A MONSIEUR DU FARGIS
De Madrid, ce 8 joia 1 633.
Monsieur, à ce que je vois, vous êtes aussi libéral de louanges comme de toute autre chose ; et ne me pouvant secourir autrement dans la nécessité ou je suis, vous m'envoyez au moins les plus belles paroles du monde. Je ne les saurois mieux employer qu'en
> Mt8. de Conrarif p. 922.
VOUS les rendant à vous-même, et si je ne me sers de celles-là, j'avoue que je n'en trouve point pour reconnoitre l'honneur que vous me faites. Aussi, monsieur, je crois que vous me les avez écrites, prévoyant le besoin que j'en aurois; et en me donnant tant de sujet de vous louer, vous avez eu soin de me donner aussi de quoi le pouvoir faire. Cette faveur m'oblige à recevoir patiemment les reproches que vous me faites; et comme je reçois de vous des honneurs qui ne me sont pas dus, il est raisonnable que j'en souffre des plaintes que je n'ai pas méritées. Sans cela, je vous demanderois raison de ce que vous m'accusez de l'extrême envie [que j'ai] de sortir de ce lieu, et pourquoi vous appelez haine ce que vous pourriez attribuer à affection. Je connois aussi bien que personne les délices d'Espagne; mais je pense, monsieur, que vous croyez qu'il n'y en a point de si grandes pour moi que d'être auprès de mes amis r et si Paris même a pu me déplaire par l'absence de mon maître , vous ne devez pas trouver étrange que je me sois ennuyé à Madrid, et que je n'aie point eu de plaisir en un lieu où je n'ai pu avoir de santé. Mais quand cette passion seroit aussi injuste que vous dites, vous ne devriez pas me reprocher une injustice que je fais pour Tamour de vous, ni trouver mauvais que j'aie une trop grande passion de vous voir. Si je rencontre au lieu où vous êtes les mêmes incommodités que je fais ici, elles ne me sembleront pas les mêmes quand je les porterai en votre compagnie, et je m'étonne que vous me dites cela dans votre lettre, où vous me mandez qu'il y a de là des personnes avec qui ce que Ton éprouve de