souffle 4'Abel se ratirait en frôlant doucement sa lèvre ; encore uno demi-heure 4e œ silence étendu sur l'auditoire, et le sommeiil serait complet.
La tranquillité tant souhaitée par Caiveyrac ne s'altéra pas ; on eût dit qu*il l'imposait maintenant, debout près du fauteuil d'Abel endormi, et l0 regaid fixe , lance horizontalement sur deux mille têtes.
Dix minutes avant que trois heures ne sonnassent à la pendulo de la salle , Caiveyrac, dont l'attention s'était dirigée du côté de la porte par où sortiraient la cour et le jury , était devenu si impatient , si triste , si effrayé , qu'on souffrait ponr lui.
Que ces dernières dix minutes lui furent étemelles, et comme H ne les oublierait jamais I
Alademoiselle de Touralbe et Bianca roprireni leuis placer
Enfin la porte s'ouvre , et la cour et le jury rentrent.
Trois heures sonnent.
«- Docteur Caiveyrac , parlez , lui dit le président.
•» Messieurs , dit Caiveyrac, j'ai l'orgueil de Tavoucr, Sfn» çopi oct bomme n'existerait plus depuis plus d un an ; j*ai refait sa vio et sa
raison. Aujourd'hui^ je ne sais plus tous les aMmes qpe j'ai soodispoQr les ressaisir; j'ai Tieilli à la peine. Toute én^e était morte c& ta : je l'ai pris doucement et Tai relevé ûbre à ffiire ; tâche sn^endiie à àÊifm instant , reprise , abandonnée avec désespoir. Cependant , au fond ûb soi eœnr engourdi je sentis un jour vibrer deux cordes : ceùe de la binbiaance et celle de l'amour. Je m'arrêtai, je retirai furtivement la main ds peur de les briser, j'attendis. Le corps devait vivre d^abord : le oocpa ert mes soins; le philosophe se cacha, le médecin agit. Dès que je cnueoBprendre que la tête était assez forte pour contenir, sans écli^, racticm de la pensée , je retournai à ces deux cordes précieuses. Ce ne fut jms en vam que j'y touchai. Quel ébranlement I la générosité déborda : nnmensément riche , Abel répandit son or sur tout ce pays. Je le Irisas passer comme par hasard près d'une misère, et il la couvrait le lendemain sans me le dire. Cétait bien, c'était fait. Nous avancions peu, mais nous avancions. Ainsi je lui inspirai des devoirs, des inqoiétiidei; ie meublai son temps, je peuplai ses jours et ses heures : la veille éliil liée au lendemain par le souci d'un mal à réparer , le lendemain n jour suivant par la préoccupation du service rendu. Ne cherdiei plvs une chaumière en ruines auteur de Saint-Germain. Rêveuse comme le malheur , son âme ne se retrouvait plus , à force d'avoir marché dans la solitude ; elle ne comprenait que l'erreur et le désespoir. De toutes ces flammes errantes, stériles, livides, dévastatrices, je composni un sed rayon , net , fécond , lumineux. Je l'avais rendu généreux, îe le fls aimant. Sa tendre amitié pour madame Dalzonne, ange de boolé qui est là devant vous...
La voix de Calveyrac trembla. Il y eut une pause dans son tfisoours.
11 reprit en soupirant :
— Cette tendre amitié me servit de premier échelon pour le faire arriver à un sentiment plus doux et plus exclusif. Des occasions s'<^ Irirent qui nous aidèrent. La meilleure nous sembla l'arrivée de mademoiselle de Touralbe à la maison de santé.
— Docteur? docteur I cria une voix.
Toute la salle en frémissant reconnut la voix d'Abel , voix qui sortait des entrailles du sommeil.
Un indéfinissable sourire plissa la figure du vloctcur, qui dit : — ECoutez-moi toujours.
— Nous crûmes , madame Dalzonne et moi , qu'Abel éprouverait aussitôt de rameur pour mademoiselle de Touralbe : nous rengageâmes dai» cette occupation du cœur. L'entreprise n'était pas sans obstacles ; je ne marchais ou'en second dans le travail des combmaisoixs propres à la fure réussir. Ma complice , madame Dalzonne, dictait les lettres qu'Abel remettait à mademoiselle de Touralbe. Vous connaissez ces lettres. Nous étions sincères en lui imposant le joug de cette passion, car nous ne reculions pas en idée devant un mariage possible. Mais nous ne réussîmes pas : mademoiselle de Touralbe n'aima pas Abel , et Abel , œ que oous n'avions pas prévu , aima ailleurs.
Qiampêaux eut un mouvement de dénégation. H se levait : GalreyrK lui remit, sans parler, la lettre deHourdon. Après l'avoir lue d'un trait, Champeaux se dit en s'asseyant :
— Je tuerai cet homme î Hourdon mourra ! A peiue remarqua-t-K)n l'incident.
Calveyrac reprit :
^ Oui , Abel aimait ailleurs. Hier , n'avez-vous pas entendu un cri déchirant au milieu de Taudience , un cri qui a démenti mademoiselle de Touralbe? Ce cri échappait à celle qu'aimait réellement Abel.
— Ouvrez-moi! ouvrez-moi donc! murmura Abel en dormant; on* i^ox-moil
IX !utD£ciK m feco*
L'étûnnemeDt dû U sollo m renouvela : racciisé parlait en dontimt ; Il fi*âf(iijiit,
— Il Bîmaiii coDtiniia Gilvti>Tac, une jeune ûlledooi le nom ne S0rlirft
pas de in^ bouche, dût ce uonn, prononcé par moi, entraîner Vacquittiv fnenldc raei:iise» Jo ne déni>ïica pt^rsonnot je ne déshonore pas,
La foule n*aurail pa^ iib^;i si on lui eût interdit à coups de canon \v drt>il d'exhaler le grand bmil miVïlo fit ^ ceis paroles de Calveyrac- Le^ élans de i'enthon&iaïmtj et de 1 admiration rompirent les poilrines,
» Celait t poursuivit*]! , um? fille de la campagne , aecaeillie peridani quelque mois à la maison de santét
Abel se dre^i^ui à denû sur &f>n fauteulL IL était endormi ; ane sueur ûe rète r inondait, il rùpéia :
— Ouvrez-mni ! ouvïea:-niai donc î moi qui rous aime !
Ensuite A bel se Iriva eniii^romenl et fU quelques pas It lâlonâ éorum«? «'U <*ût chéri- hii uiii- porte l* ïi>n;; d'ua corridor. Quand il crui l'avoir rencontrée, il frappa d'abord doucement . puis^ pluii lorl , enlïa tr^ fort # s*ifDpatientant » suppliant qu%>n lui ouvrît.
Comme on érauuntï ct>mm*> on ireniblait!
Yovant qu'on ne lui ouvrait pa^ « Alu'i murmura :
—îlf'i^Tt^n.Hi nette î niainterimu ipi** |e sitts que c*est vous» ouvrâxHuoi^ Beir ■ ""î
— il ne flUd s'appelle donc Bergeronnrtu^? demanda le présidi5nt, ou piuiAi la saJle entière d'une seule voii.
CaJveyrac inclina la t^tf* : il nvait repondu «
— Eh hienï voilà, roprit (lulvifyrac a ver uiio lucidité propht^tiqu^ , avec une netteté diiecenl it délier toute incrediilité , eh bien I voilà comment At^el s^est introduit dan^ la chambre de laademoiseLJe de Toii> ralbe, il a frappr^ ci Ton a oovorl». Vous ave/, ouvert î insista CilTejrac en immobiliâiint du regard mademol^eUe do Touralbe,
Et il lyouta:
— Parte que vous ignoriez san& doute qui frappait /Dans le trouble d*un profuiâr sommeil ronipu vous ave£ ouvert, et alors vou^ avez étéenlaeéi» dans Ifs bras d'un homme endormi. Ot homme était ÂboU më«âAbelqiii allait chercher , non pn?> vous « mais celle qu^il vient de nommer luimême, celle qui avaitt vous nrnil occupé votre chambre, la cliambra tileiie*
âM, endormi» flottait sur le bras de Calveyraç,
— Voilh (a véritri et la vriiisemblance : maaemoiseUe do Touralbeaoti* vert sa porl^^ à un somnambule.
ëî tliilvt»yrdc, dei>oui sur h' trépied de la sibylle antique, eût évt>quédii tomlKan Tintibre de qui^lqui' victmio pour con tondre l'audace d^uncrimi* uel impuni, il n'aurait pas f)!us VLvemi'iit êbraulo Tesprit de là plia assemblée témoin de c»'irr ^c^ue si terri hlo et pourtant si simplette somnambulisme. Jurés, juges lUumintïs duncMiartf^ s^^ml;-- ^Tt^Ttus frappésda ïvurpï i&e. ttceiisa imirs an( *antî5, le ptuple. tial vi. y r^i m % éprouvatent
I \ :r^,,,iL ifiie dans ta cunviciKm. In jour de ^mUi^ ■ . pandait sut ca ' pisode d'un procès changeant tout à coup et brusquemoat il»
. , < la irci^sa lit de lui- ni étiie sur toute KÏJ1 étendue, brisant le sonpooii bur ia Une de raçcus4^, ^ réduisant, d'une mlion crue crimmelle,à aélm que te fait du H<immptl d'un malade dont la passion s'était manifestéa sa H!» le concourir de sa volonté.
Voilà la vérité foudroyante qui éclata si miraculeusement aui fmi% d« tous* que tous aurfui'Ot signé de Ieur&;uîs rtnn^>çf^uce d'Abd,
Au eu no parole de dénu^nîi ne stirtit d^* l.i IhyucIu* do mademiklsélla de Touralbe, à q^i toute confusion fut épargon' p:ir radrcsaa de Catyeynaè mettre sur le comptederéj;;aremcnt naturrt d'un ^mjntil i ' ' bri*<* une dtiposition erronée.
Ilkn ti« se compareratt à l'abattement do Champeaui.
358 L£ MKDECIN DU WlQ^i
Comprenant de quel poids serait son suffrage dans un monMot ai aotannelicment acquis ù la physiologie médicale, le célèbre proiésseurdiil^^pHal» Dieu prit un des flantbcaux posés sor la table des juges, et le fUça teni ardent devant les yeux ouverts du somnambule.
Les veux d*Abel ne se fermèrent pas.
^11 dort profondément, ditl-illustre médecin. J*en étais déjà convaincu.
Ce témoignage entraîna lopinion, il dissipa les derniers doutes.
Les juges se levaient pour délibérer une dernière fois.
Calveyrac les retint par ces mots:
— Messieurs, j*ai k vous prouver, pour l-bonneur de la médeciiie • qui cette scène de somnambulisme n'est point un coup de théâtre amasélir le charlatanisme. Ce phénomène du sommeil, ntfBs illustres eooMns îd préaens vous Tottesteront, est le résultat ordinaîfe des cnndes nerveuses dont la ([uérison a traîné en longueur. Olii§^ d1 toutes les causes qui pouvaient me donner l'eniioatioa dwe &L malgré votre arrêt, je n'aurais pas cruo possiote» je sus aicM ^'M-m^ cherche en recherche, à supposer, à soupc(Hiiier<|aele seonmnhiiUsHieiîfy élaitpas étranger. Je nlgiKHiiispasqu'ADelenéproiiviitlMef^^ avaient mtee survécu è sa maladie.témoin comme voiis des seeètteiom-
meil dont il a été saisi à chaque audience, j'ai calculé que c'était' heures de la nuit au*il atteignait la période du aomnaiMKilis«e> C h trois heures de la nuit, messieurs, qu'il s'est tronvé dans la
de mademoiselle de Touralbe. -^ Il me reste à vonsdire, me si je n'ai pas tenté plus tôt devant vous une eipérienee auni c'est qu'il m'inqiortait de (xmnaltre si l'intoUigettoe de mon i injie afant de déohiremens y résisterait. Elle y a lëristé: ' rhumme eomme je sauverai Paocusé.
A peine Calveyrac avait uni de parler, et les juges et le jury SHétapit retires, que la foule enivrée passa par dessus des âmes et sxNaoQa dnâ te cerdo des témoins pour entourer d'hommages le pauvre Bsédem du Keeq. \ncs doux mains n'étaient plus libres, on les voulait de loulrs parif. Qeux jeunes fommes l'embrassèrent avec une effusion de sœur , et avec tant de joie et de larmes qu'il en fut ému ; et le peuple, qui eet toujeoR si grand, si beau, si juste dons ses appréciations, ne se lassait pas de salueur d énergiques approbiitions leur ami le docteur Calveyrac.
(]hani{)eaux avait quitté l'audience, honteux comme un procureur du 1 oi obligé de subir un acquittement.
Et iiuidami^ Dalzonne ! comme son regard était une prient à Dieu, ua un long remerciement à Calveyrac!
La tête d'Abel reposait sur les genoux de madame Pingray.
£nûn la cour rentra.
La main sur le cceur, le président du jury dit :
— Non : sur toutes les questions, l'accusé n'est pas coupable. Onlonflf qu'il sera mis sur-^le^champ en liUTté.
Quoique prévu , racquittcmont remua le cœur de rassemblée , lasse . brisée, mais trouvant encore des forces pour ce bonheur, pour eelte satisfaction immense conquise pur trois jours d*espéranoes haletanles- €n s^entarassait dans la salle coinme si chacun avait obtenu racquitlemeot #i|ii frère ou d'un fils.
Abel, éveillé et soutenu par le docteur du Peeq d'un cAié et ftar m9 dame Pingray de l'autre, traversa la salle entre une haie de joie et «< haie d'attendrissement. Quel rêve ! quel réveil pour lui f quelle nuit!
Et derrière venait madame Dalzonne, qui avait it^joté sen ^oUe mj^ aop visage pour qu'on ne vît pas ses pleurs. Une voix lui dit tout bas (c^Ml unevoixde ienune):
— La plus heureuse c'est vous, madame. nV^t-ce piis? Mademoiselle de Touralbe Pt Bianca ^ai<Mii snHi^ pur une aulrs is9
LE IléDRCin ot) fico.
De Fournôuft l6 diaprau ûlo main, semblait diro par son f^ourir^ ini^myaMt* : Le coupallo. cuti aurait pu être mai puis<îue c^ lui.
U<^i3 rieuses tùïii^ l au [ empreintes' encore de la instesse épi' - , ; ^ojet tir 1 1 disquette et niademoi^Ue de Beaupréau inarcli|ù«u4
A la porkï du iributmU relui qui avait été député pour os^ter k I9||||
eratid»? cau&e. au rjoni di* b science médicalo et comoie le pîtm rL!ii3i5^
^ plus digfws, cc'lui ' [jiart devait dans qu riées
j^. . l'Europe, qui 1*^ jjîrNj et le pleurera touju * «e$
» savantes iur le înmi ûa iy^hûCwT médecui du Pecq el lui dit :
lii3l€D£uit^ frère ( ^i Paria î Paris vous at tend, c'est là qu'on cooronne*
iièêe par des fatigues de tou?t genres, tnadanie DaUonne, qui n*af ait -Lfifiue ju^{u^à la On du prcxrés qiio par lc?> miracLes de la vulonté « • l • 'îimrid il fallut rt-iourncr h Saint -Germa in. Privée û^ ■0 d'une siîuaiion vi alunit», elle s*âf laissa au point é'éitù ; - ''' ^î<4 du Réservoir et (le garder ïf^ lit» C est que lu
.1^ . cV*^t qu'elle avait ébranlé en elle les ombfsge»
- ti. I,". ^nm û<m% 4e s*m existence. Asiles paisibles* sa mé* ' coiUï avaient été fiuiillfe pendant trois moi&AVKC llmpu- .ju jr uieL la justice, et ses pensi-es, même les plus précieuses ï garder , celles dont K' regard uc mnu^mpïe la beauté que dans uo ileiuî-ÎQur furtif et a ran^'l*i de rrcriii enlr*ouvtTt. tïirh< (irifTitaîcs de la ^lilude* avaient passi'î du roîîauain* mi\ assisi du dévoûnàuii avait fait plar.-;i la iMi- i'fîi^itiii ij 1
aaii h tadoukur des hiniu^ lU tjuut.4iL^ «^tmiil loiiilti^e;
et couchée sur la |jaluii\ i'k< iitT^ti* mais abattue t <^^ 1i<
tonfrueur de la çour-t^ ci l«.s pti tipias Uu lk*fd*
P»ndontlesdeu\]ours(ju'eUe fui retenue pi r SfîTï indi^^pD^itianà Hi^td du IVsitrvoir, :\b*4 ei n»adnmoPiugray res' mt passer
4tÈ%î»rïlt'l itiadarhr Muacfueiit* et mAdeinoisj i niéuiedit
Bi^y < ^], lu taroii ii> lUL^ :ïts ^itaiic uilmunenidanK
ta iijui^ MÏh de ''< Maïs il avait au Pecq se^
babjtiuji 5 ûi' j OKitur i son irouii: s ' librement,
Quelle joui--, Mil . ^ i'|fNi*i fKJur mad ih' voir * dVntendre
près d Vile* auEont d^} sou fauttnùL Abm iiDrr. almm ri*iabli« riche ei pit^ tianl d'une sanie rrt**irujwts*M Elle lenuait parfoiîiv lesyeujt alin de imilur 4I0UO' ' ' - 1 1 nHIc*>t de la rt^lilè et alin de lenir son bonliflttr
4'«n ^ de ciaindre un instant et de so ftssuner ausàèti
V'^'i ...vMrtr. z- de râm*î humauu^ Kïli* av* * ■ -'vîl**met]l s«iuflért lit [ ! h ois , e lie a v a i l dé i û ré bi e n des af f r i ■ i I e n>ur où idl»
dv^! ^.^.;. ai' le banc dt*s témoins ; iiiaiâ qua ce i tendait légères
^rs peintes passées \ qiif> la griNvti du rrvA^SiOibtait douée à liiutson corps
ftifiirTri. qui s'y dèl-i&siîit en re^^udant bnller Téloile au haut du cit-î iriin-
La IHlê éhultît'ïaU Al>eU inclinésurelle, lui conseillant il' ^f: ,
n J a n l de sa n 1 ;u 1 1 diérit* U b >i^-m^ n un nta lade , m a in e I H ■ u 1 ■ in
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-ée, lie nie, car elle
' enctm* mieux que It i - ^ r i
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n^ conrpensjtion! eil j) tour ; elle qui
taut soigné autrefois. 1 -m ^ t.ut . t i lia ï i l able , Ta Iten t i vp, Taj tnante.
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iif'Uf>f*femiïie*eli
t(Hif'i ffV d't^t re Toltjf^l iIp VatU*»UOti.<H
:'>utrâiuW
±60 LE yéOF.CIN DU PF.CQ.
dcn>uis qu*elle avait tant enduré pour son amour. La crainte da a*etait dissipée par la nécessité d*affronter le monde, et elle se sentait enhardie de toute la hardiesse avec laquelle on Tavait arrachée à Tombre de ses timides opinions.
Mais si les événemens la dégageaient des entraves de Toinnioii, si Tair diculait plus largement autour de sa pensée affectueuse, les mêmes événemens l'obliffeaient à ne pas récuser rattachement d*Abel pour une autre femme qu'elle ; dure expiation, feuille amère sous le fhiit embauiné. Phis elle se plongeait dans la contemplation d'Abel, astre levé sur die, et plu die voyait entre eUe et lui s*épaissir Tombre, de même qu'en astronooM le cristal qui rapproche le plus est celui dont Teau menteuse exagère le plus aussi les masses d'air micrmédiaires.
Elle ne se iaisait pas illusion sur Tamour d'Âbel pour Bergeronnette ; et comment en aurait-elle eu la possibilité après tant de preuves ? Mais elle acceptait son malheur ; car la royauté superbe des premières affections était vaincue, cette royauté superbe où ne s'admet pas le partage, où Ton aimerait mieux tout perdre que de souffrir une seule prétention étrangère. Il y a une heure infaillible dans la vie d*une fenùne. Sonne-l-eUe : te manteau impérial descend des épaules, le sceptre s'incline, la couronne chancelle. C'est l'instant des concessions. Que de larmes I et qu'il faut cacher encore, de pur qu'on ne veuille pas prendre pour de la générosité ce qui en réalité n'en est pas, c^r l'abdication n'est au fond que peur et douloureuse perspective de délaissement.
Et, comme elle avait risqué de tout perdre, elle se sentait encore tintement satisfaite malgré le partage auquel elle était obligée de soMcriie. N'outille pour sa part que lo privilège d'avoir le plus souffert, elle U croyait la plus digne, car il se crée au fond du cœur de celle qui a la persuasion d'avoir aimé la première une légitimité de droits pleine de une» et qui se suffit long-temps.
Pourquoi Abel eût-il essayé de la dissuader quand il allait dégager sa liberté d'une manière franche et ouverte 1 U acceptait une position qu'elle avait d'avance acceptée. Déjà il s\)ccupait de Bergeronnette en présence de madame Dalzonne. L'un et l'autre, sans se craindre, sans se cacher, parlaient d'elle, de son affection, de son courage. Ils s'estimaient davantage de cette sincérité, pénible mais fidèle expression de la probité constante de leur caractère. Si un silence trop prolongé indiquait chez madame Dalzonne une faiblesse momentanée, un retour au passé , Abel relevait d'un mot celle tète frappée de mélancolie. Son langage, moins tendre que l'amour, mais moins réservé aussi que Famitié, empruntait a ces deux sentimens leurs plus pei-suasives expressions ; et ce mélange , qui avait toujours marqué le coin de son attachement pour madame Dalzonne, portail son baume et sa consolation aux endroits découverts et blessés. Elle n'était plus ramante, mais elle était plus que la simple amie, plus que la chaste sœur, un être intermédiaire cl bon; c'était la personnification courageuse, rare d'une passion qui, au lieu de mettre entre elle et l'objet aimé le cloître et le voile, avait laissé tomber, à des conditions plus dures de ré- M)lulion, la raison, le simple bon sens . voile léger sans doute et qu'il laut rattacher toujours par une perpétuelle vigilance.
Sans redouter d'Atre entendue de madame Pingray, protectrice maternelle de leurs entretiens, madame Dalzonne s'empara de la main d'Abel et lui dit, faisant force d':îme, qu'elle serait heureuse le jour où il donnerait son nom à la jeune lillo do lîorgerin, h celle qui s'était élevée si haut au dessus de sa naissance par ses sacrifices et son dévortment. Elle parla de sa rivale avec une impartialilo touchante ; elle insista sur les qualités dentelle était douée, sur la l'n'cocilé de sa raison naïve ; elle fut sublime . de fermeté. Sa parole simple. Ir^nto. cordiale avait l'austérité des derniènï volontés d'un mourant.
LK SIKDKON 1>1 PECQ, 2jl
— Aimez-la comme je vous ai aimé. AIm*I . conlinua-t-elle : je croi» qu'elle n'aura rien à envier à aucune k'mme. J ai eu autrefois de graves torts envers elle : elle ne vous en parlera jamais , je le sais. Pardonnezles-moi pour elle, mon ami, afin qu'il n'y ait plus entre nous qu'un passé où nous puissions nous rencontrer sans douleur tous les trois.
Madame Dalzonne se tut un instant.
Âbel était à ses pieds, baisant les pans du châle qui l'enveloppait.
«- Ne lui défendez pas, reprit-elle ensuite, de m'avoir pour amie. Je le sens, cette sévérité me tuerait; je ne vivrais pas avec la pensée que vous ne me croiriez pas digne d'être la confidente de votre femme. Ole vous CD aimera mieux, mon ami...
Elle s'arrêta une seconde fois.
Abel pleura.
— Ne pleurez pas ainsi, mon ami : je u*aurais pas le courage de poursuivre. Ne me regardez pas, ou ne pleurez plus.
— Partons ! dit-elle : j'ai tout dit ; parlons pour Saint-Germain ! Je suis tout à fait bien.
Elle se leva.
— Je suis plus forte que vous ne pensez, mes amis, ajouta-t-elle quand elle fut debout, et blanche comme une morte. Je vous le prouverait bientôt : je serai à votre mariage; oui, j'^ serai. Allons I ne nleurez plus, Abel. N'est-ce pas à moi à servir do mère à Bergeronnette 7 Je lui dois le voile et l'assistance ; ma place est à ses côtés le jour de la cérémonie. Dieu m'en donnera la force... Mais vous pleurez toujours, Abel ; et vous aussi, madame Piugray; vous aussi ! Prenez donc exemple sur moi.
Triste exemple ! La douleur muette, sèche et altérée do madame Dalzonne n'était pas la moins déchirante.
— Encore une fois partons I Mais que faisons-nous ici ? partons !
En s'arrétantàla porte de l'appartement, elle ajouta d'une voix éteinte:
— Mon ami, j'ai aussi un présent à vous offrir , à vous» le mari de Bergeronnette. Je ne vous cacherai pas ce qu'il me coûte... Vous ne me comprenez pas... Tenez je vais pleurer, je pleure comme vous maintenant... Mais où êtes-vous, madame Pingray ?
— Vous vous appuyez sur mon bras. Venez ! vous êtes mal ici , m« fille. Partons, je vous en prie, je le veux.
— Conduisez-moi... Oui, appelez-moi votre ûUe... Partons I
Le silence qui avait accompagné les trois amis pendant leur rapide voyage de Versailles au Pecq , régnait encore entre eux après qu'ils eurent été réinstallés dans la maison. Ils s étaient réunis dans la chambre de madame Dalzonne , qui avait fait avertir les domestiques qu'elle ne serait visible pour personne dans la journée , excepté pour Galveyiac Qu'on l'attendait impatiemment , malgré la touchante préoccupation de revoir le foyer aimé , de retrouver dans le cadre de la croisée le paysage da bois de Vesinet , archipel de verdure et de sable I
0 était dans le vœu lo plus ardent d'Abel et de madame Dalzonne de revoir le docteur pour «^-«.voir de lui ce qu'était devenue Bergeronnettecinq-beuros depuis In lin du prucis et depuis son retour à Fromainville. Que son esf rii avait dil être agité . à eiio aussi , pauvro enfant , et sa voie grande apris Tacquiitement si inespéré dWbell Ils allaient teveir
262 LE MKDKCi.N UU 1*£C0-
toat ce qu'elle avait dit, tout ce qu'elle avait souffert, tout oe qu'elle anit pensé, en attendant de la revoir, jdans la journée même, à la maison es santé, avec son nère Borçerin, à qui une solennelle mpoôtioa mnà soumise. Ainsi s^expliquait l'impatience muette d'Ajiei et de madn» Dalzonne, l'un et i^autre très diversement affectés des aièmes wméai Madame Pingray les observait dans leur inquiétude , à laqndle âte pnnait une part anectueuse.
Et comnie madame Daizonne devinait bien ce que trahisaaieaC les lueurs sereines par instant répandues sur le visage. O'AM! — II aouit» se disâft-elle, à Theu^peux avenir qu'il prépare à sa ysané femnliB. oêm son âme, il remercie Dfeud'Ctre riclie|K)ur qu'elle le soitdau Iktiefoéoré. II songe à tout ce qu'il lui donnera ; il parcourt en idée, peilché abr ani épaule , le chemin qui les mènera tous deux au fond de sob ptjs. Voilà les plaines , voila les maisons , voilà les campagnes, vioffll les no qnt seront à hri et à elle! voilà le vieux château qu'ils haMlenmt ensemble! Et moi, je resterai ici I je resterai seule I seule, ami Dîeu!
Ifadame Daizonne passa doucement la main sous son châle et dégrafa le corsage de sa robe. Elle étouffait.
La porte de l'appartement s'ouvrit : c'était Calveyrac.
— MoA ami, dit Abel dès qu'il vit entrer Calveyrac, donnes-noas des nouvelles de Bergeronnette !
. Calveyrac se tut, mais non comme celui qui ne sait pas, maïs avec b douleur de celui qui craint de parler.
— t^ouorquoi ne l'a-t-on pas vue ici ? Vous avez dû passer à II ferme de Fromainville : que vous a-t-on dit?
— On ne Fa pas revue à la ferme depuis Fautre jour, où elle â'atrcta Un instant après son retour de Versailles.
— Mais cela fait trois jours , remarqua Abel , traversé d'un sinistn* pressentiment, trois jours entiers I
— Oui , trois jours entiers, répondit en soupirant le docteur. J'espérais aussi la rencontrer à La Frette, chez sa taàte.
— Eh bien ? demanda Aboi.
— On ne l'a pas vue chez sa tante.
— Peut-être Vabbé Vincent, dit madame Daizonne, pourrait nous apprendre où elle est.
— Je me suis également rendu chez Fabbé Vincent, qui n'en a pK> entendu parler.
— Ah ! mon Dieu ! s'écria Abel , où peut-elle être allée ? ^ue je suis effrayé de cette absence I
Calveyrac serra la main d'Abel.
— Serait-elle?... Mais elle serait donc morte, docteur, que vous Oic< si triste , et que vous ne parlez pas î
— Vous vous souvenez du cri qu'elle a poussé à raudionec quand 1 ' procureur du roi a conclu contre vous?
. --^ Mais, docteur, ce n'était pas là l'arrêt de la cour, reprit madame Daizonne.
— Sans doute , mais elle a pris le réquisitoire pour l'arrêt, la malheureuse enfknt , ce que j'ai compris en interrogeant l'abbé Vincent, qni, vous le savez, l'avait accompagnée chaque fois au tribunal , et quiFavail ramenée à Fromainville.
— Quelle destinée I murmura madame Daizonne , effrayée des consé-
sembla de Versailles.
— Dm
LE >iéiïi;ii> IH m:*:*).
r^pifUl AM , quVlHjlle dit t ifu^-i^blb ivauiu 1
' ■ 1 !m à se confesser à TuIjImi Vifîceul . qui lui a iiuvudé mn , la nuit 4»^ leur retour ici.
■ kos Tîfl nrtus dbtPiî pais cria î ^ qiii'en me voyant voua ne m'inierrogfnn»^ jk>*i sui- Ber*
T ! mC f)^rdui3 par moi , p<Tdue ! sï'cria AUel , pairïairismi
[c li-T^n ira***? nient du docteuf. Où, peféuei Ci^Ue ub?'M^ * t. i^ jûurs! Ni cl 10/ iûk ni rboz !sf^ paivii!? î Nulle part! Et ceir mi
Ifilts à Tobbë Vincent après !e réquisitoire du prociircti^' - ic
ffilte f nnfe!^5iinn î Rergornn nette nVï^lpltis! Je h pr hh
ftn* trcïp hcureiii! Le Imnheur éUnl l'î -. ''v intuh.kK : ;. ,.....:,, , s j(,nVsi plus! Quoi ! morte t m<^rte avec ?ion amour poui
inr^i ! rh^re enfant q\ie j\ii tuée! car]' ! lîe ni*a fru cnn-
i I ' E^- m -a VII déshonoré , flélti , mon , c^r ji? seia»s mort de Ma,
nln ^irttr avant moi I Ah ! madnnw, vous m soviei? f,is corneii ' Elle nvait étésr comfalî^isiinte mix mauvais jotJrs , et ils
ni I ^ ^ ! Et quand f allais essayer de la payer de tant df* ten^
resfe f i doja lié , mourir î Oh ï mon Dieu î mmirir f Jc^ ne pu ' "> î
'" 1 nfm idée imp<i^&ililfiî... Mon amie, dit*il à madam** I' a
pnsulidut eouime si elle avait eu le ptiuvoir de cbm ^ s «
dftz-inoil n'est-ce pas que c>st impossible? ?î>i: vé
hfVibôtt t ta sanié, la force que {.ciur perdre tout cela «mj i jdiîrirf Qfif^ ne sais-it* encom malade, at la ^n>ir minore hr^-- r...., ^.. .,,vr^,.. 3^ Fmmain ville , dans sa ferute l B<m -: tU', îtiîi ^trtir* ma ci>mpifgneî quede^i
ment madame îïal/onne; m*iis voit r,
vfïtî* mon nmi • vinez ^ aUons! alkm la
iKiriiPUt! Ulil votn: minvibitiie me lue! Mms donc runvamcu ,
Dten convaincu qu'elle r^t morte t,,, Kanl je n > paflf Vous nar^
fage^ fiïon espoir , vtius *. mon amie « mû couipt^mu ma dêsclaunn ! Vo^cï, docteur ; madame Dahonne pen&c Cômn^ moi. -^lïy ë peut-^tre encore quetifi» espérance , murmura madamo tMi-
— Vm% h} pen^eï ^ n'est^<*e pas? Oh î rendei^mot la ^m akiry en m'ai* ddiil à Hîtrouver Birgeronnetie !
JiÉftifne Dnhrmtw *f^ leva , disposée à suivie ifl»«1 ptfFottt oè ïi vmidrait aller.
— Venpzt sV meurtrie d^c^élam d*«mt>ftr
p yt dv* désï'spoir 1 i , , ven^^ï î
Ah! je vou!^ n'mercin, mon oniie! Allons tous les dftJtsculîs, lt$que [e dncleur ne rnut pas nous accompagner, A bel et madame Dalionne se préparaient h sortir ^m Mvotr de quel lié ils se dirigeraient.
■ Démarche inutile , dii Catf eyrac m les retenant tous d*HH : Ou ;-Toiis ?
1"' nous aller! cria A biil. Vous f- tes cruel â-
■ . inpéchcz pas de paîsser*
Est-ce que |e ne vous snirrais pas , ri^pondit tlrtivi-yrac en pr^ssani
11. 3U0 je n'aie dejô interrogé î dam ! ^ . d^ih ailé? Depuis d*'ux jours je n*ai
vilLigr, un iiamrau ^ um* nii*i>mi sans y rherchif 1 nnnetteî vodà quara nie- huit heure* que jo msrchff
^^H^ j <NtetTt^e.^
264 LL M^DLCl.N DU PLCC}.
-^ Alors tout est liiii ! dit Alx'l : je ne chercherai plus que dus la ciel!
Il s*affaissa sur un fauteuil, et il y demeura dans une fixité d'airaîa semblable à celle dont il fut frappé le jour de son attaque de catatepsie.
— Docteur, regardez ! Vous rappelez-vous? Qudle effrayante anlogie ?
— Ne craignez rien, répondit Calveyrac: la douleur est formidaUi comme la cause qui Ta produite , mais le danger est lom. Voyez : d^ il pleure.
— Âmi , dit tout bas Calveyrac en passant son bras autour du cm d'Abel , ami ! il vous reste un beau devoir à remplir sur la terre, et c'est Bergeronnette qui vous le lègue en la Quittant I
Il ajouta en étreignant Abel comme un ûls chéri :
— Ce devoir se personnifie dans la moitié d*elle-méme , dans son ptas vivant souvenir , dans son sang, dans son image... Tenez! s'écnala docteur en courant à la chambre voisine et en revenant aussitôt, tooeil
— Quel est cet enfant ? s*écna Abel en étendant les bras et en amchant de ceux du docteur l'enfant qu'il avait apporté.
— C'est le vôtre I c'est votre fils I
— Mon fils ! joies de ma vie t J'ai un fils t et Berjgeromietle est si mère! n'est^^ pas? Votre visage à tous deux me le dit.
— Et c'est moi qui serai sa mère maintenant ! dit madame DaUonnt en posant le bel enfant sur ses genoux et en l'embrassant de mille el mille baisers avec un exprimable sentiment de jalousie vaincue et de céleste abnégation.
— Il se nomme Abel comme vous , dit le docteur en voyant les nua^ de la mort s'ouvrir et se dissiper sur le front d'Abd, et rauiéole sublime de la paternité en prendre la place.
L'innocente créature s*était endormie sur le sein de madame Dalzom»; son sourire s'était fermé sous ses paupières angéliques, et sa petite corolle de bouche laissait échapper un souffle pur. Un gracieux bonnet de velours violet , orné d'un filet d'or, pressait son front , coiffure ori^tale semblable à celle que portait le joyeux et impertinent enfant qui arrêta un jour , pendant une de leurs promenades , Abel et le docteur du» la forêt.
Ils se surprirent tous les trois à adorer ce messie couvert des rayons roses du sommeil.
Incident singulier que n'avait pas regardé d'abord madame Dalzonne. le docteur était revêtu de son vieil habit de médecin aux armées.
La contemplation du bel enfant répandait une tranquillité bénie autour d'Abel ; il souriait sous ses pleurs ; c'était la rosée et le soleil après une nuit d'orage.
— Et maintenant , dit madame Dalzonno , que nos calamités sont finies , je suis prête , docteur, ù tenir ma promesse. Quand voulez-vous que je sois voire femme? Je vous appartiens.
Abel sortit de sa rêverie è ces paroles de madame Dalzonne.
— Ceci vous étonne , Abel. J'avais dit au docteur de vous sauver et que je serais sa femme, car il m'aime, lui.
— Je comptais , je l'avoue , sur la fidélité de votre serment , répondit le docteur ; mais c'est là un dévoiiment que je n'accepterai pas, madame, Vous vous êtes engagée dans l'exaltation de la douleur, et je ne dois pas Toublier. Je vous rends votre parole : vous êtes libre , madame; et vous êtes sauvé, vous, mon ami! Adieu donc à tous deuxl je pars! Bioo frère n'est plus riche : ce frère , dont j'étais appelé à partager la grande fortune, une révolution commerciale Ta ruiné ; il est pauvre anjouitl'hm« et il m'appelle à lui du fond de sa misère pour relever sa famille; une loHre reçue pendant les déba(s de voîre procès m'a instruit de sa pœî-