‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 36 sur 131 · A MiOE|IO(S?LLE pB RAMP0UI(.tET K · texte numérisé non relu

A MiOE|IO(S?LLE pB RAMP0UI(.tET K

[Juillet 1632 ^]

Mademoiselle, je n'ai garde de trouver rien h redire à voire prudence, puisqu'elle est jointe avec tant de bonté, et qu'elle ne s'emploie pas moins à pourvoir aux biens des autres, qu'aux vôtres mêmes. J'avoue que je me fusse étonné d'être le premier malheureux que vous eussiez abî^ndonné, et que vous eussiez fait sur moi l'apprentissage de cette vertu impitoyable, qui n'a encore pu compatir avec votre générosité. Aussi puisque les actions qui se font avec péril sont plus estimées que les autres, il ne faut p^s toujours chercher toute sorte de sûreté à bien faire, et vous êtes, ce me semble, mademoiselle, particulièrement obligée d'avoir soin des misérables, puisqu'avec des paroles seulement, vous pouvez changer^ leur condition. Celles que vous m'avez fait l'honneur de m'cnvoyer ont fait en moi tout l'effet que vous pouvez imaginer, et je n'ai été depuis tourmenté de rien, que du regret de ne ppuvQJr témoigner le ressentiment que j'en ai. Il est vrai, madempiselle, que lorsque vous ne voulez pas être méchante, vous êtes la plus accomplie personne du monde, et la bonté qui est si aimable en tous les sujets où elle se trouve est beaucoup plus estimable en vous, en qui elle est mieux accompagnée

' Mss. cleConrarl,\i,Q\l.

' Celte lellre nu porte poinl de i]ate; peut-être élait-elle jqîQle à la précéilente.

^ Changer au sens actif, c*c§t*à- lire « faire changer. «

qu'elle ne fut jamais en personne. Je n'eusse pas tant différé à vous remercier très-humblement de celle qu'il vous a plu avoir pour moi, si j'en eusse trouvé l'occasion, et je mets cette lettre entre les mains de la fortune, sans voir comme elle pourra passer au travers de tant de difficultés et de feux qui nous entourent. Je crois pourtant qu'elle sera assez heureuse pour ne se point perdre, puisque c'est à vous qu'elle s'adresse, et que vous ne manquerez pas de la recevoir par ce bonheur que vous dites que vous avez en toutes les petites choses. J'en aurois ici beaucoup à vous dire qui ne sont pas petites, et que je voudrois bien que vous sussiez. Mais je crois que vous voulez que je sois prudent aussi bien que vous, et que je n'écrive rien qui soit sujet à être expliqué. Cependant, quoique nous soyons du parti contraire, je crois que je puis dire sans crime qu'il n'y a personne dans le nôtre que je suivisse si volontiers que vous, et que je serai toute ma vie, avec toute sorte de respect et de véritable estime, votre, etc.

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