A MONSIEUR DE CHAUDEBONNE
[Gibraltar, premier jour d'août 1633.]
Monsieur, je vous écris à la vue de la terre de Barbarie, et il n'y a entre elle et moi qu'un canal, qui n'a au plus que trois lieues de largeur, quoique ce soit l'Océan et la mer Méditerranée tout ensemble. Vous serez étonné de voir si loin un homme qui prend si peu
' On se souvient que W^^ Paulet avait été surnommée la lionne.
2 Mme, Mlle Je Rambouillet et M'i^ Paulet (T.).— M^e Paulet ne ((aurait être comprise dans les trois, puisque c'est à elle que la lettre est adressée.
3 Mss. de Conrart, p. 907.
de plaisir à courre, et qui avoit tant de hute de se rapprocher de vous. Mais Tavis que Ton m'a donné, que cette saison n'étoit guère propre à la navigation, pour les grands calmes qu'il y a, et que difficilement je trouverois embarcacion devant le mois de sep* iembre, m'a fait naître l'envie et le loisir de faire cette promenade; et j'ai mieux aimé souffrir le travail du chemin que l'oisiveté de Madrid. De sorte qu'après avoir vu à Grenade tout ce qui y reste de la magnificence des rois mores, l'Alhambra, le Zacatin et cette célèbre place de Yivarambla où j'avois imaginé autrefois tant de tournois et de combats, je suis venu jusqu'à la pointe de Gibraltar; d'où, aussitôt que l'on aura équipé une frégate, j'espère passer le détroit et voir Ceuta, et au retour de là, prendre le chemin de Calis, San*Lucar et Séville, et me rendre à Lisbonne. Jusqu'ici, monsieur, je ne me suis point repenti de cette entreprise, laquelle en cette saison a semblé téméraire atout le monde. L'Andalousie m'a réconcilié avec tout le reste de l'Espagne, et l'ayant passée en tant d'autres endroits, je serois bien fâché de ne l'avoir point vue en celui seul par où elle peut paroître belle. Vous ne trouverez pas étrange que je loue un pays où il ne fait jamais froid et où naissent les cannes de sucre '. Mais je vous assure qu'il y a ici tel rnelon que l'on pourroit venir manger de quatre cents lieues; et cette terre pour laquelle tout un peuple erra si longtemps dans les déserts ne pouvoit être, à mon avis, guère plus délicieuse que celle-ci. J'y suis servi par des esclaves qui
* Nous' voyons, par maint endroit de ces lettres, que Voilure était très-frileux et friand de toute espèce de sucreries.
A MONSIEUR DE GUAUDEBONNE (l633). 159
pourroient être mes maîtresses, el sans péril j'y puis partout cueillir des palmes. Cet arbre, pour qui toute Tancienne Grèce a combattu et qui ne se trouve en France que dans nos poètes, n*est pas ici plus rare que les oliviers, et il n'y a pas un habitant de cette côte qui n'en ait plus que tous les Césars. On y voit tout d^unc vue les montagnes chargées de neiges et les campagnes couvertes de fruits. On y a de la glace en août et des raisins en janvier. L'hiver et l'été y sont toujours mêlés ensemble ; et quand la vieillesse de l'année blanchit la terre partout ailleurs, elle est ici toujours verte de lauriers, d'orangers et de myrthes. Je vous avoue, monsieur, que je tâche à vous la faire sembler la plus belle qu'il me sera possible; et vous ayant exagéré autrefois le mal que j'ai rencontré en Espagne, si je ne veux pas m'en dédire, je crois au moins être obligé de vous décrire avantageusement ce que j'y trouve de bon. Cependant, il y a de quoi s'étonner qu'un homme aussi libertin que moi so hâte de quitter tout cela pour aller trouver uu maître. Mais, à la vérité, le nôtre est tel, qu'il n'y a point de délices que l'on ne doive préférer à Thonneur et au contentement de le servir, et la liberté, qui est estimée la plus aimable chose du monde, ne Test pas tant que Son Altesse. Vous savez que je n'ai guère d'inclination à la flatterie, et une des plus remarquables singularités qui soient en Monseigneur est de ne la pouvoir souffrir. Mais il faut avouer que, outre les hautes vertus que la grandeur de sa naissance lui donne, son affabilité et sa bonté, la beauté et la vivacité de son esprit, le plaisir avec lequel il écoute les bonnes
160 LEITKES DE VOITURE.
choses et la grâce dont il les dit lui-même, sont des qualités qui à peine se trouvent nulle part au point qu'elles paroissent en lui. Et ^i ce n'est que pour voir quelque chose de rare que je cours le monde, je n'ai que faire de passer plus loin et je ferai mieux de me ranger auprès de sa personne. Je considère ici tout ce que je vois avec plus de curiosité que je n'en ai de moi-même pour satisfaire quelque jour à celle de Son Altesse, et je sais que quand j'aurai eu l'honneur de l'entretenir une fois, il le saura toute sa vie mieux que moi. La prodigieuse mémoire de ce prince est une des considérations qui m'a autant consolé durant cet éloignement : car je suis assuré que j'y suis encore, puisque j'ai eu l'honneur d'y être autrefois, et je ne serai pas si malheureux que d'être la seule chose qui en soit jamais sortie. Son Altesse, qui n'a jamais oublié un tribun, ni un édile, ni même un soldat légionnaire qui ait été une fois nommé dans l'histoire ', n'oubliera pas, que je crois, un de ses serviteurs, et tout le globe de la terre étant en son imagination mieux que dans nulle carte du monde, quelque loin que j'aille, je ne dois pas craindre pour cela de sortir de l'honneur de son souvenir ^ Je vous supplie pourtant très-humblement, monsieur, vous qui avec tant de bonté me procurez toutes sortes d'honneurs et d'avantages, de me faire la faveur de trouver occasion de témoigner à Monseigneur l'extrême désir que j'ai
* Tallemant conûrme dans ses Hisioriellei (t. III, p. 82 ], ce que Voiture dit ici de Tétonnante mémoire de Gaston, et ajoute qu'il savait par cœur les noms de tous les simples.
' Voyez Doutes sur la langue française, p. 7f .
d* avoir l'honneur de me voir à ses pieds*, et les vœux que je fais tous les jours pour une santé si im* portante à tout le monde que la sienne. Si, après cela, je désire encore quelque chose de vous, c'est seulement que vous preniez garde, s'il vous plaît, que le temps ne m'ôte rien de la part que si libéralement vous m'avez donnée en votre affection. Mais voyez où me porte l'excès de la mienne, qu'elle me fait douter du plus constant et du plus généreux de tous les hommes. Vous qui savez, monsieur, qu'en tous ceux qui aiment beaucoup il y a toujours quelques mouvements qui ne sont pas de la raison, pardonnez-moi, s'il vous plaît, cette crainte, et considérez que je suis excusable, étant avec tant de passion, monsieur, votre, etc.
Post'Scriptum. — Je voudrois bien que M™e la comtesse de Barlemont et Mi"^ la princesse de Barbançon ^ sussent que je me souviens extrêmement d'elles à un des bouts de TEurope, et que je vais passer la mer pour voir si l'Afrique, que l'on dit produire toujours quelque chose de rare, a rien qui le soit tant qu'elles.
De Ceuta, oe 7 août 1633.
Mademoiselle, enfin je suis sorti de TEurope, et j'ai passé ce détroit qui lui sert de bornes. Mais la mer
' Voyez Doutes sur la latigue française, p. 236.
^ Dans une lettre écrite de Bruxelles par M. de Marigny à Gaston d'Orléans, à Blois, sur les dames de la cour de Lorraine, il est parié d'une duchesse de Wirlemberg, aulrcfois M'ic de Barbançon (Voyez Mss. de Conrari, in-fol.j t. V, p. C83).
' Mss. Conrart, p. 749.
qui est entre vous et moi ne peut rien éteindre de la passion que j'ai pour vous, et quoique tous les esclaves de la chrétienté se trouvent libres en abordant cette cote» je ne suis pas moins à vous pour cela. Ne vous étonnez pas de m'ouïr dire des galanteries si ouverte* ment : Tair de ce pays m'a déjà donné je ne sais quoi de félon, qui fait que je vous crains moins, et quand je traiterai désormais avec vous, faites état que c'est de Turc à More*. Il ne vous doit pas pourtant déplaire que Ton vous parle d'amour de si loin : et quand ce ne seroit que par curiosité, vous devez être bien aise de voir des poulets de Barbarie. 11 manquoit à vos aventures d'avoir un amant au delà de TOcéan , et comme vous en avez dans toutes les conditions S il faut que vous en ayez dans toutes les parties du monde. Je gravai hier vos chiffres sur une montagne qui n'est guère plus basse que les étoiles, et de laquelle on dé* couvre sept royaumes; et j'envoie demain des cartels aux Mores de Maroc et de Fez, où je m'offre à soutenir que l'Afrique n'a jamais rien produit de plus rare, ni de plus cruel que vous. Après cela, mademoiselle, je n'aurai plus rien à faire ici, que d'aller voir vos parents, à qui je veux parler de ce mariage, qui a fait autrefois tant de bruit, et tâcher d'avoir leur consentement*, afin que personne ne s'y oppose plus. A ce que j'entends, ce sont gens peu accostables. J'aurai de la peine à les trouver. On m'a dit qu'ils doivent être
* Ce proverbe est tout à Tait de circonslance, comme le remarque justement le P. ^uhoun { Remarques nouvelles, p. &92). ^ Voyez plus haut, p. 112.
3 Gela 8'entcnd de lui cl d'elle. Une vieille parente de M"<: Paulet,
au fond de la Libye, et que les lions de celte côte sont moins nobles et moins grands. On en vend ici de jeunes qui sont extrêmement gentils. J*ai résolu de vous en envoyer une demi-douzaine, au lieu de gants d'Espagne : car je sais que vous les estimerez davantage, et ils sont à meilleur marché. Tout de bon, on en donne ici pour trois écus qui sont les plus jolis du monde : en se jouant, ils emportent un bras ou une main à une personne, et après vous, je n*ai jamais rien vu de plus agréable. Disposez, s'il vous plait, M™® Anne à s'accommoder avec eux et à leur donner la place de Dorinthe '. Je vous les enverrai par le premier vaisseau qui partira, et plût à Dieu que je pusse aller avec eux me mettre à vos pieds ! Ce sera là, mademoiselle, qu'ils auront sujet d'être les plus fiers animaux de la terre, et de s'estimer les rois de tous les autres.
Mais une des plus grandes marques que je puisse donner que l'air d'Afrique m'a inspiré quelque félonie, c'est que j'ai écrit déjà trois pages, et que j'ai pensé achever cette lettre sans parler de [M™® de Rambouillet]. Je vous assure pourtant, qu'en quelque part que je sois, elle est toujours dans mon cœur et dans mon souvenir, et même en ce moment, ben che di tanta lontananza, H fo umilissima riverensa^ et suis son très-humble et très-obéissant serviteur, Branbano \ Tant que je serai hors de la chrétienté, je n'oserois rien
nommée M"^ Anne, cruignoil fort que ce mariage ne se fit (T.). — Elle est nommée quelques lignes plus lias.
' Femme de chambre de W^^ Paulet.
^ Ainsi Ûnissoit ses lettres un homme d'affaires que M. do Rambouillet avoit à Rome (T.).
dire à M"»® [de Clermont]. Pour M"« [de Rambouillet], elle ne me voudra pas, que je crois, plus de mal pour cela. J'espère lui payer quelque jour le plaisir que j'ai eu d'ouïr les aventures d'Alcidalis, en lui racontant les miennes. Je lui ferai entendre des choses étranges et incroyables , et pour les fables, je lui rendrai des histoires. Votre serviteur * a toujours dans mon esprit la place que son mérite et l'affection qu'il me fait l'honneur d'avoir pour moi, lui doivent donner. Mais, mademoiselle, il y a un de vos amis ' que j'aime avec taut de passion, que j'en oublie mon devoir, et qu'il ne me souvient pas de dire combien je le respecte et l'honore. L'extrême envie que j'ai d'être dans son souvenir, m'a pensé obliger à faire une folie : car, sans considérer toutes les raisons qui me doivent arrêter, il ne s'en est guère fallu que je ne lui aie écrit, et j'avois résolu de commencer ainsi :
« Monseigneur, je ne saurois m'empêcher de vous « écrire, quand ce ne seroit que pour dater ma lettre u de Geuta. Après avoir vu les palais des rois de Gre- « nade et la demeure des Abencerrages, j'ai voulu voir «c le pays de Rodomont et d'Agramant, et connoitre la « terre d'où sortirent tous ces grands hommes,
Che furo al tempo che patsaro % Mori D*Africa U mar e in Francia nocquer tanto.
Je crois, mademoiselle, que ce commencement lui eût donné envie de voir le reste, que j'eusse continué de celte sorte :
« Si vos inclinations ne sont changées, je sais, mon-
' M. de Pisani.
' Le cardinal de la Valette.
« seigneur, que vous ne désapprouverez pas cette cu- « riosité, et que dans la félicité où vous êtes, il y aura a quelques heures où vous envierez la condition d'un « banni et d'un misérable. Au cas que j'obtienne un a passe-port que j'espère à Tetuan, et que les Alarbes ^ « qui couvrent cette campagne ne rompent pas mon « dessein, j'aurai le plaisir de voir dans quelques jours «c une ville toute pleine de turbans, un peuple qui ne « jure que par Allah, et des Africaines qui n'ont rien « de barbare que le nom, et lesquelles, malgré le soleil « qui les brûle, sont plus belles et plus brillantes que « lui. C'est un pays, monseigneur, où il n'y a point de « sottes, de froides, ni de cruelles. Elles sont toutes « amoureuses, pleines de feu et d'esprit : et (ce que « quelqu'un y estimera davantage) elles ne vont ja- « mais à confesse. Par le contentement que j'aurai de « voir toutes ces choses % vous pouvez juger, mon- « seigneur, que ce n'est pas toujours la fortune qui a rend les hommes heureux, et qu'il n'y en a point de « si mauvaise qui n'ait quelques bons endroits, pourvu « que l'on les sache trouver. Tandis que votre bon- « heur vous occupe et qu'il vous donne au moins les « soins de vous en servir et de le bien employer, je « jouis du loisir et de la liberté, où mon malheur me < laisse. Il me semble qu'en m'ôtant la France, on m'a « donné le reste de la terre, et que je ne me dois non <K plus plaindre du destin qui m'en a chassé, que les
* Nom donné anciennement aux Arabes établis en Barbarie, et qui paraît avoir été formé de i'article al, et du substantif Arabes ; les Alarabes, puis les Alarbes pour les Arabes.
2 Var. tout cela (C).
c léthargiques de ceux qui les pincent et qui les frap- « pent pour les réveiller. Au lieu que je passois ma vie « entre dix ou douze personnes, en cinq ou six rues et « deux ou trois maisons; changeant maintenant de c lieu à toute heure, je vois des montagnes, des déserts (( et des précipices, des fleurs et des fruits que je a n'avois jamais ouï nonuner, des peuples diiïérents, (( et des rivières et des mers qui m*étoient inconnues, c Je change tous les jours de villes, toutes les semaines c de royaumes. Je passe en un moment d'Europe en « Afrique, et j'irois plus aisément à la source du Nil, « que je n'eusse été autrefois à celle de Rungis '. Si en « cet état de vie, monseigneur, je ne goûte pas les dé- « lices dont vous jouissez dans Tentretien des seules
< aimables personnes du monde, au moins n'ai-je pas
< aussi ces heures de chagrin et d^accablemcnt qui ce empoisonnent jusqu'à l'âme et qui peuvent tuer « en une heure le plus fort homme du monde. Dans
< l'innocence où je vis, je prie Dieu qu'il vous garde « et qu'il conserve longtemps en votre personne la « plus pure générosité de notre siècle, et tant d'autres « belles qualités qu'il vous a données. Si, après cela, « je fais quelque souhait particulier pour moi, c'est « qu' [ayant trouvé] la fin de tant d'erreurs, je puisse « avoir l'honneur de vous en entretenir et vous témoi- « gner, monseigneur, que je ressens, comme je dois,
< les solides obligations que j'ai d'être, monseigneur, « votre, etc. »
' Petit village, à une lieue de Sceaux, célèbre par ses sources d'eaux nalurelles. Le cardinal Richelieu y avait deux maitons de campagne dont il fit présent à Golletet.
Mais, mademoiselle, pour un homme qui vouloit vous écrire un poulet, il me semble que je mets ici beaucoup de choses qui n'y pouvoient entrer. Voilà ce que c'est que de n'y être pas accoutumé, et de m'avoir tenu si longtemps en contrainte. Si vous m'eussiez permis dès le commencement de vous en envoyer. J'en saurois faire à cette heure de fort jolis, et je ne finirois pas niaisement comme je fais, en disant que je suis, mademoiselle,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
VOITURE l'africain.
54. *— A LA MÊME> (En lui enyoyaut plusieurs lions de cire rouge).
[Même date.]
Mademoiselle, ce lion ayant été contraint, pour quelques raisons d'État, de sortir de Libye avec toute sa famille et quelques-uns de ses amis, j'ai cru qu'il n'y avoit point de lieu au monde où il se pût retirer si dignement qu'auprès de vous, et que son malheur lui sera heureux en quelque sorte, s'il lui donne occasion de connoître une si rare personne. 11 vient en droite ligne d'un lion illustre, qui commandoit, il y a trois cents ans, sur la montagne de Caucase, et de l'un des petits-fils duquel on tient ici qu'étoit descendu votre bisaïeul, celui qui le premier des lions d'Afrique passa en Europe. L'honneur qu'il a de vous appartenir me fait espérer que vous le recevrez avec plus de douceur et de pitié, que vous n'avez de coutume
' Msf. de Conrart, p. 095.
d'en avoir, et je crois que vous ne trouverez pas indigne de vous d'être le refuge des lions affligés. Cela augmentera votre réputation dans toute la Barbarie, où vous êtes déjà estimée plus que tout ce qui est delà la mer, et où il ne se passe jour que je n'entende louer quelqu'une de vos actions. Si vous leur voulez apprendre l'invention de se cacher sous une forme humaine, vous leur ferez une faveur signalée : car par ce moyen , ils pourroient faire beaucoup plus de mal et plus impunément. Mais si c'est un secret que vous vouliez réserver pour vous seule, vous leur ferez toujours assez de bien, de leur donner place auprès de vous et de les assister de vos conseils. Je vous assure, mademoiselle, qu'ils sont estimés les plus cruels et les plus sauvages de tout le pays, et j'espère que vous en aurez toute sorte de contentement. Il y a avec eux quelques lionceaux qui, pour leur jeunesse, n'ont encore pu étrangler que des enfants et des moutons ; mais je crois qu'avec le temps ils seront gens de bien, et qu'ils pourront atteindre à la vertu de leurs pères. Au moins sais-je bien qu'ils ne verront rien auprès de vous qui leur puisse radoucir ou rabaisser le cœur, et qu'ils y seront aussi bien nourris que s'ils étoient dans leur plus sombre forêt d'Afrique. Sur cette espérance que j'ai que vous ne sauriez manquer à tout ce qui est de la générosité, je vous remercie déjà du bon accueil que vous leur ferez, et vous assure que je suis, mademoiselle.
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
LÉONARD, Gouverneur des lions du roi de Maroc.
AU DUC n*OLIVARÈS (1633). 169