A MONSIEUR DE LIONinsS à Rome
A Parit, le 7 février 1639.
Monsieur, quoique vous m'ayez donné les plus mauvaises heures que j'aie eues en tout mon voyage, et que personne ne m'ait si mal traité à Rome que vous, je vous assure que je n'y ai point vu d'homme que
* Hugues de Lionne était né à Grenoble en 1611, et nevea de Servien, qui le prit aveclui afin de l'initier aux affaires. En 1636 il alla faire un voyage à Rome, oii il gagna l*amiliéel la confiance de Mazarin. Voyez l'abri^gé de sa vie par Saint-Ëvremond.
je désirasse tant de revoir» ni que je servisse si volontiers. Il arrive peu soavent qu'en ruinant une personne on acquière son amitié. Mais vous avez eu cette fortune-là avec moi, et votre génie est en toutes choses si puissant dans le mieû, que je n'ai pu me défendre de vous d'une façon ni de Tautre ; et qu'en me gagnant mon argent, vous avez encore gagné mon cœur, et vous êtes rendu maître de ma volonté. Que si j'ai été si heureux que de trouver quelque place dans la vôtre, ce gain^là me dépique de toutes mes pertes, et je pense avoir plus profité que vous dans le commerce qu0 nous avons eu ensemble. Quoique j'aie acheté bien cher votre connoissance, je ne crois pas l'avoir payée à beaucoup près ce qu'elle vaut; et j'en donnerois bien v4>lontiers encore autant pour trouver dans Paris un autre homme comme vous. Cela étant ainsi» monsieur, vous devez être assuré que je fa*ai toujours tout ce qui pourra me conserver un honneur. que j'estime tant, et que je ne perdrai pas légèrement un ami qtti m'a tant conté. J'ai fait tout ce que vous avez désiré dans l'affaire dont vous m'avez écrit, et je vous obéirai de la même sorte dans toutes les choses que vous me commanderez : car je suis de tout mon cœur, et avec toute l'affection que je dois, votre» elc^
lis. — À MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE LA VALETTE.
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Monseigneur, si vous vous souvenez de la passion que vous m'avez vue autrefois pour Renaud et pour Roger, vous ne douterez pas de celle que j'ai à cette heure pour ce qui vous regarde, puisque vous faites
en pourpoint tout C6 que ceux-là faisoient avec dë& armes enchantées. Quand vous auriez été fée, vous ne vous seriez pas jeté dans le péril plus hardiment que vous avez fait, et vous avez porté la valeur jusques auK dernières bornes où elle peut aller, et au plus haut point où la puissent mettre ceux qui n'ont point d'autre vertu que celle-là. Je vous avoue , monseigneur, que si la guerre avoit été achevée par ce dernier exploit, dont vous avez été la principale cause, et qu'il ne vous restât plus rien à faire qu'à venir triorar I^er, je reeevrois une extrême joie de tout ce que j'entends dire ici de vous; et je me mettrois à écrire votre histoire avec beaucoup de repos et de plaisir. Mais quand je songe qu'il y aura d*autres occasions où vous pourrez courre la même fortune, et que je ne suis pas assuré de ce qui arrivera à la fin du livre, je ne sau^rois jouir qu'avec inquiétude de la gloire que tout le monde vous donne, et la crainte de l'avenir ne me laisse pas bien sentir le contentement des choses présentes *. Je laisse donc à ceux qui n'ont pas tant d'affection que j'en ai et à qui vous n'êtes pas si nécessaire qu'à moi, la charge de vous donner des louanges. Pour moi, tout ce que je puis faire à cette heure, c'est de vous supplier très-^humblement, monseigiieiir, de mé^ aager mieux la plus iilu^re personne de notre siècle, et de ne donner pas tant à la vaillance que vous en violiez la juBtiœ. Cdle-ci veut que vous ne hasardiez
' Le cardinal de la Valette mourut «n effat le n septembre de e«lie mèmfi année, dm raites de «es fatif ues et peut-être du chagrin que lui avait donné le mauyais succès de ses deux dernières campagnes.
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pas si librement le bien de tant de monde, et que vous conserviez avec plus de soin une vie où tons les honnêtes gens ont intérêt, et qui importe plus à la France qoe tout le pays que vous défendez. Je suis, monseigneur, votre, etc.