‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 129 sur 131 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

(iDédiU >).

Vous m'avez appris en trois lignes tout ce que je désirois savoir, et si vous ne m'avez écrit une grande lettre, au moins vous m'avez mandé de grandes nouvelles. Selon la brièveté du style et l'importance des matières, il me sembla d'abord que c'étoit une Lacédémonienne qui m'écrivoit, et la mère de Bra§idas auroit sans doute écrit de la sorte, si elle avoit eu à parler de maître Martin ', ou à dire quelque chose des religieuses d'Yères. Sans mentir, il faut avouer que vous êtes merveilleuse en tout ce que vous faites! Vous ne vous contentez pas de posséder les vertus solides de ces dames romaines, qui étoient Thonneur de leur république; vous y voulez encore ajouter les grâces de tous les autres pays. Et quoique vous ne bougiez quasi jamais de votre cabinet , il semble que vous voyagiez tous les jours par tout le monde, pour y

* M^s. de Conrartt t. X, p. 539.

' Martin de Pinchène.

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apprendre ce qui s'y pratique de plus louable ci de digne d'être imité. J'eusse seulement désiré, madame, que vous m'eussiez dit quelque chose des potages, et si ces plats de l'entremets que nous ouïmes un soir prononcer si barbarement, ont été mieux exécutés qu'ils ne furent lus par M. de Chaveroche *. Une chose d'une si grande instruction méritoit bien, possible, d'être traitée plus amplement, et il seroit à désirer, pour la satisfaction des honnêtes gens, que M'*® Paulet, qui n'écrit pas tant à la laconique que vous , eût entrepris la description de toute cette affaire. Cependant je me réjouis de ce que maître Martin a dégagé si glorieusement sa parole et la mienne. Je vous supplie très-humblement de le reconnoître, autant que son affection et sa capacité le méritent, et de lui donner dans votre esprit une place tout auprès d'Alexandre ^ Je ne sais, madame, si je puis prétendre d'être mis avec ces deux grands hommes; mais si vous me faites cet honneur, ce sera une grâce que je tiendrai purement de votre bonté, et qui m'obligera sur toutes choses, à être toute ma vie, madame, votre, etc.

Post'Scriptum. — Madame, si vous n'aimez monsieur votre mari beaucoup moins que de coutume, vous ne serez pas fâchée que je l'assure ici que je suis son trèshumble et très-obéissant serviteur. Je ne me saurois pas empêcher aussi de dire à M. de Chaudebonne que personne ne l'honore et ne le respecte plus (|ue moi ; et, sans mentir, il y a quelques heures au jour, où je

' Voyez plus haut, p. 414.

^ Voyez plus haut, p. 170.

AU COMTE d'aLAIS (l044). 429

doute si je vous aime plus que lui. Je me réjouis extrêmement de l'avis que Ton a donné à M. de Vaugelas. Il est bien raisonnable qu'ayant jusqu'ici converti en air toutes les choses qu'il a commencées, il convertisse à cette heure l'air en quelque chose. Hé! madame, au pauvre pourceau \ dites-lui, s'il vous plaît, un compliment pour moi., etc.

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