‹ Œuvres. Le notaire de Chantilly. Le médecin du Pecq. Le dragon rougeChapitre 3 sur 21 · TU · texte numérisé non relu

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3»ger se pnfeenia,

' r : ' M \M\ désormais t r 1 1 r die, la république HÛH

^ ! imd<'rntif*r? le^ ut toilécs*

' k r k la iiatioji, pour que ]■ 'latn no

,.■ ne?e fn^^^e f>i! passerait I ? auiiois: il atioUes; au rcilfileslli^

<>nte se p! > ne jaillira que d*tiii MuJ0*

%i, \j: nnjnai* irioral attend snn o/ luge»

iv^ttnn nationale décréta une seule loi : la Ttrrmr. Article \n Ttrrrur, m D'où rimjuii cette puissance t Qt'' f*^^'i>'^ enfanléoî Dieu! comme elle U^ f mnts et lc% nt (télir ! L*air la répandit au sortir do la bouche <li Goiprinijéfi; et tout homme qui la respirât ne mourut paf, mais U h tnnii. ï;! li>rri*tîr fut la sAuvegarde des villes, le général des ^ênm- lel, le dict.ïi» ur du pajs. La Franêe change do

.éjnit- RThMir, pn^niiér/»du nom!

» KiHrift \mmi; ' .u rt^paire ifi^nrmis eia^érés.

» I1& jliltDiiri^ : li^* ib sViitpttrèrenI de ma fofitme ei

•M LB ROTAIAB DE CnAIITILLT.

•de ma filles ot me menacèrent de les tuer, si je ne consentais pas à laisser la localité à leur discrétion. Je me résignai à ce sacrifice, ils égorgcreoi ma femme et ma fille.

» Mais quelques jours après, quand la Terreur fut proclamée , le diA* teau me vit, écrasant ses propriétaires sous mes pieds. J*y mis le feu et j'y entrai. Un prêtre, frère de Tci-seigneur, me demande au nom de Dieu, car nous en avions fini depuis long-temps, eux et nous, avec rhumanité, la grâce de sa famille. Point de grâce. Je tuai le prêtre, la famille entière. C'était celle de mademoiselle Caroline do Meilhan ; mais je sauvai sa mère : inutile de dire pourquoi.

» Pourtant on n'avait sauve ni la mèro de ma fille ni ma fille. Plus tard je ne pus empêcher la confiscation des biens de la mère de Caroline ni Fexil auquel elle fut condamnée. Elle portait un nom sans pardon pour la Convention ; mais j'adoucis sa misère. Je m'attachai à la mère de Caroline avec l'opiniâtreté du remords, je Taimai comme une leçon vivante qu'en homme de parti je m'imposai. Elle fut la borne tachée de sang que ma vengeance ne dépassa plus. De longs jours s'écoulèrent : elle se maria à un homme de son rang , sur le sol de Tcmigraiion où nous nous ren* contrâmes ; car l'empire nous fit aussi expier le tort d'avoir été repu* Uicain.

» Ainsi, je ne vous l'ai déjà que trop révélé, Caroline est l'enfant d'iœe royaliste que j'ai sauvés , mais dont j'ai tué de ma main la famille entière. La mère de Caroline fut ma iille adoptive, comme à son tour Caroline l'est devenue. Voyez si je mérite quelque reconnaissance! Les siens ne m'avaient rien laisse sur la terre , je leur ai gardé deux enfans : ils m'avaient tué une fille, je leur en ai conservé deux : la mère de Caroline était morte, je pleurai sur cette mère que j'avais faite orpheline, mais qui avait û(i a ma pitié d'être épouse et mère; j'allai ensuite vers le berceau de sa fille pour la prendre, pour la réchauffer près de moi, vieux soldat, vieux conventionnel, couvert de blessures et de calomnies. Depuis dix-sept ans je lui sers de père , moi qui ai tué celui do sa more , et je l'ai nommée ma fill n elle dont les siens m'ont privé de ma fille.

» Le château détruit, mon pouvoir n'avait plus d'obstacles. C'est au moment des grandes crises que les questions se simplifient.

» L'instrument de mort fut élevé.

» Je me plaçai h sa droite, mon paysan, comme exécuteur, h sa gauche, ses fils armés se rangèrent autour de Féchafaud et durant tout un jour, nous ne nous reposâmes pas. La terreur était notre force, la terreur arrachait les traîtres a leur asile ; la teneur les courbait et les poussait à nos pieds; la terreur en fit justice: la letTcur sauva la France! »

M. Clavier était pâle, ses deux mains tremblaient dons celles de Mau» rioc ; il avait peine à achever.

« Quatre-vingts têtes restèrent sur le pavé. Nous incendiâmes le bourg.

» Jf) fjartis iNuu* Paris. Arrive, je me présente h la Convention, je monte à la iribuiie, et je déroule aux yeux dos membres do cette formidable assemblée une carte de la France où cette localité était à jamais effacée.

» — t^ue ce lourg soit sans nom! fil Robespierre!

» J'avuih bien mérité de la pairie! »

M. Cl.'ivior s'affaissa dans son fauti uil. S'il eût reçu un coup de lance dans le foie, il n'eût pas été plus décoloré; ses bras pendaient, ses lèvres étaicui noires.

Den if re la porte du cabinet, Victor seul eut la force de rester. Au fond de rapparieiiinit , Lconide respirait des sels sans parvenir à se ranimer.

D'une voix agonisante M. Clavier reprit:

« El maiiitoiiiuit , mon ami , que j'ai fini mon temps d'homme de parti, ma mission de colère et parfois de justice, je me retire à tâtons de la vie. Ni moi ni mes pareils n'avons été jugés. Trop vieux pour attendre la sentence que les génératioas prononceront sur nous, il faut que je me con-

LE flOTAtHE BR CDâ!(TILLT. il

tfttle de il voii ïsoUo de ma conscîi nce* EHo m'impose roblif^dtian non de revcïûr sur nic& princif es, mais sur bcaucoop d*j mrs actes , loutemis sans îi?s coi^danirer Iwnleuscmi'nL L'hoiiiiiiL' politique na jamais Iran^^igé eti face de J'éclinfaud , le vi*^- il lard s'anunide tin [lied dans h lotnbe. Si ro n'ai nia me bL'aner n» h me repriitird^'avmt versé du sang sur le cliamp de bsEaille des fui les civiles « je (loin b na propre eslime de resliUitT ea qui m'est reMo de dofiouilles comme vainqueur. |ji révïiluikin m'iivait enrichi de loules tt^ cotiiiâcations eicrcécssur le seigneur doEil je vous ai raconté la déploroM'' tin » ainsi que celïe de sa lumilïe; j*aï gardé les propriclés etpmpriëes, je les ai fati valoir, j*en ai triplé les ruvcnus, enfin je les ai po^dtVsavec rauionlé d*nn lëi;iljme maître. Ces proprié les ét^iient une arme ; je iiren ^uis emparé . r;tmnd l ennemi ^ en se retotirnani , pouvatt les TAmas^^r, M.iis dc^iuis qii*il a été exterminé ju&que dans >es souvenirs. Cl iis me pèsent commo si je tes avais sur la poitrine, la vérilé

t: I en ai jumais jouL J'anraîâ peur de passer a Tonibre de cesfo-

tfi^ uniii ji? suis possesrur, Jhiikûs je ne tes ai visiiées ; jamais aiican ffiliief do nies pare^, aucun fruit de me:> jardina « aucun poisson de mes éUngs, n*a été servi sur ma lahleJ.e quiestcneiïlisurrarbre r^t vendu» converii en or; ce qui est cueilli dessous est partagé inlre l*7S pauvres. L'or* le vciîci ; il a elé changé par moi en nouveaux litres de pro|inélés- J*j jii itiiiïl rui^ romples : tout y t^%i réglé, mis à jour, facile h vériHer, VfKis ri -hfueréîî donc k leur légitime maîlre;^se, modemoiselle(,arolin6 é ' le jour de ses noces, que je sois vivant ou mort, ses domai-

ne , Ms, étangs, fortls^ enfm l'Iiérita^e de ses fiercs, EHo rcn~ it\*wa'ûMi^ ses biens, tomme si elle ti^en ézait jamais sortie^ En voilà kf Uiref* ift

~~ \lonsieur. s'écria Maurice lout palpitant de icrreur cl de respect, monsirnr, voilà ime action fjui honorerai l dii exbtences moins tourmentées que la viHrel

— Aveï-vous entendu, ma satirî dît tout bas Victor Reynier h Léonide, €t ne peuH'î-vous pas que celui qui éiïouscrait madcmoik^le de lUeilhaii jérait un riche nu nage 7

— Qui le sait , nion itère t Avons-nous la moindre idcc du contenu do ces papiers? Le vieillard est un peu emph.it ïqtie.

<— Ûsk\% nia s<j'ur, vous VasQi hkik entendu, ce sont des titres de prt>* priéié'» : il d parlé do domûiaes.*.

— IViclic^^es vagues.

^ iHs pures..,

** Sam arbres, pcut-ctrc.

— ^ D*étangs,

— San-^ eau» je gage»

— P<*urqtioi supposa, riez- vous celât *— l*t vous le contraire t

«- Maiince nous le dira, ma Sdur.

— Mauriie ne dU rien. Pourquoi snmmes-nous îciT

— Ojendani, en tout cecii il serait important de connaltt lo nai. •

— 1mp3rlanl pour qui donc» mon WreT

^ Mais... pour tout le monde, particulièrement pour celm qtii aurait iti tues de nKiriage sur mademoiselle de Meilhan. Les gmade^ lortunt^ •ool ii rmrf$...

^ toe les rie lies héritières s'acceptent , n'est-ûe pas, mon freréf ^K<^ •"'^f*?^muveriei-vous pas, ma sœurî Vous êles d'une ironie..*

— î I m e lé méri tt% V i ctor t

^* iN VOUS pas Certî do ma savoir ndm et d'amr conthbué à

IMNI bonheur î

— Sam doute; mai» cjommentT

*^ N'entrez-vous pas tant qu'il vous pîa!t dans lo oLixiet do tlaunca, lonqu'it c»t absent 7 Cn cuup d œil «st £Î vite jeté*..

(2 'lè Notaire de chattillt.

— Je raccorde ; mais me croyoz-vous assez habile, Victor, pour pnù" 1er d'une telle hardiesse? J'ai si peu l'habitude des affaires , que je craindrais de no jamais mo tirer avec honneur de la lecture de ces pièces, et tpe la tentative ne vous fût complètement inutile.

— Et si Ton TOUS accompagnait, voyons I si je vous aidais , ma soMr t

— Plutôt cela , mon frère.

— Ce soir nous partons pour Paris, Maurice et moi.

— Vous serez de retour demain tous les deux.

— Moi seulement. Votre mari , sous un prétexte quelconçiue, sera retenu à Paris , tandis que je retournerai à Cnantilly. C'est dimaiidie : les clercs seront absens.

— Mais si c'était mal, mon frère, ce que nous allons faire là... K'aveiirous aucun scrupule, vous?

— Excellonte Léonidel... Savez-vous qu'il y a mon bonheur peut-être daiis cette démarclie.

— Et le mien aussi, pensa Léonîde en voyant, avec une joie qui éclata dans son cœur, son mari déposer sous la même poignée de bronze les paliers de M. Clavier et le plan de campagne du colonel Debray.

Maurice reconduisit M. Clavier jusqu'au bas de l'escalier, et il ne cessa de lui prodiguer, en lui prêtant son bras pour le soutenir, les plus affectueuses maraues d'amitié. Le vieillard et le jeune homme se quittèrent parfaitement neureux : l'un , d'avoir décharge son âme dans le sein dialeureux et impénétrable d'un ami , l'autre , d'être devenu le dépositaire de la plus vertueuse action dont il eût été témoin depuis qu'il exerçaU^a tiiargc.

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La journée avait été fatigante pour Maurice. Ce ne fut pas sans exhaler un long soupir de délassement qu'il se mit à table , et qu'il vit servir Jç diner.

"Selon un usa^e singulier, mais établi depuis long-temps dans la maison , les domestiques déposèrent en un seut service tous les mets sur la table et se retirèrent. Les portes furent ensuite fermées pour toute la dulée du repas.

Après avoir replié les persiennes, tiré les rideaux, adouci l'éclat des lumières, Léonide ouvrit la porte qui communiquait avec la chambre à coucher.

Cette porte était double.

Léoniae souleva ensuite entre l'une et l'autre porte la planche de chêne qui formait la cloison intermédiaire du tambour ; elle la fît glisser de bas en haut dans une rainure très douce, et un passage oblong, de la longueur der deux pieds, se fit et laissa voir un escalier de plusieurs marches.

Un jeune homme sortit par cette ouverture.

Le panneau resta suspendu.

■ Ce jeune homme s'assit familièrement entre Léonîde clMaurice. Sa présence au milieu d'eux n'était pas un événement, elle no fut marquée par aucune parole de surprise, le silence d'usage couvrit les premiers instans du*dtner.

— A-t-on des nouvelles de l'ouest? demanda-t-il ensuite avec beaucoup d'indifférence, et en se versant h boire.

— Do mauvaises, lui répondit Maurice.

— Ah I — Il vida son verre d'un trait. — Et que ditron? - Je rapprendrai cela plus lard, Edouard.

— Dis toujours : je Téconterai de sang-Iroid ; maintenant j'ai Festomac

apïvîsé* D*aiUcurs les rouvelles mauvaïsc's p*>ur moi, n'en sonl^éHte pas de bouiie^j pour loi? nom sonmies eniiiimis, n'est-iî pas vrai?

— Fou, ti*ûunift-tu jamiiis de genérosilé pour mm opinions que tu téf^illes toujiiiiTï. pour en riiédire, sans le pardonner tes nicdisances. Soîti- Biei'nnuâ a&mi forts, loi ou mai, pour qu'il dépi'nde de nous de faire triompher oy la cause ou la mienne ? Quand je me convertirais à le^î principe^, ou loi aui niieni, admotlons» qu'y diiriih^il de changé aujt évéjjçmens? Je pcrnifîls qu'on sacrillo h son parti le repos, la loituno, lebûnbinir m^'^rito, louit excepté Tarn ititS pa^rcc que les parlissonl impuissoatà la rendre ijuand elle est perdue,

— Moiisieur û*â Calvaincourt, ne le comprenez-vous pas* lîatirîcG, mmè^ Ttil h vous faire dire ce qu'il pense, atln de se dispetiser de parler à labb,

— Je vous renifreitî, madame, delà bonne opinion qttc vous avea de mon NÎitmœ. Poursuis 1 lu parles trop bien pour que je ne continue pis à t*én^ger iï me ratoir dû nouvaaui ébgos oû niâmuna. Ce pdté est aiotl-

tent

'— 'Ou j jî .

— {h*i tu li

m\n de iv. nom mer jdruna ai

ho.

trié hier dû P^ris.

li.*main* I M a y voir plusieurs personnes que je n*;

Depu is ma re t ni 1 1 o , eVst-à -d ire de pu is d e i r ) 1 1 V 1 1 1 1 ' -1 : ei pouvlt^ ni i 1 sera i l iiécesiâairu q Vi , i : . , ■ pour ks roi^surer sur man sort que sur ptkii : Lsoifue bniieiino.

Léonidt? iii h muovemenl de se lever*

Edouard la pria de se rasseoir,

— Il serait imprudent , Mauriœ , de leur écrire d'ici, el je no lo «fear- ,gemi jamais d<> ma correspondance. Je partirai donc.

~ Non , encore une fois ; car lu n'as phis per^mne à voir a Paris^ Ttes amis, ceux dr>nt tu parles, sonl en fuite ou ariH?te>> En veuK*iii la nreim^î

—Du cour • ieur Edouard» dit Léonide en prenant I > •.. <. \mne

hommi? : *— LTriati on surtout : vous ave/ fa il h ^ Asmt

de sacrincc^ juMir n .ivnir pas a vous reprocher Tiiiaçiion ion u»' a Mquelle lcscin':onstances vous condanmenL

^ ""' ' ' V— . Queso passe4-E donc d'extraordinaire en Vendée T

— i .- ., , , . ,1 , îm^. tu sais, Edouard, que la Vendée poliii!pe«6t è Pans., vi qu'on y attii^e la guerre avec autant d'ardeur que dans 1 ouest;

-ieoïrnh nt Iv. ontjli: buboutg, retranché dernène ses paraven^i chinois,

H: ' lîipogne ei ne reçoit pas les coupî^ de fusïL Tu pté^

Yi ' i l»^ de salons, (fui prote>stent par des cocardes vettm

i^t uns Loueiiiites glissées sous les portes cochères, onl com-

jir .^1* par des bmvades intempestives et des assurances 4e

!(ii datigert-'uses qu une trahison. Il parait que, ne sachant ec»-

ti le ^ la nouvelle de quelques triomphes dus au retour doutem

d ' spéroau milieu des populations soulevées de la Vendée, fls

v\ fôurs hôtels, et arrango, sous le fou des lampions, un plan Ue P'gf rvir dont la polio@ a fait son profit avant la pacâonne à qui il euit deviné.

— » -"> imprudence î fit Edouard en seixant les poings; c*aftt la ^j , oui î depuiii l'ini^urnHnum, que la jactanci: de c<^ gewMà fi* l *' plus grand service qu'ib auraient pu nous rendnn t- eût été à- mme en 93. Au moins leur expulsion ou Irurloito.en faisiinl

.hii,, , i riii'iiiiiiL, eût ejiciié une irriKoii>Pi <.;ilulaire dont nous en*-

' llOQi t ri lage i ds n*ont pâS r désintétiisseineRt*

ievn juirdon, madAiiia^^ij : souvent è nos repas

tel prop» politiques, Co n^est pfts k mûiudre uiCuuvéaiêQi de loger dts

M tt ROTAlftE DB CBAUTILLT.

Achève, Maurice, de me reconter leur funeste boufTonnerie.

» Avertie, la police est descendue chez tous ceux que le plan de régence désignait comme dignes de remplir dans le futur gouvernement tes principaux emplois, soit à la tête dei armées, soit sur le siège des tribunaux. On murmure les noms compromis d*un duc célèbre, et de deux vicomtes arrôlés au moment où ils se disposaient à brûler une corrcspoodioice que la police aurait précipitamment arrachée aux flammes.

— Sait-on le contenu de cette correspondance? s'informa Edouard avec anxiété, consterné d'apprendre l'arrestation des chefs les plus dévoués à sa cause.

— Tout le fait présumer; car do nombreux détachemens ont subitement reçu Tordre de se diriger sur la Vendée pour la cerner, Tenvahir, Toccupi^f sur tons les points, avec latitude indéfînie de commandement laissée au général qui les guide ; et on lit dans les journaux m nistériels d'hier que voici, des détails arrangés sous forme de nouvelles, provenant à coup sûr de la correspondance saisie.

Léonide, lisez-nous cet article : nous écoulerons mieux.

a Environs de Ureisuire. — Parmi les actes de folie , de cruauté » d*exaspération, dont se souille chaque jour le parti légitimiste en Vendée, on est surpris de rencontrer parfois sur cette terre de sang quelques traits d'intelliffence et de vrai dévoûment. Deux cents soldats fouillaient au milieu de la nuit un groupe de châteaux désignés commo recelant un jeune homme courageux et téméraire qui est devenu l'âme de la rébellion : les crosses de fusil ouvraient les portes qui résistaient aux sommations , la flamme montait là où n'atteignaient point les balles. »

Edouard redoubla d'attention.

« Ces soldats avaient déjh ravagé sans résultat deux châteaux, lorsque, au pas de charge, de la boue jusqu*aux genoux, chantant \a Marsefllaise^ torches allumées en tête , ils longèrent un troisième château que des camarades lear avaient enlevé la gloire d*ass'éçer. Comme c'eût été leur faire affront que de se proposer pour leur prêter main-forte contre une position qui ne tenait déjà plus , ces braves passèrent outre et laissèrent la besogne et Thonneur do Vachever h leurs trèies d'armes. Ils se bornèrent à quelques saluts de reconnaissance à travers les claires-voies des haies, et se renvoyèrent des cris d'encouragement à distance. Ils n'avaient pas marché cent pas, qu*ils aperçurent un long jet de flanmie suivi d'un bruit sourd : le château s'écroulait. »

Edouard sourit tristement.

« Au jour, et miand il ne restnit plus de château à visiter, on s'avoua qu'on avait brûlé bien des fascines, bien des cartouches et bien des chaumières pour rien. L'ennemi, qu'on poursuivait avec tant d'acharnement, au sein de tant de dégâts, s'était encore échappé. Le miracle de son éva* sien n'a pu s'expliquer qu'aujourd'hui , où l'on vient d'apprendre que ces soldats d'un mrme uniforme, qui faisaient le siège d'un château pendant la nuit, n'étaient pas moins que des rebelles exactement costumés comme la ligne, masquant par une attaque et une défense simulées la retraite de leur jeune chef, placé lui-même dans les rangs, s'assiégeant de bon cœur» et bnsant les carreaux avec la joie d'un conscrit. »

— Quel roman ! s'écria Léonide.

—C'est de l'histoire, reprit Edouard qui avait suivi tout haletant la leo» ture du journal, dont l'ombre portée sur son visage en cachait l'expression à l'éclat de la lumière.

Maurice et sa femme s'aperçurent cependant de la tristesse que causaient à Edouard ces événemens. Léonide voulut en suspendre le récit ; elle fut priée de continuer.

Elle déplia de nouveau le journal et lut : « Bientût nous communiquerons le commencement du procès-criminel intenté aux personnes accusées d'avoir encouragé la rébellion dans Tafiaire du château incendié de Cal-

tE HOTAtng 0E CltANTJLLT^ tS

fâînœurL On dit les propriétaires gravDmeni fompromis , notammen» inadAnic de Cah a incourt et son fits, celui qm s'assiégeait dans son propre liâteau, déjà coiipaltc et poursuivi comnie rcrractaire. Ils seront jugés aux prochaine? ai^stses de Foiliors, »

LcTpurriiil lomba des mains de ï.éûuîde*

'^Celait donc ïou&I voire position csl affreuse^ monsieur! Ne nous

^tltvzpas.

-^N'est-U pas de la plus fia u te prudenD?, mon ami, que tu ne te hasardes pas à aller 11 Pans, en ce moment oii la ddcouvcrto de cette correapoddance met en si grand péril la nièro et toi?

S*a percevant du trouble cstraordinairc do Loonide dont il araît suivi Ii?s nmuvemens trop marqués dUniërOt pendant la leciui g du journal , jïu^elle achevait par une exclamai ion, par un cri de désespoir, Edonaid intervint brusqua ment et répondit a Maurice :

— Mais, au contraire, le devoir nVy appUe, Puis-ie vivre et ignorer le sort dtî ma mère qui erre penl-t'tre de villafîO en village, qui me cher* chedans chaque ctianmicre, eillnira par tt^uiW en ire les mains des soldats t On insiruit nv>lre procès : vous avez des crainte^ pnur uioi » mes amis, nVn aura i&*je pas pour ma mère? Pauvre mère qui roo^irail de sufîf^scr que sii>n fîls est vivant et n'est ps à c4lé d'elle quand il y a un éati^er h courir! Quel autre quv moi, NJaurice» s^iuformera avec antâni d*mi'*ïL't des lieui où elle se cache et sur lesquels j'appelle la protection du ct*'l, se dévoilera aux souffrances qu'elle endure et auxquelles oleest U peu tiabituée, et jiartagera les douleurs qïtc je lui cause et que j'apaiserai d^'S que son refuge me sera connu. FalUU-il traverser U France hérissée de baie une tics, nos bruyères en flamme, je dois aller h et le et lui dire î On nn^ poursuit ; onlendei-vous les bal lest Ils vont nous tuer, ma uicri* 1 Me voilà. Pardon de m'êtrc fait si long-temps attendre.

Edtmard était trop iigilé pour ne pas montrer la trace do sa douleur; il i^i lèvres ; il y tomba une larme^

( ' ' pour ramasser le rouleau de sa serviette : elle

fut lnNi:-irrn|f^ a \>' ihr relier*

Mail net* n .? porta pas ses yeux sur ceux de sa femme quand elle se ï^ leva. L'affreuse p<ii.ition de son ami Taccablait.

^- Ktiouard» le jour où, snus le déguisement d'un vigneron, lu te pré* tentai chez moi, me demandant asile conire les ennemis piliiique^, je te lOf^SiUis ui*en(^uérir de la cause qtii te proscrivait J'aurais embarrassé HKseçinionsen mterrogeant tes tiennes; jo ne votilus pas enchaîner mes principes à la merci de la reconnaissance, comme de ton c6tét tu aurais craint de grner Télan de rhospiialilé en me montrant autre chose que ton bâtau de voyageur et fa figure d*aiui. Aujourdliui, les événemens m'apprennent sur ton sort plus que |c n'aurais désiré en savoir ^ je te ravoue. Je ne serai pas pltii^ injusio qtic les événeniens; d ailleurs, les principes politiques ne sont jauKiis si clairs, qu'on puisse leur sacriOer un éâfoir. Je ne fais pas alUi^ion id a celui de te C4icber tant qu'it y aura Vie tuile sur mon toit, mais je fiarle du devoir d'aUer m *in tonner moih Paris , auprès des chefs de ton opinion, des lieui oii est ta p alin de lui faut* pant-nir de tes nouvelles et d*en recevoir des sienllfs;caF, une derntiVre lois, tu ne partiras pas pour Paris; ma conscience^ s'il lanivaii malheur, ne se le pardonnerait pas.

Les deui anus s'étaient lendu la main. Léonido était attendrio comme Ofio tCEttr ï jamaÊs san mari ne lui avait paru si noble et si beau*

Son eiattation tiatun^tle « jointe peut-être en ce moment à un senti* fn#'nt moin* ûvouable devant un mari , l'entraînait si fort hors d'elleifn*nie; die sentait &i vivimeiit battre son ca^ur dans sapoilnne» tantdi^ limies rouler sous sa paupière, une si ardente rongeur mouit-r à ^es jova»^ et ^ns pouvoir quitter sa place, qu'elle ci^mprii la néco§sité de tfifilSGf ffomaoémenl un thème de convonàstèon si aientureujipour elk«

M CB HOTAIRE DC CBkTmLCtm

Après un recneineinent général, eHe rapprocha son siège de celui d^ son mari, et lui prenant les deux mains comme pour forcer son atfentîoBt die lui dit: — vous passerez aussi chez ma modiste et lui rappelleies que je ne veux pas de fleurs à mon chapeau, mais un simple nœud sur 16 oAtc, ici rhumidilé du bois fane tout, et chez mon relieur, Thouvenin, pour retirer mon album qui est prêt depuis trois semaines. Ecoutez-moi donc : si vous traversez le Palais-Royal, ayez-moi le dernier roman qm a paru. Votre journal en dit du bien; on n*y trouve, assure-t-il, ni adulr tère, ni inceste, ni assassinat, ni parricide, ni moyen-âge. Après tout, je suis lasse de ces horreurs, comme tout le monde. Nous ne sommes pas bons, j'en conviens, mais, à coup s(\r, nous sommes moins mauvais que les livres qu*on écrit sur nous. Clest tout ce que j*ai h vous reounkr mander.

Voyant que nen ne rompait la consternation d'Edouard et de son roarît Léonide recourut en une minute à tous les moyens imaginables pour p** rattre naturelle, en prenant un ton de légèreté qui eût fait devmer sap^ embarras, si Maurice avait eu quelque raison pour le pénétrer. La sensî^ bilité des femmes les compromet souvent plus qu'une faute. «

Elle versa ensuite du café h son mari et à Edouard qui, les bras croisés sur la poitrine, dans une attitude pensive, était tout entier au sujet qu^ l^arait occupé durant le dîner.

Edouard n'est pas beau dans le sens classique du terme. Grand, il ne Test pas; coloré, non plus ; il n'est pas une bourgeoise, même de qualité, qui daignât le remarquer, fût-il seul dans un salon, en dehors de tout parallèle. On est fâché de le dire , mais un çenre de beauté existe, que les personnes nées seules comprennent, qui coûte à connaître autan! cni'une science, et dont il faut mériter rintclligence comme un titre. La figure d'Edouard a plus d'expression que de chair : l'os y domine. Cette maigreur n'est ni de l'épuisement, ni de la souffrance. C'est du caractèra. Si Ton dit avec certitude qu'un portrait est ressemblant sans qu'on ait jamais vu le modèle, le même instinct ne ment pas lorsqu'il aide à distinguer une figure do gentilhomme de celle d'un autre homme. Edouard a un profil de race, comme les Guise, comme les Condé. Nous avons dépouillé les nobles de leurs châteaux, de leurs privilèges, de leurs rangs, mais nous n'avons pu eflaccr la perpétuité de leur type, inaltérable comme, leur nom.

— Je vous quitte, dit Maurice en se levant, Régnier m'attend à l'entrée de Chantilly, à l'hôtel des postes. Tranquillise -toi, Edouard, à mon retour, tu auras dos nouvelles de ta mère...

Edouard lui serra la main et salua Léonide en se retirant vers les marches souterraines par où il était monté. La coulisso de la trappe, tomba derrière lui.

Rien n'est simple à comprendre comme la retraite souterraine d'E-. douard. La berge des jardins de Chantilly qui, la plupart, se prolongent jusqu'à la rivière des Truites, aussi appelée le Grand-Canal, est très élevée au dessus du niveau d'eau. Pour éviter l'incommodité de plusieurs, marches h descendre, toujours exposées à s'ébouler a la moindre décomposition d'un terrain sablonneux, les habitans, à qui leurs débarcadères, sont de la première utilité, ont creusé des corpsnde-logis à la rivière, des. voûtes sous leur jardin. De distance en distance ce boyau est interrompu

Ear des coudes qui communiquent, h la faveur d'un escalier, à de petits âtiraens isolés qui sont des dépendances domestiques : buanderie, bûcher, cellier, séchoir ; ils conduisent même, chez quelques luxueux pro-

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