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148 LB IfOTAIBB DB CBAIITILLT.
— De la défiance t marmura-i-il.
— Quelle curiosité I pensa Maurice.
D*E(louard ! une lettre d'Edouard ! Blaurice se mit dans an coin pour que Victor ne fût pas témoin de son trouble.
Livide, les traits bouleversés, Maurice, après avoir lu la lettre d*&* douard, courut vers son beau-frère auquel il demanda d'un ton effrtjfmt 8*il espérait véritablement que dans dix jours la concession du chemuid» fer leur serait acquise. Son attitude semblait ajouter : Sinon, c'en est ùH de ma vie.
— Je n'en doute pas, Maurice.
— Oh t ne joue pas, je t'en supplie, avec ma confiance que je t'ai linée tout entière. Plus de mensonges, plus d'illusion I plus rieni la Téritét J*on suis arrivé à ce point, Victor, songes-y, de n'avoir plus d'espérance qu'en cette affaire, où j'ai jeté mon bien et celui f e tant d'autres que j'entraîne avec moi dans l'abime si nous ne réussissons pas. Réussirons-oooSi oui ou non ?
— Oui ! mille fois oui !
Maurice faisait pitié.
— Excellent Victor, je ne te blâme point de m'avoir inspiré Torgnei des richesses, tu as cru que j'étais comme tout le monde, et ma foute est de no t'avoir pas détrompé à propos; mais à l'avenir, et si nous soitont rivans de ce gouffre, ne m'associe plus à des entreprises où tu règnes, toî» parce que tu es né pour elles, mais étouffantes, mais mortelles | our moi.
— Calme-toi, Maurice ; cette lettre t'a exaspéré ; si je savais ce qu'elte contient, j'aurais peut-être quelque sage avis a te donner et querempor» tement ne t'inspire pas dans ce moment, si...
Se frappant le front, Maurice s'écrie :
— Si j'étais encore h temps de retirer ma lettre pour Compiègne I n court k la poste.
Le paquet des lettres de Chantilly pour Compiègne était déjà partL Il rentre chez lui, mort.
Victor était descendu au jardin.
— Que répondre a Edouard ? ai-je bien lu ? Oui, j'ai bien lu.
« Je suis caché dans la foret ; pour sortir de la France, gagner la firaa» tière, vivre à l'étranger pendant quelques années, j'ai besom de cinquante mille francs. Prélève cette somme sur le dépôt de cent mille écus qui est chez toi, et remets-la au porteur charge de t'attendre au carrefour des Lions. C'est un homme sûr ; tu le menacerais de la mort qu'il ne léT^orait pas à tiii-mérae l'endroit de la forêt où je suis. »
Voilà donc la vie !
Je viens de dénoncer un homme à l'échafaud, cet homme était ami. Cet ami m'a volé mon honneur, et moi, je lui vole son argent.
Quel est donc le coupable ?
Que Dieu le dise !
Dieu!
Maurice regarda le ciel avec ironie.
En retombant, ses yeux aperçurent, à travers les arbres, un homme, renvoyé d'Edouard, qui se promenait lentement, les bras en croix, an carrefour des Lions,
Une poignée de cheveux dut blanchir sur la tête de Maurice.
— Cet homme est le remords, s'ôcria-t-il. Il y a un Dieu I
Cet hemme se promena ainsi jusqu'au coucher du soleil, puis il disparut.
Lt KOTllnE 0C CnA!«TlLLTt
Sur Van éçs ei>tés de h pclomB de Omnlilly s'ene^dro dans le gazon i au 9ommc( d*une butte, une picco d'eau d'n&^z belle étendue, au brû de laquellet quand la rhakur du jour e?<t fomLée, les habilans so n/ndent par petits groupes, pour respirer paresseusement, assis sur des bancs de pierre, la fraîcheur et le calme. Un réserve la lecture du journal pour cette heure de délicieuse dbiraciionf la principale h la vérité^ dans un iKiorg qiii ti*a, Tété, — ce qu'il considère comme un malheur , el nous comme un avantage, — aucune salle de spectacle ouverte à ses^ lobirs, La pièce dVaii* — c^e^t le nom du rcndes^-vous habituel, — se garnil de quart d'heure en quart d*heur» de la population kmrgeoise et renlière deTeiï* droit; c'est presque teuie la (>opulationtOn la voit poindre par bouquets de familles sur le lac de verdure de la pelouse. Conimo ec rendez-vous patriarcal a lieu à T heure do la journée où les affaires scmi terminées, — MÏ toutefois il y a des affairt*s h Chantilly^ — et comme, en outre, la pièce d*cau t.*^i le seul endroit où Ton se rencontre durant la belle ^ison, les liabitans y apportent le luie de h urs toilettes, qui n'auraient sans cela aucune occasifin de se produire. La pîèei d'cau^ toutes proportions gardées, repf^nte les Tuiîeries pour Chantilly. Nous préferotis même, au ttftssin classique de LeNOtre, la pièce dV'au de t IhanUlly, quand de beaux enfans nourris de bon lait, de jolie^^ petites filles values à ta manière an* glaise« d*élégans chiens de chas e^ tachetés sur le dos, qui n ont jamais chassi', mais qui sont un prétexte pour que leurs maîtres aient un sifllei d^argt*»! h la boutonnière, un fouet, des f2;u^ires de cuir et un chapeau do jonc, viennent, chiens tachiîtés, en fans joufOus, petites filles, se rouler tur bi gazon, au pî«?d des gninds parens, plongés dans la lecture du Tofii^ iiiutiùnntl ou du AalioNd/. Une rosée odorante de fleurs, d'atacias ou do tilleuls, fïour être plus evact, tournoie et saupoudre la feuille des intérc^t^ polit iquf*s et littéraires. Ce u£ qui ne lisent pas se dilatent en conversations dont U lucalité n'e^t pas le moindre th^nie;ce ne sont pas, — Tusage le veut, — les presensqui sont sacrifiée h ce besoin mutuel de se communi* quer ce qu*un a recueilli dans les vingt^quaire heures, ou, a défaut, ce qjtie r^n a imngiué quand ta révolution du soleil autour de Chant illv n'a nen amrné de nouveau. Là où le journalisme n^éponge pas les [letits laits, les grands mirnsotixes^ les événemens de ta rue, la chronique de la mai- 60it, les indi^rètions de l'ac^ve, chacun est une ligne vivante du journaf
Î|ue Tarrondissement n'a pas encore. Ace journal il ne manque m la poitique ni b littérature, quoique celle-ci y soit un p«!U faiblement représenter; il n'y manque que le timbre, le gouverneuicnt n'ayant pas enferre imaginé d'en imprimer un en noir sur la langue d^ femmes de pro-
i, ciacts au rendez- vous de la pièce dCfou. a chai^ue retour du prin-
les habîtans de t^hantitly ne peuvent se permettre une absenco
qu'elle soit aus^iiiit remarqué: s A la vérité, te-à absences ne sont pas
CDaunufies autour du bassin; la maladie ou la mort sont h peu pr^s les
ciuses des vides qui se font dans les rnng^ de ces famiHiL's, beu^
d6 se grouper autour d'une coutume qui les fait presque du mt'ino
Un des domiers iours du mots de mai, qui fut en 1B3â d*une lem^ra* tttftt riTtssantt, la bordure de la pitHïe d'eau était semée d'tndolens oiâil^ «ii?ré» de 54mtir renaître la belle saison,
U on disait que les arbn^ étaient en pleine Ibraison, qtie nous aiirloaSt iili 4mMXm ms ratmosphère se tuainteuait^ des rabins n»ûrs au mois iSo
150 LB nOTAIRE DE Cn^HTlLLY.
juin ; ce qu'on prophétise toutes les années au mois de juin, et ce qui ne se vérifie jamais qu'au mois de septembre.
Sur les glacis, on pesait les résistances que rencontrerait roccupation d'Ancône do la part ae rAutriche et du gouvernement papal.
Debout, au pied d*un des arbres qui forment la garniture de la pièce d'eau, trois profonds politiques se creusaient l'esprit pour deviner où était passée la duchesse de Berri depuis la capture au Charlet^Alberi et Vé- -ebauffourée de Marseille.
Ceux qui ne se permettent jamais de risquer une opinion avant le mit 4'ordre de leur journal, avaient l'avantage, ce jour-là, sur les autres, d'ap- IMrendre, par la feuille qu'ils parcounnent, que la duchesse de Bcrri avQt MTU en Vendée, munie du titre de régente , arraché h l'afNilhie d^Bd^ Rcxxl, et que sa présence et celle du maiéchal Bourmont avaient fortiûér)D cœur de la chouannerie.
De moins lancés dans leurs propos blâmaient les tracasseries dontlbi .|K>lice accablait les réfugiés polonais, très aimés des habitans de Chantilly, où ils ont tenu garnison sous Pempire. Le csapski y a laissé dlnnrffaçables souvenirs ; peut-être les demoiselles d'alors, dames aujourdlim, ont des motifs plus réels de regrets que le csapski.
Quelques anciens militaires, qui ont eu les pieds gelés à la retraite de Jtfosoou, et non pas la langue, s'applaudissaient de lire dans le Cfmrtim françaii^ ou'à la suite des troubles survenus au sujet du bill de réforme Il Liverpool, à Manchester et à Birmingham, la statue de lord WelUngtoa avait été couverte de boue dans Hydc-Park.
Les indifférens à la politique étrangère parlaient avec tristesse de h mort de Cuvier et de Casimir Périer, deux grandes victimes du choira*
Une fois nommé, le terrible fléau avait la plus large part dans les ooDi* ^fersations errantes. On se répétait qu'il mourait encore à Paris dnquanie personnes par jour, bien que le bulletin des décès ne fît plus sourciller jjwrsonne, depuis qu'il paraissait démontré que le bourg de Giantilly était inaccessible à la maladie asiatique répandue sur presque tous les pointa des alentours. A en croire les enthousiastes indigènes. Chantilly, sekm les uns, était à l'abri du choléra, parce au'il est entouré d'eau; à en cnHip les autres, parce que son terrain est sablonneux. Le bienfait répulsif éUul également attribué à l'humidjté et à la sécheresse.
Plus loin, on s'entretenait chaudement déjà, sur les instructions d\n journal bien informé, des luttes politiques des habitans de la Vendée avec les dernières troupes envoyées pour les soumettre et pour leur enlevor leur chef dont le nom, le rang et le sexe n'étaient plus un mystère pour le château. L'Etat déployait maintenant, s'étant ravisé un peu tard, dee forces militaires dont l'importance et l'exaspération compromettaient, dans l'intention de l'assurer mieux, le repos de la France qui s'effrayait de celle guerre sans victoire. Cependant aucun parti n'eût osé nier que les co»^ munications de ville à ville, dans la Vendée, ne fussent interrompuee i cause des soulèvemens de bourgs entiers; que, par 'suite de ces inienoptiens, les campagnes et les villes ne souffrissent également dans leurs relations ; et que la France entière ne fût attentive au résultat des moyeos coercitife employés enfin pour étouffer cette irritation, dont rien jusqulei n'avait radicalement éteint le brûlant principe, prêt à s'étendre, à mdler sa flamme à la première flamme d'autres insurrections cachées.
Mais, graves ou légères, domestiques ou sociales , ces causeries sue* pendent leur cours, dès qu'une belle carpe bondit à fleur d'eau et fait jaillir en arc-en-ciel son écume sur le gazon , diversion innocente et toujeive nouvelle pour les habitués du bassin.
Jeunes et vieux s'entretenaient ensuite c^un air attristé de la mort de M. Clavier, que Maurice avait su seinlce leur ami, en effaçant, par defi^ quentes réunions d'anciens prémgés contre Je digne vieillard. On ne se souveq^t plus.ioaintenaqt que de la simplicité de ses habitudes au»tàii)e»
LE nOTMBE BE CUâSTlitî,
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LVirrondissement croyait voir nn pn^^i^f^. Diou sait les fûbiicans que j'ai loges làt malheur à qui emploi' . leur industriel
Trois Jours upm j'ai revu notre \-. —Venez, nra-l-il dît, r^
nezl îa ruse est divine. Voyez, lisez! L'elait le dësislGRTnt de iinîrL^coneurronl tracé tout au long; il avouait avec naïveté que, dans ses calculs d'acquisition» il n*avatt pas prévu qu'une mauvaise me de înubonrgs contîni tant de maiTUfiictnriers , de fobncans, de rlcltes indnsirids ; il m relirait devaol les énormes débours qu'il lui faudrait fui re jjour ïiiîi désinléresscr.
J*ai saule au cou do noire prolecteur, le meilleur homme du monde ; un Iminme de çéni^, Maurice 1
Dans dÎK jours, je rendrai mes fabricans et mes manuf;icluriers â la socilM; ils sont nés piour en ôlre rornemeut. Je souhaite de ne jamais les renoonlrer au fond d'un bois*
Maurice ne trouva pas le moindre mot pour rifo h rhistoire de son beaufrère î il s*en voulut au fond du cœur de s'être livré à Tétourderie de plus en plus (lagranle d'un homme qui ne considéroit quû comme une énjolîon à traverser les plus saisissantes crises de la vie; espèc*,' de héros en aftlires, faisant jouer à Timaginalion le rôle de la probité. Aussi eut-il besoin de tout son sang-froid pour se montrer rcconnai^isanl de Teipédient uée Victor qui avait réellement sauvé Topera lion du chemin de 1er* Mais l'esl-c© qu'une vie^ pensait Maurice, qui a besoin chaque jour, chaque ntf d^ètre sauvéef Est-ce exister que de Holler sans c<?sse entre le mge et le salut? N'eiisleraiton pas tout aussi content sans lï^ro '|»rixd© la conqu(>le? Oui ï mais ce n'est pas a moi qu'il appartient de [proljler de ce tie expérience de la vie. Je Tai vendue, ma vie, à cet homme 'qu'il ne m'est plus permis de qui lier, sous peine de rompro les Iils embrouillés de ma fortune, roulés autour de son poing. !I me mène el je le suis* El moi quà n'ai pas compriji, en Tassociant a mon sort, qu'ail n'avait rien à perdre ; qu'il n'avait ni famille dont la réputaiion lui fut chère, ni établissement, ni avenir ! moi qui vois maintenant que je n'ai épousé la sœur qu'a la condition de vivre sous le régime d'une commun [jula fatale avec bCrére. Je me suis engagé hautement à Être le prolecleur de colle-lk, et nt a être Tesclave de celui-ci.
i sonnait couinre le tocsin à coups aigus et précipités dans sa tôte» tftno'il cachetait sa réponse a Jules Lefort, Parfois il s*arréiait pour ser* ► sous la table son poing jusqu'au sang* tout en ayant Tair d'écouter I les paroles de son beau-frtre avec beaucoup d'atlenlion ; parfois ii (ixait Isa vue sur le visage de Victor, se plaisant h remarquer combien ce visage avait de ressemblance avec celui de sa femme ; inéme ardeur de teint* même finesse de irait* même regard noir et assuré. Il était étonné que celle sirailituda s'étendit à deux âmes aussi ténébreuses Tune que riutre.
Fatigué de rinspection par trop onîgmatii|ue de Maurice^ et étant d'ailleurs de ceux qui n'aiment pas les observations prolongées, quand ils en iouRÛssent le sujet* Victor se leva, se promena dans le cabinelt toujours kûàm rattente que son beau-frère daignerait k remercier enfin d^ ce qu*il" f ftvait lait pour lui.
Maurice sonna.
— Affranchissez sur-le-champ cette lettre pour Compiègne, commaudat-il à un clerc. 0*^^ tenez- vous là ?
— C*est une lettre dont on auend la réponse. Le clerc sortit,
— Je connais celle écriture.
Victor Hcynier s'approclïa*
Maurice retourna aussitôt la lettre pour que sOB beau-rit^re u'co vU pas Ifl suscriplJon.
Celui-ci s'éloigna.
I5S LE NOTÀIAB DE COANTILLY.
Toix réservé et un air de visage qui ne Tétait pas du tout. Vous m*en demandez plus que je n*en sais, mesdemoiselles.
— Je ne vois que son frère, M. Victor Rcynier,*reprit une troîsi^lIle interlocutrice, qui puisse raccompagner dans le monde ; et ce doit être loi.
— C'est si peu lui qui raccompagne, objectèrent quatre voix, que, depuis le départ de sa sœur, il n*a pas manque de se promener chaque soir sur la pelouse en sortant de la maison de mademoiselle de Meilhan.
La bienheureuse maman feignit d*êtrc fort embarrassée de la difficulté. D*un ton profondément convaincu, elle conclut ainsi :
— Alors c'est cela ou ce n'tst pas cela.
— Cependant, le frère de madame Maurice ne reste jamais h Paris qoe pour ses affaires , et il en revient aussitôt qu'elles sont terminées, â , comme vous l'assurez , tout le monde a aperçu M. Victor sortant seul de la maison de feu M. Clavier , ou , pour mieux dire , de la maison de mademoiselle de Meilhan, pauvre jeune personne maintenant fort è plaindre, sans perspective do mariage, (quoique en possession de la grande, de Fimmense fortune dont ello a hérite...
Âpres une pause affectée et un trouble de commando tout h coup survenu dans ses idées, Torateur se demanda : — Mais où en étions-nous t— Nous on étions, je crois, sur madame Maurice, n'est-ce pas?
— Non, madame, répondirent toutes à la fois les assistantes qui aTaienl été rarement plus recueillies; non, madame, vous parliez do M. Victor et de mademoiselle Caroline qui, ayant hérité de tous les biens de M. Clevier, no serait point embarrassée do choisir un parti de son goût.
— Ai-je dit cela?
— Bien sûr, madame. D'ailleurs nous pensons toutes comme vous.
— Est-il bien vrai, continua l'excellente maman, qu'elle ail hérité?
— Cela est positif, madame.
— Eiie doit avoir hérité d'un million et demi ou d*un demi-million, ajouta une autre sans sourciller. Voilà une belle dot !
Une vingtaine de soupirs s'exhalèrent sous les tilleuls.
— N'exagérons rien, mesdemoiselles, s'il vous plaît. Qui do vous sait au juste si M. Clavier n'avait aucun parent?
— S'il en avait, trancha brusquement une jeune personne on bofinet rose qui ne voulait pas renoncer au million et demi, ou au demi-million, ils seraient déjà à Chantilly , depuis quinze jours qu'est mort M. Clavier. Si les morts vont vite, les héritiers vont plus vile encore.
— On ne revient pas d'Amérique en quiuze jours, mademoiselle. 11 y a encore des neveux en Amérique, si l'on n'y trouve plus d'oncles.
— Mais, madame, quand cela serait ! H s'agirait de savoir s'ils sont plus proches parens de M. Clavier que mademoiselle de Meilhan.
— Mademoiselle t^roHne n'était pas du tout parente de M. Clavier, fiit41 aussitôt répliqué au bonnet rose par un bonnet bleu.
— Ah ! par exemple, reprit le bonnet rose qui avait été intenompu.-* Charmante figure de seize ans, s'appuy.mt sur son bras pMi^é sur le gazon.— Elle aurait supporté pendant si long-temps la mauvaise humeur de cet homme, triste, malade, accable do vieillesse, pour rien, pour n'êtie pas son héritière I
— Si elle l'aimait comme son propre père , mademoiselle , cette charge lui aura été légère.
— Légère I légère ! Je vous la laisse, à vous.
— Et je la supporterais avec conleniement , mademoiselle , si elle me tombait en partage.
— On voit bien que vous êtes riche. La supposition ne vous engage à rien.
— El vous , mademoiselle , qui désirez peut-être le devenir, vous choisissez vos moyens.
Décidément la discussion entre lo bonnet rose et le bonnet bleu tour-
tt KOTAtlIE 0B C1IANt1LtT«
nail à r<ïfa|çe : deux vidages avaierit rougi ; deui pôitrinas se gonflaienl : au moktdrc iiiot^ Tcau auroit coulé*
— ^ Rb bien, fil un survenant f^n posant sa cnnno de pnit h pf*mme d'or èXi ïinbùu du cercle ogilé, oimmc Nï'jKune do Vii^îlo lorsqu'il ûnpose siiencû aux (lois; eh bien, que s*^ pB«isïH-il donc? je vois àva vmu rmigos qui demain seront irritée et plus irrités en outre du serein df>nl j'ai dit cent fois de se garantir , dans le tnom où nous somme» : le mo»b des fraîcheurs!
— Bonjour I monsieur Durand ; bonjour î eonïment tous porîoz-vousT ^- Oîi n*îidres«e jamai.^ ces sortes de que^iiions à un médecin* Bien!
— 1res bien ! — mes enfans I — mieux que vous ; — qui, malpré mes conseils dont on s(;nille faire cas, venez tous les jours vous asseoir ici* aspirer par tous les pores des maux d^eux, des crampes, desseiatiques, di^ rhumatisme», des nuuons.,*
— Ob l mon Dieu, monsieur Durand, vous nous épouvantez- Le nioisd^ mai est si beau !
— H n'y a yns de beau mois de mai. Ce rossignol , ces brins d'herbe , ces Itlieuls, cette enu couranif^, sont cboses fort j^tiques; mais abuses ite rosîiignols» et je vous appliquerai au cou df^ sangsues*
Et, en riant et en se loiss nt glisser lo long de sa canne de jonc comme un ours qiïi a fini de Jouer et qui devient bon, le docti^ur Purrind n'assit mn rherbe fraîche ou bfird du luissin lètond en sciatiqties. euiro ton les se* gracieuses clientes et imniediaicmeni au dessous de la cauiîieuso maman qui avjit trnu te do de la conversation jusqu*à son arrivée.
— Docteur! dit-elle, — * l^adame,
— Dictejt'nous sur-le-cbamp une ordonnance pour nnus guérir d*un imil dont nous Rtuffnms toutes ^ jeunes et vieilles, en ce moment*
— Qud est ce mal? ie silence?
— [lecteur , ^ peu près* Vous ftee un exceUeut physionomiste- Nous mourons de curiosité,
— il* n'ai qu'im seul remède ; mats ta Faculté me Tinterdit : c'est l'indiscrétion* mesdames,
— Docleur, soyez gentil.
— Vous ave7 déjà [leur du mémoire. Voyons?
~~ Mademoiselle de Meilban est-i*lle hériiiere de M. Clavier? En est-elle l'bérii^R're universelle? A-t-eite le projet de se marier? EpinisM^ra-l-ellc quelqu^iinde Ùiantiïly? Est-il vrai t^u'on lui ait légué un million et demi ou un demi-million? &K Victor va-tnl cbez elle? A quel titre est-ïl reruT Save?- vous si elle raime ?
Le docleur avait fermé les yeux , s'était boucbé les oreilles, effrayé de ta mulupticiié de qtiesiions dont on le crihlaiu sansqti^il ptlt se ticrmettre un môu vendent, soil â droite^ soit â gauche. î^on premier mot tut, apit» in lileiice méditatif '
<~ La maLidi^ est gravement malade et je rabandonne,
fl itf! b^va pour partir.
Un le retint d'abord r^arsacannc* comme un oiseau prisa la glu ; puL^ par son chapeau , garde en otage et passé derrière te cerclo; ensuite car m MUS de son habit marron ; enfin par beaucoup de caresses qu on lai m.
*-» Èiê» lai^oz-moi : vous me prAfei , mes enfans , plus d'importance moi fdbifue je n*en ai* Je ne Fais nen.
— Asseyes- vous toujours, Diie>4 le rien que vous savez,
^ Tout Chantilly a dû apprendre que lorsque je fus appelé pour don- ■îr mes soin» h M. Clavier^ u était déjà morl, froid comm» marbre. ^ Et da quoi supfiosei-vous qu*il soit mort? d*at>o^ilL'iie7 ^ Hoùz ^ bce n*oEfratt aucun signe d'une violentf? irruption dn ^ng ' rpréeuiiie que te co^ur était malade cheiE lui; j*y soup^jn^
ifi4 LK ROTAIBE DE CBAIITILLT.
nais depuis long-temps une lésion. A la sotte d*un chagrin, le mal aei
' déclaré ; Tépanchement s^en sera suivi, la mort ésalemcnt. '>
* — - El à quelle cause morale attribuez-vous le chagrin qui Ta tuéT
«— Le pouls de mes mdades, clière dame, car c'était la chère dame
rUionnait, commentait, argumentait sans cesse, — ne me révèle jan accidens moraux dont il me confie les résultats physiologiqiies. Je Tiens de vous dire, du reste, qu'il était mort quand je lus appelé*
— Et oui était auprès de son lit? personne, je ga^e.
— Paraon ! il y avait mademoiselle de Meilhan qui tenait sa main, labu- «ait et priait.
— C est fort louable, docteur. Et la petite hérite4-elle, au moins, œMe xbère enfant?
— N'étant ni son confesseur, ni son notaire, je Tignore.
— Il doit avoir laissé une belle fortune ; cela ira sans doute k quelMi libertin de neveu. H y avait de quoi ménager un si beau mariage k meoemoiselle de Meilhan , et favoriser si avantageusement quelque exoeltal garçon de Chantilly? On comprend que M. Victor Reynier soit si «après de Forphelme : la royauté vaut l'hommage.
— Voyons votre langue, ma voisine; comme vous en débitez sans épuiser^ sans vous couper, sans vous contredire. Mais M. Reynier ne va dans la maison de mademoiselle de Meilhan que pour dresser l'inventaiiia des meubles, effets et bijoux laissés par M. Clavier. Comme elle doit qiil^ ter bientôt, dans huit jours peut-être, cette maison, M. Reynier hAle travail dont son beau-ùère , M. Maurice, Ta prié de se charger. M. Ma rice n'en a pas le loisir, toujours absorbé par le travail de son étude.
— Ceci est sensé, docteur ; mais ceci ne détruit rien, absolument im. L'homme de l'inventaire peut être l'homme du contrat.
— Ah ! vous compromettriez un saint avec vos insinuations perfidesjlto me faites plus parler , tenez !
— Si, SI, docteur, s'écrièrent les demoiselles. Nous vous aimerons bien; parlez ! Là, tout bas, à chacune un mot. Quel est celui qui épousera ma» demoiselle de Meilhan ?
— Je le proclamerai tout haut , puisque vous m*y forcez. Le mari daa» tiné à mademoiselle Caroline de Meilhan. — Apprenez-le, mesdemoiseâes,
— c'est...
Le docteur aspira une prise de tabac
— C'est — qui?
— C'est moi?
— Oh! le méchant! C'est mal, docteur, de vous amuser ainsi à noeâft» pens!
— Nous nous vengerons sur vos ordonnances.
— Eh 1 que ne vous adressez-vous plutôt à M. Victor lui-même qui wodL
— tenez, regardez, — de la porte du jardin de mademoiselle de Meilfaariv
— Cest lui, en effet, se dirent les dames et les demoiselles en se kmtÊÊâ à demi pour vériûer l'indication du docteur.
Victor fut bientôt l'objet de tous les regards. On remarqua, — caryas un de ses mouvemens n'était perdu, — qu*il avait remis dans sa poche la dé dont il s'était servi pour ouvrir et pour refermer la porto du jardin.
L'interprétation de cette familiarité lut si générale et si spontanée, cpite ne prit pas la peine de se la communiquer.
S étant aperçu de l'impression que la sortie un peu libre do Victor pro^ duisait sur les groupes , le docleur se jeta au devant des inductions >el déclara qu'il trouvait fort naturel aue M. Victor eût à sa disposition «ne des clés de la maison de mademoiselle de Meilhan, afin de pouvoir, à toute heure du jour, et sans déranger personne, y entrer pour dresser l'imraa» taire du mobilier, travail minutieux, traînant, et tout de confiance.
11 ne convainquit personne, et il n'arrêta pas Tattention iiiquisiU)riale<de oes dames sur Victor; elles lomarquècent qu'il était sans chafiean»/etqpil
IM NCTAtnE DE CniîfTlLLY.
ÎS5
u > r-i-j^ndre um* Ms^^lulinii, nu rnilieu d'un Irmjbleet û*um anxiété iice fîVïiiprcfmit pasde diiîlingu:^ les signes. L . , . :ines nct'ttpéi>sii Urc ou à crju verser îndifîéreuimf'iJt al^p^^s du bûBsin mêlèrent l^^ur stirpnst^ h cello dt'S outros, ot iouUm furent iciiiajjos 40 lu Niarre manœuvre tîe ^'icior.
Après avoir l^ilancé s*il irait vers le grartd cTierniTi ou s'il m porterait dti c6t(^ du eldl^tiu, it se diligent en courarH cnrnme un fou* vers^lii^itca â^ma ou il arriva etTaré, hogard, n'ayant pâs Vmr de voir c@ux au tuilieu de^queU il lomba*
— t1iK"(eur, s*écrin*t-il en prenant sons le bras Hl» Durand* dcN:leur| mademftî^i lii? de Meilhfln est dans di's amvulsiou* affreuses ; rlle m tdia dar; uiissemens qm m roni pas quiuée depuis detiï heures; son §^! utiii^ï-e ; je n\n jamais rieo vu qui ressemLLlt à Tciat où etto 6it î orr u I r . 1 1 1 u u acco u che men l *
— Un necouchementî murmurèrent les mamans en levant les veux sur ted^'**"*" ''t h^ jeunes demuisêlle-s en se regîirdanl enlre elk^/les unm et ! tirceptant comme un fait ce qui, àia rigueur. nVuoil peut» ètxL 4,. .r(jrt,. rnrfiparaison*
^ iî' ; I k docteur en lançant un regard d^i m perceptible
itédain é t . L d le suivre» mosdames, mon devoir est do vousla
déclarer, au mephs do rcffroi que je vais répandre au milieu de rous ti» "* lér*i est à Chantilly I
C*étiiH le S juin 1R73.
ta Fraitce mnla au bord de Tabîmc.
Df^puift ioni^*tf'mp^ nr^anisée* l'insurrociion répubî*'^'^'"'^ ' ''Hri, à Voù~ easiori du ecuvoi du gt^*nfM'ai La marque, se*^ forej?sdi- hi> païqua
en -il-ri. . Miins la soirè» du 5 juin^ dans lis rues tci. . , . ^ du dnUre ^1 ' - et là, malgré une effrayante inégalité di* (orres, elîe offrit là
ctïtt: royauté qui racccpta, Pîms fut eti feu* Plus meurlner qu'on
luUlH IM30* le canon tonna dans la longueur des tues; fiappées h leur twse, des maisons chancelèrent sous les boulets; les ruΣâeaui portoïeot du aatig h la Sc^ne*
labmiraMt ionrné© pour tous les partis, qui tous y îaisst>reiit quel^û^ pige de (k^fsrle î Les rêpublifains émousserent une énergie qu'ils n*0!it plu** moof r<k' depuis, suïf que Toccasion d*etî déployer une aus&i desespé- #f' if plus offerte pour euï , soit qu'on ne prnfUe pas deui lois
et « î le p>uvoir compromit dans celte (a laie journée la pureté
pitmiiTvr (i u ' lEîon qui n*avml pas encfire été " ■ ' - par-
tisans do la F chue y perdirent la plus préct ^'^ipé-
H ni' ji Lii ^ uni était'pluspi-mis d'attendre^ d uiiv^iLMui.. lépaftir la niyaulé de juillets le retour au trûno de la IftncUe alneo. ne louchons pas davantage à cette histoire : ellf^ fêt encore hrù' %Êniff : fi*en découpons que la part dont ne peut se passer la irérité de uû* Ire rétii*
0ès<{fie le tofâin, tance par volées des tours Notrc^-Dame, eut trouvé êm édnoidins les cUK!fiers des environs* ralartne bauta de di^tancu m |iour f'e propager dans lotîs lis sctjs : la campagne s'anna. Faf î^ brtrri^res la popolalitvn d<s banlieues ngorgea dans la eu pilule* ^L 11^ riii en 18! f sauve Paris. ^- U*s cnemins étaieut cou>
4i i ivmH ; la giirde naUonale recueillait le fruit preco>Oe dt
iftttUuikïïi. Un quelques beureft , ptusieui-s départemens lurent aitr etiilMttOTi peur savoir à qui la France apparliÉnilnilU
156 tu NOTÀIBK DB CaAlfTILLT.
La catastrophe qui mit ainsi faco à face dans la nie deux firiodpes qui n*en formaient (m'un deux ans auparavant, avait consterné lescun* pagnes aussitôt quVllo y avait été connue.
Loin de Paris, au moins autant que dans ses murs, on craignait, — la menace en avait été si souvent prononcée, — le retour d*un autre boole- Tersement social semblable h celui de J793, et qui de nouveau remetlrait en question les principes de la propriété. Vraies ou fausses, ces opinions avaient inspiré d'inexprimables craintes à ceux qui possédaient ainsi qa*à ceux qui , avec raison , n*admettent pas de co-benéuciaires au gain d'une fortune acquise sans le concours d'autrui. Cependant Teffroi qui régnait n*était pas celui de 93. Comme on ne croyait pas à la barbarie des républicains, mais beaucoup à Tambition assez mal dissimulée do quelques ims, on avait moins peur au fond d*ètre pendu que d*étre pillée Démentant h peine ces préventions répandues partout, les journaux extrêmes annonçaient, — on ne sait dans (]ucl but etran^ de séduction politique, — > une révolution sociale complète à la première crise dont leurs doctrines sortiraient triomphantes. Les fortes têtes du parti avaient mrmedéjh dressé la Crencse sociale d'après laquelle les plus riches de la nation regénéfée no posséderaient pas plus de cinquante arpens.
Hors Paris , les fonus publics ne baissent pas à la nouvelle d'une guerre on à la menace d'une insurrection civile; mais, h la moindre oscillation de TEtat, on cloue la porte du grenier ; on creuse un trou dans les champs, et l'argent disparaît de la circulation.
Aux hurlemens du tocsin, les villageois coururent, les uns, — nous l'avons dit , — au secours de la capitale soulevée , les autres , au dépôt de leurs économies pour le mieux cacher.
Effet ordinaire des calamités politiques : en un instant l'ami n'eut plus de foi en l'ami dont l'opinion lui sembla suspecte; on ferma les portes; l'égoïsme se consulta en famille. On rassembla les écus et les enfans; les hommes prirent les premiers sous leur protection, les mères so réservèrent la défense di>s autres. Puis, la fourche de fer a la main, on attendit derrière la haie l'arrivée des brigands. Les brigands ! menace vague qui . reparaît h chaque révolution ; terrible parce (qu'elle est vague.
On apporta d'autant plus do précipitation a suspendre sur-le-champ, tant à Paris qu'ailleurs , toutes relations d'affaires , a retirer ses fonds, k s'isoler^ que jamais insurrection n'avait débuté avec des chances de réussite égales à celltîs sur lesquelles comptait la révolte de Saint-Merry, formidable en nombre, en moyens d'attaque, en affiliations, en position, et redoutable surtout par son enthousiasme. Issu en droite ligne de celui do juillet, cet enthousiasme s'était ravivé et retrempé dans des sermons d'union prononcés sur les restes du général Lamarque.
Maurice arrivait d* Paris, où il avait assisté aux premiers engagemens entre les républicains et la ligne ; il avait vu des soldats râlant dans les ruisseaux , d'autres égorgés sur le dos des bornes ; il avait franchi des barricades formées d'un rang do républicams morts et de pavés.
Ses oreilles sifflaient encore du bruit des boulets; les balles avaient percé son chapeau , jeté en ce moment à ses pieds, déformé par la sueur. Le drapeau blanc , le drapeau noir, le drapeau tricolore avaient tour à tour flotté h ses veux au sommet des maisons de la rue Saint-Martin , le long desq^uelles il avait plu du sang sur ses joues.
Associe aux pensées de mécontentement dont les actes dynastiques de la révolution de juillet avaient été le point de départ , Maurice approuvait Pesprit d'une insurrection qui allait peut-être assurer la dernière conquête de cette révolution.
Sur le champ de meurtre qu'il avait traversé, il avait été témoin, — sa figure l'attestait suffisamment,— de la mort de ses meilleurs amis, de ses frères en opinion; il avait dose mêler à leurs rans;s crevais par la mitraille , et verser l'obole de plomb h son parti ; il s'était ensuite retïiét
LE HaTAlBE DK CUAKTILLt. 157
se sôav«nani <pjesa vie était h d'autres dans la condition ou to sortravait pti€t5. Aftbs sitre rnonlré bravo , il s*était monirc honnC^lf?.
Si ses amïs se niovent v.iinqiiL^urs , ce qu'il es^i aussi difficile de nier <|iie d*dîOriiicr, dans la matinée du lî juin qui s'écoule^ vh bien, il n>ura [U& déserté sa cause ; si la royaulé au conirairt! se rajmmit dans co bain ie sang, cHc n*aura pas à irafner Maurice dans un cachot: il n'aura pas alatidonné son poslo ou milieu de la î^octélé^
D^uis son retour a ChaniiMy, Maurice est enfoncé dans un coii» sombra de son cabinet , fuyant le jour, le bruit , î^e fuyant lui-m^'mc; i] étend SCS doigts crispés sur son front en sueur; il écoiUe; il jmrli^ vito» seut, tout bas; il va à la porte , à son secrétaire, h la croisée; il court fusuitesc Ulmiir, s'affaisser* s«? faire pot il dans son coin, ks cheveux lie risses, le tronl jaune, l'œil ouvert,
— Plus d'enin^pdtl fut le cri déchirant qui sortit de sa poitritic pour la £<kuta;rcr.
— iHus d'enlref»ôt a Saint-Denis î comme on nous a joués 1 L'entrepôt mra construit a trois lieucis de là; il sera construit de l'autre ciMé de Paris « de l'autre cûte de la Seine , de Tautre côié de l'enfer 1 plus d'en- Irfp^ii a Saint-Denis! Et Victor qui mo répondait de la promesse de remployé au mi nisi ère , voleur en sous-ordre d'un voleur, qui aura traité des dcus nia in s ; mon concurrent lui aura joié dix mille fiancs de plus ^ millo francs » gicut-étre : le plateau Taura eni porto de son cOté. Sijt cent mille francs engloutis dans celte mare de corruption î
L'c-nlrepût sera h Grenelle ! ignoble dérision î moi qui me ruine en âcbftls de mai^ns a La Cliapellei Que vats-je faire de ces maisons, nids à fils, de ces masures infectes, achetées au poids de Tort de ces maisons parées dii fois leur mixf
Et aux échéanc*^ du f 5 , coniment {âïm honneur aui valeurs contraclécî* pour payer ces maisons?
A chiiquo [k)ui do mes pensées , l'abîme do la banqueroute ; et banqueroute frauduleuse, avec jugement, affiches* exposition; banqueroute avec la marque. On ne marque plus : c'est vrai ! Je ne serai pas marqué ï
LVntrepi^t ne sera pas à Saint- Denis I l'entrepôt à Grenelle I
El si Maurice détourne les yeux du plafond pour les porter au lotir d© hii, son désespoir rev^t alors un caractère d'égaremeni tacitunie à inspirer 4^ craintes pour sa raison. Il sourit et pteure à la fois en rrgardani e^ carions qui ne sont plus placés avec la symétrie des premiers temps. Ih fiel éê fiâO Ittie, les rehques saintes des familles n^étaient pas autreioîs ^li«s éB poosaière et poussées au hasard sur les étagères.
Le iwni pétri par ses mains tremblâmes, tandis que Maurice cherche ^ans sa tête, i II u minée des sinistres clartés d'une révolution . et traversée 4ês pnfssentimens d'une imminenie banqueroute , une planche de su lut » «H angle de rocher où s*accrocher dans le naufra^^e , dùt-il s'y suspendis pif sa poitrine en lambeaux « Victor entre et lui sern? eipressivement la main.
^~ Ta cause est gîi^éo , l^faurice I
^— Quel le cause? repond Maurice avec un regard privé d'intelligence» «t Idju'uD fou sur qui Teau glacée d'une douche vient d'être versée*
— Tes anus sont des géans; ib résistent aux baionneties, h la mifratltc.» au cannrt qui les broie dans les mai;' on s où ib se sont fait |oar arec leurs ongles, La rue ^aint-Martin, la rue Maubuéo, fa rue de la Verrtfie, toutes les mes environ naïUes , 5*en vont au choc des boulets* ^{•COd les étages s'écroulent, de braves jeunes gens paraissent sur tê kofd dfs croisées , saluant la foule qui les maudit ; ilsst^urieni et meurent ^u Cridyil: Vite la répuiiique! SUIstiennent encore jusqu à demain niatin^ la fOj««ifé n<e cuuchera p^is demain soir aux Tuileries,
En échange do ces nouvelles quit app<3rlait de l^aris , non avec le ton Cmb triompbalcurt ntaii avec lo parti pris d'un homniç pr^t & s'accom-
lis LB HOTÀlBB DB CBAltTULY.
— De la défiance ! murmura-i-il.
— Quelle curiosité ! pensa Maurice.
D*Edouard I une lettre d*Edouard ! Maurice se mit dans on coin pouf que Victor ne fût pas témoin de son trouble.
Livide, les traits bouleversés, Maurice, après avoir lu la lettre d*Edouard, courut vers son beau-frère auquel il demanda d*un ton effravaot s'il espérait véritablement que dans dix jours la concession du chemin de fer leur serait acquise. Son attitude semblait ajouter : Sinon» c'en est iaîl de ma vie.
«- Je n*en doute pas, Maurice.
— Oh ! ne joue pas, je t*en supplie, avec ma confiance que je t'ai linée tout entière. Plus de mensonges, plus d'illusion I plus neni lavériléf J'en suis arrivé à ce point, Victor, songes-y, de n'avoir plus d'espérance qu*en cette affaire, où j'ai jeté mon bien et celui ^e tant d'autres que j'entraîne avec moi dans l'abime si nous ne réussissons pas. Réussiron»-iuRi8| oui ou non?
~ Oui t mille fois oui !
Maurice faisait pitié.
~ Excellent Victor, je ne te blâme point de m'ayoir inspiré Torgnei des richesses, tu as cru que j'étais comme tout le monde, et ma faute est de no t'avoir pas détrompé à propos; mais k l'avenir, et si nous sortoM vivans de ce gouffre, ne m'associe plus k des entreprises où tu règnes, UÂf ^ .... .. ^. «.__. '. ..,. lurmoi.
) qu'elle . . - . ^ l'empof-
tement ne Tinspire pas dans ce moment, si... Se frappant le front, Maurice s'écrie :
*- Si j'étais encore à temps de retirer ma lettre pour Gompiègne t n court k la poste.
Le paquet des lettres de Chantilly pour Compiègne était déjà partL Il rentre chez lui, mort.
Victor était descendu au jardin.
— Que répondre à Edouard ? ai-je bien lu ? Oui, j'ai bien In.
« Je suis caché dans la forêt; pour sortir de la France, {gagner la frw-^ tière, vivre à Tétranger pendant quelques années, j'ai besomde cinquante mille francs. Prélève cette somme sur le dépôt de cent mille écus qui est* chez toi, et remets-la au porteur chargé de t'attendre au carrefour de^ Lions. C'est un homme sûr ; tu le menacerais de la noort qu*il ne rérttfr-^ rait pas a Uii-méme l'endroit de la forêt où je suis. »
Voilà donc la vie !
Je viens de dénoncer un homme à l'échafeud, cet homme était mOBami. Cet ami m'a volé mon honneur, et moi, je lui vole son argent.
Quel est donc le coupable ?
Que Dieu le dise!
Dieu!
Maurice regarda le ciel avec ironie.
En retombant, ses yeux aperçurent, à travers les arbres, un homttie^ renvoyé d'Edouard, qui se promenait lentement, les bras en croix, am carrefour des Lton#.
Une poignée de cheveux dut blanchir sur la tête de Maurice.
<— Cet homme est le remords, s'écria-t-il. Il y a un Dieul
Cet hMmie se promena ainsi jusqu'au coucher du soleil, puis il dis-' parut.
LE KOTÀjaE DE CUX^TILLX*
Maiirîfe rêflechil quo cH homme no vakiil pas mCmo routrng^ d*iine TévélalioiK II so soucie, peasal-il, atvlflni dû la r^putalion do sa sœur, qu*i1 viyX âtnigé df? b position où il m'a iniâ. Le rotlà, compiaiil s^ur ta repu bLique pour mms aptanir im rhemm doux ij la banqui>roulo î Ei ïm hommes dea^Uo espèce quDljlîcnl les républicains de bngaodsî
— Cet Edouard ^ répîiqtjïî i^tiîîn Mnunco, ost un homftic quekoiMjue, qui a ru a^scz tionne opijiion li^* ma pnibité pour déposer enire mes mains les I roi s cent milEo jrancs dilopidcs fjar loi en achals de pierres pourries^ le pensff tiuo ce rensieignement le mUW, et que (u devrais elro le dernier
,1 mù dc^iniinder : Qu^estH^ que M > Edouard?
— Esl-ii a Paris, ce tedoutaUe créancier? redemanda Victor qui s© luînit vainement pour se poser en hooûLic homoie,
— Ouï 1
— r/ïst un renitpr?
1— Oui!
— Un jeune homme?
— Oui! oui! Mais» Viclor, pourquoi c*^ queslions iusigni fiant es? Victor cAi tout aussi bien demandé si Edouard portait Imbituellemeot lîîï li, ■ ■ :v>n.
— ■'' nous sommes perdus, Vklon Avoir dépensé un miiLion
IIVIkm ui - tiHiisijns de Lu Cnapellel J'admets qu'elles nous moltenlii OôUTert de cent mille francs, si ceu'esl pas exagérer ce qu'elles valenl ; nous nVu perdrons pas moins neuf cent mille francs. Les perdre sHls nous apoartenaient , ce ne serait qu'un malheur ordinaire; mats ces neuf cent mille Crânes m comp oscni des trois cent mille Irancs d'Edouard que ' I Yêuï rendre les premiers,.. Enlends-tu?
— î^i \it rends toutefois quelqu*" chose , se dit intérieurement Victor, ' tUii, les premiers : plus de trois cent mille francs préleTës sur rargent
entes qiie }'ai touchées Bour M* Clavier depuis sa morl; et du trois \wni mille francs enlevés de là*
Mnnnre avait pris son beau-frère par !e coude et ra?aîl placé en fao8
lï ris, ciît cfoieni contenus les titres de propriété , les dépi'ils ♦ les
^ ' toute nature do ses cliens. Apres une pause siloncïeuse . il
^rppefa relier effrayante et courte syllabe : lifcî Le ressort d*un pistulet fail
ibmii M lorsiîtuli tombe sur la platine d'acier ot qu'une cervello Imuiaine
au pialorid-..
, Vict*jr, lu ra*as poussé h fouiller avec toi, et nous avnns puisé h aise, tant que nous avons voulu. D'où t'est venue l'idée oo celto 'eiécrnbte ressource? Je n'y aurais jamais sonjçé , moi , qui ai constamment les yeui ces cartons! Prévoyars-tu qu'il y avait de l'or là-dedans î Hais tu h ttaires donc ? — Car ta hardiesse à les ouvrir, à tes vider, Bcrmbbit indiquer une sûreté de luouvemens infaillible. Tu allais 1 tu aillais! tu plongeais l — Qu'y mettrons-nous, maintenant ? Parle î
Les qnesfinfîs de Maurice n'étaient pas asst^z régulières pour forcer pTictor h tl ,^ qui l'eussent embarmssé. D'ailleurs, hs fonds pré-
I Iiîré* «tn . ^ des cliens, dont ils avaient disposé Tun et l'autre t
[il ai' iac.> dans Topéralion du chemin de fer. iâmais événement
\mu. . iple dans sn calamité. C'était un coup de foudre. Il n'y avait
ni cEpiicaiion ni consolation possible. Aussi Victor ne répondit pas k
Il r ■ 'tre midi* î>es groupes animés formés au bout de la pelouso,
dSi t jui forbîcnl de cm groupes , alliriTotit railt'ntkio de Maii-
rJCG. LiiL <.M.>i.^' de poste relayaii, venant de l^^ri»,. PnSumablement les wifwtfi répandaient h nouvelle de ce qui s'y passait,
MaunciO de54!«*nd en hdte , et demande au conducteur dans quel état tl a ^mé U ca pliait.
» Dan» It? nkis grand Ironble.
ï ^ Lea révolus faibliasent-ilsf
IM LE IfOTÀIBB DE CDAICTILLY.
— Nunement , monsieur.
— Le nombre en augmente-il ?
— Dlieure en heure , à vue d*ail , a inesaro qa*on tue
— El les Parisiens ?
— Ils regardent par leurs croisées.
— Est-ce que les autres quartiers de b ville se soulèvent?
— Je ne m'en suis pas aperçu.
— Les boutiques sont-elles lermccsî
— Aucune.
— Quelle indifférence, murmura lilaurice : le calme de ces gen&-]2i €M odieux. Ils passeront d'un gouvernement h un autre, comme de leor arrière-boutique à leur comptoir. Demain on fera encore des affaires.
Les habitans de Chantilly étaient en proie h de vives craintes, en éoo»> tant ce dialogue, entie le conducteur et Maurice.
— On vient donc a leur aide, continua-t-il ?
— De tous côtés , monsieur.
— Hais qui? puisque les habitans no les secondent pas?
— Leurs amis , leurs partisans ; on parle aussi de trente mille régNlblicains oui arriveront de Dijon demain matin.
— Bonneur I pensa Maurice , qu ils tiennent jusquc-1^, extorminatMo ensuite, bouleversement. — Mais la troupe? la troupe?
— Elle les assiège aussi de toutes ports.
— On se massacre donc?
— C'est le mot.
— On ne présume pas h qui restera la victoire ?
Le conducteur était remonté et lançait ses chevaux' sur le bas de b route.
Sa dernière réponse'était dans la voiture qu'il semblait prendre à coeur d'éloi^er le plus possible de Paris. Les deux femmes, les deux enlaos et le jeune homme, qui s'y trouvaient, montraient sur leurs visages l'al-> tération d'une fuite précipitée. — Et certes , ils n'appartenaient pas aa parti républicain.
Le caur gros d*une affreuse ioie qui lo rendait odieux à luî-m^me , Maurice rentra et reparut dans le cabinet où son beau-lrèrc était resté à l'attendre.
— Tout va a merveille , Victor ; Paris est un chaos ; on s'y égorge: les républicains et la troupe; les riches fuient. La chaise de poste qui a relayé emporte une famille entière. On émigré déjà.
— Allons, il y aura quelques bonnes petites affaires à traiter, dit Victor en se frottant les mains; les biens d'émigrés seront pour rien.
— Tu songes aux affaires, toi! Oh! non, il n'y aura plus d'a^ faires, c'est mon espoir ! Des ruines! c'est tout ce que je demande, que tout soit ané4nnti. — Tout ! plus de commerce, plus de tribunaux! Que l'échafaud de bois où Ton expose les banqueroutiers soit brûlé avec le siège de la justice ! — C'est mal ! — Mais je n'ai de soulagement qu'avec ces pensées de destruction. Et que le 15 n'arrive jamais !
— Tu as raison ; si la fin du monde arrive avant l'échéance du 15, il y aura prescription de droit.
— Monsieur ! monsieur , dit un clerc qui entra dans Tétudo , monsieur» vous n'entendez donc pas?
— Expliquez- vous! parlez!
— I^ cour est pleine de gens pressés de vous voir.
— Victor, —je ne sais, — vois toi-m<ime ! — regarde par la croisée quelles sont ces gens!
Victor ouvre la croisée et regarde.
— Ce sont tout simplement tes cliens.
— Mes cliens I
.— Oui I je les ai reconnus; pourquoi en si grand nombre, Maurice?
— Je n*en sais rien. — Irai-jo voir î Va toi-même I non . reste I attends. Je descends. A quoi bon? — Mon habitude n'est pas de les rece- Toir dans la cour t — ils trouveraient du louche.
Efiaré , Maurice sonna ; il sonna fort. Le clerc refNirut.
— Pourquoi n*avez-YOus pas prié les personnes qui sont là-bas de monter?
— Vous ne me l'avez pas commandé.
" Allez donc ! et qu'elles montent.
^ Victor, suis-je pâle ? — je dois Tétre. Je sens fléchir mes jambes, j'ai des éMouissemens. Ne me quitte pas. Sois là , reste là ; toujours là.
La porte s'ouvre , et plus de quatre-vingts ])ersonnes, paysans , fermiers , bûcherons , charbonniers , vignerons , pénètrent à ta fois dans le cabinet, non sans désordre , dans leur avidité brutale à parler les premiers à Maurice.
— Monsieur Maurice , répondez-moi.
*- Monsieur Maurice, moi je viens de loin, je passerai avant les autres.
— Monsieur Maurice , deux mots seulement, et je pars. *- Monsieur le notaire !
" C*est à moi à être écouté. Je suis ici depuis une heuro t — > Et moi depuis deux heures.
— Tcn as menti.
*- Menti toi-même.
*- Si nous n*étions ici , je te travaillerais les échalas.
— Mes amis « du silence I la paix ! chacun aura son tour. -—Nous parlerons bien, peut-être, nous autres , femmes. -— Vous autres ! rentrez vos langues dans le fourreau.
— Tiens! tiens! il ferait beau vous voir nous en empêcher.
— Mes braves gens , du calme I je vous entendrai tous ! — tous 1 — D*abord, qui vous amène chez moi on si grand nombre?
Ces neinières paroles furent si faiblement dites par Maurice , qu'elles ne produisirent pas plus d*eflet qu'une goutte d'eau sur un brasier.
— Oui I qui vous amène? répéta Maurice dont l'abattement avertissait son beau-Crere de se mettre en mesure de parler pour lui.
— Voidf parvint enfin à dire le père Renard , qui avait déposé diez Maurice les titres de possession de trois maisons et qui avait néglii^ jusqa^id de toucher sa rente viagère de six mille francs; voici : — On assure que la duchesse de fierry , à la tête do cent mille Prussiens , est descendue dans Paris par le faubourg Saint^Antoine.
— Ah ! onitche? des Prussiens; ce sont tout uniment^ —et il y avait pas mal de temps que ça bouillait, — les républicains qui font du» horreurs aux quatre coins de Paris.
Le dernier qui avait parlé était Robinson le tuilier. On a peut^tre oobUé que Robinson « voulant devenir acquéreur de l'un des lots de la Garenne entre Morfontaine et Saint-Leu, avait confié à Maurice « pour eCEectuer cet achat, quatre-vingt mille francs. La propriété ne s'était élevée qu'à soixante-trois mille : c'était donc dix-sept mille francs qui revenaient à RolMQSon. Pendant quatre mois il avait balancé à les retirer. MaiSy au bruit de l'émeute, il était accouru comme les autres.
— Je répète, si l'on ne m*a pas entendu, que ce sont les républicains. ^ Ah t pour ça , c'est vrai , affirma avec un ton d'autorité que n'auff-
mentait pas peu son titre, l'homme d'affaires de M. Grandménil; de Sarcelles d'où je viens, on entend le canon comme si on l'avait dans Foreille.
— Alors œ sont des républicains , puisque monsieur l'assure , et qa^il a entendu le canon.
T. T. — t il
163 LE NOTAIRE DE CnA?iTILtY.
Ces deux témoignages no pcrmcltaicnt plus aucun doute sur les causes do rinsuiTCCtion parisienne.
Etqu'cst-co que ca veut, ces républicains? domandcrenl plusieurs voix qu'il était difficifa^ de distinguer au milieu de la confusion générale.
— Paibleu 1 reprit Uobinson , ils veulent rasseoir Charles X sur le trône.
— Un cri d'horreur couvrit tous les cris. A la réprobation qui circula en lonçs murmures , (\bs que celte intention si vraie eut été préléo aut républicains , on eût imaginé que Charles X avait pendant sou lègue empéclté le blé de germer et les pommiers do fleurir.
Debout sur un tabouret , Victor avait beau s^adresser à ceux qui lui semblaient les moins extravagans dans leurs divagations politiques, il M parvenait pas encore a s*en miro écouter.
— Messieurs, je...
— Il n'y a plus de sûreté nulle part.
— Ils incendieront nos meules de foin.
— Us couperont nos arbres au pied.
— Mes braves gens , je...
— Les scélérats I
— Plus de récolte, plus de moissons, plus rien.
— Mes amis, je...
— Il ne s'agit pas do ça, s'écria un nistro en argumentant des eoudee et des genoux pour se rapprocher le plus possible de l'endroit où était Maurice, auquel il tenait plus particulièrement à parler. Il no s*agit pas deçà.
Ce rustre était Pîerrefonds le vacher, qui, il y avait pr^'^s d'un an, avait effectué entre les mains do Maurice, sans vouloir accepter aucune espèce de garantie, un placement de cent vingt mille francs provenant d'un héritage.
— Il s'agit. Russes, Prussiens, carlistes ou républicains, qu'il n'y a plus moyen de rosier dans ce pays : avant ce soir pcul-tlre nous serons attaqués par les brigands. Le meilleur notaire alors cg sera un fusil, et le meilleur coffie-fort un trou de dix pieds au milieu de la foret. C'est donc parce que nous no voulons pas que les autres, sachant qu'il y a de la graine ici, viennent vous tuer, monsieur Maurice, que nous vous prions, vous remerciant bien de vos soins pour les avoir gardés, de nous rendre nos petits dépôts; vous en serez plus tranquille, nous aussi, ça vous ra-l-ilî
L*affreux pressentiment do ]Maurice se vériliaiL Son cœur qui battait auparavant avec violence, s'arrêta net.
— Oui, monsieur Maurice, poursuivit Pierrefonds, faut pas que nous soyons cause des malheurs dont vous ne seriez pas quitte si les répoMi-^ eams se répandaient dans la campapie , commo on dit qu'ils viendront quand lo besogne sera finie là-bas , a Paris.
— Dame 1 — c'était une autre voix , — Pierrefonds dit vrai ; ils vous arracheraient la peau tout vivant, pour un liard, au moins ! lilchez-nôus nos magots; puis laissez venir 1 Ah! ils seront bien attrapés 1 bonjour ^ il sont partis I
Pousser son beau-frère sur un fauteuil, car il sentait qu'il n'avait plus la force de se tenir debout , et se placer devant lui, de manière à le ciH cher presque en entier do son corp, ne fut qu'un mouvement pour Victor qui, souriant avec un suprbe dédain, répondit aux paysans.
— Ah ça I qui s'est donc moqué de vous de celte fâçon-là, mes amis? Quoi I vous vous êtes laissé prendre comme des étourncaux à d'aussi fausses et d'aussi extravagantes nouvellos, vous ordinairement si sensés? Mais cncorc une fois, qui donc c'est moqué de vous ?
— Moi, ça m'est revenu comme je menais mes chevaux à l'abreuvoir.
— Vous voyez donc combien c'est faux.
— Je no dis pas que cela soit vrai comme l'Evangile, reprit un autre i
mais le porto-balle qui me Ta appris quittait Paris, m'a-t-il affirmé, à cause de rémeutc.
— Ruse de marchands de bas ; ce sont des perturbateurs.
— Pour nous quatre, c'est différent : nous le tenons de monsieur le inaire.
— L'important ! le fat ! Votre maire est un ambitieux, lit q\\\ lui a fait part, h votre maire, qu'on se battait à Paris? Est-ce le coq du clocher?
Toutes les fois qu'on ridiculise un maire, on est bien si\r dïtre agréable à ses administres. Les cliens de Maurice se dérideront.
— Cependant, mes braves gens, il faut convenir, reprit Victor on orateur qui cède un peu pour obtenir infiniment, que Paris n'est pas aussi tranquille que de coutume. Mais, depuis la révolution de juillt't, quand a-t-il cessé dVtrc expose h de pareilles agitations? Parce que quelques poign(kî3 de turbulens se sont retranchés derrière quatre mauvais*pavés que la police a consenti à lui laisser empiler, croyez-vous qu'une autre révolution, semblable à celle de 1830, soit possible? Vous avez raison d'être prudens. En guerre ou en paix, la prudence est une vertu. Mais, permettez-moi de vous le dire, c'est manquer de patriotisme, que de seconder par la peur h laquello on se livre les projets des méchans.
Il en est des hommes les plus grossiors , et des volontés les plus tenaces, comme de certains grosrodiers; si on creuse adroitement autour do < leur base, un enfant les fera pivoter.
Fascinés par la pjïrolo de Victor, les rustiques cliens batlaient peu a peu en retraite; ils étaient sur le point de se demander compte de leur présence dans l'étude de Maurice. Leur entrelien était devenu plus calme, leur attitude plus respectueuse ; ils s'essuyaient le front. Victor triomphait.
Pour quo sa victoire filt complote, il ajouta :
— Sfon beau-frère vous renjercie par ma voix d'avoir songé h lui h llieurc d'une crise, où, comme vous 1 exprimiez si bien il n'y a qu'un instant, vos dépôts seraient susceptibles de le compromettre. Si l'eflet do TOUS voir ré", nis ici dans une même pensée d'effroi no l'avait profondément agité, il vous dirait quo votre délicatesse est trop inquiète, et qu'il tient, par cela mOme ju'il y a du danger à veiller sur vos fonds dont il a la pr^ieuso garde, à ne point s'en séprer, si toutefois vous n'avez pas (ranlre motif plus grave pour lui retirer votre confiance.
Des murmures suivirent les dernières paroles de Victor. Il y eut unanimité pour repousser la supposition oratoire, personne dao:» l'asseniblcie n*élevant de doutes sur la pn>bii6 do Maurice.
— NoD I pardienne, que nous n'avons pas d'autre peur. ^-Sâns cela, est-ce que nous demanderions quoi que co soil. ^- J'aarais laissé mes fonds pendant millo ans ici.
Et Blus loin : — Est-co quo nous réclamerions notre argent sans cette maudite peur mi*on nous a clouée au ventre? — Dame ! il faut bien croire on pM fe ce qu on tous dit.
— Sans doute, affirma Victor. Et roilh pourmioi il vous convient d'user de la même autorité morale sur vos voisins ae village et de ferme. Bn rentrant chez vous, publiez nue vous avez été dupes d un mensonge, et emp/^diez par làlese?<prits faibles d'empoisonner leur existence, dedénttger lenrs nabitudes sur le premier mot d'un charlatan qui traversera VùB Villages.
Les cliens avaient décidément honte au fond du coeur de s'êtro livrés à mcf démarche si désespérée, depuis qu'ils avaient accepté les bonnes raisons do Victor. Pierrefonds lui-mOme, qui, comme un des plus forts cliens« avait d'abord porté la parole pour expliquer sa présence cl celle des siens dans le cabinet do Maurice, n eut aucun scrupule à revenir sur >on projcl de retrait d'argent. Il prit un visage de désintéressement qui scm-
Itt LE IfOTAIBB DE CHA5TILLT.
blait dire : — Nous en serons quittes pour un voyage à Chantiny; léOà tout.
Remis de son trouble, Maurice se levait pour adresser quelques phrases d'adieu à l'assemblée, et, afin de n'être pas resté complètement étranger à la discussion, lorsque la voix claire d'un crieur public, qui passait sous les croisées de l'étude, entraîna un silence générai. On écoute :
« Voici les événemens sinistres ^i ont ensanglanté, la nuit dernière , les rues de la capitale , après la cérémonie du convoi du générai Lamarque. »
Reprenant son air léger, Victor tente de détruire sur-le-champ Timpression qu'ont produite sur les cliens la voix et les paroles du crieur pablic
— Mes amis, voilà tout juste, et ceci doit vous servir d'exemple, le moyen qu*on emploie chez vous piour vous alarmer.
— Il a dit événemens cependant.
— Evénemens ! tout est événemens pour Paris : le lever du soleil et le cours de la rivière.
— Mais il a ajouté sinistres j monsieur Victor.
— Vendrait-il un seul de ces papiers s'il n'ajoutait sinistres?
— Chut t il crie encore.
Victor veut parler.
• — Silence ! s'il vous plaît, monsieur Victor.
Les oreilles sont attentives.
Et le crieur :
a On y lira les premiers engaeemens qui ont eu lieu entre les troupes et les insurgés de Saint-Merry ; les pertes d'hommes des deux partis ; les régimens qui ont tiré, et les généraux qui les commandent. Voua du nouveau I de 1 intéressant I »
Maurice était retombé dans son fauteuil, foudroyé par Tetiet de ce bulletin sur ses cliens; il ne pouvait s'empêcher d'un autre côté d'accueillir, comme la plus heureuse diversion à son anxiété, ces funestes événemens qui lui confirmaient le naufrage où il désirait si ardemment voir périr la France. Bient bien! murmurait son cœur noyé d'amertumes; nous retombons dans le chaos. Je vous remercie, mon Dieu ! de m'ensevelir dans ce désordre. Oh I vienne vile la crise I
Méprisant les propos de Victor, les paysans étaient descendus dans la rue pour acheter les pamphlets du crieur. Victor et Maurice étaient restés face à iace , seul à seul , celui-là au bout de ses échappatoires désormais sans valeur sur les cliens qui allaient remonter, et remonter plus avides que jamais de partir après s'être munis de leurs dépôts ; celui-ci prêt k avouer , pour en finir avec un supplice cent fois plus douloureux que Taveu de sa faute, qu'il était dans l'impossibilité de restituer les dépots.
— Oui, Victor, il n'a aucun moyen de sortir do là, si ce n'est la mort. Veux -tu mourir? deux minutes nous restent. Â défaut d'argent, qu'ils trouvent du moins nos cadavres. J'ai deux pistolets chargés, la.
— Ahl bahl mourir! fuir plut("l, —si fuir était facile; — mais ils sont dans le Jardin , dans la cour, dans la rue. Tiens , regarde-les : ils lisent!
— Mais si nous ne pouvons fuir, que devenir, Victor? Encore un instant, et ils seront ici, — là, — Lés as-tu vus? Leurs yeux étaient défians ! J'en ai remarqué qui riaient avec ironie quand tu essayais de les dissuader de redemander leurs fonds ; d'autres m ont paru désespérés de notre position qu'ils m'ont semblé comprendre , à ton assurance même, à ma pâleur, à je ne sais quoi. Mais le temps court; ils refhontent d^: ils remonient; n'est-ce pas? Ecoute, Victor, un conseil ! une résolution! un parti ! —dis-le, — qui nous tire de là. L'incendie I — brCdons l'étude. — J'accepte tout.
•^ Maurice, nous ayons disposé de la moitié des fonds de ces gensr-lk«
— Hélas I
LB HOTAIBE D£ CHANTILLY. ifô
— Rendre la moitié qui reste, ce no serait contenter quelques uns que pour foire crier plus fort ceux que nous renverrions les mains vides.
— Achève 1 i'en tends leurs pas.
— • Es-tu déterminé à tout?
— A tout, Victor.
^ Eh bien I laisse-moi prendre tous les contrats, tous les titres qui 80Dt dans ces cartons.
— Prends, oui t tu as une idée : laquelle? — Et puis, — mais vite ! ~ Maïs parle, finis?
— Je Tais k Paris.
^ O mon Dieu t Tu déraisonnes t Que feras-tu à Paris ? «— Tais-loi 1 La rente tombera aujourd'hui à un taux épourantablementbts.
— Piiis<ro*elle ne se relèvera jamais 1 Et c*est bien mon espoir.
— J'achète toutes les rentes qui se présentent en échange de ces titres qui Talent de l'or : j'achète des ballots de ruines ! entends-tu ?
— Malheureux I tu extravaguos toujours.
— Si la monarchie de juillet est vaincue, tu ne me reverras plus : j'aurai acheté pour cent mille francs de papier sale. Alors tue-toi : fais comme ta l'entendras. Si la république est eci'assée! eh bien, je t'apporiede Torî et de For ce soir môme.
— As-tu ta tôte, Victor?
Regarde si je l'ai t — Et d'un bond Victor ouvre dix cartons qu'il vide en un clin d'oeil, qu'il referme aussitôt et qu'il repousse sur leurs rayons. Des papiers s*enfoncent dans ses poches qu'il bourre, dans son chapeau ; il regarde ensuite son beau-frère stupéfait de voir que Victor sait si ponctuellement le contenu de ces cartons.
Ce n'était pas le moment de se permettre des observations sur cotte rare sagacité. D'ailleurs, les paysans ouvraient la porte de Fétude.
Et la Toix du crieur se perdait en répétant : « Voici les événemens sinistres qui ont ensanglanté Paris, la nuit dernière... »
— Il n'y a plus à tortiller, s'écria Pierrefonds : notre argent, nos pa-
E' rs, et bon voyage. Vous voyez vou&-môme comme ça chauffe, monsieur uriœ. Le cneur a ajouté que les brigands s'étaient déjà rendus maîtres de Saint-Denis.
— Soil, mes amis, leur répliqua Victor avec le sang-froid qui no l'avait pts quitté, soit I Nos intentions ne sont pas de vous contrarier dans vos Toloolés, puisqu'elles sont si bien arrêtées. Nous allons vous restituer vos dépôts à tous.
— Ahl
* Défà les paysans se mettaient en mesure de recevoir leurs titres et leur araent.
Les uns sortaient de vieux reçus de leur poche. ^
D'autres déliTraient de la ficelle qui les entortillait leurs portefeuilles de cuir gras.
D'aulns comptaient sur leurs bâtons de houx les crans que le couteau y STsit taillés en guise de chiffres. Sur ces bâtons méthodiques, les mois d'intérêt étaient creusés avec une rigoureuse précision.
A un méditatifs, d'autres comptaient et recomptaient sur leurs doigts en remuant les lèvres, tandis que de plus verses dans Tarithméti^uo exécutaient leurs opérations sur le mur de l'étude avec la pointe d un eustache.
Rompant œ silence animé, Victor leur dit :
— Mais avant de nous quitter, no ferez-vous rien pour Maurice, mes amis? ne lui laisserez-TOus aucune preuve de bon souvenir, en reconnaissance de Texactitude qu'il a apportée sans relâche dans vos affoircs qui ont toujours prospéré entre ses mains?
-^ Tout ce qu'il lui plaira. Qu'il parlo I
166 ' LE IfOTAIBE DE CHÀlITtLLT.
— Nous n*avons rien à refuser k M. Maurice.
— Ce \yon M. Maurice!
Celui-ci craignait, par ce préambule, quelque noaTelle extraTaganœ de son beau-irèru.
~~ 11 iaul du temps pour tout. L'insurrection de Paris, puiscme nous n'avons plus malheureuscmenl à la nier, nous a étourdis aussi bien que TOUS, vous le comprenez. Vous désirez liquider sur*le-champ : oaci eii î merveille, mais ceci ne saurait se faire à la parole. 11 y a a retirer des pièces qui sont au tribunal , à régler des intérr^ls , à dresser des Iwtdareaux : vous no voudriez pas plus nou^ créer des difdcullés, c^uo aous ne sommes disposés, pour notre part, a compninietlre vos intérêts. AftportODS donc les uns ei les autres un peu d'indulgence. Ce n*est pas trop de la journée enlii?re pour vous expédier ; accordez-nous celte journée. U9»t indispensable que vous patientiez jusqu'à ce soir ; peut-être hicn arant dans la nuit.
Une runieur générale de désapprobation couvrit les dernières |»aral<ada Victor, les plus sensées, du reste, qu'il eût prononcées.
— Jusqu'à ce soir !
— Ah bien ! voilà qui nous arrange.
— Et nos femmes qui attendent.
— Et nos onfans qui nous croient déjà tués.
— Et nos maris, disaient les femmes à leur tour.
— C'est bien mon mari qui me chagrine, répliquait une autre, comme â Ton n*avait pas un âne h mener à i'abreuvour el des vAchos à ccoiiiire au pré.
— Et mol, mes foins qui sont dehors.
— Ses vaches ne te les mangeront pas tes foins ; ils seront gentils , ifil vient à pleuvoir.
— Puisque je vous vois si bien disposés, mes amis, à faire ee qus je vous demande , permettez-moi d'ajouter que vous rassurerez votre protecteur M. Maurice, en no vous risquant pas la nuit , à travers Hes bois et des plaines, avec votre argent ou des valeurs précieuses, au moment où vous pourriez être assaillis par les brigands. Ce sacritioe serait bien consolant pour mon beau-frère. Attendez donc jusqu*à demain ; passez le reste do celte journée et la nuit à Chantilly. D'ici à demain malin les événemens de Paris auront pris un caractère décisif.
En orateur digne des ivcaux temps de la Grèce, plus Victor remaarqmît le peu d'impression qu*il produisait sur ses auditeurs , plus il avait rair de les remercier de leur condescendance pour ses paroles. U reprit z
— Mes bons amis, par un concours de circonstances dont je me plairais en d'autres temps à signaler Theureuse opportunité, c'est aujoiwfiiUi sainte Claudine...
— Il est décidément fou à lier, pensa Maurice.
— Sainte Claudine, peut-être Tignorez -vous , est la patmot de madame Maurice. Elle a Thabitude de célébrer sa fête , entourée de ses meilleurs amis : les meilleurs amis d*un notaire sont ses cliens. Le dîner est prêt depuis hier ; il faut qu*il se mange ce dîner, n'esl-œ pas? Qui le mangera si ce n'est vcwsî
C'est à vous d'ailleurs qu'il était destiné. Les lettres d'invitation allaient partir, quand le trouble des affaires politiques en a saspeodu renvoi. Mais , puisque vous voilà , nous vous retenons ; vous ne nous quitterez pas. L'occasion est trop belle.
Ahl réjouissons-nous d'avoir encore quelque faiblesse, quelques préjugés, diraient d'autres, pour les vieux usages de famille. Ne rougissons pas de nous asseoir , réunis dans une même pensée de franchise , autour du flacon et du pain de rhospitalilé.
— t'omme il parle bi<.»n , murmuraient tous les pa3^sans.
— Vous nous restez?— je savais bien.
LE NOTAinS DE CUANTILLT. 167
— Damel
— Qu'en dites-vous , les autres ?
— C'est embarrassant I
— Je vous préviens toutefois , c'est un dtnor simple ; la frugalité de nos pères : quelques melons hasardeux , quelques volailles chaudes et froides, quelques bons gigots de fermier , force entrées Iwurgeoises ; un peu de Champagne , un peu de bordeaux , beaucoup de petits vins de Mâcon. Que voulez-vous? on traite les amis sans fiiçon. Le cœur, voilà le meilleur mets.
Comme il n est pas juste cependant que le plaisir de vous posséder à ce banquet de famille ait un côté onéreux pour vous ; comme nous serions au désespoir , M. Maurice et moi , de vous contraindre h des dépenses , en restant à Chantilly jusqu'à demain , vous vous logerez à nos frais dans les meilleures auberges du pays : la dépense nous regarde, tout est  notre charge. La journée est superbe; allez faire un tour dans le bois jusqu*à huit heures. A huit heures la table vous attendra , et Tanlitié aussi.
Il était aise do remarquer que la crainte que Victor avait exprimée aux paysans de les voir traverser la forôt avec do largent, au moment critique do l'insurrection pari^ioime, et que le désir de jouir d'un bon dîner, avaient vaincu îes liésilations les plus tenaces.
— Comme il fait durer le supplice ! murmuruit Maurice; il ne veut pas mourir.
fl était tout pr^t h tirer Victor par les pans de son habit pour lui dire :
— Mais, monstre, on s'égorge h Paris, et lu veux le rejouir I Tu les invites au nom de ma femme, et Léonide nVst pas à Chantilly! Il aurait Tolontiers ajouté : — Crois-tu donc ces gens-là assez scélérats ou assez simples pour accepter ton dîner quand leurs compatriotes meurent sous la mitraille?
Ces gens s'étaient montrés assez scélérats ou assez simples pour accepter le dîner qu'offrait Victor. Maurice remercia, par un sourire de oontcDCement , la politesse de ses clions.
Cependant , poursuivit Victor , si parmi vous il en est qui , à toutes forces et malgré nos avis prudons, tiennent absolument à liquider et à partir, qu'ils s'approchent , ils seront satisfaits sur-le<hamp.
Joignant le tait à l'intention , Victor prit quelques cartons qu'il posa devant Maurice.
— Ce n'est pas cela , s'écrièrent les cliens. Venus ensemble , nous resterons ensemble : le retard K^ra pour tous.
— Soit, dit rapidement Victor; et comme il vous plaira. Partez, testez, réglez, hi)erté entière; mais toujours lo din.T a huit heures. D'ici là , repos h l'auberge , promenade au chûteau : c'est entendu.
— Ooi : c'est entendu.
Et toute la clientèle rustique , bollottée par les raisonnemens captieux de Victor, friande d'un festin en perspective, lieureuso de se goberger sans bourso délier, sortit pour se répandre par tout le Imurg, d'heure en heure plus inquiet des bruits que le vent apportait de Paris.
— Que vas-tu faire maintenant Victor? Victor l
— Ce que je t'ai dit : acheter des rentes, pour rien ; les revendre , en centapler le prix si le gouvernement résiste; périr s'il périt.
— Mais que vai—je devenir avec ces gens sur los bras , qui me demanderont ma femme ?
— Léonide ! Ne t'en occupe pas. Ne songe h rien , ne pense à rien : seulement à ce dîniT ! Quf> rien n'y manque , ni les mets , ni le vin , ni les liqueurs; entends-tu? D'ici à huit heures, il y aura du changement pour nous!
— Tu rs un démon , Victor !
— Soil! Mais je cours à Paris. En d.»ux heures et demie j'y serai : il
168 LE KOTAIBE DB CHAXTILLY.
seia trois heures à mon arrivée. Si à huit heures, ce soir, je ne suis pas de retour, sois sûr que je serai mort en route ou qu'il n'y a plus d'espoir de nous tirer jamais du précipice au fond duquel je ne nie pas qm nous ayons roulé. — Adieu , Maurice !
— Adieu, Victor! c'est peut-être notre dernière entrevue dans œ monde ; si tu croyais k une vie...
—Je crois aux révolutions qui font baisser la rente de six francs, ci aux restaurations qui la remettent au pair.
Victor était déjh à cheval, il était déjà loin, il n*était déjà plus à Chantillv.
Seul dans son cabinet , comme le condamné à mort dans sa prison * Maurice n'eût pas été plus triste si l'échafaud eût été dressé devant sa porte.
Il fut perdu long-temps dans l'idée de son prochain anéantissement ; il n'en sortit en sursaut ou'aux cris d'un autre bulletin de Paris ; car d'heure en heure , échelonnés sur la route par le gouvernement et pir les partisans de Tinsurreclion , des vendeurs do nouvelles criaient et ré» pandaient dans la campagne les événemcns qui se succédaient dans la capitale.
Maurice s'approcha de la croisée , et la voix du crieur lui jeta ces mots :
« Voilà du nouveau , de l'intéressant ! Le parti républicain s'est rendu maître des rues de la Verrerie , du cloître Samt-Merry et des ruelles aboutissantes. Il s'est emparé d'une pièce do canon dont il e^re poi|voir faire usage. Le télégraphe de Montmartre a été brûlé. Hésitation des troupes. »
— Bien ! très-bien , s'écrja Maurice en frappant du pied. De la résistance 1 toujours des combats t tuez-vous ! tuez-vous ! Que le cheval do Victor s'étouffe dans les cendres en cherchant Paris dispani.
Tout à coup un second crieur reprit d'une voix différente : « Victoire des troupes sur les révoltés poursuivis et exterminés dans les maisons du quartier des Arcis. Leurs plans déjoués. Mort de leurs principaux chefs. Carlistes trouvés dans leurs rangs. Conspiration ourdie par les Vendéens et les républicains , prouvée par des papiers trouvés sur les cadavres des rebelles. »
— Qui croire ? L'un proclame la victoire , l'autre l'extermination des révoltés ! Confusion du monde I
Maurice descendit pour acheter aux deux crieurs leurs bulletins contradictoires.
Et , en ouvrant la porte du jardin , il vit passer, comme un éclair, un homme achevai, qui s'arrêta devant la grille de M. Clavier. Maurice reconnut cet homme dont la sueur inondait le visage enflammé : c'était celui qui avait passé une journée entière à l'attendre au carcfour des lions.
Maurice courut se cacher dans im coin, comme un voleur; et dans ce coin il lut les deux bulletins.
Quand il les eut lus, il fut saisi d'un rire frénétique et sombre ; sa jcHe était cruelle ; elle eût épouvanté denière une grille.
11 exhala ces paroles au milieu d'un affreux ricanement :
— Mort, à la fin I mort avec son drapeau blanc I mort précipité du haut du clocher de Saint-Merry I mort fruppé d*une balle au front ! La sainte hospitalité est vengée I
Si Victor se fût trouvé là, il eût ajouté :
— Et puisque M. Edouard de Calvaincourt , cet intéressant jeune homme, est mort, c'est trois cent mille francs de moins à rembourser.
Maurice était encore livré à son horrible joie, quand le prêtre qui lui avait confié dans le temps la caisse de secours des pauvres, entra dans le cabinet.
n n'eut pas besoin d'expliquer longuemenl le motif de sa visile; son visage effirayé parlait pour lui. Comme les autres cliens, la terreur de Témeute rayait poussé a Chantilly. En bon pasteur, il venait reprendre la caisse de secours, et décharger de la périlleuse responsabilité d'un aussi précieux dépôt celui qui, dans des momens plus calm^, avait accepté de le mettre sous sa protection.
Le prêtre ajouta cependant :
— Vous prévoyez sans doute aussi bien que moi , monsieur, que le parti répablicainf s'il était vainqueur,^et tout prouve qu'il le sera, — ne se ferait aucun scrupule de donner aux pieuses épargnes de mes fidèles une direction qu'il ne m'est pas permis de supposer, mais qu'en tous cas il m'est impose de craindre. Souffrez, monsieur, que leur violence n'ait que moi pour victime. Le temps presse, le danger s'accroît. Restituezmoi ce Csoble dépôt, trop peu resté entre vos mains pour la sûreté des malheureux, mais assez cependant pour que ma reconnaissance vous soit toujours acquise.
Maurice ne jugea pas à propos de dissuader le prêtre des craintes peu honnêtes qu'il avait conçues au parti républicain : ce n'était pas surtout le moment de défendre la moralité de sa propre opinion , quand il avait presque la conviction que le contenu de la caisse de secours des pauvres avait été volé par son beau-frère, il n'y avait pas un quart d'heure , s'il n'avait été enlevé plus tôt.
La cassette était bien au môme endroit, il l'apercevait do la place où il était ; mais la dé y était restée aussi : et combien ne redoutait-il pas, eo la prenant pour la restituer au prêtre, de la sentir d'une légèreté significative!
Encore une honte k subir I pcnsa-t-il.
— Et oye ferez-vous de cet argent? demanda Maurice, lui qui jamais ne s était cru en droit d'adresser une semblable question à qui que ce fût.
— Je cacherai soigneusement cette cassette sous ma robe jusqu'au vil- 1» de ma paroisse. Arrivé là, si j'y arrive, j'appellerai tous les pauvres, je rouvrirai en leur présence, et je dresserai le partage de ce qu'elle contient. Après, Dieu fera le reste : ils défendront leur bien.
La siniplicité do cette âme ingénue , si effrayée pour sa réputation, si empressée de rendre une somme dont personne ne savait le chiffre et la source, fut une dure leçon de probité pour Maurice.
— Mais, reprit celui-ci, par un abus, par un tort que Dieu seul et ses vertueux i«>résentans,— et non le monde, — savent pardonner, si j'avais, monaieiir, msposé de cette somme ; si je ne l'avais pas ; si, par une licence dont je n'absous pas ceux de ma profession qui en usent, j'avais placé vos UmdSj qpe diriez-vous? parlez I
Maurice s'efforçait d'être calme dans la supposition qu'il soumettait au prêtre, et il était pressant comme un coupable qui cherche à savoir son sort.
— ravoue que mon embarras serait grand. Je vous plaindrais d'abord de voi» être trouvé dans une conjecture telle, que l'emploi de l'argjent d'auimi vous a«t été nécessaire. 11 y a des fautes do position dont il ne faut pas rendre les hommes absolument responsables. Ensuite, je dirais à mes IMtfoîssieDS que les dernières réparations de Fégliso ayant beaucoup plus ooûlé que nous ne l'avions prévu , j'ai été force de toucher h la caisse de secours pour combler les frais : on me croirait. Quelques uns murmu* rendent un peu; on laisserait passer l'ondée. Vous pensez bien que je ne dormirais pas tranquille sous le poids d'un tel mensonge. Un plat de moins il mon dtner, quelques livres de moins à ma bibliottièque, et j'aurais bientôt, par ces privations, si tolérables et si légères, remplacé, dans ma caisse, le déficit que votre malheur y aurait laissé. Peut-être imaginerais-je mieux en pareille circonstance. Bénissons toutefois le del, mon-
160 LE IfOTAlIIB DE CnARTILLT.
— Nullement , monsieur.
— Le nombre en augmente-il ?
— Dlieuro en heure , à vue d'ail , h mesure qu'on tue
— Et les Parisiens ?
— Ils regardent par leurs croisées.
— Est-ce que les autres quartiers de la ville se soulèvent?
— Je ne m'en suis pas aperçu.
— Les boutiques sont-elles fermées T
— Aucune.
— Quelle indifférence , murmura Maurice : le calme de ces gens-là tag odieux. Ils passeront d'un gouvernement h un autre, comme de levr orrièrc-bou tique h leur comptoir. Demain on fera encore des affaires.
Les habitans de Chanlilly étaient en proie à de vives craintes» eDéooo» tant ce dialogue, entie le conducteur et Maurice.
— On vient donc à leur aide, continua-t-il ?
— De tous côtés , monsieur.
— Mais qui? puisque les habitans ne les secondent past
— Leurs amis , leurs partisans ; on parle aussi de trente mille répo» blicains oui arriveront de Dijon demain matin.
— Bonneur I pensa Maurice, qu'ils tiennent jusque-l^, extorminatioii ensuite , bouleversement. — Mais la troupe ? la troupe ?
— Elle les assiège aussi de toutes parts.
— On se massacre donc?
— C'est le mot.
— On ne présume pas h qui restera la victoire?
Le conducteur était remonté et lançait ses chevaux' sur le bas de la route.
Sa dernière réponse'était dans la voiture qu'il semblait prendre è coeur d'éloi{;ner le plus possible de Paris. Les deux femmes, les deux eolao» et le jeune homme^ qui s'y trouvaient, montraient sur leurs visages Taltération d'une fuite précipitée. — Et certes , ils n'appartenaient pas ao parti républicain.
Le ca ur gros d'une affreuse joie qui le rendait odieux è lui-m^ma , llaurice rentra et reparut dans le cabinet où son beau-lrère ^t resté à l'attendre.
— Tout va h merveille , Victor ; Paris est un chaos ; on s'y égorges les républicains et la troune ; les riches fuient. La chaise de poste qui a relayé emporte une famille entière. On émigré déjà.
— Allons, il y aura quelques bonnes petites afbires à traiter, dit Victor en se frottant les mains; les biens a émigrés seront pour rien.
— Tu songes aux affaires, toi! Oh! non, il n'y aura plus d'affaires, c'est mon espoir ! Des ruines! c'est tout ce que je deniande, ma tout soit ané^tuti. — Tout I plus de commerce, plus de tribunaux ! Qoe Féchafaud de bois où l'on expose les banqueroutiers soit brûlé avec le siège de la justice! — Cest mal! — Mais je n'ai de soulagement qu'avec ces pensées de destruction. Et que le 15 n'arrive jamais I
— Tu as raison ; si la im du monde arrive avant Péchéanceda 15, 0 j aura prescription de droit.
— Monsieur! monsieur « dit un clerc qui entra dans Pétude , i TOUS n*enlendex donc pas?
— Explîquei-vous! pariet !
— La cour est plnne de gens pressés de vous voir.
— Victor,, — je ne sais, — vois toi-mcme l — regarde par la ( quelles sont ces genst
Victor ouvre la croisée et regarde.
— Ce sont tout simplement tes clieos.
— Mes dîens !
:— Oui I je ks ai reconnus; pourquoi en si grand nombre, Maurioat
— Je n'en sais rien. — Irai-je voir ? Va toi-même ! non , reste I attends. Je descends. A quoi bon? — Mon habitude n'est pas de les reoe- Toir dans la cour t — ils trouveraient du louche.
Effaré , Maurice sonna ; il sonna fort. Le clerc reparut.
— Pourquoi n*avez-vous pas prié les personnes qui sont là-bas de monter ?
— Vous ne me l'avez pas commandé.
— Allez donc ! et qu'elles montent.
— Victor, suis-je pâle î — je dois l'être. Je sens fléchir mes jambes, j'ai des éblouissemens. Ne me quitte pas. Sois là , reste là ; toujours là.
La porte s'ouvre , et plus de quatre-vingts personnes, pysans , fermiers , bûcherons , charbonniers , vignerons , pénètrent à fa fois dans le cabinet, non sans désordre , dans leur avidité brutale à parler les premiers à Maurice.
— Monsieur Maurice , répondez-moi.
— Monsieur Maurice, moi je viens de loin, je passerai avant les autres.
— Monsieur Maurice , deux mots seulement, et je pars.
— Monsieur le notaire !
— C'est à moi à être écouté. Je suis ici depuis une henro!
— Et moi depuis deux heures.
— Ton as menti.
— Menti toi-môme.
— Si nous n'érions ici, je te travaillerais les échalas.
— Mes amis , du silence I la paix I chacun aura son tour.
— Nous parlerons bien, peut-être, nous autres , femmes.
— Vous autres I rentrez vos langues dans le fourreau.
— Tiens! tiens I il ferait beau vous voir nous en empêcher.
— Mes braves gens , du calme I je vous entendrai tous ! — tous 1 — D*abord, qui vous amène chez moi en si grand nombre?
Ces premières paroles furent si faiblement dites par Maurice , qu'elles ne proauisirent pas plus d'eflet qu'une goutte d'eau sur un brasier.
— Oui I qui vous amène? répéta Maurice dont l'abattement avertissait s<m beau-frere de se mettre en mesure de parler pour lui.
— Voici, parvint enfin à dire le père Renard , qui avait déposé chez Maurice les litres de possession de trois maisons et qui avait négligé jusqu'ici de toucher sa rente viagère de six mille francs; voici : — On assure que la duchesse de fierry , à la tête do cent mille Prussiens , est descendue dans Paris par le faubourg Saint-Antoine.
— Ah I onitcho? des Prussiens; ce sont tout uniment, —et il y avait pas mal de temps que ça bouillait, — les républicains qui font d^ horreurs aux quatre coins de Paris.
Le dernier qui avait parlé était Robinson le tuilier. On a peut-être oobtié que Robinson , voulant devenir acquéreur de l'un des lots de la Garenne entre Morfontainc et Saint-Leu, avait confié à Maurice , pour effectuer cet achat, quatre-vingt mille francs. La propriété ne s'était éle- Tée qu'à soixante-trois mille : c'était donc dix-sept mille francs qui revenaient à Robinson. Pendant quatre mois il avait balancé à les retirer, liais, au bruit de l'émeute, il était accouru comme les autres.
•— Je répète, si l'on ne m'a pas entendu, que ce sont les républicains.
— Ah 1 pour ça , c'est vrai , affirma avec un ton d'autorité que n'auffmentait pas peu son titre, l'homme d'affaires de M. Grandménil; de Sarcelles d'où je viens^ on entend le canon comme si on l'avait dans Foreille.
— Alors ce sont des républicains , puisque monsieur l'assure » et qu'il a entendu le canon.
172 LE NOTAIBB DE CHARTILLT.
n allait jouir des fruits do sa combinaison; du moins TespécaitHl i dans son assurance à croire infaillibles des projets dont aucun firoiet d^homme jusqu'à lui n*avait égalé la hardiesse, quand le changement d'entrepôt et rinsurreclion du 6 juin cassèrent en quelques minutes les poh miers échelons de sa fortune, et le jetèrent brutalement par terre. U y avait do quoi être écrasé : Victor fut étourdi. Quelque impassil)le n^nmoÎDS qu'il fût de caractère, il se courba pendant les heures lugubres qui fareni marquées, pour lui et pour son beau-frère, des funestes aoddens dont nous avons été témoins.
Si Ton a pas oublié oue mademoiselle de Meilhan n'avait pas consenti à se détacher du lit où M. Qavicr avait rendu le dernier soupir, et si Too se souvient de la lettre restée sans réponse qu'Edouard avait écrite à Uanxioe pour avoir cinquante mille francs, on apportera peutrétre quelque pfrtience à écouter la suite de la passion si horriblement traversée de Cann line.
Edouard s'était rendu à Paris sans accidens. Là, spectateur de la fermentation publique contrôla royauté de juillet mal affermie; ne la voyant pas trop courageusement soutenue, même par ceux qui en avaient le plus profité, il se persuada que les républicains en auraient bon marche. Sn conviction, on l'a dit plus haut, étant d'ailleurs que Henri Y ne rentre-
rait aux Tuileries qu'après la sanglante épreuve d'une république, par son et par désespour, il s'était enrôlé dans les rangs des révoltés. La débauche des idées autorisait alors ces unions adultères de partis. Edouard» au surplus, n'avait pas à hésiter entre une vie mal cachée, intoléraUe, par les soins de prudence qu'elle exigeait, et une mort peut-être utile, h coup sûr glorieure, car elle Unirait par une balle.
Forcé en outre do renoncer à son départ pour l'AUemaffne, à cause de laprescription de son passeport d'emprunt, et par la détermination de Caroline dont il n'avait pas osé noter la pieuse résistance au pied du lit d'un mort, Edouard aurait été blâmable de rester étranger au mouvement insurrectionnel. Nous avons vu comment Maurice n'avait pas été non plus le moindre obstacle à la fuite d'Edouard.
Qui compterait les épreuves auxquelles il se soumit avant d'être accepté par les partisans d'une opinion ennemie, infailliblement mortelle à la sienne des qu'elle aurait triomphé ? Qui l'a suivi h travers les dut» souterrains où des figures sombres, rangées contre des murs humides, jugent et condamnent la royauté en jur^ sévère, impitoyable, sans appel t Qui a souffert avec lui les insultes faites à ses plus chères prédilections, afin d'obtenir au prix de tant de courageuses bassesses une place là où il y avait à combattre le visage masqué f
Ceci sera son secret.
Bientôt Theurc sonne, la nuit s'abat sur Paris, sur Paris agité, en sueur» comme un malade qui pressent la crise.
 des distances lointaines, mais dont les échos mesurent le sinistre intervalle, des coups de fea pétillent, se répondent. Au pied des rues désertes, des ombres courent, arment des pistolets, bourrent des carabines, et en fuyant se communiquent à l'oreille des paroles de ralliement.
Ici des groupes se pelotonnent; plus loin, ils s'abaissent et démolissent le sol ; leur haleine laborieuse rase les ruisseaux dont le cours est détourné. Déjà des eaux noires s'échappent en nappes bourbeuses au bas des maisons; des pierres alourdissent des tonneaux; sur ces tonneaux des planches tombent et s'appuient : ce sont des ponts, des portes, des remprts. Deixièce ces remparts grossiers, mais massifs, des fourmilières silencieuses campent et veillent ; elles fondent les balles à la lueur d'un fanal ; sous ce fanal flotte un drapeau noir.
Edouard est là. Il a mis les mains dans les pierres, dans la boue, dans le plomb.
Vienne le jour, il les lavera dans le sang !
LE KOTÂIBl DE CILilïTtLLÏ*
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