‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 127 sur 131 · A MADAME DE B., ETC · texte numérisé non relu

A MADAME DE B., ETC

n'y faisiez plus les désordres que vous aviez accoutumé d'y faire. Je souffrois votre éloignement avec beaucoup de patience, et j'attendois votre retour dans une parfaite tranquillité. Je commençoîs à croire qu'il y avoit dans le monde quelques autres choses que vous, qui fussent aimables. Il me sembloit que quand vous seriez revenues, je serois bien trois ou quatre mois sans vous voir, et sans en mourir : et pour vous dire le vrai, je vous haîssois un peu plus que je ne vous aimois. Comme je me réjonissois d'un si grand amendement, votre lettre est venue renverser en un moment tout ce que la raison avait fait en beaucoup de temps et avec beaucoup de peine. Vous avez, comme par un effet de magie, change mon esprit avec un certain nombre de paroles, et le caractère tout seul des choses que vous avez écrites m'a rendu tout autre que je n'étois. Je m'étonnerois davantage de cette merveille, si je ne savois que des personnes, où il y en a tant, en peuvent bien faire quelques-unes, et si je n'avois connu par d'autres expériences, que dans tout ce qui vient de votre part il y a certains poisons, et je ne sais quels enchantements secrets, dont on ne peut se garder. Cependant il est vrai qu'il ne me pouvoit arriver rien de plus dangereux que cette demi-faveur que vous m'avez faite, qui a assez de force pour m'ôter de colère, et qui n'en a pas assez pour me rendre content. De sorte qu'en l'état où je suis, je ne vois pas quel parti je dois prendre, et ne puis avoir ni la satisfaction de vous haïr, comme je devrois, ni le plaisir de vous aim:r, comme je voudrois. Dans cet embarras où sj Iroiuv mon esprit, je ne vour. puis pas bien démêler ses. I. 3C

sentimenls, ni juger de quel côté il se tournera. Ce que je vous puis dire, c'est qu'il me semble que j'ai assez d'envie de vous revoir, et que je crains que je ne sois assez foible pour retomber entre vos mains. Si cela arrive, traitez -moi mieux que vous n'avez fait : car enfin, tant de dépits font mauvais effet à la longue ; et, sans mentir, ce seroit dommage que je ne fusse pas avec la même passion, et le même respect que par le passé, madame et mesdemoiselles, votre, etc.

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