‹ Œuvres: lettres et poésies (volume 2)Chapitre 97 sur 131 · A MADAME DE R · texte numérisé non relu

A MADAME DE R

de les voir. Néanmoins, madame, au milieu de tout mon mécontentement, je ne puis achever cette lettre sans vous dire que jamais personne au monde ne vous respectera, ne vous estimera, ne vous aimera autant que moi. Votre, etc.

lâ2.-*-A MAPAMV DS R...,* (163.,.).

Madame, quoique je n*espère pas me pouvoir jamais acquitter des obligations où me mettent vos civilités, je serois bien marri de vous être moins obligé; et, bien que je me trouve indigue de tous les honneurs que vous me faites, ils ne laissent pas de me donner une extréma joie. Quand je ne saurois rien de vous, que votre condition et votre naissance, toujours tiendroisje à grand honneur d* avoir reçu de vos lettres et de ^ me voir honoré de vos commandements. Mais la for-

>• tune ayant fait, par je ne sais quelles rencontres, qu'é-

^ tant fort éloigné de vous. J'ai l'honneur de vous con-

^ noître aussi particulièrement que ceux qui en sont le

( plus près, je vous avoue, madame, que j'ai un con-

k' lentement qui ne se peut exprimer, et que je sens même

^ quelque vanité d'avoir reçu tant de grâces d'une per»

^ sonne que je tiens, il y a déjà quelque temps, la plus

^ accomplie de son siècle, et en laquelle je sais que se

f trouvent toutes les qualités qui peuvent donner [du

1^ respect], de l'affection et de l'estime. Si j'étois si peu

^ du monde, que je n'eusse jamais rien ou! dire de cela,

iC encore jugerois-je par vos lettres qu'il n'y a rien en

'- ' Mss. de Conrart, p. 837. Voyez aussi, p. 490 de la première

f édition, où la lettre porte la suscription : à Madame de Rambouillet ;

^ mais c'est évidemment une erreur.

336 LEITRES DE VOITURE.

France qui égale votre civilité et votre esprit , et de si belles et si obligeantes paroles que celles que vous me faites rtionneur de m'écrtre me feroient imaginer de vous quelque chose d'extraordinaire. Elles sont telles, en vérité, madame, que, de quelque part qu'elles me vinssent, j*en serois extrêmement touché. Mais il est vrai que la personne dont elles partent me les rend encore beaucoup plus considérables, et que la main qui les a écrites leur donne une force et une vertu qu'elles ne pourroient avoir d'ailleurs. Si après cela, je sers de tout mon cœur et avec tous mes soins A. . . , ce ne sera pas une grande merveille. Vous m'y avez obligé» de sorte qu'il ne m'est pas possible de faire autrement, et vous ne m'avez pas laissé le moyen d'y acquérir aucun mérite. Je voudrois, madame, qu'au lieu de me re* commander une personne que j'aime et que j'estime déjà beaucoup, vous m^eussiez commandé en trois mots quelque chose de bien difficile et à laquelle j'eusse eu quelque répugnance, afin que vous eussiez pu connoitre en quelque sorte ce que vous pouvez sur moi; et que ce ne sont point vos extrêmes bontés, ni cette façon d'écrire dont vous gagnez d^abord le cœur de ceux qui lisent vos lettres, qui m'obligent à vous obéir, mais le respect que j'ai pour tant de merveilleuses qualités qui sont en vous, et l'inclination avec laquelle je suis, votre, etc.

i23.. — A MADEMOISELLE DE RAMBOUILLET*.

[k Paris, durant l*été de 1639.]

Mademoiselle, personne n'est encore mort de voire

* Mst, de Courart, in-i, t. X, p. &71.

absence, hormis moi, et je ne crains point de vous le dire ainsi crûment, pour ce que je crois que vous ne vous en soucierez guère. Néanmoins, si vous en voulez parler franchement, à cette heure que cela ne tire plus à conséquence, j'étois un assez joli garçon; et hors que je disputois quelquefois volontiers et que j*étois aussi opiniâtre que vous, je n'avois pas de grands défauts. Vous saurez donc, mademoiselle, que, depuis mercredi dernier, qui fut le jour de votre partement, je ne mange plus, je ne parle plus, et je ne vois plus; et enfln, il n*y manque rien, sinon, que je ne suis pas enterré. Je ne Fai pas voulu être sitôt, pour ce, premièrement, que j*ai eu toujours aversion à cela; et puis je suis bien aise que le bruit de ma mort ne coure pas sitôt, et je fais la meilleure mine que je puis afin que Ton ne s* en doute pas. Car si on s'avise que cela m*est arrivé justement sur le point que vous êtes partie, Ton ne s'empêchera jamais de nous mettre ensemble dans les couplets de Vannée est bonne ' qui courent maintenant partout. En vérité, si j'étois encore dans le monde, une des choses qui m'y feroient autant de dépit, seroit le peu de discrétion qu^ont certaines gens à faire courre toutes sortes de choses. Les vivants ne font rien, à mon avis, de plus impertinent que cela, et il n'est pas jusqu'à nous autres morts, à qui cela ne déplaise. Je vous supplie, au reste, mademoiselle, de ne point rire en lisant ceci : car, sans mentir, c'est fort mal fait de se moquer des trépassés, et si vous étiez en ma place, vous ne seriez pas bien

* Voyez t. Il, aux Poétie*.

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aise qu*oii en usât de la sorte. Je vous conjure donc de me plaindre, et puisque vous ne pouvez plus faire autre chose pour moi, d'avoir soin de mon âme, car je vous assure qu'elle souflre extrêmement. Lorsqu'elle se sépara de moi, elle s'en alla sur le gi*and chemin de Chartres, et de là droit à la Mothe : et même à l'heure que vous lisez ceci, je vous donne avis qu'elle est au* près de vous, et elle ira cette nuit en votre chambre faire cinq ou six grands cris, si cela ne vous tourne point à importunité. Je crois que vous y aurez du plaisir ! car elle fait un bruit de diable, et se tourmente, et fait une tempêta si étrange qu'il vous semblera que le logis sera prêt à se renverser. J'avois desseiq de voiis envoyer le corps par le messager, aussi bien que celui de la maréchale de Fervaque' ; mais il est en un si pitoyable état qu'il eût été en pièces devant que d'être auprès de vous; et puis j'ai eu peur que par le chaud il ne se gâtât. Vous me ferez un extrême honneur , s'il vous plaît, de dire aux deux belles Princesses auprès de qui vous êtes', que je les supplie très-humblement de se souvenir que, tant que j'ai vécu, j'ai eu une affection sans pareille pour leur service très-hiunble, et que cette passion me dure encore après ma mort. Car, en l'état où je suis, je vous jure que je les respecte et les honore autant que j'ai jamais fait. Je n'oserois dire qu'il n'y a point de mort qui soit tant leur serviteur que moi; mais j'assurerai bien qu'il n'y

' Elle fit M. de Chevreuse son héritier. Il envoya son corps par le messager pour éviter la dépense (T. ]. Voir les UUiorieites, t. Il p. 45.

' Madame la Princesse et Mu« de Boarbon, Je suppose.

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