A «ADAlIt LA MARQUIBB PI SABLÉ
(Inêaito*.)
[Antértoore i 1640*.}
Les précautions avec lesquelles vous priez M^** de Chalais de me parler de votre affaire, m*ont semblé être d*une personne peu judicieuse et peu généreuse : car vous avez mal jugé de mon cœur, et vous me devez faire présumer que vous ne vous résoudriez pas aisément à me faire un plaisir important, puisque vous avez tant de peine à demander de moi un si léger ser* vice. Sur ma part de paradis, j'aurois fait pour maître Jean ce que vous avez eu peur que je vous refusasse, et quand ce seroit ma vie que vous eussiez désirée, c*eût été encore la demander avec trop de façon que de la demander de la sorte. Je suis bien marri que vous, qui vous vantez dans la même lettre d'avoir un bonheur particulier pour oonnottre les cœurs, connoissiez si mal le mien, et que vous soyez si loin d*imagi<» ner jusques où va mon affection pour votre service.
* Le mal de mère (T. ).
^ Mis. de Cùnrarif in.*4« t. X, p. &65.
* A cause de la mention qui y est faite de M, de Bullion , \9r quel mourut e^Ue même année 1640.
Mais, dites-vous» il y a des personnes. Je vous avoue, madame, que je ne croyois pas qu'il pût arriver que vous parlassiez jamais de moi en ces termes-là; et, sans mentir, il ne se peut rien de jplus offensant. Pour vous dire le vrai, toute cette procédure me semble étrange, et d'une autre que de vous ; et je m'étonne que cela soit arrivé à une personne qui a tant de jugement dans toutes les autres choses, et en laquelle je puis dire que je n'avois rien vu jusqu'à cette heure qui pût déplaire. Ne trouvez pas, s'il vous plait, madame, que je sois trop rude, ni que j'écrive du style de M"*® de Querveno '. Considérez le sujet que j'ai de me plaindre, et si vous voulez que mon ressentiment passe^ trouvez bon que je m'en sois déchargé le cœur. Je fus hier voir M. d'Irval S qui est celui que vous appelez M. d'Avaux, et qui est surintendant des affaires de M. de Mantoue ^ ; je ne pus parler à lui, pour ce qu'il étoit malade. Je fus trouver de là un nommé M. Pépin S qui est intendant de la même maison, fort
* N'est-ce pas plutôt U^ de Querver, dont parle TaUemant (BUtariettes^ t. IX, p. 9d), « femme d'un receveur général de Paris, et telle qu'il n*y en eut guère une plus laide, plus sotte ni plus folle ?» Le même Tallemant mentionne cependant à diverses reprises, notamment dans VBistorieite de Voiture (t. 1II| p. 35], la famille de Kerveno, comme étant liée avec U^« de Sablé.
' Jean-Antoine de Mesme, seigneur d'Irval, le frère cadet de Henri de Mesme, président an parlement de PariS| et de Claude de Mesme, comte d'Avaux. Yoyei la Jeunesse de lf°» de Longue^ vilte, chap. IV, p. 369.
3 Charles de Gonsague, duc de Nevers, puis de Mantoue, par l*exUnction de la branche aînée de Gonzague en 1627, père de la reine de Pologne ( voyez Lettre 190), et de la princesse palatine.
* Est-ce le même dont il est parlé plus bas.( Lettre 195), comoie
entendu et fort de mes amis ; je lui dis que l'on m'avoit donné avis de telle chose touchant la pairie du Maine. Il me dit qu'il y avoit longtemps qu'il le savoit et qu'il croyoit y avoir remédié. Je lui demandai comment? Il me répondit : En remontrant à M. de Bulion et à M. le garde des sceaux l'injustice que ce seroit, et qu'ils ne sauroient venir à bout de cela, pour ce que ce seroit renverser toutes choses , et que nous nous opposerions partout à la vérification de l'édit par lequel on voudroit faire passer cela. Et en effet, me ditil , je crois que c'est une chose qu'ils ne sauroient faire , si ce n'est que le roi y voulût à toute force em« ployer toute son autorité, et qu'ils ne craignoient point que cela se fît ; que toutes les pairies étoient vérifiées au parlement ; qu'ainsi il ne consentiroit jamais à la vérification ; que quand bien même le Grand Conseil vérifieroit l'édit, ils ne laisseroient pas de porter toujours les appels de leurs pairies au parlement, qui les recevroit toujours, pour l'intérêt qu'il a à les conserver. Il ajouta qu'ils avoient donné un mémoire à M. le garde des sceaux, par lequel ils lui montrent qu'en tirant quelque chose des justices des bailliages prochains de Laval et des lieux circonvoisins, ils pourroient faire la même chose sans toucher à la pairie du Maine. Je lui demandai si dans ce mémoire Bois-Dauphin y étoit. 11 me dit que non. Et Sablé? lui dis-je.
de l'intendant et du fondé de pouvoirs du comte d'Avaux durant son ambassade à Munster? II y a aussi dans Tallemant un Pépin, intendant de M°>« de Goislin, fille du chancelier Séguier, laquelle épousa en secondes noces le flis de U«^ de Sablé, le charmant et valeureux chevalier de Bois-Dauphin.
Pour Sablé, ee dit-il, je n'en sais rien; et, après y avoir un peu pensé : Oui, je crois que Sablé y est; oui, il y est. Mais, lui répliquai*je, c*est une pairie. Il me dit qu'il ne le savoit pas. Je lui dis là-dessus que j'étois extrêmement serviteur de M*»® la marquise de Sablé, que je serois bien fâché que Ton lui fit tort en cela, que je lui allois écrire pour lui en donner avis, et quel chemin il me conseilloit de vous faire prendre pour empocher cela. Celui mtoie, me dit-il, que nous avons tenu, crier, faire du bruit, parler à M. le cardinal, à M, de Bulion et au garde des sceaux. 11 me dit que le garde des sceaux n*en avûit point envie.
Voilà, madame, tout ce que j'ai à vous dire sur cela ; si, à la suite, il faut faire quelque autre chose, et beaucoup plus difficile, commandez-le-moi avec autorité, si vous voulez que j'oublie le dépit que vous m'avez fait ; et croyez que je ne suis point de ces personnes qui ont peine à parler, à écrire, ou à faire quelque chose pour servir leurs amis. Que cette affaire, au reste, vous confirme en la résolution de venir ici, et vous fasse voir qu'il est toujours bon d'être à Paris pour mille rencontres. Je vous remercie très-humblement, madame, de vos melons que je reçus hier, et qui sont bien meilleurs que les autres. Mais je ne suis pas à cette heure en humeur de faire des remercie** ments; et, tout ce que je puis faire, c'est d'assurer Ârmande et sa secrétaire * que je les aime de jour en jour davantage, et que je ne souhaite rien tant que
* Ârmande et sa secrétaire ne peuvent guère èlre que !!■"« de Sablé et W^ de Gbalais ( Noie de M. Cousin ). Nous avons d^à va Voilure désigner ainsi la marquise dans plusieurs de ses lettres.