A MONSISUR CHAPELAIN
A Paru, le 10 d*aoât 1639.
Monsieur, je ferai ce que vous désirez. Si c'est pour Tamour de vous ou pour Tamour de M. de Balzac, je ne saurois vous le dire et je ne démêlerois pas cela, quand j*y songerois jusqu'à demain. Vous avez tous deux une si égale autorité sur moi, que si en même temps l'un me commandoit de manger, et l'autre de boire , je mourrois de faim et de soif, au moins selon les philosophes : car je ne trouverois jamais de raison de me déterminer plutôt à l'un qu'à l'autre. Mais de bonne fortune, vous vous entendez si bien ensemble que vous ne me ferez jamais de commandements contraires, et vous êtes tellement d'accord, que toutes les fois que je ferai ce que l'un me commandera, j'obéirai à tous les deux. Je suis fâché de votre clou, et je vous plains. Mais, à ce que je puis juger, ce n'est rien au prix de celui que j'ai. I^e mien est latus clavits,
Cwn lato pwrpwra elavo,
et si vous en aviez un pareil sur le nez , vous l'auriez sur tout le visage. II me fait encore grand mal. Gela
* Souscarrière, dit le marquis de Montbrun , importa d'Angleterre l'usage des chaises à porteur dont il obtint le privilège. Voyeg Talleniant, HislorieUes, t. Vil, p. 98.
' Mis, de Canrari^ p. 84 1 .
A LA MARQUISE DE SABLÉ (l639). 329
me dispense de vous aller voir : car, afin que tous le sachiez, il y a jus lati elavi. Je suis, monsieur, votre, etc.
[De Paris, .... 1639?]
Madame, quelque galantes que soient les lettres de M. de la Mesnardière% nous n'avons pu nous contenter, M^'o de Chalais et moi, de ne recevoir que cela à ce voyage, mëmement ne nous ayant appris autre chose, sinon que vous étiez fort enrhumée. Mais cela est étrange, que moi qui vous ai tant fait la guerre d*être trop craintive en ce qui est de votre santé, j'ai pris à cette heure même humeur pour ce qui vous regarde, et qu'un rhume que vous avez me tourmente plus qu'une fièvre continue que j'aurois. 11 est vrai que j'y ai maintenant assez d'intérêt pour m'en mettre en peine, puisque de là dépend votre voyage, et de votre voyage toute ma joie. Car je vous assure, madame, que je suis résolu à n'en avoir aucune si vous ne venez pas, et que je dois être le plus heureux ou le plus malheureux homme du monde cet hiver, selon la résolution que vous prendrez. Je vous puis dire aussi que vous aurez votre part du contentement que vous nous donnerez, et que vous serez ici indubitablement plus divertie
' Ms8, de Conrart, In-4, t. X, p. 548. Manque dans la première édition.
' Po«te bel-esprit, particulièrement attaché à Mme de Sablé. Ses œuvres ont été imprimées, Paris, 16&6, in-4. Yoyez le Pat' noue françoi» de Titon du Tillet.
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et plus gaie, et par conséquent plus saine. Mais« en attendant que vous veniez, que vous seriez bonne si voup vouliez envoyer devant M^*^' [Coulo] et M'^^^ [de Boi3 d* A* mour], afln qu*au moins durant ce temps-là j'aie quelqu'un à qui parler de vous, et avec qui je puisse tromper mon impatience !
Cela est bien hardi, madame, d'effacer trois lignes tout de suite, en écrivant à une marquise. Mais vous savez mieux que personne combien il m'importe que cela soit permis, et de quelle utilité est dans la société humaine la liberté des effaçures. Je n'écris point à [ArmandeJ : car je suis dépité de ce qu'elle ne m'a point écrit ce dernier voyage. J'envoie une bourriche * de galants, que je vous supplie très-humblement de faire mettre entre les mains de sa confîdente. Elle en usera comme elle verra plus à propos , et les gardera pour elle si elle juge qu'elle ne les puisse présenter à [Ârmande], sans donner du soupçon à sa mère. Je la prie pourtant de choisir les plus beaux et de vous les présenter de sa part. Je dirois de la mienne, si j'osois, et si je ne savois bien que vous ne prenez guère de plaisir, quand on vous donne. Je leur envoie aussi des images , pour ce qu'il m'est souvenu que je leur en avois promis. Je ne vous mande rien de votre amie. La pauvre fille, comme je crois, est en un déplorable état. Son mari ne part jamais un moment d'auprès
* Panier d'osier, dans quoi on envoie des chapons du Maine. qu'on appelle bourriches (T.). Le mol était nouveau alor««
d'elle. 11 rétouffe à toute heure ; et sa mère * ne Tétouffe pas moins. Enfin jamais personne ne fut si peu mariée, et ne le fut tant« Madame, venes vitement voir cela. Je suis, votre, eto.
Post^scriptum inédit. — [Je m*en vais faire un petii voyage à Blois ; mais je serai à Paris dès que je saurai que vous y serez ou que quelqu'un des vôtres y sera.]