QS
jure au,ssi.
pTnt^.intertès • faîtes d\jn ton étran^ par !o
ni l'un ni Tautrcde leur imlîtfércnce,
I ideau tomba sur l^ dernicres dartés
I do sa wctm et lui dit : ^n ne dâpenil
■■'MX-
vuu oituid^ Dciudiu, midomoiseUe de Mcilhan dîocni cbex
(8 ' LE KOTAinS DE CnANTILLT.
-> Vous possédez la divine prévoyance de tout ce qui est bien, ma sœur ; merci I
— Venez, Victor; allons faire un tour de promenade sur la pelouse» en attendant Maurice.
Le ciel était rempli d'étoiles , Tair d'harmonies délicieuses.
xu
A la grille du jardin, une calèche s'arrêtait.
La grace de sa forme, l'éclat des panneaux, et surtout la beauté des chevaux noirs qui l'avaient lait glisser sur la pelouse avec la rapidité d'une hirondelle, avaient attiré la cunosité des promeneurs. Tout est événement à Chantilly. Admirer la calèche parisienne était un plaisir comme un autre, plus vif qu'un autre , car c'était le dernier de la journée pour les habitans qui rentraient.
Quand ils virent Maurice descendre de la calèche, leur curiosité devint de la joie. Les uns tinrent à honneur de saisir la bride des chevaux ; les autres de l'aider à franchir le marchepied ; chacun s'ingénia pour lui témoigner la satisfaction qu'éprouvait le pays à le savoir possesseur de ce signe brillant des progrès de sa fortune. Il distribuait des saints à droite et a gauche, comme en userait un souverain populaire rentrant dans sa bonne capitale. Il fut reçu par sa femme merveilleusement ébahie , et
rit son beau-irère Revnier qui, du haut du perron , répétait avec orgueil sa sœur : « Eh bien! trouverez-vous encore que les châles de cachemire sont trop longs?»
Maurice fut modeste : il ne dit pas que ses chevaux étaient anglais , de pur sang, ni qu'ils sortaient des écuries d'un pair d'Angleterre, ni qu'ils avaient gagné le prix du roi aux courses de New-Market. Reynier affirma sur son honneur qu'ils coûtaient dix mille francs. Léonide disait au fond de son cœur : — Nous avons des chevaux I
— C'est une surprise quo je vous ai ménagée , Léonide ; est-elle de votre goût ? J*ai l'espoir que ceci vous aidera à patienter plus courageusement. Quand les heures vous sembleront longues , vous les abrégerez maintenant par des courses dans la forêt, par de plus frcquens voyages k Sentis , à Paris même.
Ces attentions de Maurice charmaient Léonide qui, dans ce moment, re^tta sincèrement de ne pas l'aimer, tant elle éprouvait de la reconnaissance; mais la réflexion neutralisa sur ses lèvres cet élan du cœur : elle craignit de s'exposer au reproche d'ingratitude en payant son mari d'affectueuses paroles , qu'au premier jour elle aurait été forcée de démentir. Sa satisfaction fut muette ; elle trouva peut-être un sourire pour remercier.
Pour terminer au plus vite une scène dont la contrainte l'importunait, Beynier, qui n'aimait pas le ménage en présence, regarda l'heure èi sa montre et dit :
— Beau-frère , nous avons encore deux heures de lune ; irons-nous faire un tour jusqu'aux étangs avec la calèche de Léonide?
Ces mots : la calèche do Léonide ! prévinrent tout relus de la part de celle-ci ; et , quelques minutes après , la calèche roulait dans les sombres allées du bois, ayant passé par le carrefour de Diane , illuminé de verres de couleur, tout harmonieux du bruit des flûtes et des violons , tout retentissant de la parole animée des danseuses.
C'était une nuit comme celle de la veille , limpide et calme.
Maurice se félicitait de cette clarté étendue sur le bois comme en plein midi , afin de mieux faire remarques è sa femme et èi son beau-frère que
LE ErOTAtaE 0K CIIAICTILLY.
la €01106 des tilkuls se continuait ^m rt^af^hnsur un espace indélérmi né; plus de cmqUiinio arp^ps avaienL éié abailus di?puis kntr di'rtiièro promÊxmét.
Après «ivttjr aTlumé un cigare et croisé les bras » Victor aiâafidûiina sou Imeà la fumée.
iféonide ne se bssail pm d'admirer la foiigiie obéissante, la fierté docil© ééfl dNif^out , b légèreté de ta caLéche. BUe était dedans, maiâ son âme était dehors pour se regarder passer, Douceoient fa^icinée par le balancement de b voiture , par ce souftle doui cL continu uui, chargé de toutes les émanations de la nuil , frappe au visage, borde le^ lèvres d'une fraîcheur {L^i^upissanle, Ir's oreilles d* un bruit de flû(e éoliennen, les yeuK d'unr frange de s^'^mnieil , Léonide ne voyait plus courir à droite et h gauche des arbres aui leinles monotones; mais tombée d^illusion en illusion , fîoursuivie par les myonnemens dos lanterufô , elle voyait les deux ailes de h rue do la ?an, étincekntes de lumière, d'or et de marbre; elle glissait au bord de vastes palais dont le sommet se perdait dans les nui^i ime double porte de ces palais s^ouvrait majestueusement : c'était ceîî" '- ' T h^eU
I ■s'arrêta,
I n.-^^ encore h la porte d'un hôlcl de la rue de la Paiï, niaîâ
à 1 ière des allées.
■ A pour l'ouvrir, et leschovaui prirent h chemin incliné
i 1 [1 II Mm i rtce , son béau^frèrû et sa femme, eussent été saisis
d'èitjnïieuietit a ras|»e€L de ces étangs silencteuif sur la surface desquels de^ T'ï^eAiix chevelus et des joncs inclinaient leurs tiges endormies, et où R' ' neal, la lèto en bas, des bouquets pii les de peupliers, çigain-
if" : ! aui , qui, lorsque la brise tes agitait, semblaient pemdre,
au Juiid d une vaste toile , une lune courant entre des nua^,
Léonide demanda son manteau ; elle avait froid.
A reitrémité du premier étang se dessinait le château do la reine Blanche, ciselé par les rayons de la lune, qui Targentaient doses lueurs, comme un cjr t^o à la vierge Marie : château que quelque géant a dû porttfr d;io? la main au relmir des croisades ; création d'une fée; château brodé â raiguille, découpe uu ciseau ; et qui ferait croire à ces reines mdiasitées des romans de chevalerie; le jour reine , la nuit ^ petit poisson rouge dans le lac ; car quelle reine véritable a pu , si mignonne ^ sî fiaioe, sî gracieuse qu'elle fût, établir sa demeure dans le château de la reine filaoa}C< î La cour d*un sylpho serait à l'étroit dans cette bonîïon^ llère fdthiqne ; l'ombre d*un milan lui cache le soleil ; et un coup d'aile en Cf^m qtit nagent à ses pieds pourrait le couvrir d'eau du perron au tons met des tourohes. Quelque jour un nid d'hirondelle l'entraînera dans il 4^iif«,
V ''sima un nouveau ci^^are,
un? quMs approchaient au petit pas do Ti^caUer du château,
le de la première pièce d^^au, ils découvraient les cinq autres
■n long sillfin Imnineux, dans leurs clia tons d'herbe verdâta^,
rfuaqueles peupliers planté!! au bord des étangs pM-
juli coup d^œil; qu'ils avaient bien grandi depuis qu'it
kc^ I
M.i du
ne :
ou M
qi:
la plus déplorable erreur de ^ût du nritjca de Oïndé valant. Ils ont déj>ouillé les étangs do raspfi^ci s^ruvage t avant CM e malheureuse* plantation* Tmijcmrs pC6itif, Mau* rpj*ils rapporteraieiji bierUi^t vingt sous pjr au de coupe, jb ftiaicnt descendus tous trois de la calèche- — Vicitif , dit Maurice h son |jeau*ffi*re , l'ai ou un rendi^j:-vouâ k ^men ivec M. d« La Haye i le brave homme est fort triste, sais*lut •^ Bl bkn f répliqua Victor, que décide^t^il t
' % LS IfOTftIlUK DK CHAKTttLt.
— > n nbandonne le château et le reste du bois pour trente mille fnnot
-> Enfin 1 — Le maudit rieillard a été dur.
-— 11 n*y tenait plus, mVt-il assuré en pleurant : il serait mortéaoi six mois. J^ai été sur le point de rompre le marché, tant il me toaduii par ses regrets. — M. de La Haye, Leonide , nous avait vendu la rar"^ de son parc et s'était réservé celle où se trouve le château, croyant j voir continuer son droit de chasse. Mais, en vertu d\in contrat que r La Hâve ignorait, passé entre ses aïeux et la commune, nous TaviMir onipôcné dans ce droit : alors...
-" Je connais cette aiïaire-là, interrompit maladroitement Léonide.
Un regard significatif lui fut lancé.
— El comment en avez-vons eu connaissance Léonide?
— Pnr moi, Maurice. Que veux-tu, ma sœur brûlait do savoir où w étaient tes affaires qu'elle avait le tort de croire mauvaises ; je Tai note en quelques mots au courant des avantages de celle-ci. Ma saur est di^ crtle...
— Je n'en doute pas, Victor. Loin de te blâmer, je te remercie; soolement j'aurais désiré, en ma qualité de maii, no pas être le second à lui faire part de cet heureux événement. 11 ne me reste plus qu'à vous le confirmer, L<^onide : oui, le château de La Haye nous appartient aioû que toutes ses dépendances...
— Et avec les armes des anciens possesseurs ? s'informa en plaisantant Léonide.
— A quoi bon? pour qne ces armes vous valussent les entrées à k cour?
— S'il y avait une cour, ajouta Victor, encore I
— Irons-nous habiter ce château, messieurs?
— Notre projet, répliqua Victor qui vil l'air embarrassé de Mnuriœ fe 4»tto demande de Léonide, est pour le moment de le démolir de fond en comble et d'en vendre les matériaux h la commune. C'est tout pierre et pbmb : le profit sera immense.
— Mais ensuite, reprit Maurice qui tenta de réparer sur-le-champ ki coup trop vif qu'avait porté à sa femme le renseignement de Victor, nous bâtirons, à la place du château démoli, une maison de goût moderne, avec un cavillon de chaque côté. J'ai en vue douze statues mythologiqutt du plus oel c ffct.
— Vous avez bien du goût, en vérité, messieurs. Vous arracherai aussi les arbres de haute futaie pour planter des betteraves ; vous aérerez dans le parc, abattu sous la hache, des poules au lieu de c&r^ N*aurons-nous pas un chemin de fer au beau milieu de notre pn^priétèt
•^ Vous nous raillez, ma saur; mais esKe en vérité une faute de démolir des châteaux que nous ne sommes ni assez nombreux en famiUei» ni assez liches, ni assez nobles, pour occuper, pour entretenir pour illustrer? et do vendre, à la voie et au fagot, des forêts oit, comme vous Tavez si malignement dit, nous ne saunons élever que des poules? Oè sont nos apanages, nos majorais, nos aïeux? Nous sommes d'hier et noua ne serons plus demain ; n(<us sommes des bourgeois et non des Montmo* rency; des industriels, ma sœur, et non des héros.
— El faut-il Oirc autre chose, reprit Maurice, pour Otro heureux? Né regardons pas si haut , restons où nous sommes. Si nous n'avons pas de grands noms, nous n'avons pas non plus \a charge de les soutenir ; â nous ne po^édons pas dHmmenses fortunes héréditaires, nous savons mieux conscner celle que nous assure notre travail. Chaque âge a sa distinction : celle do lepoqoe est la richesse. Acquise avec probité, elle honore ; et, à part quelques rares exceptions, el e est toujouis la preuve d'une valeur réelle de l'âme ou do l'esprit. Laissez-moi crnire, Leonide, que nous louchons personneUemcnt à cel équilibre où l'uL^^ance s'assied
LE KOTiini DE Cn.lïfTrtLT.
à cM du repas, là dignilo ûiiprtrs do raecofTtprtssejncnl dt^ rftisoniiîibles " "sirs,
G 134(11*5 parole d© Maiirica avait Tenclion d'uiîo ettiVAmce: ri cnmmu*
iquaii sc^ maitimcs d^iunnAlo hrmiTTW aiipsi profondémerrt qii*il lt*s sert* lit« ftl nvcc une pré(.i!>ian qui dénotait rhe^ lui b pm>cri)fï;ii»on do lea Jinrc bieniiil e» pràliqui'. Il s*es^'iyaiL an sage f^mplni de son flvenif, |o pour dVn t'in> tmp t.ird cuivré, Hs^rnbluit pn-ndre onv^^rs hn et les . Peîftr '■^'""" *M no n\^iro pnini surpris par I cblciuisacment de la for* ||lû0* ^ 3 clhùnc (ni elle arrivrmlL
— Si v .. L I Gviest souvent eiphiué, oonliniin-Uil , combien lo se" de la pmvinco vous psL Mù* cVsI iei, ij Cl aniflly» que jn vous pro^ ais de vivre, sans ronipto pourlanl. — j*iiimç (rop \m Irabituacsi
.Dfiidt\ — avec Paris et les nmis que nous y coiitplons. Cormaisseï-vtms une
ï^idonce plus fiilme, une vie meiHeure? ToiiLs*y ïmnn% Pour vous, la
(€Dntpi«frnit>; pour moi» le repos; pour nous Imis,, la s«mlé. Clii^r^hex Ufi
us Lt^aii tùL'l : il faudrait aller en Italie; des catupaj^nos pins rbmes : si
I àutâ point trompé dans mes espérances , jV.u aurai une à deuv pas
banliliy ; et four vous, toute [miuf vous, m^i l.ronidn, Un<> fois ma
failt% nïaîlre do clurisir mes orcupabnr. î ',\^^ ou je gar-
mon élude, p jais pour n'y traiter qu' ''•^. en je fa
»i pour tu'ûdonner uïclu^iveniont à rorntnirn yu ïjULtqua ferme*
lide se tourna pur litnr passage h un bîlillement qui TfVt oufTaU.
— r.outenez-vous, ma saur, ne le contredisez pasi; vous galeries mûn Taluiire * el t^esl le nioinerît d'en r»iMler,
— Jq ne vouâ ai januiis dit. ftlauiiro, — cV^t une justice que vou» me devr/^ — que j*aiiii;û» le genre dViîs^ieuce dont %ous î^jiie^ le tableau.
Ûo revîrndmi peutMjire un jour de cctie prêvcnlion conln^ la province; qniMâ^ il s^Tait mal de vous kisser crotro a un change ineni dau^ mes li^* Mai*^ rt^^iguéo h tous les délais de la fortune^ et cbea^hant, tant pt*îh dur^mni, à ne pas vous importuner deintii antipathies, je mo plient a votre vio siiupkv a voire pab^ion poui" la nîtrade. J'y ^iffrir itn peu nioijis: et qui sali si, p*ir une de « es modt* I y a plus d*un eiemple* vous ne tinin^^ point par penser '.Mil sait si vous ne vous lassera ?. point do ce qui vous avait jim , ou si mol je ne nie verrai [mni entraînéo, par la force «K A aimer co que j avais hai !
LJi- ii, niât sttur, tro!? bien î ma foi* p in« suis dît reb tns souvent avicretle difk'rtrice cepriidant. que je *^ui5 plus jjoi !*.■ :î train* 7nâts di* Maurkiî, Li province m pAtf^rien i jugej'*en* N'oi^ iirci jour il ^t'nlis ; on nmis a servi du tnriioi; nous avons i !i.irnt'.iL:rir frnppé^ de lV*au de Sùiizl l'avais pres^quo eniiaH»
precifiément là ce qnr? j^enlends par la vio de iiùUh nu noos t on^pr^nous pas, Jr» la vent plus simple, inul * Afener en provluï^^? le ïraui de Paris-^ c'est se créer aes jouis* mplètcs au nnlieu de dt^nx j^eîjres d'existences qui s'esciucnt,
— Tll Ptclnh le vtu do tliauii^ij-m» ^ *Ib fi*ciclU9 rien; mais |<i ■ ' o soit de la firovince. si on Tha-
s: qii un &e tï«signn h nu p.; r ce qu^i'Me n^^ produti ivis* ïjçm
' ïïmm ' if^ciiniais, l.o^ ninmiMrnri^s avivant l**s n^^n^ts, ebratl-
lent I r 04 r è>»(>I u t i on s t e 'es l vouloir mi' me §*> r u m e r pi u s v ita
m*k i 'M^, ^ii*.^ de (ransbruier k prcivnice en uot serre-t bande oft , I mm éoi . ou lieu de teu, on fut écloro en jCHlISMiiœs eitoiiques jtâîê»
— ' Nous ne boirons du vin de Cbutiip^gfic qui* la di» au -. .- -i-ri-L': c'est cbampt4rc.
^ lilais, repru Mauiice plein de joie do se roir compris ou du luoitm
71 LE NOTAIEB DE CDANTILLT.
toléré pour la première fois de sa vie par son beau-frère réuni à sa femme, mais je m'arrangerai de manière à ne perdre aucun des avantages de la province. Elle offre des dédommagemens que vous méritez. Victor, ta aimes la chasse, nous chasserons; vous peignez, Léonide, les points de vue ne vous manqueront pas, — en automne vous peindrez. Id, le prin» temps est délicieux par ses eaux ; nous irons à la pêche ; nous pêcheroils ici même, dans les étangs.
Victor se frotta h3rpocritement les mains.
— Et en hiver, dans la saison où nous entrons, nous donnerons des soirées. Et pourquoi n'en donnerions-nous pas dès à présent? l'idée m'en vient. Croyez-moi, le bonheur est un peu dans Thabitude. Ces bonnes figures de provinciaux, à force d'être vues, perdent en naïveté ce qu'elles gagnent en franchise, en bonté, en bon sens. J*en ai Texpérience, il y a des cœurs d'amis, des dévoilmens à toute heure et jusqu'à la mort, sous ces coupes grossières d'habits. Oui, Léonide, oui, Victor, — car toi aussi to as besoin d'être prêché, — je ne désespère pas de votre salut oommon, et, si je ne craignais de vous effrayer de mes espérances, je vous dirais qu'après un an de l'existence que je vous ménage, vous ne voudrez plus retournera Paris.
— Et on ne dit pas non, appuya Victor d'un ton pitoyablement feint.
— Seulement, interrompit Léonide, permettez-moi (la douter que nous arriverons sans obstacles à cet état dont vous nous avez présenté une aussi flatteuse image. Je crois que vous n'avez pas calculé toutes les résistances extérieures.
— Lesquelles, Léonide ?
— Mon Dieul il y en a mille. Par exemple, vous parliez de donner ces soirées : y viendra-t-on ? ne serons-nous pas trop haut placés pour les uns, trop bas pour les autres? n'allons-nous pas éveiller de petites jalousies?
— Erreur, Léonide I II y aura empressement à venir. Je tiens si bien h vous convaincre, que lundi, à ma première soirée, j'aurai M. Clavier, lui qui n'a assisté à aucune fêle depuis celle de TÈtre-Suprême.
— Je vous arrête à votre première invitation : celui-là, permettez-moi de le croire, vous ne l'aurez pas.
— Nous aurons M. Clavier et mademoiselle Caroline de Mcilhan , vous le jure, et cela, lundi.
— Mais c'est demain, lundi, Maurice.
— Demain, soit. Vous tiendrez le piano avec votre frère ; j'organiserai une bouillotte ; M. Anastase ouvrira 1 écarté. Je me réserve l'ennui de faire la politique avec ceux qui ne joueront pas. Au fond, je ne suis pas fâché d'avoir de ces réunions : elles couvriront mes absences de Chantilly. En me voyant de plus près, on ne remarouera pas qu'on me voit moins souvent. Mes voyages ont été l'objet de 1 attention.
Victor , qui sentit poindre un sujet de conversation qu'il n'affectionnait guère, étemelle répétition des regrets de Maurice, de ne pouvoir exclusivement s'attacher aux soins de son étude, ralentit la marche, puis il s'arrêta pour rester en arrière de Léonide et de son mari. Us passèrent.
Quand ils furent loin de lui, Victor revint sur ses pas et alla frapper à la porte du garde-chasse pour qu'on lui prêtât un marteau. Un des chevaux boitait et paraissait souffrir d'un fer qui s'était faussé à la descente du chemin des étangs.
Une fenêtre s'ouvre, et une voix de femme dit a Reynier : a II ne fallait pas vous déranger, monsieur : sur un petit mot de vous, mon mari vous l'aurait rapportée lui-même à Chantilly. Quand nous nous sommes aperçus que vous l'aviez oubliée , vous n'étiez pas encore au haut de la montée ; mais il était si tard, que nous n'avons pus couru après rous. »
hE HOTAIAE DE CaAETTltLT*
il no ju-
Beyniier comprit tout de suite qu*il éJûil pris pour un au Ire ; ^ea paaè propûsdetirfrdereireur la femme du gnrde-chassc*
— Teiièï, ajouta celle-ci » voilai Bonne promenade 1 que je tous souhaile ; la cho^e uc vous sera pas d*une grande ulUilé cette nuiL
La femme du concierge tendit le bout d^une ombretle en refermant la
■ crobéi? qu'elle n'avait tenue cju'à demi ouverte en parlant h VîcInrH. — Que veut dire ceciî mois c'est de la dernière élégance ï Dubliée ici, dans la nuit ! — l'ombrelle d'une femme qu'on « cru rèslituïT h son ca- Ttlieri — Je garderai cette ombreilo jusqu'il demain. Léouide éclatrcira
rmptètc. Quant au cheval, il boitera: tant pisi Allons b leur rencontre, maintenant.
Victor ordonna au cocher d'aller au petit pas* le long des élangs. -^ Et vous avez donc de mauvaiijes nouvelles h lui apprendre? répélait ^ iéonide à Maurice.
H — Am^ï les lui lairai-je eu partie. Aurai-je jamais le courage de lui ^Ê ipprendre que sa mère a élé arri^tée et traduite devant la cour d^assises ^Ê de Poitiers, ou l'on instruit son procès et le sien, il lui, pauvre Edouard! V — QuL* lui direz^vous , pourtant?
«— ie ii(> lui cacherai pas les ordres rigoureux arrachés enfin à la fait»lesse du m minière pour écraser son parti , qu'au mystère des meneurs» je crois disposé à tenter une résolution désespérée, et dans laquelle, — mon opinion s'en réjouit, mon amitié s'en alarme, — ce parti périra»
— Effravei-le; oui, — diles-lui tout cela : car il brille de nous (juitier Dur prenàre sa part de périb dans les dernières luttes de son parti- Part4ut moins pourtant des dangers personnels (|u1l courrait , que do la
déception de ses espérances, et surtout de la position plus aggravante où
il placerait sa mère, en aigrissant la justice. Je crains^ — des soupçons
^i sont presque des certitudes me font concevoir cette crainte, — qu'il
n'ait pas renoncé ^ malgré vos prières et mes solUcitationSt a sortir la nuit
pour se promener dans le bois*
• ^ — Quelle imprudence I — C*esi qu*il nous compromet autant que fui»
^■Léatiidc; mes preuves en amitié, grâce au ciel, sont acqmstfs; mais je
" fous avoue que j'eusse désire lui être utile dans d'autres circonstances
et pour d*autres motifs que ceui qui Ton fait mon hèle. Son opinion nno
contrarie, oui, elle me rend parfois suspect a la mienne. Dans l'état ac-
Plucl de la Vendée, en présence des troubles de cette conlrpe, si sangbns H si dif licites qu'on so prend à douter parfois de la sûreté de nos nouleUes institut tons, j'entends ma conscience qui me conseille de remettra au ministre le dépùt du colonel Debray, ce terrible plan de campagne. Le momi^ni de cette restitution me semble venu* L'élan conmmnicatit que la nuit , le lieu, certaines dispositions expan* imprimaient à h conversation , et peut-«^tre ce besoin impérieui iMMDiBiet de partager tout ce dont il charge sa faiblesse, amour» smbttton, entraînaient Maurice h ouvrir son âme, à solliciter un tl de Léonide» Partout où il y a une plac^; pour une peine, il y en a ^p*>ur la femme; on peut être heureux sans elles; Ssins elles on ne ' àt houiïrir, Klles st^nt là, à la pnL'nJiéie larme, à la première doU' f ; des que le cœur se plaint , elles répondent,
*— Qui sait, continua Maurice, irrésistiblement amené h livrer le sien, aûn qu'un trait de luitiière y pénétrât ^ s'il n'y a pas dans ces funesiet
^011 remède décisif au£ agitations de Touest, le secret des fora» de lioo, celui de leur anéantissement ! — Vivre avec ce secret au foud lia b poitrine , c'est souffrir les remords d'une trahison , c'est en oom> meUrt^ uim? |teut-^tre, au protlt d*une opinion que je ne partage pas et à iriTlciyife d'utie dynastie dont le retour serait la ruine de mes croyanoœ* 1 Atoc tous, Lconide, il m'est peniiiî^ de pleurer â«ns honte sur ma gé* Q^oattté tîl de la maudire. Ces sortes de secrets sont à vous et k moi ; ils iOiii de ceux que la satota coititnujiauté du mariage fait un devoir de pe^
7i Ls ROTÀiBB Di GnumiLt»
aer en famine. Hs touchent à l'honneur du fovcr. Edairex^mot, on» anie. La consdeiice spontanée des iemoies a des lumièras plus Tivesqu» la raison égoïste des nommes. Elles ont décidé^ quand nous hésitons tm core. Dois-ie, Léonide, restituer ces papiers, ce plan du colonel Debraj^aa ministre? A ma place que iériez-vous, la main sur le cœur?
Léonide porta sa mam à Tendroit oii elle avait caché le plan du adonei Oebray.
->  votre place je ne le rendrais pas^ moi : Debraj ne l'a pas oaé^ pourquoi Tosericz-voust votre opinion est la sienne : eh bien! qu elle aaîl tout aussi scrupuleuse; celui qui lui conOa ce plan était son ami, mais était-il le vôtret Debray craint de faillira la mémoire de cet ami, et nV vsQz^vous pas à redouter pour le mime fait d*attenter à la vie d*£douardt Placé entre ses devoirs de déposilaire et ses principes politiques, Debn^ suppose donc que vous n avez ras vos devoirs, vos principes aussi? Sans doute il n*a pas pensé cela. Qu importe? S'il a cru que dans votre poii» tkm vous éiiez plus libre que lui dans la sienne, il s*est trompé : le ooi»traire élant, vous n'accepterez point une solidarité devant laquelle il a reculé lui-même. Ëtes-vous allé au devant de cette coniidence? le service qu'il vous a demandé, — n*exagérez pas votre délicatesse, — Maurice* cil no de ceux qu'on ne rend qu'avec réflexion. Parce qu'il vous a dit : Voilk mon secret , êtcs-vous obligé de lui répondre : Voilà le mien! — Mais d vous aviez beaucoup de missions semblables, votre vie, votre bonheur, votre repos, dépendraient et seraient à la merci de tous les embarrat dont la commodité des autres se dépouillerait sur vous, il vous faudnôt «voir de la délicatesse, d) la fidélité, de la justice pour tous ceux qui ■• voudraient pas avoir le souci d'exercer ces qualités a leurs dépens. Croyes» moi, laissez dormir dans l'oubli les papiers du colonel Debray, çt ne réi» piignez pas à sauver un ami peutK'tre. Préférez cette joie i celle au sié» rile orgueil d*obéir aux ordres tyranniques de l'o} inion. D'ailleurs l'opiniov ne sautait exiger de vous œ qu'elle n'impose qu'à un autre. Vous devez beaucoup a la famille d'Edouard : votre fortune, votre rang dans le monde» ce que vous êtes enlin , est son ouvrage. S'il vous restait des appréha»» sioDs, je les ai levées; si des remords surviennent, j'en accei>te d'avance b moitié, Maurice.
»— Que vous m'avez soulagé d'un énormo poids , Léonide ; vous avei appelé pour me convaincre des raisons que je n'osais accueillir. Tout ov ^ vous m'avez dit en laveur d'Edouard, je lo pensais. — Ma's le plus ux^éuélrable silence là-dessus. — Voici Victor. — Pourquoi u'ctes-vout pas toujours aussi bonne pour moi, Léonide?
— Si vous me confiiez plus souvent vos affaires, Maurice... Victor les rejoignit.
— Ecoulez bien, pèlerins égarés :
Je vais vous raconter l'histoire de cette ombre'le verte et blanche.
Et Reynier commença son épisode au bruit des roues broyant les feuille» tiMnbées« *.#•••..•... ■.....•-••..••.
En rentrant, Léonide remit à Maurice la lettre do Jules Lefort.
Quand il l'eut parcourue, il dit : — à!on amie, vous irez au bal do Son- Us; j'ai depuis trois jcurs votre invitation dans la poche. Il n'ajouta rien*
— Quelle contrariété î pensa Léonide, moi qui ai tant lait pour qu'il m» me permit pas d'aller à ce bal.
— Je ne sais trop si j'userai do votre complaisance, Maurice.
Je verrai... je ne m'eugago pas. Un bal, c est si fatigant, les routes sont si mauvaises l'hiver. Lo colonel Debray n'est d'ailleurs plus ici pour m'aecomijagner jusqu'à ^enlis.
— Oh! vous (tes parfaitement libre» Léonide, reprit Maurice, qui au* rait été enchanté d'un refus de sa iomiuOf mais qui pour tout au nwnd» eût cramt de paraître le provoquer.
LE KWAÎflE OE CHl^ïTlLlf, 7|
**>Brygttl fn^ite cela ne tous coïKrario pas, p n'irai pas â cd M
— ¥m» f^'-'-^ **^^\ dit Maiirico d^Ti ton qu'il eiM diV^iro rcnto fJché» •»p!iisf]i : voJro volontr'% îïu'HIt^'tirrnmpN^fie,
Mirinct* l .. . .:-iiMiîamp s'onfemier duns <>tm cahinrt pour rcrire-
^ H iûit part ^ti nïûH d llnriPTiso de mon refus d*iillfT iui \m\ do Sen* lis : c'cit où jQ Tattemliiis; llurtenao ira dcmc à ce baL Ei muil
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Uhivi r 'tri iivancû* D^V{h plusieurs snîrées avaîi?Til cîi Wcn chez Sfai»fifo, ain-i 1)11 il Ta va il nmté iivnc ba Icmnjo dans li's dcrnii^res prame^ ti . ' ' M m rK* * n 1 J X f ^l ii n gs d e r/>ïîi mrl le,
j! de familles ^\*uucni fit il une habitude de se mndra le rm^
d : itru* inv^ paisible*^ rëimionsi»
isJarsces, tcMijiiui^¥ain('ucs par 1rs rsisann^méns dt 114m.'- ,:...... 1 jv^tit corîscnti h cctndutro maili'mivrsrll^ dt^ McilhanÀ
ŒiSOim^,Hisquf l]r«i il ne prenait fH^rsonrMyilfnï*'nl qii*un iuten t àv cum- |lBfSûncc. fa prcâ^i'nco v était h \K'\m rmmrqnve. As&is dau'- un coin , il lî^t k^s ctikuines du Mohiitur un causa il i\ \ù\% Uîiss*? av*x Maurirr. Si Seule, M vôrî table ioie, cl ait de voir Caroline, iîialln?ss(^ dr sa limidiié^ lemAUT aun il ux avrcaliandun; coi' ce n*tvnit cortûincRKiit \ûs Li [worn (Sn pnrnnî iiflit:i(*î qui Tohlif^^cait d*; loin en loin îi puricr s."s doi|Eis trcmb' yrîi\ cl a î*s ifhrtT hutnides. liûniemi alors, il ^j i?achaUdei»*
i 11 bniillc dè|ili4 f". suri;^ t tre^ .iprc'S CL'tli] précautinn. bi'auooiif
p il a M b cture* BrisécSi confuses, les lignes n»Hrts dimsaji nt ei
ti! ^"rmouvaîent av*^c fa vidlle iïmc, fout iniierc nnaili('-«i a us
(«' <'5, aiii insde sa fjimiîne qui, quelqiiefob, on i] ' ^ la
T ?a (.élite k'ii' âu IkïhJ du Journah afin dt^ voir ^i rd
■ ' oy pour lui dire si Fheure éuil avancée : a^/umm mjuâ
lis pari irons. ^ , . udredi de janyier a rassemble che^ Maurice ses habituds en rmulation*
*— Je vous reuirrcie pour elle^ dit Maiirfee à M* Cbyicr» d'avoir r^ mmré a \nUf> solttudv pour viurr a ucfs réunions. Voiisi*avcz remarqua t*C5i-ctî pav? oifldcmnisclie de Meilban *i drjii plu-s d*ysngo, influiujeni pins de maiTHien, ÎWsi femme Taime conmie une* sa ur* [ci vouï* n'a?ex fn à entuidre qu'elle gagne une de tes passions dan gère usc*s sî com* mUÊm et SI moriellc^ dans les salons de Paris, ïjs bonne conduite dos italfs f^fi* qi^'* noiTs recevons nous est eonnuo ; il n'en est pas un doal ^ ou b^^soiu ; tons ont û*t nivrnîr» Tenvio de bien faira nnno houre h qui^b^n^ bonnite ramitlo. Depuis que ji Il a ma coc ^ qu'une in-
malbeur^ v nt, rt de li
iMi>M^df* Idul flcifniji r avaut lo marine. Had > loisir û 'et u d i er pa n u i ces civ racit 'res»
^pbfït^-' - ' .'.......i..,j le mit-ux ûu ^en*
lie. Si lechott doO^ ., .., ., . . ,. ïenipsî notrt«pudaif3^
pond M* Clavier; ejîr tou^ sa^Tï, rron ami* ma
1* du m«nde. (le >4][jt deux enfijns pour un quojo
ndiiîro; Ir TidUard n'r^f ^nhtc plus habile qui* U
\ous ravnur-, i\ trr un Miuti^n apfèi
apep;u, «ii ints . r-us ne rue trampeiil
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f)as, et je ne m'abuse point sur leur peu de valeur, que Caroline devient de jour en jour plus inégale. Ses goûts changent; elle s'attendrit phis ▼ivement h nos lectures de laprès-inidi. J*ai sur{)ris chez elle des tris^ tesses sans sujet de douleur, qui tout à coup étaient suivies d*une gàtté folle. Parfois elle apporte à sa toilette, ({ue nul ne remarquera, des prétentions minutieuses, et psurfois elle la laisse des journées entières dans le plus étrange désordre. Cela signiûerait-il quelque chose ?
— Humeurs do jeune fille que Toisivelé livre à ses caprices, assure Maurice. Serait-ce le cœur qui parlât en elle, il n*y aurait encore aucun danger à prévoir ; mais de nouveau il faudrait nous applaudir d^avoir chassé de son imagination une foule de rêves exagérés, en rappdant dans le monde réel.
La causerie des deux amis descend ffraduellemcnt de ton, de quart d'heure en quart d*heure, la soirée enrichissant son personnel. Les groupe se forment, les tables de jeu sont déployées; bientôt l'équilibre s'éta* blit entre ces voix que la familiarité, le voisinaj^e, des rapports d'habitudes abaissent à la modulation amicale du tête-a-têle. 11 neige au dehors; on a chaud au dedans; on cause; on est bien. On dirait, à celte démence universelle, que Dieu dort et que les honnêtes gens veillent.
11 n'est rien comme les soirées, et comme les soirées de province surtout, pour ne donner qu'un âge à tout le monde, et cet âge c'est cinquante ans, quarante-cinq ans plutôt. Ce qu'il y a de pesant dans la vieillesse se modifie, s'allège et vient flotter au niveau de l'âge mûr, et ce qu'il y a d'inconsistant dans la jeunesse descend, par besoin d'harmonie, entre un espace resserré, à la région du milieu. L'avantage reste à l'âge moyen. Tout le veut : les lourds canapés, les fauteuils à bras, les tabourets de laine ; imaginées pour la maturité, les soirées en ont le caractère, personne n'y a quinze ans.
Ne demandez pas quel est ce meuble dont les angles tranchans luisent au fond de la pièce voisine; ce bloc glissant d'acajou, orné de têtes do monstres en cuivre ciselé, c'est le billard; le billard, meuble indispensable, inévitable à Chantilly; dieu domestique, vous le trouverez dans la maison du riche comme dans la cabane du pauvre. Il a sa pièce dans chaque maison, la plus belle pièce du logis. Hommes, femmes, enfans de Chantilly excellent au jeu de billard, les femmes surtout. A telle heure de l'aprcs-dîner, le bourg entier fait la poule.
Après la musique rien n'égalise et ne rallie comme le jeu; si Amphion bâtit une ville avec de la musique, il est plus que probable qu'il rassembla des habitans au moyen du jeu. Le boston, la bouillotte et l'écarté n'ont fait qu'une seule famille de tant de gens de professions et de caractères antipathiques réunis dans le salon de Maurice. Ils respirent en mesure ; et leur sans reposé n'a qu'une même élévation de pouls. Le calme de la forêt a pénétré sous ces voûtes pacifiques.
Il est vrai que la nuit a une âme dont elle répand la molle lueur sur tout ce qu'elle enveloppe, caresse on effleure. Les meubles sont sensibles k la présence de cette fée invisible et brune. Eteints et muets, les coins de l'appartement sommeillent; le plafond vacille comme une eau dormante; repliés sur eux-mêmes, les volets reposent; et les luisantes tapisseries, où sont représentées les pagodes inuiennes, la chasse au tigre, les esclaves qui descendent les marches du palais de marbre de Calcutta pour aller puiser de l'eau au fleuve sacré, semblent, à la clarté des bougies, autant de ces changemens éclos dans les Mille el Une Nuits. Il est nuit dans la salle, il est nuit sur la tapisserie; il est nuit en Europe, il est nuit dans l'Inde.
Tandis que l'attention générale se fixe sur un point, que la vie des assistans ne se révèle plus que par les articulations de leurs doigts, d'où tombent des cartes et des fiches, Léonide s'entretient tout bas a?6C
LE HOTAiaC D£ CîiANTtLLV* 77
Camline, dont le regard et le silence attestent le recueillement plus eit^ solu*
— Vous êtes triste, Clarolini?.
-i— Non, madofne,
— Vous avez de petits chagrins qm wùus avez tort de cacher à ?o* amis.
— Je n'ai aucun chitgrin, madame, je vous jure.
— * A votre âge, petile amie, je nMgaore pa^ que ta plus tégc-ro conlnriéléparatt un malheur éternel, irréparable. Vous, surtout, qui ne troii- Yess po^ dans la vieillesse de M. Clavier un confident facile, vous devez «eniir doublement Tennui de risolcment. L'eiperience vous rapprendra, r^^roUne, les maux qu'on raconte sont h demi consolés* 11 vous manque une mi're ; vous n'avez pas de scenr : pourquoi ne vous ferici-vous pas une amie bien dévouée, liien attentive T.,.
Léunide prît afrectueusement les deux mains de Caroline dans les siennes.
— 0*1^ dirais- je h celle amïet
— Tout, ou plulôl eïle irait d'elle-mfme au devant de vos pensées tes plui lentes à nûUrc; son indulgente amitié vous épargnerait la timidité om ftreui. Au risque de *.'ègarer quelquefois dans ses prévisions, elle fvjppo^rait une cause à vos larmes quand vous en répandriez, un nom ^ robjet qui les aurait fait couler* Vous ne lui en voudriez pas d'èlre plus franche dans ses conjectures que vous envers vous^mOme* Si celle amie devinait juste, si elle sp trompait parfois, sa sollicitude serait toujours pAfdaniiee. Et si, commençant son rûle dès à présent, elle vous disait que e'esl peut-être un sentiment délicat, mais dangereux à cacher, celui dont ttms lui faites un mystère, nn sentiment qu'elle lit dans votre abatte^ ment, dans voir© pftleur. dans votre silence, vous pourriez répondre h cette amie: 4Non,v mais vous n^'arracheriez pas votre mam de la sienne*
C'était un monde nouveau pour la simplicité un peu sauvage de Caroline, que œ langage si plein de tendres insinuations ; elle le savourai! arec une innocence de bonheur qui eût rendu facile la tîldie do loum autre, encore moins habile que Léonide,
•^ Je ne vous comprends pas, madame, murmura Caroline en laissant pr^ne tomber sa tète sur t'épaulo caressante de sa nouvelle amie.
— Pourquoi no m'avouerieï-vous pas que vous aimez, si votre affection &l digne da vous î
— Je n*ai p,is d'affection.,, je ne sab„*
— S*il a un nom, tine fortune, nous écbircirîons d'ailleurs vos dtmlesflesuis-je pas votre amie? N^esl-ce pas mon devoir do vous conscnliert Cooime vous avei un sens drniu Caroline, une 5 me candide, je suis per^ suadée mie votre ailachement est bien placé, et qu'il n>* reste, è M. Clavier, qtt «I confirmer voire choii-
^ Uh 1 combien |e crains M* Clavier, madame î presque atilant que je fouiiatme.
— Vous âVPt tort. M, Clavier sera le premier à se réjouir de votre înilioAtion, si vc»us ne tarder pas trop â en faire Taveu ; car le mystère gite les plu» honni}tcs sontimens. C'est un digne homme; il soulfi^, — il IMM& le confie choque jour, — de penser qu'il peui vous laisser, par une mOfl tfop prompte, sni»le et isolée au monde, Dut'il vivre eneore de Ionfiieft annik's. ^m arriére vieillesse serait consolée d*nvoirpour appui une aouvt ' ' .»„
— ^ *. 'Ui cela^ madame?
— Mais sans doute* Ainsi, vous n*avez plus aucun motif, mon enfant, pmir cachfT, si vous aimez, À moi surtout qui d'avance suis en position un vous dire la manière dont M, Clavier apprendra votre amûur.
— Eh bien, madame, puisque vous clos si bonne, puisque vous m'aimez (ont...
Caroline rougit, ouvrit les lèvres pour parler et elle ne sut que rougir.
Elle n'avait pas encore vaincu sa contrainte à s'eiprimer, que, bruyant comrfie la tempête, Victor accourut du fond de b salle de billard, d une main agitant victorieusement une queue, tenant dans l'autre un verre de punch, et criant de manière à troubler le boston, l'écarté et le loto, trinité silencieuse et presque endormie, qu'il avait gagné la poule; uoe poule superbe I une poule de cinquante francs I
— Qu est-ce que cela nous ûiit I eurent Talr d'exprimer toutes kai figures de joueurs, vexées au plus haut point de rexclamation^ de Victor.
— Mais que je ne dérange personne, ajouta-il en dérangeant chacun, en mouchant mal à propos les bougies, en marchant sur les fichesi en bouleversant les cartons du loto. Ce fut un coup de vent qui souffla des ternes où il n'y avait que des ambes, réduisit d^imminens lombola k ia nudité de l'extrait, et mit à découvert des écarts sous lesquels reposait le sort de la partie.
Maudit de chacun, Victor poussa une table à échiquier près de M. Qa- Tier, et lui proposa une partie.
Peu à peu l'orage se cahna ; il n^en resta plus que des échos lointains et perdus.
Les jeux recommencèrent.
Cette facilité de M. Clavier h. se prêter à la fougue capricieuse de Vidor eerait un démenti a son caractère, si Ton ne tenait compte des prc]^§;iès obtenus par Maurice sur la ténacité morale de son hôte, il était parveno il le rendre moins farouche h mesure qu'il avait gagné de l'opinion qu'elle serait moins hostile au vieillard. En se rapprochant, les préjugés rëci' proques s'étaient évanouis; un grand pas était fait.
Intéressée h. ne pas perdre Toccasion de connaître à fond la passion de Caroline, Léonide reprit ia conversation brisée un instant par la trouée de son frère.
— Auriez-vous remarqué, Caroline, les jeunes gens qui vienneni à notre réunion ?
— Oui, madame.
— Trouvez-vous de l'esprit à M. Alphonse?
— Beaucoup.
— Et M. Ernest?
— Je ne le connais pas.
— M. Gustave vous semble-t-il aimable?
— Il est fort enjoué.
— Et que pensez-vous de Victor, mon frère? Croyez bien que voos Ji*êtes pas tenue, à cause de votre amitié pour moi, d'en faire l'éloge.
'^ Je l'estime beaucoup, madame.
— Il est un peu vif, giand parleur, brouillon, mais il a de l'avenir. C'est moi, je vous dirai, qu'il a chargée de le marier, s'il est possible, à Chantilly. J'aurai quelque difficulté, je crois, à remplir cette demiàve clause de ses désirs. Sa commission m'effraie d'autant plus, qu'il a déjà dans son esprit désigné celle, j'en suis sûre, dont il serait heureux d'obtenir la main.
Les convenances exigeant que Léonide ne prolongeât pas plus loin ses insinuations intéressées, elle embrassa Caroline et lui dit tout bas :
^Charmante enfant, vous avez déjà justifié les espérances de l'amitié.
Rien n'égalait le contentement de Maurice. Si la félicité domestique avait cherché dans ce moment à se personnifier, elle n'aurait pas revêtu un visage plus plein de sérénité que le sien. Sa joie coulait à pleins bords : il allait du billard, où il poussait sa bille, à la table d'écarté pour tenir les paris ; il volait ensuite de sa femme, dont il baisait la mam, au dossier do la chaise de Caroline, sérieuse enfant à laquelle il conseillait l'en-
lE NOTA IRE DE CDANTILLY. ^
lOiioiiiPTit p(ir son cicmple; et on le voyait encnro cowfirdes jeunos g^m^
fu'il r^iijmiûit p^ir un su^cl de dii^ciission lancé m mdion de kurs g^raupcs, M.CUrit^r, \ioitT lot crier: Gijrdu h vous; *''cliOC*i la damo \ ïïH gw'il feajKirulque l'ardeur du jhu buis&ail nvec \û hûiitéiir deî^ ou|çt«^. il prorHJsrt rauiuseiiLefU qu'il kiiait ûq resorve potir raauïiBf Ja Dirée el faire diversion* — Dcvinr<îai pourrii, eria-t-îl : mon jeu va s'ouvrir, -^ Eai-cc lo iûio? ^'inforina*l*on do toutes fN*r1s, — ^Mieiïïqoe cola, répondii-iU toi eux que cela. Les m&nians souriaient avec (luesâc^ — Est-ce le mdù jaune?
— Non, messieurs^ mieux que cekî
— Eâi-ce Ta* courant?
— ^ Vous ne devinez pas, mesdcmoîsellcs?
— Ail I c'est auit gnges louciics, et Ton ne s'embrasacra pas. , -— Vous n'y f'ieâ \ms f.mmn\
^ Alluns. Matiricr, ne fa i les pas souffrir davantago ces ésmiMùm,
I— V<m>ns* parler, dit UH>nide* — Èh lieu ! agFandL:^5Ç£ Je cercle ; place 1 place» el du sileiîce^ Maupfc Si>nna- Un domrsiiqiie apporta une corbeille voilée. Quand il la découvrir ce fut un murmure uuiFersol d*enchanlemeni* La forboiUe conlenûit des gants* des ^venlaiîi^, des écrans des éluis d*ïi^Tûire» des riseaui, des pciits mêiiers è broder^ des raquettes* des des^ |B|ifiSt des Uvrcs , des lïoîtes de couleur , mille petits hijoui de quincaîl- ^■ericu
^F '— Hsdames, mesdemoiselles, mon jeu, c*esi imo loterie. Une bierie ^Bloléfiéo por \ft gouvernement qui ne rinûtcra pas; car on y gagnd loiK "îours, cl î' ■ -t la lionnr grâce.
— Ohl luant, quel bivnheurï Totiles M-- i]r][iii's« Ik's s^uiièrcntau cou doLéonidef elles mères payé-
) cei inexprimable sourire que Dieu a mis sur leurs lèvres la cam«
y*.. A.> "^Taurice,
^% ai- je di mandé. Je demande maintenanl de la résignirLii ne seraient pas favorisées par le sori autant qu'elles le
>ns toutes e^^ntenies^ fnonsîour Maurice.
^ ■-■■ i ::.^ir3 C4'ta..
! I î </, monsieur Clavier, glissez votre main sous ce lapîSfbiuclKi
' ' r: i]|i« )ot)fel qui vous plaira; vous, Léouidût|ti vous clmrje il- M Mil.: 1.9 {personne h qui cet objet, învisiMe h tous» sera dévolu» Do sdena- î
CVHait un grand sacHAce demandé k la timidité de jeune fille de