‹ Œuvres. Le notaire de Chantilly. Le médecin du Pecq. Le dragon rougeChapitre 7 sur 21 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

A son retour de Paris, Maurice ne ût pas même savoir qnll était arrivé.

En passant « il donna quelques ordres au maître-clerc, et monta dans son cabinet. Il était fort pâle.

Il s'écria d'une voix étouffée, en tombant dans son fauteuil : « Trois cent mille francs 1 Où trouver en quelques heures trois cent mille francs? — Affreuse spéculation I »

Il dénoua sa cravate tout empreinte de la poussière du voyage, la jeta au loin , car il étouffait , et , accoudé sur la cheminée , la tote dans ses mains, il répéta devant la glace : a Affreuse spéculation ! Trois cent mille francs , ou l'affaire est peidue. »

Son portefeuille était ouvert devant lui, et, pour la vingtième fois depuis deux minutes, il dépliait des effets de commerce qu'il comptait et recomptait, murmurant vite et tout bas : « A payer, trois cent mille francs! sinon mon avenir, mon bonheur m'échappent ; et moi qui le concevais si modeste, si facile. Ahl pourquoi ai-je eu un instant d'ambition? Aussi pourquoi Reynicr m'a-i-ii tant persécuté? pourquoi ma femme?... f

L'indignation do Maurice, contre lui-même, avait pour cause l'incident malheureux d'un jeu de Bourse survenu au milieu de ses achats de maisons de La Chapelle. Quoique le secret du futur entrepôt à Saint-Denis n'eût pas été trahi, Maurice ou plutôt Reynier avait mis tant de précipitation à se constituer acquéreur des bâtimens à démolir, que quelques Î)ropriétaires de La Chapelle, plus clairvoyans, sans deviner précisément e but de leur spéculation, sur le simple soupçon d'une vaste entreprise, avaient élevé le prix de leurs terrains. Ils pouvaient en outre , par leui exemple, enfler les préteniions des autres propriétaires et rendre par là l'opération ruineuse. Il s'était donc agi, à ouelque prix que ce fût, de s% débarrasser de ces propriétaires incommodes en achetant leurs maisons; au plus vite et au prix, — il le fallait bien, —ridiculement exagéré qu'ils en demandaient. C'étaient trois cent mille francs à noyer dans le gouffre. Tout le génie do Keynier avait abouti, selon sa coutume, à consoiller de jouer H la Bourse daos 1 espoir de gagner la somme nécessaire aux achats.

LE EfOTAinE SE CEi^NTIitY, tC3

lais 0n ne jotic ^^s snns rirgeul; Maurice avnU ris(|ué cl perdu cent CÎQ^ ^iidTitc mille francs h lui, dt* ses propres éparprioî * pour avoir les Iroîs cetil millt*. Sii doiilour Mail ruoins e»rûr*} cepcadont dflus cotlo portât ' 1 . que dans r»mpi>5sibiliï6 de poursnivre dciormais cclto lit i\n chtmiin de i^v df Snîni-lïpnish La (Uiojwne, qni com-

leriii" i"ii> IL., déOnts, Tandis rpie Uoyni<^r cnuil ûam ï'an?» \m\ir rflUier Irais cent mille francs, Manneo sd dt^fjle émis 5^0 ti çabim t d'^ivoir imi ilîê à une erilmprm qu'il faut abandonner k moinâ d'y sacrlUi^r ÛÙs, fois d*avantagOÉ

— Au nifiin^, si clioï nioi, ici, j'flvnîs la consoîMion du rt>pos doniostii|UC Her les douUnn"s présentés , piinr songiT avec calma aiis

movi parer cette brèche latte a ma fortune l Mais non : mon êxtf-

lence a eié tuipoisonnée ; ce quo j'ai tu, w que j*ai oppris est l&, sur mon caur , comme du feu î ri jf n«i sais trop ce «pie ji^ vii*us chercher ici j qttf*l rnle jouer 1 Je n*aî rtî Ûljcrto <r;lme, ni énr^gio :i partager entre imcs dêui malheurs, — Que dire h Léonido ? h Sortez ! vuus nfaveit dés- ! ï* et à Edouard : « Tu lu'as irahi ; je ne te doii^ plu& rien , je te au premier passant qiij ^ h son (oor, le livrera h les juges, Sora y§5îl ft Poîirquoi, nont Ei fermer rnsuile la poHe sur eut î ei snul alors, une homme conmïo autrefois, libre, recommencer ïua vio atUve; nVinintT ijue ce que je pourrai pE>=i^ôder pur mou travîul,»*fre^l un rt've, 'ai plui ¥<ngl-cinq ans. Le monde, que penserail*!) ? ^uand on me nderrûl ce qiresi devenue ma femme, si j^î repondais qnVtle eslabfilo,oti le croirait pendant di!ux mois; ensuite on rirait, un ujuriuu* ferait, un supposerait, on dirait qu'elle était rua maîiir^s ■* .si.iiiiant que Vai été un m Lime de l'avoir produite et nommée [ m me uta

jmmw : H SI, par hasard, de plus indulgens ou de nn mes cou-

lien l à croire que c'était bien ma femme légitime, celle dont je me àeparê, alors on aurait découvert la vérité, la vùrilô tjui tue dân^ otites vi|k>s, Et moi qui ai besoin d'entourer ma maison de tant de c<? et de tant de cHasIêtél Une rumeur de blâme à travers ma vie* i fnufflo de ridicule sur mon toit, m@ lueraieut coTumo un fauï daiiâ mes actes, ¥A ■ î , je rougis h penser que je me tairai (levant ma femma,

Idev.' ij; qu'elle va venir; qu'il s'a^-siéia h ma table, ce soir;

(\\ ^ lous dr-uij qu'elle mo parlera; qu'il me demandera* lui,

de la Vendée. Et j'^ ne dirai pas a cJL'lle-ci: — Cet liommo fcit \'",. ,iMi.int, ruadtjiue t ïi celui -là : ^ Oui, vous *5les son amant* ] et de plus vous ^tes eondjnmé h mort ; *iorteî î

r. 7 lui ( n.M ii-jn i oui î et pourquoi pas! S!>rte2Î et qu© tu m

l'U montant a réchafaud* De personnf'! ni dt^s

: 1^ uns sans pitié pour les opinions; les autres

aiji; pour le dehvrer* Nous avons la simpîicUé de croire a la

d'opinion de ces geu§-l^. Qu'il eût séduit Léonide au bal.

Lt*u li^ lL.mmes sont au plus entraînant , au plus iou , au plus frivole,

[-ni!** -ro-^-je , mfti , homme de retraite? Qu'il se tM fait aimer d'elle douii

^ Kîcaïiions que notre lâche soc iéîL* offre h tous les cor ru pteu ris ,

in^ rhez moi ; bien 1 m.\is rabriter et Fa voir pour en ne un; mais

' r mon pain et mon honneur ï Je n'ai été qu'un pauvre ^1^

iHin ro*ur; et jVprnuvr qtic le plus sage est de ne couîpter

rice dans Ij vie ; que régoisme est la cuirasse

elopper* pour iravûrsor, sans meurtrissure, une

' em^H^i son nées.

leur mens? i]o.U pour elle, Qu'ai-je besoin d'être ■ ■ .... jïiUn!^'' 1,.^ ta,!-. ,i!i-ij,Mi„>c .-inic^tMi-i^e , ,.[ ..1.1 iifSrhe rer, n'jmi ;lâ,

0 sarritl^v ,1 ... i ..: 1,. ^. .„:..! je

rdseï moi, chercher k recueillement en rccntnpenso 4ti mes lutins

lOi LE ROTAIRE DR CHANTILLY.

•Q dcliors, un autre est dans mon Ht. Ainsi la tuitailb au dehors; ta dedans la honte. Qui le croirait ? c'est lorsque les souris d*une Inrtoiie acquise pour elle , blessure a blessure, me vieillissent, c*est lorsque reifroido toutes les res|)onsabililés assumées fur ma tfte m'égare, c«ii quand je suis sur le point de surprendre Tadultêre auprès de mon foyer»

Su^une femme, imbue de je ne sais quelle stupides maximes, se dreaee evant moi et réclame sa liberté. Et que feraient-elles les femmes , m elles étaient plus libres ? Comment le seraient-KîUes davantage et dqqs aviliraient-elles mieui?

Léonide parut à la porte du cabinet.

L'altération d(^ ses traits était moins la marque du repentir et delà peur que celle d*unc colère long-temps concentrée ; ses lèvres treo!* Uaient.

Elle essava de parler debout, mais ses jambes fléchirent

Maurice lui avança un fauteuil.

— Savez-vous, uil-ello, en affectant d^ sourire, que M. Edouard?... Mais je ne vous ai jamais vu si pAle. s'interrompit-elle en apercevant la figure de Maurice au dessus de la sienne.

— ('.e n'est rien ; ma piîlenr est causée par la vôtre ; poursuivez.

— Eh bien, dis-jo , M. Edouard est Tamant de... devinez.

«— l.a hardiesse est nouvelle . Léonide. Il est Tamant... que m'iroporte de qui? Le confident est bien choisi I ^

La physionomie de Léonide passa comme un éclair de la colère à rélonnemcnl. Comprimée entre une dénonciation préparée et une équî- Yoque inattendue, elle fut saisie; la respiration lui manqua.

— Dites toujours, j'écoute. Il m'est curieux, vous Tavcz jugé ainsi Yous-mrme , d*apprcndre de qui M. Edouard est l'amant. Je ne lui suppose pas , h ce digne jeune homme , beaucoup de facilités, dans la p<>sition ou il se trouve , de se prodiguer en bonnes fortunes. Il est présumable qu'il n'aura pas poussé au delà des limites de la prudence le cours de ses équi, écs, et qu'il aura concilié les < lans de la passion avec les restrictions de la retraite. Mais j'oublie que c'est a vous de m'instruire.

Ce ion ironique, cette parole mogueiisc que n'avait jamais eus Maurice ne lais.'aient aucune faculté libre a Lét.nide. Elle s'épuisait, dans la rapidité de ses observations, h distinguer le véritable sens des pensées de son mari. Alail-il au devant des délations quVlle a|^ portait , ou les tournait-il contre elle , irréprochable qu'elle n'était pas?

Léonide devait sur-le-i hanip parler ou mourir.

Elle se mit à rire îi gorge déployée.

Maurice la jugea folle ou se crut fou.

— Eh ! mon Dieul ne dirait-on pas, à votre air décontenancé, que vous êtes son rival î Vous êtes ironie de la tôte aux pieds. Attendez au moins de connaître la femme aimée d'Edouard. Votre figure bouleversée roV larmerait pour votre fidélité.

Léonide rit plus fort.

La colère est imitative , comme toutes les excitations nerveuses. Atta* que avec Parme du rire, Maurice rit aussi , mais faux , vi sans que lui ou sa femme perdissent dans c.e double mensonge l'ambiguiié de leur situation.

— Edouard, vous disais-je , aime une jeune personne que vous counaissez beaucoup.

— Je le présume.

— Fort jeune et fort jolie.

— Puisque vous l'assurez.

— Ou'il voit assidûment.

— Rai:iez-vr)us, interrompit Maurice qui, le premier, consuma ce rire phosphorque et revint à son ton naturel ; raillez-vous?

— Vous auriez quelque raison de croire qu*ou so joue de votre crédu-

tS f^OTAIRG DE COI^TTILLlf*

foa

lilé^ Touifiui s^iTPi aiion n'entre dans le pavillon d*EdoQard ni qu'on ii*en sort sans difikufîé.

^ C'est donc choK lui, vous dn'gncz me TapprcndrOt qu'ont li'ïu les rc7ndez*voiis t Mcureuiproscni! Lo malheur, il esl vrai , a iartl d'ascendani 5ur les femmes , la pi lié c^l rh(^ elles si vi>ismo tïnn sen imenL plus teniin\ quajecomptctids lu foiiciléde na(re ami. SeuIcmenULmescmblâ qu'il no)*s eoirij riiinei bcancoupî ne Irouvez-vous pas?

— Vous en dit* s d'à boni ptiis quo je n en sais, Monrieo , rppliquâ Léouidi? qui * eniréc pour oecu^r., étaîl toul étonnée do subir presque un*^ aeeuâaiion. loum gunche de f alarmer la mena e en pfaisarjlorie el dTiimincir ^ colère en ironie. Je n*ai pas avancé, ctimprene^^moi, que la msllrciâe de M« £doiiai d ÎM allée b son {kivillon. Votlà dus délaiU qol taus ippa r lien non l. Je n'ai pas dit...

— Mm j'assure, aflirmi sncfiement M:iurico, qu'elle j va ; je Vassurc*

— Cl si que vous t^n ovei appris plus que mui, lé li)ua l>>finle, Cbangeani la voie do ses induciioris, elle supposa rcelliMmni Maurice

iurtiuranl de rinirigue d'Edouard avec niadL'moisello de Meillmn , <jl s0 trul Siinvée de ïoui soupeon*

— Vraiment, voui saveï qu'elle se rend au pavdton d'Edouard? ^Oui , et la nuit.

^^ Ui nuit , Maurice î

— A du lumres, ions les 501 rs» par le caveau.

— Far le caveau ! répéta Léofiiae , rcho [.réeipîtê de chaque phrasd de Maurtre. Sti pensée lut : n Nous auiiens pu^ Maurice et moï^ uuu9 lieurler dJii» robscurilé, n

— ^ Alors, ptmrsuivit Maurîœ, tes ridcBUx rougeâ sont tirés; ta lumière de U lampe adoueie; il n'y a de vivumt dans le pavillon que deui corps qui ne ton t qu^me ombre,

Léonide eut fit>jd ; elle ne fut maîtresse du frisson qui la saî it qu'en senani les poings ei en pe-am de liHilc! son énergie morale sur son cor|i«* Elle m:ua K^ neifs autour de sa peur.

— L'inf.lme, pensa*t-i4le , il renouvelait donc avec ello la comédiô qu*il avilit jouée avec moi, si je neiaia moi-même imur lui foccasionde jétëter son rôle,

^ Et qui vous a révélé cela î demanda-i-elle d'un ton împératir, el qui •uraîl dû met in* â nu* devant Maurice, Tamour qu^ellc portât â Edouard ; qoi Ta vu pour le dirt; t

*— Moil <Jue irouveï-vous d'étonnant & ce que j'aie été témoin des preuves d'un amour dont vous ôlitzsi liien convaincue vous^mr'ine, qua TOUS accourii'2 toiU e\fïres m Vu apprendre 1 e^^istencef Les efiets pa* Tftisscni Tousscûnd:diser beaucoup plus qun la «a ose. Peut-4}ln.\ et cest lotit ce que /e'ii lique do vo're surprise, ne comiatiez^vou'i me révéler qu'un tntonr platonique, d*eufaut, de chérubin , jOuet d'ivoire des cô-

3uettt^, avoué un heun jour, de peur que l'AluTaviva du logis nouille an evaiîï d'une en4U*''re f lus séri- use. On risque une confeS5iii>n tronquée pour éviter le réquisitoire, n*est-ce p.^s? Tel n*esl pas l'ampur do celle femme pont Edouard, je vous l'assure; t'est une pïission, bonteuso comme tout ce qui est caché, oui n*a plus mnue le piquant du mystère^ Cftr et lui à riiouneur duquel elle toudm est itistruii et n'a qu'à choisir eolre le^ moyens de veuiîeance.

Les deujt soupçons, qui so dii^putai^^nl Tesprit de Léonide l>mp<irl nient Vnn SUT l'arutrc: a chaque instant: tantôt elle croyait sincf're riudigniitiuii de aoo mari : alors elle rentrait dans sa premirre lésolulion de lui laird ptrUifer sa haine jalouse pour Edouard ; ele s'oubliait même, dépa^^iit It saog-lrmd du simple teuoignage ; et tanlAt, croyant sentir des allutiof» itnctes sous chaquo phrase de Maurieei elle se tenait sur la dé» fcoiive, elle se retranihiùt dernrre ies dén guious coiuuie «ne uci'usée. Sa d''tiii«:re iiréioiupUon [ut que Maurice pikit d'elle. L'était ruutrage

108 tE NOTAinS DE cnA?mLLT.

fait au mari et non la colère de Yhùio qui a?ait percé dans aes exr piessions.

<— Mais pour 6tre sûr, ainsi que tous laCHmiez, ropnl-elle, que 11. Edouanl reçoit une femme dans le pavillon, avez-vous donc une comr iriclion certaine, inébranlable, fondée et non puisée dans le doute qjm j*ai fait natlre peut-être la première dans votre esprit? Crojez-vous, m une conviction telle vous manque, qu*uno femme soit assez imprudente pour se hasarder la nuit dans les détours d*une maison étrangère^ «$ pour y voir un jeune honnnc caché dans cette maison, sans craUuto aôtre aperçue en entrant ou en sortant ? Le crojez-rous?

— Et vous, Léonideî

— Non, je no le crois pas !

Quelque habile que soit la parole dans les momens où la colère se retire pour laisser sa chaleur à Pesprit, elle fut insuflisante ici à Maurice et à sa fenimo pour exprimer leur situation. Ils s'interrogeaient et se répondaient bien plus avec leurs gestes cl leurs visages qu'avec la boucha»

Léonide s'était relevée par une dénégation audacieuse; c'était au tour de Maurice à fléchir. Etait-il bien convaincu que la femme enfermée avec Edouard fût la sienne? Léonide, il est vrai, était absente de la chambre à coucher lorsqu'il était descendu dans le caveau ; mais avait-il eu assez do sang-froid pour s^assurer que ce fût réellement elle et non une autre femme qui éiait dans le pavillon? L'aveu volontaire de Léonide était presque la preuve certaine d'une erreur. Pourquoi, bien que TévénemeKt fût peu ordinaire, n'aurait-elle pas été en soirée chez une amie, quand II était rentré? On ne condamne pps sans retour une femme uniquement d'après la délation grossière d'une ombre sur le mur. Ce doute rafraîchit les sens de Maurice : un nuage sombre monta de son visage et no dévoite un moment que des traits paisibles et bienveillans.

— Soyez persuadée comme de votre existence, reprit-il avec franchise, oue j'ai entendu rire et causer hier dans le pavillon d'Edouard. Vous étiez probablement absoute quand je rentrai pour chercher mes pistolets. Ayant vu b porte du caveau ouverte, j'y descendis et je fus témoin de ce que je vous affirme maintenant.

Léonide, sentant quo les forces lui manquaient pour faire face h la ^ncérilo de cet aveu, employa sa défaillance à jouer la surprise. Son haleine brisée, sa parole courte, la décoloration do ses joues exprimaient h la rigueur une terreur comme une autre. L'essentiel était de mettre un corps sous ce masque.

— Ce que vous m'apprenez m'épouvante, m'anéantit. La porte du caveau ouverte! une femme chez M. Edouard, la nuit! il descend donc à b rivière pour lui ouvrir, la nuit! Mais on sait donc qu'il se cache chez nous? Je ne croyais pas le mal si grand. Décidément c'est une raison pour que j'acliève do vous communiquer le motif qui m'amène dans votre cabinet.

Ce quo je vous demande est hardi, mais il faut y consentir : éloigne? M. Edouard do Chantilly, de notre maison. Croyez-moi : h défaut de notre intérêt personnel qui exige ce sacrifice, le sien le commande. Sa passion est un péril permanent pour nous.— Répond-il du silence de cette femme h laquelle il ne doit rien taire! Qu'un frère soupçonneux, qu'un rival attentif, qu'un père ait épie ses pas, et tout le monde saura tôt ou tard qui vous recelez ; tort très grave pour vous, malheur incalculable pour M. Edouard. Les solitudes défendent mal : c'est au centre do Paris mémo qu'il trouvera un asile impénétrable. Sans blesser les lois de l'hospitalité, engagez-le à s'y rendre; une fois à Paris, nous seront plus tranquilles sur son sort et une terriblo responsabilité aura cessé de peser sur nous.

— Ma femme, pensa Maurice, sollicite le renvoi d'Edouard, elle qui, il y a quelques jours, me priait presqu'à genoux de ne pas lo laisser partir

IB NÛTAIBB DE CEIÂ?ITtiLr.

iriî!mT*^ \n fond.

fT , ri ri fronu! Ti l si lï r usq u o do résn !i 1 1 icm » d'o h onU-îl t Qui totis les ciis, ijijurqimi rn'tiffraicriïis^ju? Co serait „i =:ro et nomelly manit*re d'ijimur qut! de reitvoyiïr lî en îittntv Lroïîide craint*eI]o de succomber à une |Nissios EH- ni il écarlpr î.i causf?? Appcîer une espliealiau là-dessus, r sa déliiïiiiessi*: il &uftiL je crt>îs* do Cùnscnlir h sa pmpoi loul Lviisprt'iidru, Oui ! mms n*esl-c6 pus mt^ romoner À mm (T il la rattiicfiiif de nouveau à ta scwt du pa*y ^t df*tit fp(ïrm*>s coïu promises ; c'est vi- 5 ' ije n'îiurjiil-elk^ |>aséppjufé

^ où j'embi'ûUiUû nia vk it

l'LlraJi;;!' *

— VutB n'auriei pas de plus impérieux moUls, Léosidc, pour mo û»- >r son renvoi?

— Pârdoîi* l'en ai d'autres i mais je ne tous le» dirai que lorsqot If. Efimiard ne srm plus ici»

^* Vous désin'z d<ïnc réscïtutrjent fTU'il parto?

— Oui, tl auiourdliU! même, nvanf. la nuit,

Méitirice réllci hit pendinU quidi^m^s niiauk«, résirma avec pmmpli- Ûù \ù coiiversaiinn qnû venaii d avnir avec sa feunne, et il ropondil: ^ Ed<H*t*rd si^ra k Iruis lieurt's sur la roule de l*aris*

— Vous nîf Ui pmmf'tlez, Maurice; vous me le jun^sî ?

— Je vttus le pi'ûmels. Il ajouta iniéricurcmeni : Mes présomptiotis wmi tùùâéi^ i i ai mis te d^igt sur la vérité : Lèomde n'a qm* h turt iit* «èkniiâifé d*aimer Edouard. Quoi qu'il m'en co\iU\ mo prudenco é^ man s«ri s^mrde, dons celle orciïsi^n, h mes scrnpiïlrs d ami* ïilminrd |iBl3llra; mais tl quittera Chanidly non accmnpiigné àt* mon ingtutitude, artiis 40 mej* regrets. Je lui monagerai h Paris une rolraile; je Vy cooâtiirai. Ci. fou jours eDlûUié de mes âMns* ii attendra que si>s ami:^ el niûi lui fj€iIiEi«>ns Im fllOT9lll ds pàéBÊS m AngletcHre ou en AlleniagiM»

Un I ' ' . "■- r-. rf relâcha do lu poitnnt'do Maurice, IJ ressonlil pïu? ij'jrginit qu'il avait éprouvas,

— .i- L', fx**inïde : jt* suïs dans rmïpîitience dt* <^in rol'uire, faitt^le pass€T ausMlni dan> inMn r, il fi net, ji dans votre apparleineEU; luai ju m^j it lul- dt; ce pM

«u pnviltun d'I.di uard . pour lui oomiDIlIqilBr BOtCt commune réiK faitkin.

— I 'Ta i-je dcjs el ic va u ï pou r Irois lie lires î

vijusde cosouii Léouidàr.

LéonAdt5 ^ti itflira^

iHSï qti clic tut partie, Maurieo m dirigea vers h tawliotir d(?s deui portes, fl M' tiaisf^ait pour K^ulev^r k trappe» lorsqu'il k ?il » lîievet M parattnB Edouard qui lt> suivit dans U' cabirtet*

- — (I^•^I dit'/ It! iioiJîin* que je viens, dit Kduuord en s*aaiJ6yiinl : mi |Bomi9t-it d'entre au>^^i iji>n pour mcn que Tami?

S'il '

— >i*s des pr^e^xUiuns orotoin» usitées dana tonuiii^iiï^ ; ^iiiuiHtH ,i!ï 1,111 fciiui desuiie. Je - ' ' - -îr% ui lo sats; ma fortune tfst à n»ou avï.*c le droit d'en disp >tm^ en r4<

Urifè per5«>nne, Ceui ijui auT.' ' ■ * -■■■' '-^ binn^

sont des ^ren^i si èlotj^nés et > ucf» ma

ÉlérmlC p4.-Ul ^*-^ i«-n,.rir. Il ini^ UU

leidalûnji:!' ■! IV,",-:. I rirfih.'ii : -îe

jlilli: #'l ri" «iiji -ir i^j- lur -, ^ f^eS

ftue?. i<iii d(8 st* nii?)tte en regb. Tu ttm

fois t ^ -, Décidé i partir df^n^ûn pmir P.irîs,

c*ort i'ini'i** uijo fiikMjn, n't'^i-ti* pas, pour hiVier m t

Di^isetbmwm tvut simple et d<ur dans iofjud tu ^i. j^a.

lOS LE ROTAIRB DE COAIITILLT.

laisse mes biens h prtagcr après ma morl en trois parties i^j^alcs : b premiôre partie reviendra h... le nom on blanc; la seconde aux paysans pauvres do ma commune en Veodco; la troisième à Louis-François &Uiihce, notaire à Chantilly.

— Tu es fou?

— Très rdisonnab*e, au contraire. Ajoute que si, dans six mois, k dater d'aujourd'hui, je n*ai pus rempli par le nom du premier légataîro le blanc qui en occupe la y.Uce, son tiers sera réversible en proportions égales sur mes deux autres héritiers. Tourne cola en termes de nutaire. Iles biens s'élèvent h quinze cent mille francs net, sur h^squols en voilà trois cenl mille en Lillets de banque, que je le remets. Prends cela d'abord.

— Sauvé ! pensa Maurice; sauvé! Ma grande nfi'aire aura liou, on phildt qu*ai-je besom de m Vmbarrasser d'affaires? ^lo voiLi riche. Ohl LcunÛa ne me perse utera plus. Se levant avec une joie indicible, il sauta an cou d'Rdouard.

— Tu acceptes, n'est -co pas, Maurice?

— Non.

— Allons donc! préfères-lu que mes biens passent h des indifférons T Ob mets-tu la délicatesse? Que je me survi\eau moins dans le souvenir de ceux que j'ai aimes ; ils m'oublieront moins vite en ayant sous les yeux ce qui m'aura appartenu. Et quelle raison as-tu pour me relus- r?

— Ai-ju fait assez, Edouard, pour que tu me donnes non ta fortune,— car j'espJ're que tu en jouiras seul et long-temps et que tes enfans en jouiront apK's toi, — mais pour mériter cette preuve d*uno reconnaissance qui me lend presque de ton sang?

— Faut-il que je te rappelle, Maurice, notre amitié d'enfance, tes ser- Tices, ton hospitalité à cuur ouvert, ma vie jusqu'à ce jour sauvée par toi? Ce n'est pas de l'or auo je te donne : c'est ce que je laisse sur la terre. Est-ce ma faute si le souvenir est gâté par son trofi de valeur? j'aurais voulu Otre pauvre. Mais, parce que je suis riche, repousseras-tu mon héritage?

— Non, Edouard, et c'est parco que je t'ni rendu quelques services devenus peui^tm | lus importons par l'enchaînement des circonstanceSt que je n'accepterai fioint tes ofres. Je me reprocherais do m'ctrefait payer en argent le saint droit d'asile. D'ailleurs, notre amitié est presque une parenté, et h ce litre la loi me dé.end de participer a de tels bénéfices testamentaires.

— Singulière objection! Parce que lu es mon ami et notaire, je dois être ingrat ; et loujours attendu une lu es notaire, tu veux te regard» comme étranger à ce qui me louche.

A oui laissera-l-on ses biens? h ceux quo l'on n'aime pas ? La loi anrait-elle arrêté que les notaires n'auraient pas d'amis? Tes scrupules sont d'ailleurs faciles à lever.

Edouard prit une plume, une feuille do papier, et, en quelques mi- Dutes, il eut dressé un testament écrit de sa main, signé par lut, qu'il cacheta et remit h Maurice.

— Mais pourquoi cette précipitation , Edouard ? vas-tu donc mourir dans la soirée? Tu ferais venir do sinistres pensées.

Maurice s'empara de la main d'Edouard.

— Ou» 1 projet roules- u donc dans ta trte? -—Je te l'ai dit, Maurice ; je pars pour Paris.

—Quelle obstination a nous quitter, pensa Maurice. Voilh qui est sîngolier : au moment où je vais chez lui, il se rend chez moi; et c'est lors(|ue je me prépare à lui dire la nécessité où nous sommes de nous séparer, qu'il me signifie son départ. N'y a-l-i que du hasard là-dedans?

— Ainsi lu comprends, poursuivit Edouard, l'urgence do mes précanlions. Ouiy ju vais à Paris^ je Tuis une dernière fois me mêler ù la poli»

IB KOTAinE DE CnA?tTïf.LY.

tiijiic acîivi*. Des espï^rarces nouvelles m'onî fait roaî^ir do mon iniitilîté aa parti qui à «les aflfetninns ; il a tmc dcnilmi ihancc à courir, ji.? pMtends lii parîager- Pardonne- mot si je no iVti confie pas davatiïa^r* Tj eoiivieitofi répiignerall a croire a ces (jsfcrancc-^; la intonne soiiUrtrati à le* enH'ndre nier* Ma vie n'esi déjà p*us une question * j-i ioue rien conlro totiL Mon, mes mesures sont jnstitictis par révénemcnl, n'esl^e pasT "Viviinl et vainqueur, — pardon no- moi, MinriCf^, celte snp lOsiliùnt — jo 4]it:hire ce (estatrienU et reprends ma forlune; y consens-tu t

llaurico n'eUiit pUis dn tout h ce que disait Edouard ; iKtaoail lïiafhîxiûV^meiU l« piipier cfuH lui avait remis, et il rapprochait U pii+TO de sa ieiïimc* de foire partir Edouard pour Paris, et la prés*'nce de celui-ci detnaiidani avec instance d quitter Oianully* Non^ réHéchissait-iL il est imf)o**iiUle qu'ils ne soient pas d*accnrd pour s'^lre ainsi rencontres* Que s'est-il donc pas?é t^nrrc i^llo et lui? Elle a e le pourtant bien fi-rme; et Edotiartise mnniri* si nfibîe... Joueraient-ils un rAIe long-tem^ïs méditât Vingt fiïis, depuis qu'il es! a^ec nous, les circonstances ont été aussi imliérit^ust.'s sans q'u'ii ail demandé à pariir. Je ne crois donc pas au pté^ teilo polirique aEduuard; il est vague. Comment savoir la veriie?— Jlais Léonido n'a-t-ellu pas insislét se demanda Maurice illumine tout k Coup« p4^nrqu*Ei>)niirdpariU avant ta nutl ? N Vt-t^le pas ta-di'ssns edgé ma psirolc* mun senuenL.. N^a-î-elle pas couru commander des clievaui pcmr trois heures? Si celte précision cachait œ que je clierclie à savoir I

— El j bien, Edouard* mon ami ^ va ou le ciel t'appelle; tu partiras pouf Paris oii je t*accompngnerai. cet après-midi, k trois heures.

^~ Non, pâs au}nurJ*hui, Maurice; mais demain*.»

— je dikrouvrc tout ï j ai touché le fait personnel à Léonido ol à Edouard. Ccî départ e-t concertr^; mais il y a désaccord entre eui sur le jour et sur rhourc. N'imm>rto î il y a une détermination rx>n venue, arrêtée a deux: ^*est-c** qui Ta précédée? quV-st*ce qui la nécessite?

— Pourquoi donc pas à trois heures, Edouard? nou^ ferions route pendant la nuit, ce qui nous convient parfaitement. Allons 1 cela nous ar« ran^M? niieus; tu n'y avais pas songé* Jo rats gonner pour qu'à trois lieurcs k*s chevaux soient prêts,

Maurice alla vers la son net 10- Bdouard Tarréta*

— Ji' i tu prie» consens à ce débi : pas aujourd'hui, demain. Au fond, quo t importe?

— ^ Il oie supplie de lui accorder ce délai: (ont est 15. Mais qu'est-ce (|ui est li?iai évoffue ce douie : il est venu. Quello lumière en tirerai-je nidinlt'mint ? il m 'el traie.

— Non, Edouard , il faut que tti qiiittes Chantilly h trois heures. Je TÊiIJe ^ur toi t je no réponds de toi qu'à ce prijc.

— Mais enfin, piurquoi eiiges^tu que je |)arte aujourd'hui t me TapfWTndra»-lu, Slaurice?

^ Et etilin pourquoi ne partirais-lu pas aujourd'hui? me rapprendrastu. t ^

I 1 ent TuR sur Vautre, s*arrêtèrent & tin pas de distance, et se

ft^' ms parler, maîtres tous deux: de leur espèce de sang-froid,

O ■ ijas deu% hommes cherchante s'emparer oe leur secret, mais

pit» ■ ^'!;int : a Avons-nous un secreiT "* Quoi qu'il dtU s'en

êui . i{ n'en était pas moins rvsulte une première atteinte

4» vi .,., lesdeuï amis; leur amitié avaU sa souillure.

-* An moins uno nûson û^ ce refus» Edouard; une seule?

•-J<* n*' h* tjuîs.

— Jr

acorei M^tiFJce. Ma vie ft éii i toi pondaul (uatm

mois ; elle est encore entre tes mains ; ma fortune t'appartient ; mais ceci n'est pas h moi, je ne lo confierai à peisonne.

— Chez moi un secret! un secret qu'on me (ait!

— De quoi t*étnnTi«s-lu, toi qui en reçois tant et qui n'en as jamw

— J*ai peut-être tort, répondit Maurice avec une grande apparence de «ncérité ; j'aurais dû comprendre que ce tu me caches, n'ayant aucon rapport à ta fortune ni h tes opinions, était tout simplement une dîaise de cœur oîi personne n'avait le droit de pénétrer...

Ces dernières j)aroles furent dites d'un ton si vrai, quoiqu'elles cactak •sent leur hypcrisio; elles furent accompagnées d'une étreinte si iffft>lontaire, quoique peu désintéressée, qu'Edouard y fut pris comme Maurice lui-même.

Il est des pièges d'instinct que l'on dresse par l'irrésistible logique de da situation, et qtio l'on arrange comme l'araignée tend ses fils; on ne *songe pas à prendre : c'est la vie qui fait sa toile.

Au resto, si Maurice employait sans calcul dans ce moment la franchise comme adresse, Edouard, do son côté, allait se montrer enfin h cœur ouvert. Il supposa que son ami, craignant de l'effrayer en lui annonçant quelque nouveau péril dont il était menacé, hâtait ainsi le moment de wur séparation. Les suites du bal de Scnlis pouvaient avoir déjà fait découvrir sa retraite; des émissaires rôdaient depuis plusieurs jours autour de Chantilly : Maurice en avait sans doute aperçu, et il n'y avait pas d'autre cause à son obstination mystérieuse. Voila ce qu'Edouard imagina.

— Je te remercie de la générosité, Maurice; tu me comprends enfin! Sois meilleur que je n'ai été sincère.

— Il est donc vrai qu'il l'aime! Je no me suis pas trompé. 11 me remercie encore de ma générosité. Mais qu'est-ce donc que le monde ?

— Oui I Maurice, j'avais ici un attachement de cœur que j'emporte: nn attachement si vif et si brûlant, que je n'ai jamais eu le sang-froid de le fixer, ni de m'en rendre compte. Au moment do le vaincre peut- ■être par l'éloignement, je m'en accuse comme d'une faute.

— Mais, Edouard, Edouard I interrompit Maurice en marchant à grands pas dans lo cabinet, lu te méprends sans doute sur le choix du confident; tu oublies h qui lu parles, chez qui tu es. Tu parles d'amour dans ma maison, et dans ma maison il n'y a qu'une fomme, et celle femme est la mienne! Cet or, que tu enveloppes pour moi dans un testament, est-il pour payer l'hospitahlé ou ma femme? Par quelle étrange erreur confiestu au mari, que tu as trahi le mari ; à l'hôte, que lu as souillé l'hùte; que veux-tu de plus?

— Est-C(> une erreur, est-ce la connaissance entière de ma conduite qui le fait ainsi parler? eut à peine le temps do penser Edouard. Me croil-il l'amant de sa femme et de mademoiselle de Meilhan. ou de sa femme seulement?...

— Apprends tout, Maurice !

— Que me resle-t-il h savoir, malheureux?

— Mademoiselle de Meilhan sera bientôt mère ! Maurice tomba dans son fauteuil.

— Silence pour toi et pour moi, mon ami !

— Qu'ai-je dit, Edouard? qu'ai-je supposé? La révélation est si belle nour moi, que je n'ai plus le courage de te bhlmer. Tu me rends ma lemme, que tu n'as pas désirée, n*est-C(* pas? Ce qu'elle a tant fait d'efforts pour me dire, c'est aonc cela. Que ne Tai-je comprise! Son énigme s'explique : vous en aviez chacun la moitié. Elle veut que tu parles, parco qu'elle craint pour cette enfant dont elle est l'amie, presque la mère. Elle a ses projets là-dessus : les tiens sont de résoudre nettement Ion sort afin de pouvoir t'unir à Caroline. Oui ! ce blanc laissé sur cH écrit

us MQT/^llB DE €H3àKTtLL% Ut

(DUT Paris? Ce cbaogement si brusque de résolutton, d'où natUil? Qm 8?est-il passé? Dans tous les cas, pourquoi ro'effraierais-je? Ce sentit oactes une singulière et nouyelle' manière d^aimer que de renvoyer rhomme qu^on aime. Lconide craint-elle de succomber à une passion dont elle lient à écarter la cause? Appeler une explicalion là-dessus, c'est blesser sa délicatesse; il suffit, je crois, de consentir h sa proposition : c'est tout comprendre. Oui I mais n'est-ce pas me ramener h mes l^emicrs doutes, ra'obliger à la rattacher de nouveau à la scène du pi;- YÎlion? Au fond, pourquoi? Il y a deux femmes compromises; c'est visâ>le. De cette double passion, pourquoi Léonide n*aurait-elle paséprouié cniB b jalousie? Absurdes et lâches énigmes où j'embrouille ma vie ci fètrangle.

— Vous n'auriez pas de plus impérieux motifs, Léonide, pour me de- SMuader son renvoi?

— Pardon, j'en ai d'autres; mais je ne vous les dirai que lorsqw M. Edouard ne sera plus ici.

— Vous désirez donc résolument qu'il parte?

— Oui, et aujourd'hui même, avant la nuit.

Maurice réfléchit pendant quelques minutes, résuma avec çromptiinde la conversation qu'il venait d'avoir avec sa femme, et il répondit :

— Edouard sera à trois heures sur la route de Paris.

— Vous me le promettez, Maurice; vous me le jurez?

— Je vous le promets. 11 ajouta intérieurement : Mes présomptions mit fondées ; j*ai mis le doigt sur la vérité : Léonide n a que le tort in<vcilontaire d'aimer Edouard. Quoi qu'il m'en coûte, ma prudence de mari sera sourde, dans cette occasion, à mes scrupules d'ami. Edouard pactira; mais il quittera Chantilly non accompagné de mon ingratitude, mais de mes regrets. Je lui ménagerai à Paris une retraite ; je l'y condnirai. Là, toujours entouré de mes soins, il attendra que ses amis et noi lui facilitions les moyens de passer en Angleterre ou en Allemagne.

Un poids horrible se détacha de la poitrine de Maurice. Il ressentit plus vivement les pertes d'argent qu'il avait éprouvées.

— J'attends votre frère, Ijéonide : je suis dans l'impatience de son retour. Dès qu'il sera rentré, faites-le passer aussitôt dans mon cabinet, je T4WS en prie. Allez dans votre appartement; moi je me rends de ce pas an pavillon d'Edouard, pour lui communiquer notre comnume réso* lafiftii*

— Commanderai-je des chevaux pour trois heures? -*- Chargez-vous de ce soin, Léonida.

LécHiide se retira.

Dès qu'elle fut partie, Maurice se dirigea vers le tambour des deux portes. Il se baissait pour soulever la trappe, lorsqu'il la vit s'élever et pasaitre Edouard qui le suivit dans le cabmet.

— C'est chez le notaire que je viens, dit Edouard en s'asseyant : ma promet-il d être aussi bon plour moi que l'ami?

jS'il le peut, pourquoi non?

— 11 le peut. Tu me dispenses des précautiuns oratoires usitées dans laadomans : arrivons au fait tout de suite. Je suis fils unique, tu le sais; joa fortune est à moi, avec le droit d'en disposer à mon gré sans en ré* férer à personne. Ceux qui auraient quelque prétention sur mes biens sont des çarens si éloignés et la plupart si riches, que sans injustice ma

Êtérosité peut les ignorer. Une condamnation à mort ne fut jamais un fct de longévité. Qu'on m'arrête demain : dans trois jours, je n'existe pins ; et ce que je possédais ira grossir les fortunes déjà immenses de ces paréos dont je te parlais. Il est prudent de se mettre en règle. Tu me ?ois chez toi pour toutes ces raisons. Décidé à partir demain pour Paris, c'ast encore une raison, n'est-ce pas, pour hâter mes dispositions ? Dresae donc un écrit simple et clair dans lequel tu stipuleras que ja

ration ; nous serons ruinés le jour m^me on nous aurons roussi. D*ailleiir8y entre la consomption do Tusure el la foudroyante décision du jeu, je préfère le jeu qui enrichit plus vite, et qui, s*il ruine, ne prend pas du moins de commission. Renoncera-t-ou à une entreprise utile au pays, de oh que l'unique moyen d'avoir les fonds nécessaires h son exécution est de recourir au jeu de la Bourse? Quelle œuvre, quand elle se présente aussi vaste c|ue la nôtre, n'absout pas d'avance la sôrie de causes dont elle est résultée? Je lisais hier dans ton journal, Maurice, que Paris ne serait vraiment la métropole du monde que lorsque do toutes ses portes des chemins de fer partiraient pour rayonner sur la sur ace de la France. Très judicieusement, selon moi, il ajoutait qu'il ne fallait pas espérer ce progrès de la part du gouvernement, toujours retenu par la crainte, peutnltre raisonnable au fond, d'établir trop de communications entre les peuples, entre Paris et les départemcns, déjà assez moralement unis. Aux fortunes particulières, aux devoAmens des citoyens, il appartient, affirmait ion excellent journal, de prendre l'initiative dans l'exploitation des chemins de fer. Je te montrerai ce passage. Maintenant revenons au plus pres*^. Dix maisons nous restent à acheter à La Chapelle; une fois achetées, le côté entier de la rue est à nous. Ou le chemin de fer nous sera concédé, ce qui est plus probable que le lever du soleil demain matin , ou nous obtien-> drons, en notre qualité de détenteurs des propriétés, ce au'il nous p!aira, pour que le chemin s'etfectue sans nous. Tu as entendu : dix maisons seulement à acçiuérir, et l'affaire est au sac.

^Mais où prendre, Victor, ces trois cent mille francs qu'on demanda pour ces dix maisons?

— Oîi les prendre? mais partout. Où n'y a-l-il pas trois cent roilU francs? Sans cet infernal revirement des rentes, nous ne penserions plus h ces maisons. Puisqu'il no nous a pas été favorable, voyons, as-tu là c«nl mille écus disponibles?

— Disponibles?... non.

— Le motif?

— Cest qu'ils ne m'appartiennent pas; joies garde en dépôt.

— Tu as donc cent mille écus? N.)us sommes sauvés; donne !

— Y songes-tu? Avec quelle légèreté I Une pareille somme! et si...

— Et si quoi? Nous n'allons pas les jouer à la roulette, j'espère; nous les plaçons sur hypothèques; et quelles hypothèques ! D'abord sur des maisons qui représentent quelque valeur et ensuite sur une opération

la plus belle opération de 1 époque.

— Cependant...

— Ne sers-tu pas l'intéré^t h tes cliens? Cet intérêt, où le prepds-tuî

— Je m'arrange , je dissémine mes dépôts avec précaution , je iais des piacemens sûrs.

— Quoi de plus sûr quo ce que je propose? D'ailleurs, Maurice, le moment est pressant; il s'agit de pousser à fm ou de laisser U Taifaire. Astu ce dernier courage extravagant? Pas d'autre alternative. Abandonner, revendre à perle, nous ruiner dans l'opinion, où se hâter de mener l'entreprise à pleines voiles dans le port. N'hésitons pas , car chacun de nos retards aplanit le chemin aux concurrens qui nous épient, ouvre les yeux aux propriétaires des dix dernières maisons , plus difiiciles d'heure en heure. Je devrais être déjà sur les lieux pour en finir avec eux. Qu est-CO donc que ces billets de banque?

— Un dépôt qui vient d'clre fait.

Victor avait aperçu les trois cent mille francs d*£douard.

— Celui-là connne un autre, y consens-tu?

— Je ne puis : c'est d'un ami...

— De quel dépôt disposera-t-on si ce n'est de celui d'un ami? C'est un merveilleux placement que cet ami le devra, Maurice. S'il y avait quelque danger à celui que je te propose, assurément c*est le dernier argent au-

LE ROTAIRB DE CDARTILLT. 118

^l il tnadraU son;;cr; mais puisque le profit est clair, — clair comme le jour, —que la préférence soit pour ton ami. No sois pas ingrat.

— Crois-tu qu'on trouveraii en cas do gt ne de l'argent sur notre opération? demanda Maurice en hésitant ; car, je te Tavoue, la garantie des maisons que nous achèterons, ainsi que celles que nous avons déjà achetées, ne me paraît pas aussi solide qu*à loi, Victor.

— Veu\-tu cinq cent mille francs dans vin^t-qiiatre heures sur ces maisons? mais, par exemple, à la cond tion de divulguer le pro;etau jiiel ils seront appliqués ; — veux-tu? — Réponds; mais depéchons-iioui. Tout perdre, ou ces cent millo écus.

Victor s'était joié, avec la précipitation d'un homme destiné h avoir du courage pour deux, sur le Uisde billets de banque, et les com;)tait. '— M'acci mpagfieras-iu à Paris, Maurice?

— Non, je suis tro » fatigué.

— A ton aise. — Dix — vingt — trente. — Oîi est Léonido? Je n3 lai pas fue en rntranl.

— Elle est au jardin, sans doute.

— Qtwlre-vingis — cent — cent dix. — Y a-t-il du nouveau en politique, Maurice?

— Des troubles dans le Midi ; des assassinats en Vendée.

— Mi»'rables ! — Doux c nt i ronte-neuf — deux cent soixante-trois. — On dit que nous sommes infestés de rêfractaires qui rôdent autour de nos campagnes. 11 m*a été a^surô qu'hier soir un d'i'ux, — œlui-lj e^t har!i ! a osé se monlnT au bal de Sentis, oii il y avait au srand comp et toutes k*3 autorités du département, et (|uon la comme de raison ancté u la poitoureUe. — Trois cents. — Voila qui est fait.

Juste! trois cents billets do millo! on dirait qu'ils nous attendaient. La Providence les avait compt'*s.

Midi siinne : il nV a pas une minute h perdre, Maurice. Je pars. Adieu donc ! A trois heures je serai chez le notaire oh notre contrat de venlo avec les propriétaires des dix maisons de Ijn Chapelle est dressé.

Victor enierma les billets dans stm grand portefeuille; et il tcnJit la main à son beau-frère auquel il semblait dire : — llumilio-toi devant mon îma^nati.m.

— Au revoir, Maurice.

Donne chance pour nous. Selon toute apparence, je serai do retour ici Tcrs minuit. Atien Is-moi ; nous causerons do co qui 80 sera passé chez le notaire, là démarclie est dcH^isive.

— Sois prudent, je tVn conjure, Victor. Cet argent est sacré.

— Tout argent est sacré, Maurice. J aurai soin do celui-ci comme du mien propre.

Resté seul, Maurice essaya de continuer son rêve de béatitude domestique, interrompu par rarrivéode son beau-frère; l'effort fut inutile.

La Table-dii-Roi est une large meule de pierre élevée k quatre pieds du ad au milieu de la 'orét de Chantilly. Elle est le centre de douze routesq^ui, à des dislinces dififerentes, deviennent à leur tour des ronds-points u où partitil d'autres rayons : ainsi h 1 infini. Le grand Gondé, dans une halte de chasse royale, v donna un déjeuner à Louis XIV qui Ta immortalisée, comme tout ce qu^l a touché.

Hr deux routes convergentes s'avancèrent lentement, sur le tapis de iRBlles roulées et lougies par Thivcr, Edouard, enveloppé dans son manv.v.-*t •

teau , M. Clayicr, porlaot uno de ces boîtes dont la fonnc réîèle le contenu.

Ils arrivèrent presque en ra^me temps au bord de la Table-du-Roî. M. Clavier y déposa ses pistolets, Edouard deux épées. Le manteau de celui-ci fut jeté sur les armes; la prudence exigeait cette précaution; la nuit n'était pas venue : quelques bûcherons attardés se montraient encore entre les allées, à travers les massifs éclaircispir Tautomne; et des rouliers allant à Sentis, éveillaient par intervalle la solitude du carrefour.

Edouard s'approcha de M. Clavier et le salua.

Le vieillard inclina légèrement la tête.

Ils étaient face à face.

— Ce que cache votre mant<»au, commença M. Clavier, prouve que nous ne nous sommes mépris d'intention niTunni l'autre. Notre rencontre d'hier a impérieusement déterminé pour tous deux celle d'aujourd'hui : elle était donc nécessaire, monsieur.

— J'en conclurai simplement avec vous, répondit Edouard du ton le plus respectueux, que les événcmens, encore plus que notre volonté, ont . lait que nous nous joignons ici dans les dispositions où nous sommes. Cette pensée nous rassure d'avance sur des résultats quo nous n'aurons, pas absolument provoqués : il y entre de la fatalité.

— A votre âge, moins positif quo le mien, et je vous en félicite, je raisonnais ainsi; je n'avais tort quo lorsque je le voulais bien. Souffrez qu'à soixante-dix ans, je ne sois pas do votre avis. Si un événement nous amène ici, c'est vous qui l'avez fait naître, c'est moi qui l'ai subi. Vous représentez l'outrage, moi la réparation. Vous voyez mie la question est très personnelle. C'est un compte à régler d'homme à nomme.

— Puisque vous le désirez, monsieur, j'accepterai le sens le moins favorable aux intentions que j'avais en venant ici. Je demanderai seulement à essayer d'une explication que votre raison calme écoutera et comprendra, je l'espère.

— Parlez, monsieur ; que me direz-vous pour effacer ce que j'ai appris ?

— La vérité.

— Elle arrive tard.

— Je suis proscrit.

— Je le fus; après?

— Ma totc est mise à prix.

— La mienne l'a été trois fois : après?

— Obligé de me cacher chez un ami...

— Histoire de toutes les victimes politiques. Un ennemi eut pour moi la môme générosité : c'est plus beau ; c'est aussi banal. Arrivons, monsieur. La nuit vient.

— Cet ami, poursuivit Edouard, a une femme.

— L'ennemi qui m'offrit un asile en avait une aussi. J'étais jeune, ellb était belle : vous allez m'en raconter autant. Je l'aimai et ne la déshonoH' rai pas. N'est-ce pas là tout votre roman.

Edouard fut interdit.

— Presque tout, monsieur. n baissa le front.

— J'attends que vous me parliez de Caroline. Dispensez-moi de ces précédens d'intrigue. Le lieu est mal choisi, et je suis peu propre à écouter de telles confidences. Laissons toutes les femmes; occupons-nous d'une seule, je vous prie?

— Comment parlerai-jede l'une, monsieur, sans commencer par l'autre?

— Sais-je, — par qui l'aurais-je appris, —que mademoiselle de Meilhan ^ était dans la mêlée do vos bonnes fortunes? Caroline n'était qu'une ri-r • vale ; votre embarras l'annonce assez. Parlez-moi maintenant do votre,* ami.

— De rironio, monsieur I Que mon ami reste en dehors do nos débats;

LE ^OTilEE DE CnAKTtLLY»

ild

jeroiigo el TOUS en conjnre* V^olre péo'^tration va trop loin» H ce n'étaii pns la [ïeiiio (te mluturrompre pour rue provoquer a dire tv qui u*e&i

— ' ' à votre ami , h sa femme , è tout le mond^p N*i ns; cela vaut mieui-

|j niJi^rrJiJuimfi >Ln^ji m COirl dU mUtltOaU jclé SUf lOS OrîTl&S, OïplV

manl prrt» geste tjiril renonçait à loute espUcation qu'il lui faudrait cii- 100 r er de I a ii 1 do Tim\ù gc*i 1 1 eris , Edouard replaça le matjtt'pu tel qu'il élail d*abord.

— jf» rrii rî.inn,^ ^ii-il» rcprcnaoî la conversalion de plus lia ut, aucune riTnlï> ^1 Candi ne de Mciîhan, La scène du bal fut de ma pirl T;' une faiblesse cl non d'une cfïmpïicilé. An péril do ta \ lime que Raccompagnais, j'ai dû la défendre, s'ilnft 0U( la venger,

— i>ne-^ pUuot -iM f»éfil de votre tic. Monsicuri votre conduite fut coo* rag»nJS4*, nobli^ j'en fus témoin. J'aime mieiu, nu momrnt oh jg vous parle, que la loi ïrès juâte en vous frappant, ail été fmslrée, quç d*avoir vu Tin linmmcde ro:ur trahi dans son devotlmenL Enfant des révolutions et *' '^, je no tolm lo sang qu'au miliuii do la baUille nu dans la ni' 1 bataille s*y livre» Apres ^ c'e^st l'affaire du bourreau. Bien \ tri^ Mrii, trïonsit^r; vmss éliez serré de près; 5eul contre slt^ seul cootro Ions. Vntï5 n'iïvex pas p.11i ; je vous regardais* Vos deui coups de pisto-

,. I . .1 ... ,ii*oïit ravi Tilnie ; j'ai battu des mains ei me suis dît : ^l voDU... et , si vous eussiez crié ; — A moi î un ancien

! 1 M i : [ I ■ L la conventionnel se tendi ren t la main i

, ...c p.ii 1j u. .j -- la T&ble-du-Koi, leurs bras r^lGiubèFeiil

sur \&i epées,

— Vom qui nous rappelle h notro deroir, ajouta M. Qavior,

^ Encan- un instant, monsieur. Ce cri* écbappé h mademoiselle de îli*îlban %iMi? n >;ïft rii^uto inslruit de rattachement qui s'esl formo eotr©. t?Uê et rnoi, < • / luenl , que les malheurs de ma situation ont fait

iDVsit^rieuji. • votre droit de le blûmer, de le trancher d*un coii|»

d'apte, si le ^i i voiii favorise; ma' s je me laisserai plutôt tuer sur |>lACa{i qtjf! df! (ii^fcher a justifier en moi rhommio qui a menti dans sa llaéltt4h r ■

lis point ici pour vous adresser des reproches de femme ; jd le» I îine le privilégo de vous décerner nu oe vous refuser h leur

iri: nx dn crmsîance. Je vous accuse, moi* et je viens f>ssiyer do

vou^ r""i^ i*<-'iJ'' avoir troublé reiislence de mademoiselle de Aie dhan; poiïT l'avoir i^^duiie : oui î car vous vous êtes fait aimer, — triomphe (adie sur le cci'ur d'une eiifartt, — tt pour l'avoir lâchement trompée eu la noorris^^iit d'illusions ^ans but* Quel était le vfttreî

— D«.* rf'*pnu?^.*r. m?!nsi<'ur,

— Mensonge. Votre uMe est proscrite, votre nom rayé de la société, A îfifi rni à rrvison. votu n'eîf^^ plus qu*un crimineL Devant quel magi^lrat^ «y ' riex -vous v»trcdemando en mariagef Celuilà . celui-ci. la prière des morts ï Jeune homme^ il vt>u-. i r oir du courage pour vous-nH^me , dé jouer voire rï^*aB T . d'un bal, de vous rendre au fond d*une fort^t imj,

: Il ojm ûj Miili'i, un ennemi moins çénérem que moi t i '>iir dei vous tous les gens de la juslico; m:tis il vous e^:

^ ' 'hik une femme, h une éfiiMi-r, m^

. a celte chance ? KsI-ce aim^T un©

1 M ■ - 1; 1 1 V i I F n 1 1 ï 0 il i 'yiil , pou r prolec lion la ha ch»

do veuve aussiiût que celui d'épouse?

..., . .j.- umi cela* inousieur , mais j'esperais en des temps

, ks haines politiques as^ou pics» je reprenais mon rang dam

116 LE ROTAIRE DR CHASCTILLY.

le monde. La sainteté des serniens traversa, chez une âme sinc^^e« les clr> constances difficiles de la vie. Nos ennemis no régneront pas toujours; peul-^'tro se lasseront-iis de proscrire. Enfin on compte un pou sur la justice de Dieu, quund mi me on n*es(iérerait plus dans celle des hommes.

— Cesl-i-dire, monsieur, que, pour épouser mademoiselle Caroline, vous comptez sur une révoluii<m, pas h moins; sur un clian;;cment de dynastie. Savez-vous que c*est plus long à attendre que la mort d'un oncle?

— J*avais des csrérances moins difficiles h réaliser, et que j'étais disposé à répandre aans vo^ mnins, coniinua Edouard, si vous moussiez écouté avec plus do sang-froid.

—Vous comptez sur votre grîlce, je vous entends; espérance des dupes du parti. Une grâce! La mort commuée en lâcheté, vous appelez cela une grâce; triste équivalent de ceci : a Moi, homme de parti, je me reiens; moi, souverain, je vous pardonne, n Notre grâce, à nous qui combattions la trahison sous la répiiMique, ( i le despotisme sous Tempire, c'étaii un couteau qui tombât d'aplomb, avec ses trois cents lixrcs, cuire la iclc et les épaules; c'était une balle qui allât droit au cœur.

— Non ! je n'attends pas n^a grilceî se récria Edouard ! Par pitié, monsieur, soyez plus généreux dans vos f aroles ! J'aime la vie : je n'ai pas vingt-huit ans; mon caur, comme le fut lo vôtre, est plein di^ f ensocs d'avenir; mais, de mrme que j*ai déjà sacrifié h la sainte cause (]ui m'anime la moitié de ma fortune, ma liberté et ma vie, io sacrifierais encore l'espoir, celte seconde vie, cette dernière ressource des proscrits, s'il me fallait ravoir tous ces biens au profit de ma grâce. Cathelineau n'en do* manda pas : c'était un paysan ; il a montré rexcniple à de plus nobles. Point de grâce ! celle de Dieu exceptée.

— Entant, vous méritez de mourir, car une longue vie glacerait cette résolution sublime. Oui : vous êtes du sang qui plaît aux révolutions, qu'importe la cause; de celui que versent leurs martyrs. Vergniaud. Danton, Charrette, trois grands morts : Vergniaud, la lete d'une révolution; Danton le bras; Charrette le caur : ce sont les pasteurs do rhumanilé» de tels caractères. Ils vont au devant du troupeau ; ils tombent les premiers, d. ns la nuit où ils marchent, si un précipice s'ouvre sur leurs pas; mais les premiers ils ont vu l'é oile. si 1 on arrive. Les hommes no valent que pr ces temps de lutte qui les retrempent. Il y a des races, et l'ai la flirte d'en descendre, condamnées a combattre pour les droits de l'égalité sur la terre, jtisqu'à ce qu'elle soit établie; il en est, au contraire, et vous en descendez aussi, faites pour troubler ce niveau par des couronnes. Mais lo monde a commencé par deux ircrcs : il faut qu'il finisse par là.

Cette intimi'é d'enthousiasme ropprochait, par l'attrait de la conviction, ces deux représenlans d'op nions si opposées. Une seconde fois le conventionnel s était vu prCi h presser dans sa main la main du jeune royaliste, mais une seconde fois sa colère lui était revenue en rencontrant les armes déposées sous le manteau.

Ld nuit venait; la teinte pâle d'une soirée d'automne bord.iit l'horizon. A l'orient sombre , abandonné depuis long-temps par le soleil , nagaient des vapeurs, îles de nuages, entre lesquelles sortaient, comme du fond d'un lac, des baguettes rouges, expirante végétation de la fon'l. A travers cette claire-voie, et dans la zone vive où la transparence de lair n'avail pas perdu sa pureté, luisait déjà la ciselure indécise de quelques étoiles froides et polies comme le diamant. Par la condensation progressive da brouillard, les distances dimintiaient dans le prolongement des allées. A vingt pas de chacune des douze routes, l'espace était cerné autour dtt rond- point de la Table, en ceinture nuageuse. La coupole du ciel semblait assise sur cette rotonde, et l'éclat en était plus vif du fond de cet entonnoir vaporeux.

LE ?IÛTAÎtK lïE CnAîfTIttTp 117

^ Utilisons 1;^ faibles clarlcsqiio nntis laisse la fuîlo du jôtir, reprît, apn^ b tltsvrsbTi rîiiîsVlait fiiilc, le vient ronventîoïind; criin fie nous qui ne ûn\\ pnis res^or ici aum s$^qz do [jeinL% st natis ne nous lirions, h Teïrouver ta st^riio du bois»

n sVmpara ctmiilc des dmu c; or^set les présenta a Edoimnl» ùM (ju'il chnisH cHIe qui serait le plus a sn m^in.

— Je sim lori in iiffércni, njouti M» rhvier, surlo choix des armes <jue vous et rnoi avons apporloes. Je vnns dois ct^petid.-ml cet aven * quo si je n*oï laniais éiè asst*z adruit ni assez exercé f mur f'iro sûr d* lucf mon advi^r^aja-, je n'm jijinais été nsse^ mal avisé non pïm potir m\'X' poser 41 se^ ceuj s* dépourvu do loule e^cpénenre dans 1- s nrtiie^. A mm époque de mi irunesse* ou je pouvais sans rrïs'iieif emetire nion opiuioa sur l*T morahlé du duel, jo pcns:iis que l'e^lr* (no adresse met f ail la vie-» loin? au niveau du Ta** ssiuaU qiril fallait laisser itne pinceau donie, aûa que U roiî^i'i'tico y irottviU un refu.:eajir('^ li luort û un eriueuû.

— Monsieur, répondit Ednrtnrd qui repu^nail a se servir d*iuio épi^o comrc nu vieillard, et qui dicrcliait a éln-nis<T les préiejtîrs imurquela nuit arriv;ll et rendit impossible cette lutte disprofiorlïonnéc, niunsieur, sur le» diamp ou nous sooimcs, les révélai ions de la nnlure de a*ll0(|uo vous vent'7. de fairt? îie sont, entre gens décidés, ni é^ la fatuité ni de la pour» J u eraide la nu'me francbise, avec moins de droit que vous à l'être cru* Vous m'y aulorist»z : prenez d'avance iinm avis jmur ce qu'il vaut. %îii foN^i? h réj*ée esi sapériouro; mon adress<^ à retio arme est iiiémû oialtieureuse. Je soi* presque loujoirrs ruv< nu seul (ruuo rcnenritrCi Conlro vous je manque c^onc de ce doule qui fait que la cortsri\.rït'e ne s'imf-uio jamais b succès d*un duel h crime ; vous voudrez m'fn épargner un.

^SôtU dit en fn'»missant M* Clavier, indigné en lui-uif mo dWoîr vm~ pTové contre son adversaTC un argument à deux fins. Je vous reinorcio de la fian-hisê» — son poignet froissait la garde de son é^ée, — bien quo je r ' ^ ^^ passé, je yeiis ravoue- Ahî vous t'^Ws fnri a Tépée; ecst ipui ", te cooipîéinf ni d'ime lionne édueaiion, — Ses p uj ièrcs

Mai il M -^ -M.» client le coup d'à il aigu quM l:\nrail h Edouard, — Mais que n*oltendiez-vou5, peur urapprendro votre adfrs*e à cHte arme, justiuo i^pr*-, r-Éid.. fiinr^ Vrt us prétendez nVtre presque jamais sorû du cliam^ du ' '^gné de votre adversaire i c est fx>ssiîik% oui ! tr^'s pos*

sibl fiujut est humain; mais beaucupenont usé coup uiâ

moyen d épouvante sur leur ennemi.Tenez. — le vieillard ne se c*'n tenait fin% — je ne vous crois pas; je ne vous croirai qu'a prt^ quelques passes.,. Êtes- vous prêt?

fji [ointe do répéo du convcntionDel s^abaissi dorant la poitrino 4* Edouard*

— A ne pûs^ nie haitre contre vous, voilà h quoi je suis irrévocabîe^ nenl prêt* répomlit Edouard en hrisant son épée sur b TaiiIrMJu-lloi,

■— Ji* ne m'aîti^udais pas h cette action hérojqucsWrialL Oavirr don' , ^ins s'étdudre, descendit h la raillerie, Voiisrie-s, cela eo voit, I cour et plein de procéilés chevak nsqiies* Mais , ûppreut*i-le Tmon-^t ur ; pmir répandre de si haut la gériérosîté dMiue, il faut avoir la supf*rioi ilfi dans HkffenïiO et l'avantage sur le îerraiu* A iléfiiuli cette ma^tiiuiinnlé n'est qu'une parade d"* théÂlre : nous n'avons personne ici jour appbïidir* Vt^us vous éief trop hillé, jeune hontn^e, de ui epar- I ffnrr : \ih\> iMïurriez vous eu refentir dans un nbiaiil, ('.hn.s*s>rz dociîf den ^* A celle arme, uno Rénêrosilé parciile a cf^ïbdiml vou«

iN5r; !^ usjige ne sauverait rien ; car si b balle du jeune homme

s'égiif, b biiiy du vifillard tue,

— On n'y voit plus qira diî pas, répond il Edouard.

* A dii pas donc. Cbiirgeons nos armes l*un ilevant Tautre : dei]i}cz<> mtà ina lialk ; choisisse. z U \ùUe* Comptuns le5 pas*

118 LE KOTAIRK DE CHAKTILLT.

— Un dernier mot , dit Edouard.

— J'écoule, monsieur. — Le vieillard arma son pistolet.

— Dites-moi clairement, comme le juge au conaamné, entre tous les torts quo j'ai envers vous, celui pour lequel vous exigez que je meure, si je no vous donne la mort. Avant de sorlir de ce monde , ou en m'en alUnl tout seul de cette forôt, que je sache Ténormité de ma faute et que je m'en repente mentalement.

— Votre faute, — M. Clavier se rappiuchc d'Edouard, — n'est pas d'à- Yoir sans mon consentement aimé Caroline, — tort de jeune homme que cela. — Votre faute n'est pas dans la rivalité que vous lui avez infligée, — je vous crois assez puni, si vousTaimcz, par Tétat où vous l'afez

? longée hier, — votre faute n'est pas dans rimpossibililc où vous paraissez tro de la jamais l'épouser. Vous no sauriez que trop démentir mes prévisions et mes menaces en m'écrivant, de l'Angleterre ou do la llolUnde, que mademoiselle de Meilhan est à vous.

— Où donc est-elle , ma faute, monsieur, vous qui allez, avec des paroles de pardon, au devant de tout ce dont je m'étais accusé avant de me soumettre a votre autorité pour la fléchir?

— Votre faute, répondit le vieillard, est dans la pureté même do vos intentions. Vous aimez mademoiselle de Meilhan, et espérez l'épouser. Eh bien, j'aurais préféré que vous fussiez un libertin follement aimé d'elle, quo le jeuno homme religieux dans sa parole ; j'aurais préféré, — oui,— que vous l'eussiez abusée par vos promesses, que de vous savoir sans remords, prêt h partager avec elle votre nom et vos litres.

— Je ne vous comprends pas , s'écria Edouard exaspéré.

— Vendéen, vous ne comprenez pas un républicain ; le chouan no devine pas le bleu? Caroline n'est pas ma fille : elle est mieux que cela ; elle est ma conquête ; la seule palmo que j'aie arrachée dans mes sanglantes luttes avec les vôtres. C'est la dernière branche d'une raco noble que j'ai coupée h un tronc qui n'en poussera plus, grâce à moi ! Et tu viens, auana j'ai tué tous les aïeux do cette enfant, quand j'ai volé sa mère , a qui je l'ai volée, tu viens, toi, avec les cliAleaux , tes titres, t«n nom, tes préjugés, mêler ta sève abondante et impure à cette sève pour ia perpétuer ; tu viens planter des nobles là où j'ai préparé le terram pour la moisson plébéienne ; lu viens greffer des comtes où j'attendais le rameau roturier qui, de ses larges feuilles, aurait ombragé ma vieillesse. Et qui donc me paiera? les enfans que tu auras de Caroline? mais ils me maudiraient pour avoir tué leurs aïeux. Je veux pour ma mort , monsieur , le repos que je n'ai pas eu pour ma vie. Il a été assez chèremeit acheté pour aue j'en sois jaloux. Ah I vous ignorez les nuits maudites que passe un nomme de parti qui a travaillé à une révolution. Parfois je doute sur mon oreiller ; parfois j'ai peur : si je m'étais trompé ! Alors jo me lève sur mon séant, j'appelle, je crie, mes cheveux blancs so dreaseat sur ma tête, et je ne m'apaise que lorsque Caroline, cet ange de mes nuits, paraît à mon chevet, ses blonds cheveux répandus sur ses éi)aules nues, une lampe à la main : u Dormez bien , me dit-elle , car vous avez sauié » ma mère. )> Et je dors. Et vous m'enlèveriez mon sommeil ? Mais celAe enfant, c'est mon pardon peut-être : et qui sait ? Elle ne sera qu'à l'homsiû dont mes convictions et mes sermons n'auront pas à rougir. Devenue vdie femme, elle ne serait plus ma fille, mais mon ennemie; elle se retremprait dans voire fanatisme. Démentez-moi , si vous l'osez. Et vous aie laisseriez seul avec le doute ? plutôt la mort. 11 faut donc quo je vous la donne ou que je la reçoive de vous. Maintenant, vous m'avez compris: préparez-vous, monsieur ; tirez !

Le conventionnel s'était placé a cinq pas en face d'Edouard, la nuit ne permettant plus de se battre à une distance plus éloignée.

— Monsieur, cria Edouard, nous sommes seuls, sans témoins. Les lois considéreraient votre mort comme un assassinat que j'aurais commis.

LE NOTAIRE DE CnAKTILLT. 119

— N*êles-vous pas déjà condamné à mourir ? Serez - vous tué doux fois t

— Mais vous , monsieur, si vous survivez, de quelle excuse vous ser- Tirez-vous devant le juge qui vous demandera compte de ma mort?

— Celle forêt est sombre, monsieur : trois lieues de silence nous enveloppent. Vous mon, je me retirerai à pas lents, sans soupçon, sans poursuite. Demain, quand on vous relèvera, la justice n'attribuera votre mort

ifu'au résultat do la lutte où vous vous serez engagé pour échapper à ses ^ns. Votre sentence sera exécutée.

— Assassinez-moi, monsieur ; je ne me battrai pas sans témoins.

Le vieillard déposa son chapeau sur la Table, se mit en ligne et ajusta : le coup allait partir. Un bruit se fait entendre dans Tune des allées ; il est

*suivi d'un autre bruit ; ils semblent concertés pour envahir le rond-point. M. davier abaisse son arme, il écoute : ces bruits se rapprochent toujours sous un double écho. On dirait un cheval ou plusieurs chevaux qui so

• hâtent d'arriver.

— C'est la gendarmerie I se conûcnt avec terreur les deux adversaires.

— Je suis poursuivi I

— On vous cherche !

— Ils vont ni'arrêler !

— Vous êtes perdu ! Tenez, monsieur, faites feu avec ces deux pistolets, si Ton vous découvre sous la Table où je vous ordonne de vous cacher. Cachez-vous I

Un seul cheval pénétra, fumant de sueur, dans le carrefour, et si violemment, que ses deux jambes portèrent sur la Table d'où jaillirent des étincelles. Le cavalier fut renversé sur le sable. Une femme se releva pâle et la joue ensanglantée.

— Seul ! monsieur. Vous l'avez donc tué?

— Madame ^laurice ! vous I c'était donc vous I le bal do Senlis... 'M. Clavier ne put en dire davantage.

— C'était elle ! dit une autre voix plus étonnée encore.

— Caroline! que venez-vous faire ici? Sortez donc, monsieur; ce no •sont que des femmes, ot elles vous connaissent assez toutes deux, j'imagine , pour ne pas être effayées à votre aspect. Paraissez I venez les rassurer.

Edouard se montra a Léonide et h Caroline.

11 s'écoula un temps assez long avant qu'aucune des quatre personnes présentes a cette scène osAt ouvrir une explication.

Assise sur le bord de la Table, Léonide laissait pendre ses bras le long de son corps, étouffée par son émotion toute chargée de peur, d'amour et de mépris.

Les bras jetés autour de M. Clavier, Caroline cachait sa tête blonde sur la poitrine du vieillard qui , la serrant do sa main gaucho , Ht signe à Edouard, de la droite, de reprendre Li place qu'il occupait d'abord.

— Qu'allez-vous fain? ? s'informa Léonide.

— Rerrendre nos différends où nous les avions laissés quand vous êtes Tenues, vous ne prétendez pas vous y opposer?

— Mademoiselle de Meilhan ! on va tuer M. Edouard : ne le souffrons pas ! défendons-le ; est-ce que nous sommes ici pour le voir mourir? C'est vous qu'il aime , vous le savez bien , ce n'est pas moi. C'est la vé-

■ rite, mademoiselle. Aidez-moi à le sauver ; et vous , fuyez , Edouard ! La forêt est pleine d'hommes armés qui vous cherchent ; la gendarmerie est depuis hier h voire poursuite. Oh! mon Dieu! parlez-moi. Vous vous

'taisez tons. Éloignez celte arme, vous, monsieur. Rien, ni l'un ni l'autre. Vous voulez donc mourir, vous, Edouard ? vous voulez donc qu'on le tue, vous . mademoiselle? C'est pour vous que je parle ; faites-moi écouter : joignez-vous à moi. Priez aussi, priez!

120 LE NOTAIRE DE CnAKTILLY.

— Vous Taimez donc, madame? dit en montrant un côté de sa figure inondée de Ktrmes , Caroline qui restait toujours attachée autour du cou de M. Clavier.

— Je Taime... non pas comme vous, mademoiselle, d'amour, nuiis comme sa more, sa saur, comme toul le monde; cela n*est pas un crime. Il est notre ami. Je vou> Tai conservé ; conservez-lc-nous a votre tour; vous nous devez quelque reconnaissance. Vous ne l'aimez doncps, vous h qui il faut tant en dire? Si j'étais votre rivale, j'aurais votre froideur , Toire n épris, votre silence; si nous l'aimions également toutes deux, nous le liiisserions périr : ce serait bonne vengeance ; mais pu'sque je ne lui suis rien, que ce soit celle qui l'aime le plus qui le sauve ! aidez-moi» h l'arrac'.ier d'ici, ou vous ne l'aimez pas.

— Pardon, murmurait tout bas, en pleurant sur l'épaub de M. Clavier, maden;oiselle do Meillian ; parJon, monsieur, si je vous ai caché cette passion a laquelle s'attache aujourd'hui tant de honte pour moi, tant do colère | our vous. Je vous afflige bien. Venez, je vous dirai tout ; partons. Je lin viMix pas regarder le visage de cette méchante femme , do ce... je no le nommera' plus, je ne le verrai | lus, je vous le promets, et ce sacrillre est grand, monsieur, car je l'ai aimé. Mais éloignons-nous , Je sou.fre.

M. C.lavier se tournant vers Edouard :

— Pai tez, monsieur ! r>ette dame me fait pitié pour vous. Partez avec elle. File vous aime tant qu'il y aurait de la cruauté de votre part à ne pas la s 'ivre. Enfin , monsieur, vous l'avez trouvé ce prétexte que vous cherclrcz depuis deux heures pour ne pas vous battre. Vous avez du bonhriir. Vi:us 0)0 trompiez donc lorsque vous m'assuriez que vous étiez toujours revenu s ul aune rencontre? A la suite de la neutre, vous ne prévoyiez pas qu'une charmante femme vous accompagnerait jusf^ue chex vous. Voulez-vous accepter le manteau de mademoiselle de Meilhan pour vous ^'arantir du froid de la nuit?

— Taisez-vous, monsieur, taisez-vous! car vous m'avez insulté jusqu'à la joue : elle est brûlante de vosou!ragos. nébarrass«'Z-vous de cette enfant (jni vous cache la poiirine. Montrez-moi votre poitrine et mourez!

— Feu ! donc ! dit le sauvage régicide en exhalant un cri de joie féroce, et rn rejetant (Caroline sur lo gazon.

— t^)ue sonjmes-nous ici î demanda LéoniJe en arrêtant le bras du conventionnel.

Sur le geste de mort qu'avait répété Edouard, Carr line, relevée précipilanuneni do sa chute, s'était placée devant le pistolet de celui-ci, les Iras nu verts.

— Vnus êtes nos témoins, répliqua avec ironie le conventionnel; M. Edouard en voulait deux ; vous êtes deux. Il est satisfait , que jo le sois!

— Adieu I Caroline , adieu! murmura Edouard avec tristesse; un mot do pitié, un signe de pardon pour qui ne vous a jamais trahie : non, jamas!

— Vous me trompiez donc , moi ? reprit Léonide en abandonnant le bras de M. Clavier, pour se jeter entre Caroline et Edouard. Je ne croyais jas dire si vrai en assurant tantôt à mademoiselle, pour vous sauver, que vous ne m'aiu)iez pas. Ah ! c'était la vérité. Dites aussi, — car c'est aussi la vérité, — que vous veniez prendre sur mes lèvres tous les baisers qu'il vous était défendu de prendre sur les lèvres de Caroline. Caroline, c'est un infirme, il vous mentait dans vos promenades au bois, la nuit, dans ses lettres, toujours et partout. Nous sommes saurs, allez, dans ses trahisons ; une fois, il s'est trompé, il m'a appelée de votre nom. 11 vous a dit le mien.

— Vous m'avez appelée Léonide une fois, monsieur Edouard.

— Mon nom ! Ai-jc menli ?

te HOTAlDIt 1>E cnA:iTILLY^

Edouard ne répontlaU plus : îl ctail de va ni ses jnges, faco h ucc avec detii feniitics qu'il ^vui( itaïupécs, cl entru ksquelk^ un |»btôlel s'avança if iiienavênU

Tout à coup lo cheva! de r(W)nid(ï se mît h hennir cl h nier nvec imî

de l'iMence» qu'il cassa ta bride qui le reionoit d Wtm 4ês liai ri' res, Ixs

©miles dioilf^* ks naseau st ouverts » il selamja éi*m m\ mamf pmr ga-

K A^nor 1rs champs, poursuivi par une iorrcur sautlamc*. Léoiiick cmiri apn^s

^Pliii, riirn*lo eî le rau» ïi*^* Alais pc^ndanl ce U'm;^s unç pbce était svUqq

découvi'hc $nr la poiirino d^EdQuard. M* fJavier ajuste.

Une dé km a lion se fa il entendre ; tous les échoâ dé la fort}! la lépctOûl i douï en*' de feniino y répondent.

Lc^ deux ho !u tu es s^ml i-ncore deboiiU

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