V. Cbrier, Il • «ilticitations qui Tenlouraienl, et, soti
lemi par Cm n se trouvait là^ car il était fuirtciut, il
Il ij i I il sa I n ' . ;j (1 ) Le d 0 1 0 corlïC il] e .
int-nea h nommer les lots,
'O^i UN ijt^HjKmt' les transports que causaient les bonD^ chances,^ Oo
connut ciamincr de plus p^r^s 5 la lumière Tobjel ga^é ; on le relûur-
ûail lie cent façons, [)es euiirs battaient, des applâudissÊtuens accompa-
gihiiesi IcÈ [meilleurs lots. Partout ou il y a conJuskm » leboolttur esl un
gagné que des lots inslgiiiflaiis. — Le regard iSe hiê : « Nous ne gomme» pas heuraui» mon flOr
. Oarte «afflbUit lui dixe
bnt, vou% le sftvejf. n
Son nom ayant ^*tê provl:^^ vers la fin de la lotârie, quand le ?iriie
I nif la corbaUe creuifit déià boauooup dan' le ride, U* Qavier
ITCC peine pour elle uu lot plus volumineux que les autres. On vil
80 LI ROTAIBK DK COillfTILLT.
d*abord iMirattre un manche d'ivoire, ensuite une baguette d'ébène, enfin une étoffe de soie blanche et verte : c'était une ombrelle.
C'est le plus beau lot : les bravos retentissent. Toutes les jeunes demoiselles, oubliant avec héroïsme qu^elles ont été moins bien partagées par le sort, fécilitent, embrassent Caroline qui, avec un tremblement nerveux mis naturellement sur le compte de la joie, reçoit l'ombrelle des mains de Léonido et va se rasseoir , tremblante et décolorée , auprès de M. Gavier.
— Voilà justement, Caroline, de quoi remplacer celle que vous perdîtes Tautomne dernier dans la forêt. On dirait la môme.
La remarque est faite par M. Clavier : elle achève l'abattement de Qh roline. Heureusement la soirée est finie. On se lève pour partir.
Tandis que les mamans déploient des châles et des manteaux sur les épaules de leurs filles, service qu'à leur tour celles-ci rendent à leurs mères, les domestiques allument leurs falots dans l'antichambre.
Un quart d'heure après la petite fête de famille, tout repose dans Chantilly : on entend la neige bondir mollement sur la pelouse.
Debout contre la cheminée, près des dernières lueurs de la bougie mourante, Léonide réfléchit profondément.
Caroline de Meilhan non plus ne dort pas.
Quelques semaines après cette soirée, M. Qavîer s'acheminait selon son habitude vers la grille du jardin pour la fermer, quand l'afficheur public vint coller un placard contre l'un des piliers de la porte.
Comme la vue de M. Clavier était faible, et que, d'ailleurs, il allait être nuit, il fut obligé, pour savoir le contenu de l'affiche, d'avoir recours à sa lectrice ordinaire, a l'officieuse Caroline.
A la voix qui l'appelait, Caroline accourut, ouvrit la grille, et lut d'abord, avec la profonde indifférence qu'on a pour la littérature municipale, ces premières lignes :
« Arrêt de la cour d'assises de Poitiers , qui condamne à la peine de mort le nommé Edouard de Calvaincourt... »
Caroline s'arrête, sa vue se trouble, ses genoux fléchissent: elle est obligée de recommencer une lecture dont l'impression, quoique profonde, s'explique en pareil cas par la sensibilité la plus commune :
— Ne vous effrayez point, Caroline; cet arrêt n'a pas encore reçu peut* être son exécution.
Elle reprend :
« Arrêt de la cour d'assises de Poitiers , qui condamne à la peine de mort le nommé Edouard de Calvaincourt pour avoir attisé la guerre civile en Vendée, et conspiré à main armée contre l'Etat. »
Le poignard entra deux fois dans le cœur de Caroline, de plus en plus défaillante, près de se trahir par l'excès de la douleur.
C^ qui suivait ce terrible préambule énonçait qu'il était de notoriété publique que le condamné était, depuis plusieurs mois, caché dans l'arrondissement de Chantilly, et que tout habitant devait s'attendre à l'estime du gouvernement et de ses concitoyens s'il découvrait le coupable dans sa retraite pour le livrer à la justice.
— L'estime de ses concitoyens, s'écrie M. Clavier, pour dénoncer un condamné! un proscrit I cela ne s'appelle donc plus aujourd'hui mettre une tête à prix I le prix du sang s'appelle estime!
Des pleurs I — sans doute , cest noble! |pst dû au malheur I — Pleurez, mon enfant t J'aime à vouai voir ainsi ; quand on donne des larmes à
LE HOTàlRE DR CDAKTltLf,
cui epii lie Qous sont rien , on répandrait son sang pour ceui {juron
iis iti le dénonceront 1 on a toujours dénoncé î plaie humaine impos-
iltin h fermer. Ce soir, avant deTimin, le bruit courra dans les Ciinjpagnes
^quo le gouverne nient donne un nitllion h qui ramènera le fugilit. Un mil-
* fion ! on vous jettera six francs, niis>êrables ! comme pour une tète do loup.
— A te lit prendre, siï francâ valent encore niieui que Testime des gou-
i'erncnK'U§ et des citoyens qui encouragent k^ délateurs.
yu'tl vienne ici î que le sort le pousse à notre porte.— Je veuï qu'elle reste ouverte désormais — et il verra le cas qu*on fait ici des ordres du
Êtvuvernemenl. Le dénoncer 1 mais la maison sera à lui, notre table, noon t, notre vie pour le défend ro. Oh I quH rienno I qu'il vienne I
Pas de pleurs! pas do pleurs ! Caroline I du mépris I — pas du mépris^ - il va fairo nuit, suivez-moi l Commençons notre lâche,
Prt'u.'int Caroline dans ses bras el relevant jusqu^à la hautour deTaf- Ûche. il lui dit : — Dcdiireî sans peur, monemanl^ dédurezl
L'aflklio fut enlevée,
-*Aux autres maintenant.
Partout où il y avait une affiche, partout elle fut déchirée. Au bout d*iine demi-heure il n'en restait pas une seule dans tout le bourg,
Ouand ils rentreront, la fièvre brillait dans les yeux de Caroline ; pendant long-temps elle fut sai^^ie d'un tremblement convulsif qui no cessa que par répandiement de ses sanglots el de ses larmes,
M. Clavitîf ne so coucha pas. Après avoir ouvert les portes du jardin et du salon « il pas^ la ntut 5 écouter si aueun pas ne foulait eu tuyant k diemin tracé par son inquiète générosité.
Maurice et son beau- frère roulaient un soir sur la neigo^ en graTissaût, sur nn des côtes, la grande route de Chantilly h Paris,
Eisoulflés par la montée qui est pourtant plus longue que péniblOf l69 dievflut lançaient de bruyant jets de fumée par leurs naseaux^
— KavoniHioui rien oublié? s'inlerroge Victor à quelque distance. Voyons : toi la ton monteau^ mon portefeuille, le carton do LéonidCi Estce Knjt? Ne fdi^nîf pas comme ta dernière fois*
— C'est tout, répondit Maurice ; et les pistolets î
-^ IHiblel j^ava)ï> recommandé pourtant h ma soDur do les mettre sur la table pour que nous n'oubliassions pas de \cs emporter ; elle n en aura rlefi ^it C etau la clé de Formoirequ elle n'avait pas d*ak»r4 ; ensuite.,. Mis atTHvi^ Joscphn.
»Le cocher arrt)ta.
^WstHX que la route n'est pas sûre, Vie tort Penses-tu qu'il y miMt qiiêl<' ' I' à la parcourir sans précautbn ?
— I . avons avec nous des valeurs asseï fortes* Passant et r6pa?i3«iiii M MJLi V riiL sur ce chemin, nous pourrions fort bien ^tre attendu» flNfanâ nuii. et cette nuit-ci comme une autre.
'^Tfwi avis est donc de retourner h ChantiUy pour y chercher les pisiairt^, Victor? C'est bien ennuyeux l — nous sommes âéià loin^— song^- Bahf
— Comme il te |jbira, Maurice, Permets-moi de te rappeler cependant, ipe c'est le miits dernier que la voiture de Creil a été arrutée h t!hampl&trpfii* et que, îvans r*issistance des gendarmes, la caisse des contributions niltait p?i directcmeai chei le receveur-général* Le percepteur ea€?ât
' - ^ matad**.
— Au hii ta as raison. Il vaut mieux êlro en retard arec les houres qu'en aranco avec losfoîe.n^. Joiep'i, retournez h Chaniillj.
Sans bruit, comms si elle eût glissé sur le gazon, la voiture rentra dans lo bourg, longja les jardins, et s'arrôta devant celui de Maurice, qui descendit seul.
-— Je reviens h Tinstant, Victor : le temps do prendre les pistoletSi Je n^évcillerai môme pas Léonide.
Maurice ouvrit la petite porte du jardin et rentra.
Toutes l»s lumières étaient éteintes.
Arrivé h la salle h manger, il marcha à tâtons vers la table où Léonide devait avoir dépose les pistolets : ils n'y étaient pas.
La pensée lui vint qu'ils étaient dans Varmoiro de la chambre à coudier dont il avait la clé sur lui.
Il se dirigea vers la chambre, sur la pointe des pieds, de peur d'éveiller sa femme, effleura à peine les meubles, louvoya ae chaise en chaise, alla d'angle en angle, sentit Tarmoiro, et, av^ec la précaution la plus attententive, il glissa presque sans frottement la de dans la serrure. La clé cria. — maudite clé I — Une pression plus dure, un coup sec du poignet, assourdit le cri. — Un tour de gagné. — L'armoire était fermée à deux tours! Il eut Tidée que si sa femme l'entendait, elle éprouverait un efâroi auq'ielil n'avait pis d'abord songé : il eût été bien plus simple de Té- Teiller et de lui dire pourquoi; mais Maurice fit celte réddiion comme il achevait le second tour. Fermer ou ouvrir alors, c'était s'exposer à pcoduire le môme bruit.
11 ouvre; il saisit la boîte des pistolets par Tanneau du milieu, el'L'attire au bord do la planche. La boîto n'ayant pas été fertnée, les pistolets s'en échappent, tombent h terre en réveillant tous les échos de l'appartement.
— C'est moi! — c'est Maurice ! — No t'effraie pas, c'est moi. Je pronais mes pistolets, — Léonide, — c'est moi. — Et, en répétant une troisième fois : C'est moi! Maurice s'approcho du lit de sa femme, tout tremblant de la peur qu'il doit lui avoir causée ; peur si forte, qu'il ne l'entend ni se plaindre, ni respirer.
— Serail-cHe évanouie?
Troublé, Maurice pose ses deux mains étendues sur le lit.Le lit n'est pas défait; le couvre-pied do soie n'a pas été enlevé. Il se porte vers l'^oreiller ; l'oreiller est en place. L'étonnemant le cloue.
— Pas possible! elle ne sort jamais h cette heure-ci ; jamais 1 — Au jardin? — Et quoi faire? il y a trois pouces de neige.— Au salent i'-en sors. — Dans sa chambre? j'y suis. — Nulle part. Ou donc?
Mais alors? — Oh ! — non ridée est absurde, — la supposition atroce. A quoi bon ces pensées? J'ai ac&impagné Edouard, comme de coutume, jusqu'à l'entrée du caveau; j'en ai moi-même fermé la trappe. La trappe œt donc fermée , je ne suis pas fou. — Bien. — Mettons de l'ordre dans mes idées. — Ses tempes battaient, ses yeux étaient pleins de larmes, ses genoux cognaient, en se heurtant, le bois du Ut. — En vérité, je me trouble pour rien. Et Victor qui m'attend I Où sont les pistolets?— je n'y suis plus. — Je les ai sous le bras et je les cherche. — C'est bien. — Maintenant, je vais descendre. — Elle aura été... sans doute... à quoi bon me creuser l'esprit?... Oà ai-je dit qu'elle était allée?... Oh! que je ino lais du mal inutilement! lofais c'est honteux... quelles pensées 1 Assuronsnous : ce n'est qu'un pas. La trappe est dans la. salle à manger; et si elle est ouverte, alors...
La trappe était ouverte.
Le soupçon, puis la colore, pis la honte, avaient donné une lucidité extraordinaire aux regards de Maurice dans l'obscurité ; ils flambaient.
La trappe était ouverte!
Pourtant il doute encore qu'il ait tu le fond noir et vide-da la tny^
LB TfOTAinW 01 CHAÎÎTÎtLY,
é\ïïTg\ «întrf> ïa porlç de la cîtitnbro h coMchor <*t cù\h du sabn. H plonff© son bras ; il ne reTïConttc aiicuno r<^sîsi!iTiDe- La fraîcheuf du covcou le finppeau visage. I.conîdc est descondiic*; Monidp esl là-bas *«5t^ femme I
Maiirico dosccntiil, ^ns les sentir, toutes Icâ marchés, la ttlo bruyante, lA niam armée.
Ln Uimir d'une bmpeso frolnîigeait h disïaticn, opr&s atoir serpofitô sUl' les (rojs marches de communication du pinîUon au cnveau.
li nv-inra jusqu^au bfird de ces marches eu îrôlnnt k mur, en allongeant h' l^ie i ilmonia la première.
Lo3 ddertnx rougtis élaient (irés* Il ne pouvait voir qui* travers ces rideau ï co qui sn passait daiîs le pavillon ; il colla sa face auxcàrreaux-
II dtslingua deux oui lire s. niais éiran^os par leurs formes, pur le jeu dé leurs mmivemens, par leurs cilrèrailés grotesques: c*elaieni bien un homme Cl une feiïîme; c*claieTit, à ne pas en douter, Lêomde et Edouard, mais non lelsqne la projeclion naturelle devait les montrer. Jamais corps ne siéraient det^sines dans des prupnrtions si c^Iossa^ei.si moTi^rtrucuscs. ta ii^ledeTim finissait comme uu arbreja robe de Fautre, comme un vaslo «iTionnoir. Celaient deux êpano^ussemons renversés. Maurice crut délirer. Trois fuis ses oncles grincèrent sur le carreau poiir saisir les rideiiuic, les liror» s'assurer de la nature de ceîto déception qui le narguaii dans le monieTît le plus borriinement po^ilif de sa vie.
Pas une parole du pavillon n'arrivait [usqu^à lui^
Défulément il allait frapper, ^e faire ouvrir.
— Digue précaution^ ponsa-i-il^d'un mari outragé; pôHlesse rare! J*etiti^ai le chameau a la main*
Ses dénis claquaient; il était las d'effacer avec sou mouchoir la trace d6 son haleine stir les carreaux*
— Le hkbeî 11 est poursuivi^ je l'accueille ; il est condamné à mort, je le sauve ; il a faim, je le nourris; et pour récompenscÉ., voilà ma réooftipeuse* — Le tuer I — ce n'est pas assez.
El si je le dénonçais î
0n rayon de j<>ie passa dans les veut de Maurice,
— Oui! le dénoncer. Je vais h Paris; fv senii au jour; ati jour, je la dénonce» Consolante idée! Lln^^pitalitéf àira-l-onp — Et l'adultère? répond ra-t-on. — t7est vil, la dé ïa lion ; c*esl donc lieau ce qn'ï! fait ?
Maurice entend un éclat de rire dans le pavilîou. Il arme ses jnstoïcts^
— Mais pourquiii aller h Paris, si loin ? U\ gendarmerie est à ma porte, l0 maire à deui pas* Dans dix mi(uUes, je puis le faire arit'ter; dans une heure» il S' ra sur ta routo de Paris, enchaîné, demain h la conciergerie dCi Palais; c'est eelaî
Maurice regagne Tescalier, en francbil d*un trait les marches. A la dernière, une crainte le fr ppe.
— Que dire à Victor? Il vaudra savoir, il faudra lui dire.*- longs et écrasans détails! Et que répondre à Tan ton té qui ue me tiendra pas quitte de ma déclaration si le cours le dénoncer, quand elle me deman» dera comment et pourquoi je fais saisir uh homme que j'ai reçu che^ moi, que j'ai moi-mcuie caché? Ohî non, je ne soriirai jamais de cet ineitri* cable mélange do ténèbres et de délation î Odieux ou ridicule* Voilai Tun el Fautre^ ptul-ëirep Faut-il du oc se laisser faire?
Et Victor qui attend, qui slmpatiente, qui va monter l II no manque plus qu'un tènioin à cette scène do famille. Mon Dieu, tout mon sang pDttr une résolution I
Des rires plus insolent roonteni du caveau ; la porte souMrraiiiediï€&- ¥eau s'ouvre.
Maurice écoute de toute roxaltatioti do son flmo : le liruîf ce^so ; la pbfiB est refermée ; il redescend. Malheur h qui se rencontrera sur son pas&ogil — elle uu luil
M LB KOTAIBB DE CDAIITILLT.
Rien sur son passage; même silence autour de lui ; mêmes ombres grotesques derrière les implacables carreaux.
Ses pieds s'embarrassent, il se baisse et ramasse un habit : il est déjà là-haut.
Cet habit est celui d*Edouard. — Il le reconnaît bien. Que veut dire ce vêtement jelé avec des éclats de rire? — En sont-ils maintenant à l'orgiel
— Les dénoncer? non I — Mais... Et il exhale un soupir de yictoîre* ^ Puis il rit comme un malade dans ses rêves, — mais...
Et Maurice s*empare de ce qu*il trouve à sa portée : de deux montres en diamans, de la Dourse de sa femme, de deux bagues — et il les glisse dans les poches de Thabit d*Edouard.
Maintenant , dit-il , c*est un voleur. Je ne suis plus un dénondateur : — je suis un volé. Je cours à la gendarmerie; on m*a volé. Oui! el le voleur c*est Edouard , cet habit le condamnera. Que répondra-t-ilt Qq^îI se nomme : — et son nom seul le dénonce. Qu il taise sa famille : — et il est condamné comme voleur I — Comme voleur!
Je puis descendre à présent ; tout apprendre à Victor. — Edouard m'a fait infdme ; je le rends infâme. Il a écrit en secret le déshonneur à mon front ; en m'abaissant, je le lui marque publiquement à Tépaule.
Maurice touche au seuil de la porte du jardin. Il a sur les lèvres ce cri : — Victor, à moil j'ai surpris un voleur dans mon appartement!
Une pensée le glace. J'ai cent mille francs à Edouard déoosés chez moi ; à quel tribunal slupide ferai- je jamais croire qu'un jeune homme si riche m'a volé de semblables misères? et si le vol est prouvé sans qu'on y croie, tout sera découvert I — alors ma vengeance reste ignoble, inutile et petite.
Maurice rougit de lui-même ; renonçant avec désespoir à son projet de déslionorcr Edouard sans se déshonorer, il retira de l'habit ce ou 'il y avait mis et redescendit de nouveau le déposer dans le caveau, à la porte du pavillon.
Se résumant froidement, — il se dit : deux moyens me restent : la tœr et m'exiler pour jamais de la France , perdre ma position , ma fortune, mon existence — ou me taire : renvoyer Edouard sans rien lui laisser soup^nner, — garder ma femme... comme tant d'autres. Je croyais que cela était im[>ossible sans mourir.
Il parlait résolument, quand les deux ombres s'agitèrent, se poursuivirent, se heurtèrent, et toutes deux, enlacées ensuite, confondues, tourbillonnèrent à faire vaciller la lumière de la lampe. Cette fantasmagorie exaspéra Maurice. Las de suivre cet horrible cauchemar ajouté aux irritations de son cerveau, aux battcmens do son cœur, aux indécisions de son désespoir, il ^vit une dernière fois les marches du caveau, traversa le salon, descendit au jardin, en ferma la petite porte, et monta dans la voiture où Victor s'amusait à siffler aux chauves- souris.
— J'ai bien mis du temps, n'est-ce pas, Victor? » Tu plaisantes; tu n'es pas resté dix minutes.
Qix minutes! Maurice croyait avoir été deux heures absent.
Maurice, à sa première sortie, était à peine monté en voiture avec son beau-frère Reynier, que Léonide s'était rendue au pavillon d'Edouard : ce qui explique la scène du chapitre précédent.
Elle avait laissé la trappe du caveau ouverte , parce qu'elle en avait l'habitude, et parce que Maurice n'avait pas celle de reyenir, une lois parti. La fatalité avait amené le reste.
LE KOTâlRE &e CnAIfTlLLY.
Comme elle «rail déjà û^m lo panllOD, au retour impréni de son mari, ei qu'elle y était encore , lorsqu il ovait pris le parti de quitter Chantill j sansso vpnger, sou eutrevui? avec Edouard ne pouvait figurer qu'ici,
— Vile! dit*ellc en cntranl dans k> pavilîorj, vite, — ^Tohojî, voilà pour TOUS. Cesl un costume complet de Irotnpet te hongrois. Voyez î c*est superbe: do l^hermme partout, Mai:^ nous adiuirE^ronà plu^ lard. Dix heures iép! cinquante minutes piiiur nous rendre a Senlis; il sera près do onze fcciures tjuand nous iirriverons. Ilé^itcrîez^vous, Edouard?
'•~ Moi! répondii Edouard en dénouiml sa cravate el en jetant son bonpnl pour le remplacer par le calque hongroj:^ ombragé d*un ïon^ panache; moiï mais je souscris u tout co que vous voulez, Loanide, îsouffrez cependant que j© vous rappelle le danger que vous courriez si vous étiez recnnmMN Vous n'tîtcs point , — convetit^z-co^ — d'un caractère ù vous conte nt*^ du plaisir unique de ta danse ; vous n'allez au bal que pour vous icnger*** Me promet triez-vous centfois^ me jureriez-vous de no pas vous trahir rius le ti»asqoe, je n'en croirais rien*
— Çuc vous t^les liien sous ce casque* et? vérité? interrompît Léonide d*uii ton niiUeur; mais continuez vos conseils.
— K*al*je pas raison de craindre? Ce bat no peut-il être pour vous el pour une autre personne roccasion d'une renconti'e fdrheu&':î au lien à*une mtf Qui prévoit jusqu'où s'étendront des propos dont voos ne serez point ffvuret Jç frémis h Tidée que Maurice peut tout savoir denjain h son retour de Paris. Abuser de l'hospitalité amsi que je le fais, c'est mal, et je ne raisonnerai pas ma position ; mais déshonorer avec cet éclat, c*esi ino%ct)§able, c'est grave, c'est... Je désirerais, Léonide, que vous aampris* siez cela.
^Très bien, monsieur. OtJclle verve de morale, ce soir! Rester donc ici; qu'à cela ne tienne. Pourtant je croyais vous avoir assuré que ma Tengeanco serait dédaigneuse, froide. Raisonnez donc à votre tour. Si j*a- Viis le projet de poiii^T plus loin la colère, vjeudrais-jo éveiller d'avance fOôcrainiest Après tout» H y a une distance si grande entre les propos tpio la litK5rté ou haï autorise , el ceux que les convenances défendent , qu'une hnnnéte feuirne ne la parcourt jamais en entier* Edouard , je suis ^tonriôê qtit! vous ne me supposiez point rinstincl du respect que je me
— Sans don le * jo compte ëss^z sur votn? prudence ; mais qui aisure q;uc madame I^fort, sortant de ce cercle tracé |iar le respect, n** vous entraînera ^<is h le franchir avec elle? Attaquée, elle se détendra ; elle parera h iJiâlice par rinjure, la lingue du bal est si déluMt?, le ma!*<i*ie cojm*ilio tint de hanfie^e , le déguisement inspire tant d'oubli , qun vous vous «iiîrrerr^ vous-même, Léomde, avec cette liberté dont je redoute tant les mii , promettez-moi d'abandonner toutes ces peliles résolutions fin . ou renonçons au baL
— 4^piialon9, reprit téomdecn se levant et en jouant avec le panache d*Edouardi alors assis dans un fauteuil et accoudé sur la table,— dans ce moment, Maurice pénétrait dans le caveau el ci d lait si>n vidage aux car^ reaui de ta piirte vitrée, — capitulons. Combien d'heures voulei-vous qm nous Dissions au bal de S^-nlis, Edouard?
^— >Li question do temps, malicieuse t u^est-eUc pas un pi^go? Bsl-ca qur -*.--- -t heure vous no vous arrangeriez pas pour produire io rt- Vii^ inim t ^ious irons au bal, mais a condition que vous ne par-
hik:*. a p^i^june.
ÂfÊBî posé (MB Ile condition unique, mais esseniieUe, a son consetilewenU Edouard, comme un homme rtsolti , se leva, prit les dotAi mains de Léonide et lui dit :
** ï acwscrivez-vous î
Ccft datns oa mouvement que son casque et son panache avaiônt décwtpé, sur les ridoaux du paviUon, uno ombre que Maurice ^vail famé-
46 tS ROTAinS SE CHANTILLY*
ment chorché h ^éfÎTiir. Cette coiffure miliiairo et h lon^^ne rol)0 h qtiea^ de Lconide étaient étrangement grossies cl déngurécs par leur projection- On sait les exagérations de l'ombre sur un mur. Imaginez un spcctmeur' qui n'aperçoit «lue l'ombre. Son imagination créera des fantômes; et, s'iE ^t exai:é,*il supposera des monstres. Rien néanmoins n'est plus naturel. «Quoique I.éonide attribuât h rinléiôt que lui portait Edouard la pein^ Bial dissimulée qu'il avait h consentir a racconipafrer au bal. elle n osaic renoncer h chercber d'autres caus(»sà ses résistante^ opinii^lres. Un dout» «¥ait pénétré dans son esprit depuis la soirée où Caroline lui avait révéla par sa pAleur. en recevant l'ombrelle gagnéo, le nuud d'une inrigiie.A ne pas en douter , c'est h Caroline qu ajifiarlenait l'ombrelle ; mais a%'e(? qui était-elle dans la forêt, lorsqu'elle l'avait perdue? Avec Edouard ? c'eçt iHiçossible, avait d'abord pense I/onide. Mais comme en matière de ri— ▼alité, dès qu'une femme dit : C'est impossible, elle doute déjà , si el|^ •ne croit fermement , Lconide se tourmenta avec l'espoir d'une sohilioD prochaine, pour arracher à Edouard quelques indices d'une aussi lénô— oreuse supposition.
— Ne pas parler au bal, Edouard? Votre prétention revient h cedr M Vous n'irez pas du tout au bal. » Tenez, continua Léonide d'un ton pres^ que blessant , je sais mieux que vous ce qui vous rend si timide» ce qm^ ▼DUS n'osez vous avouer.
Edouard fut effrayé de celle subite perspicacité ; il ne déguisa sa pei^^ que sous un sourire qu'il força le plus possible. « I.éonide sait tout , q1|» «ait que Caroline sera peut-ôiVe au bal, que je l'aime. »
~ Il est des momens, Edouard, où l'on tient plus à la vie que daiv^ d'autres.
Edouaixi fut soulagé.
— Oui, (el oui est assez bravo pour no fas craindre la balle d'un mari, recule devant le danger de s'enrhumer en trnversani une lorêt, ou devant celui de soutenir de sa présence la faiblesse d'une femme. On a beaucoup d'exemples de ces contrastes de bravoure et de mauvaise peur. Je n'oublie pas ensuite que lorsqu'on est poursuivi comme vous par les recherches do la police politique , il ne taille apporter beaucoup de circonspcotien h sa conduite.
— Parlons, Léonide. Levez- vous! je suis prêt, je vais l'être. Nous avons trop perdu do temps; mille pardons, ma Ixaine imiie. Mais, en effet, le costume hongrois est magnifique , votre robe de Eohémienne est di- Tine; on jurerait eue l'enfer l'a brodée de toutes ses langues de ieu. Ap^ prochez que je l'admire. Mais prenez garde, Léonide, autre danger : vous aérez reconnue rien qu'à votre taille, si vous n'avez le soin do la cacher aous une mantille un p^u ample.
— Tais-loi, fou que lu es, interrompit Léonide en embrassant Edouard ; as-tu pu croire que j'expliquais ton relus de m'accompagner h Scnlis par laorainte des dangers que lu ne saurais manquer de c(unr?Maisje n'aurais aucune estime de toi si cela était , Edouard. Je n'ignorais pas qu'ea t^aociiblant do ce prétexte si indignement imaginé, tu n'hésiterais plus, et que l'homme qui me refusait son bras de peur que le scandale n'atteignît ma maison, consentirait à m'obéir du moment où il serait accusé de tcembler pour sa vie. C'est bien la vie que nous joui.Tions à ce jeu ; Ql tu vaux mieux qu'un caprice de femme , qu'une soirée consacrée à un combat d'épingles et de coups d'éventails. La perfidie des femmes est infinie. Qui nous assure, Edouard, que madame Lrlort ne te sait [as caché chez moi ; de là h l'idée que tu es mon amant, il n'y a ras même le irajet de la réflexion pour une femme, cl de celtaidoe h celle de le dénoncer en plein bal , il n'y a que le gant à retirer et à le désigner du doigt. El alors, qui serait la mieux vengée de nous deux? d'elle ou de moi qui laisserais dans ses mains ta lêle proscrite et cond; mnée. 0"t'llcs effrayantes paroles pour moi, Edouard, que celles qui tonneraient ainsi à nos oreilles :
LE HOTAtnB DE CïtiyniXYt
f M HP «i9flfi«^f fc EàûtiiTTti de Cùh'ainrnurt f i» fjp nc scmît ûirtro choso mm ie b£>iin<*arï TTK*^nè* Noti* rf?sif>iis; iinn* il ny » pas dn le nmo assez I froide ^ '"^i-^ ipuu de caur vl Mtiu de tirndfcase, pur iraînerinu
5^1 U5 hoiii nimU brsqiftîn se iroriifWiH de chornin, tdlu fn^d lo
I mènera r^chaKui ^ je T^julais t éprouver, jo suis Si^lbbilQ^ Tu m'aimes encore.
) imtBemv Edouard. Lèmide î*araii mhcé de ses brns ondopnâ, Hlïû
coî«og!? df' «ilin ni*^iln d^^ poMleMt?3 d argent qui coniplélaît si ûvaiiîageiisemcui «m roslumr de Boliémienne.
— U faut pcïurtaîit qiu! natu îdlmus à ce bal, L6"inîdf, Sera-c^ ^ mon lour de le prier m^iinleuant ? Les dévoilniens chevakTesques tie sonï plus de noire siècle, je 1g sah, el je ne dinu pa* quf ma viçt nVsl rien* No fÛl>ce qwepotfr ne p%\^ mv séparer de (oi, ille auroU deja un assez gnind prÎK h m<^ yvnu soitspîirlur du désir aussi beau que raurais dtrïa perdre dans utui toaitl*', pour ta causa è laquelle je Tai vmjfk*. Nt» mn jarle pas de la iii-s^t souiller et ravir (or lei mains ign^Ules ûci la justit-e h du l>aurrBau. Nous éviterons ces perd-;; ma parole sera niueiïe; ci |i€»rsonne au moodiN que je Siiche, nc sera dssci hardi pour l(>ucht:*r iusoîcuiinent h mon lîîiisqijn si len vieux, Ma vie sera dans la pradence, Lctifiide* Jo crois ^uvnrr tc*|itindre de lei It ce priï.
— Hun. mon ami» je no compromet Irai point ta vie h ce! e^Svii; le siteneo nii'mr De serait pas une sauvejîardt?, t^onges-y; il éveil lierait les iôii; çcms, «m nous épierait» H vis le uiv^tortï s^irait épLUs et plus ou chercha rail h le percer, Dans l^^s Ltiits de proviuce, les mifsqut^s sont iran^pa* reris; on ne **} car ho derriiTe un faui v fsagtMpje ^wur avoir la vanité dO se Ttirc nommer h:*iis un co^tunip qui (îalîe, ut rot* no déi^iiise sa vojit quo po: r se fa rt* ri>con naître à travers ks saillies d*une spiriiuelLt i^mquerie, dnni on 6upjK*?e k'saulres dop% parce t^ue c*e?t une ïwilîteSvse rrrue. Ces ianir-* ne nous voui guère, El faudrait que nous restas ions inconnus; li Ci.ria*iit(^ n'y cous riiiiail pas. Nous senons harcelés, assaillis, inquiétés par h (nnh* , ;it^ri'e^ l\ jour par des regards qui parlent vt des parol'/s qui V '*n>-iious dt* noire si li^nce, quamJ nous serions» au milieu di ' Tc^ di' l'hnleur el de liberté dont lu nous par bis taulùl, Ou I\m iirkîu qirinspire uncostumequidonm* lecliiingô 4 c^ltj: ou nous ne rroi rions Otro » loi qu'un sîmpD trofn|KnTt* himgrni^ , ni^i i|ti*uîu* lïobénucnue? Uens^'S-lu, — moi |Vn fré^ mb^-^qœ le pierrot qui tr Inû'^sif^rait d*un coup de sii luanclir st.Tati le
r ' [v |MiUehmellf) qui tu railleraii du bout de sa litlo
prisons » el que le fjaillassi3 enfin srrait Ir^ grcfùf^r
j ^^i.niens condamnant a la peine de mort pour eriniû
Itrures et demie :
lire: ''t que ce nr'i, et il neKTa [■
ot ' Muu=. rji- '-^riiiTia
ftdf, qu'il f-^i
!4rs, nous v^ rten^
ce moment qirËdmiard oumt h porte du pavrîlon et jetîi '^Otïmme si^ne d'une résolu ion irrévocable, ritabat qu'il
'MauHcû ramassa au plus liaul degré do colère el do des-
. frirr/iur», Léonitie, que ce que m m*iw dts, tmit en me bi^^nt té- 1 Irèsoriî^iuaL ei jeMiis jahus d**ivoir (Hî UN ri
yp '' lût-crquc fouren rire dans ma vieillesses^ i
,,..^ iiMiT ij ju^iiçe qui me cliercliail* avec le gpdlk^r qui avint ma --r ti- \eam 4fo ittori dans la ^joche, et des ofUders de gL^ndarmerR\ porieurs de
iDÛflAtsmttrT" •"'
iti d't^tre fnrrt ^ai depuis qtidqtïCî mtmiïes , éfr^^H \ lu ,.. ..; gracietfê^ Léenide , et lous doiu» oublieux dqa des
^ LB IfOTAIRB DB CHANTILLY.
grayes choses qu'ils avaient débitées, se mirent à danser le galop dans le pavillon et avec tant d'abandon , qu'ils tombèrent essoufflés sur la causeuse.
C'est sans doute alors que Maurice, au comble de la frénésie, dut voir tourbillonner derrière les rideaux, ces masses d'ombre qui l'avaient exaspéré.
Vaincue oar l'abattement, triomphante de la détermination qu'elle emportait d'Edouard , elle lui remit , avec une discrétion dont celui-ci ne saisit pas d'abord la portée, un papier soigneusement plié. Offert avec le sourire qui accompagne une faveur, il fut reçu avec la mc^me grâce et le même mystère. En mterrogeant le regard de Léonide , Edouard crut j lire qu'il s'agissait d'un de ces cadeaux, trésors de Faffcction, qui ont ufl» fuodestio inviolable, et il se montra au niveau de la réserve qu'on attendait de sa reconnaissance. Il renvoya à plus tard pour connaître quel était ce gage de souvenir qu'il n'avait pas sollicité. Il le cacha sous son habit.
— Et maintenant partons, Léonide, parlons !
— N oublions-nous rien, Edouard ?
— Parbleu si, mon amie : mes pistolets.
— Tes pistolets I
— Pour me débarrasser des gendarmes , si je suis arrêté, Et cette petite boîte encore.
— Que veux-tu en faire, Edouard ?
— Ceci dans le cas où Je ne parviendrais pas h me débarrasser des gendarmes.
— Du poison I Edouard ?
— Allons au bal, ma bonne amie; déjà minuit; ton bras.
Scnlis. — Dans la rue de Paris, on entend un bruit a faire vaciller le clocher de la cathédrale ; des voitures roulent d'une porto de la ville à Tautre porte, chacune avec son fracas particulier , mais dominé pourtant par le grincement du char-h-banc non suspendu. Pour la solennité du jour, on a sorti de la remise tout ce ^ui a forme humaine de voiture : diligences détournées de leur ligne de direction ; tapissières qui rapportent le bois des forêts de Chantilly, de Saint-Lcu et de Compiègne ; lanaaus en osier, et enfin quelques véritables landaus qui sentent leur Paris. Ce pôlemêle bruyant no manquerait pas d'originalité ; mais les fêtes de province ont le malheur de ressembler a la cohue d'un baptême, et les belles dames qui en sont l'ornement ont l'air d'autant de nouvelles mariées. La province en est encore au bouquet de fleurs d'oranger.
La salle où a lieu le bal do la ^us-préfecture est resplendissante de lumières ; il y en a h profusion. On s'aperçoit tout de suite que les frais de luminaire sont à la charge des contribuables , si la disposition des flambeaux est abandonnée au non goût des receveurs. C'est à la fois prodigue et détestable. Par une alliance profane, les candélabres des loges maçonniques et des paroisses de la ville ont été recrutés et accouplés pour embellir la cérémonie ; ils sont inondés de cire de la bobèche au trépied. On étouffe de chaleur. Cédant h la dilatation qui les décompose i>ans altérer leur maintien , les autorités constituées commencent à déboutonner leur habit à la française : la tenue plie devant la cuisson ; le col de la chemise s'abat de langueur sur le passepoil du collet ; les épees d'acier fondent dans le fourreau ; les glaces filent.
Le beau cêté des fêtes données par la ville, ce sont les rafratchissemens ^près la cire: on dindt que l'administré se venge d'un fait personnel en
LE ICOTATItE DE CI! A^fTlLLÏ* 89
ehérehaTit h établir b balance entre l'inipot fancier qu*il paie et Torgeal dont il <*2 giirge. Le pied glisse dons la crOme*
Li^ liiM> dcîj salles , quoique porté a son \ûm hntjt degré do ma^îflrenœ . a un curocîore qui frappe d*atHird , miiis qui appeile le sourire au Iku dVîlanner* Quelque ort que le lapissier ait dt^pbyé. mujoinlemcnt avec ler^lct d«^ ville, pour déguiser les emprunts faiis à tous les étabUssemens piibbes, aftn do suffire h la iiionstrueuso quanlilé de décars, quelque tdrt^s5îû qu lis aieni apportée l'un ol Tautrii h mélamorphoser h destination guoUdicinne du local, Il perce de louies parts un démon li de niobtlier qui ôfiraie* Arrachés aux tringles de la tnairie, les rideau 3t ruuges sont un peu courts pour les croisées de la sous-préfecture; et, quoique adoucis par le«drap dc-s tables du conseil municipal, les gradins qui régnent autour 4o U >^Tlle trahi§?enl la dureté do^ lianes du tribunal de première insiatiœ. Au ■ " ! pèsent, à donner des crainles sur la solidité des solives, les iij ; ondoie de la pami^i*:, en cuivres jaune, aux rameaux de cristal*
L 's du conseil de révision de la gîirde nationale sont rangés avec
^;. IX deuï Iwnts de la stalle de jeu-
Lu ^, ..virant dans tes appartemeus plus éloignés, le luxe décroît à Tmmn des difficultés qui so sont préseîïtées pour le répartir avec une égale jusliee* Aux rideaux rouges siiccedenl le? rideaux pelles; aux murs ornés de guirlandes embaumées, succèdent les murs ornés d'affiches portant expreivse défense de vendre sur la voie publique, et de laisser le pmiier expose devant les maisons; enfin la dernière cloison qui limite çetie enfilade de salles est couverte do ta liste nominale des électeurs de TOiso^ Il résuUo de ces disparates un ensemble confus de joie et de bur^ucratie« de contributions directes, d'église, de conseil de révision, qui fait que le contribuable en dansant n'oublie pas un instant ses obliptions envers l'Etat, et qu'il se rappelle, au contraire, son droit à s^ réjouir et a ne pas refuser l'impôt*
Ou danse depuis dix heures, les timidités sont vaincues. Déjà les toilettes des femmes n ont plus cette raideur du neuf qui prête aux liais de provina^ , dans les preniiers moniens , Taspect gauffré d'un magasin de modes. Des rumeurs fiatti^u^'s entourent d un nuage d éloges celles des
eua belles personnes qui, autant hardirs que belles, se sont délivrées de contrainte du masque; mii neravaieni Rurdê qu'afin de ménaf^er plus sÛrtimenl le triomphe de 1 admiration en le dépi>uitlanu Cet les qui. reçu* lant diïviuit i*effei du contraste, le consorvenl encore , ont des prétextes dû coquetterie |:pour ne laisser jouir les curiosités impatientes que de b stfnplo vue d*nne taille qu'on n'a pas Iraveslie et d*un nasde visage, plus frais H, plus tendrement enluminé que la barbe de satin qui rerfleure. Ce mut plus que de beaux visages, ce sont des visages inconnus. Les jeunes sens qui ont de l'imaçination se prennent à ce$ séductions calculées; m fetnmes qui ont de Tesprit ne les négligent pas. L'illusion duren aulanl i|ue le cordon de soie retiendra c^i^lte cire inanimée, ïlalheurf si le Tisagn cède aux prières que le ma^ue a inspirées,
AUentîre auprt'S d'un vieillard entouré de jeunes cens intéressés nn% éloges qu'ails lui ada'^ssent , une jeune personne, qni n^'a singularisé son «9stuifie de soie blanche que par quelqu*.^ fleurs semées à l'en tour , jouit dé b fête avec toute b naïveté de son ù^a et l*êlonnement de la retraite où die est habituée de vivre, CW t.:aroUne, mademoiselle dn Mcilhan, EUe mi devenue le but des remarques lointaines et rapprckihées : on ^Vn- Ireljfint de ses cheveux blonds si bien en harmonie avec la délicatesse de ses traits, éclaires par ses yeux d'un bleu tendre sans langueur, animé» par i4 bouche si heureusement ouverte ^ qu'elle fait mentir ce vieux pré^ jil^ dlldoratîon pour les bouches miniatures de Potitnt, safis exprei^^ion (omiike ?«ïTTS baisers. De longues paupières, étemelles beautés du visage, déem' lUpse d^ombfL' mobile sur ses joues, toutes chaudement
ia|C4^i: rgiaité et de soleil » comme ces fruila haut-venus II lu
M LE KOTAin DE CflAimLlY.
cime des Ailires, qui ont les premiers rayons de Tété, et que n'éloafiinil ni les feuilles ni les vapeurs do la lerre. On admire encore la ligne II diaqiie inslant brisée, a chaque instant reprise de son corps: le regard tourne comme un collier, sans èire renvoyé par aucun angle , autour de soo cou . se divise , et coule doucement , ainsi que Teau sur les anses d!une urne , de ses épaules sur ses bras, et se prolonge , comme un trait du Pérugin, jusqu'à i'oilrémilé do ses dtiigls. Cjo contour serpente ensuite, arec lu mOme ondulation , quelque attitude que Caroline unprimc à ses pèses , jusqu'à ses genoux, et de là à ses pieds, limiies oii le dessin tinit, mais où l'idéal reste suspendu. Après, sans que Ton puisse s'en rendre compte, on se laisse surprendre, en regardant mademoiselle do Meilhan, à ces charmes sans nom, parce qu*ils nont rien d'arnté, qui naissent d*un I li, d'une lueur qui passe dans les yeux, d*uno bnno qui s^cvapore en sourire : car tout est bien dans oo qui est beau.
M. (llavier semble remercier char un des hommages adresses à Caroline: il passosa liclle titede vieillard au des-us de cette charmante figure de jeune fille. C'est bien là une de ces monumeniales titesà ta Danton, aussi forte, mais plus intelligente que les types militaires cnii nous sont i estes de la génération impériale. Toutes martiales qu'elles soient, les figures balafrées de renipirc ne portent que la résolution du courage; Lion peu adoucissent la dureté do leurs traits par quelaucs signes de haute réflexion et d'indépendance. Elles n'ont pas la mélancolio guerrière, la tristesse héroïque des Polonais, hommes de consefl et d'épée, parlant latin à la tribune avec une bouche fondue d'un coap do lance. A défaut du sceau de la pensée, ce qui manque encore a la dignité des te' tes impériales, c'est le caractère d'une noble origine : elles viennent d'en l as. Co sont des ttles de halle où la révolution alla les prendre. Aussi, mettez un vieux colonel français à côté d'un vieux tambour français, vous n'aferccvrez aucune diffen^nce. Nous les avons vus l'un et l'autre, déchus et mendiant glorieusement leur pain à travers nos jeunes générations; et, pleins de nos souvenirs de collège, nous les avons comparés à ces prisonniers barbares dont parle Tacite , mais jamais au Spartacus.
Les ruines encore vivantes delà révolution sont complètes ; tout s'y trouve : le coup de sabre au front et la harangue dans les yeux. Appeler ces vieux républicains à l'assaut ou à la tribune ; et ils vont vous foudroyer. Ces hommes ont tenu teto à la Gironde et à Brunswick ; ils ont long-temps porté dans «ne pocho la mèche du canon de leur section, et dans l'autre leur discours ctmtre Pitt, leur réponse à Burke. lis lurent grands orateurs quand tout le monde était éloquent , et braves soldats lorsque Napoléon était oncore écolier à Brienne. Ce sont les vieux druides de nos régénérations sanglantes; les êtres antédiluviens de la primitive société ; des sujets d'étounement et de puissance. Leur origine est écrite sur leurs visagc*s de pierre. La science poHlique les classe comme la science analomique a classé les phénomèms étemts des premiers âges du monde. Co sont les hommes convenlionnels.
L'ivresse du bal auginenlo ; les épaules nues volent ; un cercle tissu de lumières, do soie , d'ardentes paroles tourbillonne, pousse sous lo plafond par un vent liarmonieux devenu l'âme de tous. On dirait l'immobilité , tant la vitesse est grande. Le mouvement n'est sensible que par Tatliludo co*nparéo des autorités locales qui se sont adossées contre la cheminée , pleines do respect envers elles-mfines , jalouses de ne compromettre par aucun pli l'uiiiformo do grande tenue. Ce dernier trait nous dispense d'ajouter que le sous-prffet, le maire, le président du tribunal, le juge de paix , le colonel de la gendarmerie, assistent au bal; mais qu'ils l'honorent sans trempor dans la joio générale par un travestissement couf;able.
Pm&onno no romarquo, àieur cntpéoc dans b salle, Léonide et Edouard
LE KOTAîriE DE COA.^TILLT* 9t
^ sa Bmlîïefîî dans les groupes (Jcsunis par lo g.ilop ; cîincitn de son eûiè. par;tiTjnj;i^n3rntcoiniinu va jmirsiiivru scschançt^ (iàinmsLiiK'iii-
Ui> coup de **urf.risc i^m 4ii EdoUijrd ûam sa ïminièu; sgn regard ^à'est ^ois^ Avi^ ii'jiu de Qirfdmi?- r^iroline e^i id. Il i?sl ii dt'ii^ |w> dVil^* il va rt'fdt urer tu f a^j^nl. SI t lie suvaii!*,* si lu masque louiDuil du visage uni î<4* radie! Que\ coup de [ûif:n3rd la jakuisio iiVuioïKiraii-Hlu pas Jûiis le cour de ccJ le enfant, si rliiTng'rca la viokiico de-, ■ ';
iQDue au bat avec le mCnw calme tîonl elle joiiii , ln(s<|uVlîe -■ '■
sous ks verics alléesdu Ittiis de Clionlilly. Gîîlfi jietisée imjinriiiM. v,-m,,po irn remords la uàson d*Rdoiiard» De quel *koit. apiué tùui* c^igera-l-ïl jl^riM '^^ ''* ^> ton {bu ce d'une jeu au* tille lonnOf aimante ^ ileuméâ, ku^u 1 . lursï^H d se joiie dVUe sous sc^ veuit mr nie , luisqu'îi
la la i d'nn bntîii tticorc Uc*iîc du pciids d*une auire leinnieîll
?oiJ4irau Hre punu alio do *c rafip'lr ctonidlemeûl sa fîmle par I9 CJonftnir chi rliiUinienU It dé^^iseiaîi pm^quu qu*im rival d'ut) inslanl l*ol^ tj it celle &Qiréa de IV^ïitU do t'*irt>Uue; K'S Uirts auraient dti
£1^ iues torts à reproclicr : lisseraient quilles. IVlais iwnir iaai
h U^idKi^xii d^me irdidolilu à âupjiorEer en lïico d'un vj^^o sincère qili fi*aura pas miuie demain au réveil la Uistesst' du doule ! I^h^^'l î^uf^plicol s'il nViJsuiîU I < nf^e Edouard, fliicun danger peur (^irnline ài^'appiuclier 4*dU?f à lui dire tout bas : Jo suis ici « Caiolino , je hm^ venu a ce hal pour veus y voir, pour vous y surveiller; car iostiis ddînnt: pardonnc^moi y je n'ai pu ré^isler mix conseils de la jalousie; u^ais (.eja sérail un ûdienit memnngéî N'avoir îu courage d'à vt>uer^ jrés^'uee ijue ^out ifiieui non|if r , ne serail-ce pns d*une faiHe faire un en me? ToiU diro ICliroltne* lui confesser rinlldcUté, lui en dclailler lliisfiioire, luidt^nçer ^ a rivale, ne !^erair-^e pss &'e&poser à u'oblcinr jamais de pardonf car il Vf} eàl d*iiupi*ssïliles-
ui, M* du Edouard, mais la leçon ne sera pas perdue,
'ir« fi peu léncclii do bq voir dispuler en funue de punition
la ûiur de Giroline, ne sera fos n*f me exaucé, Caroline prëïéro la
Cimv«^rsilion de queUpies tersoeties qui r< niourenl nu plai>tr de la d^inse;
d^iiï:ï'ur> Caroline ne tait pas dantser. Rlle ncs'éloignt* pa^de XL lUavier,
lu Ouv iumidlueu\, ondul;\ut ^ins censé v^fâ le inêu^e |Mimi« dé maûsère à Llt^R*r dégarni un cûlè de la «illot landîs quo r^iilrc &*eQCainbrait, évriHa ralUntien d^Edonard*
Odi»^ p:irn)i des groupes pros^is à diacîuo tnsl:ii * ; * ix
pouin^, d a|eieut^ au nuïicu d'un isoleiuenl que ii laite un êfi]ei»'U\ arlequin, sa bardie Uoliéuiieinn' 4111 uc yuan itvui ^-i" Jrontrrie la kinne avenlurea tous ceux qui lendiûenl M main«
!ïLi,.n i,...n |,pv»i. , Lii^i^} , b dîvindtîon eiaii nimiiif""*''''"r'His quelques rr : leurs dainei^, h qui la lî^ihémi 1 mèdjafrt-
Uv ; .111 lii'ii <!'■ WvKi iiir r'i.iM-n! n ■ :.rt i)i'-U dl^
œtii M.' > r .. ., :;, <jiiiii|. .'■mô:
il A ^^'U'' l'ilir ! 1 .l^ ,lUl«r~v ,1 w
£1 les autn's dami^, {;mir ne paâ avoir ïmt é& cruindro les oradéii •îfraTrn! ta main , nm^ non 5nns liésîter,
' mvi^ille ' 1 loule^ Edounrd rassura les cordons dé
^ . eije*t 1 I ^ sur la pûitnne .il ol^ervo,
Vctuc eu lj*L=que, mm jeune femnio s*élaneadaus Tovale mo-
ffcïfito* «'1, f il ses maneheitcs brodées, elle aWidoima i*i ptitiltî
O!. " ' lins a la devineresse.
Il tendus : les époulcs s*étaicnL érartces pour lAiâSer im par ' ' inipaUeiitts de voir,
— ^ mon entaul. dit la Dobémienne* A Ion AgiTt
^e qi . .^;,....> .*M^ 3. mu^Iu irief^akée? Tu prodigues des scrmens de fldrlj I .1 il^us iiummuâ : cb bien, où c&t le si grand mali si lu l^ mues
92 LE KOTAIRE DE CHàlfTILLT.
— C*est faux, Bohémienne I Je te couperai la lan^e.
— Charmante? Ce n'est pas ma langue qui a menti, c*cst ta main ; elle est trop jolie pour qu^on la coujpe.
Et en la lui baisant, la Bohémienne ajouta : — Calme-toi. J*ai dit : Deux hommes ; il y a erreur. Soit , tu n'en aimes qu'un, tu trompes l'autre. L'oracle est-il si menteur pour cela î
— C'est encore faux!
— Veux-tu n'aimer ni l'un ni l'autre? très bien : passe I
Des applaudissemens ricaneurs accompagnèrent la danseuse basque jusqu'à sa place ; elle était très peu satisfaite de l'oracle.
Edouard eut sous le masque un sourire d'amère pitié pour cette malignité des femmes qui ne pardonne à rien. Il était loin de partager l'enthousiasme qu'éprouvait la majorité de la salle à écouter Léonide. A l'empressement qu'on apportait à encourager l'ivresse de ses propos, il jusea que la médisance mourrait, si personne n'y prêtait complaisamment roreille. Edouard n'est pas profond moraliste : il oublie que Téloge n'est possible qu aux conditions d'existence de la calomnie.
— Serai-je plus heureuse, moi? balbutia une toute petite charmante femme déguisée en mère Gigogne , que son cavalier, grotesque pierrot , déposa dans le champ de l'oracle, ainsi qu^on le ferait du gracieux fordeau d*un enfant. — Lis dans ma main, Bohémienne I
— Dans ta main ? répondit Léonide en rejetant la tête en arrière et en riant follement aux éclats ; ohl dans ta main!
— Pourquoi pas dans ma main, Bohémienne?
— C'est que je ne l'oserais jamais.
— Ne serait-elle pas assez blanche ?
— Vaniteuse I c'est la plus mignonne et la plus blanche que j'aie touchée de la soirée. L'impossibilité n'est pas là.
On ne respirait plus de curiosité : les conjectures se croisaient dans l'air, se heurtaient, s'enflammaient et éclataient en fine pluie bruyante de rires et de petits propos empoisonnés; et Ton se criait d*unboutdela salle à l'autre oout :
— C'est la femme d'un receveur de l'Oise, cette Bohémienne I
— Fauxl c'est celle de l'ex -inspecteur forestier I c'est ^a taille!
— Non, elle est plus grande.
— Je le nie. Qui est-ce qui a dans la société une taille do femme d'inspecteur-foreslier. Comparons.
Un monte-au-ciel de six pieds s'avançait.
— Ce n'est pas cela. La Bohémienne est la veuve d'un maître de poste retiré à Vineuil, tout simplement.
— Bravo I c'est la vérité : même teille, môme tournure.
— Ajoutez, poursuivait un autre, même voix.
— Elle parle vite comme elle.
— Elle rit comme elle.
— C'est elle! On le connaît, Bohémienne l
— Et de plus, ajoutez encore que je ne boite pas comme elle. Et la confrontation s'arrêta de honte, se perdit dans un hourra universel, sur cette observation de la Bohémienne.
Les curieux battus dans leurs conjectures ne s'accordèrent que sur un point incontestable : la Bohémienne était une éblouissante brune.
— Où donc est la raison de ton refus? reprit la mère Gigogne.
— Dans tes doigts, petite mère.
— Dans mes doigts ?
La mère Gigogne relira furtivement son bras : elle voulut s'éloigner. Elle avait enfin compris.
Son cavalier, le pierrot qui l'avait introduite dans le cercle, s'avança, brusque et silencieux vers la Bohémienne ; il était derrière elle.
Cet homme qui était masqué avait la main droite dans sa poche.
LE NOTâtne DE CDAKlTItLT.
Ë^uard se plaça derrière cci homme,
— Tu as dii, crièrcni lous les masques, que ses doigts t'^ de lire dans i^a main* Explique-ioi donc, Bohémienne ï
Comme la nicre Gigogne cherehail loujours h se retirer^ c^ux-cî la forfèronl à resier sur la sellette pour suliir sa senlenœ, et à offrir de nou- I eau la main a Léonide. Ils s'étaient constitués 1^ eiéculeufs é& ses "burli^ues miuisiloïres,
— Cejit vous qui niV forcez; à vous la faute, MèreGigognOi continua ^ïlenncLlement Leonido^ la main m'annoDoo que lu es barouno de Uaul- Lieu.
— Très bien t après, Bohémienne?
— Oui, mais ses doigts nrapprenncnt qu'elle a clé 1 ingère. Perplexité de ma science : dans la paume je vois un blason, et m bout de ce doigl un dé à coudre* Eît-cela lingèrc Louise Dougival ou la baronne dellaul- Ijcu que jo dois prophétiser î
L*h<>mme placé derrière la Bohémienne sortit un pciit canif tout ouvert de sa f>oche cl le glissa du côté du tranchant souslo cardon du masque de LéoNkde* Le masque allait tomber.
Un bras comprima aussiiOt ce mouvement, tordit le poignet qui Texé- CUlait, et cassa la lame du canif jusqu'à niancbe.
Nul ne s'aperçut de Tincident. Le pierrot, tout en colère, se retourne; sa figure blafarde ne rencontre que rénorme nex d*un ïuonsli ueux ïkh iichUiello, La rage du baron de I la ul-Lieu n'ayant point d*issue, elle s exhak por des gestes dont la foule ne saisit que le Mé C4>mique. Furieux^ il tire par les larges plis de sa robe en dehors de la mêlée madame la baronne , lui jeUe un njantcau sur tes épaules , et, jurant, menaçant ^ pleurant , ils descendent lous deux , enveloppés d'un nuage de peudre, dins la cour de la sous-préfecture> On riait encore, qu'une voiture à qui^ Ire cbevaux brisait le pavé de Senlis.
Ce dernier épisode avait répandu une sueur d'impatience sur les membits d'Edouard; il frémissait encoro h l'idée de voir tomber te masque de L^onide et chacun reconnaîlm dans celle femme, qui en avait dé^à liDinolé tant d'autres en public, Tér^ouse do Maurice, le dépo?itairo du secret de tous, celle qu'il a conduite, lui, a cet épouvantable speciacK Si fermeté commençait à rabandonner. Un instant il fut tenté de IVmpdrtef par violence 'hors du bal ; mais il réfléchit aussiuVl que la malignité de Léonide a>'ant créé à celle-ci de nombreux anûs^ il se la verrait disputer au po^ïsage. tjeite résolution avait mille autres chances contre elle. Peu apl^'S il faillit h compromettre bien plus gravement celle qu^iJ cherchait à sauver de ses propres excès. Dans un moment où Léonide portait t par une préoccupation d'habitude, ses doigts à ses boucles de cheveux , geste qui allait la trahir, il poussa , dans un cri , la première «yllabe de sion nom, 11 n'acheva pas: ses lèvres furent déchirées ; le crit ftortt à moitié, rentra dans sa poitrine, Léonide avait chancelé; elle se remit aussitôt. Edouard froissa son masque et son visage.
Celait merveille qu*^ li* ^nirage de toutes les femmes qui, loin de rtculer maint* fui'it devujiL le feu du trépied de la pythonisse, se faisaient lin fk.iït,i d honneur de 1 affronter. La raisen en était facile ; le secret q^ .aii^nt le plus à garder n'était connu, s4^lon elles, que de deux
Hj . rs^nnes dont, aprèâ Diou, rimpénélrabilité était la moins sus*
pccte, blk'S abandonnaient le reste aux feuillets de la niagicienno : U «n résuiterait du rire , point de scandale ; on se ris^quait. Le raisonnement éUit faux autant que périlleux : on sait pourquoi.
Un intérêt si universel s^attachait à ces étranges révélations, que le sons^préfet, le maire, tous les maires de Farrondissenient, le iuge de paix, le colonel de la gendarmerie et le greffier ♦ avaient désené les alentours de ta dieniinée piiur venir rire et s*amuser« connue de simples mortels» iu sein éi la population du bah Eux aussi faisaient galerie a Léonide. .
9& LE NOTATUE DE CnANTILLT.
Les mnsîcicns jonâient dans le vide ; ils proclamaient lesflgures ponr l'acquit de leur archet.
La salle ne fut bicniôt plus qu'un point : ce point était Léonide. Toat aboutissait h elle : regards irrités, attentions scrutatives, vanités blessées, joies haineuses, galles ironiques. Elle tenait t(^le h tout. Depuis longtemps les psrspicacitôs io^ pltis subtiles avaient renoncé à deviner queue était la femme ou plutôt le démon caché sous ce gracieux costume de Bohémienne. Heureux de la satisfaction de ses administrés, lésons-préfet encourageait de ses suffrages cet intermède du bal. Le colonel de la gendarmerie départementale ne trouvait rien h reprendre. En carnaval, tout est permis, pcnsail-il, même quatre brigadiers placés à la porte d'entrée.
Conduite par un IMuion dont la lenteur du pas indiquait TAge, une jeune personne, déguisée en laitière suisse, tendit la main à la Bohémienne.
— Prends garde à toi! cria-t-on de tontes parts h la Bohémienne : île va pas te compromettre cette fois-ci. Point de scandale. Cet honorable Pluton est un père, et cette laitière sa fille.
Je serai ré>ervéc, semblait promettre Léonide avec des airs de tôte 6t des gestes respectueux.
— Voyons ta main, ma laitière?
Après quelques minutes d'inspection, elle s'écria : — FI me faut deax témoins, sans quoi ma magie serait sans effet. Ces deux témoins sont ici, rassurez-vous.
Léonide s'ouvrit un passage, courut au fond de la salle et entrahm avec elle, au milieu du cercle où elle s'installa do nouveau, deux jeunOB gens, en costume de ville, tous deux fort étonnés du rOle qu'on les forjçait de jouer.
— Comédie complète, messieurs.
Voici le vieillard, — Léonide désigna le Pluton, — voici le tateur, le barbon, l'homme dont on attend la mort et l'héritage.
Pluton eut une faiblesse.
— Il a soixante ans, la goutte ou toute autre affection et une nièce. — Sa nièce, la voilà.
Vous dites que c'est sa fille, moi je soutiens que c'est sa nièce ; dans trois mois le monde dira : C'est sa femme \
Les quatre personnages se regardaient avec un ébahissement stupide. Le vieux Pluton s'affaissait de honte sur ses jambes.
— Ahl bah, ah! bah, Bohémienne, tu veux rire, lu es folle.
La folle ce n'est pas moi, c'est la sœur de monsieur, de ce respectable Dieu des enfers. Elle n'est pas ici malheureusement. Si elle s'y trouvait, ces deux beaux cavaliers, ses cousins, lui apprendraient, ou je lui apprendrais pour eux, qu'ils ont le projet de présenter une requête au trV winal pour la faire interdiro alln qu'elle ne laisse pas ses biens à sa vé^ nérable servante.
— Tu as donc parlé, mon frère?
— Non, c'est toil
— Je n'ai rien dit.
— Tu as tout dit !
Les deux frères étaient prêts à se déchirer.
— Ainsi, poursuivit Léonide, monsieur Pluton épousera mademoiselle la laitière, sa nièce; ses biens passeront sous le nez de sa sœur, et sa sœur sera mise en interdiction par ces deux messieurs qui sont interdits.
— Quoi! notre cousin, vous épouseriez voire nièce? Est-ce vrai?
— Cela ne vous regarde pas, répond le vieux Pluton. Et la laitière pleure, et la Bobéaiienne rit.
Et les cousins montrent les poings à la nièce spoliatrice des héritages. Et la foule se baigne dans le scandale, se tient les côtes, embrasse I. onide et la promène en triomphe autour do bal.
LE IfOTAini! DK CniHTILLT.
EJonard se ronge le cœur.
^Mci cfn}X^-rotis pas comme moi, de^noTitlo tm domÎTio tûtï h Eîlon^ird qiii ùvan de ï^rafides rîii^riS pour ne lî^r crînvç*rs:ïîiaii nvcc personne,
M ■ JaTiic rnmliTaîl imo correct ion î V'esi sans doute qnHque dé-
P^iris qui d*îivancc aura hùi espionner lo canton pour venir ôllsiiiîf w li énoncer ici,
Edouard no crut dowitr aucune r<^pons0 ûti domino Tcrt*
—Ce ocrait choso du*? que do connaîtra qnclqne^ sangîûnlcsfyirïiculàfilés dcceti*^ femme cl de lui pm b^irhouilior le visûgt*< La surprise oleiotott p?nil-^'lro ce bean A^u d'invcclives.
Un rire f^iif^nnoni inarticnlé, raUlireni<5lrangler Edouard.
— Où serait le miK comt/mi le (îoininD vnrt, d'inventer quelque bon mensonge» qui remplirait lo nv^'ine bnl?ll seraii ln>p rîgotm^ux, vouicnuiprenex^. do s'en \m\v h la vérité sur lo couipio de eeî(e femme pour la punir J.e fjroposqui la klillonuera ^ra lo uieillcnr, Elle est icltcmeni abandonne.^ ici, que je lui cherche depuis une heure Pombra d*un défonsour; si son insttbncc unissait par m nécoâsiu^r un, p ^^ vais pas qui sa lèr{>> rail.
— Monsieur, répond il Edooard h h fin, compterai l-il sur son îsDloment pour la mal (rat 1er? A des outrages de femnin, co seraîl répondr<^ par une venffcance dofemmtf. J'aime mîeinc croire, continua Edouard d'une voii sourde., que moniieur serait lo premier son défenseur si une col^.'ro aasèi llDsaa bk-ssait d'un gesle ou d'une parole cetlo daine que voua buppr^soî ^liTidonnée de tous. A défaut^ je ne serais pa;» le dernier à nnnas^r sou ffiasque. Qui louche il un masque louc-he à ions î au voire, monsieur, au mitn. Nous ne femmes, je pcnseï» d'un caractère* ni vous ni mou a per* mettre ces fiUertés.
— San«i doute. <^ns doute, reprit beaucoup plus radouci le vengeur ûm blessés de Léonide, le cause or domino ven. Le bal asc^ libertés q\u} i& respecte ; ma propositioti n etaii qu'une plaisanteriei au bal, elles &qeiI pêrmisis nti^i.
Le domino vert a!la à la découverte ûun meilleur complice.
Edouard nV-mutaii plu*. Il promenait son otlen lion de Léonido à Caroline, ou 110 rnouvemfnu omlula'oire ftvati portée, ainsi que .M. Clavier» m milieu du j^jyeiiJt raKsemblenieut. Le vu itî.inl rt b ir:iiH< illb> sr rurta- ^/m!imi )j surpris:^ que leur causait 1 des
liftier* de moH j'i doubln iraùchaut* (li- tcOs
sartéisùqueii, dont ils étaiiml sillonm^^ ebkiui^ ol otoardtà, Cét^ii un munde tout att^i^i nouveau pour rinnoci^ure sepluflgiéliiifil dfe M. I^lavic^r^ que pour l'ingénu île de (Caroline; il^ auraient rougi fun el raulro s*lk ^rauiffit tout ciompris. Ils s'amu^ieni tout siuipkvntent.
Trois jeuties Ultes s'avanoèr^nt et offrirent toutes froit leurs mains à tpoiiide; mille applaudi^semens récompenî^erenl ce triple courage. On te monta sur les éfiiuïes, on s'éîtgea, on se disputa un jitt^tit de tab<inret iniir n'cuèilUr des fragmens de ta nouvelle méchanceté qui allait proba^ Uiflinit éclater,
— Tomes trois fort jolies, sanirs toutes trots, que voulerat-TOussaTnir'T ^^Mfâemanda Léonide; votre sort? il e^t dans le eiel; sntvez-moi. — Le ^^^Bntier l;i ^mvii; la fouin s(^ pré<:ipita comme une aralancho de Tautr^ ^MHI de la sallo, Léonide ouv ni une cmi^oe ; on ril In ciel» — IVçgtrdest ^Vâfiiélalift, — Bofi doigt élaic levé.
^ Edouard r¥^m arqua indifféremment que la nriisée s'ouvrait sur In per^ TOii du fard in de b soiis-prériîCture, au delà duquel rayonnait, au niveau du mur decièiuro, la ligna deg équipages avec li3ur cordon do laiitcnics âUuméo*
7* fcifirto ees éUrites* Cell9-4^, c*est le CùtAtr; ullê ê préMé h ta WÊmÊÊm do TOiro père; œlle-lk, c'est la Baechamii votre mère est !
96 LE NOTAinE DE CHàKTILLY.
sa protection immédiate ; vos maris sont dans la eoie Laetie^ et le bon sens de ceux qui me consultent est dans la lune.
Tempérant ainsi par de folles moqueries, souvent môme par de mcieux complimcns, les dures vérités qu'elle cognait dans la tête de d^cun, Léonide se ménageait de nouvelles victimes ainsi que l'appui des rieurs, appui plus précaire do (]uart d'heure en quart d'heure, car il était aisé de voir que le bal était déjà divisé en deux opinions bien tranchées sur l'opportunité de plus longues révélations.
— Sommes-nous ici pour danser, murmurait une partie de la salle, pour nous amuser, ou bien pour écouter les extravagances de ce masque T
— Si ces extravagances nous amusent I d'autres répondaient.
— Oui I oui ! elles nous amusent.
— Place à la valse 1 Assez de méchans propos I
— Silence ! aux musiciens et aux maris ! Va ton train, Bohémienne r déchire; il y a encore plus d'un habit à mordre, plus d'une peau à entamer.
-» Nous danserons l
— Elle parlera I
— Cest ce que nous allons voir.
— C'est ce que nous allons entendre.
Peine perdue pour les malheureux danseurs. Les appels de : A voê places^ mesdames ! En avant deux ! ne ralliaient personne.
Pour trancher la question, un homme, costumé en cyclope, élargit les groupes, et, d'un mouvement résolu, offre son épaisse main à Léoniine :
— Voyons, dit-il, à notre tour les hommes maintenant.
— Si les hommes s'en mêlent, riposta Léontine, vous me défendrez, mesdames, n'est-ce pas ? Promettez-moi aide et soutien.
— Bohémienne, ma bonne aventure I La main est un peu noire, mais c'est fait pour toi; exerce ta sagacité.
— Tu es maître de forges.
— Va, Bohémienne, tu n'es guère fine. Que n'apprcnds-tu aussi à ce colonel qu'il est militaire, et à ce sous-préfet qu'il est magistrat.
Cette lois les rieurs ne furent pas pour Léonide.
— Tu es maître de forges, répéta, piquée au vif, la Bohémienne ; et, tout bas à l'oreille du cyclope : Ne vaut-il pas mieux pour loi que je divulgue ce que tout le monde sait, que de dire ce qu'il ne connaît pas T Tu es maître de forges et non mari jaloux, soupçonneux, plein do projets de vengeance, peut-être. Tu ne vis pas sur ridée de tuer ta femme et de te tuer ; et tu n'as pas mis d*avance ta fortune à l'abri de la justice ; tu es maître de forges I
— Oui I oui I elle a raison, avoua le cyclope se tournant vers la calerie. Réparation à sa vue perçante. Je la remercie de ses bonnes prophéties.
Il aurait voulu la tenir entre l'enclume et le marteau. Il riait; c'était plaisir à le voir.
— Quel démon m'a trahi ? murmura-t^il. Mon secret n'est qu'à mon confesseur et à mon notaire. Je me vengerai.
» Parlez-vous quelquefois en rêvant? lui dit quelqu'un en lui frappant sur l'épaule.
Ce fut un éclair dans l'esprit du maître de forges.
— J'aurai tout dit dans mon sommeil. Celte femme est une amie de la mienne.
Le maître de forges chercha derrière lui, à ses côtés, l'homme qui lui avait lancé cette idée; l'homme avait disparu.
Edouard venait de sauver la vie à Maurice.
L'imagination de l'assemblée commençant à tourner au sérieux, et Edouard s'apercevant qu'une coalition de mécontens menaçait de près l'incognito ae Léonide, il jugea que le moment était arrivé de la sauver
Ll nOTAinR HE CflilfTÎLt.fp
k ett&*mrïne^ h qudqun prix que Cfï fùl. Il s'avança pour Ten traîner hors de lu sattc? ; un otjsiodo rarrèla t Cârotina de Meiflmn avait la main dans cêUi' do la Bohémienne.
Elle avait enfin cédé au désir Ûv rcux qui rcntouraienl ; son bfas fremldani était sKimenu par une foule de poràoiines atîut^s. Ednuani sentit fbndrH stin eœur dans sa poitrine, Ban^ en moment, à la haine profonde mtd Un inspirai Léanide, il eoniprit qifil était fau^ qn'on pât uinier deui lemme^ h la iVii». Il regretta do n'avoir paa laissé fatre jasfiço au eanif, lor^^que la baronne de Haut-Lieu a^ait été outragée* Maintenant ilauffiit le roiirage de rester immobile ei muet h ce masque tombant sous 1 es pieds d'un vengeur de tout le Fiionde* Léonido se recueillit*
— t^barmanie enfant» dil-elk% ta place n*esi pas ici; celle ligne de ttt main te du cLairemenl. Celte ligne, c^est rulloo du bois, bien sombre^ bien silencieuse, bien longue, que lu aimes h parcourir a niinuii» quand la tune arpnte les claire étangs de h reine Blanche. O milif^u, entre ces mitres lignes qui y ahouiis's.'nl, c'est b) carrefour de Dittne, ou tu t*nssieds avoc rêlre imaginaire, trésor de les rêves; et voici le rond-point des i.ioi«#, ou vous vou^ dites adieu !
— Cruauté ï cruauté! Léonide sait tout. Ou me cacher maintenant î OH l vivre entre une femme jalouse et uu ami déshonoré pour elle^ c'e^l etouff T entre deux mensonges; c'est à porter plu l<M sa vie, ma vie mr réchafand qui la réclame, Tombe^ éclate ce que voudra le ciel sur ta l^te, Léonid*^^ je ne tirerai pa^ ce gant pour le défendre. Parle ! p^irïo 1 n'y M- il pas ton père aux cheveu s blancs ici, — parle l — pour lui reprocher son eiiMence^ celle qu il Ta donnée? Livre la race au dard de c6s vipèrfs, ai tu n*as plus rien à leur joler»
— Je le disais poursuivit Léoï>ido en regardant Caroline, plus pâle que won Toile, que la place notait pas ici. Ces lampes le fatiguent, ce bruil l^ccable. Nous autres femmes, nous aimons ces tristes réalités ; nous nVccourons ici que pour nous voler un amant; mais toi, lu ne connais cela que par les romans; toi, lu es pure, innocente, bonne; lu es à la lemnie ce que Tidéal est à la grossière vérité, ce qu*est à roomnie hypocrite, ingrat et sans caur, ce portrait, — Léonide mit un mi^aillon dans li main ouverte do Caroline, —ce portrait céleste, angélique et roalhetireusemeni sans modèle,
Carobne m le vil pas ce poriratl l Edouard Tatait saisi, arraché, répé^ tant : — O porlrait 1 ce portrait 1
Oh ! elle joue ma vie 5 ^ vengeance; mon portrait ici, mon portrait !
Le jînwiireur du roi pria Ed -uard de lui faire passer le porlrail; lafia^ lerio fiait un pal ic nie de le voir.
Edouard remil le portrait ; il arma silendeusemeut ses pistolets en- |a|és à sa cirinlure, derrit^ro tes pans de son habit.
Le portrait fut trouvé charmant ; le colonel de la gendarmerie remar* qn qull ressemblait à nn de ses cousins; il passa de main en main, ac* wmmmté d*éloges et de réQeiions sur le fortuné sémiuanste qui avait iéryi d« ttîodèle.
— Nous direï-vous son nom^ madame T demanda lo juge do paii^
— f/cst saint Edouard, répondit Léonide en laii^nt glii^r le médati-» Ion dan^ le corsage de sa robe ; oui« saint Edouard t c'est un cadeau de
notre «♦K-rtîrnt .irrbevrque*
Labr^ fit fnriune; rexcl a ma tîon grotesque qu*el1o produisît
anefia n -mn à la faveur de laquelle Caroline retourna h sa place
mn% Hre trup étudiée. M* Clavier n^avait pas saisi Je moindre sens aus parole-^ de Leoiiido, Au bout de ces mots : Forêts, Diane, révcs, idéal, d ajouta menlalenient : £nf«miillage 1
Eddttard nn vivait plus, ne pensant plus; il était pétrifié. Rendu un in*- Imi à lui'in^jne par les sons de la musique qui* |>our secouer Tapathio te danseurs, était passée k la gamme la plus criante, d &o:jgea par qud* t-t. — 1 1
98 LE ROTAinK DE CHANTILLY.
moyen naturel il apprendrait à Maurice Timpossibilité do rentrer jamû chez lui. Après bien des projets, rejelés aussitôt que conçus, il s'arrêta au plus dangereux pour sa propre vie, décide à no plus reparaître h Chantilly. Il écrirait un billet dans lequel il apprendrait à son ami que la police ayant découvert sa retraite, il y était allé de sa délicatesse de changer de lieu do refuge. Edouard se disposa ensuite à quitter le bal, après avoir donné h ces deux femmes un regard tout plein d amour et de haine.
A son début , Léonide n'avait eu besoin de faire aucune avance pour débiter sa science augurale : les mains avaient plu par deux et par quatre; mais depuis que, de propos insi^nitiuns, Léonide avait passé a des allusions qui ne laissaient rien à faire h Tintcrprétation, son rôle avait été nris au sérieux : on eut peur. Nul n'osait effleurer le cercle divinatoire; les plus hardis se tenaient sur la défensive. Le rire était morne ; les maina 90 cachaient comme les consciences.
— Enfin I
Tel fut le cri de hvène que poussa Léonide.
D'un bond elle s'élança h l'extrémité de la salle pour entraîner avec elle une jeune femme tout épouvantée, qui se défendit de son mieux pour ne pas servir de plastron aux dernières agaceries de la Bohémienne.
La jeune femme fut la plus faible. Morte de frayeur, couverte de lar* mes qu'elle cherchait h éteindre sous un sourire impossible, elle fut placée, par violence, au milieu du cercle agrandi prodigieusement par la latte qui s'était établie entre elle et Léonide.
Pressés contre le mur, les derniers rangs de spectateurs montèrent sur les chaises.
Les autorités reprirent leurs places le long de la cheminée.
De nouveau les gendarmes se postèrent a l'entrée.
On eût dit que le bal allait s'ouvrir.
Au milieu de la salle, les deux femmes étaient seules, tremblantes toutes deux, Tune d'effroi, l'autre d'ironie et de colère.
La victime de Léonide était démasquée, et sa pAlcur était grande sous
10 domino blanc qu'elle avait revêtu ; délicieux costume dont elle s'était parée moins pour se déguiser que pour faire ressortir avec avantage la pureté de son teint. Mariée depuis peu, elle avait encore la fraîcheur du pensionnat sur lo visage. Son mari l'adorait ; leur ménage était parfaitement heureux , h la joie près d'avoir des enfans. On connaissait sa famille, celle de son mari ; le plus vif intérêt l'entourait : plusieurs i)ersonnes insistèrent pour qu'on interdît d'avance toute raillerie à la Bohémienne. Un jeune nomme, dont personne ne jugea à propos do repousser l'avis, s'opposa à cette mesure, objectant avec raison que la délicatesse de cette jeune dame souflrirait plus de cette demande en grâce que de quelques plaisanteries qu'il aimait h croire de peu déportée.
— Oh I mon Dieu! ne vous alarmez pas tant, mesdames; je n'ai encore tué personne , dit Léonide d'un ton amer, mais dont la voix tremblait. Que sais-je sur madame, que vous ne connaissiez pas?
Edouard fut encore force de subir cette scène avant de quitter lo bal.
11 eut bientôt la fatale conviction que la femme exposée au poteau des railleries de Léonide était la femme d'un négociant en laines de Bauvais, Hortense Lefort, celle contre laquelle Léonide lui avait juré de ne so venger que dédaig^neusemcnt, aprt^s tant de pressantes protestations.
Edouard s'était flatté jusqu'ici que la collision des deux cousines n'aurait pas lieu, comptant sur l'impossibilité d'une rencontre au milieu de tant de visages divers, si bien déguisés, et surtout sur la pudeur de Léonide, femme comme toutes les autres, plus méchante en théorie qu'en pratique.
Il était écrit cjue cette soirée favoriserait toutes les détestables machinations de Léonide et détruirait les plus sages espérances d'Edouard. .. n était appuyé sur le tranchant de Tune des deux portes d'entrée^ ma-
LE KOTAIEE DE CnâWTltLT. 99
thmi dés réponses aussi dénmsues qiféïaicni ^tnpîdes les questions ipie Jui adrt*ââaiaDt les quatre gendarmes dts serrlce, i*n manicm de jut^se^ temps»
Lr'rmifÎP roulut pnflrr*
lin (Tfiuîa.
El gyt!l silence I un silence d'échafand.
^ie n'ûi aucun ^ori h lire pour loi dans l'ïirt-nir ténéhrcuï. 0^1 tr-
sf€, tu os t>orl6 avant la saison* tt, la saisen TBiiiie, personno n'a vu
*• — Otiçcnr ! obscur 1
— Aussi lîieu quQ mot. blancïie llortensc, ti savais; f|ue tu serais mèm S?aut !<' " ' '♦!'■" : 'n ^M Nî^ ct'ïanuiîinÈ qno Le ji:*-*voyûis peu i|ui^ tu ces^ serais " ini mariée*
— L'^ . . s i\ ma-t-on di^lculcs les parties de la Sdlle^ OOQS
sAVfvrss i^us que tiiadame Leforl n^a pas dVnfauL
*- Vn flamDeau î
— Voici qui éclaixcira tout, répliqua m^olemment Lconido en ranua^ -aiDt pour fuir plus vite les plis de sa robo iraînnnîe, et eu dcposani for [es lims de sa victime une poupée de carton, symbole accusaleur de mû- Itîrntté, que les moins inlelligens comprîrenU
rï'un mouvement unanime, toutes les femmes se masquèrent d*hc*rreiir, mdiRHiVs de l'outrage qu'on faisait à leur scse. indignées dVtre aussi iriM tri-
di
eril fouettws en public devant leurs frères, dev*iut leurs els U irpnUition d'une personne des plus honi>rers du fmvsn de pmé pour la femme qui* frapper* comme ikit la malé- 5 tttmlléû sur le carreau, un long cri de souffrance sorUt ée uches. On frissonnait a voir là une femme évanouie, k terre; 'Cs se cachant le visage; la, une femme se piéctpi^aîit vers . dans son trouble, elle ne irnuvaii pas. vengeur pour terrasser celte npparition!
SI' ^ résenla qui, saisissant Léonide [>ar le bras> lui dit : « Viiit'lne contre poiinne, souffle sur souflle, comme le ctanmeit î A moi! m — A mon ïoor I Mn prédiction, la Toici; lu n'en a* livi^ qu*mie un t i*co tiens deuï en réserve poiu- toi , bello Boliénucnne, beau maw^uel N»^ lo devines-tu pas?
1 ' re, c'est que n'es pas une femme: non, tu n'e^ pas une
f ♦ I 1 encore* h diï-huit an!>, des iîgures ros*^s et fraîches parmi
: de ces tigures que le hasaixl a touIu peuidre en femme pour * s*y cachet mieuf*
' 3 de pudeur, c'est vrai; de pitié, fen oppt^Iloà toys; M s le disent; de prudence n»éme ; cor;5idéfo où tu
■ ^ - iiime!
i -, morîc nt^:> instesses que tu as fait naître tout H coup comme
Hr :ni ij-ili.'iî de lil jcHO; lU aS ri dt^S p^ti m ^ irn.i ruinas n,jr lol
ris ei litnin'ux , de res \ ran-
>m lu a?^ ri de ces roug< i , « ' llette
inaiu iut monter aux joues des prihenns : or, tu n'es pœ mo
lilenienl Tuêléo a nos dansr^ qtîe tuas brisées^ N»>n, tu nVs •\M^\ \ntt-f»n Mt pnor tt' prnff'^f'r k- re*ï?inî frrmé d>ui mari,
b , ■ Mie lé
br.. Imn-
lu inj.<ij'Jiiu j;onr jiU'iulit.T Ion p.irtliinu vk^ tlLuiSL-i» puui L'clianger avt:c Qos n<ims. Or donc , unc^ dorpière fyi> , tu n'es pas une
A bftsk né<Lv^iie^mini:$i^irî
100 LE NOTàlRE DE CHANTILLY.
Voilh ma première prédiction, beau masque!
Ne dev ines-tu pas la seconde î
Alors, c'est que lu n'as pas prévu, femme sans esprit, que dans la salle se trouverait le mari de la femme outragée, et que ce ne devait pas ^Iro assez de tout ton sang pour payer le mal ftiit h l'épousa à terre, le mal fait au mari debout. Monsieur, vous c^tes un lâche! Si vous êtes une femme, h genoux I Si vous êtes un homme, à genoux encore! car vous avez trop attendu pour me prouver que vous étiez un homme.
Vous croyez sans doute, faible comme je vous tiens, maître de vous comme je le suis, sans qu'aucune puissance au monde vous enlève dMci, que je vais vous arracher le masque et une partie du visage, sans me soucier plus de l'un que de l'autre, mais seulement afin que chacun découvre une place vivante où cacher? Détrompe-toi, beau masque, je t'ai dit quo ton art serait en défaut avec moi : garde ton visage !
Mais voyons ta poitrine; là aussi on reconnaît les hommes
Et, d'un mouvement calculé, JuL's Lefort déchira le corsage de la robe de Léonide, mit à nu sa poitrine, emportant dans la brutaUté du geste, les pattes, les rubans et les agraf.^s.
Le sein de Léonide resta découvert , tout enflammé , par places, des ongles qui venaient de le déchirer.
Léonide tomba sur Ilortense.
<» Je le savais, s'écria Jules Lefort : je suis vengé 1
— Et moi, monsieur?
— Qui donc êtes-vous, vous qui vous présentez si tard? demanda, l'écumo aux lèvres, l'insuUeur de Léonide a Edouard.
— P"i jo suis? A quoi bon le dire, s'en informer. Mon nom n'a rien à faire ici, pas plus que le vôtre. Vous trouveriez commode, monsieur, de connaître par moi cette femme; moi je trouverais lâche de me dévoiler lorsque cette femme s'est tue.
— Elle cache son visage , vous votre nom; vous êtes donc tous deux de moitié dans l'offense? Distinguez vos parts dans la réparation quo jo me suis donnée.
— Monsieur, vous êtes un insolent!
— Monsieur, vous êtes masqué , et mon visage est découvert.
— Je vous insulte.
— Vous ne m'insultez pas : je vous apprends mon nom que tout le monde connaît ici. Vous ne m'insultez pas : vous êtes masqué et vous taisez le vôtre.
— Mais sortons! Venez!... ou bien!...
— Monsieur, vous êtes masqué : je ne sortirai pas. Pourquoi ne seriez- TOUS pas un assassin.
— Vous êtes bien heureux, vous, monsieur, répliqua Edouard en contractant le masque tondu, décoloré, qui pantelait a son visage ; vous êtes heureux de n'être pas masqué!...
— Pas si heureux que vous de l'être.
— Ah! vous prenez pour une Llche prudence l'immobilité de ce masque qui m'oppresse et me fait mourir! mais la supposition est atroce, m( nsieur ; croyez qu'il y a un homme sous ce simulaci-e étouffant. C'est parce que je ne suis ici ni le frère, ni le mari, ni ie père de celte dame, que j'ai toléré jusqu'à présent votre sou.fle injurieux aussi près de mon visage. Reculez-vous!
— Est-ce donc parce que vous êtes l'amant de cette femme que vous no vous démasquez pas? L'excuse est assez bonne, si le mari est dans la .salle.
— Il y est, dit Edouard.
Qu'on juge de la rumeur que l'affirmation d'Edouard produisit. Ainsi
que des cartes égarées qu'on accouple dans leurs couleurs pour complé-
uo jeuy les femmes se hâtèrent do rejoindre leurs maris ^ tandis que
LE ITOTllnE DE CHAIfTITXY, lOl
Mviàris de leur cûié eiéculnieni le mt^me mouvement pour m rallier h
Jusf;ne-1*!, h pn^nco d'esprii d^Edoviard avait parfaitemctit réussi et ïriiis^^jiU drvoir In Urrr de ce p<is pértlleiu; innis, par un accident i[\ii imuii trouvé eo défaut le plus SHbliii sk maris, qui n'avaient pns amené 'cufs (ffîjrnes ail Imi , furéni abligi%, afin do prévenir les interpréiiiUons lu Iendi'iii4iîn. de sommer Edouard do se dém^)S(|uer sur-Jociiump ou âQ QonJn r le visage de la femme évanouie*
— Ni Tun ni 1 antre, répliqua Edouard furieux. Vous ^tes, par ma fot« tien (iL'u Ctmfian* dans vos femmes pour risquer li-uf répulatîon h cotîe
nqtH let Je ne suis pa^t aussi pré^n»ptuoux qife vous êtes cfétians, Ai-jo lil que fêlais Tamant do quelque donie préscule ou Absente? Je ne sub
Bkii d^aiicunc d'elles, sacfiez-lc. J*ai révélé que le mari de la ïl'fumo Irappcé par nmn>îrur se Irouvnit dans la ssitle : c'est tout. Ne vaul^il pta ^ lieux, consuliest' TOUS, que l'ofiense et la réparation resienl plouiiéci
ans Je doule. que de tes «hi tirer pour ne punir personne ; car que lerezrous h la femme *|Nand elle sera delioul, et de quoi repn)che m^accable- 'rei-TOus. moi qui r*jurai défendtio? pue gagiierjejî-vous cnfiû a décourrir que je suis son amaul., ^i je Té ais?
— Convaincus tous li*^ s»k, lut-il répondu à Edounrd» que ce n*est point là la frmme à l'un de nous, vos subterfuges et vos menaces s^tii de rué-
^■ffiîïaljU's préîcilcs. Vous nous aii^z nùsi'u Cjiuse, imïi>>ieur^ nous y res- ^Hbns* tïmiivin , cette i^cmme serait h coup sHr celle de Tun do nf>u5 rfti ^n'Hn dnut de la catoninie. Que personne donc no sorte du bal 1 que nul H|i'etnfx»tie tlict Tidêo d'un soupçon inymc que vingt ons n^eiïaceraieul ^■pQ^* t crmez Ic^ prtes 1
Les porips furcnr ferm^,
«i- Ne tnuchez p:is au visage do cetio femme, par la vîôdo tcus !^ six,
iù lout le monde, que je liens au l)Out do celte arme! n'y touchiez pas!
La terreur et lo desespoir sont dans la sallOÉ b s femmes pûnss^nt des
btiriementi dXrmi a la vue de deux pistolets qui les menacent; il appuio
oisuîiiî son pîc*d dans louie su largeur surb niiisquo de Léonide,
Le inouvemt^nl est prnnipt , pas assez pourlant pour en*pi*'cber detix bras qui , «laîsis^nt Edouard par derrière « neutralisent l^articulatinn do ses poignets* AuïSilLit quùl{'«> {kt onn'S s'uitacbont â si jambe, toujours po&ee sur le visage tnas^iu^^ de l.énnide; elles vont lui foio? perdre \a ré-
■ài.<tance K ré*|udibre, lor^ique Edouard sV*crie avec désespoir: — Sur Totro tionneurl vims aveiî juré, mcssii*urs, de vous contenter du lisage 4e I un de nou's* de celui d*^ eette fmmie ou du mien : Regarde; î Le mosjîue d'E^lnuard lorutwî îi terre,
— i* Kijotuird de Olvnincovirt 1 ^*éciie CaToUue de Meilhan. Et clic cachi iOQ iriy^ge dans ses mains.
— ^Tii Ta* tué* in filme ! s'écrie l/onide en se relevant d'un bond. Le coîout'l de gendarru^rie semble se souvenir de ce nom. Le |{rtï:iier regarde le colonel ; et Tun par l'autre ils acquièrent une <Q(titiid« daus celle fnt;tln inU?rrogaiion rapide et ntuette.
Le Ct'tonef a|tiui<> «uissiiét: — Edouard de Cal va in court , condamné h mort par lo irib-'nal de PoUiefs. Gendarmes, emparez-vous do cet bommel kitcs votre devoir.
■tro gendarmes tirent leur sabre et s'avancent sur Edouard ; il est
\ Wche au dessus de leurs b'tes s'^sdeux coups de pi^irïlel dans
igiaf9; des milliers d'éUricdîes j ad lissent. Hommes et fenonr^ inm-
siir te parqueu Euk-tNf'nies» épouvantés, bleâ^ par les erl,Us du
1 du verro, qut oni frappé kurs yeux, les gondirmes opt-reni un
fîmeril dp it*ruL Edoufud en f rofile pour sol^incersur lo jjerron du
le tnihibii ^ i^jîtnpr^ au mur de cloturts se trouve en plcme rue^
! cjunpagoe ^ à la Lsieru du bois : il est ^uvé*
fDS LU HOTàlBE DE CDAirnLLT.
Son ca?ur bat, ses jambes tremblent, son front est en sueur, ses dB&f^ se .choquent; mais Léomde?
il revient sur ses pas avec la mômo rilesse ; il entend passer à ses ofttés des chevaux de gendarmerie haletans ; il voit courir dans tous les seo» les voitures en désordre qui abandonnent la ville troublée ; le voilà d» nouveau dans Senlis, à la porte de la sous-préfecture. Mais, au liend^ ^introduire dans la salle par le mur du jardin du côté du perron, il eth tre tout simplement par la porte. La salle est vide : la peur a chassé le (lus grand nombre , et ceux qui cherchent à rattraper Edouard ne sont pas restée \h à Taltendre. Naturellement, l'endroit le plus sûr pour lui dans ce moment est celui même où , il y a quelques minutes , il avait coQni le danger de laisser la vie.
Trois personnes étaient restées dans la salle : Léonide toajonrs nias^ qaée, M. Clavier et Caroline.
— Venez, dit Edouard à Léonide, venez I
— Vous I ici?
— Pas un mol, madame, ^-enez I
— Un seul mot. monsieur, reprit solennellement M. Clavier. Denudii^ à quatre heures du soir, à la Table-du-Roi, dans la forêt de Chantilly.
— J'y serai, mort ou vif.