A MONSIEUR LE MARQUIS DE MONTAUSIER
Monsieur, quoique je sois très-assuré de votre amitié, et que la franchise avec laquelle vous avez accoutumé de procéder en toutes choses ne laisse pas lieu de douter de votre affection à ceux à qui vous l'avez promise, je ne laisse pas néanmoins d'avoir une extrême joie toutes les fols que vous me dites que vous m'aimez, et je ne sâurois recevoir trop d'assurances d'une chose qui m'est si avantageuse et si agréable. Le plaisir que j'ai eu à lire votre lettre est un des plus grands que j'aie reçus depuis que je suis hors de Paris, et hors les
< Il g'étolt fort tourmenté pour faire avofr l'abbaye d'Yèree à Mlle de Rambouillet : ce qui fait qu'il lui promet qu'il sera le pourceau de Vabbaye (T.). Voyez aussi Historiettes^ t. IV, p, 43*
^ Mss, de Conrartj p. G67.
4i6 LETTRES DE VOITURC.
remerciments que vous m'y faites, je n*y ai rien vu qui ne m'ait touché sensiblement le cœur. Sans mentir, monsieur, je reçois de jour en jour de nouvelles satisfactions de m'être enfin laissé vaincre à vos bienfaits, et d'avoir quitté la dureté de cœur qui m'a trop longtemps séparé de vous*. Quoique je fasse quelque scrupule de tourner ma pensée vers ce temps-là, je vous avoue pourtant que je prends quelque plaisir de m'en souvenir, pour avoir plus de joie en le comparant à celui-ci ; et (si ce n'est pas trop dire) il y a même des fois que je ne voudrois pas qu'il fût arrivé autrement: car, outre que. l'on jouit avec plus de contentement d'un bien que l'on croyoit avoir perdu, etque les amitiés qui, après avoir été interrompues, viennent à se renouer, ont quelque ardeur que les constantes et les vieilles amitiés n'ont pas, cette mauvaise intelligence m'a donné occasion de recevoir un signalé témoignage de votre bonté, en me faisant voir avec quelle douceur et quelle affection vous m'avez reçu dès que je me suis rapproché de vous. Au moins, monsieur, je sais certainement que j'en tirerai ce bon effet, qu'ayant vu une fois quelle faute j'avois faite de mal ménager l'honneur de vos bonnes grâces, et connu par expérience combien difficilement je m'en puis passer, je ne serai plus capable à l'avenir de faillir de la sorte, et que rien ne me
* « Montausier n*aToit Jamais eu d'inclination pour lui, parce quMl étoit persuadé qu'il lui avoit plutôt nui qu'autrement auprès de Mme de Montausier dans sa recherche; et il lui est arrivé plusieurs fois de dire, quand Voiture faisoit quelque chose pour rire: « MaJQ cela est-il plaisant? mais cela est-il divertissant? » (Hûforieties, t. IV, p. 44.)
A LA MARQUISE DE VARDES (1644). 4l7
sauroit jamais empêcher d'être toujours, monsieur, votre, etc.